Comprendre la guerre de Syrie

Un peu d’histoire

La Syrie est un pays jeune. Il n’a connu ses frontières actuelles qu’en 1920, lors du démembrement de l’Empire ottoman. Selon un accord secret signé en mai 1916, entre les diplomates français (Picot) et britannique (Sykes), le nouveau pays sera placé sous tutelle française, malgré l’opposition des Arabes qui ont aidé l’armée britannique dans sa guerre contre les Turcs ottomans. Ils avaient créé un gouvernement provisoire et nommé le prince Fayçal roi de Syrie. Cette saga a été contée dans le film « Lawrence d’Arabie ». Fayçal s’était rendu à Paris pour défendre la position arabe lors de la conférence de la paix en 1918 et 1919. En vain. L’occupation française se fera les armes à la main.

Le pays deviendra indépendant en 1946, après de longues négociations avec différents gouvernements français. Celles-ci ont duré 10 ans.
Après la défaite de la Syrie (et des autres pays arabes) dans la guerre contre Israël en 1948 (voir mon article : Naissance de l’État d’Israël), la Syrie va connaître une succession de coups d’État menant en 1966, Hafez al-Hassad au pouvoir. La famille al-Hassad est originaire de l’ouest de la Syrie, elle appartient à la minorité religieuse alaouite, une branche du chiisme qui représente moins de 15% de la population syrienne.

En 2000, Bachar al-Assad (ou el-Assad), né en 1965, succède à son père après un référendum. Il a fait des études d’ophtalmologie à Damas puis s’est spécialisé à Londres. Il y rencontre son épouse Asma Fawaz Akhras (née en 1975), une femme d’affaire syro-britannique.

Avertissement

La guerre de Syrie est très difficile à comprendre car c’est une guerre mondiale qui ne veut pas dire son nom. La Syrie a servi de champ de bataille à toute une série de pays cherchant à s’octroyer des avantages géopolitiques.

A côté de la position « officielle » des chancelleries occidentales : « Bachar al-Assad est un tyran sanguinaire qui a précipité son pays dans le chaos« , plusieurs journalistes sur le terrain ont défendu des thèses différents. Ils se sont fait traités de conspirationnistes, de traîtres, de séniles, de propagandistes à la solde des Russes, etc. Parmi eux :

  • Robert Fisk (anglais) : il a reçu le prix Amnesty International en 2000 pour ses reportages en Serbie sous les bombardements de l’OTAN et le David Watt Memorial Award en 2001 pour sa couverture du Proche-Orient. Il a nié l’usage des armes chimiques à Douma en 2018 où il était présent. Il a réalisé le documentaire « En première ligne » sur la guerre de Syrie (diffusé sur ARTE).
  • Seymour Hersh, un journaliste d’investigation américain, prix Pulitzer en 1970 pour avoir dénoncé le massacre perpétré par des marines américains à My Lai au Vietnam. Il met en cause les milices du front al-Nosra (un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda) dans l’attaque au gaz sarin dans la Ghouta, la banlieue de Damas, en 2013. C’est à cette occasion qu’Obama a déclaré que la « ligne rouge » était franchie. Il accuse Obama de se servir du même mécanisme de sélection que celui utilisé pour justifier la guerre en Irak par son prédécesseur : George W. Bush.
  • John Pilger (australien) : il a été le premier à dénoncer les violations des droits de l’Homme par les Khmers rouges au Cambodge. Il a obtenu deux fois le prix britannique de « jounalist of the year« . Il affirme n’avoir jamais connu d’époque auparavant où la pensée dominante était à ce point impliquée dans un « déluge de propagande » visant selon lui la Russie.
Le printemps arabe : 2011

Au printemps 2011, comme en Tunisie, en Egypte et au Barhain, la population syrienne manifeste contre le régime autoritaire de leur président. Le gouvernement réprime la contestation dans le sang. Les forces armées tirent sur la foule. Vidéo sur les manifestations : France Télévision.
Le printemps arabe échoue en Syrie comme il a échoué au Barhain et pour les mêmes raisons. Les deux régimes sont aux mains d’une minorité : sunnite au Barhain alors que la majorité de la population est chiite et l’inverse en Syrie. Pour assurer le pouvoir à la minorité, le régime a placé des hommes sûrs, issus de cette frange de la population, à tous les postes de l’État : armée, services secrets, administration, etc. La contestation échoue parce que les forces de l’ordre restent fidèles au gouvernement. Notons que l’armée saoudienne a dû intervenir au Barhain pour mettre fin aux manifestations.

