L’énigme des peuples de le mer

D’après le documentaire « Apocalypse à l’âge de bronze » de Katie Reisz.
Les illustrations sont extraites du documentaire.

Vers 1200 avant notre ère, tous les empires de l’est de la Méditerranée s’effondrent, leurs villes sont dévastées. Qui est responsable de ces destructions ? Le texte qui accompagne l’immense bas-relief qui orne le temple funéraire du pharaon d’Égypte Ramsès III (1186-1155) à Médinet Habou accuse « les peuples de la mer », une horde qui aurait attaqué l’Égypte vers 1180 et que le pharaon a décimée.

Mais en étudiant de plus près cette fresque, des doutes s’installent.

Ces détails colorisés nous interrogent :

  • Il y a bien plusieurs types de guerriers, donc plusieurs peuples
  • Le guerrier portant une coiffe de plume rappelle les peintures trouvées en Crête, une des régions dévastées par les « peuples de la mer ».
  • Ils se déplaçaient avec femmes et enfants !

Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Qu’est-ce qui les a poussé sur la mer ?

Effondrements en chaîne

Vers 1250 avant notre ère, l’est de la Méditerranée connaît une période de paix et de prospérité. Un réseau commercial international s’est tissé entre les différents empires : Mycènes, les Hittites, Chypre et l’Égypte. Puis, en 50 ans, les centres de pouvoir disparaissent et les cités sont détruites.

Vers -1200, Mycènes, la cité d’Agamemnon, l’un des héros légendaires de la guerre de Troie, contée par Homère, est la première à s’effondrer malgré ses fortifications si massives que les Grecs de l’époque classique les attribuaient à des cyclopes. Les palais du Péloponnèse sont détruites ainsi que Cnossos en Crète.

Puis vient le tour d’Hattousa (prononcé « Hattoucha« ), la capitale de l’empire des Hittites qui se trouve sur une colline fortifiée d’où l’on voit à 50 kilomètres à la ronde. Seule l’élite de la société se trouvait à l’intérieur de l’enceinte de 6 kilomètres de long. Les 15 000 habitants vivaient hors des murs. Les fouilles du site ont révélé des milliers de tablettes, mais aucune ne relate la destruction de la ville. Notons un détail important, la ville se trouve à 250 kilomètres de la mer.

Dans la Syrie actuelle, la ville d’Ougarit est un port important dans le commerce de l’époque. Elle a également été détruite… mais on a retrouvé une partie de ses archives consignées sur des tablettes d’argile. Dans une lettre destinée au roi de Chypre, on lit : « Mes villes ont été brûlées… Les sept navires de l’ennemi ont semé le malheur. » C’est un appel à l’aide qui confirme que les envahisseurs venaient bien de la mer.

L’étape suivante est l’Égypte où les pharaons Mérenptah (fils de Ramsès II : -1213 à -1203) et son successeur Ramsès III résistent à leurs assauts et stoppent l’invasion.

Pourquoi ?

Le bas-relief de Médinet Habou nous laisse penser que les peuples de la mer n’étaient pas la cause des destructions, mais la conséquence. Ils semblent être des migrants cherchant à fuir une catastrophe. D’où venaient-ils ? On sait qu’après leur défaite face à Ramsès III, celui-ci leur a permis de s’installer sur le rivage de la Palestine actuelle, ce sont les Philistins omniprésents dans le récit biblique. Les tests ADN effectués sur des corps retrouvés dans les tombes ont confirmé un métissage, mais les poteries trouvées semblent démontrer que leur culture était mycénienne.

Dans le temple de Karnak à Louxor, Mérenptah se vante d’être béni des dieux qui lui ont permis d’envoyer des bateaux de céréales aux Hittites et d’avoir aidé Ougarit où la famine sévissait. Il semble que ces régions aient été privées de pluie et que la sécheresse a persisté de nombreuses années, peut-être 150 ans, provoquant une famine généralisée. La sécheresse a été confirmée par l’étude des pollens en Palestine : les chênes, les pins et les oliviers semblent avoir disparu, remplacés par des herbes et des arbustes. On sait également que sous Ramsès III, le débit du Nil s’était affaibli.

Cette famine aurait déstabilisé les États, le commerce aurait été perturbé, et les populations affamées auraient cherché une terre d’accueil.
Mais pourquoi ces destructions ?
Le peuple peut s’être révolté contre les dirigeants qui ne pouvaient pas les protéger et assurer leur subsistance. L’attaque des silos à grain, protégés derrière les fortifications, aurait entraîné les destructions.

Mais la raison est peut-être ailleurs. On a assisté à un enchaînement de catastrophes, dont de nombreux tremblements de terre, appelés « salves sismiques ». L’énergie accumulée sous terre n’est pas libérée par le premier séisme, d’autres séismes se produisent jusqu’à ce que l’énergie soit évacuée.
Cette hypothèse est confirmée par l’archéologie : toute cette région est parcourue de failles, de la Grèce à la Turquie actuelle en passant par la grande faille du Levant qui a donné naissance à la Mer morte. Ainsi, à Mycènes, on a retrouvé des personnes ensevelies dans les maisons détruites. En Égypte, de nombreux temples portent les marques d’un séisme : du « Temple des millions d’années » d’Aménophis III, il ne reste que les colosses de Memnon, le temple d’Abou Simbel porte des fissures dues à un tremblement de terre, et ce ne sont que quelques exemples.

Hypothèse

Les peuples de la mer seraient des migrants qui tentaient d’échapper à des catastrophes qui se sont superposées : la famine, les révoltes et la destruction des cités dues à des tremblements de terre. Au cours de cette période tumultueuse de la fin du XIIIe siècle av. J.-C., de nombreuses régions de la Méditerranée orientale ont connu des bouleversements majeurs. Les cités-États qui formaient autrefois des empires puissants ont subi des affrontements violents et des pillages, entraînant la chute des dynasties et l’effondrement des structures sociales.

Lors d’un séisme, même si la cité est épargnée, les réseaux d’adduction d’eau et les systèmes d’évacuation des eaux usées sont souvent endommagés, ce qui favorise la propagation des épidémies. Ainsi, en plus des destructions causées par les tremblements de terre, les populations étaient confrontées à des maladies dévastatrices telles que la variole, la typhoïde et le paludisme. On sait que le pharaon Ramsès V et des membres de sa famille sont morts de la variole.

Les systèmes d’approvisionnement en nourriture et en eau potable étaient perturbés, entraînant des pénuries alimentaires et une augmentation des cas de malnutrition et de famine.

Ce chaos généralisé a marqué la fin de l’âge du bronze et a eu de profondes répercussions sur les sociétés de l’époque. Les populations se sont trouvées contraintes de chercher refuge ailleurs, fuyant les terres dévastées. Certains de ces migrants se seraient tournés vers la mer, espérant trouver sécurité et opportunités dans les régions encore relativement stables.

Ainsi, les « peuples de la mer » seraient des personnes désespérées en quête d’une vie meilleure. Ils auraient navigué sur des embarcations de fortune, bravant les dangers de la mer pour trouver une terre d’accueil. Les Philistins en ont trouvé une.

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