Quand l’impôt n’existait pas

D’après l’article de Laurent Vissière dans le périodique Historia de septembre 2022.

Jusqu’au XIVe siècle, en France, le roi devait assumer les dépenses du royaume sur sa propre fortune. Fortune qu’il faisait fructifier par les productions de ses terres, la vente de privilèges à ses vassaux, les butins de guerre… et les emprunts aux templiers, aux banquiers italiens ou juifs, rarement remboursés.

Le peuple ne payait pas d’impôt direct, il n’était sollicité qu’en quatre occasions :

  • Pour le paiement de la rançon si le roi était capturé par l’ennemi.
  • Pour l’adoubement de son fils aîné.
  • Pour le mariage de sa fille aînée.
  • Et pour le départ en croisade.

Mais un jour, tout changea.

En 1328, débute la guerre de Cent Ans (1328-1453) entre la France et l’Angleterre. C’est une guerre de succession. Tous les fils de Philippe le Bel sont morts sans descendance. Une nouvelle dynastie est montée sur le trône de France : les Valois (voir l’article sur les templiers). Or le roi d’Angleterre, qui a épousé la fille de Philippe le Bel, revendique le trône. C’est la guerre. Le roi Philippe VI (1328-1350) convoque les états généraux et leur extorque de l’argent au nom de l’intérêt général. Cependant, les Français subissent défaite sur défaite, après Crécy (1346), c’est Poitiers où le roi Jean II est capturé (1356).

Il faut de nouveau faire appel à l’impôt pour payer la rançon du roi. Mais ce prélèvement va se pérenniser. La révolte gronde, les percepteurs d’impôt sont roués de coups et leurs maisons incendiées. En 1380, le roi Charles VI, sous la contrainte, abolit tous les impôts… L’État ne peut plus fonctionner.

En 1382, les impôts indirects sur le vin, le sel et les marchandises sont rétablis. Le peuple se soulève de nouveau, prend d’assaut l’arsenal, s’arme et vide les prisons.

Face à l’émeute, le roi entre dans Paris à la tête de son armée. Il supprime la municipalité, coupe des têtes, soumet les débiteurs à de lourdes amendes et rétablit l’impôt direct en 1383. Sous le coup de la terreur, le peuple se soumet.

Il y aura encore bien des émeutes, mais l’impôt subsistera jusqu’à nos jours et personne ne pense plus au temps béni où l’impôt direct n’existait pas.

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