La généalogie de Jésus

Non seulement les évangiles nomment les frères de Jésus (voir l’article), mais ils donnent la liste de ses ancêtres, ou du moins de son « père », Joseph. Ce qui embarrasse bien le dogme catholique : pourquoi Dieu aurait-il des ancêtres humains ?

Deux évangiles reprennent in extenso la généalogie de Jésus. Matthieu la fait remonter à Abraham et Luc la pousse jusqu’à Adam. Ces deux listes de noms ne correspondent pas, le seul ancêtre commun est le roi David ! Cette discordance n’a pas empêché le cardinal français Danielou (1905-1974) d’affirmer que les évangélistes avaient fait un travail d’historiens en consultant les archives de la famille de Jésus… une famille pauvre d’un petit hameau de Galilée, s’il faut en croire la tradition !

Intéressons-nous aux arbres généalogiques. Prenons comme exemple, les ancêtres directs de Joseph, « père » de Jésus.
Pour Matthieu : Eléazar engendra Mathan qui engendra Jacob qui engendra Joseph.
Pour Luc : (dans l’ordre inverse) Joseph fils de Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi

Au premier coup d’œil, on voit les différences : Joseph est-il le fils de Héli ou de Jacob ? Si vous vous posez la question, c’est que vous n’avez rien compris. C’est Eusèbe de Césarée qui le dit dans son Histoire ecclésiastique (livre I, chapitre 7) écrite au IVe siècle : les deux généalogies sont exacts et strictement identiques.
Explication : Joseph est bien le fils de Jacob. Mais à la mort de celui-ci, sa veuve épousa le frère de Jacob, Héli. Joseph devint donc le fils d’Héli. Et voilà. Il reste à appliquer le même raisonnement à tout le tableau. On en déduit que les hommes mourraient avant leur femme et qu’il y avait toujours un frère non marié pour épouser sa veuve, en vertu de la loi du lévirat (NB : levir veut dire beau-frère en hébreu) : « Lorsque des frères demeureront ensemble, et que l’un d’eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera point au dehors avec un étranger, mais son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme, et l’épousera comme beau-frère » (De. 25, 5).

Bien joué Eusèbe ! Il justifie même son explication en soulignant que Matthieu dit « Jacob engendra Joseph », alors que Luc dit « Héli est le père (non géniteur) de Joseph ».
Seulement, la loi du lévirat pose une condition au remariage : « que l’un d’eux mourra sans laisser de fils« . Ce qui n’est pas le cas puisque « Jacob avait engendré Joseph« . Et la démonstration s’effondre.

Mais pourquoi donner la généalogie de Joseph alors qu’il n’est pas le père de Jésus ? Les chrétiens n’ont pas pu choisir : soit Jésus est un descendant de David par Joseph et il peut prétendre au titre de Messie, le roi promis aux Juifs. Soit il n’est pas le fils Joseph, mais de Dieu et il n’est pas Messie. Jésus ne peut pas être le fils de Dieu, Dieu lui-même ET Messie (Christ en grec).

Les auteurs anciens sont de beaux parleurs mais de piètres logiciens. Dans l’Antiquité, on croit ceux qui ont un beau discours, les rhétoriciens, même si on ne le comprend pas ou qu’il n’est pas cohérent.
A la réflexion, il semble que ce soit toujours la même chose aujourd’hui.

Les frères de Jésus

Le Nouveau Testament comporte des affirmations embarrassantes pour le dogme chrétien comme le passage de la 1ère Épître de Paul aux Corinthiens qui dit : « le chef du Christ, c’est Dieu », en totale contradiction avec le dogme de la Trinité. Mais ce qui nous occupe ici, c’est un passage de l’Évangile de Matthieu (13, 55) : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? Et sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? »

Voici qui met à mal le dogme de la virginité de Marie.

Des fils de Marie

Les Églises protestantes s’en tiennent strictement au texte : Marie a bien eu des enfants après la naissance de Jésus, ce qui ne contredit pas sa virginité à la naissance de Jésus. Ne lit-on pas, toujours dans l’Évangile de Matthieu : (1, 25) « Il (Joseph) prit chez lui son épouse, mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

Des cousins de Jésus

Par contre, les Églises catholique et orthodoxe restent sur leurs positions : Marie est restée vierge perpétuellement. Elle n’a donc pas pu donner naissance à d’autres enfants. Bien mieux, le 8 décembre 1854, le pape Pie IX, probablement inspiré par le Saint-Esprit, déclara Marie sans souillure, exempte du péché originelle : elle n’aurait pas été conçue comme tout être humain qui d’après le christianisme est entaché du péché originel dès sa conception. C’est le dogme de l’Immaculée Conception.

Alors, qui sont Jacques, Joseph, Simon et Jude ? De simples cousins d’après Jérôme de Stridon, dit Saint-Jérôme (347-420), le traducteur de la Bible en latin. D’après lui, c’est une coutume sémite d’appeler ses proches du nom de « frères ». Mais tous les textes du Nouveau Testament sont écrits en grec, par des Grecs qui connaissent la différence entre adelfos (le frère) et anepsios (le cousin) ! Les évangiles ne désignent jamais Jean le Baptiste comme frère de Jésus. Or ils sont parents.

L’Église catholique interprète différemment le verset 1,25 de l’Évangile de Matthieu : « Il (Joseph) prit chez lui son épouse, mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » Pour elle, rien ne dit que Joseph connut Marie après la naissance de Jésus.

D’ailleurs, réplique le Vatican, nulle part, on ne parle des fils de Marie, simplement des frères de Jésus. Et lorsque Jésus, sur sa croix, pense à l’avenir de sa mère, il ne la confie pas à l’un de ses frères, mais à Jean, apôtre et évangéliste… Pas si vite ! Ce n’est pas ce qui est écrit dans l’Évangile… de Jean (19, 26) : « Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : femme voici ton fils. Il dit ensuite au disciple : voici ta mère. » Le disciple que « Jésus aimait » n’est pas identifié, il peut être n’importe qui ! J’ai consacré un article à ce sujet.

L’Évangile de Thomas qui rapporte 114 paroles attribuées à Jésus va plus loin, il fait de Jude le jumeau de Jésus. L’évangile commence par : « Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites son jumeau, Jude Thomas« . NB : en araméen, jumeau se dit Thomas, Didyme en grec.

Des beaux-fils de Marie

Les cousins restent l’option retenue officiellement par les Églises catholique et orthodoxe. Une autre hypothèse a été émise pour sauvegarder la virginité de Marie : les frères de Jésus sont des enfants d’un premier mariage de Joseph !

Que savons-nous de Joseph ? « L’histoire de Joseph le Charpentier« , un apocryphe tardif écrit en copte fourmille de détails à son sujet. Joseph a été marié à 49 ans et a eu 6 enfants, quatre garçons, Judas (Jude), Joset (Joseph), Simon et Jacques, le plus jeune, et deux filles Lycie et Lydie. Il a 90 ans lorsque Marie, âgée de 12 ans, lui est confiée par les prêtres du temple de Jérusalem où elle officiait depuis l’âge de 3 ans. À ce moment, Jacques n’est encore qu’un bébé. Marie a 15 ans lorsqu’elle met au monde Jésus. Un rapide calcul nous informe que Joseph a 93 ans. Il meurt à l’âge de 111 ans, alors que Jésus est âgé de 18 ans.

Curieux, car dans les évangiles canoniques, Jésus a l’air d’être l’aîné. Son frère Jacques n’est pas le plus jeune de la fratrie puisque c’est lui qui aurait succédé à Jésus. Simon sera, suivant la tradition rapportée par Eusèbe, le chef de la communauté de Jérusalem en 66 lors de la révolte juive contre les Romains, remplaçant Jacques mort en 63.

De plus, Joseph se rend au temple pour « racheter » son premier fils suivant la Loi juive, d’après l’Évangile de Luc (2, 23) : « Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur ». Le rachat s’est soldé par le sacrifice de deux tourterelles ou deux pigeons (Luc : 2, 24)

D’autres auteurs vont plus loin… dans l’absurde : ces enfants sont ceux de Clopas, qui est le frère de Joseph d’après Eusèbe de Césarée. Clopas avait pour épouse Marie. Quelle Marie ? Certains n’hésitent pas à voir dans cette épouse, Marie, mère de Jésus qui aurait épousé Clopas, frère de Joseph, à la mort de celui-ci, selon la loi du Lévirat. Mais cette loi hébraïque qui oblige le beau-frère à épouser la veuve de son frère mort, pose une condition : ce mariage a pour but de perpétuer le nom du défunt… mort sans enfant. Ce qui n’est pas le cas, Jésus a été reconnu par Joseph au Temple de Jérusalem.

Simple coïncidence ?

A la mort d’Hérode le Grand, en -4, Judas le Galiléen (ou Judas de Gamala, ville qui n’est pas en Galilée) prend les armes pour s’opposer au recensement fiscal consécutif à la prise de pouvoir des Romains en Judée. Il se proclame « messie » et s’associe à un prêtre Sadoq, comme annoncé dans les écrits de la secte de Qumran.

Que vient faire ce personnage dans un article consacré aux frères de Jésus ? Ce sont ses fils qui nous intéressent : Flavius Josèphe nous dit que Simon et Jacques, ses fils, ont été crucifiés sur l’ordre du procurateur de Judée Tibérius Alexandre vers 45 comme agitateurs, séditieux pour Josèphe. NB : En 45, le gouverneur de la Judée porte bien le titre de procurateur, tandis que Ponce Pilate n’était que préfet de 26 à 36. C’est l’empereur Claude (41-54) qui a changé le statut de la Judée devenue province impériale.

Le professeur Robert Eisenman, directeur du département d’études religieuses de l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles), dans son livre « Maccabees, Zadokites, Christians and Qumran »  défend la thèse que les zélotes, les esséniens et les nazaréens ne sont qu’un seul et même mouvement messianique.
De plus, il sous-entend que les familles de Jésus et de Judas de Gamala étaient probablement identiques. Il écrit : « Toute la question des liens physiques entre ces deux familles messianiques reste encore à étudier. Mais le développement parallèle des familles… devrait donner à réfléchir aux historiens ». En effet, cette famille, apparemment d’après Flavius Josèphe,  se composait de 5 fils et de 2 filles.

Luigi Cascioli dans sa monographie auto-publiée « La Fable du Christ » défend la même idée. Pour lui, Jésus est le fils de Judas de Gamala prénommé Jean et dont on ne trouve aucune trace chez Flavius Josèphe. Les chrétiens auraient substitué Jésus à Jean, c’est lui que Josèphe ou un copiste appelle l’Égyptien dans le livre XX des Antiquités Juives. Je parlerai peut-être un jour de cette théorie.

Conclusions

Les évangiles ne sont pas des livres historiques : ils ne racontent pas des faits avérés, indiscutables. Les « vérités » qui s’y trouvent sont des vérités théologiques : les fidèles doivent y croire… mais pas les autres.

Un groupe de chercheurs américains, le Jesus seminar, a essayé de déterminer (par vote) quels étaient les événements qui avaient le plus de chances d’être des faits historiques et la liste des frères de Jésus leur semblait être un bon exemple. Leur critère ? C’est trop gênant pour le dogme, ça place l’Église dans une situation inconfortable. Dans le passé, il n’y avait pas trop de problèmes, peu de personnes, sauf les clercs, lisaient la Bible. Depuis le début du XXe siècle, la situation a changé et les chercheurs n’hésitent plus à critiquer le contenu des livres.

