666 le nombre de la Bête

Cette expression a été popularisée par Hollywood, qui a affublé plus d’un enfant de ce signe infamant, gravé dans sa chair. En grandissant, cet enfant se révèlera être l’Antéchrist, celui qui vient avant le Christ et qui annonce l’Apocalypse. Car c’est dans le livre des Révélations, appelé l’Apocalypse de Jean, que ce concept apparaît, aux versets 13, 11-18. Apocalypse est le mot grec signifiant révélation.

Lorsque je vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes comme un agneau, mais elle parlait comme un dragon. [… cette bête accomplit de grands prodiges et séduit les habitants de la terre, elle impose une marque sur la main ou le front de ses fidèles… (note)].
Que celui qui a de l’intelligence interprète le chiffre de la bête, car c’est un chiffre d’homme et son chiffre est six cent soixante-six.

Mais le problème dans l’interprétation d’Hollywood, c’est que les chiffres dits arabes n’étaient pas encore sortis de leur berceau, l’Inde, lorsque le livre des Révélations a été écrit !

Carré magique du temple jaïn à Kharujabo comportant les 16 premiers nombres.
Toutes les lignes, toutes les colonnes et tous les carrés de 2×2 donnent une somme de 36. Dans la première ligne on retrouve les nombre 7, 12, 1, 14. Remarquez que le signe 1 apparaît dans 11,12, etc.

Au début du christianisme, les Latins et les Grecs avaient chacun une façon différente de représenter les nombres. Les Romains représentaient 666 comme DCLXVI, nombre remarquable, car il comprend tous les chiffres romains (sauf M, mille), dans l’ordre descendant : 500 (D) + 100 (C) + 50 (L) + 10 (X) + 5 (V) + 1 (I).

L’Apocalypse ayant été rédigée en grec, 666 se représente donc avec les lettres de l’alphabet, qui étaient utilisées comme chiffres :

1 ( α alpha), 2 (β beta), 3 (γ  gamma), 4 (δ delta), 5 (ε epsilon), 6 (ϛ stigma), etc.
10 (ι iota), 20  (κ  kappa), 30 ( λ  lambda), 40 (μ mu), 50 (ν nu), 60 (ξ xi), etc.
100 (ρ rho), 200 (σ sigma), 300 (τ tau), 400 (υ upsilon), 500 (φ phi), 600 (χ, chi), etc.

A première vue, on pourrait croire que la forme grecque est plus proche de notre façon de représenter les nombres que la forme romaine : en trois caractères. Il n’en est rien, en grec, c’est une somme de 600 + 60 + 6, il y a pléthore de chiffres. Dans notre numérotation, il n’y a que 10 chiffres et un zéro. La valeur de chaque 6 dépend de sa position.

Que représente ce nombre ?

Dans la tradition juive et grecque, comme les lettres sont utilisées comme chiffres, chaque lettre a une valeur numérique, c’est la gématrie. Beaucoup de chercheurs pensent que 666 désignait un nom codé. Une théorie célèbre soutient que 666 correspond au nom de « César Néron » translittéré en hébreu (נרון קסר).
Mais l’Apocalypse a été écrite en grec. Pourquoi se baser sur l’hébreu pour calculer la valeur d’un nom… romain ? D’autant plus que l’hébreu n’était plus parlé, même en Judée, remplacé par l’araméen et le grec depuis plus de 400 ans.
Si 666 fait référence à Néron, persécuteur des chrétiens, le texte a dû être rédigé vers 110, lorsque Tacite écrit les Annales qui racontent que, suite à l’incendie de Rome, Néron aurait accusé les chrétiens et les aurait condamnés au bûcher, ce qui était le châtiment réservé aux incendiaires. (voir l’article : Néron a-t-il persécuté les chrétiens). Tacite est le premier à dépeindre Néron comme un persécuteur dans le livre XV des Annales.
Notons que les Actes des Apôtres, écrits vers 80 suivant la tradition chrétienne, ne mentionnent pas cette persécution, ni la présence de Pierre et de Paul à Rome à cette époque, alors que ce livre leur est consacré.
À l’époque de Néron, vers l’an 60, les Romains ne connaissaient pas les chrétiens, ils connaissaient les juifs. Pline le Jeune nous en apporte la preuve vers 112, lorsque dans une lettre, il se demande qui sont ces personnes qui chantent des louanges à un certain Christos, comme si c’était un dieu. Or Pline le Jeune est un homme politique qui a été tribun du peuple à Rome sous Domitien vers 90 de notre ère, il aurait donc dû connaître les chrétiens ! (voir l’article : Le Christ chez Pline le jeune).

Conclusion

Personne n’a encore avancé une théorie acceptable pour ce « chiffre » d’homme : 666.
Suivant les époques, on l’a attribué à Mahomet, puis à Luther et en représailles au pape.

Laisser un commentaire