Jésus-Christ selon Eusèbe de Césarée

Eusèbe (~265-339), évêque de la ville de Césarée en Palestine, nous brosse un portrait de Jésus-Christ dans le premier livre de son Histoire ecclésiastique. On pourrait croire qu’il va nous livrer un récit inspiré des évangiles qu’il connaît. Il n’en est rien, son discours est tout à fait novateur. Il démontrer que le Christ existe depuis la création de l’Univers et qu’il a toujours été présent. Étonnant !

Qui est Eusèbe de Césarée ?

Il a toujours vécu en Palestine. On lui doit une somme importante d’ouvrages. Parmi les plus connus, citons :

  • L’Histoire ecclésiastique en 10 livres. A l’époque un livre correspondait à un rouleau de papyrus (végétal) ou de parchemin (peau d’animal), soit environ 20 à 25 pages A4 actuelles. Eusèbe fait œuvre d’historien en ce sens qu’il base son ouvrage sur des textes anciens qu’il a probablement consultés et sur des récits qui circulent encore à son époque. « Je ne rapporte que des faits que j’aie lus ou appris ».
    Mais c’est un piètre historien ! Il ne vérifie pas la matière dont il use. Pourquoi mettre en doute la parole d’un chrétien ? Ils sont dépositaires de LA vérité… même si cette vérité n’est pas vraisemblable. Les chrétiens, à cette époque (?) vivent dans un monde fantasmé dans lequel le miracle n’est jamais très loin.
    Le problème avec les écrits d’Eusèbe vient du fait qu’aujourd’hui encore c’est la source la plus consultée par les historiens pour « connaître » les débuts du christianisme, d’Hérode à l’empereur Constantin.
  • L’Histoire de la vie de l’empereur Constantin.
  • Sur les martyrs de Palestine dont j’ai déjà parlé dans le troisième article sur les martyrs. Il y décrit tous les supplices dont ont été victimes les chrétiens de Palestine et auxquels il affirme avoir assisté… alors que lui n’a jamais été inquiété.

Notons que nous n’avons aucun document original, de la main d’Eusèbe, mais des copies en différents langues, grec, latin ou syriaque, datées du Moyen Age (vers le Xe siècle). Le plus ancien manuscrit est en syriaque, il est daté du Ve siècle. On ignore donc quelle part est vraiment de sa main et quelles modifications ou ajoutes y ont été apportées.
Les textes sont consultables sur le site : http://remacle.org.

Pourquoi Jésus-Christ (en deux mots) ?

Car, dit Eusèbe, le Christ a deux natures qu’on peut comparer à la tête, d’essence divine, et aux pieds d’origine humaine. Le Christ, Dieu le fils, s’est incarné en Jésus.

« Préexistence et divinité de notre sauveur et seigneur le Christ de Dieu »

Eusèbe va puiser dans l’Ancien testament pour prouver que le Christ est présent depuis la création du monde et opposer ainsi un démenti à l’affirmation faite par Celse, 150 ans plus tôt, comme je l’ai rapporté dans l’article précédent : « Est-ce donc maintenant, après tant de siècles, que Dieu s’est souvenu de juger la vie des hommes, alors qu’auparavant il n’en avait cure ? « .

Il va utiliser toutes les « ficelles » possibles :

  • Chaque fois qu’un ange intervient et que son nom n’est pas mentionné dans la Bible, c’est du Christ qu’il s’agit.
  • Chaque fois que Dieu prend la parole, c’est le Christ qui parle. Jean ne dit-il pas dans son évangile que Jésus est le Verbe de Dieu ?
  • Enfin, chaque fois que Dieu apparaît à un patriarche dans la Bible, c’est également le Christ qui apparaît. « Le Père est d’une perfection trop inaccessible pour descendre sur terre et se manifester. Le Fils, dieu, mais plus proche de l’homme, peut entrer en contact avec le fini » note le traducteur du livre d’Eusèbe.

Suite à son développement, Eusèbe résume tout cela en une phase : « Ils ont fort bien connu le Christ de Dieu : Abraham l’a vu, Isaac a reçu ses oracles, il a parlé à Israël, il s’est entretenu avec Moïse. »

Et il conclut de façon ingénue : « La raison ne peut aucunement prouver que la nature non engendrée et immuable du Dieu tout puissant se soit changée en une forme humaine ou qu’elle ait trompé les yeux par la vaine apparence d’une créature ou que l’Écriture ait imagine ce récit d’une façon mensongère ». Ça fait réfléchir !

« Pourquoi Jésus-Christ ne fut pas annoncé à tous les hommes comme aujourd’hui ? « 

se demande Eusèbe. C’est simple, « autrefois, les hommes n’étaient pas capables d’entendre la doctrine du Christ, parfait en sagesse et en vertu« . Depuis la chute de l’homme, celui-ci est retourné à un état proche de l’animal. « Ils s’abandonnèrent à une vie brutale et déréglée : lois, droit, vertu, philosophie leur étaient inconnusIls luttaient même contre Dieu et les combats de géants sont connus de tous ». Pour se justifier, Eusèbe fait appel à la mythologie grecque.