Jésus n’est pas né le 25 décembre

J’ai déjà consacré un article à la naissance pour le moins invraisemblable de Jésus. Et je ne parle que du point de vue historique. Je ne veux même pas aborder l’aspect théologique d’une naissance miraculeuse. En quelques mots, je résume l’article mentionné.
Seuls deux évangiles relatent la naissance de Jésus. L’Évangile de Matthieu le fait naître dans la maison de ses parents à Bethléem : « Il prit chez lui son épouse mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils auquel il donna le nom de Jésus. Jésus étant né à Bethléem… » (Ma. 1, 24-25 et 2, 1). Celui de Luc, que suit la tradition chrétienne, est plus magique, plus féerique, mais absurde d’un point de vue historique. Les parents de Jésus, qui habitent Nazareth en Galilée, se rendent à Bethléem en Judée pour se faire recenser par le romain Quirinus, alors qu’Hérode est roi de Judée. Toutes les auberges étant complètes, ils sont hébergés dans une étable où Jésus né.
Ce qui ne va pas dans cette histoire, ce sont les dates : Jésus est né sous Hérode qui est mort en -4 et le recensement de Quirinus a eu lieu en 6 ou 7, alors que les Romains avaient pris le contrôle de la Judée. Le recensement servant à déterminer l’impôt. La Galilée restait indépendante et ses habitants n’étaient donc pas recensés.
Dans l’article précité, j’élabore une hypothèse sur l’ajout de la naissance de Jésus dans les évangiles.

Donc, pour la Noël, pas d’étable, pas de crèche, pas de vache, ni d’âne, encore moins de bergers avec leurs agneaux, agneaux qui même en Judée, naissent au printemps !

Alors pourquoi le 25 décembre ?
Le 25 décembre fait partie de ces quelques jours où le soleil semble se figer sur l’horizon à son lever avant d’inaugurer des jours de plus en plus longs : c’est le solstice d’hiver qui met fin au raccourcissement des jours. Le mot Solstice décrit bien le phénomène : sol (soleil) stare (se tenir immobile). Les peuples de l’Antiquité n’ont pas attendu les chrétiens pour célébrer le solstice d’hiver. A Rome, une fête appelée Dies Natalis Solis Invicti, « jour de la naissance du soleil invaincu » avait été fixée au 25 décembre par l’empereur Aurélien en 274, comme grande fête du culte de Sol Invictus (le soleil invaincu) qui était devenu le dieu principal des empereurs. Aurélien avait choisi cette date, proche du solstice d’hiver, qui tombait  au lendemain de la fin des festivités célébrant Saturne : les Saturnales. C’était aussi le jour où la naissance de la divinité solaire Mithra, originaire de Perse et populaire dans l’armée, était célébrée.

Les chrétiens se sont associés à la fête romaine sous l’empereur Constantin. Auparavant, ils ne célébraient pas la naissance de Jésus, mais ils s’associaient aux fêtes juives auxquelles ils donnaient une autre signification. On n’a de trace d’une célébration de la naissance de Jésus avant 336. Les chrétiens s’étaient d’abord vus comme le « vrai Israël », Jésus devenait maintenant le « vrai Soleil ».
Rappelons que la mère de Mithra, dont la naissance est fêtée le 25 décembre, la déesse-mère Anahita était vierge. Les traditions chrétiennes ne sont pas apparue ex-nihilo, dans un coin retiré de la Judée, elles se sont substituées aux pratiques anciennes.
Il faudra attendre 529, sous le règne de Justinien, pour que le 25 décembre soit un jour chômé.

Les Saturnales étaient célébrées du 17 au 24 décembre en l’honneur du dieu (déchu) Saturne. On vivait le crépuscule de l’année. Une certaine liberté régnait à Rome. Lors de banquets, on s’offrait des cadeaux. Les maisons étaient ornées de plantes vertes pour fêter le renouveau qui s’annonçait.
On retrouve tous ces ingrédients dans la tradition chrétienne. La liberté de mœurs associée aux Saturnales a donné naissance à la fête des Fous durant laquelle, même le clergé et les évêques dansaient dans les rues. Elle ait été interdite en 1431, elle a aujourd’hui presque disparu. Le roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris, s’ouvre sur la fête des Fous.

La bûche de Noël, qui est servie au dessert lors du réveillon, commémore la fête de Yule des peuples germaniques (Yul signifie solstice dans les langues nordiques). Les Germains faisaient brûler un arbre en l’honneur des dieux, pour les remercier d’avoir restauré la lumière. Ils ornaient leurs cheveux de houx. C’était l’occasion de grandes fêtes familiales.

La fête de Yule

Rien de bien nouveau sous le soleil… invaincu

Le messie

Origine

Un messie est une personne consacrée par l’onction, l’application d’une huile sur sa tête ou son corps. Le mot vient de l’hébreu « mashia« , l’oint, traduit en grec par « christos« . C’est un concept juif qui est employé, la première fois, dans le livre de l’Exode (29, 7) : « Tu prendras l’huile d’onction, tu en répandras sur sa tête et tu l’oindras ». Ce texte fait référence à Aaron, le frère de Moïse qui est consacré prêtre de YHWH par ce geste.

Jusqu’au XIe siècle avant notre ère, les Hébreux étaient groupés en tribus et en clans, indépendants les uns des autres. Ils se choisissaient un chef, un juge, quand la situation les obligeait à s’unir. Un jour, ils décidèrent de se donner un roi. Saül, de la tribu de Benjamin, fut choisi. Il fut oint par le prophète Samuel qui à l’occasion prononça un discours mettant en garde contre la royauté (1er livre de Samuel : 8, 11-18) :

Tel sera le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char. Il les établira chefs de mille et chefs de cinquante ; il leur fera labourer ses champs, moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs et les donnera à ses serviteurs. Sur vos semences et vos vignes, il prélèvera la dîme et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes deviendrez ses serviteurs. Ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous vous serez choisi, mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.

Saül fut remplacé par David, de la tribu de Juda, qui fut également oint par Samuel.
Ce sont les seuls rois qui ont reçu le rite de l’onction.
Dans ces temps, l’idée de messie recouvre plus une fonction qu’un personnage.

La monarchie française a repris le rite de l’onction des rois. L’onction par le « saint-chrême », contenu dans la sainte-ampoule, officialisait le sacre du roi. Ce sacre, à ne pas confondre avec le couronnement qui était automatique à la mort du roi précédent, avait lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Reims. Cette cérémonie ne faisait pas du roi de France un messie. Le dernier roi sacré à Reims fut Charles X en 1825… la sainte-ampoule avait échappé aux révolutionnaires de 1789.

Le messie dans le judaïsme

En 586 avant notre ère, Jérusalem est détruite pas les Babyloniens de Nabuchodonosor (voir : Chronologie biblique). L’élite du peuple, la cour et les prêtres, est déportée à Babylone où les prêtres vont réfléchir sur les malheurs du « peuple élu de Dieu« . C’est à partir de cette réflexion que la plupart des textes de la Bible vont être mis par écrit et que l’idée d’un sauveur va voir le jour. Ce sera un homme de la lignée du roi David qui délivrera la terre d’Israël de l’occupation étrangère et amènera une ère de paix et de félicité permettant à toute la nation de se réunir à Jérusalem. Il annoncera l’avènement du royaume de Dieu. Petit à petit, le mot mashia (messie) devient synonyme de chef puissant, investi d’une mission divine.

Curieusement, le premier à bénéficier du titre de « messie » fut le roi des Perses, Cyrus, qui a vaincu les Babyloniens et permis aux Hébreux de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le temple, inauguré en 515 avant notre ère.

Le Ier siècle de notre ère a vu l’éclosion de plusieurs « messies » autoproclamés (voir l’article : Jésus dans les textes de Flavius Josèphe).
Le dernier en date se nomme Sabbataï Tsevi. Vers 1650, dans l’Empire ottoman, il draine des foules nombreuses lors de ses prêches. Il appelle les Juifs à s’installer à Jérusalem. Il prend des initiatives de plus en plus dangereuses pour l’empire. En 1666, il pousse les Juifs à la révolte pour prendre le pouvoir. Il est arrêté et emprisonné… Pour sauver sa tête il se convertit à l’islam.

Les Juifs attendent toujours le messie. Mais les différents courants du judaïsme ne sont pas d’accord sur sa nature. Sera-ce un homme ou simplement des temps messianiques qui verront s’instaurer une paix et une fraternité universelle ? Au XIXe siècle, en Europe, les temps messianiques ont même été assimilés à l’essor de la mécanisation, à la technologie.

Le messie dans le christianisme

Comme les Juifs, les chrétiens attendent toujours leur messie. Mais eux savent que ce sera Jésus qui est déjà venu et qui a promis de revenir très bientôt : « En vérité je vous le dit, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24, 34-35). On ne peut pas dire que lors de son ministère sur terre, Jésus se soit comporté en messie, tel que les Juifs l’espéraient. Certains historiens y voit la décision de Judas de le trahir. Judas est nommé « iscariote » qui pourrait vouloir dire « le sicaire« . Un sicaire était un révolutionnaire juif opposé aux Romains, dans la foule, ils poignardaient les « collaborateurs » à l’aide d’un petit poignard, un sica en latin. Ils ont participé à la révolte de 66-73 contre les Romains. La tradition chrétienne veut que « iscariote » soit compris comme « ish Kariot« , c’est-à-dire « l’homme de Kariot« . Kariot étant une ville… qu’il reste à découvrir !

Le messie dans l’islam

Le Coran associé 11 fois le terme « messie » à Isa (Jésus) : le messie Jésus (Isa al-Masih). Faut-il y voir une mauvaise interprétation de Jésus-Christ qui à l’époque était l’appellation courante de Jésus ?
Toujours est-il que les musulmans attendent le retour de Jésus à la fin des temps pour présider au Jugement dernier, récompenser les justes et punir les mécréants (voir : Jésus dans le Coran).

Ambiguïté !

Les chrétiens et les musulmans attendent la fin des temps qui sera précédée du Jugement dernier.
Mais quelle est l’utilité de ce jugement ? Les bons ne sont-il pas déjà au Paradis et les mécréants en Enfer ?

Cette ambiguïté n’a pas été héritée du judaïsme. Le judaïsme n’est pas unifié, il n’y a pas un dogme. Chaque école a ses propres idées sur l’après-mort et les temps messianiques.
Suivant les croyances, lorsqu’une personne meurt, elle est placée « endormie » sous les ailes de la Providence, quelque part dans les cieux, ou elle reste dans la sphère terrestre et vit dans les mémoires, ou encore, elle rejoint le jardin d’Eden.
La résurrection des morts est un thème secondaire, ce qui importe, c’est l’avenir de la communauté. Dans les évangiles, des sadducéens demandent à Jésus avec qui ressuscitera une veuve qui a épousé plusieurs frères ? De qui sera-t-elle la femme ? Les sadducéens appartenaient à un école qui rejetait la résurrection, aujourd’hui, certains courants du judaïsme écartent toujours cette idée.

