Mahomet a-t-il fait des miracles ?

Que dit le Coran ?

Le Coran est formel : NON, Mahomet n’a pas fait de miracle. Ce n’est qu’un homme.

Dis-leur : « Je ne prétends pas disposer des trésors de Dieu, ni de connaître les mystères, je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’a été révélé. (Co. 6, 50)

Ils disent : ‘Pourquoi ne nous apporte-il pas un miracle de son Seigneur ? » La preuve de ce que contiennent les écritures anciennes ne leur est-elle pas parvenue ? (Co. 20, 133) [NB : à lire de verset, on pourrait croire que les habitants de La Mecque devaient connaître la Bible hébraïque ???]

Ne leur suffit-il pas que nous ayons fait descendre sur toi le Livre et qu’il leur soit récité ? Il y a certes là une miséricorde et un rappel pour les gens qui croient. (Co. 29, 51)

En résumé, les miracles ne sont pas nécessaires pour croire, la révélation du Coran suffit.

Qu’en pensent les musulmans ?

Et pourtant de nombreux miracles sont attribués à Mahomet, que ce soit dans sa biographie (la Sîra) ou dans les hadiths (la sunna). Les musulmans ne lisent-ils pas le Coran ?
Le site islamreligion.com nous enseigne que « le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a accompli de nombreux miracles dont ont été témoins des centaines, et parfois des milliers de personnes.  Le récit de ces miracles nous est parvenu par l’intermédiaire d’une méthode de transmission d’une efficacité jamais égalée dans l’histoire. » Sic.

Mahomet aurait divisé la lune en deux lors d’une prière. Ce « miracle » est déduit du verset 54, 1 du Coran qui dit « L’heure approche et la lune s’est fendue en deux ». Le verset parle en fait de la fin du monde. Le site islamreligion.com nous dit même que les habitants de Washington n’ont pas pu voir le miracle car il était 2 heures de l’après-midi chez eux !

Lors de son prêche, Mahomet avait l’habitude de monter sur une souche. Les fidèles devenant de plus en plus nombreux, on lui construisit une chaire. A l’office suivant, tous les participants ont entendu la souche pleurer et Mahomet l’a consolée en la caressant.

Lors d’un déplacement, l’eau vint à manquer. Mahomet avait conservé une petite fiole pour ses ablutions. Il l’ouvrit et l’eau coula en abondance entre ses doigts.

Bien entendu, il a multiplié les pains, il a guéri Ali qui soufrait des yeux et il a exorcisé un démon qui avait pris possession d’un enfant. Il a aussi exaucé les vœux des fidèles. Il a rétabli des jambes brisées et a fait d’un fantassin un cavalier émérite?

La Sîra raconte qu’alors que les armées de La Mecque s’apprêtaient à attaquer Médine, Mahomet demanda de creuser un fossé tout autour de l’oasis. Le travail était ardu, le sol était très dur. Mahomet cracha par terre et le sol devint meuble et malléable. Grâce à ce fossé (une tranchée avant l’heure ?), les 10.000 assaillants n’ont pas osé s’attaquer aux fidèles du prophète, se contentant de les invectiver en leur récitant des poèmes. Après quelques jours de siège, ils ont refait, en sens inverse, les 350 kilomètres qui les séparaient de La Mecque.

Le voyage nocturne

On raconte qu’une nuit, alors qu’il était toujours à la Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui lui fit enfourché un animal fabuleux Buraq, mi-femme, mi-cheval ailé, pour se rendre à Jérusalem. De là, Mahomet s’envola vers les cieux où il rencontra Abraham, Moïse, Jésus et finalement Allah à côté duquel trônait l’original du Coran. Au petit matin, il était de retour et raconta son aventure. Personne ne le crut. Il annonça alors qu’il avait survolé une caravane qui arriverait le surlendemain. Ce qui se réalisa. On peut encore voir « l’empreinte du pied de Mahomet » sur la pierre conservée à l’intérieur le Dôme du Rocher à Jérusalem.

Mahomet montant Buraq

D’où vient ce récit ? Il fait partie du Coran, sourate 17, verset 1 :

Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte, et ceci pour lui montrer certains de nos signes. Dieu entend et voit tout.

Voilà le texte intégral (j’ai remplacé « mosquée » par « lieu de prière », car il n’ y avait pas de mosquées lorsque Mahomet résidait à La Mecque).
Comme on peut le voir, le verset ne parle ni de Mahomet, ni de l’ange Gabriel, ni de Buraq (qui est un personnage de la mythologie persane), ni de La Mecque, ni de Jérusalem. C’est un vrai miracle que ce texte soit devenu le récit fantastique du voyage nocturne.

Quand le verset a été interprété, une mosquée avait bien été édifiée à La Mecque et on l’avait appelée « la mosquée sacrée« , elle existe toujours, très embellie. Ca rapproche le texte du récit.
En 705, Walid I, le fils d’Abd al-Malik, fit construire une mosquée à Jérusalem, mosquée qui sera appelé « al Aqsa« , c’est à dire, la mosquée éloignée. Et le tour est joué.

On raconte que Aïcha la femme préférée du prophète aurait dit que le voyage s’était fait en songe. Or Aïcha est morte en 678, bien avant la construction de la mosquée al-Aqsa. Qui croire ? Que croire ?

Une nouvelle mosquée à Istanbul

Erdogan a remis ça ! Après la basilique Sainte-Sophie, il a converti l’église Saint-Sauveur in-Chora (dans les champs) en mosquée. Cette église a été bâtie au Ve siècle. Elle est devenue une mosquée, en 1511, après la prise Constantinople par les Ottomans.

Comme pour Sainte-Sophie, Kémal Atatürk en avait fait un musée en 1945. Les nombreuses mosaïques avaient été rendues visibles dès 1958. Aujourd’hui, elles sont de nouveaux occultées, non par de la chaux, mais par des rideaux. Erdogan prépare-t-il la fin de son règne et le retour à la « normale » ?

Malgré l’immense portait de Mustapha Kémal Atatürk qui trône dans le bureau présidentiel, Erdogan détricote petit à petit tout l’héritage du père de la Turquie moderne.

Erdogan (en bas) Atatürk (en haut)

Alors, suspense ! Erdogan va-t-il réintroduire l’alphabet arabe, abandonné en 1928 par Mustapha Kémal et interdit en 1929, pour mieux s’imprégner de l’islam ? Mustapha Kémal l’avait remplacé par l’alphabet latin espérant que cela aiderait son pays à se développer économiquement. De plus, l’arabe est une langue consonantique, l’alphabet ne compte que 3 voyelles brèves (a, i, u) et 3 voyelles longues (â, î, û), alors que la langue turque utilise de nombreuses voyelles (A, E, I (sans point), I (avec un point), O, Ö, U, Ü ).
A l’époque, 80% de la population était illettrée. Le moment du changement était très bien choisi. Le retour en arrière serait problématique.

La fin d’un monde : Julien l’Apostat

Je consacre cet article à un personnage qui fait tache dans la galerie des empereurs romains : Julien II, dit Julien l’Apostat par les chrétiens qui le haïssent et Julien le Philosophe par ceux qui l’ont compris. Ce qui singularise Julien, c’est d’être revenu à la religion de Rome, le polythéisme néoplatonicien, en pleine période de christianisation de la cour. Il est le seul empereur romain qui semble avoir compris vers quelle régression les chrétiens amenaient l’Empire. Aurait-il pu infléchir le cours de l’Histoire si son règne ne s’était brusquement arrêté en 363, lors d’une expédition contre les Perses, après 1 an, 7 mois et 23 jours de règne ?
Malgré ce très court règne, nous connaissons bien le personnage qui s’est mis en scène dans les nombreux textes qui nous sont parvenus malgré l’opprobre jeté sur lui par ses détracteurs chrétiens, .

Une vie brève et mouvementée

Julien est né vers 331, probablement à Constantinople, dans la famille de l’empereur Constantin dont il est le neveu. A la mort de Constantin, Julien a alors 6 ans, toute sa famille est massacrée. De cette famille de l’empereur, restent trois enfants de Constantin, Julien et son frère, Gallus, alité, gravement malade.
Les trois enfants de Constantin vont se partager le pouvoir : Constance II, Constantin II et le jeune Constant, 17 ans.
L’éducation de Julien est confiée à Eusèbe de Nicomédie, l’évêque arien qui a baptisé Constantin sur son lit de mort. A côté de son éducation religieuse, Julien est initié aux philosophes grecs par un affranchi goth, Mardonios. Mais l’empereur Constance, qui a évincé ses frères et règne maintenant seul, a vite fait de le séquestrer en Cappadoce. Sans aucun contact avec l’extérieur, soumis aux enseignements rigoureux de l’évêque Georges, il se réfugie dans lecture des ouvrages philosophiques de la bibliothèque de sa résidence forcée.
Il aurait pu terminer sa vie dans cette prison « dorée », si la femme de l’empereur Eusébie, ne l’avait rappelé à la cour puis envoyé à Athènes terminer son cursus scolaire.

En 355, coup de théâtre ! Constance lui donne sa fille, Hélène, en mariage, le nomme César (empereur en second) et l’envoie en Gaule pour combattre les tribus germaniques en rébellion. Il n’a aucune formation militaire et ne parle même pas le latin, la langue de commandement des armées. Mais il fait des merveilles, repoussant les Germains sur la rive droite du Rhin, à tel point qu’en 360, ses légions le proclame imperator (empereur). Colère de Constance qui rassemble ses légions dans le nord de l’Italie pour marcher contre cet imposteur de cousin. Mais il meurt entre temps : Julien devient donc le seul Auguste (empereur) de tout l’empire, contre son gré et contre toute attente.

Il promulgue un édit de tolérance et remet au gout du jour l’ancienne religion romaine, réorganisée autour du dieu solaire. Il promet aux Juifs qu’il veillera personnellement à la restauration du temple de Jérusalem (la lettre nous est parvenue). N’ayant pas digéré son éducation chrétienne, il interdit aux chrétiens d’enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophie : « Qu’ils cessent d’enseigner ce qu’ils ne prennent pas au sérieux ou qu’ils l’enseignent comme la vérité. ». Mais il n’entreprend pas de persécutions contre les chrétiens et condamne même le meurtre de son pédagogue, Georges de Cappadoce, par la foule : « Vous n’auriez pas dû faire justice vous-mêmes, mais du fait de ses crimes, il méritait une mort plus atroce encore ».

Il sera un bon empereur, régnant de façon moins autocrate en se basant sur le Sénat. Il assainit l’administration et diminue les impôts en les répartissant de manière plus juste.

Au printemps 363, il entreprend une vaste expédition contre les Perses qui menacent les frontières d’Asie. Au cours d’une bataille, il est mortellement blessé. Des auteurs chrétiens proclament qu’il a été tué par un de ses soldats chrétiens et qu’avant de mourir, il aurait prononcé : « Tu es vainqueur, Galiléen » . Par contre, un de ses fidèles raconte que Julien s’est élancé imprudemment au milieu de la masse des ennemis fuyant et qu’il fut transpercé par une lance.

Que va devenir l’empire ? Ni Julien, ni ses trois cousins, qui l’ont précédé à la tête de l’empire, n’ont de descendants.
L’armée acclame Sallustius, un proche de Julien, comme empereur. Le polythéisme va-t-il s’installer ? Non, Sallustius refuse de devenir prince. C’est Jovien, de façon éphémère puis Valentinien qui sont élus et ils sont chrétiens. L’œuvre de Constantin peut se poursuivre.

Ses écrits

Bien que sa vie fut brève, il est mort à 31 ans, Julien a beaucoup écrit. Et un grand nombre de ses œuvres nous sont parvenues. Certaines nous sont connues par ses détracteurs.

On connaît pas moins de 83 de ses lettres. Il parle des chrétiens, qu’il appelle « Galiléens » dans certaines où il confirme qu’il ne veut pas les persécuter.

Ainsi dans une lettre adressée à Attrabius, il écrit :

J’en atteste les dieux, je ne veux ni massacrer les Galiléens, ni les maltraiter contrairement à la justice, ni leur faire subir tout autre mauvais traitement : je dis seulement qu’il faut leur préférer des hommes qui respectent les dieux, et cela en toute circonstance. Car la folie de ces Galiléens nous a mené à notre perte, tandis que la bienveillance des dieux nous a sauvés tous. Il faut donc honorer les dieux, ainsi que les hommes et les villes qui les respectent.

