Je reprends ici, in extenso, la fin d’un article de Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine à Jérusalem.
Archéologie et politique
Quand la politique s’en mêle
Beaucoup d’archéologues se battent pour continuer à travailler sur la période dont ils sont spécialistes, même si leurs découvertes ne servent pas un discours politique et c’est tant mieux. Beaucoup sont ceux parmi eux qui se sont insurgés contre un projet de loi israélien, présenté en juillet 2024, visant à annexer toute l’archéologie dans les Territoires palestiniens. Officiellement, il s’agit « d’appliquer des mesures contre la destruction des sites patrimoniaux dans la zone B de la Cisjordanie« . Officieusement, d’après l’ONG israélienne Emek Shaveh, le but est de « restreindre le développement et même de procéder à des démolitions dans les zones désignées comme sites d’antiquités ou soupçonnées de contenir des antiquités« . Le texte justifie que « ces découvertes archéologiques appartiennent au peuple d’Israël » et « n’ont donc aucun lien historique ou autre avec l’Autorité palestinienne« .
C’est comme si les Italiens d’aujourd’hui décidaient d’annexer Nîmes, Arles, Lyon, Orange, Autun à l’Italie au motif que ces villes recèlent des trésors de l’illustre passé de l’Empire romain. L’ethnicisation de l’histoire est un contresens.
Comment se prononce de tétragramme YHWH ? Bizarrement, on n’en sait rien.
La légende veut que seuls les grands prêtres, une fois par an lors de la fête du Yom Kippour, la fête du grand pardon, puissent prononcer ce nom, seuls face à Dieu. Mais un grand prêtre est mort avant d’avoir révélé le secret à son successeur et, faute de transmission, depuis le IIIe siècle avant notre ère, la prononciation s’est perdue.
Au VIIIe siècle, lorsque des voyelles ont été ajoutées aux textes, le mot YHWH n’a pas été modifié.
Les juifs, lorsqu’ils rencontrent ce mot dans la lecture de la Torah, lui substituent « Adonaï », qui signifie Seigneur. Dans la vie de tous les jours et lors de la lecture du Talmud, les rigoristes utilisent « ha shem » : le nom.
En français, on a ajouté un A et un E ce qui donne : Yahvé. En allemand, un E, un O et un A a donné : Jéhovah.
D’après André Chouraqui, YHWH se prononçait Yah, Thomas Römer propose Yao.
Mais comment se prononce ce mot lorsqu’il est intégré dans le nom d’une personne ? Le premier ministre israélien s’appelle Mileikowsky et a changé son nom en Netanyahou, ce qui signifie « YHWH a donné », donc dans ce cas, YHWH se prononce Yahou. On le retrouve dans Elyahou, « le Seigneur est mon Dieu ».
Le rapprochement linguistique entre YHWH et Yahou n’est pas fortuit. Au début du Ve siècle avant notre ère, des mercenaires judéens, ayant fui les Babyloniens, se sont installés en Égypte où ils défendaient la frontière sud. Ils ont construit un temple sur l’île d’Éléphantine, face à Assouan, temple consacré à Yahou ou Yaho, ce qui semble être une ancienne prononciation de YHWH. Ce temple abritait d’autres dieux. Il sera détruit vers 410 à l’instigation de prêtres égyptiens.
Les religions abrahamiques ont un Dieu, créateur de tout, doté d’attributs sur lesquels les trois religions s’accordent. Il est omnipotent, il peut faire tout ce qui est logiquement possible, il est omniscient, il a la connaissance absolue de tout ce qui est, a été et sera, et enfin, il est bienveillant. On a placé la barre très haut. Mais quel piège : ces trois attributs sont incompatibles entre eux. Car s’il a créé toute chose, il a aussi créé le mal. Et c’est de cela qu’il s’agit. Démonstration.
De quel dieu parle-t-on ? Du dieu de la Bible hébraïque (l’Ancien Testament) : YHWH. Dans le second chapitre, je parlerai d’Allah et du Coran. Et qu’est-ce que le mal ? Le mal se réfère à tout ce qui cause des souffrances, des injustices et des torts. Bien entendu, je ne parlerai pas de la vraie vie, mais des récits racontés dans les livres considérés comme sacrés par des milliards d’individus, c’est-à-dire inspiré par Dieu.
Pourquoi considérons-nous Satan comme le méchant de l’histoire biblique, l’origine du mal ? Relisons la Bible.
Actuellement, des bulldozers sont en train d’araser ce qu’il reste des bâtiments détruits par les bombardements israéliens. Sur ces ruines s’élèvera une toute nouvelle ville : Gaza 2035, calquée sur Dubaï… selon le gouvernement israélien.
Quelles que soient les exactions de l’État d’Israël, les États-Unis honoreront toutes les commandes d’armement et ils opposeront leur veto à toutes les résolutions de l’ONU qui déplaisent à Israël. Pourquoi ? La raison est illogique et montre que la bêtise humaine n’a pas de limite. C’est angoissant!
L’auteur dénonce la falsification de l’Histoire pour créer un lien entre les habitants de Judée du premier siècle et les Israéliens d’aujourd’hui. Les Israéliens croient que les Juifs sont de retour sur la terre de leurs ancêtres après avoir été chassés par le général et futur empereur romain Titus en l’an 70 de notre ère. C’est le retour de la diaspora après l’exil forcé. Mais c’est historiquement faux.
