Jésus tient une toute petite place dans le Coran : 59 versets, qu’il partage avec sa mère, sur un total de 6236. Sa présence ne doit pas nous étonner vu que les premiers califes omeyyades étaient chrétiens. 59 versets, c’est peu, mais en comparaison, Mahomet n’est jamais cité. Lorsqu’ils lisent ou récitent le Coran, les musulmans comprennent que les références à « mon serviteur » ou à « tu » ou même à « il » hors contexte s’adressent à Mahomet. Parfois, le nom de Mahomet a été ajouté, ainsi dans le verset 2 de la sourate 68 : « Tu (Mahomet) n’es pas, par la grâce de ton seigneur, un possédé. » La tradition considère le début de cette sourate comme la première révélation faite à Mahomet.
Dans le Coran, Jésus est nommé Issa (Isa). Ce qui est curieux, puisqu’en arabe, Jésus se dit Yasou. Issa viendrait d’Ésaü, un personnage biblique, petit-fils d’Abraham, frère de Jacob qui est aussi appelé Israël. Jésus serait donc le frère d’Israël. Pure conjecture.
Le Jésus du Coran n’est pas le Jésus des évangiles et cela non plus ne doit pas nous étonner : les arabes chrétiens de Syrie ne reconnaissaient pas le dogme des Byzantins, ils étaient hérétiques. Dans le Coran, Jésus est un être exceptionnel certes, mais pas Dieu, ni le fils de Dieu, au mieux un prophète (Co. 5, 72).
Les 59 versets qui concernent aussi bien Jésus que Marie, seule femme citée dans le Coran, sont éparpillés dans 8 sourates, 8 chapitres différents. Mis bout à bout comme dans les Grands Thèmes du Coran de Jean-Luc Monneret, ils ne racontent pas une histoire, ce sont des tranches de vie.
Voyons cela en détail.
Jésus est né hors mariage, d’une jeune fille nommée Marie, qui est accusée d’avoir commis une action monstrueuse (Co. 19, 27). Dès sa naissance, Jésus parle (Co. 19, 28-34). Il se bénit lui-même : «Que la paix soit avec moi au jour de ma naissance, au jour de ma mort et au jour où je serai ressuscité vivant».
Jésus fait des miracles, cette fois, avec la bénédiction d’Allah. Il guérit les aveugles, les lépreux et ressuscite les morts… «Tout ceci n’est que pure magie» tempère le Coran(Co. 5, 110).
Le Coran reprend un événement raconté dans un apocryphe chrétien : L’Évangile de l’enfance selon Thomas. Jésus fabrique des oiseaux en argile puis, en soufflant, leur donne vie. Les mots utilisés sont les mêmes que ceux employés lorsqu’Allah donne vie à Adam. Jésus a donc le même pouvoir que Dieu ? Dans l’Évangile de l’enfance, Jésus fait s’envoler les oiseaux car les Juifs lui reprochent d’avoir créer ces jouets un jour de sabbat ; il fait donc disparaître l’objet du délit.
Jésus annonce la venue d’un messager de Dieu (Co. 61, 6), ce sera Ahmad (pas Mahomet).
Il prend des apôtres, ses auxiliaires face à l’incrédulité des Juifs (Co. 3, 52). Certains Juifs le suivent, d’autres nient (Co. 61, 14). Mais Jésus n’est qu’un prophète (Co. 5, plusieurs versets). Jésus affirme : «Ô enfants d’Israël adorez Dieu qui est mon seigneur et le vôtre.» (Co. 5, 72).
Il est qualifié de Messie (Co. 4, 157) ! Faut-il y voir une erreur d’interprétation ? Jésus-Christ, qui était devenu le nom commun de Jésus au cours des siècles, a t-il été traduit par « le Messie Issa » … ce qui est un non-sens pour les musulmans ?
Les Juifs ourdissent un complot contre Jésus (Co. 3, 54) mais il n’a pas été mis à mort, un autre a pris sa place (Co. 4, 157). Il a été rappelé à Dieu (Co. 5, 55). Le verset 3, 59 montre l’importance de Jésus : « Aux yeux d’Allah, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut.»