Dans une autre lettre, il condamne les ariens d’Éphèse qui s’en sont pris physiquement aux membres de la secte gnostique des valentiniens (voir l’article sur les gnostiques) :

J’ai résolu d’user de douceur et d’humanité envers tous les Galiléens, de manière que jamais personne n’ait à souffrir de violence, à se voir traîné dans un temple ou contraint à toute autre action contraire à sa propre volonté. Cependant ceux de l’Église arienne, enflés de leurs richesses, se sont portés contre les valentiniens, dans la ville d’Édesse, à des excès tels qu’on n’en saurait voir dans une cité bien policée. Nous avons ordonné que tous les biens de l’Église d’Édesse leur soient enlevés pour être distribués aux soldats, et que leurs propriétés soient ajoutées à notre domaine privé, afin que la pauvreté les rende sages et qu’ils ne soient pas privés, comme c’est leur espérance, du royaume des cieux.

Parmi ses ouvrages, on peut citer :

Sur le roi soleil. Il s’attaque à la mythologie : « Que pense-je des dieux ? Vouons ces ténèbres à l’oubli. L’homme engendre l’homme, mais l’âme, étincelle sacrée, il la recueille des dieux ».
En fait, il adhère à la philosophie néoplatonicienne : un « Être suprême », le créateur, a donné naissance à tout ce qui est immortel : le soleil, la lune, la terre, l’air, l’eau, les astres et les autres dieux. Ces autres dieux, créateurs des choses mortelles, ont été choisi par les hommes pour les guider. Tous les peuples ont une nature, un tempérament différent qui est forgée par leur environnement et ils se sont choisis des dieux s’accordant à leur caractère. Ainsi, un Gaulois, un Germain, un Juif et un Romain n’ont pas la même nature, la même sensibilité, ils n’ont pas les mêmes dieux.

Sur la mère des dieux. Il philosophe dans cet ouvrage sur le mythe phrygien de Cybèle et d’Attis, son fils et son amant. Il en déduit que : « La Providence (Cybèle) s’est prise à aimer la cause énergétique et génératrice des êtres (Attis) ».

Épître au Sénat et au peuple athénien. Il y raconte son enfance traumatisante.

A côté d’ouvrages philosophiques, il a aussi écrit deux panégyriques de l’empereur Constance et un éloge de sa bienfaitrice Eusébie. On trouve aussi un curieux Misopogon ou l’ennemi de la barbe, la barbe étant l’apanage des philosophes.

Représentation de l’empereur Julien

Contre les Galiléens. Cet ouvrage est un plaidoyer contre les religions juive et chrétienne. Il se basant sur la Bible et les évangiles que Julien semble bien connaître. Bien entendu, cet écrit ne nous est pas parvenu, mais il a été reconstitué à partir de l’ouvrage de Cyrille d’Alexandrie (« Contre Julien » écrit 40 ans après la mort de Julien) qui nous en livre des passages tout en les critiquant.
Pourquoi traite-t-il les chrétiens de Galiléens ? On peut y voir trois raisons : (1) la Galilée est un pays étranger, (2) un tout petit pays et (3) les Juifs disent, dans le Talmud, que rien de bon ne peut venir de Galilée.
Cet ouvrage peut être consulté sur le site : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/julien/galileens.htm

C’est un ouvrage qui, reconstitué, occuperait aujourd’hui une quarantaine de pages. Qu’y lit-on ? Se référant à sa croyance en un Être suprême, il dénie ce titre à YHWH qui dans la Genèse ne crée pas la terre et l’eau, mais les transforment. Il s’interroge sur les anges et ne trouve pas dans la Bible qui les a créés.
Il critique la façon dont YHWH a traite Adam et Ève : en leur interdisant de manger du fruit de l’arbre du bien et du mal, « il les empêchait de devenir sages et prudents« .
Le récit de la tour de Babel, où Dieu confond les langues, lui inspire le sarcasme : « Quel dieu est-il qui craint les hommes« . Il poursuit : « Comment pouvez-vous croire que Dieu soit susceptible de haine et de jalousie, lui qui est la souveraine perfection ? ». Si Dieu, jaloux, veut être adoré seul… pourquoi adorer son fils ? Et pourquoi adorer Jésus qui durant sa vie n’a rien fait d’exceptionnel.
A la lecture des lettres de Paul, il déduit que les chrétiens sont mauvais car Paul ne cesse de leur reprocher leurs erreurs et leurs vices.
Marie est la mère de Dieu ? Comment une mortelle peut-elle donner naissance à un dieu immortel ?
Si Jésus est dieu de tout éternité, pourquoi Moïse n’en a-t-il pas parlé, lui qui a eu contact avec Dieu. Il en conclut que c’est Jean (dans son évangile) qui a fait de Jésus un dieu.

Son argumentation n’est jamais virulente, il commente des passages de la Bible et des évangiles. Il conclut que le christianisme est une hérésie du judaïsme.

(NB : Mahomet a dû lire les arguments de Julien, car dans le Coran, c’est Allah qui crée la terre, l’eau et les anges)

La fin d’un monde : de la tolérance au fanatisme religieux

Constantin avait promulgué un édit de tolérance en 313 afin de rétablir « l’unité et la sécurité publiques ». (voir l’article sur les ariens) Malheureusement, cet objectif n’a pas été atteint, la prolifération des sectes chrétiennes va perturber grandement le calme et la sécurité dans les villes surtout, les campagnes étant peu christianisées. Cent ans après Constantin, en 428, l’empereur Théodose II, fervent chrétien nicéen (catholique), supprima le droit de réunion de tous les « hérétiques » (en grec, « hérésie » veut dire « choix » ou « préférence », pas déviance de l’orthodoxie). Et il cite : les ariens, les macédoniens, les appolinaristes, les novatiens, les sabbathiens, les eunomiens, les valentiniens, les montanistes, les phryges, les marcionites, les borborites, les messaliens, les euchites, les donatistes, les audiens, les hypoparastates, les tascodrogites, les plotiens, les donatistes, les photiniens, les pauliens et les marcelliens. Soit 23 sectes différentes. Et les adeptes de ces sectes, qui toutes se réclamaient de Jésus, symbole d’amour, ne se contentaient pas de se réunir et de prier ensemble, ils agressaient leurs adversaires, souillaient leurs temples, perturbaient les cérémonies, quand ils n’assassinaient pas ceux qui les gênaient… avec l’assentiment des évêques qui entretenaient des hommes de main pour leurs basses besognes. Ainsi, en 415, à Alexandrie, où l’évêque Cyrille faisait la loi, Hypathie, une mathématicienne et philosophe va être massacrée par les milices de l’évêque. Ils vont la battre, la démembrer et promener son corps dans la ville. Ils n’admettaient pas qu’une femme puisse avoir une telle influence sur la société.
Libanios, contemporain de Julien, écrit au sujet des moines : « Ces hommes vêtus de noir, qui mangent plus que des éléphants, au mépris de la loi toujours en vigueur, courent vers les temples avec des morceaux de bois et des barres de fer pour les détruire« .
Malgré le peu de succès de la nouvelle religion auprès des élites et dans les campagnes, la persécution a changé de camp. Les chrétiens n’étaient pas majoritaires du temps de Julien, mais on les remarquait. Les historien.ne.s estiment que seuls 10% de la population adhéraient au christianisme au temps de Constantin (j’ignore comment ils sont arrivés à cette conclusion !). Julien n’a interdit aucune religion, il n’a persécuté personne, il espérait convaincre les chrétiens de leurs erreurs par des discours philosophiques. On sait ce qu’il en fut.

La fin d’un monde : de la puissance de l’empereur à celle des évêques

En devenant chrétiens, les empereurs romains ont perdu leur prestige et leur pouvoir. Ils ne sont plus tout puissants, ils sont soumis à Dieu… et à leurs représentants sur terre, les évêques et les moines. L’empereur, comme tous les chrétiens, doit se confesser, il se met à nu devant l’évêque qui peut l’excommunier, le rejeter de la communauté des fidèles, le priver des sacrements. C’est ce qui est arrivé à l’empereur Théodose I (379 à 395) qui avait pourtant publié, en 380, conjointement à Gratien, un édit consacrant la foi catholique, telle qu’elle avait été définie par le Concile de Nicée, comme religion d’État ! Et l’empereur a fait amende honorable pour éviter une révolte. Car le peuple n’obéit plus à l’empereur, mais aux évêques.

Gratien (mort en 383) a cédé son titre de « pontifex maximus » à l’évêque de Rome.
En 389, Théodose fait fermer le temple de Vesta, protectrice de Rome et éteint le « feu sacré » qui n’avait cessé de brûler pour la sauvegarde de la cité, et ce malgré l’opposition de l’aristocratie restée hostile à la nouvelle religion. Deux ans plus tard, il va plus loin, il interdit l’accès aux temples. En 394, les Jeux olympiques n’auront pas lieu. Le corps cesse d’être cultivé, il n’est plus que la prison de l’âme.
Par contre à Athènes, l’Académie néoplatonicienne restera ouverte jusqu’en 560.

L’évêque de Rome, le pape, va prendre de plus en plus d’importance, bien que Rome ait été abandonnée au profit de Constantinople et de Ravenne. Un faux va même attribuer au pape tout le pouvoir de l’empereur. J’ai commenté cette « donation de Constantin » dans un article précédent.

En l’an 800, Charlemagne a été sacré empereur par le pape, en opposition flagrante à la tradition franque qui voulait que l’empereur soit investi par ses pairs. On a parlé d’un sacre « par surprise » : le pape aurait couronné Charlemagne alors qu’il avait le dos tourné. Mais l’habitude était prise, c’est l’Église qui sacre les rois. Le roi de France n’obtenait son titre qu’après avoir été sacré par l’évêque de Reims. Il a fallu attendre Napoléon pour que le cercle soit brisé. Il a convoqué le pape à Paris pour son sacre, mais il lui a assigné un rôle de spectateur… Napoléon s’est couronné lui-même. L’empereur reprenait ses prérogatives.

Comprendre la guerre de Syrie

Un peu d’histoire

La Syrie est un pays jeune. Il n’a connu ses frontières actuelles qu’en 1920, lors du démembrement de l’Empire ottoman. Selon un accord secret signé en mai 1916, entre les diplomates français (Picot) et britannique (Sykes), le nouveau pays sera placé sous tutelle française, malgré l’opposition des Arabes qui ont aidé l’armée britannique dans sa guerre contre les Turcs ottomans. Ils avaient créé un gouvernement provisoire et nommé le prince Fayçal roi de Syrie. Cette saga a été contée dans le film « Lawrence d’Arabie ». Fayçal s’était rendu à Paris pour défendre la position arabe lors de la conférence de la paix en 1918 et 1919. En vain. L’occupation française se fera les armes à la main.

Le pays deviendra indépendant en 1946, après de longues négociations avec différents gouvernements français. Celles-ci ont duré 10 ans.
Après la défaite de la Syrie (et des autres pays arabes) dans la guerre contre Israël en 1948 (voir mon article : Naissance de l’État d’Israël), la Syrie va connaître une succession de coups d’État menant en 1966, Hafez al-Hassad au pouvoir. La famille al-Hassad est originaire de l’ouest de la Syrie, elle appartient à la minorité religieuse alaouite, une branche du chiisme qui représente moins de 15% de la population syrienne.

En 2000, Bachar al-Assad (ou el-Assad), né en 1965, succède à son père après un référendum. Il a fait des études d’ophtalmologie à Damas puis s’est spécialisé à Londres. Il y rencontre son épouse Asma Fawaz Akhras (née en 1975), une femme d’affaire syro-britannique.

Avertissement

La guerre de Syrie est très difficile à comprendre car c’est une guerre mondiale qui ne veut pas dire son nom. La Syrie a servi de champ de bataille à toute une série de pays cherchant à s’octroyer des avantages géopolitiques.

