Les ismaéliens

Potins mondains
Les jeunes mariés

La presse people a relaté le mariage, à Genève fin septembre, du prince Hussein Agha Khan (né en 1974), avec l’américaine Elizabeth Hoag devenue suite à sa conversion à l’islam, princesse Fareen ce qui signifie « chanceuse ».

Hussein est le second fils de Karim Agha Khan IV (né en 1934), le chef de la communauté des ismaéliens nizarites. Karim Agha Khan est l’une des plus grosses fortunes au monde. Les Agha Khan ne règnent par sur un pays, mais sur une communauté chiite dispersée au Pakistan, en Afghanistan, au Tadjikistan, en Inde, au Yémen et en Syrie.

L’Agha Khan possède plusieurs résidences de luxe dans le sud de la France, en Suisse, en Sardaigne et en Angleterre où il est proche de la famille royale. En plus de terres en Egypte, il possède une île en Italie où mouille son yacht ainsi qu’une autre aux Bahamas. Sa grande fierté reste néanmoins ses haras français et irlandais producteurs de pur-sang qui triomphent sur les champs de course internationaux.

Il gère un fonds estimé à 800 millions de dollar annuels, l’Agha Khan Development Network, destiné à des fins caritatives et culturelles. Les princes saoudiens et les émis qataris (Qatar Charity) brassent également des fonds qui servent, notamment, à promouvoir leur vision religieuse de par le monde.

Karim Agha Khan IV a épousé, entre autres, Gabriele Renate Thyssen (du groupe Thyssen-Krupp) née en 1963. Elle a choisi le nom de son beau père plus prestigieux que celui de son père : Homey, ce qui montre à quel point elle est ambitieuse. Elle partagea la vie de l’Agha Khan durant trois ans, mais refusa de divorcer pour garder son titre (la bégune) et les avantages qui y sont associés.

Bien que l’Agha Khan ait écumé les soirées de la jet set, il est resté moins en vue que son père le prince Ali Khan, né en 1911, mort dans un accident de voiture en 1957 et qui n’a jamais régné. Celui-ci épousa l’actrice hollywoodienne Rita Hayworth en 1949. Elle avait été mariée à Orson Welles. Elle divorça rapidement du prince, ne supportant pas la polygamie de son mari. Elle retourna à Hollywood poursuivre sa carrière et reprendre la religion chrétienne.

Ali Khan et Rita Hayworth

Le plus célèbre dans la famille reste néanmoins le grand-père : Muhammad Shah Agha Khan III, né en 1877 et mort en 1957. Il épousa, entre autres, miss France 1930, Yvette Labrousse. Mais c’est surtout comme homme politique qu’il se fit remarquer. Résidant en Inde, il œuvra à la création d’un Etat islamique, mais resta fidèle aux Britanniques, incitant les musulmans des Indes à les aider dans la première guerre mondiale. Son rêve se réalisa en 1947 avec la création du Pakistan.

Agha Khan III et miss France

Il avait une façon particulière de fêter le jubilé de son règne. En 1937, il fêta son jubilé d’or : ses fidèles lui « offrirent » son pesant d’or. En 1946, il remit ça avec son jubilé de diamant et en 1954, son jubilé de platine. Les bénéfices de ces « dons » sont entrés dans le capital de sa fondation caritative.

Et l’histoire dans tout ça ?

Qui sont les ismaéliens ? D’où vient la famille des Agha Khan ?

L’ismaélisme est une mouvance chiite. Les chiites, contrairement aux sunnites qui étaient dirigés par un calife, avaient un chef spirituel et non politique : un imam, un guide suprême, descendant d’Ali, le gendre et cousin de Mahomet.
Au VIIe siècle de notre ère, la plupart des chiites résident en l’Irak et en Arabie actuelle. Le sixième imam se nomme Ja`far al Sâdiq, il vit à Médine. Lorsqu’il meurt en 765, son fils aîné qui devait lui succéder, Ismaël, est déjà mort. La plupart des chiites reconnaissent le fils cadet du défunt comme nouvel imam. D’autres affirment que c’est au fils d’Ismaël que doit revenir l’imanat : ce sont les ismaéliens aussi appelés chiites septimains car ils ne reconnaissent que les 7 premiers imams.