Pourquoi Jésus est-il monté vivant vers Dieu ? Car il doit revenir à la fin des temps : «En vérité, le retour de Jésus sera le signal de l’arrivée de l’Heure. » (Co 43, 61)
Pour les musulmans sunnites, c’est donc Jésus qui jugera les hommes au jour de la résurrection (Co. 4, 159) et pas Mahomet. Jésus est un être exceptionnel d’après le Coran, Mahomet n’est qu’un homme. Un des minarets de la Mosquée des Omeyyades à Damas porte le nom de Jésus. C’est là qu’il descendra sur terre. Il reviendra pour 40 ans, éliminera l’Antéchrist (al-Dajjâl) et puis mourra. Jérusalem sera le centre de ces événements. La Mecque est donc supplantée par Damas et Jérusalem.
La tradition s’est enrichie au fil des siècles pour donner une place plus importante à Mahomet. Ainsi, à l’appel de l’ange Isrâfîl , « il se mettra debout, chassant la poussière de sa barbe bénie et de ses cheveux et regardera à sa droite et à sa gauche… ».
Un voile de mystère entoure cet édifice parmi les plus photographiés au monde. Qui l’a construit et quand ? Cette question peut paraître saugrenue dès lors que j’ai affirmé dans un article précédent qu’il était l’oeuvre du calife Abd al-Malik (685-705). Et pourtant un doute subsiste. Quel est ce rocher que protège la coupole ? Pourquoi a-t-il été construit ? Quel était son aspect originel ?
Le Dôme du Rocher avec à l’arrière plan la coupole de la mosquée al-Aqsa.
Comme chacun le sait le Dôme du Rocher est situé à Jérusalem, sur l’Esplanade des Mosquées pour les musulmans, sur le Mont du Temple pour les juifs. Bien qu’étant à Jérusalem, l’esplanade est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. Ainsi, sans précaution archéologique, en 1999, le WAQF a déplacé 400 camions de déblais pour rénover la mosquée Marwan qui se trouve sous la mosquée al-Aqsa et les a versé dans la vallée du Cédron. Cinq ans plus tard, des archéologues ont entrepris des fouilles de sauvetage en analysant ces déblais. Des milliers d’objets retraçant l’histoire mouvementée du site ont ainsi pu être récupérés. Depuis 1998, les visites du Dôme ont été « suspendues ».
Mosquée Marwan aussi appelée (à tort) les écuries du roi Salomon
Qui a construit le Dôme du Rocher ?
Les inscriptions sur les arcades ne laissent aucun doute, la date de l’inauguration est indiquée : 72. Cette année de l’ère musulmane correspond à 691/692 de notre ère, soit durant le règne d’Abd al-Malik. Alors pourquoi douter ? L’inscription porte également le nom du calife bâtisseur : al-Mamun (786-833). Que vient faire ce calife en 72 ? Si on considère comme date de départ du calendrier non pas la date de l’Hégire, mais la prise de pouvoir de la dynastie des Abbassides dont fait partie al-Mamun, on obtient 72 + 750 = 822… juste sous le règne de ce calife ! Mystère ? Non, usurpation, car sur l’inscription de la porte est (dont je parle plus bas), le même calife, al-Mamun, a fait graver la date de 216, soit 831/832 de notre ère.
Aucun pèlerin chrétien ayant visité Jérusalem ne mentionne le Dôme du Rocher donc ne permet de dater effectivement l’édifice. Néanmoins, on attribue sa construction à Abd al-Malik. Son fils Walid a fait construire la Mosquée al-Aqsa sur la même esplanade. Elle se situe sur le côté sud. Si le Dôme n’avait pas existé, il aurait centré la mosquée. De plus, depuis l’occupation de Jérusalem (Aélia à l’époque) par les Arabes en 638, l’édification d’un « temple » était projetée. Théodore, un contemporain de l’événement s’offusque que l’archidiacre Jean, marbrier de son état, se soit enrôlé pour la construction. En 670, un évêque franc, Arculfe, y voit lors d’un pèlerinage un édifice fait de planches et de poutres. A-t-il vu les échafaudages précédant la construction ?
