1967 : Israël conquiert Jérusalem

Curieux titre !
Jérusalem n’est-elle pas la ville phare d’Israël ? En 1948, à la fin de la guerre ayant débouché sur la création de l’Etat hébreu, l’ONU a partagé la ville en deux. La vielle ville, à l’est, avec tous les édifices religieux, musulmans et chrétiens, de même que le Mur des Lamentations, les fondations du temple d’Hérode détruit par les Romains en 70, a été rattachée à la Jordanie, l’enceinte ottomane servant de frontière.

Mai 1967, Gamal Abdel Nasser, le président égyptien prêche l’invasion d’Israël, l’éradication des Israéliens, leur rejet à la mer. Des manifestions monstres déferlent dans les rues des villes égyptiennes, des drapeaux israéliens sont brûlés et des effigies de Juifs pendues aux lampadaires… Heureusement le plupart des Juifs ont été expulsés d’Egypte lors de l’affaire du Canal de Suez.

Remontons dans le temps. Nasser est colonel dans l’armée égyptienne. En 1952, il participe au renversement du roi Farouk proche des Britanniques et devient le deuxième président en 1956. Socialiste et pan-arabe, il nationalise, la même année, la Compagnie du Canal de Suez, dont les actionnaires français, britanniques et américains avaient refusé de financer la construction du barrage d’Assouan. En octobre, l’ONU ayant avalisé la nationalisation, les Français et les Britanniques signent un accord secret avec Israël pour prendre le contrôle du canal et renverser Nasse. Israël doit attaquer l’Egypte, les troupes françaises et britanniques s’interposant en prenant le contrôle du canal. Très vite, l’armée égyptienne est submergée. Les Français et les Britanniques débarquent à Port Saïd. Début novembre, l’affaire est réglée… C’est sans compter sur l’ONU dont la résolution de renvoyer les belligérants chez eux est approuvée unanimement. Américains et les Russes ont marqué leur accord.
Résultat final : le canal est nationalisé, les Casques bleus déployés dans le Sinaï, les Juifs expulsés, les cadres et employés français et britanniques priés de rentrer chez eux. C’est ainsi qu’un jeune homme de 17 ans vint s’installer avec sa famille à Nice. Il s’appelait Claude François.

Revenons au printemps 1967.  La tension monte, l’armée égyptienne occupe le Sinaï d’où les troupes de l’ONU se sont retirées à la demande de Nasser. En 1966, l’Egypte avait signé un accord militaire avec la Syrie. Aujourd’hui, le 30 mai, un général égyptien prend le commandement de l’armée jordanienne… bien que le roi Hussein se déclare toujours adversaire de la guerre. Israël est encerclée.
Elle mobilise… mais rien ne se passe. Les militaires, dont Yitzhak Rabin et Moshe Dayan, préconisent une action préventive, le président israélien, Zalman Shazar hésite. L’économie israélien est à l’arrêt, toutes les forces vives sont mobilisées. Le pays ne tiendra pas longtemps d’autant plus que Nasser bloque le port d’Eilat dans le golfe d’Aqaba depuis le 23 mai.
Les militaires vont alors instiller un climat de terreur dans le pays : la rumeur parle d’un nouvel holocauste, les terrains de sport, les parcs et les vergers sont réquisitionnés pour creuser 50.000 tombes ! C’est la panique dans la population. Le président Shazar cède enfin après un mois d’hésitation.
Le commandement militaire israélien a eu ce qu’il voulait, mais il n’était pas dupe, il savait que l’Egypte, malgré les provocations, n’était pas prête à la guerre.

Les puissants s’en sont mêlés : les Etats-Unis de Johnson ont fait savoir à Israël que le déploiement des troupes égyptiennes dans le Sinaï n’est que défensif. En relation avec Johnson, Alexeï Kossyguine a prévenu Nasser qu’en cas d’attaque d’Israël, il n’aura aucun soutien.

Mais la machine est lancée, ce n’est pas l’Egypte qui attaquera ! Le 5 juin, au matin, les avions israéliens surgissent de la Méditerranée et détruisent l’aviation égyptienne au sol. La plupart des avions sont complètement détruits. Simultanément les chars israéliens et l’infanterie pénètrent dans le Sinaï, mettant en déroute l’armée égyptienne : 10.000 morts, plus de 4.000 prisonniers.

