Les évangiles

Entrons tout de suite dans le vif du sujet : on ne sait pas qui les a écrits, on ne sait pas quand ils ont été écrits, on ne sait pas où ils ont été écrits et on ignore pourquoi ils sont quatre et pourquoi ce sont ceux-là qui ont été choisis. Voilà, tout le reste n’est que conjectures. Bien entendu, la tradition répond à toutes ces interrogations… et la plupart des historien.ne.s s’en contentent, par confort (ou par paresse ?) intellectuel ou par croyance personnelle. On en est au même stade qu’avec la vie de Mahomet et le récit des patriarches juifs. Pour la plupart des historien.ne.s et des universitaires, le document de référence est l’Histoire ecclésiastique écrite au IVe siècle par Eusèbe de Césarée… qui est (très) loin d’apporter toutes les preuves de la véracité de ses dires (voir l’article sur la généalogie de Jésus).

Les évangiles selon la tradition

Les évangiles racontent la vie de Jésus, sa naissance, son baptême par son cousin Jean qui, à cette occasion a reçu le qualificatif de « Baptiste », sa prédication en Galilée, sa montée à Jérusalem où il sera arrêté, jugé et crucifié, et enfin, les évangiles racontent sa résurrection. Quatre évangiles ont été retenu pour figurer dans le Nouveau Testament : ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. D’autres évangiles, qui nous sont parvenus, étaient également candidats.
Notons que les manuscrits les plus anciens de l’Évangile de Marc ne comprennent pas les derniers versets relatant la résurrection  de Jésus (16, 9-20). La TOB (Traduction œcuménique de la Bible) note : « Selon les meilleurs manuscrits, l’Évangile de Marc se termine au verset 16, 8 »

Évangile signifie « bonne nouvelle » en grec, ce qui pose parfois des problèmes de compréhension. Ainsi, dans les épîtres de Paul, les traducteurs ont retenu : « Je vous ai apporté l’évangile ». Doit-on comprendre, comme le suggèrent plusieurs chercheurs, qu’il existait un évangile initial, datant des années 40 de notre ère et que ces chercheurs n’hésitent pas à identifier comme un évangile en araméen dû à Matthieu… dont on n’a jamais retrouvé la moindre trace ? Ou faut-il lire « Je vous ai apporté la bonne nouvelle » ?

La datation des évangiles selon la tradition

L’évangile selon Marc, écrit dans un grec populaire, aurait été rédigé durant la révolte de 67-70. Marc aurait été un compagnon de Pierre. Il reflète la désolation qui régnait parmi les Juifs pour lequel l’évangile aurait été écrit. Jésus y apparaît crucifié, abandonné de Dieu tout comme les Juifs l’ont été tout au long de la guerre contre Rome. Le messie n’est pas venu au secours de son peuple. L’Évangile de Marc, du moins sa version courte, se termine par un constat d’échec et une petite lueur d’espoir : le corps de Jésus a disparu.

Pourquoi dater cet évangile d’avant 70 ? Dans le texte, Jésus dit, en parlant de Jérusalem : « Tu vois ces grandes constructions. Il ne restera pas pierre sur pierre, tout sera détruit » (Marc 13, 2). Comme le temple a été incendié en 70, on a considéré que ces paroles étaient prophétiques. On peut objecter que le texte pourrait avoir été écrit après les événements pour conforter la vision de Jésus… ou que le texte parle de la destruction de Jérusalem sur ordre de l’empereur Hadrien… en 135. Dans ce cas, il n’est plus resté pierre sur pierre, tout a été rasé : « la charrue a été passée sur la ville« .

L’Évangile selon Matthieu aurait été écrit environ 20 ans après la destruction du temple de Jérusalem, du moins à ce que l’on croit. Il promeut la doctrine de Jésus face à un judaïsme en pleine mutation. Jésus y est présenté comme un prophète juif, qui tel Moïse prêche sur la montagne. Matthieu n’hésite pas à livrer la généalogie de Jésus, c’est un descendant direct d’Abraham.
À l’époque, les pharisiens tentent de rassembler les juifs autour des rabbins qui inventent un judaïsme basé sur les synagogues alors que le temple a disparu. Matthieu aurait voulu les contrer et présenter une alternative : la doctrine de Jésus. Il n’hésite pas à attaquer les pharisiens responsables selon lui de la mort de Jésus.
L’évangile aurait été écrit en Galilée où s’étaient réfugiées les diverses communautés juives. Jésus est l’avenir du judaïsme, Jésus est apparu à ses disciples en Galilée, il leur a ordonné de répandre sa parole.

La datation a été choisie en opposition au judaïsme qui se reconstruit et aussi parce qu’on estime que cet évangile se serait inspiré de celui de Marc, donc, il doit lui être postérieur.

L’Évangile selon Luc veut inscrire les chrétiens dans l’environnement romain. Il aurait été écrit à la même période que celui de Matthieu. Ici, loin de la Palestine, Luc rompt déjà avec les juifs. Jésus conseille de prêcher sa doctrine aux gentils, aux non juifs. La biographie, qu’il nous donne, fait de Jésus un fils non plus d’Abraham, le père des Juifs, mais d’Adam, le père de toute l’humanité. Luc aurait été un lettré, compagnon de Paul. Son grec est très académique. Il présente Jésus comme un juif cultivé, qui très jeune lit et interprète les textes de la Torah.

Ces trois premiers évangiles sont dit synoptiques, car ils racontent les mêmes événements et citent les mêmes paroles attribuées à Jésus, parfois dans des contextes différents.

L’Évangile selon Jean est plus tardif et plusieurs fois modifié, il est traditionnellement daté de 90 ou 100. Il consomme la rupture d’avec les juifs.
Son récit est totalement différent de celui des autres évangiles. Jésus meurt avant la Pâque alors que dans les autres évangiles, il participe au repas pascal avec ses disciples. Sa mort ne survient pas à sa première visite à Jérusalem, mais à son troisième voyage.
l’Évangile de Jean procède par symbole, il est écrit dans un milieu philosophique grec. Contrairement à l’évangile selon Marc, Jésus est très serein, il contrôle parfaitement la situation. Tout ce qui arrive est prévu.
Jean n’est plus juif. Il ne lutte plus contre les pharisiens, les chrétiens ont perdu la bataille de l’orientation du judaïsme après la destruction du temple. Les chemins se sont séparés, c’est maintenant le juif qui est l’ennemi et plus seulement les pharisiens.

L’Évangile de Jean est différent des autres car il date d’une autre époque, où la doctrine chrétienne avait déjà dû s’adapter aux positions prises par le judaïsme concurrent. Mais peu importe, l’objectif n’est pas la vérité historique. Les évangiles ne sont pas des livres d’Histoire. Ils interprètent la vie de Jésus telle qu’on se l’imaginait dans les communautés où ils ont été écrits en se référant aux passages de la Bible. L’exemple le plus frappant est la description de la crucifixion (voir l’article) qui se emprunte au psaume 22, au Livre d’Isaïe et au Livre de l’Exode.

Pourquoi trois évangiles synoptiques ?

Pourquoi trois évangiles sont-ils si proches ? Cette question occupe les chercheurs depuis de nombreuses années. Un consensus semble se dégager : une source commune, ancienne, aurait été utilisée. Elle ne contentait que les paroles de Jésus à partir desquelles les évangélistes auraient imaginé son histoire. Le texte a reçu le nom de « Q » (de l’allemand « Quelle » : la source). Marc aurait écrit son évangile, puis à partir de Q et de Marc, Luc et Matthieu auraient écrit le leur.

Je n’aime pas cette théorie qui conforte la position traditionnelle de l’Eglise : des évangiles écrits par une seule personne, dans la seconde moitié du Ier siècle. De plus, on n’a aucune trace du document Q et aucun Père de l’Église n’en parle. [ NB : On appelle « Pères de l’Église » les auteurs des premiers siècles dont les écrits ont contribué à élaborer la doctrine.] J’exposerai non hypothèse sur les synoptiques dans le chapitre suivant.

Quand ont été écrits les évangiles ?

Les historien.ne.s pensent qu’Athanase d’Alexandrie fut le premier en 367 à définir les textes canoniques. Donc, le Nouveau Testament en tant qu’ouvrage compilé a mis un certain temps avant de voir le jour. En fait, Athanase établit la liste des textes qui pouvaient être lus dans les églises. La liste a été ratifiée au concile d’Hippone en 393 et confirmée au concile de Carthage en 397. Une liste contenant les 4 évangiles, avait déjà été proposée au concile de Laodicée vers 364.
La version de saint Jérôme de Stridon, écrite en latin vers 405, ne devint la version officielle de l’Église catholique qu’au Concile de Trente… en 1546 ! Les textes originaux étaient écrits en grec.

Ça c’est pour la version visible, publique des textes. Mais quand ont-ils été écrits ?
Trois méthodes permettent de dater les textes anciens.
(1) En se basant sur les copies anciennes. Nous n’avons aucun manuscrit des évangiles avant la fin du IIe siècle. Ce sont des papyrus trouvés en Égypte, tous écrits en grec.
Un doute subsiste sur un tout petit fragment de papyrus, pas plus grand qu’une carte de crédit, qui contient 105 caractères, écrits au recto et au verso. Ce seraient un passage du chapitre 18 de l’Évangile de Jean. Il daterait de 125 ou 140 ou 150… ou de beaucoup plus tard selon les spécialistes (papyrus Rylands P52).