A côté de la position « officielle » des chancelleries occidentales : « Bachar al-Assad est un tyran sanguinaire qui a précipité son pays dans le chaos« , plusieurs journalistes sur le terrain ont défendu des thèses différents. Ils se sont fait traités de conspirationnistes, de traîtres, de séniles, de propagandistes à la solde des Russes, etc. Parmi eux :

  • Robert Fisk (anglais) : il a reçu le prix Amnesty International en 2000 pour ses reportages en Serbie sous les bombardements de l’OTAN et le David Watt Memorial Award en 2001 pour sa couverture du Proche-Orient. Il a nié l’usage des armes chimiques à Douma en 2018 où il était présent. Il a réalisé le documentaire « En première ligne » sur la guerre de Syrie (diffusé sur ARTE).
  • Seymour Hersh, un journaliste d’investigation américain, prix Pulitzer en 1970 pour avoir dénoncé le massacre perpétré par des marines américains à My Lai au Vietnam. Il met en cause les milices du front al-Nosra (un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda) dans l’attaque au gaz sarin dans la Ghouta, la banlieue de Damas, en 2013. C’est à cette occasion qu’Obama a déclaré que la « ligne rouge » était franchie. Il accuse Obama de se servir du même mécanisme de sélection que celui utilisé pour justifier la guerre en Irak par son prédécesseur : George W. Bush.
  • John Pilger (australien) : il a été le premier à dénoncer les violations des droits de l’Homme par les Khmers rouges au Cambodge. Il a obtenu deux fois le prix britannique de « jounalist of the year« . Il affirme n’avoir jamais connu d’époque auparavant où la pensée dominante était à ce point impliquée dans un « déluge de propagande » visant selon lui la Russie.
Le printemps arabe : 2011

Au printemps 2011, comme en Tunisie, en Egypte et au Barhain, la population syrienne manifeste contre le régime autoritaire de leur président. Le gouvernement réprime la contestation dans le sang. Les forces armées tirent sur la foule. Vidéo sur les manifestations : France Télévision.
Le printemps arabe échoue en Syrie comme il a échoué au Barhain et pour les mêmes raisons. Les deux régimes sont aux mains d’une minorité : sunnite au Barhain alors que la majorité de la population est chiite et l’inverse en Syrie. Pour assurer le pouvoir à la minorité, le régime a placé des hommes sûrs, issus de cette frange de la population, à tous les postes de l’État : armée, services secrets, administration, etc. La contestation échoue parce que les forces de l’ordre restent fidèles au gouvernement. Notons que l’armée saoudienne a dû intervenir au Barhain pour mettre fin aux manifestations.

Les manifestations virent à la révolution : interventions étrangères : 2012

Face à l’échec, le mouvement de contestation se transforme en rébellion.
Les États-Unis organisent à Istanbul un « Congrès National » regroupant des opposants réfugiés dans les pays occidentaux et toutes les composantes politiques de la société syrienne, des communistes aux radicaux islamistes, soit plus de 40 partis, 40 points de vue différents. L’objectif est de former un gouvernement provisoire et de coordonner les actions sur le terrain. Pour eux, Bachar al-Assad est déjà mort.

Réunion du Congrès National

Vu les divergences de vue, c’est un échec. Sur le terrain, l’Armée syrienne libre (ASL) qui s’était constituée cède petit à petit l’initiative à des milices islamistes salafistes dont les principales comptent plus de 10.000 hommes venant de tous les pays : le front al-Nosra, branche d’al-Qaïda,  Ahrar al-Sham et Jaych al-Islam (Armée de l’Islam). Qui arme ces milices ? L’initiative de la révolution vient des États-Unis, mais ils ne peuvent pas fournir d’armes à des belligérants sans l’accord du Sénat. La CIA fait donc appel à ses alliés dans la région : la Turquie, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar. La diversité de l’origine de l’armement renforce les dissensions entre les différents groupes armés qui sont la cible de l’armée syrienne aidée de l’Iran et du Hezbollah (le parti de Dieu) libanais. A ce stade, on assiste à une guerre entre chiites et sunnites. Plus d’une cinquantaine de groupes armés s’affrontent ! Un observateur estime qu’une milice se crée chaque semaine. Elles sont de plus en plus extrémistes.

Le conflit s’internationalise : USA-Russie (2012-2013)

La force de feu est disproportionnée entre le régime de Bachar al-Assad qui utilise chars et avions, et les milices rebelles équipées d’armes légères. Les États-Unis ont explicitement interdit qu’on leur livre des lance-roquettes. Ils ont en mémoire le sort des armes qu’ils avaient livrés aux moudjahidin afghans qui luttaient contre les Soviétiques. Ces armes se sont retournées contre les Américains lorsqu’ils ont envahi l’Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001.

Comme les milices sont engagées dans une guérilla urbaine, les troupes de Bachar al-Assad bombardent les quartiers où les opposants se sont mélangés à la population. Celle-ci n’a d’autre choix que de fuir quand c’est possible, subir ou aider les insurgés.

Les USA et la Russie vont s’affronter à l’ONU. Toutes les résolutions déposées par les États-Unis pour chasser Bachar al-Assad n’aboutissent pas : la Russie y oppose son veto, imité par la Chine. Le président Obama hésite quant à la stratégie à mener en Syrie. Lorsque le gouvernement syrien est accusé d’utiliser des armes chimiques, il menace d’une intervention directe de l’armée américaine si de nouvelles frappes chimiques ont lieu. Mais il n’agit pas quand cela se produit, au grand dam du président français, François Hollande, qui avait préparé l’envoi d’un contingent. Au contraire, Obama se range à l’avis du président russe Poutine de démanteler l’arsenal chimique de la Syrie. La Russie marque le conflit de son empreinte.

Pourquoi la Russie soutient-elle la Syrie ? La Syrie est alliée à la Russie de longue date, elle permet à la flotte militaire russe de mouiller dans le port méditerranéen de Tartous. La Russie est par principe opposée à tout droit d’ingérence, elle est opposée à toute intervention militaire qui viserait à renverser un pouvoir en place. Notons que l’intervention soviétique en Afghanistan visait à soutenir le régime en place. Une autre raison est économique : la Syrie est le quatrième client de la Russie en valeur. Les États-Unis, eux, s’opposent à la Syrie, non seulement parce qu’elle est l’alliée de la Russie, mais aussi parce que la Syrie est l’ennemie d’Israël et l’alliée de l’Iran. Pour les États-Unis, les amis de mes ennemis sont mes ennemis. Ils mènent au Proche-Orient une politique de cour de récréation d’école maternelle.

Conquêtes de DAESH (2013)

Début 2013, l’État islamique, qui s’est constitué en Iraq, pénètre en Syrie où les milices djihadistes lui prêtent allégeance. De leur fusion naît DAESH, l’État islamique en Iraq et au Levant (le Sham, c’est la Syrie). Cette organisation est lourdement armée, elle a pillé les arsenaux américains de la région de Mossoul. Elle balaie tout sur son passage. Les États-Unis et ses alliés européens décident alors d’intervenir militairement par des frappes contre DAESH. La Russie leur emboîte le pas. Pour ne pas se gêner, la Syrie est divisée en deux zones militaires : à l’ouest de l’Euphrate, la Russie, à l’est, les États-Unis.

Les États-Unis vont accuser la Russie de mener des attaques contre les milices rebelles, ce qui n’est pas faux puisque celles-ci se rallient à DAESH, l’acteur le plus puissant au sol. Pour contrer l’État islamique, dans leur zone d’influence, sans intervenir directement, les État-Unis soutiennent les milices kurdes qui n’ont pas pris position contre Bachar al-Assad. Les Kurdes préfèrent une solution négociée, espérant la formation d’un État fédéral comme en Irak.

La prise de Raqqa par DAESH à la frontière turc crée un couloir par où vont affluer des centaines d’islamistes venant grossir les rangs de l’État islamique.

Maintenant de deux maux, il faut choisir le moindre. Le choix se pose entre DAESH et Bachar al-Assad. L’intervention conjointe de la Russie, de l’OTAN et des Kurdes finira par venir à bout des islamistes de DAESH… et des milices syriennes qui les ont rejoints. Fin 2017, malgré quelques poches de résistance, DAESH est vaincu. Bachar al-Assad a sauvé son trône.

Conflit Iran-Israël (2015)

A la frontière sud de la Syrie, sur les hauteurs du Golan, l’armée israélienne veille. Son pire ennemi, l’Iran a installé des bases en Syrie. Israël craint des frappes massives que son bouclier anti-missiles ne pourrait pas intercepter. Elle entreprend donc des pourparler avec la Russie qui l’assure de sa bienveillance. La Russie ne cautionnera pas les attaques de l’Iran, elle ne soutient pas les visées de son allié : Israël pourra se défendre sans craindre de représailles. Israël mènera, depuis son territoire, plusieurs attaques contre des positions iraniennes trop avancées. La Russie conforte sa position, elle devient un acteur fort dans la région.

Conflit Turquie-Kurdes (2018)

La Syrie a 900 km de frontière avec la Turquie et cette zone est occupée par les Kurdes.

Situation en 2016

Or le président turc Erdogan a déclaré la guerre au PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, dans son pays. Cette organisation a été reconnue comme groupe terroriste par les États-Unis et ses alliés européens. Erdogan prétend que les Kurdes syriens (le YPG : voir mon article sur les Kurdes) sont les alliés du PKK. Il veut empêcher la constitution d’un État kurde à sa frontière. Il veut aussi affirmer sa puissance dans la région… ancien territoire de la Turquie ottomane. Il envoie ses troupes envahir le nord de la Syrie et déloger les Kurdes. Les États-Unis qui ont soutenu les Kurdes contre DAESH les abandonnent et quittent la zone revendiquée par la Turquie. Le diplomate Robert Ford dans le documentaire « Syrie : les dessous du conflit » (ARTE) a déclaré que la Maison blanche avait décidé, dès le départ, de s’appuyer sur les Kurdes et de les abandonner dès que la situation le nécessiterait.

Conséquences de la guerre

On ne peut pas parler de LA guerre de Syrie, mais DES guerres de Syrie tant il y a eu de belligérants et d’objectifs opposés. Aujourd’hui, le régime de Bachar al-Assad, aidé des milices chiites, de l’Iran et de la Russie a récupéré la majorité de son territoire. Seule la Turquie et ses alliés islamistes (l’Armée national syrienne) occupent encore le nord de la Syrie.

En octobre 2020, l’aviation russe a bombardé la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, occupée par les milices islamistes alliées à la Turquie. Ce qui n’empêche pas la Turquie et la Russie de patrouiller ensemble à la frontière nord.

La Syrie est un pays dévasté, sans population, sans habitat. 50% des Syriens ont perdu leur domicile, soit 10 millions de personnes dont rois millions sont nourries par l’ONU. Il y a 6,5 millions de déplacés dans le pays, 3,6 millions ont trouvé refuge en Turquie. Le Liban, qui ne compte que 4 millions d’habitants, accueille un million de Syriens. En Europe, l’Allemagne a pris en charge 750.000 Syriens et la Suède, 250.000.

Mais ce sont les Kurdes qui supportent les conséquences de la guerre : ils gèrent les membres de DAESH fait prisonniers. Cinq mille s’entassent dans des prisons bien souvent improvisées. 70.000 personnes sont dans des camps fermés dont 10.000 « épouses » étrangères, la plupart européennes.

Deux histoires oubliées de l’Histoire

La Syrie est accusée d’avoir tiré sur des manifestants, d’avoir torturé des prisonniers politiques, d’avoir bombardé des civils, des hôpitaux et des écoles. Ces actions ont été qualifiées de « crimes contre l’Humanité » par Kofi Annan, l’émissaire spécial de l’ONU en Syrie (2012)… sous les applaudissements des Français et des Américains.

17/10/1961 : Paris

Nous sommes en 1961 dans la France du général de Gaulle. Depuis un an, des pourparlers se tiennent à Melun entre la France et le FLN (Front algérien de Libération Nationale) pour déterminer les conditions de l’indépendance de l’Algérie. En France, des attentats perpétrés par la branche française du FLN d’une part et par les opposants à l’indépendance, d’autre part, l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète : organisation de militaires français) endeuillent le pays.
Depuis le 5 octobre, un couvre-feu est imposé aux seuls Français musulmans d’Algérie (FMA), c’est ainsi qu’on qualifie les natifs d’Algérie qui vivotent dans des bidons-villes en périphérie des grandes villes. Ils ne pourront se déplacer entre 20h30 et 5 heures du matin.

Le FLN prévoit une grande marche dans Paris le 17 octobre 1961. Le mot d’ordre est stricte : on se promène sur les grandes artères après le couvre-feu, pas de banderoles, pas de slogans, pas de drapeaux, pas de violence. Ils sont environ 20.000 à braver l’interdit. Face à eux, les gendarmes français ont été mobilisés en nombre par le préfet Maurice Papon qui harangue ses troupes et lâche : « tirez les premiers, vous serez couverts ».

