Georges Lemaître : le dilemme de la foi

Georges Lemaître (1894-1966) est peu connu du grand public, pourtant, c’est le concepteur de la théorie du Big Bang publiée en 1927 dans une revue scientifique !

Georges Lemaître et Albert Einstein au MIT

Or, comme on peut le voir sur cette photo, Georges Lemaître était prêtre catholique. Il était professeur à l’Université catholique de Louvain (Belgique).
Comment a-t-il concilié sa foi, sa croyance et ses connaissances scientifiques ?

Georges Lemaître, issu d’une famille très catholique, est entré sur le tard au séminaire, en 1920, après avoir terminé ses études universitaires qu’il prolongera par après à Cambridge en Angleterre puis à Cambridge… aux États-Unis (Harvard). Il publia ses premiers articles scientifiques en 1923.

La Bible et la science

Lemaître situe sur des plans strictement distincts les discours scientifiques et religieux. Il distingue la création du commencement. Sa théorie concerne le commencement du temps physique, l’acte créateur (de Dieu) n’est pas lié à la temporalité. Il pense qu’on peut concevoir un monde créé qui n’aurait jamais commencé dans le temps. Il dira : « Le concept de commencement naturel du monde s’oppose à l’idée de création surnaturelle« .

La Bible ne nous donne des certitudes qu’en ce qui concerne notre salut et non ce qui se rapporte à la connaissance du Cosmos. Parlant le Moïse et de Paul, il déclara :

Ni Paul, ni Moïse n’a la moindre idée de ce qu’est la théorie de la relativité. Ils étaient inspirés sur la question de salut. Ce n’est pas parce qu’ils avaient raison sur la doctrine de l’immortalité et du salut qu’ils avaient des compétences dans d’autres domaines comme leur prêtent les personnes qui ont une compréhension limitée de la Bible.

Lemaître perdait tout esprit critique lorsqu’il parlait religion. Il était un catholique de son temps, il croyait que Moïse avait écrit les cinq premiers livres de la Bible… alors qu’on y décrit sa mort. Mais pour lui, la Bible devait être interprétée de façon symbolique et spirituelle. Pour lui, il y a donc deux vérités, la vérité scientifique qui explique notre monde et la vérité religieuse qui éclaire les différents moyens de parvenir au salut. Les deux chemins sont dans des plans tout à fait disjoints.

Dieu pour Lemaître

Dieu se tient à l’écart du monde, Dieu reste caché. Il écarte toute intervention de Dieu dans la marche du monde, il dira qu’il rejette le coup de pouce de Dieu évoqué par Pascal. Mais alors qu’elle était sa foi dans la doctrine catholique. Comment appréhendait-il le Christ, fils de Dieu, né d’une vierge, envoyé par Dieu sur terre pour sauver les hommes ? Jésus qui a fait des miracles, donc changé le cours des choses. Et que dire de la multitude des saints qui continuent à se distinguer dans des miracles ? Qu’est-ce que l’âme ? Où se trouvent le Paradis, l’Enfer et le Purgatoire ? Il ne nous en a rien dit, il ne s’est pas exprimé sur sa foi profonde, mais il est resté prêtre toute sa vie. Pour lui, « l’homme est l’enfant de Dieu et l’épanouissement en lui de la grâce divine n’a rien à voir avec l’épanouissement de son intelligence« .

Le Big Bang

En 1922, le russe Alexandre Friedmann publie une théorie sur l’expansion de l’Univers. Si l’Univers est en expansion, à un certain moment dans le passé, il a dû être condensé en un « atome primitif » pense Lemaître, se basant sur les équations d’Einstein : c’est la base de sa théorie. Il emploie le mot « atome » dans le sens étymologique (un élément indivisible) et non scientifique.
Il a même calculé la vitesse d’expansion de l’Univers partant du constat que plus les galaxies sont lointaines, plus elles s’éloignent rapidement. C’est la constante de Hubble-Lemaître.
Lemaître n’a pas donne de nom à sa théorie, celle-ci fut appelée Big Bang, par dérision, par Fred Hoyle en 1949.

Lemaître contre le pape

La théorie de Lemaître a été reprise et développée par d’autres chercheurs qui sont parvenus à décrire toutes les phases du Big Bang, de l’atome primitif, au rayon nul, aux galaxies. Au commencement, l’Univers n’était qu’une « soupe » très dense d’électrons, de quarks (composants des neutrons et des protons) et les photons (composants de la lumière, des ondes électromagnétiques). Les photons sont « prisonniers » dans cet amas, ils ricochent sur les autres particules, l’Univers est sombre. Petit à petit, les électrons et les quarks s’assemblent pour former des atomes simples : hydrogène et hélium, la voie est libre pour les photons, l’Univers devient transparent, environ 300.000 ans après le commencement.

Lemaître soupçonne qu’un rayonnement cosmique porterait la trace de cet événement. Il l’appelle « l’écho disparu de la formation du monde« . En 1965, alors qu’il est très malade on lui annoncera que cette trace a été découverte. Elle porte officiellement le nom de « fond diffus cosmologique« , c’est un rayonnement venu de tous les points de l’Univers.

Fond diffus cosmologique dont l’image s’affine avec l’évolution des télescopes.

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était informe et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
Dieu dit :  » Que la lumière soit!  » et la lumière fut. (Gen. 1, 1-3)

En 1951, le pape Pie XII exulte, la Bible avait raison : « que la lumière soit, et la lumière fut ». Cette position ne plait pas à Lemaître qui le fait savoir au pape… celui-ci reviendra sur sa déclaration, tout infaillible qu’il soit.

Qu’y avait-il avant le Big Bang ?

Plusieurs théories existent. La plus répandue se conforme à la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein datée de 1915 : l’espace et le temps sont liés, si l’espace est totalement comprimé, le temps n’existe pas, il n’y a donc pas d’avant. Dit autrement : si l’espace a un rayon nul, le temps est infini.

Une autre théorie considère que l’espace va atteindre la limite de son expansion, puis va régresser pour revenir à son point de départ.
Enfin, citons la naissance de notre Univers comme rejet d’un trou noir d’un autre Univers.

2 commentaires sur “Georges Lemaître : le dilemme de la foi

  1. On a attribué la citation suivante à Louis Pasteur, catholique pratiquant : « Quand j’entre dans mon laboratoire, je laisse mes convictions au vestiaire. »
    –> Rien n’empêche un croyant d’être un bon scientifique, comme Pasteur, Copernic et l’abbé Lemaître … en raccrochant d’abord ses convictions au vestiaire.

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  2. Pierre, je suis d’accord, mais pourrais-tu justifier le besoin qu’ils ont de croire en Dieu. Les dieux ont été créés par les hommes pour répondre aux questions qu’ils se posaient sur les mystères de l’Univers et pour apaiser leurs craintes face aux déchaînements des éléments naturels. Ces mystères étant révélés, que reste-t-il ? L’espoir du salut comme le dit Georges Lemaitre… avec toutes les inconhérences que cela implique (listées dans l’article).

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