Plus tard, l’imam chiite Ubay Allah al-Mahdi va fuir l’influence des sunnites et s’installer à Kairouan (actuellement en Tunisie). Il va rallier les tribus berbères et occuper le Maghreb, du Maroc à la Libye. Il se proclame calife en 909. En 969, les chiites conquièrent l’Egypte. L’Afrique du nord est sous le contrôle de la dynastie fatimide, du nom de Fatima, la fille de Mahomet, épouse d’Ali. Les Fatimides annexeront bientôt la Syrie et Jérusalem dont ils seront délogés par les croisés en 1099.
Ils connaîtront le même sort que les souverains francs de Palestine, ils seront défaits en 1171 par les Turcs, dirigés par un Kurde, Salah al-Din, mieux connu sous son nom francisé de Saladin.

Entre-temps, que sont devenus les ismaéliens ?
Ils s’étaient installés dans tous les pays musulmans et principalement en Egypte où ils vont revivre la même mésaventure. A la mort du calife Al-Mustansir en 1094, l’imanat passe à son fils Mostali, le cadet, lésant l’aîné, Nizar. Une partie des ismaéliens vont de nouveau reconnaître le perdant, Nizar, comme imam : ils deviennent les ismaéliens nizarites, aujourd’hui guidés par l’Agha Khan.

Un persan, Hassan ben Sabbah (1050-1124), qui étudiait au Caire dans la Maison de la sagesse, qui regroupait les érudits de tous horizons, prend la direction de la contestation. Ses fidèles vont émigrer en Syrie et en Iran où ils formeront une organisation politico-religieuse bientôt appelée « secte des Assassins ». Ils vont lancer des attaques contre des hauts fonctionnaires de l’entourage des califes de Bagdad et contre des chrétiens. Ils ont à leur tableau de chasse un vizir, le fils d’un sultan, le fils du comte de Tripoli et même le prétendant au trône de Jérusalem : Conrad de Montferrat. On a dit que leur nom d’assassins venait de « haschisch », substance qu’ils consommaient avant de perpétrer leurs attentats. Rien n’est moins sûr. Leur nom viendrait de « assas« , le gardien : ils se définissaient comme gardiens de la vraie foi.
On a souvent prétendu que les Assassins entretenaient d’étroites relations avec les Templiers.

Pourchassé, Hassan ben Sabbah s’établit avec une armée dans les montagnes du nord de l’Iran, près de la mer Caspienne, plus particulièrement dans la citadelle d’Alamut. Ils ne furent délogés que par les Mongols en 1256. Ces mêmes Mongols, commandés par Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, prendront Bagdad deux ans plus tard, mettant fin au califat abbasside.
Marco Polo dit avoir rencontré le Vieux de la Montagne, nom donné au maître d’Alamut, alors qu’il ne quitta Venise qu’en 1271, soit 15 ans après la mort de son dernier représentant.

Ce qu’il reste de la citadelle

Ainsi fini l’histoire des ismaéliens nazirites qui disparurent avec l’arrivée des Mongols… Jusqu’au début du XIXe siècle où les « descendants » des grands-maîtres d’Alamut sortirent de la clandestinité et intégrèrent la cour des Kadjars, qui gouvernaient l’Iran. C’est en 1817 que Hassan Ali Shah reçu le premier le titre d’Agha Khan des mains du souverain perse.
Shah est un mot perse signifiant « roi ». Khan est un mot mongol signifiant « dirigeant ».

En 1838, les Kadjars d’Iran tentèrent d’envahir l’Afghanistan. Ce fut un échec cuisant, ils perdirent leur indépendance. La Grande Bretagne à partir de l’Inde et la Russie à partir du nord occupèrent l’Iran. Hassan Agha Khan se réfugia en Inde, au Sind (la basse vallée de l’Indus aujourd’hui au Pakistan) où résidaient de nombreux ismaéliens, pas tous heureux de recevoir leur imam. Il fallut une décision judiciaire britannique pour imposer l’Agha Khan comme chef spirituel de la communauté, en 1866.

Et que devint l’Iran ?
Lors de la révolution russe de 1917, la Grande Bretagne étend son influence sur l’Iran et nomme Reza Khan de la Brigade cosaque iranienne chef des armées. Celui-ci, fait une ascension fulgurante, chassant en 1925 le dernier roi kadjars. Il devint de premier souverain de la dynastie pahlavi dont le dernier souverain Mohammad Reza (le shah d’Iran) sera démis du pouvoir par l’ayatollah Khomeini en 1979.

