La fête des rois ? Quels rois ?

Épiphanie

Le 6 janvier, c’est l’Épiphanie pour les chrétiens. Ce mot, qui vient du grec, signifie « manifestation » ou « apparition« . De quelle manifestation s’agit-il ? L’objet de la célébration dépend du rite de l’Église.

Les orthodoxes célèbrent le baptême de Jésus? Non pas son baptême juif, qui a eu lieu huit jours après sa naissance (selon l’Évangile de Luc), mais son baptême par Jean le Baptiste sur le fleuve Jourdain alors qu’il avait une trentaine d’années.

L’Église arménienne célèbre la naissance de Jésus.

Tandis que les catholiques célèbrent la venue des « rois-mages ».

La naissance de Jésus dans les évangiles

Seul Évangile de Matthieu parle des « mages » :

« Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : où est le roi des juifs qui vient de naître ?« 

Matthieu et Luc ne sont pas d’accord sur les circonstances de la naissance de Jésus. Or ce sont nos seules sources, les autres évangiles restent muets à ce sujet, et les autres livres canoniques n’en parlent pas. Voici un résumé des faits.

Dans l’ Évangile de Matthieu
  • Hérode est le roi de Judée.
  • Les parents de Jésus habitent Bethléem.
  • C’est donc dans leur maison que naît Jésus.
  • Des mages venus d’Orient parlent de sa naissance à Hérode.
  • Puis, en mission d’espionnage pour le roi, ils viennent rendre hommage à l’enfant, lui offrant de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
  • Avertis en songe des noirs desseins d’Hérode, ils ne repassent pas par Jérusalem renseigner Hérode sur le lieu de naissance de Jésus lors de leur retour au pays.
  • Joseph avertit de même fuit avec sa famille en Égypte.
  • Hérode dupé fait assassiner tous les enfants de Bethléem de moins de deux ans. Le massacre n’est pas corroboré par l’Histoire. Alors que la tradition parlait de milliers d’enfants tués, aujourd’hui, la Catholic Encyclopedia parle d’une vingtaine d’enfants et conclut que ce petit nombre explique que l’événement n’ait pas été commenté.
  • Après la mort d’Hérode, Joseph, Marie et Jésus viennent s’installer à Nazareth, en Galilée. Étrange le choix de cet endroit ! A la même époque, la région de Sépphoris, dont Nazareth était un village, est le centre de la révolte d’un certain Judas, descendant des Hasmonéens. La révolte sera matée, dans la sang, par les légions romaines de Varus, venant de Syrie. Deux mille rebelles seront crucifiés.
Dans l’ Évangile de Luc
  • Hérode est le roi de Judée. C’est la seule correspondance entre les deux récits !
  • Joseph et Marie habitent à Nazareth en Galilée.
  • Joseph emmène sa femme enceinte à Bethléem pour participer au recensement organisé par les Romains. Il serait un descendant du roi David (qui aurait vécu 1000 ans auparavant), originaire de cette localité. Le recensement de Quirinus a eu lieu en l’an 6 ou 7, soit onze ans après la mort d’Hérode.
  • Les auberges étant complètes, Jésus naît dans une étable. On l’installe dans la crèche, c’est-à-dire la mangeoire.
  • Les bergers des environs, avertis que le sauveur venait de naître, viennent lui rendre hommage.
  • Huit jours après la naissance, Jésus est présenté au temple de Jérusalem car « tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur ». Ses parents sacrifient « un couple de tourterelles ou de pigeons… suivant la loi« .
La naissance du mythe

Donc, l’Évangile de Matthieu parle de mages. Il ne cite ni leur nombre, ni leur nom.

Quelques dizaines d’années plus tard (au VIe siècle ?), dans un apocryphe intitulé « L’Évangile du Pseudo-Matthieu » on lit :

« Alors ils ouvrirent leurs trésors et donnèrent de riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même, ils offrirent chacun une pièce d’or. Et l’un offrit de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe »

On sait maintenant qu’ils sont trois.
Ensuite, dans un autre apocryphe, « La vie de Jésus en arabe » (VIe siècle ?), on apprend qu’ils sont fils de rois :

« Lorsque Jésus naquit à Bethléem de Juda au temps du roi Hérode, les mages vinrent de l’Orient à Jérusalem- ainsi que l’avait prophétisé Zarathoustra-, portant des offrandes d’or, de myrrhe et d’encens. Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs »

Avec le temps, vers le VIIe siècle, dans l’ouvrage « Excerpta Latina Barbari« , ils seront rois eux-mêmes, ils sont devenus les rois-mages et on connaît leur nom : Melchior, Balthazar et Gaspard. Ils avaient été nommés Balthazar, Melkon et Gathaspar dans l’Évangile arménien de l’Enfance datant du VIe siècle.

On attribue à la mère de l’empereur Constantin (272-337), Hélène (252-330 ?), la découverte des squelettes des trois « Rois Mages », reliés par une chaînette en or. Ce qui ne fait aucun doute sur leur origine, se dit-elle ! Rapportés dans une châsse à Constantinople, ils ont été transférés à Milan et lors du sac de la ville (1162) par l’empereur germanique, Frédéric Barberousse (1122-1190), la châsse a été amenée à Cologne où on peut toujours la voir dans la cathédrale. Étrange que les « rois-mages » aient été inhumés à Jérusalem car la tradition rapporte qu’ils sont rentrés chez eux en évitant Jérusalem.

Reliquaire contenant les corps des trois rois-mages.

Les offrandes qui ont été faites à Jésus (l’or, l’encens et la myrrhe) sont conservées dans le monastère Saint-Paul du Mont Athos… ou à Moscou !

En Grèce ou en Russie ?
Et aujourd’hui ?

En 2005, le pape Benoît XVI, en visite à Cologne, a déclaré dans son homélie :

« La ville de Cologne ne serait pas ce qu’elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l’Église célèbre toute l’année, en un sens, la fête de l’Épiphanie. C’est pourquoi, avant de m’adresser à vous, chers habitants de Cologne, j’ai voulu me recueillir quelques instants en prière devant le reliquaire des trois Rois Mages, rendant grâce à Dieu pour leur témoignage de foi, d’espérance et d’amour ».

Benoît XVI a employé deux fois le mot « foi ». Avoir la foi, c’est croire sans se poser de question, c’est avoir confiance absolue dans la tradition.

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