1979 : que le djihad commence !

On peut parler d’un « effet papillon » : un événement local a eu des répercussions internationales. En 1979, une rébellion contre le pouvoir saoudien, jugé trop laxiste !, va amener à la création de groupes djihadistes comme Al Qaïda ou DAESH.

A la Mecque, en cette fin novembre 1979, le grand pèlerinage, le Hajj, touche à sa fin. 50.000 fidèles fréquentent encore la Grande Mosquée dont les récents travaux d’embellissement et d’agrandissement, ont été exécutés par la famille Ben Laden, proche de la famille royale. Le 20 novembre, plusieurs centaines de fondamentalistes islamistes armés font irruption dans la mosquée et prennent une centaine de fidèles en otage. Son chef, Juhaiman, est un opposant à la famille régnante à qui il reproche son laxisme, sa corruption, son luxe, son goût immodéré pour les images. Le portait des membres de la famille royale s’affiche sur les immeubles et leur photo est imprimée sur les billets de banque qui circulent dans la mosquée, suprême blasphème dans une religion où la représentation des personnes est proscrite.

billet

Juhaiman considère également la famille Séoud comme des usurpateurs, ayant chassé le chérif de La Mecque, gardien des lieux saints et « descendant de Mahomet », entre 1927-1932, avec l’aide des Britanniques qui avaient pourtant requis l’aide du chérif en 1917 (célèbre fait d’armes du lieutenant Lawrence). Mais la région de Riyad, fief de Séoud, prospectée dès 1930, se révélait riche en gisements pétroliers. Ils seront exploités à partir de 1937.

Le gouvernement saoudien reste indécis : comment déloger les rebelles alors qu’il est interdit de porter les armes dans les lieux saints : « Ne leur (les infidèles) livrer pas combat près de la mosquée sacrée » (Co. 2, 192). Les oulémas se réunissent en hâte et après de longues palabres ordonnent l’assaut. Le 22 novembre, la garde nationale attaque les rebelles, c’est un échec. 127 soldats sont tués et les rebelles se réfugient dans les caves de la mosquée, avec leurs otages.

Ce qui va suivre n’est pas très clair, différents versions circulent, suivant les sources gouvernementales, policières ou militaires. Ce qui est sûr, c’est que le roi Khaled ben Abdelaziz fait appel à ses alliés. Les Américains hésitent, la France s’engage. De source officielle française, trois membres du groupe d’intervention de la gendarmerie (GIGN) s’envolent vers Ta’if à 60 km au nord de La Mecque. Ils emmènent avec eux 300 kg d’un gaz incapacitant, le 2-chlorobenzylidène malonitrile (appelé aussi « CS », des initiales de Corson et Stoughton, chimistes qui ont synthétisé la molécule). Ils ont pour mission de former les gardes saoudiens pour l’assaut qui a lieu le 4 décembre et au cours duquel 244 rebelles sont tués. Une version non officielle affirme que l’assaut a été dirigé par le GIGN dont les membres avaient été convertis à l’islam lors d’une brève cérémonie. Mais cette version aurait été très mal perçue dans les pays musulmans.

Le 9 janvier 1980, Juhayman et 62 autres prisonniers sont, sans jugement, décapités en public dans différentes villes pour servir d’exemple.

Épilogue

Un vent de radicalisation va souffler sur l’Arabie Saoudite. Les cinémas sont fermés, les affiches publicitaires occidentales enlevées, la stricte séparation des femmes et des hommes dans les lieux publics est décrétée. Il est conseillé aux hommes de se laisser la barbe. La police religieuse, renforcée, veillera à l’application des nouvelles dispositions.

Le train de vie de la famille régnante ne sera pas modifié, mais elle va encourager le djihad : les jeunes sont invités à aider leurs frères musulmans à bouter hors d’Afghanistan les infidèles. Les Américains formeront les candidats et fourniront les lance-missiles, les Israéliens livreront les Kalachnikovs, les Saoudiens financeront le djihad : « Ô vous qui croyez, combattez ceux de vos voisins qui sont infidèles. Qu’ils vous trouvent durs. Sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent. » (Co. 9, 123).

En octobre 1981, Amour El Sadate est assassiné par des anciens membres des Frères Musulmans dont le parti avait été interdit lors d’une purge nationale qui avait touché les communistes, les islamistes, les coptes, les féministes, etc. Les opposants radicaux vont se joindre au djihad.

Dans un premiers temps, les Saoudiens ont accusé l’Iran (chiite) d’avoir organisé la rébellion, ce qui s’est révélé inexact, il n’y avait aucun iranien parmi les assaillants. Qu’à cela ne tienne, il faut en finir avec l’Iran qui fait de l’ombre (religieuse) aux wahhabites saoudiens. On persuade Saddam Hussein d’attaquer son voisin, l’Arabie et le Koweït pourvoiront au financement. Le 22 septembre 1980, les troupes irakiennes passent la frontière. La guerre durera 8 ans.

A la fin de la guerre, le Koweït a l’outrecuidance de réclamer le remboursement des prêts consentis. Le première guerre du Golf commence… la région sera déstabilisée pour de nombreuses années. Le ailes du papillon ont brassé beaucoup trop d’air.

Un commentaire sur “1979 : que le djihad commence !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s