Le Dôme du Rocher

Un voile de mystère entoure cet édifice parmi les plus photographiés au monde.
Qui l’a construit et quand ? Cette question peut paraître saugrenue dès lors que j’ai affirmé dans un article précédent qu’il était l’oeuvre du calife Abd al-Malik (685-705). Et pourtant un doute subsiste.
Quel est ce rocher que protège la coupole ?
Pourquoi a-t-il été construit ?
Quel était son aspect originel ?

Le Dôme du Rocher avec à l’arrière plan la coupole de la mosquée al-Aqsa.

Comme chacun le sait le Dôme du Rocher est situé à Jérusalem, sur l’Esplanade des Mosquées pour les musulmans, sur le Mont du Temple pour les juifs. Bien qu’étant à Jérusalem, l’esplanade est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. Ainsi, sans précaution archéologique, en 1999, le WAQF a déplacé 400 camions de déblais pour rénover la mosquée Marwan qui se trouve sous la mosquée al-Aqsa et les a versé dans la vallée du Cédron. Cinq ans plus tard, des archéologues ont entrepris des fouilles de sauvetage en analysant ces déblais. Des milliers d’objets retraçant l’histoire mouvementée du site ont ainsi pu être récupérés.
Depuis 1998, les visites du Dôme ont été « suspendues ».


Mosquée Marwan aussi appelée (à tort) les écuries du roi Salomon

Qui a construit le Dôme du Rocher ?

Les inscriptions sur les arcades ne laissent aucun doute, la date de l’inauguration est indiquée : 72. Cette année de l’ère musulmane correspond à 691/692 de notre ère, soit durant le règne d’Abd al-Malik. Alors pourquoi douter ? L’inscription porte également le nom du calife bâtisseur : al-Mamun (786-833). Que vient faire ce calife en 72 ? Si on considère comme date de départ du calendrier non pas la date de l’Hégire, mais la prise de pouvoir de la dynastie des Abbassides dont fait partie al-Mamun, on obtient 72 + 750 = 822… juste sous le règne de ce calife ! Mystère ? Non, usurpation, car sur l’inscription de la porte est (dont je parle plus bas), le même calife, al-Mamun, a fait graver la date de 216, soit 831/832 de notre ère.

Aucun pèlerin chrétien ayant visité Jérusalem ne mentionne le Dôme du Rocher donc ne permet de dater effectivement l’édifice. Néanmoins, on attribue sa construction à Abd al-Malik. Son fils Walid a fait construire la Mosquée al-Aqsa sur la même esplanade. Elle se situe sur le côté sud. Si le Dôme n’avait pas existé, il aurait centré la mosquée. De plus, depuis l’occupation de Jérusalem (Aélia à l’époque) par les Arabes en 638, l’édification d’un « temple » était projetée. Théodore, un contemporain de l’événement s’offusque que l’archidiacre Jean, marbrier de son état, se soit enrôlé pour la construction. En 670, un évêque franc, Arculfe, y voit lors d’un pèlerinage un édifice fait de planches et de poutres. A-t-il vu les échafaudages précédant la construction ?

Quelle est l’origine du Rocher ?

La signification de ce rocher a évolué au fil du temps. Au départ, il semble avoir été le rocher sur lequel Dieu s’est reposé avant de remonter au ciel. Ensuite, il fut la pierre sur laquelle Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils Ibrahim, pour les musulmans, … ou Isaac, pour les juifs.


Le rocher à l’intérieur du Dôme

Les juifs ont emboîté le pas aux musulmans en changeant leurs traditions :

  • Ainsi, le rocher est devenu le « rocher de la fondation » qui se trouvait sous le saint des saints dans le temple… alors que ni les textes anciens, ni la Bible n’en parlent.
  • Et le mont sur lequel l’esplanade a été construite a été rebaptisé « Mont Moriah » car dans la Bible, c’est sur ce mont qu’Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice… alors qu’à l’origine, ce mont s’appelait le Mont Sion, mentionné plusieurs fois dans la Bible. Ainsi dans le psaume 74 : « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence ! » . Le mont Sion a été « déplacé » vers une autre colline de Jérusalem !

