Chronologie biblique

L’objectif de cet article est d’offrir un cadre pour des articles à venir sur Moïse, David et Salomon et la destruction du temple de Jérusalem.

Légende biblique

Tout commence le 23 octobre 4004 (avant notre ère) comme l’a « calculé » James Ussher, archevêque d’Armagh en 1650. En 6 jours, Dieu crée la terre, les cieux, les animaux, la végétation, l’homme et la femme… puis il se repose.
On connaît deux fils d’Adam et Ève : Abel et Caïn. Caïn, le cultivateur, tue Abel, l’éleveur, par jalousie : Dieu préfère le fumet d’un barbecue aux effluves du pain qui cuit. Avis aux croyants végans.
Mais c’est d’un troisième fils qu’est née l’humanité : Seth, l’ancêtre des patriarches, dont Noé. Âgé de 600 ans, Noé survit à l’anéantissement de toute vie sur terre. Dieu regrettant sa création provoque le déluge. Nous sommes en –2349. Note : bien qu’elles reflètent la chronologie biblique, ces dates sont fantaisistes, elles n’ont aucune valeur historique.

Les trois fils de Noé se séparent et vont peupler la terre : Sem l’Asie, Japhet l’Europe et Cham l’Afrique : « Tels furent les fils de Noé, selon leur clan et leur langue, d’après leurs pays et leurs nations. »

Rideau. On n’en saura pas plus.
Le temps a passé, l’horloge marque –1923, le deuxième acte débute par l’entrée en scène d’Abraham venu de Mésopotamie, littéralement, « le pays entre deux fleuves » : l’Euphrate et le Tigre. Dieu le choisit pour donner naissance à son peuple, le peuple élu. Il a deux fils : Ismaël et Isaac. Isaac engendrera, entre autres, Jacob qui après avoir lutté contre un « ange » sera appelé Israël, ce qui signifie : « celui qui a lutté avec Dieu« .

La généalogie des patriarches touche à son terme : Jacob (Israël) aura 12 fils, avec 4 femmes différentes. Vous avez deviné, ils vont donner naissance (indirectement) aux 12 tribus mythiques d’Israël. L’entente n’est pas parfaite entre eux : Joseph est vendu par ses frères à une caravane qui va en Egypte. Après des péripéties, Joseph devient vizir du pharaon en –1715. Il fera venir toute sa famille en Egypte lorsqu’elle ne trouvera plus de quoi se nourrir en Canaan.

D’où vient ce nom de Canaan ? C’est le nom d’un des fils de Cham (le fils de Noé qui a hérité de l’Afrique). Désobéissant aux directives de Noé, il se serait arrêté en chemin. C’est la Palestine romaine aujourd’hui occupée par Israël et les territoires palestiniens. J’utiliserai indifféremment les noms de Canaan ou de Palestine pour désigner cette région.

Rideau. Le troisième acte commence. On est entre –1451 et –1266 suivant les livres de la Bible, les descendants de Jacob, les Hébreux, sont maintenant réduits en esclavage au pays de Pharaon. Dieu mandate Moïse pour les en sortir et les ramener à Canaan. Je n’insiste pas sur cet épisode que je commenterai prochainement.

Quand la pièce reprend, les Hébreux se choisissent un roi : Saül. On a fait un bond dans le temps, nous sommes à la fin du XIe siècle avant notre ère. Vont lui succéder David (1009-970) puis son fils Salomon (970-931). J’en reparlerai.

On entre enfin dans l’Histoire

Les Hébreux forment deux Etats distincts et rivaux. Israël au nord, avec comme capitale Samarie, plus étendu, plus riche, plus puissant et Juda au sud autour de Jérusalem, petit pays pauvre.

En –722, les Assyriens, venant du nord de la Mésopotamie, envahissant Israël et déportent une partie de sa population pour la remplacer par des étrangers. Beaucoup d’Israélites se réfugient chez leur voisin, à Jérusalem.

Petit aparté : Abraham est un personnage des récits du sud de la Palestine (Juda), plus précisément d’Hébron. Par contre, Jacob est un héro du nord de la Palestine (Péniel). Ils ont été réunis artificiellement par Isaac… qui ne joue aucun rôle dans le récit biblique. Leur union « familiale » a été consacrée après la fuite des Israélites vers Jérusalem pour créer une histoire commune à tous les Hébreux.

En -597, puis en –586, c’est au tour de Juda d’être envahi par les Babyloniens de Nabuchodonosor II, peuple du sud de la Mésopotamie. Le temple attenant au palais royal est détruit et l’élite judéenne, la cour et les prêtres, emmenée en captivité à Babylone. C’est un événement majeur de l’histoire des Hébreux. J’en reparlerai.

La roue tourne, les Perses venus d’au delà du Tigre, chassent les Babyloniens (-539) et libèrent les Hébreux qui retournent à Jérusalem et bâtissent un second temple, inauguré en –515. Les Perses créent la satrapie de Transeuphratène qui englobe la province de Judée et s’étend du l’Euphrate à la Mer Rouge. Ce détail a son importance.