Papyrus Rylands P52

(2) En relevant des citations des évangiles dans d’autres sources. Certains auteurs du IIe siècle citent des passages qu’on retrouve dans les évangiles, mais sans citer leurs sources. Ce qui est étrange, c’est qu’aucun auteur chrétien des Ier et IIe siècles ne semble connaître la vie de Jésus ! Même dans le Nouveau Testament, à part les évangiles, nulle épître ne cite un événement se rapportant à Jésus, sauf sa crucifixion et sa résurrection. Tout se passe comme si sa vie était un mystère, une énigme… ou que personne ne s’en était intéressé.
Irénée (130-202), évêque de Lyon, est le premier à citer le nom des quatre évangiles mais soit il ne les a pas lu, soit ils sont différents de ceux d’aujourd’hui. Car il prétend que Jésus est né la 41ème année du règne d’Auguste, soit en 14 de notre ère, et qu’il est mort à l’âge de 50 ans, en 64 ! Il insiste, et traite d’hérétiques ceux qui disent que Jésus n’a prêché qu’un an et qu’il est mort à l’âge de 30 ans… » un âge trop tendre ».

(3) En analysant les événements décrits dans les évangiles. J’ai déjà évoqué le passage de l’Évangile de Marc parlant de la destruction de temple. Mais rien de bien concluant.

Ces différentes méthodes ne font pas progresser la recherche. Y a-t-il d’autres pistes ?

A la recherche d’une autre vérité

Nous avons deux textes anciens : l’Évangile de Thomas et le Didachè. Ils dateraient tous les deux de la fin du Ier siècle, bien que l’Évangile de Thomas ait probablement été modifié au IIe siècle par les gnostiques. L’Évangile de Thomas, retrouvé à Nag Hammadi en Egypte en 1945, contient 114 logia (paroles) de Jésus. Il ne parle pas de sa vie, ni de sa crucifixion, ni de sa résurrection.
Exemple : 81 – Jésus dit : « Celui qui est devenu riche, qu’il devienne roi, et celui qui a la puissance, qu’il y renonce« .

Le Didachè, ou Enseignement des douze apôtres, retrouvé en 1873, contient des prescriptions liturgiques et un enseignement moral. Il met l’accent sur l’existence de prophètes itinérants que chaque communauté doit accueillir, loger, nourrir et surtout écouter. J’ai cité le passage du Didaché dans un autre article. C’est une vision différente de la tradition qui veut que le christianisme ne s’est répandu que grâce aux actions des apôtres (l’Église de Jérusalem) et de Paul. Or un évangile, celui de Luc mentionne ces itinérants : « N’emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales… Dans quelque maison que vous entrez, dites d’abord ‘Paix à cette maison’… Demeurez dans cette maison, mangeant et buvant, ce qu’on vous donnera, car le travailleur mérite son salaire. » (Luc 10, 4-7).
Il semble qu’il y ait eu au Ier siècle de notre ère plusieurs mouvements christiques totalement indépendants.

Un autre texte, bien identifié et daté, est l’évangile de Marcion , auquel j’ai consacré un article. Cet évangile date de 140. Il ne nous est pas parvenu, car Marcion a été traité d’hérétique, mais son contradicteur, Tertullien (160-220), le cite abondamment. Pour Marcion, Jésus n’était pas un homme, mais une espèce d’ange, apparu sous la forme d’un homme de 30 ans à Capharnaüm. Donc, à cette époque, la figure de Jésus n’était pas encore fixée. Était-ce un sage, un prophète, le messie attendu par les Juifs, un zélote combattant les Romains, un ange, le fils de Dieu, le fils de l’Homme, le Logos (la parole de Dieu) ?
Chaque mouvement, chaque assemblée produisait ses propres écrits basés sur sa vision de Jésus, si tel était bien son nom. Jésus, en hébreu Yeshoua, signifie « celui qui sauve ». Or à cette époque, dans tout l’Empire romain, on célébrait le culte de « sauveurs », soter, en grec. J’en reparlerai.

Probablement suite aux révélations de Marcion, les textes ont été unifiés. Les synoptiques n’ont peut-être pas été créés tels quels, ils ont été remaniés pour raconter la même histoire. D’ailleurs, vers 176, un grammairien romain, écrivant en grec, Celse publie « le Discours véritable », une attaque contre les chrétiens. Bien entendu, ce texte a été perdu, jamais recopié par les moines transmetteurs des traditions, mais on le connaît par le chrétien Origène (185-253) qui a écrit « Contre Celse ». On y lisait, d’après Origène :

«La vérité est que tous ces prétendus faits ne sont que des récits que vos maîtres et vous-mêmes avez fabriqués, sans parvenir seulement à donner à vos mensonges une teinte de vraisemblance, bien qu’il soit de notoriété publique que plusieurs parmi vous (…) ont remanié à leur guise, trois ou quatre fois et plus encore, le texte primitif de l’évangile, afin de réfuter ce qu’on vous objectait »

Notons qu’Origène ne fait pas référence au passage de Flavius Josèphe sur Jésus pour défendre sa position. Ce passage n’existait probablement pas encore à cette époque.

Personnellement, je crois donc que les évangiles ont été rédigés à partir de textes anciens plusieurs fois remaniés. En 150, Justin parle « des mémoires des apôtres« , pas des évangiles. Est-on dans le même contexte que l’islam, où la « biographie » de Mahomet (la Sîra) aurait été écrite par ibn Ishaq à la demande du calife, al-Mançur (745-775), dont le fils se posait la question : « Mais qui était donc Mahomet ? ». (Cette version de la Sîra ne nous est pas parvenue.)
Pour les évangiles, on peut imaginer le même scénario : dans les premières communautés créées par un prédicateur, on peut l’appeler Paul, des jeunes de la troisième ou quatrième génération se sont demandés : mais qui est ce Jésus-Christ dont on nous parle ?

Il est certain qu’une trame ancienne a existé sinon pourquoi lirait-on : « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive« . (Et les chrétiens attendent toujours !) Cette sentence se trouve dans les trois évangiles synoptiques. Mais ensuite, les textes ont été remaniés. Loin d’être des initiatives personnelles et isolées, les évangiles, tels que nous les connaissons procèdent d’une stratégie concertée pour présenter une histoire crédible pour un auditoire gréco-romain. Toute une série d’ouvrages fantaisistes ont été cachés aux adversaires du christianisme, c’est le sens du mot « apocryphe« . Exit donc le hareng ressuscité par Pierre (les Actes de Pierre) ou le coq, également ressuscité, envoyé par Jésus pour espionner Judas (Le livre du coq, qui est un livre sur la passion de Jésus). Mais ces textes ont continué à circuler dans les cercles chrétiens puisqu’ils nous sont parvenus.

Annexe : papyrus et parchemin, rouleaux et codex.

Depuis l’annexion de l’Égypte par Octave, empereur sous le nom d’Auguste, Rome détient le monopole du commerce du papyrus, un support de l’écriture fabriqué à partir des plantes qui poussent en abondance sur les rives du Nil. Ce matériau est très bien adapté à l’écriture : il est ligné de par sa fabrication qui consiste à coller des bandelettes de tiges ramollies dans l’eau et il permet une écriture souple et rapide. Il a favorisé la diffusion de la culture dans l’Empire romain. Les ouvrages se présentaient soit en rouleau, soit sous forme de codex, l’ancêtre de nos livres : des feuilles de papyrus, écrites recto-verso étaient cousues pour former un livre. Ce sont des codex d’une bibliothèque gnostique qui ont été découverts à Nag Hammadi, en Egypte, en 1945.

Après la perte de l’Egypte, occupée par les Arabes au VIIe siècle, la source des papyrus s’est tarie. On en est revenu au parchemin pour conserver les textes. Le parchemin est obtenu à partir de peaux d’animaux, essentiellement les ovins et les bovins. Un parchemin extra fin, le vélin, est obtenu à partir de la peau d’un animal mort-né. Le traitement de la peau est un long processus. Le parchemin est très coûteux et difficile à utiliser : la peau n’absorbe pas l’encre, les scribes doivent travailler avec précaution, chaque trait doit se faire d’un mouvement précis et rapide pour ne pas étendre l’encre. Rédiger une Bible pouvait prendre une année. Un scribe n’écrivait que quelques dizaines de lignes par jour. Vu le coût des ouvrages, la culture se mit à décliner.

Les manuscrits les plus anciens, les plus complets, contenant l’Ancien et le Nouveau Testament sont le codex Vaticanus et le codex Sinaiticus. Ils sont écrits sur parchemin, sur vélin pour être précis.
Le premier fait partie de la bibliothèque vaticane et a une existence certaine depuis 1475, où il a été répertorié. On le date généralement du IVe siècle. Ce serait une des 50 copies que l’empereur romain Constantin aurait commandées. Mais on ignore si cette commande a réellement été faite et si les exemplaires ont été écrits. Il retranscrit l’Ancien et le Nouveau Testament sur près de 800 pages.

Le second a été découvert par Constantin von Tischendorf lors de ses voyages en Orient entre 1844 et 1859. Il daterait également du IVe siècle. von Tischendorf aurait reçu le manuscrit du supérieur du monastère orthodoxe de Sainte Catherine au pied du mont Sinaï pour en faire don à l’empereur russe Alexandre II. C’est la version officielle.
Car par la suite, le supérieur du  monastère a accusé Constantin von Tischendorf de lui avoir volé le manuscrit. Les pages de ce manuscrit ont été disperses. Elles sont conservées à Londres, à Leipzig, à Saint-Pétersbourg, et il reste quelques pages dans le monastère du Mont Sinaï.

La généalogie de Jésus

Non seulement les évangiles nomment les frères de Jésus (voir l’article), mais ils donnent la liste de ses ancêtres, ou du moins de son « père », Joseph. Ce qui embarrasse bien le dogme catholique : pourquoi Dieu aurait-il des ancêtres humains ?

Deux évangiles reprennent in extenso la généalogie de Jésus. Matthieu la fait remonter à Abraham et Luc la pousse jusqu’à Adam. Ces deux listes de noms ne correspondent pas, le seul ancêtre commun est le roi David ! Cette discordance n’a pas empêché le cardinal français Danielou (1905-1974) d’affirmer que les évangélistes avaient fait un travail d’historiens en consultant les archives de la famille de Jésus… une famille pauvre d’un petit hameau de Galilée, s’il faut en croire la tradition !