Les manifestations virent à la révolution : interventions étrangères : 2012

Face à l’échec, le mouvement de contestation se transforme en rébellion.
Les États-Unis organisent à Istanbul un « Congrès National » regroupant des opposants réfugiés dans les pays occidentaux et toutes les composantes politiques de la société syrienne, des communistes aux radicaux islamistes, soit plus de 40 partis, 40 points de vue différents. L’objectif est de former un gouvernement provisoire et de coordonner les actions sur le terrain. Pour eux, Bachar al-Assad est déjà mort.

Réunion du Congrès National

Vu les divergences de vue, c’est un échec. Sur le terrain, l’Armée syrienne libre (ASL) qui s’était constituée cède petit à petit l’initiative à des milices islamistes salafistes dont les principales comptent plus de 10.000 hommes venant de tous les pays : le front al-Nosra, branche d’al-Qaïda,  Ahrar al-Sham et Jaych al-Islam (Armée de l’Islam). Qui arme ces milices ? L’initiative de la révolution vient des États-Unis, mais ils ne peuvent pas fournir d’armes à des belligérants sans l’accord du Sénat. La CIA fait donc appel à ses alliés dans la région : la Turquie, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar. La diversité de l’origine de l’armement renforce les dissensions entre les différents groupes armés qui sont la cible de l’armée syrienne aidée de l’Iran et du Hezbollah (le parti de Dieu) libanais. A ce stade, on assiste à une guerre entre chiites et sunnites. Plus d’une cinquantaine de groupes armés s’affrontent ! Un observateur estime qu’une milice se crée chaque semaine. Elles sont de plus en plus extrémistes.

Le conflit s’internationalise : USA-Russie (2012-2013)

La force de feu est disproportionnée entre le régime de Bachar al-Assad qui utilise chars et avions, et les milices rebelles équipées d’armes légères. Les États-Unis ont explicitement interdit qu’on leur livre des lance-roquettes. Ils ont en mémoire le sort des armes qu’ils avaient livrés aux moudjahidin afghans qui luttaient contre les Soviétiques. Ces armes se sont retournées contre les Américains lorsqu’ils ont envahi l’Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.

Comme les milices sont engagées dans une guérilla urbaine, les troupes de Bachar al-Assad bombardent les quartiers où les opposants se sont mélangés à la population. Celle-ci n’a d’autre choix que de fuir quand c’est possible, subir ou aider les insurgés.

Les USA et la Russie vont s’affronter à l’ONU. Toutes les résolutions déposées par les États-Unis pour chasser Bachar al-Assad n’aboutissent pas : la Russie y oppose son veto, imité par la Chine. Le président Obama hésite quant à la stratégie à mener en Syrie. Lorsque le gouvernement syrien est accusé d’utiliser des armes chimiques, il menace d’une intervention directe de l’armée américaine si de nouvelles frappes chimiques ont lieu. Mais il n’agit pas quand cela se produit, au grand dam du président français, François Hollande, qui avait préparé l’envoi d’un contingent. Au contraire, Obama se range à l’avis du président russe Poutine de démanteler l’arsenal chimique de la Syrie. La Russie marque le conflit de son empreinte.

Pourquoi la Russie soutient-elle la Syrie ? La Syrie est alliée à la Russie de longue date, elle permet à la flotte militaire russe de mouiller dans le port méditerranéen de Tartous. La Russie est par principe opposée à tout droit d’ingérence, elle est opposée à toute intervention militaire qui viserait à renverser un pouvoir en place. Notons que l’intervention soviétique en Afghanistan visait à soutenir le régime en place. Une autre raison est économique : la Syrie est le quatrième client de la Russie en valeur. Les États-Unis, eux, s’opposent à la Syrie, non seulement parce qu’elle est l’alliée de la Russie, mais aussi parce que la Syrie est l’ennemie d’Israël et l’alliée de l’Iran. Pour les États-Unis, les amis de mes ennemis sont mes ennemis. Ils mènent au Proche-Orient une politique de cour de récréation d’école maternelle.

Conquêtes de DAESH (2013)

Début 2013, l’État islamique, qui s’est constitué en Iraq, pénètre en Syrie où les milices djihadistes lui prêtent allégeance. De leur fusion naît DAESH, l’État islamique en Iraq et au Levant (le Sham, c’est la Syrie). Cette organisation est lourdement armée, elle a pillé les arsenaux américains de la région de Mossoul. Elle balaie tout sur son passage. Les États-Unis et ses alliés européens décident alors d’intervenir militairement par des frappes contre DAESH. La Russie leur emboîte le pas. Pour ne pas se gêner, la Syrie est divisée en deux zones militaires : à l’ouest de l’Euphrate, la Russie, à l’est, les États-Unis.

