Jésus dans le talmud

Le talmud, ou plutôt les talmuds car ils sont au nombre de deux, constituent la base de la loi religieuse juive, la halakha, avec la Torah (les cinq premiers livres de la Bible hébraïque).

Que nous apprennent les talmuds sur Jésus ? Les talmuds ne parlent pas de Jésus le Nazaréen, mais d’un certain Yeshou, qu’on a tôt fait d’assimiler à Jésus. Les informations qu’on y puise n’éclairent pas la situation. Le Jésus des talmuds n’est pas historique, mais polémique. Les talmuds datent des IVe et Ve siècles de notre ère alors que le christianisme est devenu religion d’État, ils veulent prouver aux juifs que Jésus n’était pas le messie et qu’ils ont bien fait de ne pas le suivre. Voyons néanmoins comment ils le présentent.

Jésus serait le fils d’une coiffeuse, Myriam (Marie), tellement volage que son mari, Papos ben Yehouda, l’enfermait lorsqu’il quittait son domicile. Le mari finit par s’enfuir à Babylone sur les conseils de rabbi Aqiba, qui vécut la seconde révolte juive. Cette histoire nous projette donc vers 120 de notre ère.

Une seconde version fait de Jésus le fils d’une autre Myriam, fille de bonne famille, violée par un voisin, Yossef (Joseph) ben Pendera. Celse, un écrivain grec du IIIe siècle en a fait un soldat romain : Pantera. Le fiancé de Myriam fuit également à Babylone sur les conseils de son maître, Simon ben Shéta, le frère de la reine Alexandra-Salomé, qui vécut au premier siècle avant notre ère, ce qui nous amène un siècle avant l’histoire chrétienne.

Cette chronologie est confirmée par un autre texte : Jésus aurait été le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. Il serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère. Lors des persécutions des pharisiens, il aurait accompagné son maître en Égypte, jusqu’à ce que Simon ben Shéta, grande figure du pharisianisme, lui annonce la fin des persécutions.

Si on prête foi à cette histoire, qui dans le talmud est accompagnée de médisances (Jésus ne comprend pas son maître), on pourrait croire que Jésus et le Maître de Justice des Esséniens ne font qu’un.

Cette hypothèse est séduisante, car elle explique pas mal de choses.

Mais attention, il n’existe aucun lien entre le Maître de Justice et le Jésus du talmud si ce n’est la période pendant laquelle ils auraient vécu. Certains auteurs ont attribué au Maître de Justice un nom : Yeoshua, qui est le même que celui de Jésus… mais le Maître de Justice n’a pas été identifié dans les manuscrits de la Mer Morte, on ignore donc son nom. Plus mystérieux, Flavius Josèphe ne parle pas du Maître de Justice alors qu’il proclame avoir suivi les enseignements des esséniens. Oubli de sa part ou censure des copistes ?

J’ai consacré un article au Maître de Justice.

Pour l’anecdote, on a retrouvé en Allemagne, à Bingerbrück, la tombe d’un centurion romain appelé Julius Abdes Pantera. Il faisait partie de la XVIIe légion, commandée par Varus. Or cette légion, avant d’être envoyée en Germanie, était stationnée en Syrie et a participé à l’écrasement de la révolte de Judas bar Ézéchiel qui avait tenté de prendre le pouvoir à la mort d’Hérode en l’an 4 avant notre ère.

La tombe de Pantera
Les talmuds

Les talmuds sont au nombre de deux : le Talmud de Jérusalem, en fait rédigé en Galilée, Jérusalem étant interdite aux Juifs depuis 137 de notre ère suite à la révolte de Bar Kachba, et le Talmud de Babylone, plus complet. Le mot hébreu « talmud » signifie « enseignement ». Les talmuds recueillent les enseignements oraux du judaïsme, des commentaires et des notes historiques. C’est une somme colossale d’informations religieuses, juridiques et historiques.

Ils ont été compilés entre le IVe et le Ve siècle de notre ère.

Le talmud comporte 2 parties : la Mishna et la Guemara.

La Mishna, dont le nom vient du verbe hébreu signifiant « répéter », est l’enseignement oral des premiers rabbins, après la destruction du temple. Ils prétendaient détenir cet enseignement de Moïse lui-même. Nous retrouverons la même dichotomie dans l’islam, où à côté de la révélation écrite, le Coran, s’est constitué un enseignement oral, les hadiths, les paroles de Mahomet.

Les « enseignements oraux de Moïse » ont été compilés et mis par écrit vers l’an 200 de notre ère. Ils s’accompagnent de commentaires sur l’application de la Torah. La Mishna semble ignorer que le temple a été détruit et qu’Israël n’est plus indépendant. Ce recueil, écrit en hébreu, composé de 6 traités juridiques et canoniques, se propose de résumer les principaux préceptes et pratiques du judaïsme rabbinique tels qu’ils avaient été transmis depuis l’époque où le temple existait encore.

La Mishna se compose de 6 traités :

  1. Les « semences » traitent de l’agriculture et des bénédictions.
  2. Les « fêtes » traitent du calendrier.
  3. Les « femmes » reprennent les lois du mariage et du divorce.
  4. Les « dommages » comprennent les lois relatives aux droits civil et pénal.
  5. Les « objets sacrés » traitent des lois relatives à l’abattage rituel, aux sacrifices et au Temple… qui a déjà été détruit par les Romains.
  6. Les « puretés » reprennent les lois relatives à la pureté et à l’impureté rituelle.

La Guemara compile des commentaires sur la Mishna.

Si la Mishna a été écrite en hébreu, la Guemara est rédigée en partie en araméen. Ces commentaires ergotent parfois sur des détails sans intérêts et, en cela, ils préfigurent les hadiths de l’islam. Ainsi, à la grande question : peut-on tuer un pou le jour de Shabbat, les réponses varient du oui au non en passant par non mais on peut lui couper les pattes.

La Mishna, c’est l’enseignement et la Guemara, c’est l’explication.

Voici un exemple de ce que l’on trouve dans le talmud.

À partir de quand peut-on lire le chema Israël le soir? (NB : c’est une prière issue du Deutéronome 6, 4 qui commence par « écoute (chema) Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un ». 

Réponses :

À partir du moment où les cohanim  (les prêtres) rentrent manger leur prélèvement (parties des sacrifices ayant eu lieu au temple et réservées aux prêtres).

Jusqu’à la fin de la première garde. Ce sont les paroles de Rabbi Eli’ézer.

Les Sages disent: jusqu’à la mi-nuit.

Rabban Gamliel dit : jusqu’à ce que monte la lueur de l’aube.

On remarquera dans cet exemple, qu’une réponse se réfère aux prélèvements faits sur les animaux sacrifiés dans le temple alors que celui-ci n’existait plus lors de la rédaction de la Mishnah.

Le talmud dans l’espace chrétien

Les talmuds ont été rédigés pour prémunir les juifs de l’influence chrétienne, pour fixer la loi juive. Les juifs n’ont plus de patrie, ils vivent comme minorité entourée de chrétiens ou de musulmans. Dès de XIIIe siècle, le talmud fait l’objet de controverses en France. Il ferait l’apologie du meurtre des non-juifs et de la pédophilie. Ce qui est totalement faux. En 1242, les manuscrits sont brûlés en Place de Grève à Paris.

Les autodafés vont se répéter en Espagne et en Italie. Le pape s’en mêle, le censure en 1554 puis le met à l’index. La XIIe bénédiction attaquerait les chrétiens :

Qu’il n’y ait pas d’espoir pour les apostats, et que se déracine le royaume de l’arrogance (Rome) au plus tôt et dans nos jours. Que les nazaréens (notsrim) et les hérétiques (minim) périssent en un instant. Efface-les du livre de vie et qu’ils ne soient pas inscrits avec les justes. Loué sois-tu seigneur qui soumet les arrogants.  

Notons que les nazaréens, pour les chrétiens, sont des judéo-chrétiens, donc des hérétiques.

La première version du talmud expurgé paraît à Bâle en 1578.
Le texte original sera imprimé à Cracovie en 1602. L’étude du talmud va surtout se développer dans l’est de l’Europe. C’est de cette région que proviennent la plupart des juifs orthodoxes.

Au XIXe siècle, en France et en Autriche, des soi-disant traductions du talmud vont circuler. Elles vont servir d’argument aux attaques antisémites. Citons : le juif talmudique et le talmud démasqué. Ces pamphlets sont comparables aux Protocoles de Sion, un faux des services secrets russes du début du XXe siècle.

Le talmud aujourd’hui

Les écoles talmudiques sont consacrées à l’étude du talmud. En Israël, certains juifs orthodoxes passent toute leur vie à étudier le texte, c’est leur but ultime. Ils sont rémunérés par des dons qui peuvent s’élever à 500 dollars. Cette somme ne permet pas d’entretenir leur famille très nombreuse, parfois dix enfants. C’est leur femme qui travaille pour nourrir la maisonnée. Les orthodoxes et ultra-orthodoxes représentent plus de 20% de la population des juifs de plus de 20 ans en Israël, et leur nombre va en croissant. Les juifs représentent 75% de la population de l’État hébreu.

La Bible, mille ans de compromis

Cet article est inspiré par l’article de Jean-François Mondot paru dans « Les Cahiers de Science et Vie » consacré à la Bible.

Une longue tradition orale

Les récits de la Bible sont ancrés dans une longue tradition orale. Les clans qui composaient la société hébraïque se sont donnés des ancêtres prestigieux, associés à des légendes. Abraham est un personnage que le récit promène dans le sud de Canaan, à Hébron, tandis que Jacob, aussi appelé Israël, se situe dans le nord. Ces histoires qui devaient être contées lors des veillées sont souvent empruntées aux civilisations environnantes, comme le Déluge et la création du monde, mythes venant de Mésopotamie, le pays entre (mésos) deux fleuves (potamos) : le Tigre et l’Euphrate.

Cette oralité est si bien ancrée, que les rédacteurs successifs de la Bible ont dû composer avec des récits scabreux, comme celui d’Abraham qui fait passer sa femme pour sa sœur et l’offre au pharaon. Les exemples sont nombreux. On peut citer Noé enivré qui se fait violer par son fils Cham, Lot qui a pourtant trouvé grâce aux yeux de Dieu est violé par ses deux filles. Ou encore, Jacob (Israël) achète le droit d’aînesse de son frère pour un plat de lentilles et se fait bénir par Isaac, son père aveugle, en se couvrant le corps de poils de bête pour lui faire croire qu’il bénit son aîné, Esaü, très poilu d’après la Bible.

Jusqu’en 722 avant notre ère, les Hébreux formaient deux royaumes, Israël au nord, riche, bien intégré dans les réseaux commerciaux de l’époque et Juda, au sud, dans une région aride, comptant une vingtaine de hameaux autour d’un « village typique de montagne » : Jérusalem (selon Israël Finkelstein).

