Quand l’Islam était le centre intellectuel du monde

D’après les Cahiers de Science & Vie de mai 2013 consacrés à l’an 1000.

Aux alentours de l’an mil, l’Islam, le monde musulman, est divisé en trois califats rivaux. La capitale de chacun de ces califats connaît un foisonnement d’idées nouvelles. La soif de savoir l’emporte sur les divergences religieuses. L’Islam connaît son âge d’or, alors que l’Europe se relève péniblement des conflits de succession de l’empire carolingien moribond.

Le monde musulman au XIe siècle (carte extraite des Cahiers de Science & Vie)

Bagdad

Bagdad est la capitale du califat sunnite abbasside qui en 750 a remplacé le califat omeyyade. C’est une ville nouvelle, construite sur le Tigre, à proximité de l’ancienne capitale de l’empire Perse : Ctésiphon. Le califat, bien que sunnite est sous la tutelle de la famille chiite perse des Bouyides.
Bagdad est une ville multiculturelle, riche du commerce et raffinée. Les influences perses se font sentir sur la manière de se vêtir.

Les Arabes ont appris à fabriquer le papier au contact des Sogdiens et des Chinois (voir l’article). Cette technique va permettre de produire et de diffuser plus facilement les connaissances héritées des Grecs, des Byzantins, des Perses et des Indiens. Mais les Arabes ne font pas que transmettre des connaissances antiques, ils vont explorer de nouvelles voies et renouveler le savoir ancien.

En 830, le calife al-Mamun (786-833), un musulman progressiste, inaugure la Maison de la sagesse qui comprend outre une imposante bibliothèque, des salles où les intellectuels de toute origine peuvent se réunir et travailler. Leurs travaux, édités en arabe, vont se répandre dans tout le monde musulman.

Philosophie, médecine, mathématique, astronomie, géographie, toutes les disciplines sont abordées. Ainsi al-Khwarizmi développe l’algèbre, son nom est à l’origine du mot algorithme.

al-Haytham (965-1039) est considéré comme un pionnier de la méthode scientifique. Il est le père de l’optique moderne. Alors que les Grecs, comme Euclide, croyaient que des rayons mystérieux jaillissaient de la pupille pour toucher les objets regardés, al-Haytham montra, par des expériences que c’est la lumière émise par les choses vues qui se projetait sur le fond de l’œil. Il mena aussi des expériences sur la réfraction de la lumière et prédit que celle-ci se déplaçait à des vitesses considérables.

Le Caire

Le Caire est la capitale du califat chiite des Fatimides. Partis du Maghreb, cette famille a conquis le nord de l’Afrique et la Syrie-Palestine.

Le calife al-Hakim (985-1021) fait construire un observatoire d’astronomie et il fonde, en 1004, la Maison du savoir dont la bibliothèque surpassera celle de Bagdad. Elle aurait contenu plus d’un million de manuscrits dont deux mille copies richement illustrées du Coran.

Profitant de l’observatoire, l’astronome ibn Yunus (950-1007) développe des tables de données astronomiques. Ce sont des suites de nombres qui indiquent les situations et les mouvements des astres ou qui servent à les calculer.

Cordoue

Cordoue est la capitale du califat omeyyade d’al-Andalus recréé par un survivant du massacre de la famille omeyyade lors de la prise de pouvoir des Abbassides. Musulmans, Juifs et chrétiens travaillent ensemble à la traduction d’œuvres grecques antiques.

Le calife al-Hakam II (915-976) y fonde une bibliothèque en 965. Ses émissaires dans le monde entier vont collecter et recopier des manuscrits. Le bibliothèque contiendra 400.000 titres ! Trois siècles plus tard, la Sorbonne s’enorgueillira d’en posséder deux mille.

Saïd al-Andalusi (1029-1070) recensa tout le savoir du monde dans son ouvrage « Livre des catégorie des nations » (Kitab tabaqat al-umam). Il passe en revue, pour chaque nation, leur apport à la science mondiale. Il pointe les Indiens en premier lieu, puis les Perses, les Chaldéens, les Grecs, les Byzantins, les Égyptiens, les Arabes d’Orient, les Andalous et les Hébreux. Par contre, il dénigre les Chinois, les Turcs, les Africains et les Slaves. Or au même moment, en Chine, Shen Gua (1031-1095) publiait les savoirs de son pays, inventeur de la poudre à canon et du papier. Dans sa liste, on retrouve ainsi la boussole à aiguille aimantée et l’imprimerie à caractères mobiles (en bois), 400 ans avant Gutenberg.

Et l’Occident ?

L’Occident ne s’emparera du savoir des Arabes que par les guerres. Les croisades vont mettre les Occidentaux au contact des califats de Bagdad et du Caire. Mais il faudra un certain temps pour que les érudits européens comprennent la portée du savoir des Orientaux. L’enseignement sera toujours étroitement lié à la théologie. Sauf en Espagne, où la « reconquête » permettra au roi chrétien, Alphonse VI roi de Léon puis de Castille, d’annexer la ville de Tolède (1085). La culture d’Al-Andalus subsistera dans cette ville au grand dam des papes qui iront jusqu’à considérer les chrétiens de Tolède comme des hérétiques. Grâce à la prise de Tolède, les auteurs grecs dont Aristote, seront enfin étudiés dans l’Europe chrétienne.

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