Les États-Unis vont accuser la Russie de mener des attaques contre les milices rebelles, ce qui n’est pas faux puisque celles-ci se rallient à DAESH, l’acteur le plus puissant au sol. Pour contrer l’État islamique, dans leur zone d’influence, sans intervenir directement, les État-Unis soutiennent les milices kurdes qui n’ont pas pris position contre Bachar al-Assad. Les Kurdes préfèrent une solution négociée, espérant la formation d’un État fédéral comme en Irak.

La prise de Raqqa par DAESH à la frontière turc crée un couloir par où vont affluer des centaines d’islamistes venant grossir les rangs de l’État islamique.

Maintenant de deux maux, il faut choisir le moindre. Le choix se pose entre DAESH et Bachar al-Assad. L’intervention conjointe de la Russie, de l’OTAN et des Kurdes finira par venir à bout des islamistes de DAESH… et des milices syriennes qui les ont rejoints. Fin 2017, malgré quelques poches de résistance, DAESH est vaincu. Bachar al-Assad a sauvé son trône.

Conflit Iran-Israël (2015)

A la frontière sud de la Syrie, sur les hauteurs du Golan, l’armée israélienne veille. Son pire ennemi, l’Iran a installé des bases en Syrie. Israël craint des frappes massives que son bouclier anti-missiles ne pourrait pas intercepter. Elle entreprend donc des pourparler avec la Russie qui l’assure de sa bienveillance. La Russie ne cautionnera pas les attaques de l’Iran, elle ne soutient pas les visées de son allié : Israël pourra se défendre sans craindre de représailles. Israël mènera, depuis son territoire, plusieurs attaques contre des positions iraniennes trop avancées. La Russie conforte sa position, elle devient un acteur fort dans la région.

Conflit Turquie-Kurdes (2018)

La Syrie a 900 km de frontière avec la Turquie et cette zone est occupée par les Kurdes.

Situation en 2016

Or le président turc Erdogan a déclaré la guerre au PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, dans son pays. Cette organisation a été reconnue comme groupe terroriste par les États-Unis et ses alliés européens. Erdogan prétend que les Kurdes syriens (le YPG : voir mon article sur les Kurdes) sont les alliés du PKK. Il veut empêcher la constitution d’un État kurde à sa frontière. Il veut aussi affirmer sa puissance dans la région… ancien territoire de la Turquie ottomane. Il envoie ses troupes envahir le nord de la Syrie et déloger les Kurdes. Les États-Unis qui ont soutenu les Kurdes contre DAESH les abandonnent et quittent la zone revendiquée par la Turquie. Le diplomate Robert Ford dans le documentaire « Syrie : les dessous du conflit » (ARTE) a déclaré que la Maison blanche avait décidé, dès le départ, de s’appuyer sur les Kurdes et de les abandonner dès que la situation le nécessiterait.

Conséquences de la guerre

On ne peut pas parler de LA guerre de Syrie, mais DES guerres de Syrie tant il y a eu de belligérants et d’objectifs opposés. Aujourd’hui, le régime de Bachar al-Assad, aidé des milices chiites, de l’Iran et de la Russie a récupéré la majorité de son territoire. Seule la Turquie et ses alliés islamistes (l’Armée national syrienne) occupent encore le nord de la Syrie.

En octobre 2020, l’aviation russe a bombardé la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, occupée par les milices islamistes alliées à la Turquie. Ce qui n’empêche pas la Turquie et la Russie de patrouiller ensemble à la frontière nord.

La Syrie est un pays dévasté, sans population, sans habitat. 50% des Syriens ont perdu leur domicile, soit 10 millions de personnes dont rois millions sont nourries par l’ONU. Il y a 6,5 millions de déplacés dans le pays, 3,6 millions ont trouvé refuge en Turquie. Le Liban, qui ne compte que 4 millions d’habitants, accueille un million de Syriens. En Europe, l’Allemagne a pris en charge 750.000 Syriens et la Suède, 250.000.

Mais ce sont les Kurdes qui supportent les conséquences de la guerre : ils gèrent les membres de DAESH fait prisonniers. Cinq mille s’entassent dans des prisons bien souvent improvisées. 70.000 personnes sont dans des camps fermés dont 10.000 « épouses » étrangères, la plupart européennes.

Deux histoires oubliées de l’Histoire

La Syrie est accusée d’avoir tiré sur des manifestants, d’avoir torturé des prisonniers politiques, d’avoir bombardé des civils, des hôpitaux et des écoles. Ces actions ont été qualifiées de « crimes contre l’Humanité » par Kofi Annan, l’émissaire spécial de l’ONU en Syrie (2012)… sous les applaudissements des Français et des Américains.

