Quelle était la forme du Coran original ?

Certains détails dans le Coran et dans les textes anciens incitent à penser que le Coran initial n’avait pas la forme qu’il a aujourd’hui. Analyse.

Des questions

Q1 : Pourquoi le Coran parle-t-il du Coran comme si c’était un autre livre, comme s’il existait déjà alors que son contenu n’a été révélé que progressivement, sur une vingtaine d’années. Voici quelques exemples :

C’est la révélation du Clément qui fait miséricorde : un livre dont les versets ont été détaillés et clairement exposés, un Coran arabe destiné aux gens qui savent… (Co 41, 2-3)

J’en jure par les couchers des étoiles et c’est là un serment solennel si vous saviez : c’est un noble Coran dont le prototype céleste est bien gardé. (Co 56, 75-76)

Le Coran explique aux enfants d’Israël la plupart des sujets de leurs disputes et il est pour les croyants une direction et une miséricorde (Co 27, 76-77)

Nous ne t’avons pas révélé le Coran pour te rendre malheureux mais pour être un rappel pour celui qui craint Dieu… (Co 20, 2-3)

Afin qu’ils réfléchissent, nous avons proposé aux hommes toutes sortes d’exemples dans ce Coran, Coran en langue arabe exempt de détours afin qu’ils craignent Dieu (Co 39, 27-28)

Ne méditent-ils pas le Coran ? S’il venait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient une foule de contradictions ‘Co 4, 82)

Q2 : Pourquoi certains versets ne sont pas des paroles de Dieu, mais parlent de Dieu ? Dans le Coran il est souvent mal aisé de distinguer qui parle, à qui on parle et de qui on parle. Les musulmans ne se posent pas ces questions : c’est Allah qui parle à Mahomet.
Parfois, pour renforcer cette vision des choses, le mot « Dis » a été ajouté au verset, comme si Dieu incitait Mahomet à répéter ce qui lui avait été révélé. Cet impératif se retrouve 350 fois dans le texte. Comme dans :

Dis : «Allah a créé d’eau tous les animaux… » (Co 24, 45)

Dis : « Si vous aimez Dieu, suivez-moi, Dieu vous aimera et il vous pardonnera vos péchés » (Co 3, 31).

Parfois, l’impératif n’a pas été ajouté et ce n’est plus Allah qui parle. Le discours du prophète ou des rédacteurs se confond avec le discours de Dieu.

Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles, et un voile épais leur recouvre la tête, et pour eux, il y aura un grand châtiment (Co 2, 5)

C’est Allah qui se moque d’eux et les endurcira dans leur révolte et prolongera sans fin leur égarement (Co 2, 15)

C’est vers lui que vous vous tournez tous, c’est là la promesse d’Allah en toute vérité (Co 10, 4) [NB : Toute la sourate 10 est écrite dans le même style]

Le deuxième sourate pour le nom de « La vache » ou « La génisse« . Cette information sera utile un peu plus loin.

Q3 : Certaines chroniques font état de « prédicateurs » qui vont vers les guerriers dans leurs villes de garnison pour leur apprendre à réciter correctement le Coran. Or, de nos jours, dans les écoles coraniques, il faut deux ans aux élèves pour mémoriser le Coran. Les combattants avaient-ils une meilleure mémoire ou le texte à mémoriser était-il beaucoup plus court ?

Des indices

D’après l’ouvrage « Aux origines du Coran » d’Alfred-Louis de Prémare.

Indice 1 : Un discours du calife Abd al-Malik nous révèle une information importante. En 695, le calife s’était rendu dans la ville de Médine qui venait d’être reconquise par ses troupes. Médine avait suivi dans sa rébellion contre le pouvoir des Omeyyades de Damas un ancien compagnon de Mahomet, Abd Allah ibn al-Zubayr, présenté comme petit-fils d’Abu Bakr. Voici son discours.

Habitants de Médine, ceux qui furent les plus dignes de réaliser la première œuvre [NB : suivre Mahomet], c’est bien vous … Nous ne voulons en savoir que ce qui concerne la lecture du Coran. Attachez-vous donc à ce qui est dans votre codex autour duquel l’imam injustement traité [NB : il s’agit de Uthman] vous a rassemblés. Quand aux prescriptions légales autour desquelles l’imam injustement traité vous a rassemblés, observez-les car il avait consulté à ce sujet Zayd, excellent conseiller pour l’islam s’il en fut. Chacun des deux a donc établi solidement pour sa part ce qui devait l’être et en a aboli ce qui sortait de la norme.

