1991 : le bal des dupes

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent leur petit voisin du sud, le Koweït. Saddam Hussein, le président de l’Irak, invoque trois prétextes :

  • Le surproduction du Koweït et des Emirats arabes a fait chuté le cours du pétrole de 19 à 10 $ le baril, faisant perdre 7 milliards de dollars par an à l’Irak.
  • L’Irak accuse le Koweït de creuser de nouveaux puits en oblique sous sa frontière.
  • Enfin, l’Irak considère le Koweït comme une province détachée de l’Irak par la Grande Bretagne en 1922.

Mais la vraie raison est ailleurs. La guerre meurtrière qui a opposé l’Irak à l’Iran vient de se terminer sans vainqueur. Guerre durant laquelle les Etats-Unis ont livré des missiles et des armes chimiques à l’Irak. L’Irak est exsangue et les pays qui ont financé la guerre réclame le paiement des dettes. Le Koweït a prêté 15 milliards de dollars à l’Irak, l’Arabie saoudite 45 milliards.

L’invasion a chassé l’émir du Koweït, cheikh Jaber Al-Ahmad, vers les Etats-Unis qui l’accueillent à bras ouverts bien qu’ils aient soutenu Saddam Hussein durant sa guerre contre l’Iran. Pour sa part, l’Arabie saoudite s’inquiète. La CIA lui a fait parvenir des photos d’une incursion des troupes irakiennes sur son territoire, photos qui ne seront jamais publiées. Fake news. L’Arabie demande l’aide des Etats-Unis. Après d’âpres discussions plus de 100.000 militaires américains sont déployés dans le nord de l’Arabie. C’est l’opération Bouclier du désert.

Cette installation des Américains va avoir des conséquences aussi énormes qu’inattendues. Un certain Oussama Ben Laden, dont la famille est très proche du pouvoir saoudien et qui a fait ses preuves militaires en Afghanistan avec le soutien des Américains, propose au roi Fadh d’utiliser sa milice pour défendre le pays contre les Irakiens. A la suite du refus du roi, il l’accuse de corruption et d’autoriser des infidèles à souiller le sol sacré de l’Arabie saoudite. Son passeport saoudien lui est retiré… l’histoire d’Al-Qaïda est en marche.

Aux Etats-Unis la propagande anti Saddam Hussein s’organise. De héros, il devient un monstre, un autre Hitler qui projette d’envahir tous ses voisins. Une ING se constitue : « Citizens for free Koweit » . L’émir Jaber loue les services de l’agence de communication Hill and Knowlton pour un montant de 12 millions de dollars (de l’époque). Cette agence fournit des films de propagande aux médias, elle analyse les réactions de la population américaine par une série de questions faisant appel à sa sensibilité. Enfin, elle tient son sujet. Le 14 octobre 1990, une toute jeune fille Nayirah, présentée par les médias comme une infirmière, dévoile l’innommable devant une commission du sénat américain : des soldats irakiens ont fait irruption dans une maternité de Koweït City et ont embarqué les couveuses pour les transporter en Irak, jetant au sol les nouveaux-nés. Elle est en pleurs : 22 bébés ont été assassinés.

Nayirah devant la commission du sénat américain

Amnesty International surenchérira, ce n’est pas 22 bébés mais 74 ! Nayirah continue : « Les Irakiens ont tout détruit au Koweït. Ils ont vidé les supermarchés de nourriture, les pharmacies de médicaments, les usines de matériel médical, ils ont cambriolé les maisons et torturé des voisins et des amis. J’ai vu un de mes amis après qu’il ait été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on aurait dit un vieillard. Les Irakiens lui avaient plongé la tête dans un bassin, jusqu’à ce qu’il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps. Il a beaucoup de chance d’avoir survécu. »

Mme Thatcher enjoint George Bush d’intervenir. Le Conseil de sécurité de l’ONU est convoqué. Un pédiatre koweïtien vient témoigner : il a vu la tombe de 122 enfants tués dans les maternités. La résolution 678 du 29 novembre 1990 adresse un ultimatum à l’Irak, qui a jusqu’au 15 janvier 1991 pour évacuer le Koweït, sous peine d’intervention militaire

Le 12 janvier 1991, le Sénat américain vote l’intervention militaire par 52 oui contre 47 non. Le 17, le journaliste Alexander Cockburn dénonce la supercherie dans un article : il y aurait 122 couveuses à Koweït City alors que le plus grand hôpital de Los Angeles n’en compte que 13. Mais c’est trop tard, la guerre est déclarée : c’est l’opération Tempête du désert. Trente quatre nations vont s’attaquer à l’Irak. La guerre durera 5 semaines.