17/10/1961 : Paris

Nous sommes en 1961 dans la France du général de Gaulle. Depuis un an, des pourparlers se tiennent à Melun entre la France et le FLN (Front algérien de Libération Nationale) pour déterminer les conditions de l’indépendance de l’Algérie. En France, des attentats perpétrés par la branche française du FLN d’une part et par les opposants à l’indépendance, d’autre part, l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète : organisation de militaires français) endeuillent le pays.
Depuis le 5 octobre, un couvre-feu est imposé aux seuls Français musulmans d’Algérie (FMA), c’est ainsi qu’on qualifie les natifs d’Algérie qui vivotent dans des bidons-villes en périphérie des grandes villes. Ils ne pourront se déplacer entre 20h30 et 5 heures du matin.

Le FLN prévoit une grande marche dans Paris le 17 octobre 1961. Le mot d’ordre est stricte : on se promène sur les grandes artères après le couvre-feu, pas de banderoles, pas de slogans, pas de drapeaux, pas de violence. Ils sont environ 20.000 à braver l’interdit. Face à eux, les gendarmes français ont été mobilisés en nombre par le préfet Maurice Papon qui harangue ses troupes et lâche : « tirez les premiers, vous serez couverts ».

Et la curée commence. Dès le début de la promenade, à Neuilly, deux Algériens sont abattus. Douze mille seront arrêtés sans résistance et conduits dans des lieux réquisitionnés pour contrôle d’identité. La police se déchaînera. Les « FMA » feront l’objet de brimades et seront roués de coups. Dès le lendemain, on repêchera dans la Seine des corps jetés à l’eau, certains noyés vivants, d’autres déjà morts. Des cadavres seront retrouvés dans les ruelles et les parcs. Combien ? Pourquoi ? Nul ne le sait, aucune enquête ne sera menée : « vous êtes couverts » avait dit Papon. Ce personnage n’était pas à son coup d’essai : il avait organisé la rafle des Juifs à Bordeaux en 1942. A la capitulation de l’Allemagne, il n’avait pas été inquiété. De Gaulle avait fait appel à lui pour sa poigne, il fallait encadrer les forces de police. En 1978, il sera même ministre de Giscard d’Estaing avant de se faire rattraper par son passé. Il sera jugé en 1997 après 18 ans de procédures. Il sera condamné à 10 ans de prison pour crimes contre l’Humanité. Ainsi fini celui que de Gaulle jugeait « tout à fait convenable ».

De gauche à droite : (1) Stèle à la mémoire des martyrs posée par la mairie de Paris (on y lit « A la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique de 17 octobre 1961″), (2) tag actuel sur le quai saint-Michel (NB : il n’y avait aucune femme lors de la marche, elles devaient défiler deux jours plus tard), (3) Algériens arrêtés en attente d’être transférés pour contrôle d’identité.

Cette partie de l’article a été inspirée du documentaire : Quand l’histoire fait date : 17 octobre 1961, un massacre colonial (ARTE)

13/02/1945 : Dresde

La guerre mondiale touche à sa fin. La ville de Dresde dans le sud-est de l’Allemagne accueille de nombreux réfugiés fuyant les armées soviétiques. Elle est appelée « la ville hôpital ». Soudain, ce 13 février, 1.300 avions américains et anglais apparaissent dans le ciel. Ils vont larguer 600.000 bombes incendiaires ou explosives dans un ballet incessant qui va durer 3 jours. Le bombardement de Dresde n’est pas un cas isolé. La plupart des villes allemandes ont été bombardées. Ce qui choque ici, c’est l’absence d’objectifs militaires ou industriels. Les Nazis n’ont même pas jugé opportun de défendre la ville par des batteries de DCA.
Le nombre de morts est estimé entre 35.000 et 70.000.
Pourquoi cette attaque ? Pourquoi cette sauvagerie ? L’excuse, car se n’est pas une justification, est que les Nazis avaient l’intention de déplacer un demi-million d’hommes vers le front de l’est en transitant par Dresde. A cette époque, même dans ses rêves les plus fous, Hitler n’avait plus les moyens de constituer une telle force armée. La vraie raison est un acte concerté de terrorisme. Terroriser la population allemande pour qu’elle se révolte contre le régime hitlérien. La révolte n’aura pas lieu et la guerre se terminera trois mois plus tard.

L’Iran

Panorama historique avant le XXe siècle

550 avant notre ère : empire achéménide. Il sera défait vers -330 par Alexandre le grand.
247 avant note ère, les Parthes (les Arsacides) chassent les descendants des généraux grecs (les Séleucides).
224 : les Sassanides instaurent le deuxième empire perse. Il sera aboli par les conquêtes arabes en 637. Au califat succéderont les Mongols puis Tamerlan (Timour Lang) et ses successeurs, les Timourides.
1502 : les Séfévides établissent un troisième empire dans lequel le chiisme devient la religion d’Etat.
1794, le dernier empereur perse est renversé par ses alliés, les Qadjars. Le pays devient un Etat tampon entre la Russie et la Grande Bretagne qui annexe l’Afghanistan en 1857.
1925, les Qadjars sont dépossédés et l’homme fort des Britanniques, Reza Khan Pahlavi, un cosaque, ministre de la guerre puis premier ministre est nommé à la tête de la Perse.