Note : Israël Finkelstein est directeur de l’Institut d’Archéologie de l’Université de Tel Aviv. C’est un grand spécialiste des données archéologiques sur les premiers Israélites. Ses travaux se basent uniquement sur les fouilles archéologiques, même si elles contredisent les récits bibliques.

En 722, Israël est envahi par les Assyriens et annexé à leur empire. Seul le royaume de Juda subsiste. Il va accueillir les réfugiés du nord. Jérusalem va s’étendre de 6 ha à 60 ha. De 2000 habitants, sa population va passer à 15000. c’est dans ce contexte que des liens vont se tisser entre les récits identitaires du nord et du sud. Abraham va devenir le grand-père de Jacob (Israël). Des récits totalement distincts vont se fondre en une histoire commune.

Les premiers écrits

Si la société hébraïque a une longue tradition d’histoires orales, elle va mettre longtemps avant de s’approprier l’écriture, qui existe pourtant depuis 3500 ans avant notre ère en Mésopotamie, région proche du foyer des Hébreux. L’écriture, basée sur l’alphabet phénicien de 22 lettres, se développe tout d’abord pour les transactions commerciales au VIIIe avant notre ère. Mais, il faudra attendre le règne du roi Josias (640-606 avant notre ère) pour voir apparaître la première mise par écrit des traditions.

La Bible, elle-même, met en scène l’apparition de ce document : il aurait été trouvé lors de la rénovation du temple. Il est lu en public. On ignore le contenu de ce texte, mais les chercheurs estiment qu’il devait contenir des éléments législatifs. Il s’agirait peut-être des chapitres 12 à 26 du Deutéronome, actuellement le cinquième livre de la Torah. Il faut garder à l’esprit que les 24 livres qui composent la Bible hébraïque aujourd’hui ont été rédigés individuellement et n’étaient pas destinés à former un ensemble.

L’exil : la rupture

Le royaume de Juda ne va pas survivre très longtemps au règne de Josias. Ses fils ne vont pas pouvoir faire face à l’invasion des Chaldéens venus de Babylone. En -597, Juda devient une province de l’empire babylonien, le roi est emmené captif à Babylone. Suite à une révolte, dix ans plus tard, Jérusalem est détruite, son temple pillé et incendié. Pour une partie de la population, l’élite et des artisans, c’est l’exil : leur avenir se poursuivra à Babylone.

C’est un coup très dur pour ce peuple très croyant : leur dieu les a-t-il abandonné ? Face au mauvais sort, les exilés vont s’organiser et se composer une histoire… glorieuse au service de YHWH. Dans cette histoire, YHWH ne les a jamais déçu, il a toujours protégé son peuple. Il suffit de le vénérer pour que tout rendre dans l’ordre.

La fin de l’exil

Et de fait, après 50 ans d’exil, l’empire babylonien s’effondre. Les Perses de Cyrus prennent le contrôle de la région et en -539, les Hébreux peuvent rentrer chez eux et reconstruire leur temple. Cinquante années se sont passées, peu d’exilés sont revenus, ce sont leurs enfants qui auront l’honneur de reconstruire Jérusalem qu’ils n’ont jamais connue.

Les nouveaux venus ont été installés par les Perses dans la nouvelle province de Judée. Un territoire exigu de 50 km de côté autour de Jérusalem. Ils vont falloir composer avec les Judéens habitant d’autres régions, comme les Samaritains, descendants des Israélites qui honorent YHWH sur le mont Garizim, près de la ville de Samarie, l’ancienne capitale du royaume d’Israël. Ainsi, la Torah, les cinq premiers livres de la Bible, ne cite jamais la ville de Jérusalem comme ville unique du culte de YHWH… mais bien le mont Ebal qui fait face au mont Garizim.

Ceux qui sont restés à Babylone, où ils faisaient du commerce lors de l’exil, ne sont pas oubliés. Abraham, figure locale typique de Canaan, est maintenant natif de Ur en Mésopotamie. Il viendra à Canaan sur l’ordre de Dieu. Il légitimise les exilés restés à Babylone.

Beaucoup d’Hébreux ont fui en Égypte lors de la prise de Jérusalem et y ont fait souche, surtout à Alexandrie. Pour eux, on ajoute la saga de Joseph, fils de Jacob (Israël) qui est devenu premier ministre du pharaon. L’Égypte est vue non plus comme une terre d’esclavage comme dans l’histoire de Moïse, mais comme une terre d’accueil.

Les Hébreux n’ont plus de roi. Ce sont les prêtres qui dirigent la communauté. Ils vont se réserver une place de choix dans les écrits qui s’élaborent. Ainsi, Moïse, le législateur, va se voir accompagné d’un frère, Aaron, ancêtre de tous les prêtres. Il est la parole de son frère, bègue. Au fil du récit de l’Exode, d’Égypte vers Canaan, le bâton de Moïse, avec lequel il a infligé les 10 plaies aux Égyptiens, symbole de son pouvoir, va devenir un attribut de son frère.

Les textes vont être composés sous la domination perse, de -539 à -333. La Torah aurait trouvé sa forme actuelle à cette période. Mais tous les chercheurs ne sont pas d’accord. Certains soulignent que la période grecque, après 333, époque de grande prospérité économique, démographique et intellectuelle serait la plus propice à la rédaction. Les manuscrits de la mer Morte (Qumran) ont été rédigés du IIIe siècle avant notre ère jusqu’au Ier siècle après.

La finalisation

Si les textes acquièrent une forme quasi définitive, les livres restent indépendants, la Bible n’existe pas encore. Aux premiers siècles de notre ère, les chrétiens parlent de la Loi et des Prophètes lorsqu’ils citent les livres sacrés. Ce n’est probablement qu’au IIIe siècle de notre ère que les livres seront rassemblés dans ce que les juifs appellent la Tanakh : TNK. T de Torah, l’Enseignement qu’une mauvaise traduction grecque a transformé en Loi. N pour Nevriim, les Prophètes et K pour Ketouvim, les autres écrits. Après 10 siècles, mille ans de compromis, la Bible est enfin achevée.

Les livres de la Bible n’ont jamais eu pour vocation d’être des récits historiques. Ils expliquent le monde, ils « donnent une identité culturelle et religieuse à un peuple qui a tout perdu » comme le dit Thomas Römer. Il ne faut donc pas s’étonner si on trouve dans la Bible deux récits, différents, de la création du monde, deux récits du Déluge, deux récits de l’alliance entre YHWH et son peuple. Ces récits viennent de sources différentes qu’il fallait concilier.

Note : Thomas Römer occupe la chaire des « Milieux blibliques » au Collège de France. C’est un des exégètes de la Bible les plus reconnus.

Éthiopie , pays des religions atypiques

Cet article est inspiré du dossier paru dans « Le monde de la Bible » n° 235 de décembre 2020.

Introduction

Bien qu’entouré de pays musulmans, l’Éthiopie, pays de la corne de l’Afrique, un des « berceaux de l’humanité », ne compte qu’un tiers de musulmans. Riche de son passé, il a su garder sa propre culture religieuse.

Ses habitants se nomment eux-mêmes les Habesha, les collecteurs d’encens. Ce nom, déformé par les grecs, a donné Abyssinie, l’ancien nom du pays. Sa population sémite aurait immigré depuis le sud de la péninsule arabique (Yémen) au 1er millénaire avant notre ère.

Au IVe siècle de notre ère, la ville d’Axoum, qui donnera son nom à un Etat, devient un acteur majeur du commerce entre l’Egypte et l’Inde grâce au contrôle de la navigation dans la mer Rouge. L’encens, l’or, l’ivoire, la soie et les épices transitent pas ses ports. Non ! La Mecque n’avait pas le contrôle de la route de l’encens entre le sud de la péninsule et le monde romain. Le transport ne se faisait pas à dos de chameau, mais par la mer.

Axoum deviendra le deuxième pays chrétien après l’Arménie. Il a développé une langue originale, le guèze, dont l’alphabet comporte 182 syllabes (!), composées d’une consonne et d’une voyelle. Depuis le IVe siècle, l’Éthiopie produit de nombreuses œuvres littéraires riches et variées. Le guèze est tombé en désuétude depuis le XIXe siècle, mais il reste la langue liturgique du rite chrétien.

Texte ancien en guèze
Le judaïsme éthiopien

On ignore quand le judaïsme s’est implanté en Éthiopie. Est-ce une réaction au christianisme ou au contraire, le christianisme s’est-il développé dans les communautés juives ? La question reste posée tant leurs pratiques et leurs observances se chevauchent. Les juifs d’Éthiopie prétendaient être les descendants du roi Salomon et de la reine de Saba, qui s’appelle ici Makeda. (Elle est appelée Bilqis au Yémen). Celle-ci, enceinte lorsqu’elle quitta Salomon, donna naissance à un fils Ménélik. Ménélik rendit visite à son père et ramena… l’Arche d’alliance en Éthiopie. Elle serait toujours conservée dans une chapelle de l’église Sainte-Marie-de-Sion où seul un prêtre peut la côtoyer en certaines occasions (Voir l’article sur l’Arche). Cette légende a été adoptée tant par les juifs que par les chrétiens.

Mais depuis 1990, il n’y a plus de juifs en Éthiopie ! L’intégralité de la communauté, soit 60.000 personnes, a émigré en Israël… où les Éthiopiens ne sont pas les bienvenus. Leur reconnaissance par les rabbins israéliens a donné lieu à de débats passionnés. Elle s’est assortie de conditions : les hommes ont dû faire don d’une goutte de leur sang, euphémisme pour dire qu’ils ont dû se plier à une seconde circoncision, et les femmes ont dû se soumettre à un bain rituel. Tous ont dû adopter le judaïsme normatif. Une grande partie de la communauté a conservé ses propres rites. La communauté est dirigée par des moines célibataires, des grands prêtres régionaux et des prêtres locaux ! Pas de rabbins.

Cérémonie chrétienne où une réplique le l’Arche est promenée.
Le christianisme éthiopien

Le christianisme éthiopien est apparenté au christianisme copte, les évêques ont été nommés par le patriarche d’Alexandrie jusqu’en 1959. Aujourd’hui, l’Église éthiopienne est indépendante, autocéphale, elle se proclame « Église orthodoxe », mais n’a rien à voir avec le rite gréco-russe.
La majorité de la population est chrétienne. Les chrétiens d’Éthiopie ne reconnaissent pas les conclusions du concile de Chalcédoine de 451 (voir l’article sur la nature de Jésus) : pour eux, Jésus n’a qu’une seule nature, ses natures divine et humaine ont fusionné.