Les reliques de la passion

Importance des reliques

Au Moyen-Age, en Europe, les gens ont constamment peur, peur de la maladie, peur des guerres, peur de la famine, peur des autres, peur du châtiment divin. Ils vivent dans une angoisse permanente, entretenue par le clergé catholique : la fin du monde est proche, il faut se préparer pour le Jugement dernier. Il faut être en règle avec la foi et quelle plus grande protection que celle des saints qui vivent au contact de Dieu.

Dès de IXe siècle, des reliques de saints vont envahir les églises. Les gens vont pouvoir entrer directement en contact avec les saints, baiser un morceau de leur squelette, une pièce des vêtements qu’ils ont portés. On déterre les morts, on vide les catacombes. Dans la ferveur religieuse, des miracles ont lieu. Des pèlerinages sont organisés vers les lieux de miracle. On peut toucher les reliques miraculeuses… mais il faut payer. Les évêchés s’enrichissent. En plus de la dîme qu’ils perçoivent, les « dons » des pèlerins affluent. Aux XIIe et XIIIe siècles, cette manne céleste permettra de construire des cathédrales à la mesure de l’orgueil des évêques. La plupart sont des nobles déshérités, ils n’ont pas de titre nobiliaire, hérité par l’aîné, mais ils ont l’argent et la puissance. La première église novatrice est l’abbatiale de Saint-Denis au nord de Paris. C’est un puits de lumière, la Jérusalem céleste décrite dans l’Apocalypse de Jean. Plus de 80 cathédrales de style gothique seront construites en France en 150 ans. Le qualificatif « gothique » a été donné à la Renaissance où la mode était au classicisme gréco-romain. Le « gothique » était devenu « barbare ».

Une relique est d’autant plus puissante qu’elle est proche de Dieu. Les reliques les plus convoitées sont donc celles de Jésus… et elles sont nombreuses comme nous allons le voir. Dans cette vénération, la raison est absente, c’est la foi qui domine. La foi est basée sur la confiance (c’est l’origine du mot) : le prêtre le dit, c’est donc vrai. La confiance se mue souvent en abus de confiance !

En préambule de cet article, je vais brosser tous les changements structurels que Jérusalem a subi de l’année 70 jusqu’à 135. Mon objectif est de montrer que s’il y avait des reliques de Jésus dans la ville, elles auraient dû disparaître… sous les bulldozers de l’époque. Mais miracle, on les a retrouvées. C’est le propre des reliques de provoquer des miracles.

De Jérusalem à Aélia

En 70 de notre ère, les Romains ont utilisé tout le bois qu’ils trouvaient aux alentours de Jérusalem pour construire, comme à leur habitude, une palissade de 7 kilomètres autour de la ville assiégée (voir : Jérusalem incendiée par les légions romaines). Ils ont également arasé la partie nord de la ville, la nouvelle ville, pour construire une butte arrivant à hauteur des murs d’enceinte derrière lesquels s’étaient retranchés les assiégés. Lors de la prise de Jérusalem, le temple a été incendié. Flavius Josèphe raconte dans la « Guerre des Juifs » : « Titus abandonna ensuite toute la ville au pillage et à ses soldats, et leur permit d’y mettre le feu… Cette embrasement gagna jusqu’au palais de la reine Hélène, bâti sur le milieu de la montagne d’Acra, et consommait avec les maisons les corps morts dont les rues de la ville étaient pleines.« 

En 135, lors de la seconde révolte, la « charrue a été passée sur la ville », expression romaine pour signifier que la ville a été totalement détruite et reconstruite. Un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve s’est élevé sur les ruines du temple juif. Dans le nord de la ville, un temple à la gloire de Vénus a été construit, là où se trouve aujourd’hui le Saint-Sépulcre, tombeau présumé de Jésus et emplacement du mont Golgotha où il aurait été crucifié.

Jérusalem a cessé d’exister. La ville s’appelle désormais Aélia du nom de famille de l’empereur romain Hadrien. Les Juifs sont interdits de séjour dans la ville. Lorsque le christianisme deviendra la religion officielle de Rome, les temples seront détruits. Lors de la conquête arabe, l’emplacement du temple de Jupiter était encore un dépotoir., mais la ville s’appelait toujours Aélia.

Les reliques de la passion de Jésus

La tradition veut que la mère de l’empereur Constantin, Hélène (qui n’a rien à voir avec la reine dont parle Flavius Josèphe dans l’extrait cité) ait été la première à « découvrir »  des reliques de la passion vers 325. Rien ne corrobore cette affirmation : Eusèbe de Césarée qui raconte la vie de Constantin n’y fait pas allusion, or ses chroniques s’arrêtent en 339, année de sa mort. La découverte se serait faite après cette date. Constantin est né en 272. Même si sa mère n’avait que 15 ans à sa naissance, elle aurait eu près de 90 ans en 339 !

Dans cet article, nous n’allons pas énumérer toutes les reliques vénérées, mais uniquement les plus importantes ou les plus insolites.

La croix

C’est précisément à Aélia, lors de la destruction du temple de Vénus, trois siècles après les événements, qu’Hélène découvre trois croix similaires. Laquelle est celle qui a porté Jésus ? Plusieurs récits nous content la découverte. (Curieusement, pour les reliques, on parle non pas de découverte, mais d’invention, du latin « inventio »). On fait venir un infirme ou un malade selon les sources, et miracle, dès qu’il touche la « vraie » croix, il s’en trouve guéri. La découverte fut faite le 3 mai, qui deviendra un jour férié au Moyen-Age, le  Inventio Sanctae Crucis, jour de l’invention de la sainte croix. Notons que les premiers empereurs romains christianisés ont protégé les temples qui étaient propriétés de l’Etat. Donc, la destruction du temple de Vénus est bien postérieure à Constantin… et à sa mère.

La croix va être conservée à Jérusalem où elle sera prise par les Perses en 614. Héraclius, l’empereur romain la reprendra et viendra la replacer solennellement en 624.

Des siècles plus tard, après la prise de Jérusalem occupée par les Fatimides d’Égypte, les croisés vont récupérer la croix et l’emmener imprudemment avec eux lorsqu’ils partent guerroyer. Elle sera prise par Saladin lors de la bataille des Cornes de Hattin, qui marque le coup d’arrêt des croisés en Terre sainte.

Elle disparaît alors de l’Histoire, mais de nombreux fragments réapparaissent.

Le titulus

Le titulus, le morceau de bois qui indiquait le motif de la condamnation de Jésus, est conservé dans la Basilique Sainte-Croix de Jérusalem à Rome. Il y est depuis 1492… il venait d’être retrouvé lors de travaux effectués dans l’édifice. Certains chercheurs y voient une écriture du Ier siècle, d’autres un faux du XIe siècle.

Le titulus a une particularité remarquable, il est composé de 3 lignes, l’une en hébreu (ou en araméen), une en grec et la dernière en latin… mais tout le texte est écrit de droite vers la gauche. En latin, on y lit « US NAZARENUS RE », qui pourrait vouloir dire : « Jésus le nazaréen, votre roi ». C’est du moins ce qui a été traduit de l’araméen alors qu’il ne subsiste que 6 lettres.

Il me vient une réflexion iconoclaste : les artisans de Jérusalem travaillaient rudement vite. Jésus a été arrêté la nuit, traduit devant le Sanhédrin, présenté à Pilate, présenté à Hérode puis de nouveau à Pilate qui le condamne. Et à 9 heures du matin, il est crucifié (voir : Le procès de Jésus).

Sur Internet vous trouverez des photos de dizaines de titulus tous différents.

La couronne d’épines

C’est également Hélène qui découvre la couronne d’épines que les légionnaires romains avaient mise sur la tête de Jésus en guise de couronne royale. Un des premiers disciples l’avait conservée pieusement. Cette couronne, ainsi que plusieurs autres reliques ont été achetées par Louis IX, dit Saint-Louis, à l’empereur byzantin en mal de finance vers 1240, et ramenées à Paris où le roi fit construire la Sainte-Chapelle, une annexe, toujours debout, du palais royal de l’Île de la Cité qui lui a disparu. Ces reliques protégeaient personnellement le roi. La chapelle a été vidée de ses reliques lors de la Révolution de 1789. La plupart sont à Notre Dame et elles n’ont pas soufferts de l’incendie d’avril 2019.

Dans la Sainte Chapelle, on trouvait également :

  • Un morceau de la croix,
  • La pierre qui recouvrait la tombe de Jésus, le Saint-Sépulcre. La pierre actuelle date des croisades d’après les derniers travaux effectués dans l’église.
  • Un morceau du voile de la Vierge. Un autre voile se trouve dans la cathédrale de Chartres, elle le portait lorsqu’un ange lui annonça qu’elle enfanterait le fils de Dieu.
  • Du lait de la Vierge,
  • Une mèche de ses cheveux,
  • Le linge avec lequel Jésus a essuyé les pieds des apôtres lors de la Cène,
  • Un peu de sang de Jésus,
  • L’éponge avec laquelle les soldats romains l’ont abreuvé,
  • Et un morceau de la lance qui a percé le côté de Jésus pour s’assurer qu’il était mort.
La Sainte-lance

Dans le seul Évangile de Jean (19, 33-37) on trouve le récit de cette lance. On y lit le midrash (interprétation de la Bible) suivant

Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu a rendu témoignage et son témoignage est conforme à la vérité, et d’ailleurs celui-là sait qu’il dit ce qui est vrai afin que vous aussi vous croyiez. En effet, tout cela est arrivé pour que s’accomplisse l’Ecriture : « Pas un de ses os ne sera brisé » ; il y a un autre passage de l’Ecriture qui dit : « Ils verront celui qu’ils ont transpercé »

Par un des heureux hasards de l’Histoire, on connaît le nom du légionnaire romain qui a donné ce coup de lance, il s’appelle Longinus .

Lorsque les armées de la première croisade se réunissent dans les environs de Constantinople, leurs chefs sont conviés à entrer dans la ville, pour prêter allégeance à l’empereur byzantin, c’est du moins ce que l’empereur souhaite. Dans la ville, ils peuvent se recueillir sur une relique : la Sainte-Lance.

Quelque temps plus tard, lors de la prise d’Antioche après un très long siège, les croisés un peu trop confiants, se font enfermer et assiéger à leur tour dans la ville par une armée musulmane venue, trop tard, au secours de la garnison. Déjà très éprouvés par le siège, les croisés connaissent la faim et la soif. C’est à ce moment qu’un prêtre a une vision : la Sainte-Lance est enterrée dans l’église d’Antioche. On creuse et on trouve cette fameuse lance, dont une autre version était à Constantinople ! Et le miracle s’accomplit, galvanisé par cette trouvaille, les croisés brisent l’encerclement et peuvent progresser vers Jérusalem.

Voici quelques exemplaires de la Sainte-Lance. Faites votre choix. Ces pointes de lance ne ressemblent pas du tout au pilum romain (voir Internet).

Le Graal

Le Graal aurait été la coupe dans laquelle Jésus a célébré la dernière Cène, la veille de son arrestation. Cette coupe aurait aussi recueilli le sang de Jésus après sa crucifixion. Elle a fait l’objet d’une abondante littérature à partir du Moyen Âge : le Graal est à la base du cycle des chevaliers de la Table Ronde. Certains ésotéristes y voit un simple enseignement hérétique, contraire à celui de Rome. Pour Dan Brown dans son « Da Vinci Code« , c’est la descendance de Jésus que Marie Madeleine aurait amené dans le Sud de la France.