Les derniers feux de l’empire perse

En 1941, à cause de ses sympathies pour l’Allemagne nazie, les alliés forcent Reza Pahlavi a céder son pouvoir à son fils Mohammad Reza Pahlavi âgé de 21 ans. Les alliés avaient besoin d’un couloir pour approvisionner l’URSS en arme. Mohammad Reza Pahlavi rebaptise son pays Iran et devient le shah d’Iran, le premier et le seul.

Il va diriger l’Iran en autocrate au service de l’Occident. Il veut moderniser son pays, tout en restant en paix avec les religieux : il joue la carte des religieux contre les communistes. Bien qu’il effectue des pèlerinages à La Mecque, il est la cible d’un mollah : Rouhollah Mousavi Khomeini, né en 1902. Il faut dire que le shah a fait interdire le tchador en public et avec l’aide de la CIA, il a crée une police secrète, la Savak (1957) qui arrête, torture et exécute.

Le shah durant son pèlerinage

Son gros défaut est de prendre toutes les décisions seul. Les échecs politiques lui sont toujours imputés.
En 1963, après un référendum, il lance la révolution blanche. Les femmes obtiennent le droit de vote, le système féodal est supprimé, des paysans obtiennent des terres appartenant souvent à des religieux, et les campagnes sont alphabétisées. Que de sages décisions, mais les moyens ne suivent pas. Les paysans, sans outils, sans semences, abandonnent leurs terres pour gagner les villes où ils vivent dans les quartiers pauvres, aux mains des religieux. Khomeiny, nommé grand ayatollah s’insurge et parle de réaction noire, l’islam a été bafoué. Le shah le fait arrêter et l’exile à Nadjaf, ville sainte de l’Irak, où il va vivre en reclus durant 14 ans.

Le shah continue à accumuler les maladresses. En 1967, il se fait couronner empereur et, lui le roturier sans reconnaissance légale, se donne tous les titres des empereurs achéménides, comme « roi des rois« . Mieux, il fait couronner sa troisième femme, Farah Diba, épousée en 1959, qui pourra lui succéder.

Le shah cherche des partenaires pour la construction de centrales nucléaires et de barrages pour irriguer les terres. En 1967, il est en Allemagne où des membres de la Savak repoussent à coups de bâton les opposants qui manifestent. La police tue un manifestant. Cet incident va avoir de grandes conséquences, il est à l’origine des attentats des groupements d’extrême gauche en Allemagne.

En 1971, à Persépolis, le shah organise les festivités des 2500 ans de l’empire perse… dont on a vu qu’il n’a eu aucune continuité. C’est à un spectacle hollywoodien que tous les chefs d’Etat sont conviés… mais pas le peuple. Le shah a perdu le contact avec sa base. Il se prend pour le Roi Soleil. Aujourd’hui, Farah Diba qui vit à Paris, parle de son mari en utilisant l’expression « sa majesté » : sa majesté a fait ceci, sa majesté a dit cela.
Il fait construire des centres commerciaux, provoquant la ruine des artisans des bazars. Les oubliés de la modernisation se tournent vers les religieux. La révolte gronde. Un article dans un journal insulte Khomeiny. La foule manifeste dans la ville sainte de Qos fief de l’ayatollah. L’armée tire. Un incident va mettre le feu aux poudres sans jeu de mot : le cinéma Rex s’enflamme, 422 morts. L’incendie est imputée, à tort, au shah et à la Savak. Des manifestations contre le shah éclatent. L’armée tire de nouveau, il y aura 64 morts, mais l’opposition parle de 15.000 victimes. Le grève générale est décrétée. L’approvisionnement en pétrole est perturbé. L’Occident s’inquiète.

La république islamique

Giscard d’Estaing, le président français, invite l’américain Jimmy Carter, le premier ministre britannique James Callaghan et le chancelier allemand Helmut Schmidt à la Gadeloupe en janvier 1979, pour, entre autres, discuter de la situation en Iran. Ils lâchent le shah. Ils jouent la carte de Khomeiny pour ramener le calme, la stabilité et la démocratie en Iran. Pendant 14 ans, il s’est tenu à l’écart, ses écrits sont inconnus en Occident, on ne le connaît pas.