Ce n’est pas leur seule particularité. Leur Bible comporte 81 livres, contre 73 chez les catholique et 66 chez les protestants. Ils pratiquent la circoncision, ils respectent le double repos sabbatique : celui du samedi et celui du dimanche et évitent de manger les aliments interdits par la Thora.

A côté d’églises de style classique richement décorées, l’architecture de certaines églises sont remarquables et surprenantes.

Elles peuvent être juchées dans des montagnes quasi inaccessibles ou creusées dans le sol, comme à Lalibela, ville qui doit son nom à un souverain qui régna aux environs de 1200.

Les fêtes ne sont pas moins originales, comme la fête de Timkat (baptême en amharique, une des 83 langues d’Éthiopie) qui a lieu en janvier et qui dure trois jours, de grande liberté pour les jeunes dans une société traditionnelle. C’est à cette occasion que les tabot, les copies de l’Arche d’alliance sortent des églises, accompagnées de musiques et de chants. Les cortèges convergent vers un même lieu, différent suivant les régions. Le plus célèbre est le site des bassins de Gondar, où les jeunes se lancent dans l’eau. La fête ne commémore-t-elle pas le baptême de Jésus ? Mêmes les musulmans s’associent à la fête.

Remarquons les couleurs des drapeaux de la seconde photo. Ce sont celles du pays, mais ce sont aussi les couleurs affichées par les « rastas » jamaïcains chantés par Bob Marley. Dans les années 1960, l’Éthiopie était une nouvelle terre sainte (Sion, prononcé Zayen dans les chansons) pour certains Jamaïcains qui considéraient l’empereur éthiopien, Haïlé Sélassié, le négus, le roi des rois, comme un messie. Le culte des rastafari pour Haïlé Sélassié est inspiré des mots du leader nationaliste jamaïcain Marcus Garvey, qui avait déclaré en 1920 : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir devrait être couronné, pour le jour de délivrance ». Haïlé Sélassié est le dernier roi d’une dynastie qui prétendait descendre du roi Salomon. Il a été assassiné lors d’un coup d’Etat en 1975 au grand dam de tous les Jamaïcains qui avaient émigré en Éthiopie.

L’islam éthiopien

La tradition musulmane raconte qu’à La Mecque, les disciples de Mahomet étaient persécutés par les notables. En 615, Mahomet leur conseilla de partir pour l’Éthiopie, où ils furent accueillis par le roi chrétien Ashama. La générosité du roi pour les transfuges a été récompensée par une fatwa de Mahomet : « Laissez les Éthiopiens en paix, tant qu’ils vous laisseront en paix. » L’Éthiopie était un Dar-al-Hyyad, un pays neutre, exempt de djihad. Et effectivement, lors de l’extension de l’islam, l’Éthiopie fut épargnée. Ce qui explique qu’aujourd’hui, elle reste à majorité chrétienne.

Il y eu bien au XVIe siècle, un émir, Ahmad ibn Ibrahim, qui s’attaqua au patrimoine chrétien, mais il fut vaincu avec l’aide des Portugais. La porte était ouverte aux missionnaires chrétiens, dont les jésuites, qui furent bien vite interdits de séjour et expulsés.

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite finance un vaste projet de conversion à l’islam wahhabite.

La circoncision

« Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus… » (Luc 2, 21). Jésus était juif, il fut donc circoncis. Dans l’Antiquité, la circoncision était déjà pratiquée par les Égyptiens. Une stèle du site de Saqqarah montre un prêtre accroupi pratiquant une circoncision sur un homme debout. Mais on ignore la portée de cet acte et son ampleur. La circoncision était-elle généralisée ou était-ce un marqueur social ? Cette pratique faisait horreur aux Grecs et aux Romains, qui l’assimilaient à une mutilation.

La circoncision, comme acte rituel, est une « obligation » religieuse pour tous les garçons juifs d’après la Bible. Elle se pratique le huitième jour de la naissance. En Genèse 17, 10-12, Dieu dit à Abraham : « Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, et ta postérité après toi : que tous vos mâles soient circoncis. Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. »

Le Coran n’en parle pas. Malgré la centaine de versets sur Abraham, pas de trace de la circoncision. Il faut recourir aux hadiths pour expliquer le rituel musulman. Quand les fidèles se posaient des questions comme « faut-il circoncire mon garçon ? », quelqu’un se souvenait des paroles du prophète : « j’ai entendu dire par X qui le tenait de Y que le prophète a dit… ». Et un nouvel hadith prenait vie. En 20 ans de révélations, Allah a fait descendre 6236 versets du Coran. Pendant la même période, Mahomet a prononcé des dizaines de milliers de hadiths. Entre autres, il aurait dit : « Cinq actes font partie de la nature saine originelle : la circoncision, le rasage du pubis, le fait de se couper la moustache, le fait de se couper les ongles et l’épilation des aisselles« .

Situations en Europe

En France

Autrefois, fête tribale ou rituel religieux, la circoncision est devenue une banale opération chirurgicale effectuée en clinique, bien souvent aux frais de la société, dans laquelle les communautés musulmanes et juives sont minoritaires. Donc, dans certains pays, c’est la Sécurité Sociale qui prend en charge l’acte médical, dans d’autres pays, ce sont les parents qui paient l’intervention. Ainsi, en France, une circoncision coûte environ 900 EUR aux parents.

En Belgique

En Belgique, en 2012, l’assurance maladie-invalidité (INAMI) est intervenue pour 25.286 circoncisions, pour un coût total de 2,476 millions d’euros, révèle le quotidien Le Soir (10/8/2012). Alors que certains s’interrogent sur la pertinence du remboursement de cet acte chirurgical, le nombre d’interventions prises en charge par l’INAMI aurait augmenté de 21% entre 2006 et 2011. On estime que depuis 25 ans, environ un garçon sur trois né en Belgique serait circoncis. Si aucune statistique officielle ne permet de distinguer les circoncisions effectuées pour raisons médicales, personnelles ou rituelles (l’INAMI n’impose pas au médecin de spécifier les raisons de la circoncision), selon les hôpitaux wallons et bruxellois, 80 à 90 % des cas répondraient à un impératif culturel et/ou religieux.

En 2017, le Comité d’éthique médicale des hôpitaux de Bruxelles, a émis un certain nombre de questions :

  • Est-il éthiquement admissible de procéder à une circoncision en dehors de toute indication médicale ?
  • Est-il éthiquement admissible qu’une circoncision en dehors de toute indication médicale soit pratiquée par un médecin et en milieu hospitalier ?
  • Est-il éthiquement admissible que cette intervention soit à charge de la sécurité sociale ?
  • Est-il éthiquement admissible que la loi traite différemment la circoncision masculine et la circoncision féminine (excision) ?

[NB : l’excision est qualifiée de “torture” selon l’article 3 de la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle est passible de 15 ans de prison et 150.000 d’amende en France, qui poursuit également les délits commis hors de son territoire. Tous les pays européens ont des législations équivalentes.]

Le Comité bruxellois précise : « Le simple fait de poser une question éthique, même lorsqu’elle entretient un rapport étroit avec des prescrits religieux ou des conformités culturelles, ne peut, dans une société pluraliste et tolérante comme la nôtre, être compris comme une atteinte à cette religion, à cette culture ou à la liberté de religion ou d’opinion et à la liberté de manifester celles-ci« .

Allemagne

En Allemagne, toujours en 2012, une polémique est née après une circoncision ratée par un médecin.
La justice allemande a estimé que la circoncision d’un enfant pour des motifs religieux était une blessure corporelle passible d’une condamnation. Dans son jugement, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que « le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision. Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse. Le droit d’un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents« .
Les droits des parents en matière d’éducation et de liberté religieuse ne sont pas bafoués s’ils attendent que l’enfant soit en mesure de décider d’une circoncision comme « signe visible d’appartenance à l’islam », poursuit le tribunal.
Mais le gouvernement n’a pas suivi la Justice. Le circoncision reste permise. On ne s’érige pas contre une communauté de 4 millions de personnes qui sont de potentiels électeurs. Depuis la fin des années 1970, tout ce qui touche à l’islam est devenu tabou. L’Europe a peur. Même les historiens hésitent à défendre des thèses allant à l’encontre de la tradition musulmane : la Sîra et les récits des expéditions et de la conquête, écrits au IXe siècle, sont devenus la référence.

L’idée que chacun puisse disposer de son corps à sa guise est très louable… mais contraire à la charia. Tout enfant né d’un père musulman est musulman de facto. Une musulmane ne peut épouser qu’un musulman… pour ne pas se laisser convaincre par son mari. On est musulman à vie : tout apostat est puni de mort. Cette loi a probablement été édictée au début de la conquête arabe lorsque les non musulmans se sont convertis en masse pour bénéficier des avantages accordés aux musulmans (respect, impôts, libertés). Une fois musulmans, ils ne pouvaient plus revenir à leur religion d’origine sous peine de mort.

Union européenne

En octobre 2013, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adopte, par 77 voix pour et 19 contre, la résolution 1952 invitant les États membres à prendre des mesures contre les « violations de l’intégrité physique des enfants« . Les parlementaires recommandent d' »adopter des dispositions juridiques spécifiques pour que certaines interventions et pratiques ne soient pas réalisées avant qu’un enfant soit en âge d’être consulté« .
Cette résolution, qui ne cite pas nommément la circoncision, n’a jamais été mise en application dans la législation des pays membres.

Deux poids, deux mesures : le tatouage

Dans la Bible, le livre du Lévitique 19, 28 proclame « Vous ne vous ferez pas d’incisions sur le corps pour un mort et vous ne vous ferez pas de tatouages« . Les rabbins justifient cette interdiction en rappelant que le corps est un don de Dieu, le temple du Seigneur. Il faut le conserver tel quel pour ne pas lui manquer de respect. Il était interdit aux mutilés de pénétrer dans le temple. Donc, pour les juifs, la circoncision n’est pas une mutilation, enlever le prépuce n’est pas une modification du corps, temple de Dieu ?

[NB : dans certaines sociétés tribales, on s’incisait le corps lors de la mort d’un proche pour marquer son deuil.]

La même interdiction des tatouages se retrouve, bien entendu, dans l’islam, bien que le Coran n’en parle pas.
A la question « Pourquoi les tatouages sont-ils interdits en Islam alors qu’ils n’ont aucun effet sur la santé ? « , un spécialiste de la loi islamique (un ouléma) donne un avis juridique (une fatwa) sur le site islamweb.net : le tatouage est considéré comme un changement dans la création d’Allah, donc interdit… mais pas la circoncision, ni l’excision.

Voici le texte intégral de la fatwa. Certains musulmans sont atteints de schizophrénie qui « se caractérise par des pensées ou des expériences qui semblent complètement détachées de la réalité, un discours ou un comportement désorganisé« . Vouloir appliquer des normes tribales d’un autre temps à la réalité d’une société interconnectée conduit inexorablement à un dérèglement mental. Satan doit être omniprésent dans leur monde.

