13 ans d’humiliations des Juifs du IIIe Reich

Entre 1933 et 1945, Victor Klemperer, un juif non pratiquant de Dresde, a tenu un journal de tous les faits, minimes ou importants qui ont bouleversés sa vie. Il était marié à Léa, une « arienne » et enseignait à l’université de la ville.
Il est mort en 1960. Il a publié un essai extrait de son journal en 1947 (La langue du IIIe Reich), mais il a fallu attendre 1992 pour que son journal soit publié en entier sous le titre : « Je veux témoigner jusqu’au bout : journal des années nazies ». En voici un résumé.

Ascension d’Hitler : 1933-1934

30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier (chef du gouvernement) de la république de Weimar par le président Hindenburg.
27 février 1933, le Reichstag (le parlement) est incendié. Les communistes sont accusés. Après un procès équitable (le dernier de ces années noires), seul Marinus van der Lubbe, un Néerlandais qui a été arrêté errant dans le bâtiment en feu, est condamné. Il avait assisté amorphe au procès. Aujourd’hui, on soupçonne une initiative de Goebbels dont la demeure communiquait directement avec le Reichstag.
Les droits civils sont suspendus.

Le 20 mars 1933, Hitler proclame le IIIe Reich (empire) avec l’assentiment d’Hindenburg.
Le 23 mars 1933, le parlement lui octroie les pleins pouvoirs : il rédigera lui-même les lois. Il déclarera plus tard : « Je ne suis par un dictateur, j’ai simplifié la démocratie« .
Le premier camp de concentration est ouvert à Dachau, il est organisé par Heinrich Himmler.

Le 2 août 1934, le président Hindenburg meurt à 86 ans. Hitler devient président du Reich, il portera le titre de Führer (guide). Il a 45 ans.

Les humiliations commencent : 1934-1939

La première humiliation survient en 1934. En tant que professeur d’université, Victor Klemperer ne peut plus faire passer des examens à ses étudiants.

Le 20 novembre 1934, tous les fonctionnaires, y compris les professeurs, doivent jurer fidélité au Führer et se saluer bras tendu. Les collègues de Klemperer, continueront de le saluer conventionnellement… en privé.

En 1935, les professeurs juifs sont chassés de l’enseignement.
On leur interdit l’accès aux bibliothèques. Klemperer continuera à lire grâce à son épouse qui y a toujours accès.

Il doit modifier son nom, il doit y ajouter Israël, il s’appellera désormais Victor Israël Klemperer. Les femmes juives doivent ajouter Sara.

Le 15 septembre 1935, dans les lois raciales promulguées par Hermann Göring, les mariages mixtes sont interdits, mais rien n’est stipulé pour les mariages existants.
Victor Klemperer pense à s’exiler. Il s’inscrit à l’ambassade américaine et reçoit le numéro 56429, ce qui lui donne l’espoir de partir… en février 1941 !

Le 6 décembre 1938, on lui enlève son permis de conduire.

Les humiliations continuent : 1940-1945

En juillet 1940, tous les Juifs de Dresde sont expulsés de leur maison et regroupés dans des « maisons de Juifs ». Ce sont de nouvelles villas (dira Victor Klemperer) dont il ne pourra occupé que deux pièces. Le couple aura bientôt une cohabitante. Il n’a pu emporter que 10% de ses meubles, le reste a été confisqué.
Toute une série d’interdiction de circuler leur sont imposées : parcs, rues commerçantes, restaurant de la gare, etc.

En février 1941, il est obligé de vendre sa voiture, même si sa femme est arienne.

Le 22 juin 1941, l’Allemagne envahit l’URSS.

Le 19 septembre 1941, les Juifs doivent porter une étoile jaune qui leur coûte 10 centimes, le prix d’un litre de lait. Les enfants ariens ne peuvent plus jouer avec les enfants juifs.

Il leur est interdit de sortir de chez eux entre le 24 décembre 1941 et le 1er janvier 1942. A partir de cette date, ils ne peuvent plus téléphoner dans les cabines publiques.