Intéressons-nous aux arbres généalogiques. Prenons comme exemple, les ancêtres directs de Joseph, « père » de Jésus.
Pour Matthieu : Eléazar engendra Mathan qui engendra Jacob qui engendra Joseph.
Pour Luc : (dans l’ordre inverse) Joseph fils de Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi

Au premier coup d’œil, on voit les différences : Joseph est-il le fils de Héli ou de Jacob ? Si vous vous posez la question, c’est que vous n’avez rien compris. C’est Eusèbe de Césarée qui le dit dans son Histoire ecclésiastique (livre I, chapitre 7) écrite au IVe siècle : les deux généalogies sont exacts et strictement identiques.
Explication : Joseph est bien le fils de Jacob. Mais à la mort de celui-ci, sa veuve épousa le frère de Jacob, Héli. Joseph devint donc le fils d’Héli. Et voilà. Il reste à appliquer le même raisonnement à tout le tableau. On en déduit que les hommes mourraient avant leur femme et qu’il y avait toujours un frère non marié pour épouser sa veuve, en vertu de la loi du lévirat (NB : levir veut dire beau-frère en hébreu) : « Lorsque des frères demeureront ensemble, et que l’un d’eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera point au dehors avec un étranger, mais son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme, et l’épousera comme beau-frère » (De. 25, 5).

Bien joué Eusèbe ! Il justifie même son explication en soulignant que Matthieu dit « Jacob engendra Joseph », alors que Luc dit « Héli est le père (non géniteur) de Joseph ».
Seulement, la loi du lévirat pose une condition au remariage : « que l’un d’eux mourra sans laisser de fils« . Ce qui n’est pas le cas puisque « Jacob avait engendré Joseph« . Et la démonstration s’effondre.

Mais pourquoi donner la généalogie de Joseph alors qu’il n’est pas le père de Jésus ? Les chrétiens n’ont pas pu choisir : soit Jésus est un descendant de David par Joseph et il peut prétendre au titre de Messie, le roi promis aux Juifs. Soit il n’est pas le fils Joseph, mais de Dieu et il n’est pas Messie. Jésus ne peut pas être le fils de Dieu, Dieu lui-même ET Messie (Christ en grec).

Les auteurs anciens sont de beaux parleurs mais de piètres logiciens. Dans l’Antiquité, on croit ceux qui ont un beau discours, les rhétoriciens, même si on ne le comprend pas ou qu’il n’est pas cohérent.
A la réflexion, il semble que ce soit toujours la même chose aujourd’hui.

Les frères de Jésus

Le Nouveau Testament comporte des affirmations embarrassantes pour le dogme chrétien comme le passage de la 1ère Épître de Paul aux Corinthiens qui dit : « le chef du Christ, c’est Dieu », en totale contradiction avec le dogme de la Trinité. Mais ce qui nous occupe ici, c’est un passage de l’Évangile de Matthieu (13, 55) : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? Et sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? »

Voici qui met à mal le dogme de la virginité de Marie.

Des fils de Marie

Les Églises protestantes s’en tiennent strictement au texte : Marie a bien eu des enfants après la naissance de Jésus, ce qui ne contredit pas sa virginité à la naissance de Jésus. Ne lit-on pas, toujours dans l’Évangile de Matthieu : (1, 25) « Il (Joseph) prit chez lui son épouse, mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

Des cousins de Jésus

Par contre, les Églises catholique et orthodoxe restent sur leurs positions : Marie est restée vierge perpétuellement. Elle n’a donc pas pu donner naissance à d’autres enfants. Bien mieux, le 8 décembre 1854, le pape Pie IX, probablement inspiré par le Saint-Esprit, déclara Marie sans souillure, exempte du péché originelle : elle n’aurait pas été conçue comme tout être humain qui d’après le christianisme est entaché du péché originel dès sa conception. C’est le dogme de l’Immaculée Conception.

Alors, qui sont Jacques, Joseph, Simon et Jude ? De simples cousins d’après Jérôme de Stridon, dit Saint-Jérôme (347-420), le traducteur de la Bible en latin. D’après lui, c’est une coutume sémite d’appeler ses proches du nom de « frères ». Mais tous les textes du Nouveau Testament sont écrits en grec, par des Grecs qui connaissent la différence entre adelfos (le frère) et anepsios (le cousin) ! Les évangiles ne désignent jamais Jean le Baptiste comme frère de Jésus. Or ils sont parents.

L’Église catholique interprète différemment le verset 1,25 de l’Évangile de Matthieu : « Il (Joseph) prit chez lui son épouse, mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » Pour elle, rien ne dit que Joseph connut Marie après la naissance de Jésus.

D’ailleurs, réplique le Vatican, nulle part, on ne parle des fils de Marie, simplement des frères de Jésus. Et lorsque Jésus, sur sa croix, pense à l’avenir de sa mère, il ne la confie pas à l’un de ses frères, mais à Jean, apôtre et évangéliste… Pas si vite ! Ce n’est pas ce qui est écrit dans l’Évangile… de Jean (19, 26) : « Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : femme voici ton fils. Il dit ensuite au disciple : voici ta mère. » Le disciple que « Jésus aimait » n’est pas identifié, il peut être n’importe qui ! J’ai consacré un article à ce sujet.

L’Évangile de Thomas qui rapporte 114 paroles attribuées à Jésus va plus loin, il fait de Jude le jumeau de Jésus. L’évangile commence par : « Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites son jumeau, Jude Thomas« . NB : en araméen, jumeau se dit Thomas, Didyme en grec.

Des beaux-fils de Marie

Les cousins restent l’option retenue officiellement par les Églises catholique et orthodoxe. Une autre hypothèse a été émise pour sauvegarder la virginité de Marie : les frères de Jésus sont des enfants d’un premier mariage de Joseph !

Que savons-nous de Joseph ? « L’histoire de Joseph le Charpentier« , un apocryphe tardif écrit en copte fourmille de détails à son sujet. Joseph a été marié à 49 ans et a eu 6 enfants, quatre garçons, Judas (Jude), Joset (Joseph), Simon et Jacques, le plus jeune, et deux filles Lycie et Lydie. Il a 90 ans lorsque Marie, âgée de 12 ans, lui est confiée par les prêtres du temple de Jérusalem où elle officiait depuis l’âge de 3 ans. À ce moment, Jacques n’est encore qu’un bébé. Marie a 15 ans lorsqu’elle met au monde Jésus. Un rapide calcul nous informe que Joseph a 93 ans. Il meurt à l’âge de 111 ans, alors que Jésus est âgé de 18 ans.

Curieux, car dans les évangiles canoniques, Jésus a l’air d’être l’aîné. Son frère Jacques n’est pas le plus jeune de la fratrie puisque c’est lui qui aurait succédé à Jésus. Simon sera, suivant la tradition rapportée par Eusèbe, le chef de la communauté de Jérusalem en 66 lors de la révolte juive contre les Romains, remplaçant Jacques mort en 63.

De plus, Joseph se rend au temple pour « racheter » son premier fils suivant la Loi juive, d’après l’Évangile de Luc (2, 23) : « Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur ». Le rachat s’est soldé par le sacrifice de deux tourterelles ou deux pigeons (Luc : 2, 24)

D’autres auteurs vont plus loin… dans l’absurde : ces enfants sont ceux de Clopas, qui est le frère de Joseph d’après Eusèbe de Césarée. Clopas avait pour épouse Marie. Quelle Marie ? Certains n’hésitent pas à voir dans cette épouse, Marie, mère de Jésus qui aurait épousé Clopas, frère de Joseph, à la mort de celui-ci, selon la loi du Lévirat. Mais cette loi hébraïque qui oblige le beau-frère à épouser la veuve de son frère mort, pose une condition : ce mariage a pour but de perpétuer le nom du défunt… mort sans enfant. Ce qui n’est pas le cas, Jésus a été reconnu par Joseph au Temple de Jérusalem.

Simple coïncidence ?

A la mort d’Hérode le Grand, en -4, Judas le Galiléen (ou Judas de Gamala, ville qui n’est pas en Galilée) prend les armes pour s’opposer au recensement fiscal consécutif à la prise de pouvoir des Romains en Judée. Il se proclame « messie » et s’associe à un prêtre Sadoq, comme annoncé dans les écrits de la secte de Qumran.

Que vient faire ce personnage dans un article consacré aux frères de Jésus ? Ce sont ses fils qui nous intéressent : Flavius Josèphe nous dit que Simon et Jacques, ses fils, ont été crucifiés sur l’ordre du procurateur de Judée Tibérius Alexandre vers 45 comme agitateurs, séditieux pour Josèphe. NB : En 45, le gouverneur de la Judée porte bien le titre de procurateur, tandis que Ponce Pilate n’était que préfet de 26 à 36. C’est l’empereur Claude (41-54) qui a changé le statut de la Judée devenue province impériale.

Le professeur Robert Eisenman, directeur du département d’études religieuses de l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles), dans son livre « Maccabees, Zadokites, Christians and Qumran »  défend la thèse que les zélotes, les esséniens et les nazaréens ne sont qu’un seul et même mouvement messianique.
De plus, il sous-entend que les familles de Jésus et de Judas de Gamala étaient probablement identiques. Il écrit : « Toute la question des liens physiques entre ces deux familles messianiques reste encore à étudier. Mais le développement parallèle des familles… devrait donner à réfléchir aux historiens ». En effet, cette famille, apparemment d’après Flavius Josèphe,  se composait de 5 fils et de 2 filles.

Luigi Cascioli dans sa monographie auto-publiée « La Fable du Christ » défend la même idée. Pour lui, Jésus est le fils de Judas de Gamala prénommé Jean et dont on ne trouve aucune trace chez Flavius Josèphe. Les chrétiens auraient substitué Jésus à Jean, c’est lui que Josèphe ou un copiste appelle l’Égyptien dans le livre XX des Antiquités Juives. Je parlerai peut-être un jour de cette théorie.

