L’Opus Dei. Ange ou démon ?

L’Opus Dei (Œuvre de Dieu), également appelé Prélature de la Sainte Croix est une institution de l’Église catholique fondée en 1928 en Espagne par Jose Maria Escriva de Balaguer. Elle compte près de 90.000 membres, des prêtres en minorité (moins de 2.000) et des laïcs.

Cette organisation a comme objectif de « promouvoir la sainteté au milieu du monde ».

Elle a fait l’objet de différentes controverses, notamment en ce qui concerne son aspect secret, son influence politique et l’étendue réelle de ses moyens financiers.

L’Opus Dei vu par lui-même

Vu les polémiques dont l’institution fait l’objet, laissons d’abord s’exprimer sa porte-parole : Béatrice de La Costa : « Le principal message de l’organisation est que chacun peut transformer son travail, ses loisirs et sa vie de famille en des moments de rencontre avec Dieu. Chacun peut mettre ses pas dans les pas du Christ et y trouver le vrai bonheur. Les membres sont appelés à transmettre le grand message d’amour du Christ à son entourage. »

« Les membres sont des gens heureux qui racontent autour d’eux la merveilleuse aventure de leur vie quotidienne ». Et voilà pour la publicité.

Qui est le fondateur : Jose Maria Escriva de Balaguer ?

Escriva de Balaguer est un prêtre espagnol qui a vécu la guerre civile d’Espagne (1936-1939) du côté des généraux auteurs du coup d’État et particulièrement de Franco. Pour lui, le communisme c’est le Diable. Il est viscéralement anticommuniste et antisémite. Il aurait dit : « Hitler contre les Juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre les communistes ».

A la fin des années 60, il achète un titre de noblesse. Le petit prêtre devient le marquis de Peralta.

Il était très proche du cardinal Wojtyla qui deviendra pape sous le nom de Jean-Paul II en 1978, trois ans après la mort de Escriva de Balaguer. Ce pape transforma le mouvement en « prélature« , c’est-à-dire en « diocèse extraterritorial » : l’Opus Dei dépend directement du pape et ses membres n’ont aucun compte à rendre aux évêques. C’est le même Jean-Paul II qui canonisera Escriva de Balaguer en 2002, quelques années après sa mort, le voilà saint.

Aujourd’hui l’Opus Dei est dirigé depuis 2019 par Fernando Ocariz, théologien né en 1944, en France, sa famille ayant fui la guerre civile espagnole.

Organisation et prosélytisme

Sans entrer dans le détail, l’opus Dei comprend quatre grandes catégories de membres :

  • les numéraires, clercs ou laïcs qui s’engagent à la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Ils vivent en communauté dans les locaux de l’organisation.
  • les agrégés font les mêmes vœux, mais ne vivent pas en communauté.
  • les surnuméraires sont des laïcs qui vivent dans le monde mais contribuent financièrement. Ils représentent 70% des membres.
  • les coopérateurs sont des sympathisants, qui ont les mêmes devoirs que les surnuméraires… mais ils ne doivent pas être baptisés dans la foi catholique (ils peuvent être protestants).

Les membres doivent suivre un « plan de vie » qui comprend surtout des prières quotidiennes, des lectures, la confession et des chants. En se levant, ils disent « serviam« , « je vais servir« . La plupart s’infligent des mortifications suivant en cela la pensée du fondateur qui dans son livre « el camino » (le chemin) a écrit : « Bénie soit la douleur, aimée soit la douleur, sanctifiée soit la douleur ».

L’Opus Dei est très présent sur les campus universitaires où il recrute des jeunes qui deviendront cadres ou dirigeants politiques.

L’Opus Dei rencontre de grands succès en Italie, en Espagne et en Amérique latine. Aux Etats-Unis, on compte 3000 membres et son siège à New York est un bâtiment de 17 étages sur Lexington Avenue, n° 243. Une soixantaine d’autres centres ont ouverts dans le pays, la plupart sur des campus universitaires.

L’Opus Dei est présent à Bruxelles et à Strasbourg, en contact direct avec la Communauté européenne. Son journal, Europe Today, est même financé par la CEE. Dans ce journal, il défend les positions les plus réactionnaires de la droite catholique. Dans le n° 124 d’août 1994, on peut lire : « Les méthodes naturelles de contrôle de naissance sont efficaces à 99% tandis que les méthodes artificielles ne le sont qu’à 50% ». Bien entendu, l’abstinence est sûre à 100%.

Le culte du secret

Un des grands reproches fait à l’Opus Dei est son manque de transparence. Dans ses constitutions secrètes rédigées en 1950, mais divulguées en 1982, on peut lire : « Que les membres sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei« .

L’Opus Dei a justifié cette loi du silence par « l’humilité collective » et « l’efficacité apostolique« .
Vu ce manque de transparence, il est mal aisé d’identifier les membres effectifs de l’organisation, mais il est plus aisé de reconnaître ses sympathisants.

En Belgique, l’Opus Dei a investi l’Institut Robert-Schumann, une école de journalisme qui forme des « journalistes catholiques sûrs » et l’Université Catholique de Louvain où il avait installé deux résidences pour les étudiants. Mais c’était sans compter sur le nouveau vice-recteur, le Père Gabriel Ringlet qui a refusé de renouveler le bail des résidences tant que l’Opus Dei trichera sur son identité. Il justifie la décision du conseil d’administration comme suit : « L’Opus Dei ne vise que l’élite de la société ce qui est inacceptable pour notre université. La quête de la perfection a quelque chose de très orgueilleux et de malsain. Je ne peux accepter une religion qui lave plus blanc que blanc… la couleur des sépulcres ! Car au bout du chemin, on trouve toujours l’exclusion et le racisme. En ces temps de montée de l’extrême droite, on ne se prémunit peut-être pas assez contre les dictatures spirituelles.« 

Une pieuvre invisible

L’Opus Dei de par le monde s’étend par l’intermédiaire de sociétés écrans. On la nomme la « mafia blanche ». Elle s’est partiellement dévoilée avec la scandaleuse affaire Matesa, un homme d’affaires espagnol qui a détourné des sommes colossales. Le scandale, suivi de « suicides » et de faillites a éclaboussé la Banque du Vatican. Matesa, avant d’être retrouvé mort, avait avoué financer les activités de l’Opus Dei.

Plusieurs ministres de gouvernements de droite en France et en Espagne sont ou étaient pour le moins sympathisants de l’Opus Dei. On pense à Raymond Barre, ancien premier ministre français, qui a témoigné lors du procès en béatification de Escriva de Balaguer, attestant qu’il avait « détecté en lui des signes de sainteté ».

Plusieurs familles royales d’Europe ont des sympathies pour l’Opus Dei. La famille royale de Belgique appartient au « renouveau charismatique« , un mouvement traditionaliste proche de l’Opus Dei. Citons également la famille royale d’Espagne dont les enfants ont été éduqués par des précepteurs de l’Opus Dei, la famille de Habsbourg et de l’archiduc d’Autriche.

Dans les années 90, les PDG des sociétés AXA et AGF, des groupes Schneider et Renaut ont donné des conférences dans les locaux de l’Opus Dei à Paris.

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