Concentrons-nous sur la coupe. Où se trouve-t-elle donc aujourd’hui ?

Plus de 200 coupes se disputent le titre de Saint-Graal officiel. Une coupe conservée dans la cathédrale de León en Espagne tient aujourd’hui la corde. Pour quelle raison ? C’est une coupe en onyx serti d’or, la parure date du XIe siècle. Or, c’est au XIe siècle qu’un ambassadeur arabe a remis cette coupe au roi Ferdinand le Grand de León. Au IXe siècle, Charlemagne avait fait dresser l’inventaire des objets se trouvant dans le Saint-Sépulcre et, ce document administratif fait mention d’une coupe qui est gardée par deux diacres. Depuis cette coupe avait disparu, il est probable qu’elle ait été emportée lors d’un pillage, le Saint-Sépulcre ayant été détruit par les musulmans en 1009 sous les califes Fatimides, après plusieurs incendies probablement accidentels au siècle précédent. Ce qui est très intéressant, c’est le compte rendu d’un pèlerin qui ayant visité le Saint-Sépulcre décrit le calice qui y est exposé comme étant une coupe en onyx.

La coupe de la cathédrale de León, sertie d’or.

On peut donc penser que la coupe exposée dans la cathédrale de León est bien celle qui se trouvait dans le Saint-Sépulcre. Il reste cependant un grand pas à franchir : démontrer que ce calice a survécu aux trois siècles qui séparent la Cène de la construction du Saint-Sépulcre et qu’il a bien appartenu à Jésus

Aix-la-Chapelle

Les Carolingiens ne sont pas restés inactifs : Aix-la-Chapelle, la capitale de Charlemagne regorge de reliques, plus surprenantes les unes que les autres.

Ici on retrouve :

  • La robe de la Vierge,
  • Le vêtement que Jésus portait sur la croix… où plus que probablement il était nu, humiliation supplémentaire qui accompagnait la crucifixion.
  • Le drap qui a reçu la tête de Jean le Baptiste,
  • Un lange de Jésus.
Et ailleurs

À Cologne, on trouve le squelette des trois rois mages. Lors de leur découverte, les squelettes étaient reliés par un fil en or, c’est ainsi qu’on a reconnu les célèbres mages.

Châsse des rois mages à Cologne

La basilique Saint-Denys d’Argenteuil possède la tunique que Jésus portait lors de son jugement. C’est Charlemagne qui avait fait don de cette tunique à la basilique française. Une analyse au carbone 14 faite en 2015 date cette relique du IXe siècle. Cette analyse a été faite lors d’un reportage de la télévision française. En principe, la tunique est exposée tous les 50 ans : en 34 et 84. Exceptionnellement, elle a été exposée en 2016. Et malgré le documentaire, plus de cent cinquante mille personnes ne sont pressées pour adorer le relique.

NB : une cathédrale est l’église du siège de l’évêché, basilique est un titre honorifique donné par le pape à une église qui attire beaucoup de pèlerins.

Et aussi…

A Rome, on peut voir l’emprunte des pieds de Jésus. Où a été trouvée cette relique ?

Dans les Actes de Pierre, un apocryphe du VIe siècle, on apprend que Pierre, alors à Rome, rencontre Jésus sur la Via Appia et lui demande « Quo vadis, Domine », où vas-tu Seigneur… qui sera le titre d’un roman célèbre qui vaudra à son auteur, Henryk Sienkiewicz, le prix Nobel de littérature en 1905. C’est lors de cette rencontre que le moule a été pris. Jésus chaussait du 44 ! Le moule se trouve dans l’église Sainte-Marie de Palmis, sur la via Appia.

Le Suaire de Turin, autre relique célèbre permet de mieux connaître les mensurations de Jésus, si  le suaire a bien contenu son corps, ce qui est loin d’être démontré, il mesurait 1,75 m environ et pesait de 75 à 80 kg. C’était un grand gaillard à l’époque. Il formait un couple bizarre avec Marie-Madeleine qui ne mesurait que 1,48 m. Mais personne ne nous oblige à croire aux reliques. Autre précision sur Jésus, son sang était du groupe AB.

Le corps de Marie-Madeleine se trouve à la Sainte-Baume (dans la commune de Saint-Maximin dans le Var)… mais on vénère également sa tombe dans la basilique de Vézelay. C’est sur cette tombe que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste se sont recueillis avant de partir en croisade en 1146. En 1244, le roi de France Louis IX vient également faire ses dévotions au tombeau de Marie-Madeleine à Vézelay.

Le corps de Marie-Madeleine a été découvert à Saint-Maximin en 1279 par Charles d’Anjou, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile… frère de Louis IX. A cette époque, le roi de France ne règne pas sur un vaste territoire, mais sur des vassaux parfois plus puissants que lui. Le roi possède uniquement le domaine royal qui va s’agrandir au cours des siècles par des mariages et des conquêtes.

Dans le village de Saint-Maximin, on vous raconte l’histoire de Marie-Madeleine, de Jérusalem aux Saintes-Maries de Provence (en France) puis dans son refuge de la montagne de Sainte-Baume. Ce n’est pas de l’Histoire, mais un roman imaginaire, que les fidèles gobent en s’extasiant.

Le village de Calcata en Italie gardait jalousement le prépuce de Jésus. Gardait, car celui-ci a été « volé » en 1983. Mais ce n’est pas grave, car en France, on connaît au moins deux autres prépuces, à Vébret et à Conques.

"Jésus est supérieur à Mahomet"

C’est une bien étrange histoire.
Elle se passe en 1527, dans l’empire ottoman, sous le sultan Soliman (Suleiman). Un religieux musulman, Molla Kabiz, professe publiquement que Jésus est supérieur spirituellement à Mahomet, qu’il est plus vertueux. Il ne fait aucune propagande pour le christianisme qu’il réfute. Mais les oulémas sont outrés et portent plainte au palais. Molla Kabiz est convoqué pour s’expliquer par le grand vizir ibn Ibrahim Pacha. Il est entendu par le Divan, l’assemblée des vizirs (ministres), le 2 novembre 1527.

Il argumente pendant des heures, le Coran en main et citant des hadiths. Les hadiths sont les propos que Mahomet aurait tenus. L’ensemble des hadiths forme la sunna (d’ou dérive le mot « sunnite »), la tradition. On compte des centaines, des milliers de hadiths, certifiés ou non. Si on tient compte de tous les hadiths que ses compagnons auraient mémorisés, Mahomet aurait exprimé 10 à 20 maximes par jour durant les 10 années de sa prédication.

Mais revenons à la comparution de Molla Kabiz. Après sa défense, stupéfaction ! Les vizirs ne peuvent contrer ses allégations. Il est donc libre de quitter le palais de Topkapi. Mais le sultan qui a assisté, dissimulé derrière un moucharabieh (un grillage) ne l’entend pas de cette oreille. Il fait arrêter Molla Kabiz qui sera exécuté. Innocent mais coupable de déplaire au sultan !

Salle du Divan avec en haut le grillage d’où le sultan assistait aux réunions.

NB : Le Divan est une assemblée et une salle. C’est devenu un nom commun désignant les sièges sur lesquels les vizirs se tenaient.

Quels sont les arguments de Molla Kabiz ?

On ne les connaît pas, aucune archive n’a été conservée.
On peut néanmoins se faire une idée à l’aide des versets du Coran et des hadiths.

Mahomet

Mahomet n’est pas nommé dans le Coran. Dans les versions actuelles, son nom a été ajouté pour une meilleure compréhension. Le Coran parle du « prophète », sans lui donner de nom. Le verset 6 de la sourate 61 déclare que Jésus a annoncé la venue d’un messager après lui dont le nom est Ahmad.
La vie de Mahomet est racontée par la Sîra. Dans ce document, Mahomet est présenté tour à tour comme un prédicateur incompris et un bon mari à La Mecque ensuite comme un chef de bande puis comme un chef de guerre collectionneur de femmes à Médine. La Sîra a été écrite des dizaines d’années après la mort du prophète, mais il semble que Molla Kabiz n’ait pas utilisé ce document. Il avait donc peu d’arguments pour mettre en valeur le prophète qui, d’après le Coran, était traité de possédé, de poète ou de divin.

Dis-leur : « Je ne prétends pas disposer des trésors de Dieu ni connaître les mystères, je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’ a été révélé (Co. 6, 50).

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Mahomet ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.hadithdujour.com/hadiths-prophete.asp)

D’après Ibn Omar, j’ai trouvé une femme qui avait été tuée durant l’une des batailles du Prophète , alors le Prophète a interdit de tuer les femmes et les enfants.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°3015 et Mouslim dans son Sahih n°1744)

D’après Jabir Ibn Abdillah , le Prophète ne dormait pas avant d’avoir lu – Tanzil Sajda (souate 32) et – Tabarak (sourate 67).
(Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°3404)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a maudit les hommes efféminés et les femmes masculines et il a dit : Faites les sortir de vos maisons.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°5886)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a interdit de tuer 4 animaux: la fourmi, l’abeille, la huppe et la pie-grièche.
(Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°5267 )

Tous les hadiths mettent en scène un prophète qui organise la vie quotidienne de ses disciples.

Jésus

Dans tout le Coran, Jésus est appelé Isa (Iça) alors que le prénom Yasou existe en arabe. Josué est traduit pas Youcha.

Contrairement à Mahomet, le caractère de Jésus est bien défini par le Coran, bien qu’il ne soit cité que dans une cinquantaine de versets (sur 6236).
Si Mahomet meurt comme tout homme, Jésus n’a pas été crucifié : « Ils disent : nous avons mis à mort le messie Jésus fils de Marie, le prophète de Dieu. Mais ils ne l’ont point tué ni crucifié… Ils ne l’ont point tué c’est certain » (Co. 4, 157)

mais il a été rappelé par Dieu : « Dieu dit : Ô Jésus, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi. » (Co. 3, 55)

Jésus a été créé par Dieu : « Aux yeux de Dieu, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut. » (Co. 3,59)

Et Jésus peut créer à partir de terre, comme Dieu : « Avec ma permission, tu as façonné de boue une forme d’oiseau ; avec ma permission, tu lui a donné vie de ton souffle » (Co. 5, 110). Jean-Luc Monneret dans son ouvrage les « Grands thèmes du Coran » note que les mots employés sont réservés à Dieu dans le Coran : Jésus crée (halaqa est réservé à la création divine), il crée par le souffle (nafaha) comme Dieu crée Adam et Jésus.

Jésus parle dès le berceau : « Dès le berceau tu parlais aux hommes comme à l’âge mur » (Co. 5, 100). Il fait des miracles alors que les Arabes demandent à Mahomet de faire de même et qu’il répond qu’il n’est qu’un homme : « Tu as guéri l’aveugle de naissance et le lépreux avec ma permission ; avec ma permission, tu as ressuscité les morts » (Co. 5, 110)

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Jésus ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.al-islam.org/fr/40-ahadith-les-exhortations-du-prophete-issa-jesus/ahadith)

Jésus a dit : « L’amour de ce monde et celui de l’autre monde ne peuvent pas cohabiter dans le cœur d’un croyant, de la même façon que le feu ne peut pas cohabiter avec l’eau dans un même récipient. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 327)

[Imam] as-Sadiq raconte : « Jésus a dit à ses disciples : « Ne regardez pas les défauts des autres comme si on vous avait chargé de les espionner, mais occupez-vous de l’émancipation de vos propres êtres, car vous êtes des esclaves, affranchissez-vous. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 324)

Jésus a recommandé : « Vous n’atteindrez jamais ce que vous aimez sans que vous ne surmontiez avec patience ce que vous détestez. »
(Moustadrak al Wassail, volume 2, page 425)

Dans ces hadiths, Jésus tient des propos philosophiques, certes ils concernent la vie quotidienne, mais ils évoluent dans une sphère supérieure à celle des propos attribués à Mahomet. Remarquons que les personnes qui citent Jésus ne l’on jamais rencontré.