Au IX° siècle, le rocher prend une tout autre signification : c’est l’endroit où Mahomet pris appui pour monter au ciel lors de sa visite nocturne à Jérusalem. La Sira nous conte cet événement : alors qu’il habitait La Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui l’emmena la nuit vers Jérusalem sur le dos d’un animal fabuleux, Buraq, cheval à tête de femme, sorti tout droit de la mythologie perse. Cette légende a pour origine le verset 1 de la sourate 17 : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer nos merveilles. » Ce verset ne parle ni de Mahomet, ni de Buraq, ni de l’ange Gabriel pas plus que de La Mecque ou de Jérusalem. On remarquera que la mosquée construite à Jérusalem s’appelle « Mosquée al-Aqsa » qui en arabe signifie « Mosquée éloignée »… le tour est joué !

Mais d’où vient cet amas rocheux ? Pour élucider le mystère, il nous faut remonter dans le temps.

Vers 515 avant notre ère, les Judéens, revenus d’exil de Babylone avec le consentement des Perses qui ont vaincu les Babyloniens (Chaldéens), construisent un temple à Jérusalem. En 63 avant notre ère, le général romain Pompée est à Jérusalem. Il est venu aider le protégé de Rome à conquérir le trône de Judée. Il pense que les juifs vénèrent une tête d’âne. Pour en avoir le cœur net, il profane le temple et dans le saint du saint, ne trouve rien. Il est vide. S’il avait vu un amas rocheux, il aurait pensé que les juifs vénéraient une pierre, comme les bédouins arabes qui se déplaçaient avec une pierre symbolisant la présence de leur dieu. Mais rien !

En l’an 19 avant notre ère, un autre protégé de Rome, le roi Hérode le Grand, entreprend de bâtir le plus grand temple de l’empire romain. Plus par vanité que par ferveur religieuse. Le temple reposera sur une plateforme de 480 mètres sur 280 construite sur le mont Sion (le mont du Temple). Les travaux dureront 82 ans. Soit dit en passant, si Jésus a été au temple à Jérusalem, il n’a pu le voir qu’en construction, celle-ci s’est achevée en 63 de notre ère… mais le service religieux n’avait jamais été interrompu. Dans le temple d’Hérode, toujours pas d’amas rocheux, mais une esplanade parfaitement plane.

Ce temple n’a pas fait la gloire de la Judée très longtemps. Suite à une révolte des Judéens, il est détruit par le futur empereur romain Titus en 70.
En 133-135, l’Histoire se répète, nouvelle révolte, nouvelles destructions. Mais cette fois, l’empereur Hadrien rase la ville et construit une ville romaine qu’il appellera Aelia Capitolina. Aelius est son nom de famille et il place la ville sous la protection de Jupiter Capitolin en lui consacrant un temple qu’il fait bâtit sur l’esplanade probablement avec les matériaux du temple juif. Le temple est consacré à Jupiter, Junon et Minerve. On ne voit pas pourquoi les Romains auraient laissé un amas rocheux dans leur temple.

Emplacement du temple de Jupiter projeté sur l’esplanade actuelle.

Au IV° siècle de notre ère, des fanatiques chrétiens détruisent le temple. Lors de l’arrivée des Arabes à Jérusalem, l’esplanade est considérée comme un dépotoir, c’est ce que nous disent Théodore, un contemporain, ainsi que les chroniqueurs musulmans : Tabari (IX°s) (« Dieu a envoyé un prophète sur la décharge publique… ») et al-Bahri (XI°s) (« A cette époque, c’était une décharge publique »).

Que peut-on déduire de l’origine de ce « rocher » ? Il est très probable que ce soit les ruines du temple romain, lui-même construit avec les restes du temple juif.

Pourquoi l’édifice a-t-il été construit ?

On n’a pas de document d’époque décrivant l’usage de cet édifice. On sait que ce n’est par une mosquée : une grotte a été creusée sous le bâtiment pour servir de lieu de prière. Mais cette grotte n’est pas d’origine. Au X° siècle, un auteur musulman, al-Yaqubi prétend que le Dôme du Rocher devait remplacer la Kaaba à La Mecque comme lieu de pèlerinage, car à cette époque, La Mecque était aux mains de l’anti-calife al-Zubayr.

C’était très probablement un lieu de pèlerinage, mais pas comme celui de La Mecque, avec un cérémonial bien défini, mais un lieu de pèlerinage comme le Saint Sépulcre que les chrétiens visitent en se recueillant. Il faut se replacer dans le temps. L’islam n’est pas encore la religion formatée et rigide qu’elle deviendra à partir de la seconde moitié du IX° siècle : les hadiths (les paroles du Prophète) n’existent pas, pas plus que la charia et les cinq piliers de l’islam. C’est une religion en devenir, qui se cherche. C’est la religion d’Abraham, qui a donné naissance au judaïsme et au christianisme, mais quelle forme lui donner… elle n’a pas de clergé. A ce moment de l’histoire, cette nouvelle religion aurait pu prendre le même chemin que le mormonisme qui est devenu l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, née en 1830. C’est une religion, basée sur la Bible, révélée par le livre d’un prophète : Mormon (personnage mythique ayant vécu de 311 à 385… aux Etats-Unis).