Et la curée commence. Dès le début de la promenade, à Neuilly, deux Algériens sont abattus. Douze mille seront arrêtés sans résistance et conduits dans des lieux réquisitionnés pour contrôle d’identité. La police se déchaînera. Les « FMA » feront l’objet de brimades et seront roués de coups. Dès le lendemain, on repêchera dans la Seine des corps jetés à l’eau, certains noyés vivants, d’autres déjà morts. Des cadavres seront retrouvés dans les ruelles et les parcs. Combien ? Pourquoi ? Nul ne le sait, aucune enquête ne sera menée : « vous êtes couverts » avait dit Papon. Ce personnage n’était pas à son coup d’essai : il avait organisé la rafle des Juifs à Bordeaux en 1942. A la capitulation de l’Allemagne, il n’avait pas été inquiété. De Gaulle avait fait appel à lui pour sa poigne, il fallait encadrer les forces de police. En 1978, il sera même ministre de Giscard d’Estaing avant de se faire rattraper par son passé. Il sera jugé en 1997 après 18 ans de procédures. Il sera condamné à 10 ans de prison pour crimes contre l’Humanité. Ainsi fini celui que de Gaulle jugeait « tout à fait convenable ».

De gauche à droite : (1) Stèle à la mémoire des martyrs posée par la mairie de Paris (on y lit « A la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique de 17 octobre 1961″), (2) tag actuel sur le quai saint-Michel (NB : il n’y avait aucune femme lors de la marche, elles devaient défiler deux jours plus tard), (3) Algériens arrêtés en attente d’être transférés pour contrôle d’identité.

Cette partie de l’article a été inspirée du documentaire : Quand l’histoire fait date : 17 octobre 1961, un massacre colonial (ARTE)

13/02/1945 : Dresde

La guerre mondiale touche à sa fin. La ville de Dresde dans le sud-est de l’Allemagne accueille de nombreux réfugiés fuyant les armées soviétiques. Elle est appelée « la ville hôpital ». Soudain, ce 13 février, 1.300 avions américains et anglais apparaissent dans le ciel. Ils vont larguer 600.000 bombes incendiaires ou explosives dans un ballet incessant qui va durer 3 jours. Le bombardement de Dresde n’est pas un cas isolé. La plupart des villes allemandes ont été bombardées. Ce qui choque ici, c’est l’absence d’objectifs militaires ou industriels. Les Nazis n’ont même pas jugé opportun de défendre la ville par des batteries de DCA.
Le nombre de morts est estimé entre 35.000 et 70.000.
Pourquoi cette attaque ? Pourquoi cette sauvagerie ? L’excuse, car se n’est pas une justification, est que les Nazis avaient l’intention de déplacer un demi-million d’hommes vers le front de l’est en transitant par Dresde. A cette époque, même dans ses rêves les plus fous, Hitler n’avait plus les moyens de constituer une telle force armée. La vraie raison est un acte concerté de terrorisme. Terroriser la population allemande pour qu’elle se révolte contre le régime hitlérien. La révolte n’aura pas lieu et la guerre se terminera trois mois plus tard.

L’Arabie

Où est l’Arabie ?

La question paraît saugrenue. Tout le monde sait que l’Arabie (saoudite) se trouve dans la Péninsule arabique. D’accord, mais c’est une situation nouvelle, le pays n’existe que depuis 1932.
Avant la fin de la première guerre mondiale, tout le Proche Orient était sous le contrôle de l’Empire ottoman. Il n’y avait pas de pays, pas de frontières.
Certaines régions avaient un nom qui, la plupart du temps, avait été donné par les Romains.

  • La Syrie-Phénicie, une province romaine, comprenant les monts du Liban.
  • La Palestine, ancienne province perse de Judée, renommée par les Romains après la révolte des Juifs de l’an 135. Littéralement, le pays des Philistins.
  • La Mésopotamie, le pays entre (meso) les deux fleuves (potamos) : l’Euphrate et le Tigre.
  • Le reste, le désert, c’était l’Arabie, peuplées de Bédouins.
Le Croissant fertile et les déserts

Le fameux colonel Thomas Edward Lawrence, plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie, a recruté les troupes du prince Fayçal, dont le père, Hussein ben Ali était chérif de La Mecque,… en Jordanie. C’est à partir du sud de ce pays (actuel) qu’ils sont partis à la conquête de Damas, et pas à partir de la Péninsule arabique.

L’Arabie a-t-elle toujours été un désert ?

Non, il y a 12.000 ans, alors que la banquise recouvre le nord de l’Europe, l’Arabie et le Sahara se couvrent de savanes et même de forêts. Le gibier abonde, la société néolithique s’épanouit. Mais 3000 ans avant notre ère, la sécheresse s’abat sur ces régions qui se désertifient petit à petit. Les hommes fuient, des petits groupes s’adaptent : les Bédouins qui ont domestiqué le dromadaire vers 1200 avant notre ère.

Déserts et civilisations

Aucune civilisation ne s’est développée dans les déserts. Elles ont pris naissance dans le Croissant fertile : Sumer, Babylone, l’Assyrie, le Hatti (les Hittites), le Mittani (les Hourrites), l’Égypte. Que faut-il pour faire éclore une civilisation ? De la richesse, une population élevée et des ressources alimentaires en suffisance. Or dans le désert, les nomades n’accumulent pas de richesse et les habitants des oasis n’ont pas assez d’espace pour permettre à la population d’atteindre un seuil critique.

Quid de La Mecque, qui est présentée comme une riche ville de caravaniers prospères ? Combien comptait-elle d’habitants ? Aucun recensement n’ayant été fait, il faut se baser sur les textes décrivant des batailles. Dans la Sîra, lors de la bataille du fossé, les 3000 hommes de Mahomet se retrouvent face à 10.000 Quraysh venant de La Mecque. Or dans une population, 40% des hommes ont entre 15 et 50 ans, en Europe (30% en Afrique). Comme il y a autant d’hommes que de femmes, 20% de la population sont des hommes en âge de guerroyer. La Mecque aurait donc compté 50.000 habitants. Ce qui est suffisant pour donner naissance à une civilisation. Or, malgré les travaux d’embellissement de la ville au XXe siècle, on n’a découvert aucune trace archéologique, pas un mur de fondation, pas une pièce de monnaie, pas un tesson de poterie. La Mecque n’était pas une ville caravanière, mais un lieu de pèlerinage des bédouins. Elle ne prit de l’importance (littéraire) qu’à l’avènement de l’islam, comme substitut de Jérusalem trop chrétienne à l’époque. (voir mon hypothèse sur les débuts de l’islam).

Remarquons que les civilisations musulmanes se sont développées, non pas dans les déserts, mais dans le Croissant Fertile : à Damas avec les Omeyyades, à Bagdad avec les Abbassides et au Caire avec les Fatimides (voir : La fin des califats)

Les Romains en Arabie

Par contre, une civilisation du désert a bien vu le jour, dans l’actuelle Jordanie, au Ier siècle avant notre ère : la civilisation nabatéenne, avec sa capitale Pétra (voir l’article sur Pétra et La Mecque). Grâce au contrôle des routes commerciales sud-nord et est-ouest, les Nabatéens se sont enrichis. Leur ingéniosité dans la domestication de l’eau leur a permis de créer, en plein désert, une ville de 20.000 habitants. Les monuments que l’on peut encore voir témoignent de la richesse de leur culture.
En 106, l’empereur romain Trajan annexe leur territoire à l’Empire et en fait la province d’Arabie. Pétra va péricliter quand les routes commerciales vont se déplacer : le transport maritime en Mer Rouge et dans le Golfe persique va remplacer les déplacements caravaniers. La montée en puissance des empires parthe puis sassanide (en Perse) va modifier les relations est-ouest. La ville, située sur une faille sismique (comme toute la région), figurée par la Mer Morte, a dû subir plusieurs tremblements de terre qui ont endommagé les canalisations, privant la ville de l’abondance de l’eau. Les habitants restants lors de l’arrivée des musulmans étaient de simples fellah.

Puisqu’on parle des Nabatéens, je dois citer un fait historique qui va à l’encontre du récit des évangiles. Le cousin de Jésus, Jean le Baptiste a été arrêté par Hérode Antipas (ethnarque de Galilée) pour avoir critiqué son mariage avec Hérodiade, la femme de son frère Philippe. A l’occasion de ce mariage, Hérode Antipas avait répudié son épouse Phasaélis, la fille d’Arétas IV, le roi des Nabatéens. Arétas lui déclara la guerre.
Et c’est là que l’on rencontre des problèmes de chronologie dans les évangiles. Jean est mort, décapité lors d’un banquet à la demande de la fille d’Hérodiade (Mt. 14, 1-12). Le passage de Matthieu se termine par : « Les disciples de Jean vinrent prendre le cadavre et l’ensevelirent ; puis ils allèrent informer Jésus ». Jean meurt donc avant Jésus. Or l’Eglise situe la mort de Jésus en 33. Par contre, la guerre entre Arétas IV et Hérode Antipas s’est déroulée en 36. Aurait-il pris plus de 3 ans avant de venger l’affront fait à sa fille ? Ou alors, les Évangiles ont-elles inventé la relation entre Jésus et un prophète avéré appelé Jean ?

Les Romains avaient fait plusieurs tentatives pour annexer le sud de la Péninsule arabique qu’ils nommaient Felix Arabia, l’Arabie heureuse, en raison des (faibles) pluies de mousson qui permettent la production de l’encens utilisé dans les cérémonies religieuses. En 25 avant notre ère, Aelius Gallus tenta de conquérir le Yémen… à plus de 2.000 kilomètres de sa base ! Sur les conseils des Nabatéens, il organise d’abord une expédition maritime au départ du port de Cléopatris (au sud de l’actuel canal de Suez), qui est un échec : les bateaux n’étant pas adaptés à la navigation dans la Mer Rouge. L’année suivante, il repart par le désert, probablement au départ d’Hégra, un comptoir nabatéen dans le nord de la péninsule arabique. Mais mal préparé, il doit de nouveau renoncer à son projet. L’Arabie restera inviolée.

L’islam du désert

La première radicalisation de l’islam est l’œuvre d’un prêcheur solitaire, un bédouin nommé Muhammad ibn Abd al-Wahhab, qui au beau milieu du désert d’Arabie, vers 1740, proclamait qu’il n’y a de dieu que Dieu. On ne peut pas dire que les débuts de son mouvement furent un succès : il se heurta à l’hostilité des populations à tendance chiite. Par dérision on a appelé son mouvement le wahhabisme, la religion du seul Abd al-Wahhab… c’est son frère qui l’aurait ainsi nommée.

Les région et les villes de la Péninsule arabique.

Le wahhabisme est l’exemple type du fondamentalisme musulman. Quoi de plus fondamental en effet que sa profession de foi : il n’y a de dieu que Dieu, point. L’homme ne doit pas compter sur les saints ni même sur le prophète pour intercéder auprès d’Allah. Abd al-Wahhab s’attaque donc au culte des saints (les marabouts) et des ancêtres. Il rejette les confréries soufies. Il interdit le tabac, la musique, toute espèce de loisir ainsi que les chapelets qu’on égraine. Tout ce qui n’existait pas au temps de Mahomet est interdit, dont les armes à feu !
On le traite d’ignare, d’égaré et même d’hérétique.
Mais la situation change du tout au tout lorsqu’il rencontre un émir du Nadjd, la région centrale de l’Arabie, dont il aurait épousé la fille. Son ambitieux beau-père, Muhammad ibn Saoud, va transformer le prêcheur en une figure de proue d’un mouvement militaro-religieux et va prendre petit à petit le contrôle du centre de l’Arabie puis, de la péninsule entière. A Médine, les wahhabites détruisent plusieurs tombeaux de saints qui entouraient celui de Mahomet dont ceux de Khadija, d’Hassan et d’Hussein… qu’ils avaient déjà détruits lors d’une incursion dans le sud de la Mésopotamie, à Karbala. Pour eux, il ne s’agit pas d’un sacrilège, mais d’un retour à la normale. Un hadith ne proclame-t-il pas « le prophète m’a ordonné de démolir les idoles et d’aplanir toute tombe » ? Ils ont également emporter l’or et les pierres précieuses déposées en offrande par les pèlerins. Aujourd’hui, cette violence est oubliée et on présente le wahhabisme comme un mouvement religieux pieux et nationaliste.

Le sultan ottoman qui s’était désintéressé d’un mouvement se développant dans une région qui échappait à son contrôle va réagir à l’occupation des lieux saints de l’islam. N’est-il pas leur protecteur ? En 1818, il envoie la troupe, une armée commandée par l’émir Mehmet Ali, vice-roi d’Égypte de 1804 à 1849, qui balaye les wahhabites. L’émir Abdallah ibn Saoud est capturé, il sera décapité à Istanbul.

