Alexandre VI, un pape scandaleux

Alexandre VI, c’est Rodrigo Borgia. Rien que l’évocation de son nom dégage un parfum de scandale. N’avait-il pas une kyrielle d’enfants… et suprême infamie, il en avait reconnu certains.

Rodrigo Borgia était un catalan que son oncle, le pape Calixte III (Alphonse Borgia), avait fait venir à Rome et avait adopté. Il fondait de grands espoirs (religieux) en lui. A 25 ans, Rodrigo était vice-chancelier, numéro 2 au Vatican et cardinal. Cela s’appelle du népotisme : favoriser ses parents pour obtenir une charge.

En 1492, il sera nommé pape sous le nom d’Alexandre VI. On le soupçonne d’avoir acheté les voix d’autres cardinaux. La simonie était courante à Rome en ce temps-là.

Alexandre VI collectionne les bizarreries :

  • il n’y a pas d’Alexandre V dans la liste des papes. Alexandre V était un antipape effacé de la liste, comme Jean XXIII dont le nom a été réattribué au XXe siècle. Un antipape est une personne qui a été nommée pape, mais dont la charge n’est plus reconnue aujourd’hui comme régulière. Parfois, deux personnes ont exercé la charge de pape, nommées par des conclaves différents.
  • il a été ordonné prêtre douze ans après avoir été cardinal.
  • Il a reconnu six de ses (nombreux) enfants dont quatre avec une femme mariée : Vanozza Cattanei. A cette époque, il n’était pas rare que les papes soient pères, mais d’enfants non reconnus. La descendance de Clément VI, le premier pape d’Avignon, existe toujours aujourd’hui.
  • Deux de ses enfants sont plus célèbres que lui : sa fille Lucrèce et son fils César.

Seules portraits authentifiés de Lucrèce et de César Borgia

C’est Alexandre VI qui partagea le Nouveau Monde, en 1494, entre le Portugal et l’Espagne en traçant une ligne sur une carte, raconte la légende : le Brésil au Portugal, tout le reste à l’Espagne sa patrie d’origine qui avait achevé sa « reconquête » l’année de son sacre (1492) en prenant Grenade, dernier bastion aux mains des musulmans.

En politique, il s’opposa aux familles romaines pour assoir son autorité sur Rome. Après avoir combattu le roi de France Charles VIII, il s’allia à son successeur Louis XII qui aida son fils César à se constituer un vaste territoire en Romagne (région de Bologne : au nord de Florence, au sud de Venise et Milan).

Il meurt probablement, empoisonné, en 1503. Après un très court règne de Pie III, c’est son ennemi Guiliano delle Rovere, issu d’une grande famille de Rome, qui lui succède sous le nom de Jules II. Ce pape fit reconstruire la Basilique Saint-Pierre. Avec lui, pas de scandales, pas d’enfants cachés. Jules II aimait les arts… et les artistes. Il fera décorer la Chapelle Sixtine par Michel-Ange et ses appartements pas Raphaël.

Il reprendra toutes les conquêtes personnelles de César Borgia qu’il annexera aux États pontificaux.

Lucrèce Borgia (1480-1519)

Son nom est synonyme de libertine, de catin. Cette image peu flatteuse, on la doit à Victor Hugo qui la décrit comme une manipulatrice dans la pièce qu’il a écrite en 1832. Aujourd’hui, les historiens lui rendent justice : elle a été le jouet politique de son père qui l’a mariée trois fois pour servir ses intérêts personnels.

Son premier mari a été obligé de divorcer en avouant être impuissant à consommer le mariage. Ce qui était faux. Son deuxième mari a été assassiné par son frère César Borgia. Elle fut ensuite marié au duc de Ferrare en 1501. Lors de ce mariage, le père de la mariée, le pape, avait organisé, dans le palais apostolique, une orgie monstre avec 50 danseuses nues, selon les notes de prélat Burchart qui servait de secrétaire à Alexandre VI.

Lucrèce présida même les réunions des cardinaux lors d’un déplacement de son père, à l’indignation générale… mais César veillait au respect de la décision de papa. Elle pouvait ouvrir le courrier et y répondre.

Elle mourut en 1519, à l’âge de 39, d’une septicémie lors de l’accouchement du huitième enfant de son mari, le duc de Ferrare.

César Borgia (1475-1507)

César Borgia est un personnage haut en couleur. Il faudrait un livre entier pour conter son histoire.

Son père le destinait à une carrière ecclésiastique, ce qui ne l’enchantait guère. A 15 ans, il est archevêque et à 17 ans, cardinal. Avoir un père pape, ça aide. Mais César a d’autres projets. Il abandonne la carrière ecclésiastique. Il est le premier cardinal à démissionner.

Revenu à la vie laïc, il devint un redoutable conquérant, n’hésitant pas à utiliser tous les subterfuges pour arriver à ses fins. Il se voyait roi d’Italie. Louis XII, dont Alexandre VI avait aidé à annuler le mariage, pour épouser Anne de Bretagne, lui fournissait des troupes et l’avait fait duc de Valentinois (région de Valence dans la Drôme) et gouverneur du Lyonnais.

Machiavel fut son secrétaire durant quelques mois (1502-1503). Il s’inspira de César Borgia pour composer son ouvrage : « le Prince« .

César Borgia employa également Léonard de Vinci comme cartographe. La légende veut que de Vinci dessina des armes futuristes pour lui. Mais c’est une légende.

Conclusion

Depuis la réforme grégorienne au XIe siècle (voir l’article) les papes cumulent un pouvoir spirituel et temporel. Ils se comportent comme des seigneurs féodaux. Archevêque et cardinal ne sont plus des fonctions ecclésiastiques, mais des titres de prestige grassement rémunérés. Ainsi César Borgia, nommé archevêque puis cardinal de Valence, n’a jamais séjourné dans cette ville. Ces postes rémunérateurs sont très recherchés, aussi, les papes n’hésitent pas à pourvoir leur famille (népotisme) ou à vendre ces charges (simonie). Tout s’achète dans les États pontificaux. C’est contre ce délabrement de l’Église que Luther va s’élever (voir l’article) quelques années plus tard (1517).

L’Église réagira bien par une contre-réforme, mais aux effets assez limités quand on voit le comportement des cardinaux Mazarin et Richelieu.

Alexandre VI n’était pas spécialement un pape atypique, mais un souverain bien dans son époque. Un successeur du « vertueux » Jules II, Paul III, Alexandre Farnèse (1468-1549), avait lui aussi des enfants. Il faut dire qu’il a probablement subi de mauvaises influences : il était l’ami de César Borgia et sa sœur Giulia Farnèse était la maitresse de Rodrigo Borgia, le pape Alexandre VI.

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