Les interdits alimentaires

Il est consternant de noter que les interdits moraux tels que « tu ne tueras point« , « tu ne voleras pas » et « tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin » ont été ignorés partout et de tout temps, alors que les interdits alimentaires ont été et sont toujours scrupuleusement respectés, devenant des marqueurs sociaux.

Tour d’horizon.

Cet article a été inspiré par le dossier « Manger c’est divin » du n° 246 de la revue : « Le monde de la Bible ».

Dans le judaïsme

La Torah, dans les livres de la Genèse, du Lévitique, chapitre 11 et du Deutéronome, chapitre 14, énumère les animaux purs et impurs :

Voici les animaux que vous pouvez manger : le bœuf, le mouton, la chèvre, le cerf, la gazelle… Vous pouvez manger tout animal qui a le sabot fendu, fendu en deux ongles et qui rumine. Toutefois, parmi ceux-ci, vous ne pouvez pas manger le chameau, le lièvre et le daman. Ni le porc qui a le sabot fendu mais qui ne rumine pas (1-4).

Parmi tout ce qui vit dans l’eau, vous pourrez manger tout ce qui a nageoires et écailles (9).

Vous pouvez manger tous les oiseaux purs, mais voici ceux de oiseaux que vous ne pouvez pas manger : le vautour, le gypaète, l’orfraie, le milan, le corbeau, l’autruche, le mouette, le hibou, etc. (11-19).

Pourtant, dans la Genèse, Dieu proclame : « Tout ce qui se meut et qui possède la vie vous servira de nourriture, je vous donne tout cela comme la verdure des plantes. Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang » (Gn. 9,3).

Quelles sont les raisons de ce revirement et de la liste de ces interdits ? On l’ignore, Dieu ne justifie pas ses choix. La raison n’est pas sanitaire : on n’y trouve pas de végétaux ou d’animaux toxiques. La justification donnée aujourd’hui est d’ordre religieux : la sanctification du quotidien. Chaque repas doit être l’occasion de penser à Dieu, de le sanctifier.

Les musulmans donnent une autre raison de ces interdits :

Pour punir les juifs de leur iniquité et parce qu’ils détournent les autres du sentier de Dieu, nous leur avons interdit des aliments délicieux qui leur étaient antérieurement permis. (Co. 4, 160)

Mais les interdits vont plus loin : lors de l’abattage rituel de l’animal (par égorgement), l’officiant doit contrôler si la bête n’a pas de défaut et est en bonne santé.

Dans l’Antiquité, les repas constituaient un moment de sociabilité par excellence, on y nouait des contacts commerciaux, des alliances politiques et matrimoniales. Par les pratiques alimentaires strictes, les juifs s’isolaient de la société où ils vivaient.

Dans le christianisme

Les premiers chrétiens étaient juifs, ils respectaient donc (probablement) les interdits alimentaires. Mais bien vite se posa le problème du prosélytisme : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Matthieu : 28, 19). Faut-il que les nouveaux disciples soient juifs pour être chrétiens ? Doivent-ils être circoncis et respecter les interdits alimentaires ? Le succès risque d’être minime, les juifs vivent en marge du monde gréco-romain et n’ont pas fait beaucoup de disciples.

Dans les Actes des Apôtres, Jacques qui semble diriger la communauté, tranche : « Je suis d’avis de ne pas accumuler les obstacles devant ceux qui se tournent vers Dieu. Écrivons-leur simplement de s’abstenir des souillures de l’idolâtrie, de l’immoralité, de la viande étouffée et du sang« . La viande étouffée désigne une viande provenant d’un animal qui n’a pas été saigné. Mais on ne spécifie pas si la bête doit être égorgée, elle peut être tuée par étourdissement, puis saignée.

Le sang pose problème. Le culte orthodoxe est très stricte sur ce point. Le boudin est rigoureusement interdit alors qu’il est un met de Noël pour les catholiques. De même, on ne servira pas de canard au sang dans les restaurants orientaux et il n’est pas question de commander une viande saignante.
Après le pillage de Constantinople par les croisés (catholiques), les orthodoxes ont accusé les catholiques de ne pas respecter les interdits du Nouveau Testament et de consommer des animaux impurs comme l’ours, le chacal, le porc épique, le dauphin, etc. Cette liste ne fait pas partie du Nouveau Testament, mais reste en vigueur pour les chrétiens orientaux.

Dans l’islam

Le Coran reprend les mêmes préceptes que la Bible, soit pour les confirmer, soit pour les infirmer en les critiquant. C’est donc sans surprise que les interdits alimentaires concernent la viande de porc, le sang recueilli lors de l’abattage de l’animal, les animaux morts de mort naturelle et par dessus tout, la chair de l’animal sacrifié sans que le nom d’Allah soit évoqué.

Le début de la sourate 5 est équivoque. Le verset 3 est très clair :

Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom qu’Allah, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne et celle qu’une bête féroce a dévorée…

Par contre le verset 5 l’est nettement moins :

Vous sont permises, aujourd’hui, les bonnes nourritures. Vous est permis la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture vous est permise

Le Coran de Médine ajoute des notes à ces versets. Le verset 3 ne mentionne que la chair de porc ; la note précise « y compris la graisse, les os et la moelle« . Pour le verset 5, la note explique que les gens du Livre sont bien les juifs et les chrétiens, mais que la nourriture permise ne concerne que « celle licite en Islam« .

Mais les interdits sont levés en cas de nécessité absolue, comme la famine… ou les lois des pays hôtes. Par contre, le judaïsme ne tolère aucune exception à l’abattage casher.

Le cas du chien

Le Coran ne dit rien au sujet du chien, mais des hadiths ultérieurs en ont fait un animal impur. Il n’est pas permis à un musulman d’avoir un chien de compagnie. Ainsi, une dame nouvellement convertie demanda à son imam si elle devait se séparer de son chien, alors que les patriarches avaient des chiens pour garder leurs troupeaux (?). L’imam fut très clair, les chiens des patriarches étaient des outils, pas des compagnons.

Par contre, il est licite de consommer des animaux chassés par des chiens ou des rapaces… s’ils sont saignés en invoquant le nom d’Allah.

Ils te demandent ce qui est autorisé. Réponds : Les bonnes choses vous sont permises, la proie des animaux de chasse que vous avez dressés comme des chiens selon ce que dieu vous a appris vous est permise. Invoquez sur elle le nom de Dieu. Craignez-le, il est prompt dans ses comptes.

Donc la morsure d’un chien sur une proie n’est pas impure. Notons que nulle part dans le Coran, on apprend comment dresser un chien pour la chasse.

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