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Sachez, qu’Allah, exalté soit-Il, est Sage dans Ses Lois et Ses Décrets. Toutes Ses Paroles sont véridiques et tous Ses jugements sont équitables. Il dit (sens du verset) : « Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité… » (Coran : 6/115). Sa Législation tout entière émane d’une parfaite Sagesse. Il nous rend licites des choses en raison de leurs immenses bénéfices et Il rend illicites des choses en raison de leurs immenses méfaits. Il se peut que l’être humain ne soit pas au courant de tous ces bénéfices et ces méfaits.

C’est pour cela qu’il incombe au musulman de se soumettre aux ordres d’Allah, exalté soit-Il. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir…  » (Coran 33/36)

Le mieux que nous puissions dire concernant l’interdiction du tatouage est que cette interdiction provient du Messager d’Allah et est une Révélation d’Allah, exalté soit-Il. Abû Djuhayfa a dit : « Le Prophète a maudit les tatoueuses et les tatouées. » (Boukhari : NB : Boukhari et Mouslim sont des collecteurs d’hadiths)

Il n’y a pas d’inconvénient à chercher la sagesse contenue dans certaines interdictions après  avoir cru et s’être conformé aux ordres pour augmenter la foi dans le cœur. Parmi les sagesses mentionnées par les oulémas figure le fait que le tatouage est un changement de la création d’Allah, exalté soit-Il. Certains hadiths font allusion à ce fait : «[…] modifiant ainsi la création d’Allah.  » (Boukhari et Mouslim). Aussi, le tatouage peut causer des dommages au corps et n’a aucun bénéfice véritable.

Sachez enfin que les tatouages n’ont aucune incidence sur les ablutions car ils se trouvent sous la peau et n’empêchent pas l’eau d’atteindre celle-ci.

Et Allah sait mieux.

Péché et rédemption

Définitions

Étymologiquement, le péché est une chute hors de la voie. C’est une transgression (à la loi religieuse), une désobéissance (à Dieu).

La rédemption, du latin « redemptio », le rachat, désigne dans le vocabulaire théologique chrétien l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. J’essaierai d’expliciter ce concept plus bas. Augustin d’Hippone (354-430), connu sous le nom de saint Augustin, a écrit : « Heureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur« .

Le péché dans le judaïsme

Le judaïsme n’insiste pas sur la notion de péché. Seul le péché rituel est pris en compte, et il est traité paternellement. Donc, rater un sabbat ou ne pas manger kascher ne conduit pas en enfer.
Un jour de l’année est particulier, c’est le Yom Kippour, le jour du grand pardon. Lors d’un jeûne de 25 heures entrecoupé de 5 prières, chaque juif demande que ses fautes envers Dieu lui soit pardonnées. Les fautes envers les hommes, elles, doivent être réparées, elles ne sont jamais pardonnées.

Dans des temps « anciens« , lors du Yom Kippour, le grand prêtre choisissait deux boucs, l’un était sacrifié à Dieu, l’autre emportait tous les péchés d’Israël dans le désert. C’est le rite du « bouc émissaire » relaté dans le livre du Lévitique 16, 15-22. Voici le texte des versets 20 à 22 (on est dans le désert, au temps de Moïse et de son frère Aaron) :

Une fois achevée l’expiration du sanctuaire, il fera approcher le bouc encore vivant. Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride.

On ignore si cette cérémonie a réellement été appliquée. Les fautes dont il est question, sont des fautes collectives, les manquements du peuple envers Dieu, on ne parle pas de fautes personnelles.

Le péché dans l’islam

Dans l’islam, toute transgression de la loi est assimilée à un péché. Ainsi, les péchés les plus graves sont l’hérésie, le polythéisme, la fornication, l’apostasie, les jeux de hasard, etc., tout ce qui est haram (interdit).

Le musulman utilise souvent l’expression « inch Allah », « si Dieu le veut ». Ce que corrobore le Coran (18, 23-24) :

Et ne dis jamais à propos d’une chose : « Je le ferai sûrement demain » sans ajouter « si Allah le veut », et invoque ton Seigneur quand tu oublies et dis : « Je souhaite que mon seigneur me guide et me mène plus près de ce qui est correct ».

On pourrait donc croire que toutes les actions sont déterminées par la volonté d’Allah. D’autant plus qu’à la sourate 8, 17, on lit : « Ce n’est pas vous qui les avez tué, mais c’est Allah qui les a tués… Allah est audient (NB : il peut entendre tout) et omniscient.« 

Or dans l’islam, comme dans tous les courants philosophiques, les oulémas débattent pour savoir si l’homme a son libre arbitre ou s’il est prédestiné. Ainsi « tout ce qui est généré par nos actes est notre action » s’oppose à « l’homme n’a qu’une connaissance partielle des effets de ses actes ». Entre ces deux extrêmes, on trouve : « si l’homme connaît la modalité de ses actes, il a le libre arbitre, sinon, l’acte doit être attribué à Allah« .

Ce débat était déjà présent en Mésopotamie, bien avant l’islam. Ainsi un texte s’interroge : « Pourquoi être irréprochable dans son comportement personnel, social et religieux si l’on peut être puni pour une faute dont on n’a même pas conscience ? A quoi servent les bonnes actions si elles ne garantissent pas une vie sans épreuves ? »

Le péché originel

C’est le nom que donnent les chrétiens à la cause du renvoi d’Adam et de Ève du Paradis dans le roman de la Bible.
Pour rappel, Adam a été créé à l‘image de Dieu. Pour le sortir de sa solitude, Dieu lui a façonné une compagne, Ève. Adam est libre dans le Paradis, une seule interdiction lui a été faite : ne pas « manger » de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent tente Ève qui pousse son compagnon à manger le fruit de cet arbre. L’exclusion du Paradis sera le châtiment pour cette désobéissance.

Dans l’Épître aux Romains 5, 12, attribuée à Paul, on lit « … de même que par un seul homme (Adam), le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, situation dans laquelle tous ont péché« .

Paul lie le péché originel à la mort. Or dans la Bible, rien ne dit qu’Adam et Ève sont immortels, au contraire. Lorsqu’il constate la désobéissance, Dieu dit « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal. Qu’il n’étende pas maintenant la main sur l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours » (Gen. 3, 22). Ce personnage énigmatique qu’est Paul (j’y reviendrai dans un prochain article) ne connaît pas la Torah alors qu’il a la prétention de diriger la vie spirituelle des premiers chrétiens.

D’après le raisonnement dogmatique de Paul, basé sur un récit mythologique, l’homme est souillé dès sa naissance. Il porte la responsabilité de la faute d’Adam qui lui est transmise par hérédité. Augustin d’Hippone reprend ce discours : l’homme est souillé par engendrement. Le baptême efface la souillure. Or comme on baptise les enfants, c’est la preuve qu’ils sont souillés dès la naissance. Le péché originel est un péché de chair. Pour lui, c’est sexuel !

Seuls les catholiques adhérent à ce dogme. Les protestants et les orthodoxes s’en sont éloignés.
Les juifs ignorent la conséquence de l’acte d’Adam, ils sont les élus de Dieu.
Les musulmans ont une interprétation différente (Co. 20, 115-123) :

Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam : mais il l’oublia et nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.
Et quand nous dîmes aux anges de se prosterner devant Adam, ils se prosternèrent excepté Iblis (le Diable) qui refusa.
Alors nous dîmes : « Ô Adam, celui-là est vraiment un ennemi pour toi et ton épouse (NB : elle n’a pas de nom). Prenez garde qu’il vous fasse sortir du Paradis, car alors tu seras malheureux.
Car tu n’y auras pas faim, ni ne sera nu.
Tu n’y auras pas soif ni seras frappé par l’ardeur du soleil.
Puis le Diable le tenta en disant : Ô Adam, t’indiquerai-je l’arbre de l’éternité et un royaume impérissable ? »
Tous deux en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité. Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles du paradis. Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s’égara.
Son Seigneur l’a ensuite élu, agréé son repentir et l’a guidé.
Il dit : « Descendez d’ici (NB : le paradis n’est pas sur terre). Vous serez tous ennemis les uns des autres (Note du Coran de Médine : on peut comprendre les humains et les diables). Puis si jamais un guide vous vient de ma part, quiconque suit mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux.

Péché et rédemption dans le christianisme

Pour le christianisme, l’homme est un pécheur et réside, jusqu’à sa mort, dans un monde soumis au Diable. Dans les évangiles, la plupart des miracles de Jésus sont des exorcismes, il chasse des démons.
Le péché est le fonds de commerce du catholicisme. La confession mensuelle était une obligation il n’y a pas encore longtemps et le prêtre était habilité à pardonner (ou faire pardonner) les péchés des paroissiens.
Je reviens sur la définition chrétienne de rédemption : « l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. » Elle amène plusieurs questions. De quoi Jésus sauve-t-il ? En quoi sa mort sauve-t-elle ? En quoi la crucifixion est-elle nécessaire à notre rachat ? Pour répondre à ces questions, j’ai consulté le courrier des lecteurs du quotidien catholique français La Croix espérant y trouver des réponses concrètes. Désillusion! Je n’ai trouvé que des lieux communs et des phrases vides de sens. Il faut dire que le sujet est délicat.

Florilège.
En quoi le Christ nous sauve-t-il ?
Le rédacteur prend d’abord une précaution : « Dès que l’on affirme que le Christ nous apporte le salut, les choses sont nettement moins claires« . Un théologien se porte à son secours (je résume) : Nous souhaitons tous le bonheur, aimer et être aimé, mais nous ne pouvons l’atteindre par nos propres moyens. Les chrétiens sont aimés par Dieu, gratuitement, c’est cela le salut que l’homme reçoit. Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour.
Par sa résurrection, Jésus donne l’exemple, elle ne sera pas la seule. Si le salut est offert à tous, il n’est pas automatique : il faut avoir la foi. Jésus ne te sauvera pas sans toi.

Quel lien entre la mort du Christ et nos péchés ?
Dans la réponse précédente, on nous disait : Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour. Qu’en est-il ici ?
Il faut revenir à des vérités simples : Jésus est mort et ressuscité pour nous les hommes, pour notre salut.
C’est tout ce qu’on peut tirer de la réponse.

La croix est-elle nécessaire à notre rachat ?
La réponse est un coupé-collé de la question précédente.
C’est le père jésuite Michel Souchon qui repond(ait). Il conclut par « Jésus nous a révélé le visage du Père, un dieu à visage humain qui veut aimer l’homme et non pas le faire payer. Révélation formidable pour nous les hommes et pour notre salut. Pour cette révélation, Jésus a mis en jeu sa propre vie, il nous a libéré du péché au prix de sa vie ».

