Jérusalem au XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, Jérusalem était une petite ville provinciale de 10.000 habitants majoritairement musulmans, dans un empire turc en délitement. Personne ne se souciait plus de la « Ville-sainte » sinon quelques pèlerins juifs et chrétiens.

Des visiteurs célèbres, les écrivains

Au XIXe siècle plusieurs artistes visitent Jérusalem mus par l’exotisme, la mode est à l’orientalisme en peinture, ou pas le spiritualisme, les sociétés ésotériques fleurissent, ou simplement par la curiosité. Ils nous ont laissé leurs impressions de voyage qu’on peut résumer en trois idées fortes : misère, saleté et fanatisme religieux de la part des chrétiens.
En 1869, le canal de Suez est inauguré. Thomas Cook, un protestant anglais, organise la première croisière sur le Nil. Il invente les voyages organisés où tout est pris en charge dès le départ.

Chateaubriand visite la Ville-sainte en 1806. Il trouve une ville « livrée à un gouverneur presque indépendant : il peut faire impunément le mal sans en référer au pacha [qui réside à Damas]« . « Les maisons sont lourdes… elles ressemblent à des prisons, des sépulcres« . « … quelques chétives boutiques n’étalent aux yeux que la misère ». « Dans un coin à l’écart, le boucher arabe égorge quelques bêtes suspendues par les pieds à un mur en ruine ».

« Voyez ce petit peuple qui vit séparément du reste des habitants de la cité [les juifs]. Objet particulier de tous les mépris…, il souffre toute les avanies sans demander justice. Pénétrez dans sa demeure, vous le trouverez dans une affreuse misère« .

Rien de bien réjouissant dans cette ville pour le poète !

Alphonse de Lamartine arrive en octobre 1833. Il n’a pas plus de chance dans sa visite qu’avec sa carrière politique : il vient de perdre son siège de député… et Jérusalem fait face à une épidémie de peste. Jérusalem est déserte, abandonnée. Il a fait le tour des murs, passant devant toutes les portes, « personne n’entait, personne ne sortait« .

Gustave Flaubert le suit en 1850. Il s’arrête à l’extérieur de la ville : « Ça m’a semblé très propre et les murailles en bien meilleur état que je ne m’y attendais ».
Mais le charme est vite rompu : « Jérusalem est un charnier entouré de murailles. Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises« .
« La première chose que nous ayons remarquée dans la rue, c’est la boucherie. Sur cette place au milieu des maisons un trou, et dans le trou, du sang, des boyaux, de l’urine… Tout autour ça pue à crever.« 

Il visite le Saint-Sépulcre. « C’est l’agglomération de toutes les malédictions. Les Arméniens maudissent les Grecs, lesquels détestent les Latins qui excommunient les Coptes. Tout cela est plus triste que grotesque… C’est le pacha turc qui a les clés. Je trouve ça très fort, mais si le Saint-Sépulcre était livré aux chrétiens, ils s’y massacreraient infailliblement.« .

Pierre Loti arrive au même moment que le flot de touristes que Thomas Cook a déplacé. Bien qu’il vienne à Jérusalem « comme un homme sans foi« , le spectacle du tourisme de masse le révolte. Il visite en ethnologue. Lori a voyagé à travers le monde comme marin. Ils s’apitoie sur les pèlerins juifs et chrétiens « cheminant à pied, couchant dehors sous la pluie et la neige, souffrant la faim et laissant des morts sur la route. »

Mais la misère et la saleté le rattrapent bientôt : « nous atteignons maintenant d’étroites ruelles jonchées d’immondices ». Il visite le Saint-Sépulcre et le Dôme du Rocher, mais c’est le Mur des lamentations qui l’interpelle : « et sur les oreilles des tire-bouchons de cheveux, des « anglaises » de 1830, complétant d’inquiétantes ressemblances de vieilles dames barbues ».

Mark Twain visite Jérusalem en 1967. Lui non plus n’en garde pas un bon souvenir : « Jérusalem est le lieu d’élection des va-ni-pieds, ignorants, dépravés, susceptibles, sales, pouilleux, voleurs, et jamais le Christ ne condescendrait à y revenir« . Donc d’après Mark Twain, le retour du Christ, ce n’est pas pour demain.

D’autres visiteurs célèbres : les monarques

Rodolphe d’Autriche (1858-1889), le fils de l’impératrice Sissi, qui se suicidera à Mayerling, visita Jérusalem avec l’aide de la compagnie Cook. Comme il n’y avait pas d’hôtels de luxe, la compagnie fit installer des tentes de grande classe et pourvues de tout le confort… de l’époque.