Conclusions

Les évangiles ne sont pas des livres historiques : ils ne racontent pas des faits avérés, indiscutables. Les « vérités » qui s’y trouvent sont des vérités théologiques : les fidèles doivent y croire… mais pas les autres.

Un groupe de chercheurs américains, le Jesus seminar, a essayé de déterminer (par vote) quels étaient les événements qui avaient le plus de chances d’être des faits historiques et la liste des frères de Jésus leur semblait être un bon exemple. Leur critère ? C’est trop gênant pour le dogme, ça place l’Église dans une situation inconfortable. Dans le passé, il n’y avait pas trop de problèmes, peu de personnes, sauf les clercs, lisaient la Bible. Depuis le début du XXe siècle, la situation a changé et les chercheurs n’hésitent plus à critiquer le contenu des livres.

Éthiopie , pays des religions atypiques

Cet article est inspiré du dossier paru dans « Le monde de la Bible » n° 235 de décembre 2020.

Introduction

Bien qu’entouré de pays musulmans, l’Éthiopie, pays de la corne de l’Afrique, un des « berceaux de l’humanité », ne compte qu’un tiers de musulmans. Riche de son passé, il a su garder sa propre culture religieuse.

Ses habitants se nomment eux-mêmes les Habesha, les collecteurs d’encens. Ce nom, déformé par les grecs, a donné Abyssinie, l’ancien nom du pays. Sa population sémite aurait immigré depuis le sud de la péninsule arabique (Yémen) au 1er millénaire avant notre ère.

Au IVe siècle de notre ère, la ville d’Axoum, qui donnera son nom à un Etat, devient un acteur majeur du commerce entre l’Egypte et l’Inde grâce au contrôle de la navigation dans la mer Rouge. L’encens, l’or, l’ivoire, la soie et les épices transitent pas ses ports. Non ! La Mecque n’avait pas le contrôle de la route de l’encens entre le sud de la péninsule et le monde romain. Le transport ne se faisait pas à dos de chameau, mais par la mer.

Axoum deviendra le deuxième pays chrétien après l’Arménie. Il a développé une langue originale, le guèze, dont l’alphabet comporte 182 syllabes (!), composées d’une consonne et d’une voyelle. Depuis le IVe siècle, l’Éthiopie produit de nombreuses œuvres littéraires riches et variées. Le guèze est tombé en désuétude depuis le XIXe siècle, mais il reste la langue liturgique du rite chrétien.

Texte ancien en guèze
Le judaïsme éthiopien

On ignore quand le judaïsme s’est implanté en Éthiopie. Est-ce une réaction au christianisme ou au contraire, le christianisme s’est-il développé dans les communautés juives ? La question reste posée tant leurs pratiques et leurs observances se chevauchent. Les juifs d’Éthiopie prétendaient être les descendants du roi Salomon et de la reine de Saba, qui s’appelle ici Makeda. (Elle est appelée Bilqis au Yémen). Celle-ci, enceinte lorsqu’elle quitta Salomon, donna naissance à un fils Ménélik. Ménélik rendit visite à son père et ramena… l’Arche d’alliance en Éthiopie. Elle serait toujours conservée dans une chapelle de l’église Sainte-Marie-de-Sion où seul un prêtre peut la côtoyer en certaines occasions (Voir l’article sur l’Arche). Cette légende a été adoptée tant par les juifs que par les chrétiens.

Mais depuis 1990, il n’y a plus de juifs en Éthiopie ! L’intégralité de la communauté, soit 60.000 personnes, a émigré en Israël… où les Éthiopiens ne sont pas les bienvenus. Leur reconnaissance par les rabbins israéliens a donné lieu à de débats passionnés. Elle s’est assortie de conditions : les hommes ont dû faire don d’une goutte de leur sang, euphémisme pour dire qu’ils ont dû se plier à une seconde circoncision, et les femmes ont dû se soumettre à un bain rituel. Tous ont dû adopter le judaïsme normatif. Une grande partie de la communauté a conservé ses propres rites. La communauté est dirigée par des moines célibataires, des grands prêtres régionaux et des prêtres locaux ! Pas de rabbins.

Cérémonie chrétienne où une réplique le l’Arche est promenée.
Le christianisme éthiopien

Le christianisme éthiopien est apparenté au christianisme copte, les évêques ont été nommés par le patriarche d’Alexandrie jusqu’en 1959. Aujourd’hui, l’Église éthiopienne est indépendante, autocéphale, elle se proclame « Église orthodoxe », mais n’a rien à voir avec le rite gréco-russe.
La majorité de la population est chrétienne. Les chrétiens d’Éthiopie ne reconnaissent pas les conclusions du concile de Chalcédoine de 451 (voir l’article sur la nature de Jésus) : pour eux, Jésus n’a qu’une seule nature, ses natures divine et humaine ont fusionné.

Ce n’est pas leur seule particularité. Leur Bible comporte 81 livres, contre 73 chez les catholique et 66 chez les protestants. Ils pratiquent la circoncision, ils respectent le double repos sabbatique : celui du samedi et celui du dimanche et évitent de manger les aliments interdits par la Thora.

A côté d’églises de style classique richement décorées, l’architecture de certaines églises sont remarquables et surprenantes.

Elles peuvent être juchées dans des montagnes quasi inaccessibles ou creusées dans le sol, comme à Lalibela, ville qui doit son nom à un souverain qui régna aux environs de 1200.

Les fêtes ne sont pas moins originales, comme la fête de Timkat (baptême en amharique, une des 83 langues d’Éthiopie) qui a lieu en janvier et qui dure trois jours, de grande liberté pour les jeunes dans une société traditionnelle. C’est à cette occasion que les tabot, les copies de l’Arche d’alliance sortent des églises, accompagnées de musiques et de chants. Les cortèges convergent vers un même lieu, différent suivant les régions. Le plus célèbre est le site des bassins de Gondar, où les jeunes se lancent dans l’eau. La fête ne commémore-t-elle pas le baptême de Jésus ? Mêmes les musulmans s’associent à la fête.

Remarquons les couleurs des drapeaux de la seconde photo. Ce sont celles du pays, mais ce sont aussi les couleurs affichées par les « rastas » jamaïcains chantés par Bob Marley. Dans les années 1960, l’Éthiopie était une nouvelle terre sainte (Sion, prononcé Zayen dans les chansons) pour certains Jamaïcains qui considéraient l’empereur éthiopien, Haïlé Sélassié, le négus, le roi des rois, comme un messie. Le culte des rastafari pour Haïlé Sélassié est inspiré des mots du leader nationaliste jamaïcain Marcus Garvey, qui avait déclaré en 1920 : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir devrait être couronné, pour le jour de délivrance ». Haïlé Sélassié est le dernier roi d’une dynastie qui prétendait descendre du roi Salomon. Il a été assassiné lors d’un coup d’Etat en 1975 au grand dam de tous les Jamaïcains qui avaient émigré en Éthiopie.

L’islam éthiopien

La tradition musulmane raconte qu’à La Mecque, les disciples de Mahomet étaient persécutés par les notables. En 615, Mahomet leur conseilla de partir pour l’Éthiopie, où ils furent accueillis par le roi chrétien Ashama. La générosité du roi pour les transfuges a été récompensée par une fatwa de Mahomet : « Laissez les Éthiopiens en paix, tant qu’ils vous laisseront en paix. » L’Éthiopie était un Dar-al-Hyyad, un pays neutre, exempt de djihad. Et effectivement, lors de l’extension de l’islam, l’Éthiopie fut épargnée. Ce qui explique qu’aujourd’hui, elle reste à majorité chrétienne.

Il y eu bien au XVIe siècle, un émir, Ahmad ibn Ibrahim, qui s’attaqua au patrimoine chrétien, mais il fut vaincu avec l’aide des Portugais. La porte était ouverte aux missionnaires chrétiens, dont les jésuites, qui furent bien vite interdits de séjour et expulsés.

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite finance un vaste projet de conversion à l’islam wahhabite.

732 : les Arabes sont arrêtés à Poitiers

Voici une date et un événement qui nourrit l’imaginaire (historique) des Français. Mais que s’est-il passé à Poitiers en 732 ?

Qu’est devenu l’Empire romain ?

Voici déjà plus de 400 ans que les peuples germains ont remplacé les Romains dans les territoires de l’ouest de l’Empire. Les Germains au contact des Gallo-romains se sont romanisés. Ils sont chrétiens et considèrent l’évêque de Rome comme chef de l’Eglise. Mais l’institution religieuse est déjà en déclin : les fils cadets des familles nobles occupent les postes d’évêques… sans renoncer aux plaisirs de la vie : sexe, chasse et ripailles.
On parle latin dans les hautes sphères du pouvoir, mais la culture s’est appauvrie : seule une très petite minorité sait lire et écrire. Dans l’Empire romain, les personnes cultivées étaient nombreuses, non seulement parmi les citoyens, mais aussi parmi les esclaves. Le monopole de la fabrication des papyrus venant d’Egypte avait permis la diffusion de textes écrits. Un écrit sur papyrus pouvait s’acheter pour le montant d’un jour de solde d’un légionnaire. On a retrouvé la trace de 20 bibliothèques à Rome.
Par contre, au VIIIe siècle, les documents sont écrits sur du parchemin, des peaux d’animaux traitées par un processus long et coûteux. Les livres ne sont plus à la portée du peuple. Ecrire et lire devient un art.