Fin 1978, le shah obtient l’expulsion de l’ayatollah de l’Irak. Il part pour la France où il est accueilli en ami. François Mitterrand, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault lui rendent visite. Il ne fait pas de grands discours, répond vaguement lorsqu’on l’interroge sur la forme de gouvernement qu’il entrevoit pour l’Iran : une démocratie parlementaire, déclare-t-il.

En Iran, le shah, usé par le cancer qui le ronge, quitte l’Iran. Le pays vit un moment de liberté totale et de solidarité. Khomeini peut rentrer en Iran le 1er février 1979, après 4 mois passés à Paris. L’accueil est triomphal. L’armée, sans ordre de sa hiérarchie, n’intervient pas.

retour de Khomeiny (par Air France)

Les démocrates ne réalisent pas ce qui se passe. Ils restent sarcastiques, car l’ayatollah parle un drôle de dialecte, mélangeant le persan et l’arabe coranique. L’espoir reste de mise : « on arrivera bien à le mettre de côté ». Mais dans les manifestations, les partisans de Khomeini distribuent des tchadors. Et après la grande manifestation pour la journée mondiale de la femme (8 mars 1979), Khomeiny déclare : « les femmes ne peuvent pas se promener nues dans les rues« .

manifestation du 8 mars

C’en est fini de la liberté. La police religieuse, souvent composée d’adolescents, va faire régner la terreur, s’attaquant aux femmes non voilées. Les opposants d’enfuient, ils traversent la frontière avec l’aide de Kurdes ou de trafiquants de drogue.

Le 4 septembre 1979, 52 employés de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran sont pris en otage par des « étudiants » iraniens. Ils sont accusés d’espionnage, ce qui fut avéré par les documents et les instruments découverts dans l’ambassade. Mais n’est-ce pas l’objectif de toute ambassade ? L’Iran réclame la livraison du shah qui se fait soigner à New York. Le shah devient encombrant, il sera prié de quitter les Etats-Unis en décembre 1979, il mourra en Egypte 7 mois plus tard. Le président Carter fait bloquer les avoirs financiers iraniens se trouvant dans les banques américaines. Les USA cessent les importations de pétrole iranien et expulsent des ressortissants iraniens.
Les otages seront libérés le jour de l’investiture de Reagan qui succède au démocrate Carter, le 20 janvier 1981, après 444 jours de détention. On ignore quelles ont été les modalités des négociations.

L’Occident réalise son erreur. En 1981, l’Irak, soutenu financièrement par l’Arabie saoudite et le Koweït, attaque l’Iran. Les Occidentaux (les Etats-Unis, la France, etc.) profitent de ce financement pour fournir à leur grand ami Saddam Hussein des armes conventionnelles et des composants pour armes chimiques. La guerre va durer 8 ans et faire un million de morts. Pour Khomeini, c’est une aubaine, tout le peuple est derrière lui.

bataillon iranien de femmes
Situation actuelle

Aujourd’hui, l’Iran est une république islamique. Le parlement est élu au suffrage universel… des hommes. Hassan Rohani en est le président. Depuis la mort de Khomeini, en 1989, c’est Ali Khamenei qui est le guide suprême de la révolution. Son turban noir montre sa prétention à descendre du prophète Mahomet.

Isolé, l’Iran s’est replié sur lui-même. Craignant ses voisins possédant l’arme nucléaire (Israël et les Pakistan), il entreprend un vaste programme d’enrichissement de l’uranium. Il est mis au ban des nations, comme signataire de l’accord de non prolifération de l’armement nucléaire.

En 1995, les USA décrètent un embargo sur le pétrole et en 2004, l’Iran ne peut plus recevoir d’assistance scientifique.
Bien entendu, tout ce que décide les Etats-Unis vaut aussi pour l’Occident qui se comporte en valet, ce que n’a pas manqué de souligner Ali Khamenei.

En 2015, éclaircie : un accord est signé pour l’arrêt de la fabrication d’armes nucléaires, sous contrôle international. C’était sans compter sur Trump qui en 2017, sort de l’accord… et menace de sanctions ceux qui sont restés fidèles à l’accord de Vienne : France, Allemagne, Grande Bretagne (la Chine et la Russie se sentent peu concernés).

Tous les projets économiques de l’Iran tombent à l’eau : construction d’un pipeline se raccordant à la Turquie pour alimenter l’Europe, de même que le raccordement au réseau irakien.

L’Iran se tourne donc vers l’est. Il soutient la Russie dans la guerre en Syrie. Il sera signataire de l’accord de paix entre la Turquie, la Russie et l’Iran. Et ouvre son marché à la Chine en échange de brut.