En 1898, c’est au tour de l’empereur Guillaume II d’Allemagne de visiter la Ville-sainte. Il a manifesté son intention d’entrer dans la ville monté sur un étalon. Problème ! Franchir une porte de la ville monté sur un cheval signifie qu’on en prend possession. Les Ottomans vont donc pratiquer une brèche dans la muraille (photo de gauche) puis l’empereur passera sous un arc de triomphe, une porte fictive (à droite).

Des soubresauts politiques puis la guerre

L’Empire ottoman est sur le déclin. Une intense activité diplomatique se déploie à Jérusalem où chaque grande puissance installe un consulat, transformant la ville en ville internationale. Lors de la Pâques 1846, des bagarres éclatent entre prêtres catholiques et orthodoxes pour la préséance lors de la cérémonie dans le Saint-Sépulcre. On dénombra 40 morts. La France se déclare alors seule autorité compétente pour gérer les lieux saints. Les Russes, de leur côté, pressent les Ottomans pour obtenir la protection de tous les orthodoxes de l’Empire, ce qui transformerait de fait celui-ci en État vassal de la Russie.
La tension monte. Les Français envoie un navire, les Russes prennent le contrôle des provinces ottomanes de Valachie (Roumanie) et de Moldavie. Ils convoitent également le contrôle des détroits donnant accès à la Mer noire.
Fort de l’appui des Français, l’Empire ottoman déclare la guerre à la Russie le 4 octobre 1853. Devant les défaites successives des Ottomans, la France et la Grande-Bretagne interviennent début 1854. Les forces s’inversent. La guerre se concentre sur la Crimée, elle durera trois ans et fera plus de 500.000 morts. La France déplorera 95.000 victimes dont la plupart de maladie : le choléra emportera de nombreux soldats.

Malgré le nombre de victimes, près de la moitié du contingent, la victoire est fêtée en grande pompe à Paris par l’empereur Napoléon III qui cherchait une victoire internationale. Plusieurs lieux de Paris rappellent, encore aujourd’hui, cette guerre de Crimée : le boulevard de Sébastopol dont le siège a duré 322 jours, le faubourg de Malakov (un bastion de Sébastopol), le pont de l’Alma (une bataille), la rue de Crimée, le boulevard Inkerman (une bataille).

Pont sur le Détroit de Kertch entre la Mer d’Azov et la Mer noire

Lorsqu’on évoque la Crimée, comment passer sous silence la situation actuelle de la péninsule, dont l’ancien nom était la Tauride ? En 1991, lors de l’implosion de l’URSS et la création de 17 nouveaux pays, on n’a pas assisté à des mouvements de population. Chacun est resté là où il résidait. C’est ainsi que 8 millions de russophones habitent en Ukraine et ont perdu leur identité propre.
La Crimée est un cas particulier. Elle est peuplée en majorité de russophones et s’est déclarée, en 1991, « République autonome de Crimée », mais a accepté d’être rattachée à l’Ukraine, seule frontière terrestre.
Le port de Sébastopol où était basée la flotte de guerre soviétique, passée sous pavillon russe en 1991, a un statut particulier, elle est reconnue comme enclave fédérale. La Russie a un bail jusqu’en 2042.

La Crimée était un territoire russe jusqu’en 1954 lorsque le premier secrétaire du parti Nikita Khrouchtchev, un Ukrainien, a offert la Crimée à l’Ukraine à l’occasion du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine.

En 2014, le nouveau gouvernement ukrainien pro-européen et pro-OTAN remet en cause l’usage de la langue russe en Ukraine. La république de Crimée, par référendum, vote alors l’intégration de la péninsule à la Russie. La Crimée n’ayant aucune frontière terrestre avec la Russie, un pont de 18 km a été construit, en trois ans, pour la relier à la Russie (voir photo).

Évolution démographique

Tombée en dessous de 10.000 habitants au début du siècle, la population de Jérusalem atteint 30.000 habitants au milieu du XIXe siècle dont 42% de musulmans, 31% de Juifs et 27% de chrétiens. En 1915, la population musulmane est tombée à 14%, les Juifs passant à 64% et les chrétiens à 22%.

Aujourd’hui, la population de Jérusalem compte plus de 900.000 personnes : 64% de Juifs, 34% de musulmans (venant en grande partie de Jérusalem-est annexée en 1967) et seulement 2% de chrétiens.


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