Je suis désolé de vous avoir laissé sur votre faim, mais je ne peux pas faire mieux que des théologiens aguerris. Leur raisonnement est une boucle : salut – mort – résurrection. Au IIe siècle de notre ère, une des innombrables sectes chrétiennes, les gnostiques, ne croyait pas à la crucifixion, ni à la résurrection de Jésus. Pour les gnostiques, c’est l’enseignement de Jésus qui indiquait le chemin du salut.

Qu’est-ce qui a changé, sur terre, depuis la période de Jésus ? Rien, strictement rien. J’ai peine à imaginer que Dieu ait construit un complexe hôtelier tout neuf, appelé Paradis, pour accueillir les âmes sauvées par Jésus.

Les juifs dans l’empire romain

Des révoltes

Un article précédent (70 : Jérusalem incendiée par les légions romaines) nous a laissé devant Jérusalem dévastée, son temple et une partie de la ville incendiés. Nous étions en 70. De nombreux prisonniers ont été amenés comme esclaves à Rome et dans les grandes villes de l’Empire. Ils ont rejoint les Juifs fait prisonniers par Pompée en -63 lorsque les Romains ont arbitré une guerre de succession entre les fils d’Alexandra Salomé. Ces prisonniers ont pour la plupart été affranchis et se sont intégrés aux Romains. Parmi les nouveaux prisonniers se trouvait Flavius Josèphe qui avait eu la chance d’avoir été affranchi par l’empereur Vespasien dont il avait pris le nom de famille : Flavius. C’est grâce à son récit détaillé que nous connaissons les circonstances de cette guerre entre les Juifs et les Romains. Il a écrit « La Guerre des Juifs » en 7 livres en grec, à Rome, sous le principat de Vespasien. S’il a minutieusement détaillé son récit, il n’est pas pour autant objectif : il dédouane les Juifs, entraînés par des « séditieux », et il insiste sur les qualités de Vespasien et de son fils Titus. Il soigne sa situation.

Dans Jérusalem dévastée, la Xe légion a pris ses quartiers. Son enseigne arbore un sanglier… suprême injure pour les Juifs. Les Romains n’entreprennent aucune persécution contre les Juifs de leur empire : la guerre est restée un fait divers local.

Au début des années 130, l’empereur Hadrien est en tournée d’inspection dans son empire. En Ecosse, il a fait construire un long mur (le mur d’Hadrien toujours visible) pour tenir les Pictes, peuplade du nord, à l’écart de la Bretagne romaine. En Judée, il décide de bâtir une ville romaine nouvelle sur les ruines de Jérusalem. Il n’en faut pas plus pour déclencher une nouvelle révolte dirigée par Simon bar Koziba, appelé Bar Kochba (le fils de l’étoile) par ses partisans et par Bar Kozba (le fils du mensonge) dans le Talmud au IVe siècle. D’après le nom que lui donne le Talmud, on peut penser qu’il s’est présenté comme le Messie. On a peu d’information sur cette guerre, faite surtout de guérillas et pas d’affrontements directs. Elle durera trois ans et demi, de 132 à 135. Des pièces de monnaie indiquent que le calcul du temps a été revu :

On y lit l’an 2 de la libération d’Israël

Comme pour la première guerre, les Romains se sont désintéressés de celle-ci, seul Dion Cassius (IIIe siècle) nous révèle l’ampleur du carnage… avec quelques exagérations :

 Très peu survécurent. 50 de leurs postes les plus importants, 985 de leurs plus fameux villages furent rasés. 580.000 hommes furent tués dans les différentes opérations et batailles, et le nombre de ceux qui périrent par la famine, la maladie et le feu est impossible à déterminer. Ainsi, presque toute la Judée fut dévastée.

Sur les ruines de Jérusalem, Hadrien fera bâtir sa nouvelle ville, Aelia Capitolina. Aelius étant le nom de famille d’Hadrien. Les Juifs sont chassés de leur patrie. La Judée devient la Palestine : le pays des Philistins. De nouveaux esclaves arrivent dans l’Empire. Mais les Romains n’entreprennent aucunes représailles envers les Juifs malgré leurs rebellions.

Intégration

Comment vont se comporter les Juifs arrivés comme esclaves puis affranchis ou ceux qui voyagent pour le commerce ? Peu de textes s’intéressent à eux. Il faudra attendre le IVe siècle pour que les chrétiens se déchaînent contre eux. Nous devons donc avoir recours à l’archéologie qui nous apporte de précieux renseignements. A Rome, on a retrouvé la trace de vingt synagogues. D’après les inscriptions qui les ornaient, les Juifs étaient bien intégrés dans la société : ils parlaient latin ou grec. Il faut dire que l’hébreu, langue sacrée, langue de la Bible, n’était plus la langue parlée, même en Judée où l’on entendait le grec (à partir du début du IIIe siècle avant notre ère) et l’araméen, la langue « commerciale » imposée par les Perses dès le VIe siècle avant notre ère. L’hébreu de la Bible ne comporte que 8000 mots issus de 500 racines. A la même époque, le grec comptait 120.000 mots. L’hébreu n’était pas adapté à la vie courante. L’hébreu moderne, langue officielle de l’Etat d’Israël, a été « créé » à la fin du XIXe siècle par Ben Yehouda, de son vrai nom Éliézer Isaac Perelman Elianov, qui a rédigé le « Grand Dictionnaire de la langue hébraïque ancienne et moderne« … malgré l’opposition des ultraorthodoxes opposés à l’usage de la langue sacrée par des profanes. Ils continuent à utiliser le yiddish, langue issue de l’allemand.

Décoration d’une synagogue. Le texte latin est une dédicace d’une certaine Julia qui a fait don du pavement à la synagogue.

La présence de Juifs à Rome est aussi documentée par les tombeaux que l’on trouve dans les catacombes. Pas moins de 6 catacombes de Rome contiennent des tombes juives… parmi les tombes chrétiennes et romaines.

Détail d’un sarcophage juif

Sur le détail du sarcophage qui illustre cet article on voit une ménorah, le chandelier à 7 branches, porté par des personnages qui ne se distinguent nullement des Romains. Mais s’il faut en croire le chrétien Tertullien (150-220) dans Apologétiques 18, 9, on reconnaissait la femme juive à son voile :

« Le voile sur la tête est si coutumier aux femmes juives qu’on les reconnaît par là ».

Notons que la plupart des Romaines portaient un voile (le vélum) sur la tête lorsqu’elles quittaient leur domicile.

D’après Saint-Jérôme (347-420), qui a traduit la Bible en latin, les femmes chrétiennes ne devaient pas passer inaperçues à Rome. Il incitait les filles des patriciens romains à vivre recluses dans une pièce retirée du palais familial, à manger seules pour échapper à la tentation du regard d’un homme. Il leur demandait de jeûner souvent, de s’habiller de sombre. « La négligence et la malpropreté corporelle étaient élevées au rang de vertu », nous dit Catherine Salle, maître de conférences à l’université de Paris X, où elle enseigne la civilisation romaine.

Donc, les juifs ont vécu pacifiquement dans l’Empire romain, où ils se sont bien intégrés. Ils n’ont jamais été vu comme des ennemis, sauf dans certaines villes comme Alexandrie (Egypte) et Césarée (Judée) au Ier et IIe siècle de notre ère où ils étaient très nombreux dans une population à faible majorité grecque.

Et les chrétiens ?

La tradition, qui a la vie dure, fait des chrétiens des persécutés, obligés de vivre leur foi clandestinement, se cachant dans les catacombes… jusqu’à l’intervention de l’empereur Constantin (272-337). Foutaises ! Comme les juifs, ils avaient pignon sur rue, côtoyaient les hautes sphères du pouvoir (voir mes articles sur les martyrs). De plus, longtemps, les Romains n’ont fait aucune distinction entre les chrétiens et les juifs. Pour eux, la religion importait peu, ils distinguaient les gens par leur ethnie : un tel est Thrace, tel autre Judéen ou Germain, etc.

Il est vrai que les chrétiens ont dû subir des persécutions comme celles de l’empereur Dioclétien  (284-305), mais ils ne furent pas les seuls, les persécutions touchaient toutes les couches de la population tant la période fut troublée.

Jamais les religions juives ou chrétiennes n’ont été interdites par une loi comme le confirme le Code Théodosien qui reprend l’historique des décrets.

Le messie

Origine

Un messie est une personne consacrée par l’onction, l’application d’une huile sur sa tête ou son corps. Le mot vient de l’hébreu « mashia« , l’oint, traduit en grec par « christos« . C’est un concept juif qui est employé, la première fois, dans le livre de l’Exode (29, 7) : « Tu prendras l’huile d’onction, tu en répandras sur sa tête et tu l’oindras ». Ce texte fait référence à Aaron, le frère de Moïse qui est consacré prêtre de YHWH par ce geste.

Jusqu’au XIe siècle avant notre ère, les Hébreux étaient groupés en tribus et en clans, indépendants les uns des autres. Ils se choisissaient un chef, un juge, quand la situation les obligeait à s’unir. Un jour, ils décidèrent de se donner un roi. Saül, de la tribu de Benjamin, fut choisi. Il fut oint par le prophète Samuel qui à l’occasion prononça un discours mettant en garde contre la royauté (1er livre de Samuel : 8, 11-18) :

Tel sera le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char. Il les établira chefs de mille et chefs de cinquante ; il leur fera labourer ses champs, moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs et les donnera à ses serviteurs. Sur vos semences et vos vignes, il prélèvera la dîme et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes deviendrez ses serviteurs. Ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous vous serez choisi, mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.

Saül fut remplacé par David, de la tribu de Juda, qui fut également oint par Samuel.
Ce sont les seuls rois qui ont reçu le rite de l’onction.
Dans ces temps, l’idée de messie recouvre plus une fonction qu’un personnage.

La monarchie française a repris le rite de l’onction des rois. L’onction par le « saint-chrême », contenu dans la sainte-ampoule, officialisait le sacre du roi. Ce sacre, à ne pas confondre avec le couronnement qui était automatique à la mort du roi précédent, avait lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Reims. Cette cérémonie ne faisait pas du roi de France un messie. Le dernier roi sacré à Reims fut Charles X en 1825… la sainte-ampoule avait échappé aux révolutionnaires de 1789.

Le messie dans le judaïsme

En 586 avant notre ère, Jérusalem est détruite pas les Babyloniens de Nabuchodonosor (voir : Chronologie biblique). L’élite du peuple, la cour et les prêtres, est déportée à Babylone où les prêtres vont réfléchir sur les malheurs du « peuple élu de Dieu« . C’est à partir de cette réflexion que la plupart des textes de la Bible vont être mis par écrit et que l’idée d’un sauveur va voir le jour. Ce sera un homme de la lignée du roi David qui délivrera la terre d’Israël de l’occupation étrangère et amènera une ère de paix et de félicité permettant à toute la nation de se réunir à Jérusalem. Il annoncera l’avènement du royaume de Dieu. Petit à petit, le mot mashia (messie) devient synonyme de chef puissant, investi d’une mission divine.