Abd al-Malik parle du Coran collecté par Uthman et d’un traité de lois rédigé par Zayd. On n’a pas un livre, mais deux. Or Abd al-Malik n’est pas un historiographe né 200 ans après le prophète, mais c’est le calife, né une dizaine d’années après la mort de Mahomet.

Indice 2 : Dans son ouvrage sur les hérésies chrétiennes, écrit vers 735, Jean de Damas, dit Jean Damascène, présente l’islam comme la centième hérésie et nous donne des informations intéressantes. Jean Damascène, de son nom arabe Mansur ibn Sarjoun (676 -749), devenu un saint pour les chrétiens, a été fonctionnaire du calife Abd al-Malik. Dans son ouvrage, il attribue plusieurs ouvrages à Mahomet : un livre de référence dont il ne donne pas le titre, probablement le Coran, plus de nombreux écrits dont « La femme », « La génisse » et « La table » qui aujourd’hui sont des sourates du Coran. Pour cet auteur, les différents récits ne sont pas encore réunis dans un assemblage final.

Indice 3 : Un texte en syriaque, attribué au moine Beth Hâlé (mort en 670), mais datant plus probablement du début du VIIIe siècle se présente comme une controverse entre un chrétien et un musulman. Le texte mentionne le Coran et « vos livres« .
Lorsque le musulman demande pourquoi les chrétiens adorent la croix alors que cette recommandation ne se trouve pas dans les évangiles, le chrétien répond : « Je crois que pour vous aussi vos lois et vos prescriptions ne sont pas toutes dans le Coran que Mahomet vous a enseigné. Il vous en a enseigné certaines dans le Coran et d’autres dans l’écrit de la génisse ainsi que dans … [suit deux titres difficiles à identifier].« 

Conclusion

Il semble que le Coran des origines était différent de ce qu’il est aujourd’hui, plusieurs textes ayant été réunis. Quand ces écrits ont-ils été réunis ? Pas avant le règne d’Abd al-Malik. Or la tradition attribue au fidèle al-Hajjaj ben Youssef, gouverneur d’Irak, une importante révision du Coran. Est-ce lui qui aurait assemblé les différents textes ?

Cet assemblage des textes a des conséquences importantes pour l’islam. En regroupant toutes les prescriptions sous l’égide de Dieu, l’islam s’est figé, il s’est sclérosé. Plus aucune modification ne peut plus être faite. Il y a bien eu des adaptations dans les premiers temps sous le couvert d’une décision de Dieu : « Nous n’abrogeons aucun verset. Nous n’en faisons oublier aucun sans le remplacer par un autre qui soit meilleur ou équivalent » (Co 2, 106). Mais ce verset est en contradiction avec le fait qu’un prototype du Coran préexiste (voir plus haut, Co 56, 75).

Pour les Juifs, la Torah reprend également les lois décrétées par Dieu et transmises à Moïse. Ces lois seraient donc immuables. Pour contourner cette difficulté, les Juifs ont reconnu une série de prophètes qui parlaient au nom de Dieu (« paroles de YHWH » lit-on dans la Bible) et ajoutaient ou modifiaient les lois. Or l’islam a décrété que Mahomet était le dernier des prophètes, le sceau des prophètes.

Les chrétiens ne se sont pas embarrassés de ces considérations. Lorsqu’un point de la doctrine devait être modifié, on réunissait les évêques dans un concile, il suffisait d’une prière pour que le Saint-Esprit descende sur l’assemblée et avalise toutes les décisions. Depuis 1870, le pape, déclaré « infaillible » par le concile œcuménique du Vatican en 1870, peut prendre les décisions seul puisqu’il ne peut pas se tromper. Le pape Léon XIII a écrit, dans son encyclique Immortale Dei, en 1885 : « il est nécessaire de s’en tenir avec une adhésion inébranlable à tout ce que les pontifes romains ont enseigné ou enseigneront ». Il a donc fait remonté l’infaillibilité à tous les papes précédents.

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