La circoncision

« Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus… » (Luc 2, 21). Jésus était juif, il fut donc circoncis. Dans l’Antiquité, la circoncision était déjà pratiquée par les Égyptiens. Une stèle du site de Saqqarah montre un prêtre accroupi pratiquant une circoncision sur un homme debout. Mais on ignore la portée de cet acte et son ampleur. La circoncision était-elle généralisée ou était-ce un marqueur social ? Cette pratique faisait horreur aux Grecs et aux Romains, qui l’assimilaient à une mutilation.

La circoncision, comme acte rituel, est une « obligation » religieuse pour tous les garçons juifs d’après la Bible. Elle se pratique le huitième jour de la naissance. En Genèse 17, 10-12, Dieu dit à Abraham : « Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, et ta postérité après toi : que tous vos mâles soient circoncis. Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous. Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. »

Le Coran n’en parle pas. Malgré la centaine de versets sur Abraham, pas de trace de la circoncision. Il faut recourir aux hadiths pour expliquer le rituel musulman. Quand les fidèles se posaient des questions comme « faut-il circoncire mon garçon ? », quelqu’un se souvenait des paroles du prophète : « j’ai entendu dire par X qui le tenait de Y que le prophète a dit… ». Et un nouvel hadith prenait vie. En 20 ans de révélations, Allah a fait descendre 6236 versets du Coran. Pendant la même période, Mahomet a prononcé des dizaines de milliers de hadiths. Entre autres, il aurait dit : « Cinq actes font partie de la nature saine originelle : la circoncision, le rasage du pubis, le fait de se couper la moustache, le fait de se couper les ongles et l’épilation des aisselles« .

Situations en Europe

En France

Autrefois, fête tribale ou rituel religieux, la circoncision est devenue une banale opération chirurgicale effectuée en clinique, bien souvent aux frais de la société, dans laquelle les communautés musulmanes et juives sont minoritaires. Donc, dans certains pays, c’est la Sécurité Sociale qui prend en charge l’acte médical, dans d’autres pays, ce sont les parents qui paient l’intervention. Ainsi, en France, une circoncision coûte environ 900 EUR aux parents.

En Belgique

En Belgique, en 2012, l’assurance maladie-invalidité (INAMI) est intervenue pour 25.286 circoncisions, pour un coût total de 2,476 millions d’euros, révèle le quotidien Le Soir (10/8/2012). Alors que certains s’interrogent sur la pertinence du remboursement de cet acte chirurgical, le nombre d’interventions prises en charge par l’INAMI aurait augmenté de 21% entre 2006 et 2011. On estime que depuis 25 ans, environ un garçon sur trois né en Belgique serait circoncis. Si aucune statistique officielle ne permet de distinguer les circoncisions effectuées pour raisons médicales, personnelles ou rituelles (l’INAMI n’impose pas au médecin de spécifier les raisons de la circoncision), selon les hôpitaux wallons et bruxellois, 80 à 90 % des cas répondraient à un impératif culturel et/ou religieux.

En 2017, le Comité d’éthique médicale des hôpitaux de Bruxelles, a émis un certain nombre de questions :

  • Est-il éthiquement admissible de procéder à une circoncision en dehors de toute indication médicale ?
  • Est-il éthiquement admissible qu’une circoncision en dehors de toute indication médicale soit pratiquée par un médecin et en milieu hospitalier ?
  • Est-il éthiquement admissible que cette intervention soit à charge de la sécurité sociale ?
  • Est-il éthiquement admissible que la loi traite différemment la circoncision masculine et la circoncision féminine (excision) ?

[NB : l’excision est qualifiée de “torture” selon l’article 3 de la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle est passible de 15 ans de prison et 150.000 d’amende en France, qui poursuit également les délits commis hors de son territoire. Tous les pays européens ont des législations équivalentes.]

Le Comité bruxellois précise : « Le simple fait de poser une question éthique, même lorsqu’elle entretient un rapport étroit avec des prescrits religieux ou des conformités culturelles, ne peut, dans une société pluraliste et tolérante comme la nôtre, être compris comme une atteinte à cette religion, à cette culture ou à la liberté de religion ou d’opinion et à la liberté de manifester celles-ci« .

Allemagne

En Allemagne, toujours en 2012, une polémique est née après une circoncision ratée par un médecin.
La justice allemande a estimé que la circoncision d’un enfant pour des motifs religieux était une blessure corporelle passible d’une condamnation. Dans son jugement, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que « le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision. Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse. Le droit d’un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents« .
Les droits des parents en matière d’éducation et de liberté religieuse ne sont pas bafoués s’ils attendent que l’enfant soit en mesure de décider d’une circoncision comme « signe visible d’appartenance à l’islam », poursuit le tribunal.
Mais le gouvernement n’a pas suivi la Justice. Le circoncision reste permise. On ne s’érige pas contre une communauté de 4 millions de personnes qui sont de potentiels électeurs. Depuis la fin des années 1970, tout ce qui touche à l’islam est devenu tabou. L’Europe a peur. Même les historiens hésitent à défendre des thèses allant à l’encontre de la tradition musulmane : la Sîra et les récits des expéditions et de la conquête, écrits au IXe siècle, sont devenus la référence.