A quel âge est mort Jésus ?

Pour déterminer l’âge de la mort de Jésus, il faudrait savoir quand il est né. Selon la tradition, rapportée par les évangiles de Matthieu et de Luc, il serait né alors qu’Hérode le Grand était roi de Judée. Dans un article précédent, j’ai montré que les récits de la naissance de Jésus dans ces deux évangiles étaient non seulement totalement différents, mais contradictoires. Pour moi, ces récits sont des ajouts tardifs destinés à contrer l’enseignement de Marcion qui voyait en Jésus un être surnaturel, descendu sur terre à Capharnaüm sous l’apparence d’un homme de 30 ans.

Si Jésus est né sous le règne d’Hérode, il n’est pas né en l’an 1 de notre ère, Hérode étant décédé en 4 avant notre ère. L'(ex-)pape Benoît XVI, qui a consacré trois volumes à la vie de Jésus, considère que le moine Denys le Petit, qui a estimé au VIe siècle le début de l’ère chrétienne, en créant une année 1, « s’est à l’évidence trompé de quelques années dans ses calculs ». D’après Benoît XVI, Jésus serait né en l’an 7 avant notre ère. Sur quoi se base-t-il pour choisir cette date ? Il souligne que d’après un calcul lié aux observations de l’astronome Kepler (XVIIe siècle), « le Christ serait né 6 ou 7 années plus tôt qu’on à l’habitude de croire ». En 1603, Kepler observant la conjonction rare des planètes Jupiter et Saturne, établit une relation avec l’étoile des mages et calcule que ce phénomène de brillance surnaturelle a pu être observé trois fois en l’an 7 avant notre ère.

La théorie de Benoît XVI est peu vraisemblable : L’alignement des planètes ne provoque pas une « brillance surnaturelle ». En fait, les planètes ne sont pas alignées, elles apparaissent dans une zone du ciel pas plus large que la pleine lune. Ce phénomène s’est également produit en -46, or aucune hypothèse sur l’historicité de Jésus ne situe sa naissance à cette période. Plus près de nous, le 26 février 1952, à 22 heures, quatre planètes se sont alignées : Mercure, Vénus, Mars et Saturne. Bien mieux, le 5 août 2016, vers une heure du matin, toutes les planètes visibles à l’œil nu (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) se sont « alignées » ! Et aucun éclat brillant n’a été observé : on voyait cinq points lumineux, comme les étoiles.

Et si les planètes étaient parfaitement alignées ? On ne verrait aucun phénomène spectaculaire : les planètes ne sont pas des étoiles, elles ne brillent pas, elles reflètent la lumière du soleil. On ne verrait pas la somme de leur éclat, mais une seule planète, les autres étant éclipsées, cachées par la première.

Pour mon « étude », je vais adopté la conclusion de Benoît XVI : Jésus serait né en l’an 7 avant notre ère.

Hypothèses

D’après une idée très répandue, Jésus aurait vécu 33 ans, il serait donc mort en 26 de notre ère. Il aurait donc été condamné par Ponce Pilate qui venait de prendre ses fonctions comme préfet de la province sénatoriale de Judée (de 26 à 36). Or les évangiles ne nous présentent pas un préfet novice, mais un homme maîtrisant sa fonction.

Les historiens placent la mort de Jésus en 30 ou 33, Jésus aurait alors eu 37 ou 40 ans. Lors de ces deux années, le 15 nisan (la Pâque juive) précédait le jour de shabbat (samedi). Il y avait donc deux shabbats successifs, comme le signale les évangiles. La faveur des historiens va à l’année 33. Pourquoi ? Il n’y a aucun justification scientifique ou historique. C’est un choix. Peut-être sont-ils influencés par l’éclipse de lune qui a eu lieu à Jérusalem le (vendredi) 15 nisan 33 (le 3 avril 33 dans notre calendrier). Lors d’une éclipse de lune, celle-ci apparaît rouge, une « lune de sang ». Mais si on étudie cette éclipse, on se rend compte qu’elle  a commencée à 15 heures 40 avec son maximum à 17 heures 15. À ce moment, la lune n’était pas encore levée à Jérusalem. Elle se lèvera à 18 heures 20, soit 30 minutes avant la fin de l’éclipse. Trop peu de temps pour être observée par des profanes. Par contre cette éclipse a pu être vue par les prêtres qui attendaient ce moment pour déclarer le début du sabbat (samedi 16 nisan). Pour les Juifs, le jour commence au coucher du soleil.

Dans l’Évangile de Jean, on a une information précise : La Pâque juive était proche…. Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple, et en trois jours, je le relèverai. » Alors ces juifs lui dirent : « Il a fallu 46 ans pour construire ce temple… ». (Jean 2,19-21) Or la construction du temple a commencé en 19 ou 20 avant notre ère. 46 ans plus tard, nous sommes en l’an 26 ou 27 : Jésus a donc 33 ou 34 ans.

… avec le temps

Les auteurs chrétiens des deuxième et troisième siècles ne nous éclairent pas d’avantage.

Si on suit Lactance (240-320), rhéteur chrétien (professeur de rhétorique), la mort de Jésus aurait eu lieu le 23 mars 29, sous le consulat des deux Gemini : Caius Fufius Geminus et Lucius Rubellius Geminus.

Irénée de Lyon (vers 130-203), fait plus fort, il place la naissance de Jésus dans la 41ème année du règne d’Auguste (-27, 14), soit en l’an 14 (Contre les hérésies vol III, 21,3) ! Et Jésus serait mort à 50 ans, en l’an 64, juste avant la révolte juive contre les Romains… mais après les prédications de Paul ! Celui qui dit le contraire est un hérétique ! Si ce ne sont pas des erreurs de copistes, on peut en déduire que l’organisation du temps, que l’histoire n’était pas la préoccupation majeure des anciens. Notons, en passant, que la région de Lyon produisait déjà des vins capiteux.

Tertullien (vers 150-225) et Origène (mort en 254) reprennent la chronologie d’Irénée. Origène ajoute que Jésus est né 15 ans avant la mort d’Auguste. Ce qui est invraisemblable, car Auguste est mort la 41ème année de son règne.

Conclusion

Tout ce qui touche à la vie de Jésus, à son existence même, est nimbé d’un épais brouillard. Avec les textes chrétiens, les seuls qui parlent de Jésus, on se retrouve dans un supermarché où chacun vient chercher le passage qui permettra de justifier son discours. Jésus restera à jamais une énigme. Clément d’Alexandrie (mort en 220) nous donne de quoi réfléchir : « Toutes les choses vraies ne sont pas la vérité. Il ne faut pas préférer la vérité qui paraît telle selon l’opinion des hommes à la vérité véritable selon la foi ». En clair, la foi qui n’est pas vérifiable est l’unique vérité.

Le procès de Jésus

Introduction

Le procès de Jésus qui a conduit à sa condamnation à mort ne nous est connu que par les seuls évangiles, à l’exception de tout autre texte. Or la grande majorité des historiens ne croient plus à l’historicité des évangiles. Ce sont des livres de propagande proclamant l’histoire de Jésus en tant qu’histoire du salut, pas une relation historique objective. C’est dire la difficulté de démêler les faits historiques et fictifs.

Les événements racontés par les évangiles, avec de notoires différences entre les quatre livres, se déroulent à Jérusalem, vers les années trente de notre ère, à l’occasion des fêtes de la Pâque juive. Lors des fêtes, le préfet romain et une troupe de légionnaires se déplaçaient de Césarée Maritime, le siège du gouvernement, à Jérusalem pour prévenir toute révolte. Le préfet séjournait dans l’ancien palais d’Hérode, à l’ouest de la ville, tandis que le gros de la troupe était caserné dans la forteresse Antonia, qui dominait le temple.

La fête de Pâque (Pessa’h en hébreu) se déroule sur 8 jours. Elle débute le 14 nisan, le premier mois du printemps, et se termine le 21. Elle célèbre les derniers jours de l’esclavage des Hébreux en Egypte et leur libération selon le mythe de Moïse (voir mon article sur Moïse). Le 14 nisan, Dieu envoie la dixième plaie sur l’Egypte : l’ombre de la mort va visiter toutes les maisons la nuit et emporter le dernier né. Les Hébreux avertis doivent sacrifier un agneau d’un an et badigeonner l’encadrement de la porte avec son sang : la mort passera sans entrer (Pessa’h signifie « passer au dessus« ). Dans cette nuit d’angoisse, ils vont manger l’agneau rôti et du pain sans levain.

Résumé des événements cités par les évangiles.

Jésus entre triomphant dans Jérusalem.
Jour J-1 : Jésus célèbre son dernier repas et annonce que Judas va le trahir.
Jour J : La nuit de J-1, Jésus est arrêté dans le jardin de Gethsémani sur le mont des Oliviers. Chez les Juifs, le jour commence quand la nuit tombe. Les musulmans disent quand il est impossible de distinguer un fil blanc d’un fil noir.
Il est présenté devant le Sanhédrin qui le condamne à mort pour blasphème.
Il est présenté devant le préfet Ponce Pilate pour confirmer la sentence. Celui-ci ne reconnaît pas de faute à Jésus.
Les juifs demandent la libération de Barabbas en échange de Jésus.
Jésus est condamné. Il est fouetté et conduit sur le lieu de son supplice.
Il meurt sur la croix.
Il est descendu de la croix et mis provisoirement dans un tombeau.
Jour J+2 : Jésus n’est plus dans le tombeau.

L’entrée dans Jérusalem

Pour la fête de Pâque, Jésus est entré dans Jérusalem monté sur un ânon, comme l’avaient prédit les prophètes (« Dites à la communauté de Sion, voici ton roi qui vient à toi ; humble, il vient monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. » (Livre de Zacharie 9,9). Il a été  suivi par une foule nombreuse et enthousiaste qui agitait des branches de palme en criant « Hosanna ! ». Quel beau tableau bucolique ! Mais est-il historique ?

La supplique « Hosanna », qui signifie, « de grâce, sauve-nous » fait partie de la liturgie des Hoshannot qui a lieu lors de la fête des Cabanes (Souccot),  qui en automne célèbre l’assistance divine reçue dans le désert lors de l’Exode. C’est aussi à cette période que l’on coupe les feuilles des palmiers… et pas au printemps.
De plus, la foule nombreuse des admirateurs de Jésus va s’évaporer et Jésus va se retrouver bien seul (voir plus loin).