Les Perses seront défaits par Alexandre le Grand qui annexe la Judée en –332 avant notre ère. Les Judéens vont vivre sous domination grecque pendant près de 300 ans. Après une révolte contre les Grecs vers –160, une dynastie judéenne, les Hasmonéens, va acquérir une certaine autonomie. Mais faute de s’entendre lors d’une succession, les Romains interviennent en –63 et portent sur le trône le père de celui que l’on nomme Hérode le Grand. Il doit son surnom à l’embellissement de la ville de Jérusalem et principalement son temple.

Aïd el-Kébir (Fête du sacrifice)

Origine de cette fête

Du dimanche 11 août au jeudi 15, c’est l’Aïd el-Kébir pour les musulmans, littéralement « la grande fête » . Ce sacrifice trouve son origine dans le premier livre de la Bible, la Genèse, et plus précisément dans la saga d’Abraham. Abraham et sa femme Sarah vieillissent et n’ont pas d’enfant. Or Dieu a promis a Abraham qu’il serait père d’une multitude de nations (Ge. 17, 4). Il engrosse donc sa servante/esclave égyptienne Agar. Elle enfante d’un fils : Ismaël. Mais lorsque Abraham eut 100 ans, sa femme donna naissance à un second fils Isaac. Sarah chassa alors Agar et son Fils Ismaël vers le désert de Bersabée (Beersheva) au nord du désert du Néguev, à 80 km au sud-ouest d’Hébron, la résidence du patriarche.

Un jour, Dieu appela Abraham et lui dit : « Prends ton fils unique, Isaac, va au pays de Moriyya où tu me l’offrira en sacrifice » (Ge. 22, 2). Abraham obéit. Cependant, Dieu se contenta de sa soumission et lui permit de sacrifier un agneau à la place de son fils. C’est là l’origine de la fête de l’Aïd el-Kébir pour les musulmans.

Petite parenthèse sur Isaac. Ce personnage ne joue aucun rôle dans la Bible, sinon d’être le fils d’Abraham et le père de Jacob, soit le lien entre deux récits totalement indépendants… dans le temps et dans l’espace : les histoires d’Abraham et de Jacob.
La saga de Jacob est la plus ancienne et était contée dans le nord de la Palestine, dans l’Etat d’Israël (région de Penouël). Celle d’Abraham vient du sud, de l’Etat de Juda (région d’Hébron). Les deux histoires ont été réunies après 722 avant notre ère, lorsque les Assyriens se rendirent maître d’Israël et qu’une partie de ses habitants trouva refuge à Jérusalem dans la royaume de Juda.

Cette histoire de sacrifice a été reprise dans l’islam en changeant les personnages et l’emplacement. Abraham a offert son fils Ismaël en sacrifice à Dieu sur le site de la ville de La Mecque. D’où vient se changement, que nous dit le Coran ? Étrangement, le Coran reste muet sur l’emplacement et le nom du fils.

Que lit-on dans la sourate 37 du Coran :

101 Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime.
102 Puis quand celui-ci fût en âge de l’accompagner, il dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». Il dit: « Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants »…
112 Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux.
113 Et nous le bénîmes ainsi que Isaac

Ismaël n’est pas mentionné dans ces versets du Coran. Isaac apparaît dans la suite de la sourate. Dans le Coran officiel, celui de Médine de l’an 1400 de l’Hégire (2019), le traducteur a remplacé « Il dit » du verset 102 par « (Ismaël) dit ». Ismaël est entre parenthèses pour indiquer comment il faut interpréter le verset.

Les musulmans ont substitué Ismaël à Isaac, car dans la Bible, les Arabes sont appelés Ismaéliens. Ce qui est plutôt étrange car Ismaël est né qu’un père hébreux (Abraham) et d’une mère égyptienne (Agar) et qu’il aurait ensuite épousé une égyptienne (Ge. 21, 21)

Pourquoi égorger les agneaux sans les étourdir ?

Une nouvelle fois, le Coran ne dit rien sur la procédure de sacrifice qui a été récupérée du judaïsme. Un hadith précise : « Dieu a commandé le bien en toute chose. Si vous tuez, faites-le avec bonté, et si vous égorgez, faites-le également avec bonté. Aiguisez votre lame et accordez le repos à la victime. »

Alors pourquoi ? Pour un simple passage de la Bible (encore elle). On est après le Déluge, Noé reçoit les consignes de Dieu, les premiers commandements. Il lui dit : « Tout ce qui se meut et possède la vie, je vous le donne en nourriture… Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang. » (Ge. 9, 3-4). Le sang est donc l’âme !

Notons une autre incohérence, chez les chrétiens cette fois. Dans les Actes des Apôtres, Jacques, le chef de la communauté à la mort de Jésus, énumère les règles à respecter. Ce sont celles dictées par Dieu à Noé et Jacques souligne bien : « il est interdit de manger les viandes non-saignées« .

Conclusion

Tout ça n’est que du folklore d’un temps révolu, ce que les croyants appellent pudiquement la tradition. Que tous ces agneaux égorgés sans raison reposent en paix.