La conquête du pouvoir

Un de ses descendants, Abdelaziz ibn Saoud profite de la révolte des Arabes contre l’Empire ottoman de 1916, pour chasser le gouverneur ottoman de Riyad et reprendre sa conquête. Alors que les Français et les Britanniques se partagent les territoires arabes pris aux Ottomans, au mépris des promesses faites au prince Fayçal qui les avait aidé à chasser les Turcs, Abdelaziz ibn Saoud prend La Mecque et Médine en 1924. En 1932, il se proclame roi de l’Arabie saoudite qui sera un Etat wahhabite. (Pour le partage d’empire ottoman, voir « Le jour où la Turquie gagna la guerre« )

En 1945, après avoir participé à la conférence de Yalta qui a redessiné l’Europe d’après-guerre, le président américain Roosevelt a invité le roi saoudien Abdelaziz sur le bateau qui le ramenait aux États-Unis, le Quincy. Un pacte, tacite, a été conclu : le pétrole, découvert en 1938, contre la protection des États-Unis qui veilleront à la sécurité de l’Arabie et se porteront garants de la monarchie. Cette sécurité comprend, bien entendu, l’éloignement de toute influence soviétique. À cette occasion, le président américain a offert un premier avion à l’Arabie, un DC3. Une longue discussion va s’en suivre entre les oulémas wahhabites pour savoir si le déplacement des pèlerins en avion ne va pas amoindrir la valeur du pèlerinage à La Mecque. Une réponse négative va donner une vigueur exceptionnelle au pèlerinage. De 20.000 participants en 1932, on passe à 2 millions dès 1’an 2000. Aujourd’hui le pèlerinage est limité à 2 millions pour des questions sécuritaires.

Le luxe et la pauvreté

L’Arabie saoudite s’ouvre progressivement à l’Occident et à son progrès… jusqu’en novembre 1979. Le pèlerinage touche à sa fin lorsque plusieurs centaines de fondamentalistes islamistes armés font irruption dans la grande mosquée et prennent une centaine de fidèles en otage. Son chef, Juhaiman, est un opposant à la famille régnante à qui il reproche son laxisme, sa corruption, son luxe, son goût immodéré pour les images (voir : 1979 que le djihad commence). Après avoir maté la rébellion, un vent de radicalisation va souffler sur l’Arabie Saoudite. Les cinémas sont fermés, les publicités à l’occidentale enlevées, la stricte séparation des femmes et des hommes dans les lieux publics est décrétée. Il est conseillé aux hommes de se laisser pousser la barbe. La police religieuse, renforcée, veillera à la stricte application des nouvelles dispositions. Des prêcheurs wahhabites vont être envoyés de par le monde pour convertir les musulmans à un islam radical.

En Arabie, la famille Saoud dépense sans compter pour embellir les villes de La Mecque et de Médine. Ces lieux de culte dépassent en luxe le Vatican pourtant considéré comme une insulte à l’humilité prônée par les chrétiens qui se réfèrent à la vie de Jésus. Ne lit-on pas dans l’Évangile de Matthieu (19, 24) : « Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Luc, envoie les riches habillés de pourpre (les cardinaux ?) en Enfer (Luc 16, 19-23)

Mais Mahomet ne s’est pas prononcé sur la richesse et l’humilité. Il a simplement déclaré « qu’un cinquième du butin lui était réservé ainsi qu’à ses proches, aux orphelins et aux pauvres » (Co. 8, 41). Et de fait, la manne pétrolière profite essentiellement à la famille royale qui compte plus de 500 princes. La plupart de ceux-ci alimentent un fonds qui porte leur nom pour aider les démunis. Car l’Arabie saoudite possède de nombreux pauvres : 800 mille familles bénéficient des aides sociales, soit plus de 6 millions de pauvres sur une population de 33 millions dont 20% d’étrangers. Notons qu’en 1960, Il n’y avait que 4 millions d’habitants. L’aumône faite aux démunis n’est pas égalitaire, tous ne reçoivent pas leur part : les dons sont faits aux mosquées et à des associations qui redistribuent les sommes reçues. Les étrangers en sont exclus.

Aujourd’hui et demain

L’avenir de l’Arabie saoudite est promise à Mohammed ben Salmane dit MBS à qui j’ai consacré l’article : Les enfants gâtés de la Péninsule arabique. Il semble ouvert à une certaine libération des mœurs, mais il reste respectueux des oulémas qui guettent le moindre de ses gestes : il donne avec modération. Il a la lourde tâche de préparer l’Arabie à la crise prochaine du pétrole dont tous les pays essaient de s’affranchir n’en déplaise aux frères Koch, magnas américains du pétrole et de la chimie, grand pourvoyeur de fonds du parti républicain à hauteur de 40 millions de dollar. Ils ont fait oublier aux députés républicains leur position de défenseur de la planète contre le réchauffement climatique. Trump a remercié les deux frères en sortant de l’accord de Paris pour le climat.

L’interdit sur le porc

Pourquoi les musulmans ne consomment-ils pas de porc ? Le réponse est très simple, ils ont hérité cette pratique du judaïsme. Alors, d’où vient cette coutume pour les juifs ? Elle leur vient de l’Égypte des pharaons.

Relation Égypte-Hébreux

La relation entre les Hébreux et l’Égypte est une relation ambiguë, faite d’amour et de haine… si l’on en croit la Bible. (Pour la chronologie supposée, voir mon article : La chronologie biblique)
Tout commence avec Abraham. Il se rend avec son clan en Égypte où le pharaon tombe amoureux de sa femme Sarah qu’Abraham avait présentée comme sa sœur. Elle refile une « maladie » à Pharaon qui chasse les Hébreux. Suite à cet épisode, Abraham se fera circoncire. La Bible ne dit pas s’il y a une relation de cause à effet.

Le petit-fils d’Abraham, Jacob, qui est aussi appelé Israël, a douze fils. L’un d’eux, Joseph est vendu par ses frères à des caravaniers se rendant en Égypte. Dans ce pays, grâce à l’interprétation des rêves, Joseph se taille une place de choix : il devient premier ministre de Pharaon. (NB : Dans le récit des patriarches, les pharaons n’ont pas de noms. Il faut dire que les récits sont loin d’être historiques). Suite à une disette à Canaan, la tribu de Jacob, avec ses onze fils restant, viennent se réfugier en Égypte où ils sont accueillis par leur frère (Joseph) qui leur a pardonné.

La relation change, on ignore pourquoi. Dans la saga suivante, les Hébreux sont les esclaves des Égyptiens. C’est ici qu’intervient Moïse qui va faire sortir les Hébreux d’Égypte. j’ai consacré deux articles à ce personnage : Quel pharaon face à Moïse et Moïse au-delà du mythe.

Voilà pour le récit biblique. Le Coran reprend ces histoires dans les grandes lignes.
Abraham (Ibrahim) est « le modèle parfait de soumission à Dieu » (Co. 16-120). C’est la référence, le modèle : il n’est ni juif, ni chrétien, donc parfait ancêtre des musulmans. Si le Coran n’est pas disert sur le passage d’Abraham en Égypte, il le fait venir à La Mecque où il construira la Kaaba.

La saga de Joseph est la plus cohérente du Coran. Tout se trouve dans la sourate 12. Pas besoin de rechercher dans les sourates les versets se rapportant au personnage. Par contre, Abraham (Ibrahim) apparaît dans 13 sourates et Moïse (Musa), le plus cité, dans 19 sourates.

Alors que les Hébreux, conduits par Moïse, sont au nombre de 600.000 sans compter les femmes et les enfants, dans le récit biblique, les « Juifs ne sont qu’une bande peu nombreuse » dans la Coran (26, 56).
Deux versets font polémiques (7, 136-137). Ils donnent aux enfants d’Israël toutes les terres situées à l’est et à l’ouest du Nil ou de la Mer Rouge. De quoi permettre aux Arabes de revoir leur position sur les Israéliens ?

Alors nous (Dieu) nous sommes vengés d’eux (les Égyptiens) ; nous les avons noyés dans les flots, parce qu’ils traitaient de mensonges nos signes et n’y prêtaient aucune attention.
Et les gens qui étaient opprimés (les Hébreux), nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour le prix de leur endurance. Et nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient.

La place du porc dans l’Égypte ancienne.

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos porcs. Quelle était leur place dans l’Égypte des pharaons ? Je reprends ici un extrait de l’article « Le régime du Nil nourrit les Égyptiens » de Martina Tommasi paru dans la revue Histoire et civilisations (Le Monde) n° 66 de novembre 2020.

Le porc occupait quant à lui une place ambiguë. Lâché dans les champs avant les semailles pour aérer la terre et permettre une meilleure pénétration des semences, il consommait aussi les déchets alimentaires ce qui réglait la question de leur élimination et évitait qu’ils ne se transforment en source potentielle d’infection.
Le porc était malgré tout considéré comme un animal impur, dont le contact devait être suivi d’une immersion intégrale dans l’eau du fleuve et dont l’élevage interdisait à ses maîtres, pourtant des citoyens libres, d’entrer dans les temples ou de se marier.

Des porcs n’en étaient pas moins sacrifiés une fois par an à la déesse Nout (déesse du firmament) et communément consommés par la population rurale.

Le fait que l’élevage des porcs interdise l’entrée dans le temple a dû jouer un rôle dans l’interdiction décidée par les Hébreux : ne pas entrer dans le temple, c’est être rejeté de la communauté. Or la société israélite des débuts est une société hautement égalitaire. Le ciment de la société, c’est la communauté. L’autre point : l’interdiction de se marier, est en totale contradiction avec la loi de Moïse. Tout Hébreux a l’obligation de marier ses enfants. Le porc, peu adapté à la topologie du terrain rocheux est donc banni par les Hébreux : la communauté reste soudée et la loi appliquée.

L’élevage des porcs dans les pays musulmans

L’élevage des porcs est interdit dans beaucoup de pays musulmans : l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et la Libye. Dans les autres pays, ce sont les minorités non musulmanes qui s’en occupent. En Égypte, les coptes (chrétiens) élevaient les porcs dans la banlieue du Caire où, comme dans l’Antiquité, ces animaux consommaient les déchets alimentaires. En 2009, on comptait 350.000 porcs, avant que le gouvernement ne décide de les faire abattre pour éviter la propagation du virus de la grippe (H1N1)… qui n’était pas arrivé en Égypte et qui ne se transmet pas par les porcs ! Alors, affaire religieuse, attaque contre les coptes ou magouille financière : le gouvernement voulant récupérer des terres à grande valeur ajoutée si elles étaient débarrassées de ces éboueurs ?

2020 : le conflit gréco-turc

Cet article a été inspiré de l’émission « Reportages » de la chaîne de télévision Arte du dimanche 18 octobre 2020.

Raisons du conflit

Le navire de recherche minérale truc, l’Oruç Reis croise dans les eaux territoriales grecques. Il étudie les fonds marins pour détecter les gisements de gaz et de pétrole.

L’Oruç Reis (nom turc du pirate Barberousse)
La situation géopolitique

La Turquie n’a presque pas d’eaux territoriales, sa zone économique exclusive est limitée, conséquence de la défaite de l’Empire turc ottoman lors de la guerre mondiale de 1914-1918. Une zone économique exclusive (ZEE) est, d’après le droit de la mer, un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources.

Zones économiques exclusives de la Grèce et de la Turquie.

L’exploitation du gaz et du pétrole serait bienvenue pour la Turquie qui vit une situation économique pour le moins difficile. Cela donnerait de la crédibilité au gouvernement.
Pour former le gouvernement majoritaire actuel (52,6%) Erdogan a dû s’allier au MHP (Parti d’Action nationale aussi connu sous le nom de Parti National des Travailleurs). C’est un parti d’extrême droite, nationaliste, islamique, anti-kurde et anti-européen.

Erdogan doit plaire à ses nouveaux partenaires politiques. Alors, il prend des mesures. Tout d’abord, il remet en cause le Traité de Versailles (1919) qui a mis fin à la première guerre mondiale et a sévèrement lésé les empires vaincus : l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et l’Empire turc ottoman. (NB : les traités concernant l’Empire ottoman sont ceux de Sèvres (1920) et de Lausanne (1926))
Erdogan déplore le démembrement de l’Empire, qui avant la guerre comprenait tous les territoires arabes du Proche orient (les actuels Syrie, Irak, Jordanie, Israël/Palestine, Liban et les lieux saints de l’islam dans la Péninsule arabe). Il remet également en cause la limitation de sa zone économique exclusive en Méditerranée.

Erdogan prononce des discours musclés tels que : « Il y a cent ans, nous avons rejeté les Grecs à la mer, nous allons poursuivre le travail ». (voir mon article sur Mustapha Kémal). Il ajoute : « Nous sommes prêts à sacrifier des martyrs ». Il faut comprendre qu’en plus de l’extension des eaux territoriales, il vise toutes les îles grecques qui font face à la Turquie.