Dès le 21 janvier 1942, certains Juifs sont déportés vers l’est. Les Allemands appellent cela une « évacuation ». Des bruits circulent comme quoi les déportés sont fusillés dès l’arrêt des trains.
Si un Juif désigné pour la déportation se suicide ou disparaît, un remplaçant est choisi. Le quota doit être respecté.
Les déportés ne peuvent pas céder leurs biens à leurs proches, ils sont confisqués.
Dès mars 1942, la réputation d’Auschwitz est connue.

Les Juifs qui restent subissent de fréquentes perquisitions. Ils sont battus s’ils possèdent un objet interdit. Ainsi, Victor Klemperer et sa femme sont frappés car ils ont le livre « Mythe du XXe siècle » de l’idéologue nazi Alfred Rosenberg.

1942 est un année terrible. Toute une série d’interdits s’abattent sur eux :

  • Le couvre feu est fixé à 20 heures.
  • Il est interdit d’écouter la radio.
  • Ils ne peuvent plus utiliser le téléphone.
  • Ils leur est interdit de fréquenter les cinémas, les théâtres, les concerts et les musées.
  • Ils ne peuvent plus acheter de journaux.
  • Ils ne peuvent plus utiliser les transports publics.
  • Ils ne peuvent plus acheter des denrées rares comme le poisson, le lait, le café, le chocolat, les fruits.
  • Les cigarettes leur sont interdites.
  • Ils ne peuvent plus aller chez le coiffeur.
  • Ils ne peuvent plus faire appel à un artisan.
  • Leurs machines à écrire sont confisquées.
  • De même que leurs fourrures et les couvertures de laine qui partent vers l’URSS.
  • Leurs bicyclettes sont saisies.
  • Ils ne peuvent plus quitter la ville ni se rendre dans les gares.
  • Ils ne peuvent plus stocker d’aliments.
  • Il leur est interdit de se rendre au restaurant.
  • Ils ne peuvent plus acheter de vêtements.
  • Ils paient un impôt spécial : pour gagner quelque argent, on leur impose de petits travaux dans les entreprises. Victor Klemperer travaille de 14 à 22 heures dans des conditions insalubres.
  • Leur sortie pour faire des achats est limitée à une heure par jour.
  • Ils doivent abandonner leurs animaux de compagnie. En principe, les services municipaux viennent les chercher. Victor Klemperer préfère se rendre chez le vétérinaire pour faire euthanasier son chat, ce qui était interdit.
    Notons qu’en 1933, une des premières lois promulguées par les nazis fut l’interdiction d’utiliser des chats pour l’expérimentation dans les laboratoires.

En 1943, les défaites s’accumulent. En Allemagne, on ne parle pas de défaites, mais de crises : « les retraites ont été planifiées et prévues, le front est élastique ». « L’enchainement des victoires nous a rendu fragiles ».
Une blague circule alors : César, Frédéric le Grand et Napoléon sont au Paradis. César, regardant la terre et dit : « Si j’avais eu ces chars, j’aurai envahi la Germanie« . Frédéric le Grand dit : « Si j’avais eu ces avions j’aurai dominé l’Europe« . Dans un grand soupir, Napoléon dit : « Si j’avais eu Goebbels comme ministre de la propagande, on n’aurait jamais su que j’ai été battu à Waterloo« .

Les Juifs connaissent le sort qui les attend à la sortie des trains vers les camps d »extermination.

Le 30 janvier 1945, les couples mixtes doivent se séparer. En cas de refus, les conjoints sont considérés comme juifs.

Du 13 au 15 février 1945, la ville de Dresde est bombardée, le jour par les Américains et la nuit par les Britanniques qui déversent des tonnes de bombes incendiaires. Or Dresde n’est pas un objectif militaire : il n’y a pas d’industries, elle n’est même pas défendue par des militaires, c’est le refuge des gens qui fuient l’avancée des Soviétiques. Il y aura 35.000 victimes civiles.

Victor Klemperer et sa femme profitent des bombardements pour arracher leur étoile jaune et fuir dans l’Allemagne en débâcle. Ils reviendront à Dresde, dans leur maison familiale à l’été 1945. Pour écrire ses souvenirs, les Soviétiques lui donneront une machine à écrire… comportant la lettre SS.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s