La solde des légionnaires a évolué suite à l’inflation : de 1200 sesterces au Ier siècle, elle a atteint 7200 sesterces fin du IVe siècle. C’est un montant brut ! L’Etat gardait 20% pour la retraite du légionnaire, après 25 ans de service… ou comme pension pour sa veuve et ses orphelins. L’armée en prélevait 50% pour la nourriture et l’équipement. Au Ier siècle, le légionnaire gagnait donc 10 sesterces nets par jour, soit 2,5 deniers ou 40 as (1 denier = 4 sesterces = 16 as). Il faut ajouter les primes de victoires et les gratifications des empereurs à l’occasion de leur nomination ou de la naissance d’un héritier.
Un litre de vin coûtait de 2 à 8 as en fonction de sa qualité, une visite dans une maison de prostitution revenait à 4 ou 8 as, boissons non comprises.

Au fil des successions et des mariages, le territoire de l’ancienne Gaule a été partagé ou s’est reconstitué. Au sud, le duché d’Aquitaine, territoire wisigoth, mis à mal par Clovis (456-511), s’est reformé avec comme capitales Toulouse et Bordeaux, il occupe les anciennes régions d’Aquitaine, du Limousin, du Midi-Pyrénées et une partie du Poitou.
La Burgondie, aussi appelée Bourgogne, pays des Burgondes, s’étend d’Orléans à Avignon.
Les Alamans se sont installés en Franche-Comté et en Suisse.
Les Francs gouvernent la Neustrie qui occupe les territoires au nord-ouest de la Loire, d’Arras à Angers en passant par Paris et le royaume d’Austrasie qui s’étend sur la Champagne, l’Alsace, la Lorraine et la Belgique jusqu’au Rhin, avec comme capitales Cologne et Trèves.
Au nord, les Frisons, à l’est les Saxons et au sud-est les Bavarois sont en « cours de conversion au christianisme », euphémisme pour dire qu’ils sont toujours païens. 

Le roi mérovingien d’Austrasie s’appelle Thierry IV. Il a repris les fonctions des anciens rois francs : il règne mais ne gouverne pas. L’histoire nous a fait connaître ses rois sous le nom peu flatteur de rois fainéants. L’autorité est aux mains des maires du palais, les maîtres du palais : les magister palatii. À l’époque qui nous occupe le maire du palais est Charles Martel (688-741), fils de Pépin de Herstal, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne.
D’où tient-il son nom ? Il aurait été appelé « le marteau de Dieu » par le pape Grégoire II, d’où son surnom de Martel. Une autre hypothèse, plus prosaïque, lui donne comme nom Charles Martieaux, une variante de Charles Martin ; Martin étant le saint protecteur des Francs.

En 717, à la suite d’un conflit de succession au trône, Pépin le Bref prend le contrôle de la Neustrie.

Cette carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes) que je recommande chaleureusement.
L’Espagne (al Andalus)

Arrivés en Espagne en 711, d’où ils ont chassé les Wisigoths, il ne faut que huit ans aux musulmans pour conquérir la Septimanie, la région de Narbonne.

Les musulmans qui ont débarqué en Espagne ne sont pas des Arabes. Ce sont essentiellement des Berbères, des habitants du Maghreb, appelés Maures en référence à la province romaine de Maurétanie. Dans l’Espagne, l’entente n’est pas cordiale entre ses premiers arrivés, les Berbères, et les Arabes envoyés par le califat de Damas : la distribution des terres n’a pas été équitable, les Berbères n’ont reçu que des terres incultes dans les régions montagneuses. En 20 ans il n’y aura pas moins de 14 émirs à la tête de ce qui s’appelle al Andalous.

À partir de la Septimanie, en remontant le Rhône, les Maures lancent des raids vers la Burgondie. Beaune et Autun sont même dévastées. Ils s’attaquent également à l’Aquitaine, mais en 721, ils sont défaits et mis en déroute devant les murs de Toulouse.

La chevauchée le l’émir abd er-Rahman

Ce n’est que partie remise, en 732, l’émir abd er-Rahman remonte le long de la côte et pille Bordeaux. Cet émir n’a rien à voir avec le dernier des Omeyyades, ni avec celui qui se proclamera calife à Cordoue en 911. Le nom d’abd er-Rahman est très répandu, il signifie le « serviteur du Miséricordieux« .
Face aux attaques, le duc d’Aquitaine, Eudes, demande l’aide de Charles Martel pour se débarrasser des envahisseurs. Il sait que cette requête va inévitablement mettre fin à l’indépendance de son territoire, mais de deux maux il choisit le moindre.

Bordeaux ruinée, les musulmans continuent leur route vers le nord, pillant églises et monastères qui regorgent d’ustensiles d’or et d’argent, comme l’ont fait avant eux les Huns et comme le feront après eux les Normands. Ce n’est pas une armée de conquérants, mais une expédition de razzia, de pillage.

La bataille de Poitiers

En octobre 732, ils sont dans la région de Poitiers. La date n’est pas certaine, des calculs plus récents la situe en octobre 733 car d’après les sources, la bataille a eu lieu un samedi, le premier jour du mois de ramadan.
C’est là que Charles Martel a rassemblé une armée composée non seulement d’Austrasiens et d’Aquitains mais aussi de Frisons, de Burgondes, d’Alamans et de Bavarois. Un chroniqueur, l’Anonyme de Cordoue, probablement Isidore de Beja, désignera cette armée sous le nom d’Européens. Dans ses Chroniques mozarabes, il écrit : « … au point du jour, les europenses voient les tentes du camp».
Quelles sont les forces en présence ? 1000, 10.000, 50.000 hommes. L’histoire ne nous le dit pas. Il est probable que les forces n’étaient pas très équilibrées, un Arabe pour trois coalisés et quelques milliers de combattants peut-être, bien que la légende fasse état de 375.000 morts du côté arabe !

L’issue de la bataille ne fait pas de doute, les troupes de Charles Martel prennent le dessus sur l’armée de l’émir. Une partie des Maures tente de fuir, mais ralentis par leurs chariots remplis d’or, ils sont rattrapés et massacrés. D’autres, moins cupides, ne seront même pas poursuivis : l’armée franque ne disposant pas de cavalerie capable de rivaliser à la course avec les cavaliers musulmans : les Arabes utilisaient des étriers qui venaient à peine d’être découverts par les Francs. Contrairement à ce que montrent les films, l’étrier était inconnu des Romains. C’est une invention chinoise qui s’est propagée lentement vers l’ouest. À l’origine, il semble n’y avoir eu qu’un seul étrier, pour faciliter l’installation du cavalier.

Mosaïque représentant un cavalier vandale au Ve siècle.
Conséquence de la bataille

Les prisonniers furent remis au duc d’Aquitaine qui les envoya dans ses mines d’argent. Le butin des Maures ne fut pas rendu à leurs propriétaires, les églises et les monastères pillés, mais emmené par les Francs chez lesquels il restait un fond de barbarie.

Comme pressenti par le duc d’Aquitaine, Charles Martel aura tôt fait d’annexer son territoire, mais il faudra attendre son fils, Pépin le Bref, pour conquérir la Septimanie et rejeter les Arabes au-delà des Pyrénées malgré deux sièges infructueux de Charles Martel devant la ville de Narbonne. Ces deux expéditions se soldèrent par le pillage et la destruction des villes d’Agde, de Béziers, et d’Avignon… par les Francs.

Un émirat subsistera une centaine d’années (889-973) dans les environs de Saint-Tropez, d’où le nom de massif des Maures.

En 750, Pépin le Bref (714-768) fera destituer le dernier roi mérovingien, Childéric III, par le pape Zacharie auquel il avait posé la question : « Qui, de celui qui porte le titre de roi ou de celui qui en exerce réellement les pouvoirs, doit ceindre la couronne ? ». Le roi mérovingien Childéric sera tonsuré et placé dans un monastère. Depuis, la croyance populaire a répandu le bruit que les rois mérovingiens tenaient leur pouvoir de leur abondante chevelure et dès qu’on les tondait, ils perdaient cette force et leurs sujets les abandonnaient. Ce qui est bien sûr une légende.
Ainsi prend fin la dynastie mérovingienne et commença le règne de la dynastie carolingienne.

C’est son fils, Charlemagne (742 ou 747 ? – 814), qui réunifiera tous les territoires peuplés de Germains en un vaste empire, mais à sa mort l’empire sera de nouveau partagé entre ses trois fils.

Les Turcs contre les Arabes

Introduction

Au VIIe siècle, les tribus turques nomades occupaient les steppes d’Asie intérieure à l’est de la Volga et au nord de la mer Caspienne, jusqu’au monts de l’Altaï. Elles n’allaient pas tarder à entrer en contact avec les Arabes.

Les Arabes à la conquête de l’Empire perse

La conquête de l’Empire perse fut facilitée par le délitement de l’autorité du dernier empereur perse Yazdgard III dont la fuite vers l’est provoqua l’anarchie dans l’empire.Plusieurs gouverneurs des provinces perses se rallièrent aux Arabes. En échange d’un impôt, ils gardaient la mainmise sur leur territoire. Pour eux, la situation changeait peu : au lieu de payer l’impôt à l’empereur, ils rétribuaient les conquérants. Vers 650, les Arabes avaient déjà atteint l’Indus, ils étaient sur les traces d’Alexandre le Grand.

La route de la soie

A l’est de l’Empire perse, se situait la province de Sogdiane, un important carrefour commercial dont les habitants semblent être d’origine scythe. Les villes de Samarcande et Tachkent, aujourd’hui en Ouzbékistan, contrôlaient la « route de la soie » qui reliait la Chine à Byzance à travers la Perse.
Ces villes accueillaient les caravanes et leur fournissaient une escorte pour traverser la région. Elles abritaient des marchés très florissants où s’échangeaient les produits du monde entier.
Au temps de leur splendeur, Pétra et Palmyre étaient des villes étapes sur cette route.

La route de la soie et les confins de la Perse.
Cette carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes) que je recommande chaleureusement.

Le relief de cette région, aujourd’hui partagée par l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le nord de l’Afghanistan, est très particulier, on y trouve des montagnes, des vallées fertiles, des déserts et des oasis. La configuration du terrain a façonné la structure politique de la région : un moine chinois, Xuanzong, qui voyageait dans la région entre 629 et 644, a dénombré pas moins de 27 royaumes bouddhistes ou zoroastriens.