Pendant ce temps Trump et ses conseillers attendent que le peuple se révolte et instaure la démocratie à l’occidental… dont il a déjà goûté sous le shah. Il espère réaliser la même opération qu’en Syrie où les Etats-Unis avaient fourni des armes aux opposants de Bachar al-Assad et profité du front al-Nosra (al Qaïda), un allié de circonstance. Mais en Iran, il n’y a pas d’opposition structurée. Des manifestants sont bien descendus dans la rue pour protester contre l’augmentation du prix de l’essence, mais les slogans sont bien vite devenus anti-américains après l’assassinat, le 3 janvier 2020 par un drone, du général iranien Qassem Soleimani et de l’Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du mouvement pro-iranien Hachd al-Chaabi. Le peuple fait maintenant bloc derrière le guide suprême.

manifestation anti-américaine en Iran

Les ismaéliens

Potins mondains
Les jeunes mariés

La presse people a relaté le mariage, à Genève fin septembre, du prince Hussein Agha Khan (né en 1974), avec l’américaine Elizabeth Hoag devenue suite à sa conversion à l’islam, princesse Fareen ce qui signifie « chanceuse ».

Hussein est le second fils de Karim Agha Khan IV (né en 1934), le chef de la communauté des ismaéliens nizarites. Karim Agha Khan est l’une des plus grosses fortunes au monde. Les Agha Khan ne règnent par sur un pays, mais sur une communauté chiite dispersée au Pakistan, en Afghanistan, au Tadjikistan, en Inde, au Yémen et en Syrie.

L’Agha Khan possède plusieurs résidences de luxe dans le sud de la France, en Suisse, en Sardaigne et en Angleterre où il est proche de la famille royale. En plus de terres en Egypte, il possède une île en Italie où mouille son yacht ainsi qu’une autre aux Bahamas. Sa grande fierté reste néanmoins ses haras français et irlandais producteurs de pur-sang qui triomphent sur les champs de course internationaux.

Il gère un fonds estimé à 800 millions de dollar annuels, l’Agha Khan Development Network, destiné à des fins caritatives et culturelles. Les princes saoudiens et les émis qataris (Qatar Charity) brassent également des fonds qui servent, notamment, à promouvoir leur vision religieuse de par le monde.

Karim Agha Khan IV a épousé, entre autres, Gabriele Renate Thyssen (du groupe Thyssen-Krupp) née en 1963. Elle a choisi le nom de son beau père plus prestigieux que celui de son père : Homey, ce qui montre à quel point elle est ambitieuse. Elle partagea la vie de l’Agha Khan durant trois ans, mais refusa de divorcer pour garder son titre (la bégune) et les avantages qui y sont associés.

Bien que l’Agha Khan ait écumé les soirées de la jet set, il est resté moins en vue que son père le prince Ali Khan, né en 1911, mort dans un accident de voiture en 1957 et qui n’a jamais régné. Celui-ci épousa l’actrice hollywoodienne Rita Hayworth en 1949. Elle avait été mariée à Orson Welles. Elle divorça rapidement du prince, ne supportant pas la polygamie de son mari. Elle retourna à Hollywood poursuivre sa carrière et reprendre la religion chrétienne.

Ali Khan et Rita Hayworth

Le plus célèbre dans la famille reste néanmoins le grand-père : Muhammad Shah Agha Khan III, né en 1877 et mort en 1957. Il épousa, entre autres, miss France 1930, Yvette Labrousse. Mais c’est surtout comme homme politique qu’il se fit remarquer. Résidant en Inde, il œuvra à la création d’un Etat islamique, mais resta fidèle aux Britanniques, incitant les musulmans des Indes à les aider dans la première guerre mondiale. Son rêve se réalisa en 1947 avec la création du Pakistan.

Agha Khan III et miss France

Il avait une façon particulière de fêter le jubilé de son règne. En 1937, il fêta son jubilé d’or : ses fidèles lui « offrirent » son pesant d’or. En 1946, il remit ça avec son jubilé de diamant et en 1954, son jubilé de platine. Les bénéfices de ces « dons » sont entrés dans le capital de sa fondation caritative.

Et l’histoire dans tout ça ?

Qui sont les ismaéliens ? D’où vient la famille des Agha Khan ?

L’ismaélisme est une mouvance chiite. Les chiites, contrairement aux sunnites qui étaient dirigés par un calife, avaient un chef spirituel et non politique : un imam, un guide suprême, descendant d’Ali, le gendre et cousin de Mahomet.
Au VIIe siècle de notre ère, la plupart des chiites résident en l’Irak et en Arabie actuelle. Le sixième imam se nomme Ja`far al Sâdiq, il vit à Médine. Lorsqu’il meurt en 765, son fils aîné qui devait lui succéder, Ismaël, est déjà mort. La plupart des chiites reconnaissent le fils cadet du défunt comme nouvel imam. D’autres affirment que c’est au fils d’Ismaël que doit revenir l’imanat : ce sont les ismaéliens aussi appelés chiites septimains car ils ne reconnaissent que les 7 premiers imams.