Il explique que dans un excès d’amour, le Verbe se manifesta à un ou deux amis de Dieu. Ceux-ci jetèrent les semences de la religion dans la nation des anciens Hébreux qui reçut ses lois par l’intermédiaire de Moïse. Grâce aux Hébreux, « la plupart des peuples adoucirent leurs mœurs et abandonnèrent leur barbarie sauvage et brutale« .

Les temps étaient arrivés, au commencement de l’Empire romain, à l’avènement d’Auguste, « le Verbe divin de Dieu, comme prévu par les prophètes, dont Daniel, parut à tous les peuples comme le maître qui enseigne la religion du Père« .

La généalogie de Jésus

C’est dans ce livre qu’Eusèbe démontre que les généalogies de Jésus reprises par Luc et par Matthieu, bien que totalement différentes ne se contredisent pas, c’est notre ignorance qui nous empêche de comprendre. J’ai consacré un article à la démonstration d’Eusèbe. « L’un donne la généalogie selon la nature, l’autre selon la loi. » Pour faire bref, l’un cite le père géniteur de l’enfant, l’autre le mari de la mère après la mort du géniteur, que l’enfant appellera « père ».
Comme tous les ascendants de Joseph sont différents sauf David, on peut en conclure que toutes les mères ont été veuves et ont épousé le frère du défunt comme le prévoit la loi juive.

Il conclut par « du reste l’Évangile est entièrement dans la vérité« . Voilà qui clôt le débat.

Une lettre de Jésus !

Eusèbe nous apprend qu’une lettre de Jésus existe et qu’il l’a consultée ! Il dit a son propos : « On a de ces faits la preuve écrite, elle a été gardée dans les archives d’Edesse. Mais rien ne vaut de voir ces lettres et de les traduire du syriaque ». Quels sont les faits dont parle Eusèbe ?

Le souverain d’Edesse, Abgar V (15-50), gravement malade, aurait envoyé une supplique à Jésus, qu’il reconnaît comme Dieu, pour qu’il le guérisse de son mal. Jésus lui répond : il ne peut pas se rendre à Edesse car il a une mission à accomplir mais il enverra un de ses disciples.

En plus de ces deux lettres, Eusèbe a trouvé à Edesse le récit de la guérison d’Abgar : après l’ascension de Jésus, Thomas aurait envoyé Thaddée à Edesse pour accomplir ce miracle.

Aucun historien n’ajoute foi à cet épisode, bien que certains discutent pour savoir quel disciple à été envoyé à Edesse et à quelle époque. Bizarrement, Eusèbe indique que Thaddée est arrivé à Edesse en l’an 340. Les Anciens n’avaient pas la même notion du temps que nous. La mesure du temps passé se référait à un événement important, le début d’un règne ou une bataille importante. La datation d’Eusèbe fait probablement référence à l’ère d’Alexandre, qui a comme point de départ la mort de son fils Alexandre IV (311). Thaddée a donc été envoyé à Edesse en 29, soit quelques années avant la mort présumée de Jésus ! (Calcul effectué par le traducteur du texte)

Que d’erreurs dans le texte !

En voulant accréditer la naissance de Jésus lors du recensement de Quirinus, comme le prétend l’Évangile de Matthieu, Eusèbe cite abondamment l’écrivain juif Flavius Josèphe… mais il oublie de mentionner que Josèphe place le recensement, non pas du temps d’Hérode, mort en -4, mais lors de l’annexion de la Judée par les Romains, en l’an 7 de notre ère, la 37e année de la bataille d’Actium.

Toujours en prenant à témoin Flavius Josèphe, il se trompe dans la succession d’Hérode, faisant d’Archélaos son seul héritier. Ainsi, selon Eusèbe, Archéloas est devenu le roi de Judée à la mort d’Hérode, en -4. Mais en l’an 6, il est destitué par les Romains et envoyé en Exil à Vienne, près de Lyon. Son royaume est alors partagé entre ses frères : Hérode Antipas et Philippe ainsi que Lysanias.

Nous avons une autre lecture de Flavius Josèphe. A la mort d’Hérode, son territoire est partagé entre ses trois fils : Archélaos (Judée, Samarie et Idumée), Hérode Antipas (Galilée et le Golan) et Philippe (les terres à l’est du Jourdain). En 6, Archélaos est bien déchu, mais son territoire passe sous l’autorité romaine. Quant à Lysanias, il n’a rien à voir dans l’histoire, il était tétrarque l’Abilène, un territoire au nord de Damas.

Les dix livres d’Eusèbe sont de la même eau : des approximations, des données imprécises et beaucoup de miracles.

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