Yémen : la salle guerre

Depuis 2015, le gouvernement yéménite a déclaré la guerre aux rebelles houthis qui occupent l’ouest du pays et sa capitale Sanaa. Sur le terrain, ce sont les Saoudiens et leurs alliés qui mènent les opérations. Cette intervention est l’initiative personnelle du prince Mohammed ben Salmane, le ministre de la Défense, l’homme fort de l’Arabie. Les Saoudiens fournissent les armes, les Emirats arabes unis recrutent des mercenaires par l’intermédiaire de sociétés de sécurité. Ceux-ci viennent du Tchad, du Niger, de Libye et même de Colombie.

Qui sont les Houthis ? C’est une population minoritaire chiite, ce qui explique l’implication des Saoudiens qui dès qu’ils voient des chiites pensent à une menace de l’Iran. Bien que l’Iran soutiennent les rebelles plus politiquement que militairement ou financièrement. Dès 2004, ils se sont rebellés contre le gouvernement sunnite, se sentant marginalisés et réclamant l’autonomie. Les Houthis sont tout autant radicalisés que les wahhabites saoudiens et leur étendard ne les rend pas sympathiques en Occident : « Allah est le plus grand, mort à l’Amérique, maudits soient les juifs, victoire à l’islam ».

La dénomination Houthis vient du nom du chef, Hussein Badreddine al-Houthi, tué en septembre 2004.

Le problème de cette guerre locale est l’escalade dans les crimes de guerre. l’ONU a envoyé un groupe d’experts pour enquêter, malgré l’opposition de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Ce n’est cependant pas une commission d’enquête, l’Arabie ayant menacé d’embargo économique tous les pays qui soutiendraient cette commission.

Les Houthis sont accusés d’utiliser des enfants soldats et de persécuter les minorités des territoires occupés. La coalition dirigée par l’Arabie bombarde les villes donc les civils et impose un blocus maritime, terrestre et aérien. Bien entendu, les lobbies des armes profitent massivement de cette guerre. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France vendent (et testent) leurs derniers modèles d’armes sur le terrain. Les Etats-Unis ont signé un contrat de 130 milliards de dollar !
Depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’embrassade saoudienne d’Istanbul, l’Allemagne a annoncé le gel des livraisons d’armes… mais a déjà été prise en flagrant délit de violation du moratoire. L’Arabie saoudite met la pression en exerçant du chantage au contrat. L’Espagne a failli en faire les frais : elle a annoncé interrompre la livraison de bombes, en retour l’Arabie a déclaré renoncer à l’achat des 5 corvettes prévues…
La France par l’intermédiaire de sa ministre des armées s’est dédouanée naïvement en déclarant que les armes françaises ne sont pas en position offensive et qu’elle n’a pas de preuves que celles-ci ont fait des victimes civiles. Il faut savoir que la France livre des avions (défensifs ?) et des canons Caesar d’une portée de 40 km.

Conséquences

Le blocus imposé par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis a provoqué une épidémie de choléra qui touche près d’un million de personnes d’après le rapport de l’ONU qui précise également que sept millions de personnes, un quart de la population, est au bord de la famine et 22 millions ont besoin d’aide humanitaire. Fin 2017, plus de 2000 personnes étaient mortes du choléra et l’épidémie n’est pas prête de prendre fin, faute de médicaments. Le blocus est considéré par Médecins du monde non comme une nécessité, mais comme une punition collective à laquelle les pays occidentaux sont partie prenante. « Le Yémen subit la pire crise humanitaire du monde » alerte Alexandre Giraud, directeur général de l’association humanitaire Solidarités Internationales. « Un enfant meurt toutes les dix minutes d’une maladie qui aurait pu être évitée et près de 30 000 enfants meurent chaque année à cause de la malnutrition » ajoute Geert Cappelaere, représentant de L’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique.

Entre-temps, al-Qaïda continue à former des guerriers dans l’est du Yémen, sous le regard bienveillant de l’Arabie.

