Quand le Coran critique le Coran

D’après l’ouvrage « Aux origines du Coran » d’Alfred-Louis de Prémare.
Les citations du Coran viennent du « Coran de Médine » ou de l’ouvrage de Jean-Luc Monneret : « Les grands thèmes du Coran ».

Plusieurs versets du Coran reprennent les critiques que les contemporains ont exprimées au sujet du Coran et y répondent. Comment était perçu le Coran à ses débuts ? Mais qui le critique et qui contre-attaque ?

Le messager n’est qu’un poète ou un devin possédé par un démon.

Mais ils dirent : « Voici plutôt un amas de rêves. Ou bien il l’a inventé. Ou c’est plutôt un poète. Qu’il nous apporte un signe identique à celui dont furent chargés les premiers envoyés ». (21, 5)

Vous apprendrai-je sur qui les diables descendent ? Ils descendent sur tout calomniateur, pécheur. Ils tendent l’oreille. Cependant la plupart d’entre eux [les diables] sont des menteurs. Quand aux poètes, ce sont des égarés qui les suivent (26, 220-224).

Quand on leur disait : « Point de divinité à part Allah », ils se gonflaient d’orgueil et disaient : « Allons-nous abandonner nos divinités pour un poète fou ? ». Il est plutôt venu avec la Vérité et il a confirmé les messagers précédents (37, 35-37)

J’en jure par ce que vous voyez et par ce que vous ne voyez pas : c’est en vérité la parole d’un noble messager et non les propos d’un poète. Que vous êtes peu croyants ! Ce n’est pas la parole d’un devin. Que vous réfléchissez peu ! C’est une révélation du seigneur de l’univers. (69, 38-43)

Les poètes sont des personnes importantes dans la société tribale car ils expriment ses valeurs sociales ou politiques. Dans le Coran, ils sont condamnés car ils sont des rivaux pour Mahomet.

D’après la Sîra d’ibn Hicham, Mahomet aurait fait tuer plusieurs poètes à Médine :

  • Ka’b ibn al-Ashraf qui avait écrit un poème érotique sur le prophète
  • Asmaa bint Marwan, une poétesse qui lui reprochait d’avoir mit à mort un vieillard. Elle avait écrit un poème exhortant les Médinois à ne plus suivre un chef qui n’était pas de leur lignée. Mahomet aurait dit : « Qui me vengera d’Asmaa bint Marwan ?« . Le soir même, elle fut tuée. Le meurtrier aurait alors demandé au prophète : « Ô Messager d’Allah, je l’ai tuée ! Serai-je puni par Dieu pour cela ? ». Il aurait répondu : « Deux chèvres ne se donneraient pas des coups de cornes pour ce meurtre« .

Les devins ont aussi un rôle important dans la tribu dont ils étaient souvent les leaders grâce à leur éloquence et leur facilité à s’exprimer en public. Ainsi, Tulayha al-Asadi souleva la confédération de Najd (région centrale de l’Arabie) contre les hommes de Mahomet juste avant la mort de celui-ci. Il se présentait également comme un prophète.

Le messager ne fait que transmettre des textes écrits par les Anciens, qu’il a recopiés et arrangés à sa manière.

Les incrédules disent : « Ceci n’est qu’un mensonge qu’il a forgé à l’aide d’autres gens. Ils commentent une injustice et un mensonge, ce sont des fables d’Anciens qu’il se fait écrire. On les lui dicte matin et soir ». (25, 4-5)

Quand ils viennent discuter avec toi, ils disent : « Ce Coran n’est qu’un amas de fables racontées par les Anciens« . (6, 25)

Nous avons déjà entendu cela. Nous pouvons en produire de semblables. Ce ne sont là que des fables d’Anciens. (8, 31)

Quand on leur demande : « Qu’a révélé votre Seigneur ? » ils répondent : « Ce sont des fables des Anciens« . (16, 24)

Qui sont les Anciens. Ce ne sont pas des Arabes qui n’ont laissé aucun texte avant l’islam. Ce ne peut être que les juifs et les chrétiens.
Le Coran de Médine parle des « fables de Anciens« , mais la racine STR utilisée dans ces versets a le sens d' »écrire », on peut donc traduire par les « écrits des Anciens », ce ne sont pas des fables, des légendes, mais des écrits.