Cet éparpillement de l’autorité va avoir des conséquences sur la conquête arabe. Elle va la faciliter car les royaumes sont peu puissants, parfois rivaux et leurs troupes peu nombreuses, mais d’un autre côté, les Arabes vont devoir se battre sur plusieurs fronts et disperser leurs forces. C’est au général Qutayba ibn Islam que revient l’honneur des premières conquêtes au delà du fleuve Oxus (aujourd’hui le Sir Daria) : Boukhara tombe en 709 après 4 ans de guerre, Samarcande est prise en 712.

L’intervention des Turcs

Mais en 715, à la mort du Calife Walid Ier, fils d’Abd al-Malik, les opérations militaires cessent à l’est : son successeur, Sulayman (715-717), se tourne vers Constantinople qu’il espère conquérir. Les royaumes de Sogdiane, sous l’autorité des Arabes, mais où les dirigeants étaient restés au pouvoir, font appel à l’empereur de Chine. On a conservé les courriers qui ont été échangés.

(Roi de Samarcande) : Pendant 35 ans, nous nous sommes constamment battus contre les brigands arabes… sans recevoir la moindre aide militaire de l’empereur. Il y a six ans, le général en chef des Arabes, Qutayba est venu avec une immense armée… nous avons subi une grande défaite…

(Roi de Surkhab (au sud de Kaboul)) : Tout ce qui se trouvait dans mon trésor et mes entrepôts, tous mes objets et bijoux précieux, comme les richesses de mes sujets, ont été saisis par les Arabes…

(Roi de Boukhara) : Chaque année nous subissons les incursions et les pillages des brigands arabes. Notre pays n’ a aucun répit.

Ces seigneurs demandent à l’empereur d’ordonner aux Turcs de leur venir en aide. Et effectivement, une armée turque commandée par un certain Subuk (715-738) leur vient en aide en 730. Il chasse les Arabes qui ne gardent que la ville de Samarcande. Mais en 736, Subuk qui s’est allié aux Tibétains, ennemis des Chinois, est battu par ceux-ci avant d’être écrasé deux ans plus tard par les Arabes commandés par Nasr ibn Sayya. Ce gouverneur du Khorassan (province perse de l’est, aujourd’hui au Turkménistan et en Afghanistan) se montre très magnanime, il pardonne aux rebelles et instaure une ère de paix.

Mais la dynastie omeyyade est en danger. En 747, une armée hétéroclite conduite par Abu Muslim, un chiite non-arabe, nouvellement converti, part du Khorassan et marche sur Damas. Le dernier calife omeyyade est renversé en 750. Les partisans d’Abu Islam souhaitaient l’égalité de tous les musulmans par opposition aux Omeyyades qui ont mené une politique élitiste pro-arabe. La dynastie abbasside voit le jour.

La rencontre des Chinois : Talas (751)

En Sogdiane, les troupes chinoises associées à des tribus turques de l’est viennent au secours d’un de leur allié (le Ferghana), en guerre avec un autre roi (du Shash). Ce dernier fait appel aux Arabes alliés à d’autres tribus turques et aux Tibétains. La confrontation a lieu à Talas en 751. On connaît la bataille par les archives chinoises, mais il faudra attendre près de 700 ans pour que les musulmans la raconte. Les troupes turques de l’armée chinoise auraient fait défection et seraient passées dans le camp adverse. Cette défaite des Chinois marque la limite ouest de leurs conquêtes.

Les Turcs sont maintenant les alliés des Arabes. Ils vont se convertir à l’islam. Ils vont devenir les protecteurs du califat et son bras armé, avant de prendre le relais des Arabes : le dernier calife a été le sultan turc ottoman Mehmet V.

En 755, un général turco-sogdien, An Lushan, général en chef des garnissons du nord-est, au service de la dynastie chinoise Tang, se rebelle contre son empereur. La guerre civile qui s’en suit va durer sept ans, faire des centaines de milliers de morts et causer la perte d’un quart des territoires de la Chine stoppant ses prétentions expansionnistes. C’est de cette époque que date l’établissement des Ouïghurs, peuplade turque musulmane, dans l’est de la Chine.

La Chine étant hors-jeu, les Arabes peuvent asseoir leur domination sur la région de Transoxiane.

La route de la soie… et du papier

La tradition raconte que lors de la bataille de Talas, parmi les prisonniers chinois se trouvaient des artisans qui connaissaient le secret de la fabrication du papier et qu’ils l’auraient transmis aux Arabes. Légende !
Les Sogdiens connaissaient déjà le papier. Mais il est vrai que se sont les Arabes qui vont propagé l’usage de ce support. Le papier était utilisé depuis le IIe siècle avant notre ère en Chine. Il arrive en Occident vers 1100, par l’Espagne. Il n’atteindra le nord de la France qu’au milieu du XIVe siècle.
Le plus ancien document conservé sur papier se trouve aux archives de Marseille, c’est le registre des minutes du notaire Giraud Amalric, qui date de 1248.

Les Berbères contre les Arabes

Introduction

Les Berbères occupaient ce qu’on appelle aujourd’hui le Maghreb (ⵜⴰⵎⴰⵣⵖⴰ en berbère), c’est à dire le couchant. Dans l’Histoire, ils ont reçu plusieurs dénominations. Les Grecs les appelaient les Libyens, pour les Phéniciens qui ont fondé Carthage, c’étaient des Numides et pour les Romains, des Maures. Le mot « berbère » vient de « barbare », nom que donnaient les Grecs puis les Romains à tous les peuples dont ils ne comprenaient pas la langue ou qui avaient une culture différente.
Les Berbères formaient plusieurs tribus très indépendantes les unes des autres. Il n’était pas rare qu’ils combattent dans des camps différents, comme ce fut le cas lors des guerres puniques, durant lesquelles ils appuyaient et les Carthaginois et les Romains.

Les Berbères occupent cette région depuis la « nuit des temps ». Ils ont laissé des peintures rupestres à Tassili n’Ajjer, dans le Sahara algérien. Ces peintures ont plus de 10.000 ans. A cette époque, le Sahara était une savane qui s’est asséchée progressivement avec la fin de la dernière ère glacière (voir l’article sur le Déluge).

La région fut conquise par les Vandales vers 430. C’est tout un peuple germanique qui s’installe dans le nord de l’Afrique. Ils n’occupent que les terres agricoles proches de la côte, surtout dans l’est, aujourd’hui en Tunisie. Les Berbères jouissent alors d’une très grande autonomie dans les zones montagneuses et désertiques. Ils sont en majorité chrétiens et leur culture est un mélange d’éléments maures et byzantins. Un de leur roi se présentait comme « le roi des Maures et des Romains« , un autre comme « chef et empereur, qui ne fut jamais déloyal envers les Maures et les Romains« .

En 530, les Romains de Byzance reprennent le contrôle de la région et tentent d’imposer leur autorité. Les Berbères se révoltent. Il faudra quatre ans aux Byzantins (544-548) pour mater le soulèvement… mais la confiance était rompue, jamais une paix complète ne fut rétablie.

Islamisation

En 647, les premiers contingents arabes font leur apparition dans ce qui est aujourd’hui la Tunisie (la province Proconsulaire pour les Romains). Ils ne rencontrèrent pas une grande résistance de la part des Byzantins. Les Arabes fondent la ville de Kairouan, à 160 kilomètres au sud de l’actuelle Tunis, une ville de garnison d’où ils vont pouvoir mener la conquête du reste du Maghreb.

En 670, les Arabes s’aventurent plus à l’ouest, en Maurétanie romaine. Mais là, ils vont se heurter aux armées d’un certain Kusayla qui a réussi à fédérer les Berbères et les Byzantins. En 689, il prend même Kairouan. Mais cette occupation ne sera que temporaire. Les Arabes se réorganisent, des troupes fraîches arrivent d’Égypte et de Syrie.

En 695, puis en 698, Carthage, qui était restée byzantine, tombe. Les Arabes peuvent progresser vers l’ouest. Mais ils vont devoir faire face à une nouvelle opposition dans les Aurès, dans le nord-est de l’Algérie moderne. Une femme, Dihya, appelée la Kahina (prophétesse) a rassemblé une armée de Berbères. Elle va mener la vie dure aux conquérants de 692 à 697.

Au fur et à mesure des conquêtes, l’islamisation progresse. Les Arabes enrôlent des Berbères dans leurs armées et les convertissent. En 708, les Arabes prennent Tanger à l’extrême ouest du Maghreb. Mais la conquête n’est pas complète. La région est un vrai patchwork. Certaines régions sont toujours aux mains des Berbères et les Byzantins résistent encore à certains endroits, comme dans le port de Ceuta, aujourd’hui ville espagnole du Maroc.

La conquête de l’Espagne

L’Espagne est un royaume wisigoth divisé en principautés autonomes. La Septimanie autour de Narbonne (grosso modo le Languedoc-Roussillon actuel) et les Vascons (la Gascogne, le Pays basque) ont déjà fait sécession. Depuis plus d’un siècle, les Wisigoths sont devenus catholiques alors qu’ils étaient ariens (voir l’article). Ce changement fut néfaste aux Juifs brimés puis persécutés.

En 711, le roi Wittiza meurt. Un noble du nom de Rodéric brigue le pouvoir. Il fait appel au comte byzantin de Ceuta, Julien, qui lève une armée de Berbères et organise la logistique pour son passage vers l’Espagne. Les troupes berbères sont commandées par le musulman Tariq ben Zayd, commandant de la place de Tanger. C’est le début de l’occupation musulmane de l’Espagne. Avec l’aide des communautés juives et s’alliant à des nobles wisigoths en échange de leur indépendance, les musulmans vont progressivement conquérir une grande partie de la péninsule espagnole.