Le dernier repas de Jésus

D’après les évangiles synoptiques, ceux qui adoptent une trame identique : Matthieu, Marc et Luc, le dernier repas de Jésus prend place « le premier jour des pains sans levain« , soit le (jeudi) 14 nisan. Ce repas est très spécifique, bien codifié pour les Juifs, or il ne semble pas que Jésus et ses apôtres ont organisé un tel repas. On dirait plutôt un repas communautaire à la manière des esséniens qui partageaient le pain et le vin.
Pour Jean, le quatrième évangile, c’est le (mercredi) 13 nisan qu’a lieu le dernier repas de Jésus, donc un repas normal.

L’arrestation

Peu avant son arrestation, Jésus s’est attaqué aux changeurs et aux marchands qui se trouvaient sur le parvis du temple, qui est le plus vaste lieu de culte de l’Empire romain. Pour la Pâque, des Juifs venaient de partout, ils étaient trois millions selon Flavius Josèphe qui n’est pas à une exagération près. Ils devaient donc changer la monnaie de leur pays par la seule monnaie que les prêtres acceptaient pour payer les animaux des sacrifices, le shekel de Tyr. Le shekel de Tyr avait été choisi pour sa stabilité.
En s’attaquant aux changeurs Jésus voulait peut-être s’attaquer aux sacrifices. Cette « rébellion » de Jésus  a dû passer inaperçue, sinon, un tel acte, juste sous les yeux des soldats romains, cantonnés dans la forteresse Antonia, aurait été immédiatement réprimé.

C’est donc la nuit, sur le Mont des Oliviers, que Jésus est arrêté par « une troupe armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens » (Mt. 26:42) ou par une cohorte romaine (500 à 600 soldats) selon Jean. Pourquoi amener une troupe armée alors qu’ils ne sont qu’une douzaine, armés peut-être, Jésus leur a conseillé d’acheter des armes (Lc 22,36) mais peu dangereux… ils vont d’ailleurs fuir. Et qui va assister à tous ces événements pour les consigner par après si tous les disciples se sont volatilisés ?

Mais pourquoi avoir attendu la nuit ?
Pour éviter les émeutes nous dit-on. Mais le peuple de Jérusalem ne prend pas le parti de Jésus lorsque Pilate lui demande de choisir entre lui et Barabbas. Et durant la période de Pâque, le mont des Oliviers rassemblait tous les pèlerins qui n’avaient pas trouvé de logement dans Jérusalem (ville de 50 mille âmes). C’était un vaste terrain de camping. Autant dire que l’arrestation de Jésus n’est pas passée inaperçue.

Parution devant le Sanhédrin

La grande question de ce chapitre est « Qu’est-ce que le Sanhédrin… au début du premier siècle de notre ère ?  » D’après la tradition chrétienne, c’est la plus haute autorité religieuse de Judée. Déclarer cela est aussi fantaisiste que dire qu’il existe une haute autorité religieuse chrétienne qui regroupe les catholiques, les protestants et les orthodoxes sous la présidence du pape. Car à l’époque qui nous occupe, LA religion juive n’existe pas ! Trois sectes, aussi divergentes et éloignées que les doctrines chrétiennes citées, se partagent les faveurs des juifs. Le judaïsme se développera en parallèle et en opposition avec le christianisme au deuxième siècle, après la destruction du temple par les Romains. Quelles sont ces trois sectes ?

  • Les sadducéens qui collaborent avec l’occupant, appliquent les 613 articles de loi de la Torah, ils ne croient pas à la vie après la mort et estiment que les récompenses d’une vie pieuse s’acquièrent durant l’existence.
  • Les pharisiens, proches du peuple, disent qu’il existe une loi orale, remontant à Moïse, conjointement à la loi écrite, la Torah. Bien entendu, ils sont dépositaires de cette loi qui sera finalement mise par écrit et éditée au IVe siècle, c’est le Talmud. Ils croient en la pérennité de l’âme et à la résurrection des corps.
    Les sadducéens se moquent de cette résurrection ce qui apparaît dans un passage des évangiles (Mt 22, 23-33): « Rabbi (ils s’adressent ici à Jésus, mais ça pourrait être un pharisien), Moïse a dit : Si un homme meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la veuve (loi du lévirat , Dt 25:5-10)… Eh bien, à la résurrection, duquel des frères sera-t-elle la femme ?« 
  • Enfin, les esséniens ne reconnaissent aucune autorité au temple et à ses prêtres. Ils condamnent les sacrifices d’animaux. Suprême blasphème, ils ne reconnaissent pas la mesure du temps fixée par Dieu dans la Bible : ils utilisent un calendrier solaire ! Ils célèbrent les mêmes fêtes que les autres juifs, mais pas aux mêmes dates… et aucun n’a été accusé par le Sanhédrin.

Le Talmud a réservé tout un traité au Sanhédrin, mais il ne s’applique pas à celui du début du premier siècle. Le Sanhédrin devait donc être soit le conseil municipal de Jérusalem, soit plus probablement, l’organe de gestion du temple. Comme c’est le cas de nos jours : depuis la prise de Jérusalem-est par les Israéliens en 1967 (voir : 1967 : Israël conquiert Jérusalem) l’esplanade des mosquées est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie (voir : le Dôme du Rocher). Cette comparution devant le Sanhédrin est donc pour le moins invraisemblable. D’autant plus que nous sommes le (vendredi) 15 nisan, et c’est un jour de shabbat, ce que seul l’évangile de Jean semble savoir : « ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans la résidence (de Ponce Pilate) pour ne pas se souiller. » Les juifs se sont purifiés, leurs actions sont très limitées, alors, juger un homme et le condamner à mort, il ne faut pas y penser. En toute logique, Jean ne mentionne pas la parution de Jésus devant le Sanhédrin.

Un dernier point pour appuyer là où ça fait mal. Dans les Actes des Apôtres, alors que les Romains (pas les Juifs) ont arrêté Paul à la demande du Sanhédrin, le « tribun » commandant la forteresse Antonia écrit au procurateur résidant à Césarée  : « J’ai constaté que l’accusation portait sur des discussions relatives à leur loi, mais sans aucune charge qui méritât la mort ou les chaînes » (Ac 23.28). Le rédacteur des Actes connaissait la loi romaine, ce qu’ignoraient les évangélistes. Or on attribue les Actes à l’évangéliste Luc. Comprenne qui pourra.

Parution devant Ponce Pilate

Tous les évangiles sont d’accord, Ponce Pilate (préfet de 26 à 36) connu pour son mépris des juifs et pour sa cruauté, ne reconnaît aucune charge contre Jésus.
Fin de l’histoire. Jésus est libre, il ne sera pas crucifié et le christianisme n’existera pas. Ce n’est pas une uchronie, mais la logique implacable des évangiles.

Il faut donc un miracle pour sauver l’histoire. Un miracle, plutôt un mensonge éhonté : « A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu’elle voulait » (Mt 27,15). Cette coutume n’a jamais existé. Mais continuons le récit sur base de ce mensonge. Pilate demande aux Juifs de choisir entre Jésus le nazaréen et Jésus Barabbas, un meurtrier, un rebelle. En fait il leur demande de choisir entre Jésus le Fils du Père et Jésus le fils du père (traduction de l’araméen Bar(fils) Abba (père)). Pilate, fâché par la tournure des événements déclare en se lavant les mains : « Je suis innocent de ce sang, C’est votre affaire » (Mt 27,24). Et « Tout le peuple répondit : Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants ! » (Mt 27,25).

A cause de cette entorse à l’Histoire, à cause de ce mensonge, des millions de Juifs ont été persécutés par les chrétiens. En 1997, Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France a bien exprimé la repentance des chrétiens pour ces persécutions. En 2000, à Jérusalem, le pape Jean-Paul II  a demandé pardon « pour les nombreux péchés commis autrefois par l’Eglise catholique, notamment son attitude envers les Juifs, les hérétiques, les femmes et les peuples indigènes ». Le communiqué du Vatican ne mentionne pas combien de millions d’avés et de paters le pape a dû réciter pour être absous. Mais personne n’a jamais dit que tous ces péchés avaient été commis à cause d’un mensonge ! Donc, oui, les chrétiens demandent pardon… mais c’était quant même la faute des Juifs, ce sont eux qui ont condamné Jésus.

Petite devinette. Il semble que Ponce Pilate et Jésus discutent entre eux. En quelle langue ? Jésus est sensé parler l’araméen, langue imposée par les Perses à tout le Proche Orient vers 500 avant notre ère, et Ponce Pilate parle le grec. Or, depuis -330, tout le Proche Orient et l’Egypte sont sous domination grecque (conquis par Alexandre le Grand). En 300 ans, la culture grecque s’est donc imposée en Judée. Des gymnases, des bains publics et même un théâtre ont été construit à Jérusalem. La toge doit être aussi populaire que la tunique courte et le manteau qui la recouvrait dans les rues de la cité. On peut donc penser que Jésus parlait grec. D’autant plus que Nazareth, qui aurait été son lieu de résidence, n’était qu’un faubourg de la ville grecque de Sépphoris (non mentionnée dans les évangiles).

La crucifixion

Je laisse au folklore la couronne d’épines et le manteau rouge dont Jésus a été affublé pour retenir la flagellation qui précédait l’exécution. Le condamné était avili, il était présenté à la foule nu et en sang. En route vers son supplice, Jésus a-t-il porté sa croix, n’a-t-il été lié qu’au seul patibulum (le bois horizontal) dans tel cas, il n’a pas pu être aidé, ou a-t-il été transporté vers le lieu où les croix étaient dressées en permanence, comme lors de la révolution française où la guillotine attendait sur l’actuelle Place de la Concorde ou comme au Moyen-âge où le gibet gardait trace des exécutions passées ? Je ne prendrai pas parti.

Jésus a-t-il été cloué sur la croix ? Pour rester logique avec les évangiles, la réponse est NON… sinon il aurait été impossible de descendre Jésus de la croix. Il aurait gardé des « souvenirs » de son supplice. Les Romains utilisaient des clous de section carrée d’une vingtaine de centimètres (voir mon article sur la crucifixion).

Le pied d’un crucifié garde le clou fiché dans son talon.

Dans l’apocryphe « Actes d’André », daté de la fin du IIe siècle, nous trouvons une description plus « réaliste » d’une crucifixion, celle d’André : « Ils vinrent et se contentèrent de le lier aux pieds et aux aisselles, sans rien lui clouer, ni les mains, ni les pieds, sans non plus lui briser aucune articulation, car ils voulaient le tourmenter en le laissant suspendu, et qu’il soit dévoré vivant, la nuit, par les chiens ».

La mort de Jésus

La crucifixion est un supplice oriental ou carthaginois, adopté par les Romains. Il mène à une mort très lente : le supplicié met parfois des dizaines d’heures ou plusieurs jours à mourir étouffé par le poids de son propre corps, quand les jambes ne peuvent plus le soutenir. Jésus meurt en trois heures… pour donner un semblant de vérité au récit : il doit être mis au tombeau avant la tombée de la nuit et ses os ne doivent être brisés. Les suppliciés avaient les tibias brisés pour que les jambes ne puissent plus soutenir le poids du corps. Cette mise à mort accélérée devaient intervenir lorsque le lieu du supplice n’était pas gardé en permanence.