Elections législatives 2018 en Irak

La presse ne nous épargne aucun attentat en Irak, mais oublie de nous parler des élections qui se sont déroulée le 12 mai 2018 afin d’élire les 329 membres du Conseil des représentants (le parlement). Il a fallu attendre le mois d’août pour connaître les résultats. S’en suivi de longues discussions pour former un gouvernement.

Actuellement, l’Irak est une république fédérale dans laquelle les territoires kurdes du nord jouissent d’une grande autonomie. Chaque entité fédérée obtient un nombre de représentants proportionnel à sa population. neuf sièges sont réservés aux minorités religieuses dont cinq  pour les chrétiens. Les femmes ont droit à 25% des sièges. Comme au Liban, le pouvoir est partagé entre un président kurde, un premier ministre chiite (Haïder al-Abadi) qui détient le pouvoir réel et un président du parlement sunnite.

Pas moins de 35 partis se présentaient au suffrage des électeurs qui ne se sont pas déplacés en masse : moins de 50%.

La victoire (relative) est revenue à la coalition « En marche (vers les réformes) ». Plus que la victoire, c’est la composition de ce parti qui est importante. Il a été fondé par Moqtada Sadr qui s’est allié au parti communiste !

Moqtada Sadr ne nous est pas inconnu. Il est issu d’une lignée de dirigeants religieux, mais surtout, il était à la tête du l’armée du Mahdi qui a mené une guérilla sanglante contre les troupes américaines en 2004 et 2006. Bien que chiite, il a pris ses distances envers l’Iran, souhaitant une indépendance totale de l’Irak. Il a même pris récemment des contacts avec l’Arabie saoudite sunnite.

Malheureusement vu la grande fragmentation de l’électorat, c’est une coalition de cinq partis, tous chiites, qui va gouverner le pays pour les quatre ans à venir. A eux cinq, ils ont à peine la majorité, 166 sièges sur 329. Le premier ministre (Haïder al-Abadi) a été reconduit dans ses fonctions.

L’indépendance n’est pas encore acquise, l’Iran et les Etats-Unis ont fortement influencé la formation du gouvernement.

Chiisme et sunnisme

Périodiquement, l’actualité nous rapporte des confrontations entre ces deux branches de l’islam. L’Arabie saoudite, qui s’octroie le rôle de défenseur du sunnisme, s’oppose à la république islamique d’Iran, chef de file des chiites. Les sunnites représentent près de 85% des musulmans dans le monde. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak et au Bahreïn où le roi et son gouvernement sont pourtant sunnites. Les troupes d’Arabie saoudite ont mis fin au printemps arabe dans ce pays sous les yeux bienveillants de ses alliés occidentaux. Les chiites sont présents en Syrie où ils détiennent le pouvoir alors qu’ils sont à peine 20%, au Koweït, dans l’est de l’Arabie, au Yémen (40%) où l’Arabie leur mène une guerre sans merci avec l’aide de ses alliés turcs et occidentaux, dans les émirats et au Liban où le Hezbollah est sa branche armée. Le Liban a un système politique très particulier imposé par la France lors de son mandat (1920-1946) : le président est chrétien, le premier ministre est sunnite et le président de l’assemblée nationale est chiite. C’est donc un pays essentiellement religieux.

Origine de la scission.

L’origine du chiisme nous est connue par les chroniqueurs musulmans du IXème siècle relatant des événements qui se sont produits près de 200 ans auparavant.  Nous considérerons donc cette histoire avec circonspection.

Un peu avant sa mort, survenue inopinément à Médine en 632, Mahomet avait réussi à convertir des habitants de La Mecque, qui l’avaient pourtant chassé dix ans auparavant. Son ennemi personnel, Abu Sufyan, le chef des négociants mecquois s’était rallié à sa cause.

Pour succéder au prophète, la communauté musulmane (la oumma) se choisit Abu Bakr, compagnon et beau-père de Mahomet, alors que son cousin Ali, s’attendait à recevoir ce commandement. Abu Bakr parviendra en deux ans, que dura son califat, à unir toutes les tribus de la péninsule.

A sa mort, en 634, ce n’est toujours pas dans le famille directe du prophète que le nouveau calife est choisi. C’est encore un de ses compagnons, Umar, par ailleurs beau-fils de Mahomet qui est élu. Ali attendra.
Umar va entamer la conquête des empires byzantins et perses.
Il meurt assassiné alors qu’il priait en 644.