Tariq va laisser son nom au rocher de Gibraltar (Djebel Tariq, le mont de Tariq).

La révolte des Berbères

Mais bientôt, le calife Abd al-Malik mène une politique pro-arabe. Les Berbères, bien que musulmans, sont considérés comme des citoyens de seconde zone, ils doivent payer l’impôt comme les non-musulmans. En Espagne, les Arabes se sont appropriés les meilleures terres. Les Berbères adhèrent alors à des mouvements radicaux s’opposant au calife. Des révoltes éclatent dans tout l’ouest du Maghreb, les Berbères chassent les Arabes du pouvoir et constituent des royaumes indépendants.

Notons que la politique élitiste pro-arabe des Omeyyades leur sera fatale. En 747, ce sont des convertis non-arabes qui vont se révolter dans l’est de la Perse et porter au pouvoir la dynastie des Abbassides. Le calife va quitter Damas pour s’établir en territoire perse et fonder la ville de Bagdad.

Le Maghreb au VIIIe siècle : des royaumes berbères indépendants. En rose, les régions contrôlées par les Berbères.
Les empires indépendants

En 1061, alors que le califat de Bagdad perd un a un ses territoires (voir l’article sur la fin des califats), une tribu berbère venant du grand sud désertique prend le contrôle de tout le Maghreb, du fleuve Sénégal à la Méditerranée. Cette riche tribu qui contrôle les routes caravanières de l’ouest, fonde l’empire almoravide. A l’initiative d’un religieux radical, elle est mue par l’esprit de guerre sainte. Elle installe sa capitale à Marrakech.
Le calife de Cordoue fait appel à eux pour contenir les rois chrétiens du nord de l’Espagne qui contestent son pouvoir. Mais à la mort du calife, les Almoravides chassent les derniers Omeyyades et prennent le contrôle de l’Espagne (al-Andalus).

Divers émirats, indépendants et concurrents, vont se partager ce territoire, ce sont les taïfas (faction en arabe). Al-Andalus ne forme plus un Etat unique.

En 1147, une autre tribu berbère, issue des monts Anti-Atlas, dans le sud du Maroc actuel, va s’imposer et créer un nouvel empire sur les ruines de l’empire almoravide. Ce sont les Almohades dont le nom signifie « les unificateurs« . Eux aussi sont conduits sur le chemin du djihad par un prédicateur radical qui prône une morale rigoureuse. En Andalus, ils repoussent les assauts des rois chrétiens à Alarcos en 1195, mais ils sont défaits en 1212 à Las Navas de Tolosa face aux 12.000 hommes des royaumes chrétiens coalisés (Aragon, Castille, Léeon, etc.). Ils délaissent alors Al-Andalus et se replient sur le Maghreb où ils furent supplantés par une autre dynastie berbère, les Mérinides, qui subsista jusqu’en 1465.
En Andalus, ils furent remplacés dès 1237 par une dynastie arabe, les Nasrides, qui régna sur le dernier bastion musulman, le royaume de Grenade, jusqu’en 1492.

Les richesses des Almohades leur ont permis de bâtir de somptueux édifices telle la mosquée de Séville dont le minaret a été incorporé à la cathédrale après la reconquête de l’Espagne. Ce minaret est appelé « Giralda« .

Cathédrale de Séville. La Giralda s’élève à gauche.

Toutes les cartes de cet article sont extraites de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes) que je recommande vivement.

Islam : la prière en question

Allah a imposé à ses fidèles de le vénérer cinq fois par jour. Il a codifié le rituel de la prière : la génuflexion, la prosternation et la direction de celle-ci. Mais il a oublié que le monde, qu’il est censé avoir créé, évolue.

Le 10 octobre 2007, le médecin Sheikh Muszaphar Shukor s’envole à bord du vaisseau Soyouz TMA-11 pour une mission de 10 jours à bord de la Station spatiale international (ISS). Le médecin est malaisien et musulman.

Un comité d’oulémas se réunit en urgence pour déterminer comment il devra prier une fois arrivé là haut, où physiquement tout est différent : la station fait 16 fois le tour de la Terre par jour, on a donc une succession de 16 jours et de 16 nuits par 24 heures, la station tourne sur elle-même et tous les modules ne sont pas pressurisés : les passagers sont souvent en apesanteur. De plus, le planning est très strict et l’espace exigu.

Le travail des oulémas n’est pas facile, mais il faut définir un mode de prière adéquat, car Sheikh Muszaphar Shukor est maintenant un homme public, héro vers qui toute la Malaisie porte les yeux. Première chose, sa femme devra porter le voile, ce qu’elle ne portait sur les premières photos du couple.

Très vite, les oulémas oublient la direction de la prière, trop difficile à déterminer alors que rien n’assure que l’astronaute sera face à la Terre, il se présentera peut-être de dos. Ils passent sous silence les ablutions et le changement de vêtement qui précédent la prière… impossibles dans la station spatiale.
Dans la mesure du possible, il devra placer son front sur le sol de l’habitable, mais il sera dispensé du rite de la génuflexion que l’apesanteur rend trop difficile. Si la prière rituelle n’est pas possible, on lui demande de trouver un lieu et un geste approprié. En dernier recours, il devra se contenter de s’imaginer qu’il prie, de prier dans sa tête. L’important n’est pas le cérémonial, mais la sincérité de la prière.

Est-ce valable pour tous les musulmans ?

Rappelons que les modalités de la prière ne sont pas fixées par le Coran qui ne spécifie pas comment prier, ni quand prier. J’ai traité ce sujet en détail dans un article sur le salafisme.

La circoncision

« Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus… » (Luc 2, 21). Jésus était juif, il fut donc circoncis. Dans l’Antiquité, la circoncision était déjà pratiquée par les Égyptiens. Une stèle du site de Saqqarah montre un prêtre accroupi pratiquant une circoncision sur un homme debout. Mais on ignore la portée de cet acte et son ampleur. La circoncision était-elle généralisée ou était-ce un marqueur social ? Cette pratique faisait horreur aux Grecs et aux Romains, qui l’assimilaient à une mutilation.

La circoncision, comme acte rituel, est une « obligation » religieuse pour tous les garçons juifs d’après la Bible. Elle se pratique le huitième jour de la naissance. En Genèse 17, 10-12, Dieu dit à Abraham : « Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, et ta postérité après toi : que tous vos mâles soient circoncis. Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. »

Le Coran n’en parle pas. Malgré la centaine de versets sur Abraham, pas de trace de la circoncision. Il faut recourir aux hadiths pour expliquer le rituel musulman. Quand les fidèles se posaient des questions comme « faut-il circoncire mon garçon ? », quelqu’un se souvenait des paroles du prophète : « j’ai entendu dire par X qui le tenait de Y que le prophète a dit… ». Et un nouvel hadith prenait vie. En 20 ans de révélations, Allah a fait descendre 6236 versets du Coran. Pendant la même période, Mahomet a prononcé des dizaines de milliers de hadiths. Entre autres, il aurait dit : « Cinq actes font partie de la nature saine originelle : la circoncision, le rasage du pubis, le fait de se couper la moustache, le fait de se couper les ongles et l’épilation des aisselles« .

Situations en Europe

En France

Autrefois, fête tribale ou rituel religieux, la circoncision est devenue une banale opération chirurgicale effectuée en clinique, bien souvent aux frais de la société, dans laquelle les communautés musulmanes et juives sont minoritaires. Donc, dans certains pays, c’est la Sécurité Sociale qui prend en charge l’acte médical, dans d’autres pays, ce sont les parents qui paient l’intervention. Ainsi, en France, une circoncision coûte environ 900 EUR aux parents.

En Belgique

En Belgique, en 2012, l’assurance maladie-invalidité (INAMI) est intervenue pour 25.286 circoncisions, pour un coût total de 2,476 millions d’euros, révèle le quotidien Le Soir (10/8/2012). Alors que certains s’interrogent sur la pertinence du remboursement de cet acte chirurgical, le nombre d’interventions prises en charge par l’INAMI aurait augmenté de 21% entre 2006 et 2011. On estime que depuis 25 ans, environ un garçon sur trois né en Belgique serait circoncis. Si aucune statistique officielle ne permet de distinguer les circoncisions effectuées pour raisons médicales, personnelles ou rituelles (l’INAMI n’impose pas au médecin de spécifier les raisons de la circoncision), selon les hôpitaux wallons et bruxellois, 80 à 90 % des cas répondraient à un impératif culturel et/ou religieux.

En 2017, le Comité d’éthique médicale des hôpitaux de Bruxelles, a émis un certain nombre de questions :

  • Est-il éthiquement admissible de procéder à une circoncision en dehors de toute indication médicale ?
  • Est-il éthiquement admissible qu’une circoncision en dehors de toute indication médicale soit pratiquée par un médecin et en milieu hospitalier ?
  • Est-il éthiquement admissible que cette intervention soit à charge de la sécurité sociale ?
  • Est-il éthiquement admissible que la loi traite différemment la circoncision masculine et la circoncision féminine (excision) ?

[NB : l’excision est qualifiée de “torture” selon l’article 3 de la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle est passible de 15 ans de prison et 150.000 d’amende en France, qui poursuit également les délits commis hors de son territoire. Tous les pays européens ont des législations équivalentes.]

Le Comité bruxellois précise : « Le simple fait de poser une question éthique, même lorsqu’elle entretient un rapport étroit avec des prescrits religieux ou des conformités culturelles, ne peut, dans une société pluraliste et tolérante comme la nôtre, être compris comme une atteinte à cette religion, à cette culture ou à la liberté de religion ou d’opinion et à la liberté de manifester celles-ci« .