Dans les évangiles, on n’a pas une description réelle d’une crucifixion, mais une série de confirmation de prophéties issues de la Bible pour prouver que Jésus est bien le messie attendu. La crucifixion est une mise en scène de passages de la Bible :

  • Psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné »  (verset 2), « …ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement » (verset 19)  et « Ils ont percé mes mains et mes pieds » (verset 17).
  • Isaïe 53, 5 : « Il a été transpercé à cause de nos péchés ».
  • Exode 12, 46 : « Vous n’en briserez aucun os ». en parlant de l’agneau sacrifié lors de la Pâque.

S’il faut en croire Matthieu (27, 45) y eut-il une éclipse solaire lors de la crucifixion, ce qui permettrait de dater l’événement : « À midi il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures » ou Marc (15, 33) ou Luc (23, 44) qui ajoute que le soleil avait disparu. Il ne faut pas prendre cette affirmation au pied de la lettre, c’est un rappel du livre de Joël  (2, 31) : «  Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant l’arrivée du jour de l’Éternel, de ce jour grand et terrible ».

Pour avoir une éclipse solaire, il faut que la lune et le soleil soient du même côté de la terre, c’est-à-dire à la nouvelle lune. Or la Pâque (15 nisan) tombe toujours à la pleine lune, les mois commençant à la nouvelle lune. A la pleine lune, la terre se trouve entre le soleil et la lune. De plus, une éclipse solaire ne dure que quelques minutes, au maximum 7 minutes et 31 secondes à la latitude de Jérusalem pour être précis. La version officielle actuelle est qu’un orage a éclaté.

Conclusion

En toute logique après ce que je viens d’écrire, la conclusion ne peut tenir qu’en une seule question : que s’est-il passé, quand Jésus est-il mort, comment est-il mort. On peut me rétorquer que Paul parle déjà de la crucifixion. Dans la première Épître aux Corinthiens écrite par Paul en 54-56, soit quinze ans avant le premier évangile, celui de Marc, on lit « Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (1Co 2, 2). Paul sait comment Jésus est mort. C’est le seul endroit de ses épîtres. Ce qui intéresse Paul, qui n’a pas connu Jésus, c’est la résurrection :  » Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures. Il a été enseveli, il est ressuscite le troisième jour, selon les écritures. » (1Co 15, 3-4). Il ne connaît pas l’histoire de Jésus, il la déduit des écritures, la Bible hébraïque, vu qu’aucun texte n’a encore été écrit sur Jésus.

Ce qui m’a toujours déconcerté dans les traductions des épîtres de Paul, c’est qu’il appelle Jésus : « Jésus-Christ« , comme si Christ était son nom de famille et qu’il parle de « l’évangile que je vous ai apporté« . Il me semble plus correct de traduire Jésus-Christ par « Jésus le Messie » et l’évangile par son sens en grec : « la bonne nouvelle« .

On peut refaire l’Histoire en supprimant du récit toute intervention des Juifs.
Jésus est arrêté alors qu’il trouble l’ordre dans le temple. Il est condamné à mort par les Romains comme menace pour la sécurité de l’empire. Il est crucifié et son corps reste pendu à la croix. Il est ensuite jeté dans une fosse commune. Le corps n’est pas récupéré par ses disciples qui déclarent qu’il a disparu, qu’il est ressuscité. C’est moins glorieux, mais plus en phase avec l’Histoire.

Le folklore

Le folklore chrétien s’est emparé de la mort de Jésus pour en faire le « chemin de croix », le jeu de la Passion qui reconstitue en une dizaine de tableaux, les stations, le jugement et la mort de Jésus. Il a son origine dans la liturgie du Vendredi saint des chrétiens de Jérusalem. Les franciscains, présents en Terre sainte depuis 1220, suivent  le rite en usage dans l’Église orthodoxe locale et le transposent progressivement dans leurs églises en Italie. C’est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d’autres églises que celles des franciscains. Aujourd’hui, beaucoup d’églises contiennent un chemin de croix sous forme de tableaux sur leurs murs.

En 1991, lors de son chemin de croix, Jean-Paul II a supprimé 5 stations sans référence bibliques (les 3 chutes de Jésus, sa rencontre avec Marie, sa mère et avec Véronique) pour les remplacer par d’autres.

En 2018, le pape François a demandé à 15 jeunes traditionalistes de 16 à 27 ans, de réécrire le jeu de la passion en 14 stations. Première constatation, « avec l’enthousiasme typique de leur âge« , nous dit le journal catholique La Croix, ils ont réintroduit les 5 stations supprimées par Jean-Paul II. Seconde constatation, la première station pointe de nouveau les Juifs comme responsables de la mort de Jésus. François n’a donc rien appris. Voici ce que dit le journal La Croix sur cette première station. Remarquons que le mot « Juif » n’est jamais cité :

De l’Évangile selon Luc (Lc 23, 22-25) : Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Je te vois, Jésus, devant le gouverneur, qui par trois fois tente de s’opposer à la volonté du peuple et à la fin, choisit de ne pas choisir, devant la foule qui, interrogée par trois fois, décide toujours contre toi. 

Vendredi 13

Vendredi 13 est-il un jour faste ou néfaste ? Même si tout cela n’est que superstition, on ne trouve pas de trace d’un événement historique qui aurait pu faire de ce jour un jour de chance. Ce sont les loteries nationales qui ont inventé ce concept pour booster leurs ventes.
Pourquoi certaines personnes croient que le vendredi 13 porte malheur ? Cette phobie s’appelle « paraskevidékatriaphobie« .

La mort de Jésus

Dans l’Évangile selon Jean, Jésus serait mort le 13 du mois de nisan, deux jours avant la Pâque juive qui est toujours célébrée le 15 de ce mois, premier mois du printemps dans le calendrier lunaire judéen. Or d’après cet évangile, le 14 était un jour de shabbat. On verra l’importance de ce fait.

Jusque là, on ne parle donc pas de vendredi. Et pour cause, les jours n’ont pas de noms dans les calendriers juifs et romains de l’époque (voir mon article sur les calendriers). Il faudra attendre près de 300 ans pour que les Romains adoptent la semaine de 7 jours et placent ceux-ci sous la protection des « planètes » qu’ils connaissent (la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil). Comme le jour du shabbat pour les Juifs devient le samedi, le 13 nisan, jour de la crucifixion de Jésus était donc un vendredi.

Mais on ignore si ce lien a été fait et à quelle époque. Il semble donc que la phobie ne soit pas liée à cet événement d’autant plus que les autres évangiles placent la crucifixion le 14 nisan, juste avant la fête de la Pâque juive.

L’arrestation des templiers

Le vendredi 13 octobre 1307, tous les baillis de France ouvrent une lettre envoyée par le roi Philippe IV le Bel ordonnant l’arrestation des Templiers sur base de dénonciations faisant d’eux des hérétiques, des sodomites, des magiciens. Les historiens discutent toujours de la véracité de ces accusations qui semblent pour le moins invraisemblables. Mais alors, pourquoi ces arrestations d’autant plus que la veille, le roi de France et le Grand maître des Templiers, Jacques de Molay, assistaient côte à côte aux obsèques de la belle-sœur du roi. Le Grand maître n’ignorait pas qu’une enquête était en cours contre son ordre.

Les Templiers (et les Hospitaliers) sont des moines guerriers qui ont combattu en Palestine jusqu’à la prise de leur dernière place forte, Saint-Jean d’Acre, par les Mamelouks d’Egypte, en 1291. Suite à cette défaite, ils se sont repliés vers leurs bases européens. En France, leur chef-lieu est l’enclos du Temple, à Paris. Cette citadelle a aujourd’hui entièrement disparu, seuls les noms des rues rappellent son emplacement : rue du Temple et rue de Blancs Manteaux, dans le quartier du Marais (3e et 4e arrondissements)

Enclos du Temple

Les Templiers sont très riches surtout en domaines qui échappent aux taxes royales car le Temple est un véritable Etat dans l’Etat : les Templiers n’ont de compte à rendre qu’au pape. Philippe le Bel a probablement voulu faire d’une pierre deux coups : se débarrasser de ces guerriers indépendants et faire main basse sur leurs biens pour renflouer ses finances toujours mal en point. Il avait déjà spolié et expulsé les Juifs et les Lombards qui lui avaient prêté de l’argent. Il avait aussi procédé à des dévaluations.

Mais qui aurait eu l’idée d’associer l’arrestation des Templiers à un jour maudit ? Il semble que cette idée ne remonte qu’au XXe siècle.

13 un nombre particulier

Le nombre 13 suit le nombre 12 symbolisant l’accomplissement : il y a 12 constellations, 12 mois, 12 heures dans la journée et dans la nuit, les Grecs honoraient 12 dieux principaux. Douze est divisible par 2, 3, 4 et 6, alors que 13 est un nombre premier. Ce nombre est source de déséquilibre, d’anéantissement. Les chrétiens l’associent au dernier repas de Jésus auquel assistaient 13 personnes, dont Judas qui l’aurait trahi. Et dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), ce repas a lieu le jour précédent la crucifixion, soit le 13 du mois de nisan.
Mais ici, pas de trace du vendredi. Il se pourrait que l’association ait été faite après le concile de Nicée (voir mon article sur la nature de Jésus) où le jour de Pâques, célébrant la résurrection de Jésus, fut fixé au dimanche suivant la Pâque juive, soit le premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Dès lors, le jour de la crucifixion tombait un vendredi. Vendredi et 13 étaient ainsi reliés… par deux événements différents, mais proches.

Comme on le voit, il faut beaucoup gratter pour trouver l’origine de cette superstition essentiellement liée à la culture chrétienne.

La nature de Jésus

Aussi curieux que cela puisse paraître, il a fallu plus de trois cents ans pour que la nature de Jésus soient définie, les évangiles étant restés très vague à ce sujet, leurs auteurs faisant même dire à Jésus : « Qui croyez-vous que je suis ? » Dans Matthieu (16, 13-21) c’est le fils de Dieu ; pour Marc (8, 27-31) c’est le messie (le Christ) et pour Luc (9, 16-21) c’est le messie de Dieu (le Christ de Dieu).

Aux premiers temps du christianisme

Les premiers chrétiens avaient des idées différentes sur la nature de Jésus, mais tous croyaient qu’il était le « sauveur ». Suivant les communautés, il était l’annonceur du Jugement dernier, un prophète, un maître, le messie attendu par les juifs pour libérer le pays des envahisseurs étrangers, un homme adopté par Dieu ou le fils de Dieu, celui qui représente Dieu, qui le fait connaître.

Vers 140, Marcion a fait scandale en présentant Jésus comme un être céleste matérialisé sur terre sous l’apparence d’un homme de trente ans. Deux évangiles ont alors mis en scène la naissance de Jésus car le messie devait être un homme, né à Bethléem descendant du roi David. Mais la suite allait être encore plus surprenante.