Dans les anciens territoires ottomans, il agit également : il a envahi le nord de la Syrie, attaquant les Kurdes, abandonnés par les État-Unis et les Européens alors qu’ils ont été les seuls à combattre DAESH sur le terrain. (voir mon article sur les Kurdes).

Pour s’affirmer comme puissance régionale, la Turquie s’implique aussi dans le Haut Karabagh. Cette région est une aberration géopolitique. Lors du démembrement de l’URSS, ce territoire n’a pas été attribué à une république issue de l’ancienne union, il a été laissé de côté. L’Arménie et l’Azerbaïdjan devaient se mettre d’accord sur sa destination. Aucun accord n’ayant été trouvé, la guerre a remplacé les négociations. La Turquie soutient naturellement l’Azerbaïdjan. (voir mon article sur les Arméniens).

Le mauvais signal de la France

Revenons au conflit entre la Turquie et la Grèce, tous deux membres de l’OTAN. On ne peut pas donner tort à Emmanuel Macron qui déclarait que l’organisation était en état de mort cérébrale. Comme dans tout conflit, chaque camp a ses alliés. La Turquie peut compter sur la Libye avec qui elle a des accords maritimes et la Russie, toute contente de voir l’OTAN se déchirer.

La Grèce a des accords maritimes avec l’Egypte, l’Italie et Chypre qui sont ses alliés. Comme la Russie soutient la Turquie, les État-Unis se sont rangés aux côtés la Grèce. Plus curieux, Israël et les Emirats arabes soutiennent la position grecque. En principe, les États de l’Union européenne sont favorables à la Grèce avec des nuances dans leur soutien. Son plus fervent défenseur est la France à qui la Grèce vient de commander 18 avions Rafale et 4 hélicoptères de combat pour la marine… avec torpilles et missiles. Quatre frégates devraient suivre. Rappelons que l’économie de la Grèce vit sous perfusion. La survie de la Grèce dépend de l’aide que l’Union européenne lui accorde. L’Europe donne, la France prend.

La réponse d’Erdogan ne s’est pas fait attendre : « Macron n’a pas fini d’avoir des ennuis avec moi » et aussi « Je n’ai pas de leçons à recevoir de la France. Qu’elle se penche sur son passé colonial en Algérie et son rôle dans le génocide ruwandais de 1994″. Ambiance ! Et ce n’est pas tout, après la cérémonie en l’honneur du professeur décapité par un islamiste près de Paris, Erdogan a attaqué le président français lors d’un discours télévisé : « Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale« .

Erdogan a une arme redoutée des Européens : il héberge plus de trois millions de réfugiés, la plupart Syriens, qui n’attendent qu’une occasion pour migrer vers l’Europe.

Conclusion

Actuellement, on ne voit plus de bateaux de tourisme dans les eaux de la Méditerranée orientale. Ils ont été remplacés par des navires de guerre. Comment cela va-t-il finir ? La guerre est-elle inévitable ?

La Turquie peut demander à la Cour Internationale de Justice de La Haye de trancher le différent. Plusieurs observateurs neutres donnent (partiellement) raison à la Turquie : sa zone économique exclusive est bien trop restreinte.

La Turquie et la Grèce peuvent également s’associer pour exploiter les gisements en commun, comme l’ont fait l’Iran et le Qatar, pourtant ennemis, pour l’exploitation des gisements de gaz dans le Golfe persique.

Mais Erdogan préfère menacer que négocier. Il veut se montrer fort et inflexible pour son électorat.

L’exploitation des gisements du plateau continental méditerranéen n’est pas sans danger. La mer Égée est une zone sismique. En 2017, un séisme de magnitude 6,6 a frappé les îles grecques du sud-est et la côte turque dans la région de Bodrum. Faut-il s’attendre à une guerre ou à une catastrophe écologique ?

Epilogue

Ce que je redoutais dans le dernier chapitre est arrivé : le 30 octobre au début de l’après-midi, trois jours après la fin de la mission du navire Oruç Reis, un séisme de 7 sur l’échelle de Richter s’est déclaré dans la mer Égée, entre l’île grecque de Samos et la côte turc, dans la région d’Izmir, la troisième ville de Turquie. L’onde de choc a été ressentie jusqu’à Istanbul et Athènes.
Pour l’heure, on dénombre 100 morts et près de 1000 blessés.
Face à cette catastrophe, la Turquie et la Grèce ont mis les tensions diplomatiques de côté, elles se disent prêtes à s’entraider.

Croix latine, croix rouge, croix gammée !

Cet article a été inspiré par le film de Juliette Desbois : « La face cachée du Vatican 39-45« , et par le livre de Ian Kershaw : « L’Europe en enfer : 1914-1949« .

Dans cet article, je vais me pencher sur une période sombre de notre histoire : l’extermination des Juifs par les nazis et plus spécifiquement, l’attitude du Vatican et des hautes instances de la Croix rouge face à ces événements.

Prélude : Pie XI, pape de 1922 à 1939

Pie XI était pape lorsque Hitler fut nommé chancelier du Reich d’Allemagne, en janvier 1933, par le vieux président, le maréchal Hindenburg, héro de la guerre 14-18. Après l’incendie criminel du Reichstag en février 1933 et les élections de mars 1933, son parti, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands, nazi en abrégé) conforta son avance avec 288 sièges sur 647.

Pour réaliser son programme électoral qui promettait de sortir l’Allemagne du marasme économique, politique et moral, Hitler réclama les pleins pouvoirs : la possibilité d’édicter des lois sans l’aval du parlement (Reichstag). Mais il lui fallait 2/3 des voix des parlementaires, soit 432 voix. Les sociaux démocrates (socialistes) avaient 120 sièges, les communistes 81 et le Zentrum (catholiques), 74. Hitler pouvait compter sur les voix de quelques petits partis, mais ce n’était pas gagné d’avance.

Pour sa part, le pape souhaitait conclure un concordat avec le nouveau gouvernement pour assurer le liberté de culte et la possibilité de nommer indépendamment les évêques. Les marchandages commençaient en coulisse : les voix du Zentrum contre le concordat. Le pape ajouta la suppression de l’interdiction pour les catholiques d’adhérer au parti nazi. Hitler obtint les pleins pouvoirs, il devenait seul maître de l’Allemagne. Et le Vatican signait un pacte avec le Diable. La conviction de la hiérarchie catholique était : « tout sauf le communisme« .

Le 20 juillet 1933, le concordat était signé par le secrétaire d’Etat du Vatican, Eugenio Pacelli, ancien ambassadeur (nonce apostolique) en Allemagne et futur pape sous le nom de Pie XII.

Un concordat avait été signé avec l’Italie fasciste de Mussolini en 1929, connu sous le nom d’accords du Latran. Cet accord très favorable au Vatican faisait de la religion catholique la seule religion d’Etat en Italie et octroyait à la papauté un Etat pontifical (le Vatican : 49 ha), une autonomie qu’elle avait perdu depuis 1870. Avant l’unification de l’Italie, les Etats pontificaux étaient très étendus et rivalisaient avec les villes de Florence, Milan et Venise.

L’Italie avant l’unification (ici au XVIe siècle) : extrait de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (***** recommandé)

En avril 1933, en pleines négociations entre l’Allemagne et le Vatican, puis en septembre 1935 (lois de Nuremberg) les Juifs sont exclus de la « communauté du peuple« . Ils perdent la nationalité allemande et la majorité de leurs droits civiques. Les Allemands « aryens » sont appelés à boycotter les commerces tenus par les Juifs. Les mariages mixtes sont interdits.

En 1937, le pape publie, en allemand, une encyclique « Mit brennender Zorge » (avec une brûlante inquiétude). Elle sera lue dans les églises d’Allemagne le 21 mars 1937. Elle dénonce le non-respect du concordat, elle critique les idéologies racistes et le paganisme, elle s’insurge contre la remise en cause de la valeur de la vie humaine, et contre le culte de l’État et du chef. Mais elle ne cite pas les Juifs. Hitler restera sans réaction.

Et les persécutions continuent. En novembre 1938, c’est la « Nuit de cristal » en référence aux nombreux débris de verre des vitrines des magasins, tenus par des Juifs, qui jonchent les rues des villes. Des synagogues sont incendiées, plus de cent Juifs sont assassinés.

Le silence : Pie XII, pape de 1939 à 1958

Pie XI meurt en 1939, c’est son successeur Pie XII (Eugenio Pacelli) qui sera le pape de la guerre, le pape du silence.
En octobre 1941, un évêque français, Mayol de Lupé, reçoit la bénédiction du pape pour combattre à la tête de la division française Charlemagne sur le front russe aux côtés des Allemands. Il est colonel de l’armée allemande.

Départ des volontaires de la division Charlemagne (inscription tronquée à gauche : Anglais assassins)

En octobre 1942, à Wanzée près de Berlin, les hauts dignitaires nazis décident de la solution finale pour les Juifs de tous les pays occupés. Hitler a projeté depuis le début de son parcours politique d’éliminer les Juifs. La haine des Juifs est très répandue en Europe depuis la fin du XIXe siècle. Rappelons le procès Dreyfus (1894) ; la publication des Protocoles des Sages de Sion (1905), un faux sur les objectifs supposés de domination du monde, toujours réédité dans les pays arabes ; l’ouvrage de Joseph Arthur de Gobineau (1816-1888) : « Essai sur l’inégalité des races humaines », théorie sur le racisme scientifique, etc. Ajoutons que les chrétiens considèrent les Juifs comme les meurtriers de Jésus… tous les Juifs et leur descendance. Ne lit-on pas dans l’Évangile de Matthieu : « Tout le peuple (juif) répondit : Nous prenons son sang sur nous et nos enfants » (Mat. 27, 25).

Mgr Humberto Benigni (1862-1934), qui exerça de hautes fonctions au Vatican, est le père du mythe du complot judéo-maçonnique qui eut des conséquences meurtrières de 1936 à 1945. Il défendait la thèse des crimes rituels des Juifs et concluait à l’emploi incontestable par les Juifs de sang chrétien.

La majorité des Européens restaient insensibles au sort des Juifs. Bien sûr, il y eu des milliers de personnes compatissantes qui ont aidé des Juifs en les cachant ou les exfiltrant. Mais que sont quelques milliers face aux millions d’indifférents ?

La notion d' »élimination des Juifs », sous-entendu des territoires allemandes, a varié dans le temps. Les persécutions de 1933-1935 avaient pour but de forcer les Juifs à s’exiler. Ils recevaient un passeport en échange de l’abandon de tous leurs biens. En 1940, avec la défaite de la France, l’idée de transférer les Juifs vers l’île de Madagascar a été avancée puis abandonnée pour des raisons logistiques : le carburant devait servir à l’effort de guerre. En juin 1941, après la conquête, prévue, de l’URSS, on enverrait les Juifs en Sibérie. Mais face à l’échec de l’invasion de l’URSS, les nazis décident de les exterminer.
Les premiers camps d’extermination sont construits en Pologne, à Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka. A partir de 1943, un nouveau complexe s’ouvre à Auschwitz. Il va fournir de la main d’oeuvre (des esclaves) à l’industrie allemande en plus d’exterminer les « non productifs ». Les premiers camps n’avaient pas de travail intégré, on y entrait pour mourir. Plus de 6 millions de personnes trouveront la mort dans ces camps.

Mais qui savait ? Tout le monde ! Le gouvernement polonais en exil à Londres est le premier à parler, suivi des Alliés. Le pape est tenu au courant par ses évêques. Le Vatican possède le plus vaste réseau d’espionnage du monde. La confession est obligatoire, au moins une fois par mois. Le curé de la paroisse sait tout, il rapporte à son évêque qui informe le Vatican.

Le pape n’a pas d’armée, mais il a un grand pouvoir moral. En décembre 1942, tout le monde attend le discours de Noël. Pie XII a préparé un texte de 36 pages. A la radio on entend : « … des centaines de milliers qui, sans faute de leur part, parfois en raison de leur nationalité ou de leur race, sont voués à la mort ou à une extinction progressive ». Trente mots. Et il ne cite même pas les Juifs.

