Mariages de plaisir

D’après le reportage de Nawal al Maghafi (BBC Arabic) dans les villes chiites d’Irak (Kerbala et Kadhimiya, faubourg de Bagdad).

L’Irak est un pays dévasté par 40 ans de guerres, contre l’Iran, contre les Etats-Unis des Bush et du lobbying des armes et contre DAESH. L’Irak est régi par deux lois distinctes : la loi étatique et la loi islamique, la charia. Le mariage et le divorce peuvent être prononcés par un officier de l’état civil ou par un religieux. Les religieux tiennent des échoppes dans les rues des villes. Un mariage ou un divorce est prononcé en quelques minutes, l’accord des partenaires suffit. Pas besoin de faire la file dans les bureaux de l’administration.

La journaliste Nawal al Maghafi et un religieux « marieur ».
Mariages de plaisir

Les religieux pratiquent une autre forme de mariage, celui dit « de plaisir » (du point de vue masculin). Un homme peut épouser une femme pour un mois, une semaine, un jour, une heure. C’est bien de la prostitution, mais de la prostitution halal (licite) car ce mariage n’enfreint aucune règle de la charia : les relations sexuelles ont lieu dans le cadre stricte du mariage et l’homme ne commet pas d’adultère puisqu’il peut avoir quatre épouses.

Mais, les religieux conseillent de ne pas signer de contrat écrit (de ne pas mettre son empreinte digitale sur un document comme lors d’un mariage officiel) et de consommer le mariage à l’hôtel. L’homme doit rester inconnu de la femme pour ne pas risquer de poursuite par la famille et ne pas devoir assumer la paternité d’un enfant éventuel.

La femme est rémunérée, le religieux également.

Là où ça dérape

Le religieux peut proposer d’autres services : il peut fournir la femme et la chambre d’hôtel. Il devient alors proxénète. Où va-t-il chercher « ses » femmes ? Les guerres ont laissé de nombreuses veuves, sans ressources. Elles se tournent vers les religieux qui assurent l’entraide, la protection sociale de la communauté. Il leur est donc facile de profiter du désarroi de ces femmes.

Ils vont encore plus loin : ils favorisent des mariages de plaisir avec des enfants. Dans le reportage, un religieux vante la fraîcheur des filles de douze ans. Celui qui apparaît sur la photo ci-dessus, considère comme légal le mariage de plaisir avec une enfant de 9 ans. D’où vient cette limite d’âge ? Dans la Sira (la biographie de Mahomet), on apprend que le prophète a épousé Aïcha, la fille de son ami et futur calife Abu Bakr, alors âgée de 8 ans et qu’il aurait consommé le mariage lorsqu’elle en avait 9. Le très controversé Tariq Ramadan, dans son ouvrage « Muhammad, vie du Prophète » (Presse du Châtelet), rectifie et assure que le mariage a eu lieu alors qu’Aïcha avait 16 ans. Mais dans un récit attribué à Aïcha, elle déclare que le prophète serait tombé amoureux d’elle alors qu’elle jouait sur une balançoire. Si la charia accepte que les filles se marient à 9 ans, la loi irakienne fixe l’âge minimum du mariage à 15 ans.

Les religieux mettent en garde les futurs « maris » sur la préservation de la virginité des enfants : tout est permet si « l’épouse » est consentante, sauf la déflorer, car elle subirait de graves conséquences : rester célibataire, donc continuer à se prostituer, se faire réparer l’hymen (opération courante dans les pays islamiques) ou finir assassinée par un membre de sa famille pour venger l’honneur de celle-ci.

Ce qu’en pense les autorités religieuses

La journaliste a contacté les services de la plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah al-Sistani. La pratique du mariage de plaisir n’est pas explicitement condamnée dans sa réponse officielle. L’ayatollah insiste sur le fait que les pratiques sexuelles ne doivent pas déprécier la dignité des femmes et que le tuteur doit toujours donner son accord pour tout mariage. Pour le reste, il s’en remet à la justice du pays.

Un cas particulier ?

Le mariage de plaisir n’est pas une exclusivité chiite, ni irakienne. Il est de notoriété publique que les Saoudiens, par exemple, pratiquent le tourisme sexuel en Egypte où ils épousent temporairement de très jeunes filles, souvent avec le consentement des parents. La particularité de l’Irak semble être le rôle d’entremetteur joué par les religieux.

3 commentaires sur “Mariages de plaisir

  1. Tout ceci est répugnant d autant plus que ce sont des religieux qui encouragent et cautionnent ces pratiques mais je peux vous affirmer que beaucoup de catholiques font fonctionner le tourisme sexuel en Asie notamment en Thaïlande. De très jeunes filles sont prostituées. J’ en ai été témoin il y a une trentaine d années…
    On ne punit malheureusement pas sévèrement ces pratiques scandaleuses.

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