Curieusement, le premier à bénéficier du titre de « messie » fut le roi des Perses, Cyrus, qui a vaincu les Babyloniens et permis aux Hébreux de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le temple, inauguré en 515 avant notre ère.

Le Ier siècle de notre ère a vu l’éclosion de plusieurs « messies » autoproclamés (voir l’article : Jésus dans les textes de Flavius Josèphe).
Le dernier en date se nomme Sabbataï Tsevi. Vers 1650, dans l’Empire ottoman, il draine des foules nombreuses lors de ses prêches. Il appelle les Juifs à s’installer à Jérusalem. Il prend des initiatives de plus en plus dangereuses pour l’empire. En 1666, il pousse les Juifs à la révolte pour prendre le pouvoir. Il est arrêté et emprisonné… Pour sauver sa tête il se convertit à l’islam.

Les Juifs attendent toujours le messie. Mais les différents courants du judaïsme ne sont pas d’accord sur sa nature. Sera-ce un homme ou simplement des temps messianiques qui verront s’instaurer une paix et une fraternité universelle ? Au XIXe siècle, en Europe, les temps messianiques ont même été assimilés à l’essor de la mécanisation, à la technologie.

Le messie dans le christianisme

Comme les Juifs, les chrétiens attendent toujours leur messie. Mais eux savent que ce sera Jésus qui est déjà venu et qui a promis de revenir très bientôt : « En vérité je vous le dit, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24, 34-35). On ne peut pas dire que lors de son ministère sur terre, Jésus se soit comporté en messie, tel que les Juifs l’espéraient. Certains historiens y voit la décision de Judas de le trahir. Judas est nommé « iscariote » qui pourrait vouloir dire « le sicaire« . Un sicaire était un révolutionnaire juif opposé aux Romains, dans la foule, ils poignardaient les « collaborateurs » à l’aide d’un petit poignard, un sica en latin. Ils ont participé à la révolte de 66-73 contre les Romains. La tradition chrétienne veut que « iscariote » soit compris comme « ish Kariot« , c’est-à-dire « l’homme de Kariot« . Kariot étant une ville… qu’il reste à découvrir !

Le messie dans l’islam

Le Coran associé 11 fois le terme « messie » à Isa (Jésus) : le messie Jésus (Isa al-Masih). Faut-il y voir une mauvaise interprétation de Jésus-Christ qui à l’époque était l’appellation courante de Jésus ?
Toujours est-il que les musulmans attendent le retour de Jésus à la fin des temps pour présider au Jugement dernier, récompenser les justes et punir les mécréants (voir : Jésus dans le Coran).

Ambiguïté !

Les chrétiens et les musulmans attendent la fin des temps qui sera précédée du Jugement dernier.
Mais quelle est l’utilité de ce jugement ? Les bons ne sont-il pas déjà au Paradis et les mécréants en Enfer ?

Cette ambiguïté n’a pas été héritée du judaïsme. Le judaïsme n’est pas unifié, il n’y a pas un dogme. Chaque école a ses propres idées sur l’après-mort et les temps messianiques.
Suivant les croyances, lorsqu’une personne meurt, elle est placée « endormie » sous les ailes de la Providence, quelque part dans les cieux, ou elle reste dans la sphère terrestre et vit dans les mémoires, ou encore, elle rejoint le jardin d’Eden.
La résurrection des morts est un thème secondaire, ce qui importe, c’est l’avenir de la communauté. Dans les évangiles, des sadducéens demandent à Jésus avec qui ressuscitera une veuve qui a épousé plusieurs frères ? De qui sera-t-elle la femme ? Les sadducéens appartenaient à un école qui rejetait la résurrection, aujourd’hui, certains courants du judaïsme écartent toujours cette idée.

Naissance de l’Etat d’Israël

D’après le film « Une terre deux fois promise » de William Karel et Blanche Finger.

Le sionisme

En 1894, le journaliste austro-hongrois, Théodor Hertzl assiste en France à la dégradation du capitaine Dreyfus dans un climat anti-juif qui le choque. En 1896, il publie un livre qui fera grand bruit… plus tard : « l’État des Juifs » dans lequel il prône la création d’un pays pour les Juifs : « Donnez-nous un bout de terre, on fera le reste« . Le sionisme est né. L’année suivante se tient à Bâle le premier congrès du mouvement sioniste qui appelle les Juifs à se libérer par eux-mêmes dans un pays : la Palestine, le foyer juif. Peu diffusée, cette idée ne sera pas un succès d’autant que, pour les rabbins de toutes tendances, la diaspora (la dispersion des Juifs hors d’Israël) est une punition de Dieu, seul le Messie peut reconduire les Juifs en Palestine.

En 1905, au 7ème congrès sioniste, après avoir envisagé l’Ouganda et l’Argentine, c’est bien la Palestine qui est choisie comme foyer juif. Pour les Européens, c’est une terre désertique. Grave erreur, elle est habitée par 500.000 Arabes et quelques milliers de Juifs qui vivent en harmonie.

En 1907, fuyant les pogroms en Ukraine, quelques étudiants sionistes idéalistes émigrent en Palestine (alors région de l’Empire ottoman) au cri de « ce pays est à nous ». Deux ans plus tard, ils créent le premier kibboutz. Pour eux, c’est une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Les Arabes ont déjà compris que l’affrontement sera inévitable.

Conséquences de la guerre 14-18

En 1917, l’état-major britannique pour le Proche-Orient, basé en Egypte, promet au shérif (chef religieux descendant de Mahomet) de La Mecque, Hussein ben Ali, la création d’un grand Etat arabe si une armée arabe aide les Britanniques à vaincre les Turcs ottomans (sujet du film « Lawrence d’Arabie »).
La même année, le ministre britannique des Affaires Etrangères, Lord Balfour, publie une lettre dans le Times du 2 novembre 1917, adressé à Lionel Rothschild, financier du mouvement sioniste :

Cher Lord Rothschild,

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.
Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

A la fin de la guerre, on se rend compte que les diplomates Sykes (GB) et Picot (F) avaient décidé dès 1917 de partager les territoires ottomans du Proche-Orient entre leurs pays. Oubliée la promesse faite aux Arabes. En 1920, cinq nouveaux Etats sont ainsi créés : le Liban et la Syrie sous mandat français ; l’Irak, la Palestine et la Transjordanie sous mandat britannique.

Les Arabes se sentent floué et le nationaliste Mohammed Rachid Rida répand l’idée que les Juifs dirigent le monde et sont les ennemis des Arabes. Les Protocoles de Sion, parodie anti-juive, qui ont été édités en 1903 en Europe, sont publiés au Caire en 1925 et à Jérusalem en 1926. L’antisémitisme qui était une notion européenne, gagne le monde arabe.

La Palestine britannique

La Grande-Bretagne organise un recensement en 1919 en incluant une notion ethnique. Il y aura deux catégories de Palestiniens : les Arabes (700.000) et les Juifs (70.000).

Entre 1920 et 1926, de nombreuses émeutes anti-juives ont lieu, s’opposant à l’immigration massive des Juifs dont la population double.

En 1933, Hitler est au pouvoir en Allemagne. Les premières lois raciales poussent les Juifs à émigrer vers la Palestine, encouragés par le gouvernement allemand. La seule condition pour obtenir un visa est l’abandon de tous ses biens. La tension monte d’autant plus que le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, adhère aux idées nazies et crée une légion arabe SS.

La Grande-Bretagne réagit : elle ne veut pas d’un Etat juif en Palestine. Elle arrête l’immigration juive.

En ,juillet 1938, à Évian, une conférence, réunie à l’initiative du président américain Franklin D. Roosevelt, débat sur l’accueil des Juifs persécutés par les nazis. On propose de les accueillir en Algérie. Le ministre français Henry Bérenger refuse. On propose alors la Palestine. Les Anglais, qui gèrent le territoire, refusent. Que faire ? La Suisse, submergée par les Autrichiens, fuyant leur pays qui vient d’être occupé, ferme sa frontière et instaure des visas pour les demandeurs d’asile. L’Australie se retire, elle ne veut pas importer le « problème juif » sur ses terres. Personne ne prend d’engagement et la conférence se termine sur une annonce « triomphale » : on va créer le CIR, le Comité Intergouvernemental pour les Réfugiés !

Conséquences de la guerre 39-45

Les Juifs d’Europe, survivants de la Shoah, regroupés dans des camps en Europe, tentent d’émigrer en Palestine. Ils sont refoulés par les Britanniques qui les parquent dans des camps à Chypre. Un diplomate américain dira au président Truman : « On traite les juifs comme l’ont fait les Allemands sauf qu’on ne les extermine pas« .

En 1947, face à la situation, une commission international de l’ONU propose de créer deux Etats en Palestine. C’est de la pitié pour les survivants de la Shoah, une réparation. Pour que la motion soit adoptée, elle doit obtenir 2/3 des voix des 56 pays représentés. Ce n’est pas gagné. La diplomatie s’active, Truman convainc les Philippines et Haïti de voter pour, en échange de prêts. La résolution passe de justesse 33 OUI contre 13 NON (et 10 abstentions dont la Grande-Bretagne). La Palestine est découpée.

Première guerre israélo-arabe : 1948

Le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël voit le jour à Tel-Aviv, Jérusalem étant en Transjordanie. Les Palestiniens juifs échangent leur passeport palestinien pour un document israélien leur permettant de voyager partout dans le monde… sauf en Allemagne. David Ben Gourion en est le premier ministre après avoir été, entre autres, président de l’Agence juive et chef de l’Haganah, l’armée clandestine juive lors du mandat britannique.

Tout a commencé par des attentats juifs et arabes. En mars 1948, deux cents habitants arabes de la petite ville de Dar Yassin sont tués parce qu’ils ont résisté à leur expulsion par l’Irgoun, un mouvement paramilitaire juif. La peur s’installe chez les Arabes. Les Britanniques qui ont maintenu l’ordre tant bien que mal quittent la Palestine. La guerre peut commencer. Tous les pays arabes attaquent Israël : l’Egypte, la Jordanie, l’Irak, la Syrie, le Liban, l’Arabie saoudite, le Yémen, des volontaires venant du Pakistan et du Soudan ainsi que des membre des Frères musulmans. La guerre n’a pas été préparée, elle est improvisée, mal coordonnée, elle va durer presqu’un an.