Allemagne

En Allemagne, toujours en 2012, une polémique est née après une circoncision ratée par un médecin.
La justice allemande a estimé que la circoncision d’un enfant pour des motifs religieux était une blessure corporelle passible d’une condamnation. Dans son jugement, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que « le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision. Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse. Le droit d’un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents« .
Les droits des parents en matière d’éducation et de liberté religieuse ne sont pas bafoués s’ils attendent que l’enfant soit en mesure de décider d’une circoncision comme « signe visible d’appartenance à l’islam », poursuit le tribunal.
Mais le gouvernement n’a pas suivi la Justice. Le circoncision reste permise. On ne s’érige pas contre une communauté de 4 millions de personnes qui sont de potentiels électeurs. Depuis la fin des années 1970, tout ce qui touche à l’islam est devenu tabou. L’Europe a peur. Même les historiens hésitent à défendre des thèses allant à l’encontre de la tradition musulmane : la Sîra et les récits des expéditions et de la conquête, écrits au IXe siècle, sont devenus la référence.

L’idée que chacun puisse disposer de son corps à sa guise est très louable… mais contraire à la charia. Tout enfant né d’un père musulman est musulman de facto. Une musulmane ne peut épouser qu’un musulman… pour ne pas se laisser convaincre par son mari. On est musulman à vie : tout apostat est puni de mort. Cette loi a probablement été édictée au début de la conquête arabe lorsque les non musulmans se sont convertis en masse pour bénéficier des avantages accordés aux musulmans (respect, impôts, libertés). Une fois musulmans, ils ne pouvaient plus revenir à leur religion d’origine sous peine de mort.

Union européenne

En octobre 2013, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adopte, par 77 voix pour et 19 contre, la résolution 1952 invitant les États membres à prendre des mesures contre les « violations de l’intégrité physique des enfants« . Les parlementaires recommandent d' »adopter des dispositions juridiques spécifiques pour que certaines interventions et pratiques ne soient pas réalisées avant qu’un enfant soit en âge d’être consulté« .
Cette résolution, qui ne cite pas nommément la circoncision, n’a jamais été mise en application dans la législation des pays membres.

Deux poids, deux mesures : le tatouage

Dans la Bible, le livre du Lévitique 19, 28 proclame « Vous ne vous ferez pas d’incisions sur le corps pour un mort et vous ne vous ferez pas de tatouages« . Les rabbins justifient cette interdiction en rappelant que le corps est un don de Dieu, le temple du Seigneur. Il faut le conserver tel quel pour ne pas lui manquer de respect. Il était interdit aux mutilés de pénétrer dans le temple. Donc, pour les juifs, la circoncision n’est pas une mutilation, enlever le prépuce n’est pas une modification du corps, temple de Dieu ?

[NB : dans certaines sociétés tribales, on s’incisait le corps lors de la mort d’un proche pour marquer son deuil.]

La même interdiction des tatouages se retrouve, bien entendu, dans l’islam, bien que le Coran n’en parle pas.
A la question « Pourquoi les tatouages sont-ils interdits en Islam alors qu’ils n’ont aucun effet sur la santé ? « , un spécialiste de la loi islamique (un ouléma) donne un avis juridique (une fatwa) sur le site islamweb.net : le tatouage est considéré comme un changement dans la création d’Allah, donc interdit… mais pas la circoncision, ni l’excision.

Voici le texte intégral de la fatwa. Certains musulmans sont atteints de schizophrénie qui « se caractérise par des pensées ou des expériences qui semblent complètement détachées de la réalité, un discours ou un comportement désorganisé« . Vouloir appliquer des normes tribales d’un autre temps à la réalité d’une société interconnectée conduit inexorablement à un dérèglement mental. Satan doit être omniprésent dans leur monde.

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Sachez, qu’Allah, exalté soit-Il, est Sage dans Ses Lois et Ses Décrets. Toutes Ses Paroles sont véridiques et tous Ses jugements sont équitables. Il dit (sens du verset) : « Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité… » (Coran : 6/115). Sa Législation tout entière émane d’une parfaite Sagesse. Il nous rend licites des choses en raison de leurs immenses bénéfices et Il rend illicites des choses en raison de leurs immenses méfaits. Il se peut que l’être humain ne soit pas au courant de tous ces bénéfices et ces méfaits.

C’est pour cela qu’il incombe au musulman de se soumettre aux ordres d’Allah, exalté soit-Il. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir…  » (Coran 33/36)

Le mieux que nous puissions dire concernant l’interdiction du tatouage est que cette interdiction provient du Messager d’Allah et est une Révélation d’Allah, exalté soit-Il. Abû Djuhayfa a dit : « Le Prophète a maudit les tatoueuses et les tatouées. » (Boukhari : NB : Boukhari et Mouslim sont des collecteurs d’hadiths)

Il n’y a pas d’inconvénient à chercher la sagesse contenue dans certaines interdictions après  avoir cru et s’être conformé aux ordres pour augmenter la foi dans le cœur. Parmi les sagesses mentionnées par les oulémas figure le fait que le tatouage est un changement de la création d’Allah, exalté soit-Il. Certains hadiths font allusion à ce fait : «[…] modifiant ainsi la création d’Allah.  » (Boukhari et Mouslim). Aussi, le tatouage peut causer des dommages au corps et n’a aucun bénéfice véritable.

Sachez enfin que les tatouages n’ont aucune incidence sur les ablutions car ils se trouvent sous la peau et n’empêchent pas l’eau d’atteindre celle-ci.

Et Allah sait mieux.

Jésus n’est pas né le 25 décembre

J’ai déjà consacré un article à la naissance pour le moins invraisemblable de Jésus. Et je ne parle que du point de vue historique. Je ne veux même pas aborder l’aspect théologique d’une naissance miraculeuse. En quelques mots, je résume l’article mentionné.
Seuls deux évangiles relatent la naissance de Jésus. L’Évangile de Matthieu le fait naître dans la maison de ses parents à Bethléem : « Il prit chez lui son épouse mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils auquel il donna le nom de Jésus. Jésus étant né à Bethléem… » (Ma. 1, 24-25 et 2, 1). Celui de Luc, que suit la tradition chrétienne, est plus magique, plus féerique, mais absurde d’un point de vue historique. Les parents de Jésus, qui habitent Nazareth en Galilée, se rendent à Bethléem en Judée pour se faire recenser par le romain Quirinus, alors qu’Hérode est roi de Judée. Toutes les auberges étant complètes, ils sont hébergés dans une étable où Jésus né.
Ce qui ne va pas dans cette histoire, ce sont les dates : Jésus est né sous Hérode qui est mort en -4 et le recensement de Quirinus a eu lieu en 6 ou 7, alors que les Romains avaient pris le contrôle de la Judée. Le recensement servant à déterminer l’impôt. La Galilée restait indépendante et ses habitants n’étaient donc pas recensés.
Dans l’article précité, j’élabore une hypothèse sur l’ajout de la naissance de Jésus dans les évangiles.

Donc, pour la Noël, pas d’étable, pas de crèche, pas de vache, ni d’âne, encore moins de bergers avec leurs agneaux, agneaux qui même en Judée, naissent au printemps !

Alors pourquoi le 25 décembre ?
Le 25 décembre fait partie de ces quelques jours où le soleil semble se figer sur l’horizon à son lever avant d’inaugurer des jours de plus en plus longs : c’est le solstice d’hiver qui met fin au raccourcissement des jours. Le mot Solstice décrit bien le phénomène : sol (soleil) stare (se tenir immobile). Les peuples de l’Antiquité n’ont pas attendu les chrétiens pour célébrer le solstice d’hiver. A Rome, une fête appelée Dies Natalis Solis Invicti, « jour de la naissance du soleil invaincu » avait été fixée au 25 décembre par l’empereur Aurélien en 274, comme grande fête du culte de Sol Invictus (le soleil invaincu) qui était devenu le dieu principal des empereurs. Aurélien avait choisi cette date, proche du solstice d’hiver, qui tombait  au lendemain de la fin des festivités célébrant Saturne : les Saturnales. C’était aussi le jour où la naissance de la divinité solaire Mithra, originaire de Perse et populaire dans l’armée, était célébrée.

Les chrétiens se sont associés à la fête romaine sous l’empereur Constantin. Auparavant, ils ne célébraient pas la naissance de Jésus, mais ils s’associaient aux fêtes juives auxquelles ils donnaient une autre signification. On n’a de trace d’une célébration de la naissance de Jésus avant 336. Les chrétiens s’étaient d’abord vus comme le « vrai Israël », Jésus devenait maintenant le « vrai Soleil ».
Rappelons que la mère de Mithra, dont la naissance est fêtée le 25 décembre, la déesse-mère Anahita était vierge. Les traditions chrétiennes ne sont pas apparue ex-nihilo, dans un coin retiré de la Judée, elles se sont substituées aux pratiques anciennes.
Il faudra attendre 529, sous le règne de Justinien, pour que le 25 décembre soit un jour chômé.

Les Saturnales étaient célébrées du 17 au 24 décembre en l’honneur du dieu (déchu) Saturne. On vivait le crépuscule de l’année. Une certaine liberté régnait à Rome. Lors de banquets, on s’offrait des cadeaux. Les maisons étaient ornées de plantes vertes pour fêter le renouveau qui s’annonçait.
On retrouve tous ces ingrédients dans la tradition chrétienne. La liberté de mœurs associée aux Saturnales a donné naissance à la fête des Fous durant laquelle, même le clergé et les évêques dansaient dans les rues. Elle ait été interdite en 1431, elle a aujourd’hui presque disparu. Le roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris, s’ouvre sur la fête des Fous.

La bûche de Noël, qui est servie au dessert lors du réveillon, commémore la fête de Yule des peuples germaniques (Yul signifie solstice dans les langues nordiques). Les Germains faisaient brûler un arbre en l’honneur des dieux, pour les remercier d’avoir restauré la lumière. Ils ornaient leurs cheveux de houx. C’était l’occasion de grandes fêtes familiales.

La fête de Yule

Rien de bien nouveau sous le soleil… invaincu