Le mystère du péché originel des chrétiens

Paul, dans l’épître aux Romains (5, 12), écrit : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché« .

Le péché originel est le fonds de commerce du christianisme. Sans lui, Jésus n’a pas de raison d’être, puisqu’il est le rédempteur, celui qui vient sauver l’humanité en prenant sur lui les péchés. Le péché originel et la nécessité de la rédemption sont les deux fondements du christianisme.

Paul insiste :  » « Dieu dans le Christ se réconcilia le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes et mettant en nous la parole de la réconciliation. » (II Corinthiens 5, 19)

Mais qu’est-ce que le « péché originel » ?

Le péché originel pour les chrétiens

C’est (saint-)Augustin né à Hippone (actuellement en Algérie) qui a précisé le concept du péché originel. Il a vécu de 354 à 430. C’est un « père de l’Église », un théologien qui a permis de préciser le dogme.

Augustin, pour expliquer l’existence du péché dans notre âme, qui faiblit face aux tentations corporelles, a créé le concept de péché originel. La faute première est attribuée à Adam et Ève, qui ayant désobéi à Dieu, subissent sa punition. Ils doivent se confronter à un corps qui ne leur obéit plus et duquel ils ne sont plus maîtres : ils découvrent le désir sexuel et la honte de leur nudité, emblème de cette sexualité découverte. Par l’acte sexuel, la faute d’Adam et d’Ève s’est transmise aux hommes de générations en générations.
La rédemption par le Christ arrête la transmission. L’homme est sauvé. Pour les chrétiens, le Christ en se sacrifiant apporte le pardon des péchés, la réconciliation avec Dieu et la promesse d’une vie éternelle dans sa présence.

Le péché originel dans la Bible

Mais que dit la Bible ? Elle raconte une tout autre histoire : Dieu commanda à Adam :

Tu peux manger tous les fruits de tous les arbres du jardin. Mais tu ne peux pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. (Genèse 2, 16-17)

Le serpent (Satan) tentant Ève lui révéla :

Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal (Gen. 3, 4-5)

Après avoir mangé de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, « leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus.. » (Gen. 3, 7). Cette nudité est une métaphore, ils se rendirent compte qu’ils étaient ignorants. Et Dieu confirme les propos de Satan : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous » (Gen. 3, 22).

Lorsqu’on relit le texte biblique, on voit très bien qu’il n’y a rien de sexuel dans leur nudité.

  1. Ève n’a pas encore été créée lorsque Dieu commande à Adam de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Elle n’est créée qu’en Genèse 2, 21, quatre versets plus tard. En plus d’infirmer la connotation sexuel de l’interdit, cette constatation prouve qu’Ève n’est absolument pas coupable dans cette affaire, elle aurait agi par ignorance.
    Adam est SEUL lorsque Dieu lui interdit d’approcher l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il ne peut donc lui parler de sexualité. C’est un récit mythique certes, mais il reste logique, soumis au principe de causalité : Ève n’existe qu’après sa création.
  2. Dans la Genèse, il y a deux récits distincts de la création : le premier couvre le chapitre 1 et le second s’étend sur les chapitres 2 et 3. En 1, 28 on lit : « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre…« . Dieu les pousse à l’acte sexuel. Ce premier récit ne parle pas de péché.

La morale à retirer de l’histoire, c’est que l’Homme en tant qu’individu est libre de ses actes, mais Dieu, c’est-à-dire la communauté, décide du bien et du mal. C’est ainsi que le récit est compris par les juifs et les musulmans qui ont défini ce qui est halal (permis) et haram (défendu). Le fait d’appartenir à la communauté, d’observer ses principes et de s’y soumettre éloigne l’Homme du péché, nul besoin de rédempteur. Dans la Bible, les livres de la Torah détaillent les 613 préceptes à respecter, dont 365 commandements et 248 défenses.

Le christianisme s’est créé sur le rejet des lois de Dieu

Or les apôtres de Jésus, qui rappelons-le sont juifs, vont bafouer un certain nombre de ces commandements. Ils vont rejeter les interdits alimentaires, ignorer le rituel du shabbat, abandonner les obligations de purification, contredisant les propos attribués à Jésus dans l’Évangile d e Matthieu, 5:17 : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.« 
Si on s’en tient à la définition du péché de la Bible, le christianisme s’est construit sur le péché, celui de se croire égal à Dieu et décider ce qui bien et ce qui est mal, ce qui est permis et ce qui est interdit. Augustin en était-il conscient ? A-t-il voulu occulter la définition biblique ? Nous l’ignorons, mais le résultat est bien là, pour les chrétiens le péché originel n’a rien à voir avec le prérogatives de Dieu, mais avec un banal acte sexuel.

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