XIe siècle, la réforme grégorienne

Situation avant le XIe siècle

Jusqu’au XIe siècle, il y avait dans l’Europe, morcelée par la féodalité, des Églises en communion avec Rome bien plus qu’une Église catholique dirigée par le pape. Les seigneurs nommaient les évêques qui nommaient les curés des paroisses. Des paroisses étaient souvent desservies par des prêtres peu instruits. Le trafic des charges ecclésiastiques était généralisé : on payait pour devenir évêque.
Certains évêchés étaient des fiefs d’un seigneur. L’évêque avait donc le devoir des vassaux, entre autres, il devait participer aux guerres, non pas en tant qu’ecclésiastique, mais en armes !
Le pape était nommé par le roi des Romains, l’empereur germanique, descendant de Charlemagne. Les familles nobles de Rome considéraient que ce privilège était leur prérogative. Ils firent assassiner deux papes nommés par l’empereur : Clément II et Damase II.

Le célibat des prêtes n’était pas une règle stricte.

Sur le chemin du renouveau

C’est du monastère de Cluny, fondé en 909, que vint le renouveau. Les abbayes dépendantes de Cluny étaient totalement hors de contrôle de l’autorité des seigneurs.

En 1049, le pape Léon IX est nommé par l’empereur Henri III. Ce pape est partisan de l’indépendance du pouvoir religieux par rapport au pouvoir séculier. Il a l’habilité de faire confirmer son élection par la population romaine.

En 1059, le pape Nicolas II profitant de la minorité du nouvel empereur Henri IV (1050-1106) décrète que seuls les cardinaux peuvent élire le pape. Ce même décret interdit le mariage des prêtres et ordonne aux mariés de répudier leur épouse.

En 1075, le nouveau pape, Grégoire VII réunit le concile de Rome qui condamne l’investiture des évêques par des laïcs. L’empereur germanique, Henri IV, dont dépend l’évêque de Rome, donc le pape, réunit un concile à Worms et destitue le pape qui réagit en excommuniant l’empereur. Les sujets et les vassaux de l’empereur ne sont donc plus tenus par leur serment de fidélité envers lui.
Deux thèses s’affrontent :

  1. « L’autorité du pape est supérieure au pouvoir de l’empereur ».
  2. Contre « l’empereur tient son pouvoir de Dieu : l’Église et l’État dépendent de lui ».

C’est l’empereur qui cède ! Il viendra se repentir à Canossa, où réside le pape en janvier 1077. Pieds nus dans la neige, Henri IV vient s’agenouiller devant le pape qui lève son excommunication.

L’empereur, sa femme et son fils attendent pieds nus dans la neige que le pape veuille bien les recevoir.
Conséquences de la réforme grégorienne

Le pape est devenu souverain, chef de l’Église universelle, il dispose des pouvoirs spirituel et temporel. L’Église est une monarchie élective absolue, son chef, le pape, est élu démocratiquement par les cardinaux. Autour du pape, toute une structure étatique se met en place : la curie contrôlant l’Église.
Le clergé est indépendant du pouvoir laïc qui ne peut plus intervenir dans les nominations.
Le clergé sera mieux instruit.
Le célibat et la chasteté sont imposés aux prêtres. Le mariage des laïcs devient un acte religieux.

La chasteté n’a pas toujours été respectée par les papes eux-mêmes. Au début du XVIe siècle, le pape catalan, Rodrigo Borgia, connu sous le nom d’Alexandre VI (1492-1503) eut au moins sept enfants. Son fils, César Borgia, chef de guerre redoutable contribua à agrandir les territoires de son père, l’État pontifical. Sa fille, Lucrèce, lui apporta l’appui des cités italiennes par ses mariages.
C’est le dernier des papes scandaleux… à cause de ses enfants. Jules II (1503-1513) avait trois enfants illégitimes, mais ce sont les accusations d’homosexualité qui marquèrent son pontificat. Ce fut un grand mécène, il fit reconstruire la Basilique Saint-Pierre, il confia la décoration des nouveaux appartements à Raphaël. Michel-Ange édifia son tombeau et décora la chapelle Sixtine.
Après Jules II, et toujours au XVIe siècle, Léon X (1513–1521) et Jules III (1550–1555) ont fait l’objet des mêmes accusations d’homosexualité.

Inversion de tendance : la papauté contrôle les seigneurs

Mais revenons au XIe siècle. La papauté s’est libérée de l’emprise des laïcs. Elle va maintenant tenter de canaliser la violence que les seigneurs font régner. Sous Urbain II (1088-1099), les rois, lors de la cérémonie du sacre, prêtent le serment de défendre les faibles et d’assurer la justice. Il décrète que la guerre doit être suspendue durant les jours de fête religieuse. Et surtout, ce pape va envoyer les seigneurs faire la guerre en dehors de la chrétienté : il lance les croisades en Syrie et en Espagne contre l’Islam.
Pour motiver les troupes, il accorde la rémission des pêchés à tout guerrier qui partira en croisade.

La papauté en un siècle est passée de la totale dépendance au pouvoir des seigneurs à l’autorité suprême sur ceux-ci.

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