De nouveau, le choix se porte sur un compagnon… et beau-fils de Mahomet : Uthman, qui était du clan d’Abu Sufyan (ce détail a son importance). Uthman mettra le Coran par écrit et enverra les quatre exemplaires à Médine, à La Mecque, à Basra et à Damas. Il est assassiné en 656.

Enfin, Ali est nommé calife (successeur ou lieutenant). Il est non seulement cousin du prophète, mais également son beau-fils, le mari de Fatima. Notons en passant qu’aucune des filles de Mahomet n’a survécu à leur père. Ali n’a pas que des amis. Le clan d’Abu Sufyan, dirigé par Muawiya, cousin d’Uthman, le soupçonne d’avoir fait assassiner le calife précédent. La guerre est déclarée et le schisme consommé : chiisme vient de l’arabe schi’â Ali qui signifie les « partisans d’Ali ».

Une des batailles va se dérouler d’une étrange façon, la bataille de Siffin, sur les rives de l’Euphrate en 658. Les troupes d’Ali vont l’emporter, quand les soldats adverses plantent des feuilles du Coran au bout de leur épée pour demander l’arbitrage de Dieu. Ah bon ! D’où viennent ces pages du Coran alors qu’il n’en existe que quatre exemplaires ?
Ali a accepté l’arrêt des combats. Certains de ses partisans ne lui pardonneront pas, il sera assassiné en 661. Ainsi finissent les quatre premiers califes, les « pieux devanciers », qui en arabe se dit salaf, à l’origine du terme « salafisme » qui désigne toute idéologie prônant le retours aux sources de l’islam. Notons que nous ne connaissons rien de ces sources.

Après l’assassinat d’Ali, le clan d’Abu Sufyan prend le pouvoir et s’installe à Damas. C’est le début de la dynastie des Omeyyades. Les partisans l’Ali se retirent dans le sud de l’Irak et de l’Iran actuels. Son successeur, Husayn est assassiné à Kerbala. De nos jours, les chiites commémorent cet assassinat par une procession durant laquelle ils se flagellent pour se punir de ne pas avoir protégé leur imam. Alors que les successeurs de Mahomet sont appelés califes, les successeurs d’Ali sont des imams.

… et selon notre hypothèse

J’ai émis une hypothèse sur la conquête arabe dans un article précédent. Suivant cette hypothèse où plusieurs armées arabes ont participé à la conquête du Moyen-Orient, les chiites, les compagnons d’Ali, ont refusé de se soumettre aux Ghassanides et se sont installés en marge des territoires contrôlés par Damas. En prônant  le choix d’un membre de la famille de Mahomet comme calife, ils écartaient les familles ghassanides. L’histoire est plus simple et on verra que cet hypothèse explique une des différences de doctrine.

La doctrine

Il y a moins de différences entre le sunnisme et le chiisme qu’il n’y en a entre catholiques et protestants.

Les deux communautés lisent le même Coran, elles appliquent les cinq piliers de l’islam : la croyance en un seul dieu, la prière 5 fois par jour, le pèlerinage à La Mecque, le jeûne du ramadan et la pratique de l’aumône.

Les différences sont dans les détails.
Pour les sunnites, la tradition orale (les hadiths) a été interprété par les anciens. Quatre écoles d’interprétation ont figé la doctrine au IXème siècle de notre ère. C’est la base de la jurisprudence.
Pour les chiites, les docteurs en théologie, inspirés par les douze premiers imams (ou sept suivant la confession), peuvent toujours interpréter la tradition. En Iran, il n’est pas rare que les oulémas aient une vue différente sur un point de la jurisprudence;

Les deux communautés croient au jugement dernier et à la résurrection des morts. Mais si les sunnites croient que le jugement sera présidé par Jésus, le prophète qui n’est pas mort, mais a été rappelé par Allah, les chiites pensent que le douzième imam qui est caché, reviendra juger les morts. Ce dernier imam, Mahomet al-Mahdi a disparu vers 870 de notre ère.  Donc pour les chiites, Jésus n’a aucun rôle, ce qui peut s’expliquer par la distance qu’ils ont prises envers les Ghassanides chrétiens.