Le meutre de Samuel Paty

L’assassinat et la décapitation de Samuel Paty, professeur d’histoire et géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, en octobre 2020, montre quels sont les dégâts que peuvent occasionner le mensonge et la haine relayés sur les réseaux sociaux.

Les faits

En France, depuis 1985, les professeurs d’histoire et géographie sont chargés d’enseigner l’éducation civique et morale. C’est la fonction de Samuel Paty au collège de Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris. Il a 47 ans.
En ce début du mois d’octobre 2020, son cours, donné aux élèves de quatrième (13 ans et plus) porte sur la liberté d’expression. Pour étayer son cours, qu’il juge conforme aux principes de la laïcité, il utilise deux dessins parus dans Charlie Hebdo. (J’en parle en fin d’article). Avant de les montrer, il demande aux élèves qui pourraient être choqués de quitter la salle de cours. Cinq élèves, accompagnés d’une éducatrice quittent momentanément le cours. Celui-ci reprend ensuite normalement.

Une élève, qui n’a pas assisté au cours car renvoyée de l’établissement pour raison disciplinaire, accuse le professeur de l’avoir mise dans le couloir car elle était musulmane et d’avoir projeté une photo pornographique d’un homme nu. Son accusation est relayée par son père Brahim Chnina, et un agitateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, sur les réseaux sociaux avec une extrême violence. Le professeur est nommément cité ainsi que l’établissement où il enseigne. Il est traité de voyou et menacé. Les messages demandent de contacter le CCIF (Comité Contre l’Islamophobie en France) qui sera dissout suite à l’affaire. La FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’Élevés), sans connaître le fond du problème, conseille au père de porter plainte à la police. Ce qu’il fait, pour diffusion d’images pornographiques.

La polémique enfle. Les amis du père viennent plusieurs fois devant l’établissement pour exiger le renvoi du professeur, soutenu par la principale du collège qui envoie un mail à tous les parents pour expliquer les circonstances du cours.
Le 16 octobre, soit une dizaine de jours après les faits, un réfugié tchétchène de 18 ans, Abdoullah Anzorov, se présente devant le collège et offre 300 ou 350 euros à des élèves pour lui désigner le professeur. Il le tuera à coups de couteau puis le décapitera. Sur son compte Twister il avait posté un message à l’intention d’Emmanuel Macron, « le dirigeant des infidèles » se vantant « d’avoir exécuté un des chiens de l’enfer qui a osé rabaisser le prophète ».

Les arrestations

L’assassin sera abattu par des policiers qu’il avait menacé d’un couteau et d’un revolver à billes.
Trois de ses amis sont mis en examen. Ils l’ont véhiculé (il habitait à 80 kilomètres du collège) ou l’ont accompagné pour acheter des armes.
Ses parents, père, mère, grand-père et frère cadet sont également mis en examen.
Ensuite, l’islamiste Abdelhakim Sefrioui et le père sont accusés de « complicité d’assassinat terroriste ».
Les deux élèves (14 et 15 ans) qui ont désigné l’enseignement au tueur sont mis en examen pour la même raison.
La fille qui est à l’origine des accusations est mise en examen pour « dénonciation calomnieuse ».

A l’heure actuelle (novembre 2021), on ne connaît pas encore les peines infligées aux prévenus.

Les réactions à l’étranger

La plupart des gouvernements occidentaux ont présenté leurs condoléances à Emmanuel Macron, tout comme Vladimir Poutine, dont dépend la Tchétchénie.
Par contre, le président canadien, Justin Trudeau, estime que « la liberté d’expression à des limites et doit s’exercer dans le respect des autres, en veillant à ne blesser personne de façon arbitraire ou inutile« . ???

Le président turc, Erdogan, insinue qu’Emmanuel Macron, qu’il a traité de « malade mental », projette des caricatures du prophète sur les bâtiments publics !

Le Pakistan, la Turquie, le Koweït et le Qatar appellent au boycott les produits français. Des manifestations « spontanées » éclatent dans plusieurs pays musulmans.

La dépouille du terroriste a été transférée en Tchétchénie. Il est présenté comme un héro de l’islam. 200 personnes ont assisté à ses funérailles, en plein confinement, dans un village peu peuplé et sous une météo peu avenante.

Les réactions en France

Le 21 octobre, un hommage national est rendu à la Sorbonne à Samuel Paty. Il est fait chevalier de la légion d’honneur et commandeur des palmes académiques. Toute la classe politique, à gauche comme à droite, fait front contre le terrorisme. Charlie Hebdo constate que la France est traversée d’un « vent de contestation inédit à l’encontre de la complaisance dont l’islam radical a trop longtemps bénéficié« . De belles paroles, mais pas d’actes !

Le 2 novembre 2020, une minute de silence est observée dans tous les établissements scolaires en hommage à Samuel Paty. Plus de 400 incidents sont signalés dont 160 refus de participer et 150 cas d’apologie du terrorisme. Les plus jeunes avaient de 8 à 12 ans !

Les deux caricatures

Les caricatures montrées par Samuel Paty

Le dessin de droite a fait la une de Charlie Hebdo une semaine après le massacre perpétré dans la rédaction du journal le 7 janvier 2015 (12 morts et 11 blessés). Le symbole du dessin est compréhensible et ne devrait pas choquer.

Par contre la caricature de gauche interpelle. On ne comprend pas le contexte et elle est scabreuse. Elle a parue le 9 septembre 2012 à la dernière page de Charlie Hebdo dans la rubrique « Les couvertures auxquelles vous avez échappé« .
La dessinatrice, Coco, qui à son corps défendant avait fait entrer les frères Kouachi dans les locaux de Charlie Hebdo, s’en explique sur le site Internet « Dessinez, Créez, Liberté ».
Le dessin fait référence au film « Innocent of Muslims » projeté fin juin 2012 dans une petite salle Hollywood Boulevard, devant moins de 10 spectateurs. Le film polémique sur la vie de Mahomet n’est jamais sorti en salle, c’est un navet intégral. Cela n’empêche pas de violentes manifestations d’exploser dans les pays musulmans : les missions diplomatiques américaines sont attaquées en Egypte et quatre diplomates sont assassinés en Libye, dont ambassadeur américain. Au Soudan, les ambassades d’Allemagne et du Royaume-Uni sont prises d’assaut.

C’est donc un dessin qui répondait à l’actualité (en 2012), il dénonçait les violence des manifestations. L’étoile est une référence aux étoiles du « Walk of Fame » gravées sur le trottoir du Hollywood Boulevard.
L’article rappelle que le respect du croyant, c’est lui laisser la liberté de croire et de pratiquer sa religion. Le liberté du non-croyant, c’est lui laisser la liberté de critiquer la religion et de dénoncer ceux qui tuent en son nom. On peut rire, mais pas appeler à la haine.

On ignore comment Samuel Paty a traité les caricatures dans son cours. La préparation de celui-ci est déposée comme pièce à conviction au Tribunal. On peut néanmoins juger son choix discutable.

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