Son excuse ? La peur que Hitler s’en prenne aux catholiques. Et de fait, aux Pays-Bas, un discours accusateur de l’archevêque d’Utrecht Joachim de Jong, a provoqué l’arrestation des Juifs baptisés en juillet 1942. C’est étrange, mais il y a bien des Juifs catholiques et des Juifs athées. Etre Juifs, ce n’est pas être adepte d’une religion, ce n’est être d’une certaine race. Il n’y a plus qu’une seule race sur Terre, les Homo sapiens. Ce n’est pas appartenir à un peuple ou une nation, Israël n’existe pas encore. C’est une notion très difficile à définir : les Juifs se sentent membres d’une communauté.
La définition de Juif pour Hitler est machiavélique : est Juif toute personne qui a au moins un grand-parent juif. Comment vérifier ? Le procédé est démoniaque : les nazis vont demander aux associations juives des pays occupés de recenser les Juifs. Ils n’auront plus qu’à saisir les listes pour effectuer les rafles. En cas de doute, lorsqu’une personne soupçonnée d’être juive, ne s’est pas inscrite, elle doit produire le certificat de baptême de ses grands-parents.

Peur que Hitler s’en prenne aux catholiques ? Mais, en août 1941, l’évêque de Münster, Clemens August von Galen, avait pris position publiquement contre le programme nazi de « purification de la race » qui consistait à euthanasier des handicapés et des « dégénérés« . Et il a obtenu l’arrêt définitif de ce programme, nommé Aktion T4, sans trop de difficultés.

A part aux pays-Bas, toute la hiérarchie religieuse (catholique et protestante) se tait.

En octobre 1943, les Juifs de Rome sont arrêtés sous les fenêtres du Vatican. Or Pie XII a été prévenu de l’imminence de la rafle par l’ambassadeur d’Allemagne auprès du Vatican : Ernst von Wiezsäcker. Mais il n’avertit pas la communauté juive. A la fin de la guerre on prétendra que le pape avait caché 5000 Juifs dans ses résidences de Rome. Mais aucune preuve ne vient confirmer qu’il était au courant.

Pire encore. S’il est évident qu’amener Hitler à revoir sa politique raciale était utopique, il est des pays où la pape aurait pu, , agir. En Croatie, les catholiques Oustachis au pouvoir se montrent plus sadiques que les Allemands. Or leur leader, Ante Pavelic est reçu officiellement par Pie XII. Et les atrocités continuent. C’est un prêtre qui dirigeait la Slovaquie, toute acquise à Hitler et seize autres prêtres siègent au Conseil d’Etat. Pie XII n’interviendra pas.

La solidarité « chrétienne »

La guerre est finie. Pie XII ne prononce pas un mot sur l’Holocauste, aucune condamnation, aucune empathie. Pour aider les réfugiés, les déplacés, qui sont près de 20 millions sur les routes, Pie XII va créer la « Pontificia Commissione Assistenza » où va s’illustrer un évêque autrichien,  Aloïs Hudal, recteur du collège Santa Maria dell’Anima, via dalla Pace, n° 24. C’est par cette filière que les plus hauts dignitaires nazis vont fuir : Adolf Eichmann, Klaus Barbie (aidé par les Américains), Joseph Mengele, etc. On vient voir Aloïs Hudal, après avoir été hébergé dans des monastères « amis », il remplit un formulaire qu’on remet aux services de la Croix rouge chargés de délivrer des passe-ports pour voyager librement. Et on est libre.

Le pape connaît ce réseau, les services secrets américains lui ont remis en 1947 une liste de 22 filières d’évêques autrichiens (Hudal), croates, ukrainiens, hongrois… avec nom et numéro de téléphone. Hudal, en haut de la liste, démissionnera… en 1952. Il n’avait plus à s’inquiéter pour ses amis nazis, la loi d’amnistie avait été votée en République fédérale d’Allemagne en 1951. Pour le bien de l’Allemagne, il fallait oublier. L’ennemi maintenant est le même que celui du régime nazi : l’URSS.

Liste des réseaux d’exfiltration des nazis. Le premier nom est celui d’Aloïs Hudal
Et la Croix rouge ?

En janvier 2020, à l’occasion de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz (en 1945), le CICR (Comité international de la Croix rouge) a publié un message :

Pour le CICR, cette date est synonyme d’un échec, celui de n’avoir pas pu porter protection et assistance à des millions de victimes exterminées dans les camps de la mort. Le CICR exprime ses regrets publics quant à son impuissance et les erreurs commises face à la tragédie du génocide et des persécutions nazies.

Et il ajoute :

Cet échec restera inscrit dans la mémoire de l’institution, tout comme le resteront les actes courageux de nombreux délégués de CICR à l’époque.

Pendant la guerre, le président du CICR est Carl Jakob Burckardt. Il est viscéralement anti-communiste donc admiratif des régimes d’extrême droite. A la fin de la guerre, il exfiltrera un grand nombre d’Allemands de la zone d’influence soviétique. Pour lui, ce ne sont pas des criminels, mais des victimes. C’est effectivement comme cela que la majorité des Allemands se voyaient. Tous étaient devenus résistants ou avaient perdu la mémoire. Le parti nazi comptait 8 millions de membres sans compter les organismes affiliés. Un bon millier a été condamné, les autres ont repris leur vie comme si rien ne s’était passé… comme juges, professeurs, fonctionnaires, etc.

Revenons à la Croix rouge. En temps de guerre, son action est limitée aux prisonniers de guerre. Ses délégués ont effectivement fait un excellent travail en acheminant le courrier et les colis… sauf pour les 5,7 millions prisonniers soviétiques dont 3,7 millions vont mourir de faim, sans aucune aide extérieure.

Le CICR va bien tenter de visiter des camps de prisonniers civils (les camps de concentration/extermination), mais avec peu de succès dans ses timides démarches. Il va également essayer d’envoyer des vivres aux prisonniers des camp de concentration. Les nazis n’accepteront que des colis nominatifs. Mais comment savoir où les personnes ont été déportées ?

En 1942, le CICR se dispose à lancer un appel général sur les violations du droit humanitaire international. Mais il ne le fera jamais. Le pape ne l’a pas fait, pourquoi nous ?
La guerre touche à sa fin. En juin 1944, le docteur Maurice Rossel visite le ghetto de Theresienstadt, une ville spécialement aménagée pour recevoir des Juifs tchèques en transit vers l’est et des Juifs allemandes célèbres ou âgés. Les rues qu’il parcourt à l’extérieur de la forteresse ont été repeintes et fleuries. Mais il ne pourra entrer dans la forteresse, ni s’entretenir avec les Juifs. Il en revient charmé.
En septembre 1944, le même médecin se rend à Auschwitz. Il sera reçu par le commandant du camp, mais il ne pénétra pas à l’intérieur du camp.

Ce n’est qu’aux derniers jours de la guerre que les délégués du CICR pourront entrer dans les camps de Türckheim, Dachau et Mautthausen… pour négocier la reddition de ces camps. A Mautthausen, ils feront annuler l’ordre de faire exploser l’usine souterraine où travaillaient 40.000 prisonniers.

Conclusion

Aujourd’hui, le Vatican a rendu publique les archives de Pie XII. Plusieurs chercheurs, sélectionnés, peuvent les consulter. Mais la plupart des historiens sont persuadés que cela n’apportera rien de nouveau. Les services de l’ex-pape Benoît XVI ont étudié les documents et les ont répartis en 500 dossiers. Triés, classés, censurés (?).

Peu importe, à sa mort en 1958 (la même année que Hudal), Pie XII nous a laissé un testament :

Ait pitié de moi Seigneur, accorde-moi ton pardon. La conscience de mes défaillances, échecs et péchés commis durant un si long pontificat et en des temps si graves, ont souligné mon insuffisance et mon indignité. Je demande humblement pardon à tous ceux que j’ai offensé, lésé et scandalisé.

Fautes avouées sont à demi pardonnées ?

Note : Le livre d’Hitler « Mein Kampf » n’a jamais été mis à l’index par le Vatican contrairement aux livres de Karl Marx et Friedrich Engels (Manifeste du parti communiste, Das Kapital).

Note : s’il y a 20 millions de personnes sur les routes à la fin de la guerre, c’est parce que chaque pays aspire à l’unicité ethnique. Les Allemands sont chassés de Tchécoslovaquie et de Pologne. Les Polonais sont chassés d’Ukraine. Les Juifs sont chassés de partout : leurs maisons sont occupées. Beaucoup tenteront de partir vers la Palestine (voir mon article sur la naissance d’Israël). De plus, les prisonniers rentrent chez eux. Ceux qui étaient employés dans les fermes rentrent par leurs propres moyens.

D’autres chrétiens : les gnostiques

Cet article est inspiré de l’ouvrage « Écrits gnostiques. La bibliothèque de Nag Hammadi » publié par Gallimard dans la collection de la Pléiade.

Les premiers siècles de notre ère ont vu la prolifération des sectes chrétiennes. Chaque communauté créée par les prédicateurs se faisait une idée personnelle de Jésus et adaptait ses croyances à sa propre vision. Les épîtres du prédicateur Paul en témoignent, qui recadrent les communautés visitées. Bien sûr, la foi reste identique : Dieu a créé le monde, son fils s’est incarné pour sauver les hommes, puis est venu le Saint-Esprit et l’évangélisation a commencé. Mais le langage et les traditions ne sont pas identiques : il n’y a pas encore d’orthodoxie.

Parmi ces mouvements, va naître le gnosticisme chrétien. Son nom vient du mot « gnose », la connaissance. Il naît de la rencontre du christianisme (juif) et des philosophies grecques comme le platonisme.

Connais-toi toi-même

Le gnosticisme chrétien repose sur une initiation. Il apprend que la vie ici bas est une déchéance, on y est jeté malgré soi, on devient autre chose, d’où le besoin d’être racheté. Mais le secret du rachat doit être trouvé par l’initié. C’est le connais-toi toi même, de Platon auquel s’ajoute… et tu connaîtras Dieu. Mais pour atteindre ces connaissances, il faut connaître la voie, celle révélée par le Sauveur ; c’est ici que le christianisme intervient. Pour les gnostiques, ce n’est pas le sacrifice de Jésus qui sauve, mais son enseignement. Il n’a pas pu être crucifié puisqu’il est un être spirituel (un éon) et immortel.
Les postulants doivent se poser les questions suivantes :

  • Qui étions-nous ?
  • Que sommes-nous devenus ?
  • Où étions-nous ?
  • Où avons-nous été jeté ?
  • Vers où nous hâtons-nous ?
  • Par qui sommes-nous rachetés ?

Ces questions amènent des réponses différentes. Le gnosticisme chrétien revêtira donc plusieurs formes, il n’y aura pas un mouvement gnostique, mais plusieurs. Il n’y a pas d’organisation reconnue, de groupe unifié. Les principaux initiateurs des mouvements sont Basilide (Alexandrie, début du IIe siècle), Marcion (à qui j’ai consacré un article) et Valentin (Egypte puis Rome, début du IIe siècle). Les gnostiques apparaissent dès le début du christianisme alors qu’il n’est pas encore une religion officielle et centralisée. Chaque communauté est largement autonome.

L’origine du mal

Les gnostiques vont étudier la Genèse : la création du monde et la chute d’Adam et Ève. Ils vont arriver à la conclusion que Dieu, le tout-puissant, celui qu’on ne peut appréhender n’est pas responsable du mal. Or YHWH, le dieu de la Bible, est un dieu cruel et jaloux, qui utilise le mal pour punir les Hommes : il chasse Adam et Ève, il est à l’origine du meurtre d’Abel en suscitant la jalousie de Caïn, il anéantit l’Humanité par un déluge, il détruit Sodome et Gomorrhe. Ce n’est pas le vrai dieu, celui que Jésus annonce. YHWH n’est qu’un démiurge qui a créé le monde lors d’une catastrophe cosmique qui s’est produite dans le monde supérieur. [NB : « démiurge » est le nom donné par Platon au créateur du monde]

A partir de ces constatations, les gnostiques élaborent une cosmologie pour expliquer la création du monde et la chute de l’Homme. Le monde supérieur, c’est le Plérôme, le Tout. L’Homme, qui était pur esprit, y a été arraché lors de la catastrophe cosmique qui a conduit à la création du monde, englué dans la matière. Mais une étincelle divine est restée en lui. Le salut consiste à ramener cette étincelle, l’âme, vers le Tout, le Plérôme. Pour cela, l’Homme doit s’affranchir de la matière, de ses passions.

Certains vont même jusqu’à prétendre que Jésus était le serpent de la Genèse, celui qui apporte la connaissance du bien et du mal aux Hommes, qui permet à l’Homme de devenir « comme l’un de nous » (Gen. 3, 22). Cette réflexion est sujette à interprétation, car dans la Bible, elle est attribuée à Dieu lui-même. Veut-il dire que par la connaissance, l’homme deviendra un dieu ? C’est bien ce que pensent les gnostiques.