La création d’un Etat juif provoque l’arrivée massive des survivants de la Shoah, mal reçus lorsqu’ils voulaient rentrer chez eux. En Pologne, ils sont massacrés. En France, ceux qui ont bénéficié des biens confisqués aux Juifs manifestent dès juin 1945 en proclamant : « La France aux Français ». On y a même entendu des slogans comme « mort aux Juifs »  ou « les Juifs au crématoire »… un mois après la signature de la capitulation de l’Allemagne.
Cette immigration gonfle les effectifs de l’armée israélienne qui passe de 40.000 à 110.000 hommes en 6 mois.

Conséquences de la guerre de 1948

Contre toute attente, bien que mal armé, Israël sort vainqueur de cette guerre : en 1949, les différents pays arabes signent successivement une trêve avec le nouvel État.
On se rend compte aujourd’hui que l’initiative arabe fut une grave erreur. Les pays arabes réclament maintenant l’application de la résolution de l’ONU votée en 1947.

Durant la guerre, 300.000 Palestiniens fuient la Palestine vers les pays voisins, par peur des Juifs, mais aussi sur les conseils des pays arabes : « fuyez la guerre, vous reviendrez quand on aura exterminé Israël« . Pour se débarrasser des Palestiniens, les Israéliens ont mis à leur disposition des camions et des bateaux dans le port de Jaffa. A l’époque, personne ne s’émeut d’un tel déplacement de population : en Europe, des millions de personnes errent sur les routes. Les Arabes qui sont restés en Israël et ceux qui sont revenus ont reçu la nationalité israélienne. Ils représentent actuellement 20% de la population, soit un peu moins de 2 millions d’habitants. Tous les israéliens ont les mêmes droits, mais les musulmans ne sont pas tenus de faire leur service militaire.

Les pays d’accueil des Palestiniens ne tenteront jamais de les intégrer, les réfugiés n’auront pas accès à la nationalité, ils vivront dans des camps. Cette situation est voulue, elle maintient un conflit permanent entre les Palestiniens et les Israéliens qui refusent leur retour. L’idée d’un Etat palestinien est abandonnée.

Exode des Palestiniens

Suite à sa victoire, Israël regagne des territoires et occupe maintenant Jérusalem ouest. La vieille ville reste jordanienne. Les Juifs de Jérusalem-est sont expulsés par les Jordaniens.

Situation en 1949

Après la guerre, les Juifs sont expulsés d’Égypte, d’Irak, du Maroc et d’Aden. Alors que le pays n’avait accueilli jusqu’alors que les Européens, l’arrivée des Juifs d’Afrique provoque un choc culturel. Ils sont rejetés par la majorité de la population. Les 40.000 migrants d’Aden, incultes, sont même qualifiés de pré-primitifs !

Cette arrivé massive de migrants provoque une grave crise économique. Les biens de première nécessité sont rationnés.

Conséquence inattendue : la Grande-Bretagne est accusée de ne pas avoir soutenu suffisamment les pays arabes. Elle doit quitter l’Irak, la Jordanie, où les Britanniques viennent de mettre fin à leur mandat, et l’Egypte, où des troupes étaient toujours stationnées pour contrôler le canal de Suez,.

En 1967, une nouvelle guerre opposera Israël aux pays arabes (voir l’article : 1967, Israël conquiert Jérusalem).

« Nier l’existence de dieu est illogique »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la conclusion d’une démonstration mathématique décrite dans un dossier du magazine « Science & Vie » numéro 1235 d’août 2020 ! Voici mille ans que des philosophes puis des scientifiques essaient de démontrer l’existence de Dieu, d’Anselme de Cantorbéry (XIe siècle) à Kurt Gödel (1906-1978) au XXe siècle. Un chercheur allemand de l’université de Berlin, Christoph Benzmüller aurait réussi. Il a démontré, grâce à l’informatique, que « Dieu, dans sa définition la plus répandue en métaphysique existe nécessairement ».
Ce scientifique s’est spécialisé en mathématique et en logique. Il raisonne dans les disciplines qu’il maîtrise, faisant fi de la chimie, la physique et l’astrophysique. Il ne se demande pas comment Dieu aurait créé l’Univers ni pourquoi il aurait laissé la Terre vide d’hommes, ses « créatures », pendant 4 milliards d’années, se morfondant seul sur son trône, sans personne pour l’adorer.

La démonstration se fait en 12 étapes et conclut : « Dieu existe« . Reprenons les 3 premières étapes, elles seront suffisantes pour mon propos, d’autant plus qu’à partir de la quatrième étape, on introduit des concepts non triviaux comme l’exemplarité et l’essence.

  1. La définition de Dieu. c’est un être qui possède toutes les « propriétés positives ». Cette définition ne correspond donc à aucun dieu vénéré par les religions existantes. YHWH est un dieu jaloux, Allah aime qu’on le craigne et qu’on l’adore cinq fois par jour. Aucun n’a ces propriétés positives que sont l’empathie ou la tolérance.
  2. Viennent ensuite deux axiomes, des affirmations qui ne peuvent pas être démontrées. Dans la géométrie euclidienne, un axiome précise que deux droites parallèles ne se rencontrent pas. Ici, le point 2 pose qu’une propriété est positive sinon, c’est sa négation qui est positive.
    En mathématique, une propriété définit ce qui est propre ou particulier à un objet ou à un être. C’est un synonyme d’attribut, de caractéristique ou de qualité.
  3. La propriété se transmet : toute propriété engendrée par une propriété positive est positive.

Le troisième point suscite une grosse interrogation. Prenons un exemple qui n’a rien à voir avec la démonstration de Christoph Benzmüller : « Aimer Dieu » est-il une propriété positive de l’homme ? Si oui, « Tuer les ennemis de mon dieu », qui est engendré par « Aimer Dieu » est aussi une propriété positive. Or dans ma morale, ça ne l’est pas. L’axiome du point 3 n’est pas vérifiable dans toutes les situations, il n’est pas universel, il est donc faux et la démonstration est fausse. cqfd.

Nonobstant ce problème, la définition de départ est-elle correcte ? Dieu est-il la somme des propriétés positives ? Ce n’est pas la définition qu’en donnent les dictionnaires : Dieu est un « être éternel, unique, créateur et juge », qui comme je l’ai dit précédemment n’a pas toutes les propriétés positives. La définition de départ concerne plutôt la « perfection« . Donc, si on veut être précis la conclusion de la démonstration serait : « la perfection est une notion cohérente, elle est logique, elle existe »… bien qu’on ne la rencontre nulle part.

Et le diable ?

Science & Vie a demandé à Cristoph Benzmüller de soumettre le cas du diable à son programme. En partant de la définition que le diable a toutes les propriétés négatives, le programme conclut que le diable n’existe pas. « Etre tel qu’on est » est une propriété positive, donc le diable possède la propriété inverse : « Ne pas être tel qu’on est ». Il n’existe donc pas.

Ne pas tout jeter

La démonstration n’est qu’un volet du dossier de Science & Vie intitulé « Pourquoi on croit en Dieu« . Les autres parties du dossier sont (également) très intéressantes :

  • Les civilisations portées par un dieu se sont imposées.
  • La foi dope notre cerveau.
  • Dieu est une idée contagieuse. Dans cette partie, le généticien Richard Dawkins, est réhabilité. Je vais en parler.

Ainsi on apprend :

  • « Plus une civilisation est structurée et la population nombreuse, plus elle a de chances de vénérer un dieu puissant, moralisateur et vengeur »... (notes personnelles) et aussi belliqueux : il faut l’imposer aux autres. La civilisation juive n’a jamais été assez nombreuse pour imposer sa religion. Le judaïsme ne compte aujourd’hui que 15 millions d’adeptes (à comparer au 2.000 millions de chrétiens et de musulmans).
  • Les croyants en un dieu moralisateur et vengeur sont enclins à l’empathie envers les autres croyants en ce dieu. « Ce dieu encourage la confiance en l’autre, à condition que cet autre y croie aussi, bien entendu ». « La foi favoriserait la survie.« 
Richard Dawkins

Richard Dawkins, né en 1941, est un biologiste éminent, professeur à l’université d’Oxford. En 1976, il publie « Le gène égoïste » qui explique la théorie de l’évolution basée sur la mutation des gènes. Il y introduit la notion de « mème« , je vais en parler. En 2006, il publie « Pour en finir avec Dieu » qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires et qui n’est pas son livre le plus abouti.

Ce qui nous intéresse ici est la notion de mème, fortement critiquée à l’origine (1976) et aujourd’hui, généralement admise. Un mème est un élément d’une culture qui se transmet d’une génération à l’autre, particulièrement par imitation. Comme le gène, il peut muter en se transmettant, générant des évolutions culturelles. La mémétique est le domaine d’étude des mèmes, elle concerne surtout :

  • La propagation des rumeurs et des modes,
  • Les phénomènes d’adhésion à des mouvements culturels, idéologiques, politiques ou religieux,
  • L’apparition de variantes culturelles, d’innovation, de création.

Tous les objets des religions se sont transmis en se transformant, les mèmes des religions ont muté :

  • Jésus, probablement un prophète de l’apocalypse est devenu Dieu. (voir : la nature de Jésus).
  • Le Coran, simple recueil des révélations vécues par Mahomet est devenu « le » livre incréé dont l’original est dans les mains d’Allah (voir : le Coran)
  • YHWH, un dieu local dans le panthéon des Hébreux, est devenu « le » dieu unique et universel (voir : quand Yahvé est-il devenu le dieu des Hébreux).

A chaque fois, l’évolution de l’objet du culte s’est faite vers le sommet, la position la plus élevée, vers un point d’où toute évolution est devenue impossible. Le cas le plus flagrant est l’islam. Si le Coran est un livre incréé, il est impossible de contester ou de modifier son contenu. L’islam est figé à tout jamais. (voir : le mutazilisme, un islam éclairé).

Commentaire constructif de Pierre Nyst

Je n’ai pas lu l’article de Science & Vie sur cette « démonstration » de Christoph Benzmüller, mais elle me semble être une variante de plus de l’argument ontologique, utilisé par pas mal d’auteurs par le passé, allant de Boèce et Anselme, de Descartes à Spinoza, et dont la structure reste globalement invariante :
1.    Dieu est un être parfait.
2.    Une perfection qui ne comprendrait pas l’existence ne serait évidemment pas complète.
3.    Donc, Dieu est aussi doté de l’existence.
Cet argument est dit ontologique, car il appuie sa « preuve » sur la définition de ce qu’est l’être (ontos) de Dieu : il est dans l’être de Dieu d’exister.
(Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ontologique)

En plus des critiques et réfutations de cet argument, qu’on peut trouver à profusion sur Internet, j’ajouterai ceci :
1. Quelque chose qui n’existe pas ou dont on n’a pas (encore) prouvé l’existence ne peut être qualifié de parfait. Comme on cherche à prouver l’existence de Dieu, on ne peut donc baser cette « preuve » sur l’existence de Dieu, ni donc sur sa qualité d’être parfait. Le point de départ de l’argument ontologique est donc fallacieux puisqu’on ne peut qualifier de parfait quelque chose dont on doit encore prouver l’existence.
2. Si l’argument ontologique était valable, on pourrait s’en servir pour affirmer l’existence de toute chose dont aurait préalablement pris soin de dire qu’elle est parfaite : le Père Noël, la licorne bleue, la théière de Russell, etc.

