Un rabbin juif prêchait à La Mecque

Le Coran contiendrait le compte-rendu des prêches d’un rabbin juif prononcés lors des pèlerinages à la Kaaba de La Mecque. Un jeune Arabe s’est laissé persuader par ces discours. Il sera nommé Mahomet. C’est l’idée que Joseph Bertuel a développée dans un ouvrage en trois volumes : L’islam, ses véritables origines. Par le choix des passages du Coran, il a rendu sa théorie cohérente.
Laissons-lui la parole.

Les trois Corans

C’est le glorieux Coran écrit sur une table gardée avec soin (Cor. 85, 21-22)

Et ce rappel est contenu dans les feuilles vénérées, exaltées, purifiées dans les mains des scribes nobles et purs. (Cor. 80, 13-16)

En vérité, cela se trouve dans les premières feuilles, les feuilles d’Abraham et de Moïse (Co. 87, 18-19)

De quel « coran » s’agit-il sachant que le Coran que nous connaissons ne sera écrit que dix ans après la mort de Mahomet selon la tradition ? Pour les musulmans, c’est clair, on parle ici du Coran original qui se trouve sur une table à côté d’Allah. Cette légende est peu crédible. Si le Coran existe depuis les origines, pourquoi certains versets se contredisant y sont toujours présents ?

Le mot « coran » est formé sur la racine KRN, d’où sont issus tous les mots arabes se rapportant à la lecture. Bertuel remplace donc le mot « coran » du verset par « lecture » et y voit la lecture par excellence des Juifs : la Torah qui a été remise à Moïse sur les tables de loi. Les deux versets suivants, repris ici, confirment son hypothèse : le Coran n’étant pas encore écrit, qui peut le vénérer et qui sont les scribes qui l’ont « purifié », c’est-à-dire modifié.

Par le Livre explicite nous avons fait un Coran en langue arabe afin que vous raisonniez (Co. 43, 2-3).

Pour Bertuel, ce Coran en langue arabe a été rédigé par le rabbin juif afin que son disciple, Mahomet, ait un livre de référence pour prêcher à son tour et montrer aux incrédules qu’il existait également une version arabe du « Livre », la Torah. Les « dis » précédant certains versets seraient des indications de prêche pour son disciple : « dis-leur« .
C’est peut-être ce coran que le calife Uthman a fait brûler.

C’est sur cette base que sera aménagé le Coran qui existe aujourd’hui.

Les traces du rabbin juif

Par le figuier et l’olivier !
Par le mont Sinaï et par ce pays sacré !
… Qu’est-ce qui te fera, après cela, traiter la religion de mensonge ?
Dieu n’est-il pas le plus juste des juges ? (Cor. 95, 1-8)

Bertuel cite plusieurs versets qui ont de fortes connotations judaïques, comme celui-ci. Il n’y a pas de figuiers ni d’oliviers dans le Hedjaz (la région centrale de l’Arabie), mais bien en Palestine. De même, le mont Sinaï où Moïse aurait reçu la Loi est typiquement une référence au judaïsme.

Pourquoi faire intervenir un rabbin pour justifier les versets judaïsants et ne pas se conformer à la tradition qui dit que Mahomet a écouté attentivement les Juifs lors de ses voyages commerciaux vers la Palestine ?
Le Coran cite la conversion des mages que Pharaon oppose à Moïse :

Puis Moïse jeta son bâton et voilà qu’il happait ce que les magiciens avaient fabriqué. Alors ils tombèrent prosternés disant « Nous croyons au seigneur de l’univers, le seigneur de Moïse et de Aaron ». (Co. 26, 45-48)

Cet épisode de la conversion des magiciens n’est pas dans la Bible, mais dans un texte explicatif que seul un rabbin aurait pu connaître. Ce texte donne même leur nom : Jannès et Jambrès.

Si c’est bien un rabbin qui a prêché le judaïsme, pourquoi les récits bibliques concernant les patriarches sont-ils si éloignés de la version originale ?
Le rabbin n’a pas l’intention de raconter l’histoire des patriarches. Il poursuit un objectif : tous les prédicateurs ont été mal accueillis, leur auditoire ne les a pas suivis, ils n’ont pas voulu se convertir au dieu unique, mais Dieu s’est vengé en apportant des calamités. Ce sont donc des extraits choisis que le rabbin développe.