Les sources

Nous connaissons les gnostiques, comme toutes les autres « hérésies », par les écrits des Pères de l’Eglise qui les dénoncent. On peut citer les 5 livres d’Irénée de Lyon (v130-202) intitulés « Contre les hérésies« . Mais ce qui différencie le gnosticisme des autres mouvements chrétiens jugés hérétiques, c’est que, depuis 1945, nous disposons de leurs propres écrits. On a découvert en Egypte, à Nag Hammadi, au nord de Luxor, 13 codex, reprenant 46 textes gnostiques distincts. On connaissait déjà quelques-uns de leurs ouvrages : « LÉvangile de Marie » (fragmentaire) et la « Pistis Sophia » (la fidèle sagesse) mais ils étaient restés confidentiels.

Les codex de Nag Hammadi, datant du IVe siècle, regroupent des traductions coptes d’originaux grecs probablement du IIe siècle. Parmi les textes trouvés à Nag Hammadi, on peut citer :

  • L’Évangile de Thomas qui contient 144 paroles de Jésus que « son frère jumeau Jude a recueillies« . Thomas veut dire jumeau en araméen. Jude est cité parmi les frères attribués à Jésus dans les évangiles canoniques avec Jacques, Jose et Simon.
  • L’Évangile de Philippe
  • L’Évangile de la Vérité
  • Livre des secrets de Jean
  • Livre sacré du Grand esprit invisible
  • La sagesse de Jésus
  • L’Apocalypse d’Adam (apocalypse dans le sens grec de « révélation »)
  • L’Apocalypse de Pierre
  • etc.
Ève éternelle

Le Plérôme est peuplé d’éons, d’êtres lumineux, se suffisant à eux-mêmes, ils sont androgynes, mâle et femelle, comme l’était le premier Adam (Gen. 1, 27 : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa, homme et femme il les créa ») ou vivent en couple. Dans la mythologie construite sur base de la Genèse, certains points sont communs, comme le Plérôme, le Grand esprit invisible (Dieu), les éons et le Démiurge. Mais d’autres diffèrent d’une école gnostique à l’autre.

Par exemple, pour les séthiens, des principes féminins (des éons) se distinguent dans le Plérôme : (1) la Mère, première pensée du Dieu suprême, le Grand Esprit invisible ; (2) Sophia, la Sagesse, mais pas sage du tout, c’est elle qui est à l’origine de la catastrophe cosmique d’où émerge le Démiurge qui a créé le monde matériel ; et enfin (3) l’Ève spirituelle qui a été envoyée sur terre pour avertir les Hommes (Adam). Le nom de cette école (les séthiens) vient du troisième fils d’Adam : Seth, l’ancêtre des tous les hommes d’après la Bible. Seth serait le fils d’Adam et de l’Ève spirituelle. Les deux autres fils seraient nés d’Adam, issu de la glaise, donc de la matière et de la première Ève, comme lui issue de la matière.

Cette primauté des femmes va se retrouver dans la figure de Marie, Marie-Madeleine. Elle est le personnage principal de l’Évangile selon Philippe, de l’Évangile selon Marie et du Pistis Sophia. Elle est la disciple préférée de Jésus (ou sa compagne), elle reçoit son enseignement. Pierre lui dit :« Sœur, nous savons que le Sauveur t’aimait plus qu’aucune autre femme, rapporte-nous les paroles du Sauveur que tu as en mémoire, celles que tu connais mais nous pas. » (Evangile de Marie : 10, 1-5). Dans la Pistis Sophia, Jésus ressuscité revient sur terre pour répondre aux questions de Marie, citée plus de 100 fois et des apôtres, à peine une dizaine de fois.

Pierre n’a rien compris

Le gnosticisme chrétien est une philosophie très riche, expliquant le passé et l’avenir des hommes. Trop intellectuel et élitiste, il avait peu de chance de devenir le mouvement principal du christianisme. Pour les gnostiques, la voie du salut est la connaissance, pas la foi, ni les œuvres. Ils s’opposent aux chrétiens ordinaires qui ont divinisé «  l’auteur impuissant d’un monde dépravé, qui les retient prisonniers de sa création« .

Pierre, apôtre central du christianisme, qui prendra le pas sur les autres mouvements, est raillé par les gnostiques. Il est contesté, il représente le « masculin » qui s’oppose au « féminin », il incarne la misogynie. En contestant Pierre, les gnostiques contestent la vision étriquée de l’Eglise qui se construit sur une structure d’épiscopats, un ministère masculin, rejetant les femmes.

Dans la Pistis Sophia, Marie dit à Jésus : « Je crains Pierre, parce qu’il m’intimide et qu’il a de la haine pour notre sexe« . et plus loin, Pierre se plaint : « Seigneur, ne permet pas à cette femme de prendre notre place et de ne laisser parler aucun de nous, car elle parle bien des fois« .

Dans l’Évangile de Marie, Pierre ayant critiqué Marie est vertement tancé par Lévi : « … je te vois argumenter contre cette femme comme un adversaire. Pourtant, si le Seigneur l’a rendue digne, qui es-tu toi, pour la rejeter ? » (18, 9-10).

Les mouvements gnostiques ne résisteront pas à la montée du christianisme nicéen (l’Eglise de Rome). Le temps n’est plus à la philosophie, on ne cherche plus à connaître Dieu, il est imposé par le dogme. Les derniers gnostiques seront l’objet de violentes attaques de la part des chrétiens « orthodoxes » et disparaîtront vers la fin du IVe siècle.

Sainte-Sophie

Il l’avait promis lors de la campagne électorale pour les municipales de 2019, il l’a fait !
Malgré la perte des plus grandes villes de Turquie (Istanbul, Ankara, Antalya, etc.) par son parti, le président Recep Tayyip Erdogan a signé, le 10 juillet 2020, un décret transformant la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en mosquée. Le 24 juillet, la première prière a eu lieu en présence du président.
En 1934, le premier président de la république de Turquie, Mustapha Kémal Ataturk, avait « offert le bâtiment à l’Humanité » en le transformant en musée. C’est la seconde attraction touristique de Turquie en nombre de visiteurs après le palais de Topkapi.
La basilique chrétienne était devenue une mosquée en 1453, après la prise de Constantinople par les troupes du sultan ottoman Mehmet II.

[NB : J’ai consacré un article à Mustapha Kémal Ataturk et à Recep Tayyip Erdogan]

Sainte-Sophie : un nom

Qui est cette Sainte-Sophie ? En fait, ce n’est pas une sainte, même pas une personne. Le nom grec de la basilique a été mal traduit : Hagia Sophia signifie la Sagesse divine, la Sagesse de Dieu. La tradition chrétienne, veut que la Sagesse divine désigne Jésus. C’est très peu probable. La basilique a été commandée par l’empereur Constantin en 325, elle a été inaugurée par son fils Constance II qui était arien, il ne croyait pas à la Trinité, pour lui, Jésus n’était pas Dieu, donc pas la Sagesse divine. On peut pousser le questionnement plus loin. Est-ce que le bâtiment était une réplique du Panthéon de Rome, un temple dédié, comme son nom l’indique, à tous les dieux ? Constantin voulait-il élever un temple au « divin qui est au céleste séjour pour qu’il soit bienveillant pour lui » comme le mentionne l’édit de Milan (voir le texte dans l’article sur les ariens) ? A-t-il fait construire un temple dédié à Dieu, quel qu’il soit ?

Une histoire mouvementée
Constantinople (carte issue de l’atlas historique mondial de Christian Grataloup *****)

De la première basilique il ne reste rien. Elle a été incendiée en 404 puis en 532 lors d’émeutes. Elle est rebâtie par l’empereur Justinien en 532 sur le modèle du Panthéon de Rome. La décoration intérieure, faite de mosaïques, est achevée sous le règne de Justin II (565-578).

Après les incendies, ce sont les séismes qui s’acharnent sur le bâtiment. Pas moins de 16 tremblements de terre vont mettre à mal l’édifice de 553 à 1999. Quand ce ne sont pas les éléments qui se déchaînent, ce sont les hommes : l’empereur Léon l’Isaurien, en 726, bannit les images des lieux de culte, c’est la période dite iconoclaste (du grec « briseur d’icônes ». Les statues et les mosaïques sont détruites. En 1204, Constantinople est prise… par les croisés qui devaient aller défendre le royaume latin de Palestine. Ils pillent les bâtiments et ne respectent pas les églises ! Le sac de la ville a servi à payer les Vénitiens qui devaient transporter les troupes sur leurs navires. Les fameux chevaux de Saint-Marc, le quadrige que l’on peut admirer à Venise, ne sont qu’une partie du butin, ils ornaient l’hippodrome de Constantinople.

Les chevaux de la basilique Saint-Marc à Venise

Les dégâts occasionnés par les hommes et surtout les catastrophes naturelles ont façonnés l’aspect extérieur de la basilique Sainte-Sophie. Toutes les constructions qui l’entourent, qui lui font un corset, sont des contreforts destinés à renforcer sa fragile structure.

L’époque ottomane

En mai 1453, le sultan ottoman Mehmet II assiège Constantinople. A cette époque, l’Empire byzantin est réduit à une portion congrue : la région de Constantinople et le Péloponnèse, le sud de la Grèce. Malgré cela, l’empire reste vivace, son commerce est florissant. Il rivalise avec les cités italiennes : Venise et Gênes.
Les défenseurs de Byzance sont confiants. Ils sont secondés par des Génois, qui occupent la colline de Galata (voir la carte). La ville a résisté à tous les sièges depuis 11 siècles grâce à trois lignes de défense et des citernes d’eau d’une capacité totale de plus d’un million de m³, dont la célèbre citerne souterraine « Basilique », qui se visite. Elle est un des lieux emblématiques du roman de Dan Brown, « l’Enfer », avec les ville de Florence.

La citerne Basilique

Mais les Ottomans ont les moyens de leurs ambitions : ils ont disposé des bombardes devant le mur de Théodose. Elles vont s’acharner sur les murailles de la ville pendant trois semaines. Quand enfin des brèches apparaissent, les 100.000 hommes de Méhmet II entrent dans la ville. Les 7.000 défenseurs sont massacrés en vertu des lois de la guerre : si la ville ne se rend pas, c’est le sort des habitants, la mort ou l’esclavage.

Sainte-Sophie est épargnée du pillage : Mehmet II s’y rend pour prier. Il fera ajouter deux minarets à l’édifice bien délabré et procédera à des réparations. Les mosaïques placées au cours des siècles précédents sont recouvertes d’un lait de chaux : la religion islamique interdit les représentations humaines… Quoique ! Les portraits des princes saoudiens s’étalent sur les murs des gratte-ciels de la Péninsule et les miniatures ottomanes et perses représentent Mahomet.

Le sultan Sélim II (1566-1577), fils de Soliman le magnifique, fit ajouter deux minarets au bâtiment et des contreforts pour le consolider. Il lui donne son aspect actuel.

Dernières restaurations

Le sultan Abdulmecid entreprit une restauration très important à partir de 1847. Elle fut confiée à deux architectes suisses, les frères Fossati. Les mosaïques furent nettoyées, les lustres remplacés et huit panneaux circulaires de 7,5 mètres de diamètre accrochés au piliers. Ces panneaux portent, en arabe, les noms d’Allah, de Mahomet, des quatre premiers califes : Abu Bakr, Umar, Uthman et Ali, ainsi que Hussayn et Hassan, les fils d’Ali et de Fatima.

Panneau reprenant le nom de Mahomet.

Après la guerre 14-18, dans ce qui reste de l’Empire ottoman, Mustapha Kémal chasse les armées d’occupation grecques, italiennes, françaises et britanniques et instaure une république turque et laïque. En 1932, la récitation du Coran en turc est diffusée à la radio à partir de Sainte-Sophie dont il a fait enlever les panneaux écrits en arabe. En 1934, il désacralise Sainte-Sophie (en turc : Ayasofya) et en fait un musée.

Les panneaux ne seront remis qu’en 1951.
En 1993, l’UNESCO entreprend de grands travaux de restauration qui durent jusqu’à aujourd’hui.
Que vont devenir les mosaïques qui ont été restaurées, maintenant que l’édifice est rendu au culte islamique ?
Dans quel état va se trouver Sainte-Sophie après le séisme d’une magnitude d’au moins 5 sur l’échelle de Richter qui est attendu dans les années à venir à Istanbul ?

Première prière musulmane à Sainte-Sophie en 2020 en présence du président Erdogan. L’édifice est trop petit pour accueillir tous les fidèles.