Epilogue

La plupart des infrastructures de l’Irak ont été détruites. Le montant des réparations est estimé à 500 milliards de dollar. On estime à 150.000 le nombre d’Irakiens qui ont perdu la vie.

Le dernier convoi irakien, militaire et civil, à quitter le Koweït a été pulvérisé par l’aviation américaine.

732 puits de pétrole koweïtiens ont été incendiés et 20 millions de tonnes de pétrole déversés sur le sol.

La guerre a coûté aux alliés plus de 100 milliards de dollars, surtout financés par l’Arabie saoudite..

Le journaliste John Martin de la chaîne ABC a retrouve le médecin qui a témoigné à l’ONU. Ce n’est pas un pédiatre, mais un dentiste et il ne souvient plus où les enfants ont été enterrés. Un autre journaliste, Andrew Whitley a enquêté dans les 3 hôpitaux de Koweït City : les couveuses étaient bien en place et aucun enfant n’avait été tué par les soldats irakiens. Mais tant les infirmières que les médecins étaient convaincus que si leur maternité avait été épargnée, ça s’était bien passée dans les autres.

John Mac Arthur du magazine Harper’s a identifié l’héroïne de l’histoire, Nayirah. Elle s’appelle Nayirah Al-Sabah, c’est la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, membre de la famille royale.

L’opinion publique est prête, les organismes de communication ont bien rôdé leur discours, les politiciens sont toujours aussi naïfs. Tout est prêt pour le deuxième acte : les armes de destruction massives.

Inspiré par le documentaire 1991, première guerre du Golfe de Bénédicte Delfaut

Elections législatives 2018 en Irak

La presse ne nous épargne aucun attentat en Irak, mais oublie de nous parler des élections qui se sont déroulée le 12 mai 2018 afin d’élire les 329 membres du Conseil des représentants (le parlement). Il a fallu attendre le mois d’août pour connaître les résultats. S’en suivi de longues discussions pour former un gouvernement.

Actuellement, l’Irak est une république fédérale dans laquelle les territoires kurdes du nord jouissent d’une grande autonomie. Chaque entité fédérée obtient un nombre de représentants proportionnel à sa population. neuf sièges sont réservés aux minorités religieuses dont cinq  pour les chrétiens. Les femmes ont droit à 25% des sièges. Comme au Liban, le pouvoir est partagé entre un président kurde, un premier ministre chiite (Haïder al-Abadi) qui détient le pouvoir réel et un président du parlement sunnite.

Pas moins de 35 partis se présentaient au suffrage des électeurs qui ne se sont pas déplacés en masse : moins de 50%.

La victoire (relative) est revenue à la coalition « En marche (vers les réformes) ». Plus que la victoire, c’est la composition de ce parti qui est importante. Il a été fondé par Moqtada Sadr qui s’est allié au parti communiste !

Moqtada Sadr ne nous est pas inconnu. Il est issu d’une lignée de dirigeants religieux, mais surtout, il était à la tête du l’armée du Mahdi qui a mené une guérilla sanglante contre les troupes américaines en 2004 et 2006. Bien que chiite, il a pris ses distances envers l’Iran, souhaitant une indépendance totale de l’Irak. Il a même pris récemment des contacts avec l’Arabie saoudite sunnite.

Malheureusement vu la grande fragmentation de l’électorat, c’est une coalition de cinq partis, tous chiites, qui va gouverner le pays pour les quatre ans à venir. A eux cinq, ils ont à peine la majorité, 166 sièges sur 329. Le premier ministre (Haïder al-Abadi) a été reconduit dans ses fonctions.

L’indépendance n’est pas encore acquise, l’Iran et les Etats-Unis ont fortement influencé la formation du gouvernement.