Le concile de Nicée contre Arius (325)

En 312, l’empereur Constantin met fin à une nième guerre civile et s’empare du pourvoir dans la partie occidentale de l’Empire romain. L’année suivante son beau-frère Licinius fait de même en Orient. En avril 313, les deux empereurs, réunis à Milan, promulguent un édit de tolérance dans le but de rétablir la paix sociale dans l’empire (voir les 3 articles sur les martyrs). Cet édit nous est connu par deux auteurs chrétiens : Lactance et Eusèbe de Césarée qui nous ont livré deux versions différentes dans la forme mais identiques sur le fond :

« Etant heureusement réuni à Milan, moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, ayant en vue tout ce qui intéresse l’unité et la sécurité publiques, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celle qui concerne le respect dû à la divinité et ainsi donner [aux chrétiens, comme] à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité »

Les chrétiens, qui représentaient 5 à 10% de la population de l’Empire, sont donc libres d’exercer leur culte mais aussi de débattre sur la place publique de leurs différences. Ce qui va à l’encontre du but recherché par Constantin : la paix sociale. Il décide donc, après avoir éliminé Licinius et s’être proclamé seul empereur, de régler les différents entre les diverses sectes chrétiennes. Il convoque les évêques à Nicée en 325 (en Bithynie, dans le nord-ouest de la Turquie actuelle). C’est le premier concile œcuménique, c’est-à-dire ouvert à tous les évêques. Constantin, qui n’est pas baptisé, donc pas chrétien, préside le concile qui rassemble de 280 à 325 évêques suivant les sources. Ce grand nombre est une preuve supplémentaire que le christianisme se développait au grand jour dans l’Empire romain. Constantin reste grand pontife, c’est-à-dire qu’il préside toutes les cérémonies religieuses (païennes) de Rome. Pendant deux mois, les évêques conviés vont essayer, en vain, de concilier leurs points de vue. Pour les uns, il y a trois personnes en Dieu, dont Jésus, pour les autres, Dieu est unique, il a créé Jésus, qui lui est donc subordonné, c’est la thèse d’un certain Arius. Après bien des discussions, quatorze évêques restent fidèles à la conception d’Arius. Ils sont exclus, excommuniés, privés de leur évêché et exilés. Le concile accouche d’un credo pour tous les chrétiens (respirez profondément, lecture aride) :

« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c’est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non créé, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné et s’est fait homme ; a souffert et est mort crucifié sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Et nous croyons au Saint-Esprit. »

« Pour ceux qui disent : « Il fut un temps où Jésus-Christ n’était pas » et « Avant de naître, il n’était pas », et « Il a été créé à partir du néant », ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d’une autre substance ou d’une autre essence, ou qu’il est créé ou soumis au changement ou à l’altération, l’Église catholique et apostolique les anathématise. »

Voilà qui est très clair (?). Enfin pas tout à fait ! Qu’est-ce qu’engendré et non créé ? Essayons de comprendre par une métaphore. Si Dieu le père était une goutte d’eau, Jésus-Christ (le fils) se serait formé à partir de celle-ci.

Ce tableau de représente pas du tout le dogme de la Trinité. Dieu est UN.

On peut penser que même Constantin n’avait rien compris à ce texte puisqu’il a rappelé Arius et, sur son lit de mort, en 337, il s’est fait baptiser par Eusèbe de Nicomédie, un évêque arien. Pendant 50 ans la querelle perdurera, les empereurs qui se succèdent seront en majorité ariens.

Le concile de Constantinople (381)

Il faudra attendre l’empereur Théodose et le concile de Constantinople en 381 pour que le credo de Nicée soit confirmé et l’arianisme de nouveau condamné. Il faut dire que pour participer à ce concile, il fallait réciter le credo… tous les opposants ont ainsi été écartés. C’est lors de ce concile que le concept de trinité a été érigé en dogme : le Saint-Esprit devenant la troisième personne en Dieu, de même substance, sur le même pied que Dieu le père et Dieu le fils. Cette idée avait déjà été formulée par Tertullien au début du IIIe siècle.

Entre temps, un évêque arien, Wulfila, est allé convertir les Barbares vivant au nord du Danube. Et lorsqu’au début du Ve siècle, les tribus de Germains passent le Rhin et s’installent en Gaule, puis en Espagne et en Italie, l’arianisme devient la religion principale dans la partie occidentale de l’Empire. Les Wisigoths, les Ostrogoths et les Vandales créent des évêchés ariens qui remplacent ou cohabitent avec les évêchés catholiques romains. Mais c’est une autre histoire.

Le concile d’Ephèse (431)

L’Eglise doit régler un autre problème. Nestorius, le patriarche de Constantinople, le second personnage de la chrétieneté, s’oppose à l’appellation de « mère de Dieu » donnée à Marie (theotokos : qui a engendré Dieu). En toute logique, Dieu ne peut pas avoir une mère… née avant lui, il préfère donc l’appeler « mère du Christ« . Scandale. Il dissocie Dieu et le Christ, Jésus-Christ serait deux personnes distinctes. Sous l’impulsion de Cyrille, le patriarche d’Alexandrie, un concile est convoqué par l’empereur Théodose II à Éphèse en 431. Ce patriarche est ce qu’on peut appeler un être malfaisant. Grand persécuteur des hérétiques, des juifs et des philosophes, il n’a pas hésité à faire mettre à mort, par ses hommes de mains, la mathématicienne et astronome Hypatie en 415. On lui attribue également l’incendie de la prestigieuse bibliothèque d’Alexandrie. On ne prête qu’aux riches ! Mais rien ne corrobore cette version. La disparition de cette bibliothèque reste une énigme. Mais je parierais bien 5 euro sur Cyrille.

Ce concile tourne au vaudeville. En fonction de l’arrivée des évêques, échelonnée dans le temps en raison des distances à parcourir, Nestorius est condamné ou blanchi. Un temps enfermés ensemble par l’empereur afin d’arriver à un consensus, Nestorius et Cyrille, n’arrivent pas à s’entendre. Le concile reprend sans les partisans de Nestorius qui est démis de ses fonctions et exilé. Il mourra en Egypte. Le concile accouche d’une déclaration :

« Jésus-Christ, né du Père selon la divinité, le même est né de la Vierge Marie selon l’humanité. Homme et Dieu, Jésus est un depuis sa conception (principe d’unité) et ne peut être divisé. »

Les partisans de Nestorius quittent l’Empire romain et se dirigent vers l’est, où ils convertiront non seulement des Perses mais également des Mongols. Des prêtes nestoriens faisaient partie de la cour de Gengis Khan.

Le concile de Chalcédoine (451)

On n’en a pas fini avec la nature de Jésus.
Jésus est donc « Dieu le fils », la deuxième personne en Dieu. Attention, on ne peut pas dire Jésus = Dieu sous peine d’excommunication. Mais il est également « homme ». Et durant son ministère sur terre, il n’a pas l’air d’être conscient de sa nature divine si on s’en réfère aux évangiles. Il ignore quand se produira la fin du monde, Dieu seul le sait, aurait-il dit. Lors de la crucifixion, il se plaint d’avoir été abandonné par Dieu. Puis, il monte aux cieux, à la droite du Père. Drôle d’endroit s’ils ne font qu’UN. De plus quand Jésus (re)devient-il dieu ? A sa naissance, lors de son baptême par Jean ou à sa mort. Et voici la chrétieneté de nouveau divisée.

Un nouveau concile est convoqué par l’empereur Marcien et sa femme Pulchérie, dans la ville de Chalcédoine, aujourd’hui englobée dans la partie asiatique d’Istanbul. Plus de 300 évêques répondent à l’invitation mais seuls quatre d’entre eux viennent de la partie occidentale de l’Empire (Italie, Gaule, Espagne, et Afrique du nord). Ils ont accompagné le pape Léon Ier. La question débattue est de savoir si la nature divine a absorbé la nature humaine de Jésus et quand.

C’est le point de vue de Léon qui sera adopté… en échange de la reconnaissance de l’égalité des droits des sièges épiscopaux de Rome et de Constantinople, résidence de l’empereur. Les dispositions prises aux conciles de Nicée et de Constantinople sont confirmées. La précision sur la nature de Jésus stipule :

« Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union (dieu-homme NDLR), la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne« … « tout le reste n’est que fable » (???). Donc, Jésus est UN, dieu et homme, avec deux natures distinctes (sans confusion), deux volontés.

« Nous enseignons unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme composé d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’humanité.« 

Représentation de la Trinité. Une branche devrait sortir du fils pour aller vers l’Homme.
Conclusion

Qu’on y croit ou pas, les traditions juive et musulmane rapportent que les prophètes (Noé, Moïse, Mahomet) ont reçu un enseignement de Dieu et ont fondé une religion sur ces bases. Il en va tout autrement pour le christianisme. Jésus (selon les évangiles) n’a pas voulu créer une nouvelle religion, il était juif et s’adressait à ses coreligionnaires. Il ne venait pas abroger la loi, mais l’accomplir (Mt. 5, 17-18).

Dans le christianisme, le dogme a été conçu et imposé par des hommes ordinaires au cours de conciles comme on vient de le voir. Ces hommes (les évêques), à force de discussions, de compromis, de compromissions, d’exclusions, d’arrangements ont élaboré le dogme qui est toujours celui des religions catholique, orthodoxe, évangéliste et protestante. Certains diront que lors des conciles, les évêques reçoivent l’inspiration divine, comme lors de l’élection d’un pape. Personnellement, il me semble que les ambitions personnelles prennent souvent le pas sur l’inspiration divine, mais admettons. Dans ce cas, le dogme serait venu après la religion, au contraire du judaïsme et de l’islam ou la religion a été précédée des révélations (mythiques ou réelles).

Les conclusions des conciles sont des exercices de style, des développements philosophiques qui échappent au commun des mortels fussent-ils chrétiens. A la fin du Ve siècle, l’empereur d’Orient, Zénon cherche un compromis avec les Ostrogoths ariens qui occupent Rome : « Honorons Dieu et passons sous silence la nature de Jésus, ainsi l’unité pourra être rétablie entre les chrétiens« . Voilà qui est sage, mais l’évêque de Rome refuse : un dernier bastion catholique résiste toujours dans la partie occidentale de l’empire.

Les conciles n’ont pas tout réglé, la nature de Jésus fait toujours débat et permet des questionnements jugés scabreux dont voici quelques exemples… à méditer.
Jésus, doté de deux natures, de deux volontés souffrait-il de troubles bipolaires ?
Jésus est-t-il resté humain après son séjour sur terre ? La réponse est OUI, il était humain avant, pendant et après son ministère car le concile de Nicée spécifie bien que Jésus n’est pas soumis au changement ni à l’altération. Donc, il était humain avant sa naissance en tant qu’homme !
Si Jésus est doté d’une âme (concile de Chacédoine), donc Dieu est doté d’une âme. A quoi lui sert-elle ?
Si Jésus a deux volontés, les autres personnes en Dieu (le Père et le Saint Esprit) sont également pourvus d’une volonté. Donc Dieu a quatre volontés. Comment s’accordent-elles ? Est-ce la raison de la complexité du comportement de Dieu dans la Bible hébraïque : tantôt aimant et prévenant pour son peuple, tantôt jaloux, tantôt cruel, tantôt absent.
Une dernière question, si Dieu le Père a engendré le Fils, qui a créé/engendré le Père ? C’est une question récurrente.

Les religions sont « inventées » par des hommes qui interprètent des textes obscurs. Les voies du seigneur sont impénétrables et les hommes ne sont pas suffisamment intelligents pour appréhender le concept de Dieu. Il suffit de contempler l’immensité du cosmos pour se sentir bien ignorant. Notre univers a-t-il été créé ou engendré ? Un concile devrait se pencher sur cette question (très sérieuse).

Ceci n’est pas l’œil de Dieu, mais la nébuleuse de l’Hélice, un amas de gaz et de poussières d’étoile.