Ce principe est inscrit sur les billets de 50 shekels (environ 12 EUR) représentant le prix Nobel de littérature Shmuel Agnon (1966). Il a déclaré lors de la cérémonie de remise de son prix : « Je suis né dans l’une de ces villes de l’exil, issue de la catastrophe historique au cours de laquelle Titus, le gouverneur romain, détruisit la ville de Jérusalem et exila Israël de son pays…« . Prix Nobel de littérature, mais pas d’histoire !
J’ai déjà consacré un article à la signification d’être juif ou Juif. Le juif adhère au judaïsme, le Juif fait partie de la communauté juive, qu’il soit pratiquant ou non. Il vit entouré de juifs et baigne dans la culture juive.
Le mot sémite désigne les personnes dont la langue appartient à un groupe linguistique originaires du Proche-Orient. Sont donc sémites les Akkadiens, les Chaldéens, les Araméens, les Phéniciens, les Hébreux et les Arabes. L’origine du mot est le personnage biblique de Sem, fils de Noé, dont descendraient ces personnes. Dans ce groupe, on retrouve donc les Arabes et certains Juifs. Tous les Juifs ne sont pas sémites, les ashkénazes ne le sont pas, comme nous le verrons dans un prochain article. Il est donc paradoxal de dire qu’un Arabe a commis un acte antisémite, sauf que dans le langage populaire, sémite est devenu abusivement un synonyme de juif !
Être sioniste c’est adhérer aux idées d’un mouvement politique, le sionisme, apparu à la fin du XIXe siècle qui prônait la constitution d’un État juif. Aujourd’hui, le sionisme se concentre sur la Palestine : l’État juif doit s’implanter dans les terres « données par Dieu » à son peuple élu. C’est devenu un mouvement radical qui vise à coloniser toute la Palestine. L’État juif doit se consolider en se purifiant (épuration ethnique) et en s’étendant aux limites du royaume mythique de David.
Il ne faut pas être juif pour être sioniste. La plupart des Américains, y compris les présidents, le sont à des degrés divers, qu’ils soient protestants (Donald Trump), catholiques (Joe Biden) ou évangéliques. Mais certains juifs, habitants d’Israël, ne sont pas sionistes et rejettent la colonisation.
Synthèse
juif se réfère à une religion, sémite à une ethnie ou une langue et sioniste à un mouvement politique.
Israël
Les premiers sionistes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle étaient des juifs laïcs, parfois athées, qui désiraient mettre le « peuple » juif à l’abri des pogroms fréquents dans l’est de l’Europe. Pour cela, ils préconisaient la création d’un État juif. Ils ne visaient pas nécessairement la Palestine. L’Ouganda avait même été proposé. Lors de la création de l’État d’Israël en 1948, le choix du nom ne s’est pas imposé naturellement. Au IXe siècle avant notre ère, deux royaumes concurrents s’étaient développés à Canaan : Juda autour de la ville de Jérusalem et Israël autour de Sichem. Juda était un royaume pieux dirigé par les descendants du roi David, Israël était un État impie. Donc, le choix de Juda ou Judée s’imposait. Mais cela faisait de tous les habitants des Juifs, ce qui n’était pas acceptable, car des Arabes musulmans peuplaient la Palestine. Sion est venu en second lieu. Sion est un autre nom de Jérusalem. Mais tous les habitants auraient été des « sionistes », ce qui n’était pas le cas, même parmi les juifs. Donc restait Israël, dont il fallait s’accommoder.
Le plan de partage proposé par l’ONU n’a jamais fait l’objet d’un référendum comme prévu : l’ONU n’a pas le pouvoir d’attribuer une terre à un groupe d’individus. Israël a proclamé son « indépendance » unilatéralement. Le partage n’a jamais été accepté par les Palestiniens. Lors de la guerre qui s’ensuivit en 1948, environ 700 000 Palestiniens sur les 900 000 habitants sont expulsés ou s’enfuient. C’est la nakba, la « catastrophe ». Les Palestiniens qui sont restés se voient attribuer un passeport israélien. Ils ont des droits égaux, ils peuvent voter et créer des partis.
En 1967, après la guerre des « six jours », Israël occupe une série de territoires palestiniens (carte 3). Les Palestiniens de ces zones n’ont aucun droit. Ils sont expropriés de leurs maisons ou de leurs terres selon le bon vouloir de l’occupant israélien.
Depuis lors, en Cisjordanie (carte 4), ce qui reste du territoire palestinien « indépendant », des colons juifs s’installent dans les campagnes, occupant des terres appartenant à des Palestiniens chassés de chez eux. En ville, le même procédé est employé : des maisons sont confisquées et les colons s’y installent. Les colons érigent des murs pour se séparer des Palestiniens qui doivent faire de longs détours pour vaquer à leurs occupations. Des centaines de Palestiniens sont arrêtés sans raison et maintenus en prison sans jugement. L’ONU condamne, les États-Unis opposent leur veto.
Gaza n’a pas toujours été un ghetto de 400 km² où s’entassent 2 millions de reclus. C’est une ville vieille de plus de 4000 ans, construite par les Égyptiens pour contrôler le passage vers le Sinaï. Dans l’Antiquité, elle fut une ville prospère, elle devint un centre culturel sous les Romains. Au Moyen-Age, sa région fut stratégique avant de se faire absorber par l’Histoire. De son passé, elle gardait un précieux patrimoine qui vient d’être détruit. Survolons l’histoire de Gaza, sa place dans la Bible, puis jetons un coup d’œil sur son patrimoine