D’un point de vue scientifique, je partage la position de Richard Dawkins quand il dit que la preuve formelle de la non-existence de Dieu est impossible.
En effet, comment prouver à l’aide des lois physiques de la nature, de l’univers, l’existence ou la non-existence de quelque chose de surnaturel, que les religions placent au-dessus des lois physiques ?
De même, comment prouver, par un raisonnement de logique, l’existence ou la non-existence de quelque chose dont la Bible déclare que les voies sont impénétrables (Job 11:7, Psaumes 139:17, Isaïe 55:8-9, Épître de Paul aux Romains 11:33) ?
D’ailleurs, comment prouver quoi que ce soit concernant quelque chose d’aussi flou, d’aussi peu précis, d’aussi mal défini que la notion de dieu ? Cela d’autant plus que chacun a sa propre définition de dieu, lesquelles définitions évoluent au fil du temps, au gré des avancées scientifiques et des reculades religieuses.

Enfin, si Christoph Benzmüller a malgré tout raison, alors Dieu et la foi mourront bientôt :
« Dieu meurt au contact de la preuve. » (Adolphe Gesché, prêtre et théologien belge, dans un entretien dans La Libre Belgique, 7 mai 2001)
« Si on prouvait scientifiquement que Dieu existe, cela détruirait la foi. » (cardinal Godfried Danneels)

L’arche d’alliance

Cet artefact n’est mentionné que dans la Bible. Je vais donc citer abondamment le texte de cet ouvrage. Je tiens à rappeler que la Bible n’est pas un récit historique. Elle reprend l’ensemble des légendes et des mythes fondateurs constituant le patrimoine culturel des juifs. Dans cet article, il va surtout être question de l’Exode qui, sous la conduite de Moïse, a mené les Hébreux de l’esclavage en Egypte à la terre promise : Canaan… après une errance de 40 ans dans le désert !
On peut se référer à trois articles pour approfondir ce sujet :

Moïse rencontre Dieu

Lors de traversée du désert, Moïse rencontre Dieu (YHWH) au sommet d’une montagne. Durant 40 jours et 40 nuits, Dieu lui donne des instructions pour la construction d’un ensemble d’objets sacrés, dont l’arche d’alliance, sanctuaire où il pourra résider parmi son peuple (Ex. 25, 8). Il décrit, de façon très précise, les objets nécessaires aux cérémonies, les rites, les habits des prêtres, les sacrifices, etc… cette longue description occupe les chapitres 25 à 31 du livre de l’Exode. A la fin de l’entrevue, Dieu remet à Moïse deux tables « du témoignage« , tables de pierre écrites de son doigt (Ex. 30, 18). On n’en sait pas plus, elles contiendraient la loi, les dix commandements. Remarquons que ce ne sont pas moins de 248 obligations et 365 interdits qui constituent la Loi d’après certains rabbins… mais personne n’arrive à ce nombre en décortiquant la Bible.
A son retour au camp de base, Moïse a la désagréable surprise d’assister à une orgie : les Hébreux ont construit un veau d’or qu’ils honorent par des chants et des danses. De rage, Moïse brise les deux tables de pierre que Dieu lui avait remises, en témoignage de leur rencontre (Ex. 32, 19).

Après avoir détruit l’idole et massacré 3000 Hébreux, Moïse retourne sur la montagne où Dieu l’attendait. Dieu pardonne et Moïse redescend avec deux nouvelles tables sur lesquelles il a écrit lui-même « les paroles de l’alliance, les dix paroles » (Ex. 34, 29). Ce sont les termes du « contrat » entre Dieu et son peuple.

La construction de l’arche
Reconstitution de l’arche d’alliance

Les objets du culte peuvent alors être fabriqués. L’arche mesurait 125 cm sur 75. Elle était faite de bois d’acacia, recouverte d’or à l’intérieur et à l’extérieur. Son couverte était orné de deux chérubins se faisant face : « c’est entre les deux chérubins qui sont sur l’arche du Témoignage que je donnerai mes ordres pour les Israélites ». (Ex. 25, 22)
Le mot chérubins ne doit pas nous induire en erreur, ce ne sont pas des angelots. Si en hébreu, l’expression signifie « ceux qui communiquent », en Assyrie, c’étaient des taureaux ailés à tête humaine.

L’arche va maintenant accompagner les Hébreux dans leur longue marche vers Canaan. On y enferme les tables de pierre rapportées par Moïse. Lors des étapes, elle est déposée sous une tente, mais pas n’importe quelle tente. Elle est soutenue par des colonnes de bois d’acacia plaqué d’or. Les trois couches de toile qui la recouvre sont posées sur des murs en bois d’acacia maintenus par des socles d’argent. La tente, appelée « tabernacle » dans la traduction latine de la Bible, est entourée d’une palissade pour délimiter l’aire sacrée, accessible uniquement aux officiants choisis dans la tribu de Levi (les lévites).

On peut s’étonner que des anciens esclaves disposent de tant d’or et d’argent, en plein désert. La Bible répond à cette légitime interrogation. Alors que YHWH a dévasté l’Égypte par les pires catastrophes, les Hébreux « demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. YHWH fit que le peuple trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui les leur prêtèrent. Ils dépouillèrent ainsi les Égyptiens » (Ex. 15, 35-36).

L’arche précède les armées lorsque les Hébreux partent conquérir Canaan. Puis la Bible va rester muette sur la destinée de l’arche jusqu’à la création de la royauté deux ou trois siècles après l’installation des tribus en terre promise. Je rappelle que rien dans ces récits n’est corroboré par l’Histoire ou les recherches archéologiques.

Le temple de Salomon accueille l’arche

L’arche ressort de sa résidence à Silo pour, de nouveau, suivre les armées du roi David. Lors d’une défaite des Hébreux, elle sera même capturée par les Philistins qui, constatant les malheurs qu’elle apportait, la rendirent aux Hébreux. Il est vrai que quiconque la fixait ou la touchait était frappé de mort à l’exception des lévites.

Un jour qu’il résidait à Jérusalem qu’il venait de prendre aux Jébuséens, David s’étonna, devant le prophète Nathan, d’habiter une maison de cèdre alors que Dieu (dans son arche) habitait une tente de toile (Samuel livre 2 : 7, 2). Il fut donc décidé, sur l’ordre de Dieu consulté par le prophète, de construire une maison de cèdre pour abriter l’arche. Ce n’est pas à David que reviendra cet honneur, mais à son fils Salomon (-970 à -931). Un temple fut donc bâti qui accueillit l’arche. Ce temple comportait trois pièces : le vestibule, la salle principale contenant le chandelier à 7 branches, une table sur laquelle 12 pains étaient disposés et un autel à encens (d’après Flavius Josèphe, la Guerre des Juifs, livre 5). La dernière pièce était le Saint du saint, il contenait l’arche, c’était la demeure de Dieu (voir mon article : du temple à l’église).

L’arche disparaît

Une fois installée dans le temple, l’arche disparaît… du texte biblique. Le temple sera détruit par les Babyloniens de Nabuchodonosor en 586 avant notre ère. Le second livre des Rois donne la liste des objets emportés par les Chaldéens (25, 13-17), mais pas de trace de l’arche. Lorsque le temple fut rebâti en -515, le Saint du Saint resta vide. Ni le grec Antiochus en -143, qui a emporté tout ce qui était or ou argent, ni Pompée en -63, qui profana le temple, n’ont parlé de l’arche. Pompée s’est même étonné du vide qui régnait dans le temple.

Où se cache-t-elle ?

Le second Livre des Macchabées au IIe siècle avant notre ère (qui n’est pas un livre canonique juif, mais bien chrétien) raconte que le prophète Jérémie, contemporain de la prise de Jérusalem par le Chaldéen Nabuchodonosor, emmena les objets du culte et les cacha dans une grotte du mont Nébo (actuellement en Jordanie), là où était mort Moïse. Mais la grotte se referma et personne ne connaît plus son emplacement.

Le Talmud de Jérusalem affirme que l’arche a été enfouie sous le temple par le roi Josias (-640 à -609). On se demande bien pourquoi. C’était le plus pieux des rois de Juda. Un autre passage du même Talmud nous dit que Jérémie l’aurait enterrée sous un magasin de bois.

En fait, l’arche aurait quitté le temple de Salomon bien plutôt… d’après une tradition éthiopienne. Salomon aurait fait don de l’arche à la reine de Saba dont il aurait eu un fils, Ménélik. L’arche serait dans l’église Myriam Seyon a Aksoum… mais personne ne peut la voir.

Conclusions

Est-ce que cet artefact a existé ou est-ce une légende ? Et si on changeait de point de vue ?
A la même époque, les peuples de la région (Proche Orient), les Phéniciens, les Nabatéens de Pétra, les Bédouins des déserts étaient accompagnés dans leurs déplacements par une pierre, où résidait l’esprit de leur dieu. Cette pierre s’appelle bétyle en français, mot venant de l’hébreu Beth El, la maison de Dieu. Les nomades adorent leur dieu à travers ce bétyle, les sédentaires lui construisent un temple.

Et si l’arche était un coffre dans lequel des Hébreux transportaient leur bétyle lorsqu’ils étaient nomades. Le texte biblique parle bien de « pierre de témoignage » et de « maison de Dieu« . Lorsque les Hébreux se sont sédentarisés, le temple a remplacé le bétyle. Il est donc normal que l’arche disparaisse du texte biblique lorsque Salomon la dépose dans le temple. Elle a terminé sa mission, Dieu a une nouvelle demeure.

La vraie arche ? (Détail (redessiné) d’un bas-relief assyrien VIIIe siècle avant notre ère)

On constate le même transfert dans l’islam. Les bétyles que les Bédouins transportaient lorsqu’ils venaient en pèlerinage à La Mecque ont été remplacé, une fois que l’islam s’est imposé, par un seul bétyle, la pierre noire, encastrée dans la Kaaba. Était-ce le bétyle de la tribu de Mahomet ? Umar, le deuxième calife aurait déclaré : « Si je n’avais pas vu le Prophète le faire (embrasser la pierre), jamais je ne l’aurais fait« .

Curiosité

Certains la cherchent, d’autres expliquent sa puissance : Robert Charroux (1909-1978), adepte de l’archéologie mystérieuse, y voit un générateur électrique de 500 à 700 volts, d’autres en ont fait un moyen de communiquer avec Dieu, les chérubins faisant office de haut-parleurs, c’est en effet ce qu’explique la Bible.