Le pèlerinage à La Mecque qui attire des centaines de milliers de musulmans est un phénomène très récent qui date de la prise de pouvoir de la famille Séoud conseillée par les religieux wahhabites vers 1930. A cette époque on ne dénombrait que 50.000 pèlerins par an. C’est le voyage par avion qui a drainé les foules.

La Mecque est probablement un lieu de pèlerinage très ancien, fréquenté par les bédouins qui venaient implorer leurs dieux leur réclamant de l’eau. A La Mecque ? Cette cuvette aride ! A certaines périodes, des pluies torrentielles dans les montagnes environnantes inondent la cuvette. En 1630, la Kaaba fut emportée par les flots. Encore aujourd’hui, les pèlerins doivent dévaler en courant la colline d’Arafa vers la plaine de Mina pour simuler le flux des eaux. La dernière inondation date de 2014. En 2018, une tempête perturba le pèlerinage, le voile couvrant l’édifice s’envola. Vu les travaux d’infrastructure, les inondations sont de plus en plus fréquentes malgré les aménagements et le drainage.

Inondations de 1941

La Kaaba est donc un édifice pré-islamique qui servait probablement à entreposer les bétyles symboliques des bédouins. La Sira ne rapporte-t-elle pas que Mahomet y détruisit 360 idoles ?

En conséquence, le Dôme du Rocher n’est pas un édifice à la gloire de l’islam, mais est destiné aux chrétiens « orthodoxes » pour leur montrer leurs erreurs. Le dogme du christianisme actuel dit nicéen ou chalcédonien a été défini aux conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (451) : il n’y a qu’un seul dieu, mais il y a trois personnes en Dieu de même « substance » et qui n’ont pas été créés : le Père, le Fils et le Saint-esprit. Une de ces personnes, Jésus (le fils) a deux natures, l’une divine et l’autre humaine, chaque nature a sa propre volonté. Les Arabes de Syrie s’opposaient à ces arguties byzantines. Les inscriptions originelles du Dôme le prouvent. Voici la traduction de toutes ces inscriptions. Notez que rien n’est typiquement musulman dans ces textes, sauf la mention du prophète Mahomet, mis sur le même pied que Jésus.

Sur la face interne des arcades (face au rocher) sur 240 mètres :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui appartient la souveraineté et à lui la louange. Il donne la vie et donne la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez des bénédictions sur lui et saluez-le dignement. Que dieu le bénisse et que la paix soit sur lui. O gens du livre, n’exagère pas ta religion, ne dit rien sur Dieu sauf la vérité. Le Messie Jésus (ou Jésus-Christ), fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu, c’était sa parole qu’il a transmise par Marie et son esprit. Alors, croyez en Dieu et en ses messagers, et ne dites pas TROIS. Cessez, c’est mieux pour vous. Loin de sa transcendance d’avoir un fils, il a tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu se suffit. Jésus se contente d’être un serviteur de Dieu, comme les anges. Oh mon Dieu, bénis ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie. La paix soit sur lui, le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour où il ressuscitera. Tel était Jésus, fils de Marie, la vérité dont ils doutent. Il ne convient pas de donner à Dieu un fils. Gloire à lui. Dieu est mon seigneur et ton seigneur, alors sers-le.
Remarques : pour les musulmans, contrairement au texte, Jésus n’est pas mort, il est monté directement au ciel d’où il reviendra pour le jugement dernier. L’inscription parle du Messie Jésus, alors que pour les musulmans, il n’en est pas un. Est-ce une mauvaise traduction de Jésus-Christ ?
Le texte comporte des signes diacritiques ce qui prouve que la langue arabe était finalisée à la fin du VII° siècle.