L’idée que chacun puisse disposer de son corps à sa guise est très louable… mais contraire à la charia. Tout enfant né d’un père musulman est musulman de facto. Une musulmane ne peut épouser qu’un musulman… pour ne pas se laisser convaincre par son mari. On est musulman à vie : tout apostat est puni de mort. Cette loi a probablement été édictée au début de la conquête arabe lorsque les non musulmans se sont convertis en masse pour bénéficier des avantages accordés aux musulmans (respect, impôts, libertés). Une fois musulmans, ils ne pouvaient plus revenir à leur religion d’origine sous peine de mort.

Union européenne

En octobre 2013, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adopte, par 77 voix pour et 19 contre, la résolution 1952 invitant les États membres à prendre des mesures contre les « violations de l’intégrité physique des enfants« . Les parlementaires recommandent d' »adopter des dispositions juridiques spécifiques pour que certaines interventions et pratiques ne soient pas réalisées avant qu’un enfant soit en âge d’être consulté« .
Cette résolution, qui ne cite pas nommément la circoncision, n’a jamais été mise en application dans la législation des pays membres.

Deux poids, deux mesures : le tatouage

Dans la Bible, le livre du Lévitique 19, 28 proclame « Vous ne vous ferez pas d’incisions sur le corps pour un mort et vous ne vous ferez pas de tatouages« . Les rabbins justifient cette interdiction en rappelant que le corps est un don de Dieu, le temple du Seigneur. Il faut le conserver tel quel pour ne pas lui manquer de respect. Il était interdit aux mutilés de pénétrer dans le temple. Donc, pour les juifs, la circoncision n’est pas une mutilation, enlever le prépuce n’est pas une modification du corps, temple de Dieu ?

[NB : dans certaines sociétés tribales, on s’incisait le corps lors de la mort d’un proche pour marquer son deuil.]

La même interdiction des tatouages se retrouve, bien entendu, dans l’islam, bien que le Coran n’en parle pas.
A la question « Pourquoi les tatouages sont-ils interdits en Islam alors qu’ils n’ont aucun effet sur la santé ? « , un spécialiste de la loi islamique (un ouléma) donne un avis juridique (une fatwa) sur le site islamweb.net : le tatouage est considéré comme un changement dans la création d’Allah, donc interdit… mais pas la circoncision, ni l’excision.

Voici le texte intégral de la fatwa. Certains musulmans sont atteints de schizophrénie qui « se caractérise par des pensées ou des expériences qui semblent complètement détachées de la réalité, un discours ou un comportement désorganisé« . Vouloir appliquer des normes tribales d’un autre temps à la réalité d’une société interconnectée conduit inexorablement à un dérèglement mental. Satan doit être omniprésent dans leur monde.

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Sachez, qu’Allah, exalté soit-Il, est Sage dans Ses Lois et Ses Décrets. Toutes Ses Paroles sont véridiques et tous Ses jugements sont équitables. Il dit (sens du verset) : « Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité… » (Coran : 6/115). Sa Législation tout entière émane d’une parfaite Sagesse. Il nous rend licites des choses en raison de leurs immenses bénéfices et Il rend illicites des choses en raison de leurs immenses méfaits. Il se peut que l’être humain ne soit pas au courant de tous ces bénéfices et ces méfaits.

C’est pour cela qu’il incombe au musulman de se soumettre aux ordres d’Allah, exalté soit-Il. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir…  » (Coran 33/36)

Le mieux que nous puissions dire concernant l’interdiction du tatouage est que cette interdiction provient du Messager d’Allah et est une Révélation d’Allah, exalté soit-Il. Abû Djuhayfa a dit : « Le Prophète a maudit les tatoueuses et les tatouées. » (Boukhari : NB : Boukhari et Mouslim sont des collecteurs d’hadiths)

Il n’y a pas d’inconvénient à chercher la sagesse contenue dans certaines interdictions après  avoir cru et s’être conformé aux ordres pour augmenter la foi dans le cœur. Parmi les sagesses mentionnées par les oulémas figure le fait que le tatouage est un changement de la création d’Allah, exalté soit-Il. Certains hadiths font allusion à ce fait : «[…] modifiant ainsi la création d’Allah.  » (Boukhari et Mouslim). Aussi, le tatouage peut causer des dommages au corps et n’a aucun bénéfice véritable.

Sachez enfin que les tatouages n’ont aucune incidence sur les ablutions car ils se trouvent sous la peau et n’empêchent pas l’eau d’atteindre celle-ci.

Et Allah sait mieux.

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