Pourquoi faire appel à Abraham alors que l’initiateur de la religion juive est Moïse, qui lui est postérieur ?
Les Arabes convertis à Allah vénèrent le même Dieu que les juifs, ils prient comme les juifs, tournés vers Jérusalem, mais ils ne font pas partie du « peuple élu ». Pour cela, certains juifs les rejettent de leur communauté. Le rabbin va donc ajouter un chapitre à l’histoire d’Abraham : il serait venu à La Mecque en compagnie d’Agar, sa concubine que son épouse Sarah a bannie. Il aurait construit la Kaaba en hommage à Dieu et serait ainsi considéré comme le premier « craignant-Dieu », le premier « soumis », avant Moïse. En l’honneur d’Abraham, La Mecque devient le nouveau centre religieux des Arabes convertis qui s’éloignent des juifs.

Conclusion

Joseph Bertuel développe d’autres thèmes que je n’ai pas abordés dans cet article, tels que Jésus, Marie, les djinns, le sceau des prophètes, les femmes, le jeûne, le pèlerinage, etc. Il critique les traducteurs du Coran, tels que Blachère et Hamidullah, qui auraient perverti le texte pour rester conformes à la tradition.

Que penser de son hypothèse ? Elle explique pas mal de points obscurs du Coran, elle est logique, mais ça reste une hypothèse offrant une autre vision de l’émergence de l’islam, sans faire appel au surnaturel. Il lui manque une preuve. Qui est ce rabbin juif et qu’est-il devenu ?
Et si ? Dans « Histoire des prophètes et des rois » du chroniqueur arabe Tabarî (839-923), on apprend que lors de la prise de Jérusalem en 638, le deuxième calife, Omar (584-644) était accompagné d’un rabbin juif, Ka’b al Akbar (le grand) :

Omar lui dit : « À ton avis, où ferons-nous le lieu de prière ? ». Il répondit : « En direction du Rocher » [NB : À cette époque, l’esplanade du temple était un tas de pierres fait des ruines du temple de Jupiter détruit par les chrétiens]. Omar lui dit : « Par Dieu, Ka’b, tu te conformes au judaïsme, car je t’ai vu enlever tes sandales ». Ka’b lui dit : « Je voulais le fouler de mes pieds nus ».

Un autre chroniqueur arabe, al-Bakrî (1014-1094) reprend le récit de Ka’b à Jérusalem :

Omar dit à Ka’b : « Où penses-tu que l’on pourrait faire la mosquée ? » Ka’b répondit : « Derrière le Rocher ainsi tu réuniras les deux qibla [lieu vers où on prie], celle de Moïse et celle de Mahomet ». Tu te conformes au judaïsme lui dit Omar ».

2 commentaires sur “Un rabbin juif prêchait à La Mecque

  1. À la fin des années 80, début 90, il y a une exégèse »scientifique » du Coran qui a été réalisée par Bruno Bonnet-Eymard.

    1000 pages en 3 tomes pour seulement traduire 5 sourates (on trouve des vidéos en ligne qui résume en moins de 3 heures)

    Il est principalement connu pour avoir proposé une traduction de l’abréviation ALM dans certaines sourates qui serait la translittération arabe d’une abréviation rabbinique, classique dans le notarikon signifiant « Dieu des délivrances », en hébreu el lemôssâ‘ôt (littéralement « un Dieu pour les saluts », au pluriel pour souligner la richesse du plan salvifique de Dieu)

    Il a également proposé le circonciseur pour un nom de Dieu dans la Coran.

    Maintenant il est à la tête d’une église classée comme secte en France, mais c’est travaux méritent le détour à mon avis.

    Pour en revenir à la Mecque, il dit qu’il n’y avait rien sur les cartes de l’époque à cet endroit et propose une autre origine à la Kaaba, a côté de Jérusalem

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    1. il indique également que l’Islam ne signifie pas soit soumis mais soit Parfait.

      Muhammad ne serait pas un prénom (Mahomet en français) mais signifierai le bien-aimé

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