Sur la face externe des arcades :
(1) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Il est Dieu, UN, l’éternel, il n’a pas été engendré, il n’a pas engendré. Il est incomparable. Mahomet est le message de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur lui. (2) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez sa bénédiction et saluez-le dignement. (3) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Louange à Dieu qui n’a pas de fils, ni de partenaire, ni de protecteur. Louez-le avec magnificence. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse ainsi que les anges et les prophètes. Que la paix soit sur lui, que Dieu ait pitié de nous. (4) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui la souveraineté et les louanges. Il donne la vie et la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Qu’il intercède lors du jugement dernier pour son peuple. (5) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Le dôme a été construit par le serviteur de Dieu (= Abdullah) al-Mamun, commandeur des croyants, en l’an 72. Que Dieu l’accepte de lui et en soit content. Amen, Seigneur des mondes, Dieu soit loué.
Remarques : c’est volontairement que le même texte se répète plusieurs fois, car si les inscriptions intérieures se voient en un coup d’œil, celles des arcades extérieures ne sont visibles qu’au fur et à mesure que l’on se déplace dans le déambulatoire. Comme il y a plusieurs portes d’entrée, on ne sait pas où commence le texte.
L’arabe s’écrit de droite à gauche, sauf les nombres. 72 n’est pas écrit 27.

Inscriptions de l’entrée est

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée est :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant. Louange au vrai Dieu, le vivant, l’éternel, maître des cieux et de la terre, lumière des cieux et de la terre, pilier des cieux et de la terre, l’UN, l’éternel. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Personne ne peut se comparer à sa gloire. Dieu donne la vie à qui il veux, il la retire s’il veut. Gloire à Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Bénis Mahomet ton serviteur, ton prophète, accepte qu’il intercède en faveur de ton peuple, qu’il soit béni et que la paix soit sur lui. Que Dieu préserve la vie d’Abdullah al-Mamun, commandeur des croyants, frère du commandeur des croyants Abu Ishaq, fils du commandeur des croyants al-Rashid. Que Dieu lui donne longue vie. Ce travail a été effectué par Salih ben Yahua, affranchi du commandeur des croyants dans le mois de rabi al-Akhir de l’année 216.
Remarques : la facture de l’inscription est plus grossière. La plaque a été posée à la demande d’al-Mamun mais Dieu n’a pas exaucé sa demande de longévité, il s’éteint en 218 de l’ère musulmane.

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée nord :
La plaque du portail nord porte des inscriptions identiques, mais elles ne sont pas signée.

Quel était son aspect originel ?

Il est fort probable que l’intérieur ait été conservé tel quel malgré quelques restaurations. Par contre, l’extérieur a été embelli à l’époque ottomane. Ainsi, des émaux et des inscriptions ont été ajoutées, elles sont l’oeuvre d’artisans émailleurs du quartier arménien de Jérusalem (sud-ouest) au XVI° siècle. Le toit, en feuille d’or, ne semble pas originel. Sur les peintures du XIX° et du XX° siècle, il est tantôt doré, tantôt gris. Quoiqu’il en soit, il a été restauré en 1994.

Abd al-Malik : l’apogée des Omeyyades

A la mort de Muawiya, après 20 ans de règne (en 680), un arrangement dynastique permit à son fils Yazid de devenir calife. Consternation parmi les factions rivales qui attendaient une élection par consensus comme le voulait la coutume dans les tribus. C’est le début de la deuxième guerre civile qui durera 12 ans et occupera 4 califes.

Dans le sud de la Mésopotamie (de l’Irak actuel), le fils d’Ali, Husayn, tenta de rassembler les partisans de son père parmi les tribus lakhmides rivales des Ghassanides de Syrie car soutien des Perses contre les Byzantins. Il n’en eut pas le temps, sa petite armée fut décimée à Karbala en 680, où il fut tué. Sa mort est toujours commémorée de nos jours par les chiites.

L’opposition du fils d’un compagnon de Mahomet a été plus sérieuse. Abd Allah ibn al-Zubayr, présenté comme petit-fils d’Abu Bakr, se proclama « commandeur des croyants ». Parti d’Irak, il avait conquis la majorité du califat quand Abd al-Makik succéda à son père Marwan en 685. ibn al-Zubayr avait rassemblé tous les disciples de Mahomet. Il fit frapper des pièces de monnaie dans lesquelles l’influence perse est manifeste.

Dès son accession au pouvoir, Abd al-Malik chargea son fidèle général al-Hajjaj ben Youssef de mater le dissident. l’Egypte, puis l’Irak furent reprises. ibn al-Zubayr se réfugia dans la péninsule arabique. Le dernier acte se déroula à La Mecque où le rebelle aurait péri, d’après la tradition. Des récits contradictoires circulent sur les faits.

Les récits de la conquête ont été écrits au IX° siècle, sous la dynastie des Abbassides qui pris le pouvoir en 750, anéantissant les derniers représentants omeyyades. Ceux-ci ont alors été présentés comme des usurpateurs, des tyrans impies.