Plus tard, l’imam chiite Ubay Allah al-Mahdi va fuir l’influence des sunnites et s’installer à Kairouan (actuellement en Tunisie). Il va rallier les tribus berbères et occuper le Maghreb, du Maroc à la Libye. Il se proclame calife en 909. En 969, les chiites conquièrent l’Egypte. L’Afrique du nord est sous le contrôle de la dynastie fatimide, du nom de Fatima, la fille de Mahomet, épouse d’Ali. Les Fatimides annexeront bientôt la Syrie et Jérusalem dont ils seront délogés par les croisés en 1099.
Ils connaîtront le même sort que les souverains francs de Palestine, ils seront défaits en 1171 par les Turcs, dirigés par un Kurde, Salah al-Din, mieux connu sous son nom francisé de Saladin.

Entre-temps, que sont devenus les ismaéliens ?
Ils s’étaient installés dans tous les pays musulmans et principalement en Egypte où ils vont revivre la même mésaventure. A la mort du calife Al-Mustansir en 1094, l’imanat passe à son fils Mostali, le cadet, lésant l’aîné, Nizar. Une partie des ismaéliens vont de nouveau reconnaître le perdant, Nizar, comme imam : ils deviennent les ismaéliens nizarites, aujourd’hui guidés par l’Agha Khan.

Un persan, Hassan ben Sabbah (1050-1124), qui étudiait au Caire dans la Maison de la sagesse, qui regroupait les érudits de tous horizons, prend la direction de la contestation. Ses fidèles vont émigrer en Syrie et en Iran où ils formeront une organisation politico-religieuse bientôt appelée « secte des Assassins ». Ils vont lancer des attaques contre des hauts fonctionnaires de l’entourage des califes de Bagdad et contre des chrétiens. Ils ont à leur tableau de chasse un vizir, le fils d’un sultan, le fils du comte de Tripoli et même le prétendant au trône de Jérusalem : Conrad de Montferrat. On a dit que leur nom d’assassins venait de « haschisch », substance qu’ils consommaient avant de perpétrer leurs attentats. Rien n’est moins sûr. Leur nom viendrait de « assas« , le gardien : ils se définissaient comme gardiens de la vraie foi.
On a souvent prétendu que les Assassins entretenaient d’étroites relations avec les Templiers.

Pourchassé, Hassan ben Sabbah s’établit avec une armée dans les montagnes du nord de l’Iran, près de la mer Caspienne, plus particulièrement dans la citadelle d’Alamut. Ils ne furent délogés que par les Mongols en 1256. Ces mêmes Mongols, commandés par Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, prendront Bagdad deux ans plus tard, mettant fin au califat abbasside.
Marco Polo dit avoir rencontré le Vieux de la Montagne, nom donné au maître d’Alamut, alors qu’il ne quitta Venise qu’en 1271, soit 15 ans après la mort de son dernier représentant.

Ce qu’il reste de la citadelle

Ainsi fini l’histoire des ismaéliens nazirites qui disparurent avec l’arrivée des Mongols… Jusqu’au début du XIXe siècle où les « descendants » des grands-maîtres d’Alamut sortirent de la clandestinité et intégrèrent la cour des Kadjars, qui gouvernaient l’Iran. C’est en 1817 que Hassan Ali Shah reçu le premier le titre d’Agha Khan des mains du souverain perse.
Shah est un mot perse signifiant « roi ». Khan est un mot mongol signifiant « dirigeant ».

En 1838, les Kadjars d’Iran tentèrent d’envahir l’Afghanistan. Ce fut un échec cuisant, ils perdirent leur indépendance. La Grande Bretagne à partir de l’Inde et la Russie à partir du nord occupèrent l’Iran. Hassan Agha Khan se réfugia en Inde, au Sind (la basse vallée de l’Indus aujourd’hui au Pakistan) où résidaient de nombreux ismaéliens, pas tous heureux de recevoir leur imam. Il fallut une décision judiciaire britannique pour imposer l’Agha Khan comme chef spirituel de la communauté, en 1866.

Et que devint l’Iran ?
Lors de la révolution russe de 1917, la Grande Bretagne étend son influence sur l’Iran et nomme Reza Khan de la Brigade cosaque iranienne chef des armées. Celui-ci, fait une ascension fulgurante, chassant en 1925 le dernier roi kadjars. Il devint de premier souverain de la dynastie pahlavi dont le dernier souverain Mohammad Reza (le shah d’Iran) sera démis du pouvoir par l’ayatollah Khomeini en 1979.