Le Coran ne nie pas que l’islam n’est qu’un rappel des écritures antérieures, qu’il vient confirmer et réinterpréter. Ce ne sont donc pas des fables puisque toutes les sagas des patriarches bibliques sont reprises dans le Coran. Parfois avec une certaine fantaisie. Ainsi, Moïse semble hériter non seulement de la terre de Canaan, mais aussi de l’Égypte ! « Nous avons donné en héritage aux opprimés [les Hébreux d’Égypte], les contrées orientales et les contrées occidentales [du Nil, de la mer Rouge ?] de la terre que nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton seigneur aux enfants d’Israël s’accomplit pour le prix de leur endurance. » (7, 137)

Les rédacteurs ont manipulé les textes : ils changent des versets et suppriment des passages.

Lorsque nous remplaçons un verset pas un autre – et Dieu sait mieux que quiconque ce qu’il révèle – ils disent : « Tu n’es qu’un imposteur » (16, 101)

Nous n’abrogeons aucun verset, nous n’en faisons oublier aucun sans le remplacer par un autre qui soit meilleur ou équivalent. Ne sais-tu pas que Dieu est tout puissant. (2, 106)

Allah efface ou confirme ce qu’il veut et l’écriture primordiale est auprès de lui. (13, 39)

La sourate 16, 101 citée ci-dessus est polémique. Qui est le « nous » de « nous changeons » ? Ce n’est pas Dieu qui est désigné juste après à la troisième personne. C’est donc celui qui parle (nous) qui remplace les versets, alors que cette personne prend Dieu à témoin. La même remarque concerne le verset 2, 106.

Aïcha, une des épouses de Mahomet aurait déclaré : « Au temps du prophète, on récitait la sourate « Les Factions », laquelle comportait 200 versets. Lorsque Uthman fit mettre par écrit les recueils, il ne put en reconstituer que ceux qu’on lit maintenant« . Il s’agit de la sourate 33 qui ne comporte plus que 73 versets.

Le Coran n’est pas un texte unifié, il est fragmenté et les thèmes dispersés.

Nous avons fragmenté le Coran afin que tu le récites lentement aux hommes. Nous l’avons fait descendre graduellement. (17, 106)

Les incrédules disent : « Pourquoi le Coran n’est-il pas descendu sur lui d’un seul bloc ? » Nous l’avons révélé ainsi pour fortifier ton cœur et nous te l’avons récité soigneusement. Les impies ne te proposeront aucune parabole sans que nous t’apportions la vérité avec la meilleure interprétation. (25, 32-33)

La sourate 25 comporte un verset tout à fait insolite. C’est le verset 30, qui précède le texte cité ci-dessus : « Et le Messager dit « Seigneur mon peuple a vraiment pris ce Coran pour une chose délaissée. » (25, 30). Ici, pas de doute, c’est le messager qui parle, pas Dieu. On se trouve devant une insertion d’un hadith à l’intérieur du Coran. Le prophète se plaint que son « peuple » délaisse le Coran en prétextant qu’il n’a été révélé en une seule fois, comme la Torah de Moïse.

Mais qui est « ce peuple » ? Pour la Sîra, il n’y pas de doute, ce sont les habitants de La Mecque, les incrédules, les impies.

Conclusions

Les contre-argumentaires évoqués dans le Coran sont sans appel : c’est Dieu qui l’a voulu. C’est lui qui a fait descendre le Coran par fragments, c’est lui qui change ce qu’il veut. Quant aux contradicteurs, ils ne sont pas nommés et le texte du Coran étant hors contexte, nous ne les connaissons pas. Le Sîra s’étend sur l’opposition que Mahomet aurait dû subir de la part des gens de La Mecque, et comme on l’a vu pour certaines personnes de Médine n’auraient pas adhéré à son message.

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