Mais le soir même, Nasser, mal informé par ses généraux, persiste, il fanfaronne et annonce la victoire. La population descend dans la rue et manifeste sa joie. Par contre, la radio israélienne reste muette sur l’issue de ce premier jour. Croyant la victoire acquise l’armée jordanienne bombarde Israël, les Israéliens ripostent et les para entrent dans la vieille ville de Jérusalem et conquièrent la rive occidentale du Jourdain (la Cisjordanie) alors administrée par la Jordanie. Le 7 juin, les opérations militaires sont terminées sur le front jordanien.

Le 9 juin, l’armée israélienne attaque la Syrie et conquiert le plateau du Golan. La confusion est grande en Syrie : la radio anticipe l’avancée des troupes israéliennes en annonçant des prises de villes qui n’ont pas encore eu lieu. Les Etats-Unis et l’URSS, qui a menacé d’intervenir, imposent un cessez-le-feu qui prend effet le 10 juin. La guerre des six jours est finie, Israël a triplé son territoire et annexé toute la ville de Jérusalem.

6jours

Épilogue

C’est l’euphorie dans la population. Des foules se précipitent dans la vieille ville de Jérusalem conquise pour prier au Mur des Lamentations, qui était interdit aux Juifs. Les ultra orthodoxes annoncent l’imminence des temps messianiques : tous les Juifs de la Diaspora peuvent rentrer dans le grand Israël qui a, ou plutôt aurait, retrouvé les frontières du royaume de David. Actuellement, encore près de 60% des Juifs, soit 8 millions de personnes, sont installés hors d’Israël. Des commandos essaient même de détruire le Dôme du Rocher dans la vielle ville. Ils sont repoussés par l’armée qui protègent les lieux de culte musulmans.

Le gouvernement ne partage par cet enthousiasme. Il est certes heureux de l’issue de la guerre, même s’il déplore 779 morts et plus de 2.500 blessés, mais il s’attend à ce qu’une résolution de l’ONU l’oblige à ramener les troupes vers leurs bases. Cette résolution ne viendra jamais, les Etats-Unis opposant leur veto.

Comme en 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël, des milliers de Palestiniens prennent le chemin de l’exil vers les camps de réfugiés.

Fin 1967, les pays arabes, réunis à Khartoum, prennent une résolution commune :

  • pas de paix avec Israël,
  • pas de reconnaissance d’Israël,
  • aucune négociation avec l’Etat hébreu.

Pour avoir outrepassé ces résolutions (accords de Camp David), le président Anouar el-Sadate a payé de sa vie, assassiné en octobre 1981 lors d’un défilé par des membres du Djihad islamique égyptien.

Mais quel est aujourd’hui le statut de Jérusalem-est ? Jamais Israël n’a mentionné l’annexion de Jérusalem-est, bien qu’en 1980, le Knesset, le parlement israélien, ait proclamé Jérusalem capitale de l’Etat, une et indivisible. Jérusalem n’est pas annexée, elle est réunifiée… nuance diplomatique.

Récemment, le 19 juillet 2018, la Knesset a promulgué une loi faisant de l’Etat hébreu, l’Etat-nation du peuple juif. Israël devient le porte-parole de tous les Juifs du monde alors que la grande majorité vit en dehors du pays. Le loi spécifie également que les implantations dans les territoires occupés sont d’intérêt national. L’arabe perd par la même occasion son statut de langue officielle alors que 20% de la population est d’origine arabe, soit musulmane, soit chrétienne.

1979 : que le djihad commence !

On peut parler d’un « effet papillon » : un événement local a eu des répercussions internationales. En 1979, une rébellion contre le pouvoir saoudien, jugé trop laxiste !, va amener à la création de groupes djihadistes comme Al Qaïda ou DAESH.

