Néron a-t-il persécuté les chrétiens ?

C’est une croyance fortement ancrée dans la tradition chrétienne : il FAUT que Néron ait persécuté les chrétiens puisque les apôtres Pierre et Paul sont morts à Rome sous Néron. Je traiterai de la mort de Pierre et de Paul dans un autre article.

La tradition est basée sur un texte de Tacite écrit vers 130, mais dont nous n’avons que des copies issues des monastères… datant du XIe siècle ! Dans ce récit, Néron accusé (à tort) d’avoir incendié Rome en 64 désigne les chrétiens à la vindicte populaire.

Or à l’époque de Néron, les Romains ne connaissent pas les chrétiens, ils n’identifient que des juifs. Comment le savons-nous ? Indirectement par Pline le Jeune qui, vers 112, demande à l’empereur Trajan comment il doit traiter les personnes qui se réunissent le matin pour chanter des louanges à Christos, comme si c’était un dieu. Or Pline le Jeune est non seulement un lettré qui a décrit parfaitement l’éruption de Vésuve en 79, mais il a été consul à Rome sous Domitien qui, toujours selon la tradition, aurait été un grand pourfendeur de chrétiens. Si Pline ne connaît pas les chrétiens, c’est qu’ils n’étaient pas « visibles » en tant que tel que Rome.

La professeure Marie-France Baslez défend, du bout des lèvres, la tradition dans un article d’Historia : « Saint Paul, sa mort reste un mystère » (mai 2018) arguant que les chrétiens se seraient réjouis de la destruction de Rome, eux qui attendaient le retour du messie. L’argument est intéressant, mais … Ne doit-on pas attribuer cette réjouissance aux juifs qui eux attendaient un messie-roi libérateur du joug romain et qui deux ans plus tard vont se révolter contre eux en Judée… alors que les chrétiens restent à l’écart de cette guerre, si on en croit la tradition.

Le Christ source de désordre à Rome sous Claude ?

Dans la Vie des Douze Césars, rédigée vers 120, Suétone raconte un fait qui se serait déroulé sous l’empereur Claude en 49 :

« Les juifs provoquaient continuellement des toubles à l’instigation de chrestos, il (Claude) les chassa de Rome ».

Qui est ce « chrestos » ?

Beaucoup de traducteurs indiquent Christos (le Christ) avec une majuscule… or à cette époque, en grec et en latin, on ne peut pas faire de distinction entre minuscules (inexistantes) et majuscules.

En grec, « chrestos » signifie « bon » et « christos », « messie ».
« Chrestos » apparaît 7 fois dans les évangiles dans le sens de « bon ».
Et si à la place de « chrestos », il fallait lire « christos », rien n’indique que celui-ci soit Jésus. A cette époque, Flavius Josèphe s’en fait l’écho, plusieurs messies juifs auto-proclamés prêchent dans les synagogues.

Les Actes des Apôtres, parlent de cette expulsion (18, 2) sans la rapprocher d’un mouvement chrétien :

« Il (Paul) rencontra là (à Corinthe) un juif nommé Aquila, originaire du Pont, qui venait d’arriver d’Italie avec sa femme Priscille. Claude, en effet, avait décrété que tous les juifs devaient quitter Rome. »

Chrestos n’était donc pas Jésus.

La « Vie des Douze Césars » couvre les règnes de César à Domitien (César, Auguste, Tibère, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellus, Vespasien, Titus et Domitien).
Suétone n’y parle jamais des chrétiens, pourtant, il écrit vers 120, sous l’empereur Hadrien dont il fut le secrétaire, et il n’hésite pas à noircir le règne des Césars dont il dénonce la cruauté.

 

Elohim est-il un pluriel ?

Dans le livre « Les religions monothéistes face à l’Histoire » (éditions Amalthée), j’ai écrit :

« [Dans la Bible,] il y a deux récits de la création dont les auteurs sont différents. Le premier récit (Gn. 1,1-2,4a) met en scène Elohim et le second (Gn. 2,4b-3,24), YHWH. Or Elohim est le pluriel de Eloha (ou El) qui signifie « dieu » et qui donne en arabe Allah. »

Cette subtilité n’apparaît pas dans les traductions françaises de la Bible ou les deux mots sont traduits par « Dieu », sauf dans la Bible éditée par la Pléiade.

Elohim est bien un pluriel car en hébreu, il n’y a pas de pluriel de majesté. On doit donc lire « les dieux » ou « les divinités ».

Le problème n’a pas échappé aux kabbalistes, ces mystiques juifs qui apparaissent en Europe de l’est à partir du X° siècle. Comment l’élucider ?

Dans un des livres de la Kabbale, le Zohar, on lit que Dieu fit faillir une étincelle qui fut appelée MI (qui signifie « qui ? » en hébreu), elle créa ELEH (ceux-ci). Les lettres des deux mots Eleh et MI se mêlèrent alors pour former le nom complet Elohim. Je rappelle que la Kabbale est l’aspect ésotérique du judaïsme… il ne faut pas chercher à comprendre.

D’autres kabbalistes justifient le pluriel par la puissance de Dieu qui contiendrait toutes les qualités.