  • ibn al-Zubayr aurait détruit la Kaaba pour y décrocher la pierre noire et la mettre en lieu sûr. Si les sédentaires bâtissent des temples pour y vénérer leur(s) dieu(x), les nomades les emportent avec eux. ibn al-Zubayr a-t-il perpétué la tradition ?
  • Les troupes d’abd al-Malik auraient assiégé la Mecque durant 8 semaines et détruit la Kaaba en lançant des projectiles sur les assiégés. Cette version est peu crédible quand on connaît la situation de La Mecque, une cuvette entourée de collines rocheuses, sans eau (sauf une source à faible débit), où rien ne pousse. Les attaquants ont une position idéale, ils dominent la ville. Les nombreux chantiers de La Mecque pour construire des hôtels de luxe et aménager les lieux de pèlerinage n’ont jamais mis à jour la moindre trace d’un rempart de protection de la ville.

Vers un Etat arabe

Jusqu’à l’accession au pouvoir d’abd al-Malik, les administrations grecque et perse étaient restées en place. Le nouveau calife va rénover l’administration : les fonctionnaires seront arabes, et les documents seront rédigés en arabe. On peut donc en conclure qu’à cette époque, la langue arabe écrite était standardisée et ne prêtait plus à interprétation. Les anciens fonctionnaires et même l’entourage non arabe du calife furent congédiés. Ainsi, Jean de Damas (Jean Damascène ou Mansour ibn Sarjoun) dont le père, collecteur d’impôt pour l’empereur byzantin, était resté au service des califes, se retira dans le monastère de Saint-Sabas près de Jérusalem où il rédigea un livre sur les hérésies. Malgré son éviction de l’entourage du calife, il garda de lui une image d’un homme juste et tolérant.

Dans son ouvrage, daté de 743, il parle de l’islam et du Coran qu’il semble bien connaître ainsi que de la Kaaba comme lieu de pèlerinage.

… et musulman

Si mon opinion est confirmée, les Omeyyades sont originaires de Syrie où les tribus étaient chrétiennes. Alors pourquoi ont-ils opté pour l’islam ?
La réponse est différente pour les dirigeants et pour citoyens.

Il faut se replonger dans l’époque. L’islam primitif n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu au fil des siècles. Les hadiths, ces paroles de Mahomet, réelles ou inventées, n’ont pas encore été collectées, elles ne le seront qu’au IX° siècle. L’islam n’est pas encore une religion formaliste, le dogme n’est pas encore entièrement défini, mais les grandes lignes sont tracées : Mahomet a reçu le Coran, Jésus est un prophète qui n’a pas été crucifié, il faut embrasser la pierre noire de la Kaaba, le vin est proscrit… nous raconte Jean de Damas.

En abandonnant la religion chrétienne, les Omeyyades deviennent entièrement indépendants. En tant que chrétiens, ils étaient soumis à l’empereur byzantin, lui même aux ordres du pape de Rome (le schisme entre catholiques et orthodoxes n’était pas encore consommé). Ils devaient répondre de leurs actes auprès des patriarches et des évêques qui pouvaient les excommunier, les exclure de la communauté. Même s’ils n’adhéraient pas au dogme édicté à Chalcédoine en 451 (Il y a trois personnes en Dieu et Jésus est homme et dieu, il a deux natures et deux volontés), ils n’en étaient pas moins soumis à leurs évêques. En devenant musulmans, ils devenaient califes, représentants de Dieu sur terre, successeurs du prophète Mahomet, et commandeurs des croyants. Ils étaient tout puissants. La fonction de calife ira en se dépréciant au fil du temps, les docteurs en religion prenant de plus en plus d’importance.

C’est sous abd al-Malik que la première référence à Mahomet apparaît sur les pièces de monnaie. On y lit la chahada complète : « il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son prophète ».

Pour le commun des mortels, devenir musulmans permettait d’échapper à l’impôt de capitation (djizia) dû par tous les hommes non musulmans en âge de porter les armes. Les musulmans devaient eux s’acquitter de l’aumône, qui est un principe religieux (zakât). Cette « conversion » faisaient d’eux des citoyens de première classe.

Le Dôme (ou Coupole) du Rocher de Jérusalem.

L’oeuvre majeure d’abd al-Malik, toujours visible de nos jours est le Dôme du Rocher à Jérusalem, construit en l’an 72 du calendrier musulman, qui correspond à 691/692. Je lui consacrerai l’article suivant car cet édifice est plein de mystères.