A la Mecque, en cette fin novembre 1979, le grand pèlerinage, le Hajj, touche à sa fin. 50.000 fidèles fréquentent encore la Grande Mosquée dont les récents travaux d’embellissement et d’agrandissement, ont été exécutés par la famille Ben Laden, proche de la famille royale. Le 20 novembre, plusieurs centaines de fondamentalistes islamistes armés font irruption dans la mosquée et prennent une centaine de fidèles en otage. Son chef, Juhaiman, est un opposant à la famille régnante à qui il reproche son laxisme, sa corruption, son luxe, son goût immodéré pour les images. Le portait des membres de la famille royale s’affiche sur les immeubles et leur photo est imprimée sur les billets de banque qui circulent dans la mosquée, suprême blasphème dans une religion où la représentation des personnes est proscrite.

billet

Juhaiman considère également la famille Séoud comme des usurpateurs, ayant chassé le chérif de La Mecque, gardien des lieux saints et « descendant de Mahomet », entre 1927-1932, avec l’aide des Britanniques qui avaient pourtant requis l’aide du chérif en 1917 (célèbre fait d’armes du lieutenant Lawrence). Mais la région de Riyad, fief de Séoud, prospectée dès 1930, se révélait riche en gisements pétroliers. Ils seront exploités à partir de 1937.

Le gouvernement saoudien reste indécis : comment déloger les rebelles alors qu’il est interdit de porter les armes dans les lieux saints : « Ne leur (les infidèles) livrer pas combat près de la mosquée sacrée » (Co. 2, 192). Les oulémas se réunissent en hâte et après de longues palabres ordonnent l’assaut. Le 22 novembre, la garde nationale attaque les rebelles, c’est un échec. 127 soldats sont tués et les rebelles se réfugient dans les caves de la mosquée, avec leurs otages.

Ce qui va suivre n’est pas très clair, différents versions circulent, suivant les sources gouvernementales, policières ou militaires. Ce qui est sûr, c’est que le roi Khaled ben Abdelaziz fait appel à ses alliés. Les Américains hésitent, la France s’engage. De source officielle française, trois membres du groupe d’intervention de la gendarmerie (GIGN) s’envolent vers Ta’if à 60 km au nord de La Mecque. Ils emmènent avec eux 300 kg d’un gaz incapacitant, le 2-chlorobenzylidène malonitrile (appelé aussi « CS », des initiales de Corson et Stoughton, chimistes qui ont synthétisé la molécule). Ils ont pour mission de former les gardes saoudiens pour l’assaut qui a lieu le 4 décembre et au cours duquel 244 rebelles sont tués. Une version non officielle affirme que l’assaut a été dirigé par le GIGN dont les membres avaient été convertis à l’islam lors d’une brève cérémonie. Mais cette version aurait été très mal perçue dans les pays musulmans.

Le 9 janvier 1980, Juhayman et 62 autres prisonniers sont, sans jugement, décapités en public dans différentes villes pour servir d’exemple.

Épilogue

Un vent de radicalisation va souffler sur l’Arabie Saoudite. Les cinémas sont fermés, les affiches publicitaires occidentales enlevées, la stricte séparation des femmes et des hommes dans les lieux publics est décrétée. Il est conseillé aux hommes de se laisser la barbe. La police religieuse, renforcée, veillera à l’application des nouvelles dispositions.

Le train de vie de la famille régnante ne sera pas modifié, mais elle va encourager le djihad : les jeunes sont invités à aider leurs frères musulmans à bouter hors d’Afghanistan les infidèles. Les Américains formeront les candidats et fourniront les lance-missiles, les Israéliens livreront les Kalachnikovs, les Saoudiens financeront le djihad : « Ô vous qui croyez, combattez ceux de vos voisins qui sont infidèles. Qu’ils vous trouvent durs. Sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent. » (Co. 9, 123).

En octobre 1981, Amour El Sadate est assassiné par des anciens membres des Frères Musulmans dont le parti avait été interdit lors d’une purge nationale qui avait touché les communistes, les islamistes, les coptes, les féministes, etc. Les opposants radicaux vont se joindre au djihad.

Dans un premiers temps, les Saoudiens ont accusé l’Iran (chiite) d’avoir organisé la rébellion, ce qui s’est révélé inexact, il n’y avait aucun iranien parmi les assaillants. Qu’à cela ne tienne, il faut en finir avec l’Iran qui fait de l’ombre (religieuse) aux wahhabites saoudiens. On persuade Saddam Hussein d’attaquer son voisin, l’Arabie et le Koweït pourvoiront au financement. Le 22 septembre 1980, les troupes irakiennes passent la frontière. La guerre durera 8 ans.

A la fin de la guerre, le Koweït a l’outrecuidance de réclamer le remboursement des prêts consentis. Le première guerre du Golf commence… la région sera déstabilisée pour de nombreuses années. Le ailes du papillon ont brassé beaucoup trop d’air.