Quelle est l’origine du Rocher ?
La signification de ce rocher a évolué au fil du temps. Au départ, il semble avoir été le rocher sur lequel Dieu s’est reposé avant de remonter au ciel. Ensuite, il fut la pierre sur laquelle Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils Ibrahim, pour les musulmans, … ou Isaac, pour les juifs.
Le rocher à l’intérieur du Dôme
Les juifs ont emboîté le pas aux musulmans en changeant leurs traditions :
Ainsi, le rocher est devenu le « rocher de la fondation » qui se trouvait sous le saint des saints dans le temple… alors que ni les textes anciens, ni la Bible n’en parlent.
Et le mont sur lequel l’esplanade a été construite a été rebaptisé « Mont Moriah » car dans la Bible, c’est sur ce mont qu’Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice… alors qu’à l’origine, ce mont s’appelait le Mont Sion, mentionné plusieurs fois dans la Bible. Ainsi dans le psaume 74 : « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence ! » . Le mont Sion a été « déplacé » vers une autre colline de Jérusalem !
Au IX° siècle, le rocher prend une tout autre signification : c’est l’endroit où Mahomet pris appui pour monter au ciel lors de sa visite nocturne à Jérusalem. La Sira nous conte cet événement : alors qu’il habitait La Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui l’emmena la nuit vers Jérusalem sur le dos d’un animal fabuleux, Buraq, cheval à tête de femme, sorti tout droit de la mythologie perse. Cette légende a pour origine le verset 1 de la sourate 17 : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer nos merveilles. » Ce verset ne parle ni de Mahomet, ni de Buraq, ni de l’ange Gabriel pas plus que de La Mecque ou de Jérusalem. On remarquera que la mosquée construite à Jérusalem s’appelle « Mosquée al-Aqsa » qui en arabe signifie « Mosquée éloignée »… le tour est joué !
Mais d’où vient cet amas rocheux ? Pour élucider le mystère, il nous faut remonter dans le temps.
Vers 515 avant notre ère, les Judéens, revenus d’exil de Babylone avec le consentement des Perses qui ont vaincu les Babyloniens (Chaldéens), construisent un temple à Jérusalem. En 63 avant notre ère, le général romain Pompée est à Jérusalem. Il est venu aider le protégé de Rome à conquérir le trône de Judée. Il pense que les juifs vénèrent une tête d’âne. Pour en avoir le cœur net, il profane le temple et dans le saint du saint, ne trouve rien. Il est vide. S’il avait vu un amas rocheux, il aurait pensé que les juifs vénéraient une pierre, comme les bédouins arabes qui se déplaçaient avec une pierre symbolisant la présence de leur dieu. Mais rien !
En l’an 19 avant notre ère, un autre protégé de Rome, le roi Hérode le Grand, entreprend de bâtir le plus grand temple de l’empire romain. Plus par vanité que par ferveur religieuse. Le temple reposera sur une plateforme de 480 mètres sur 280 construite sur le mont Sion (le mont du Temple). Les travaux dureront 82 ans. Soit dit en passant, si Jésus a été au temple à Jérusalem, il n’a pu le voir qu’en construction, celle-ci s’est achevée en 63 de notre ère… mais le service religieux n’avait jamais été interrompu. Dans le temple d’Hérode, toujours pas d’amas rocheux, mais une esplanade parfaitement plane.
Ce temple n’a pas fait la gloire de la Judée très longtemps. Suite à une révolte des Judéens, il est détruit par le futur empereur romain Titus en 70. En 133-135, l’Histoire se répète, nouvelle révolte, nouvelles destructions. Mais cette fois, l’empereur Hadrien rase la ville et construit une ville romaine qu’il appellera Aelia Capitolina. Aelius est son nom de famille et il place la ville sous la protection de Jupiter Capitolin en lui consacrant un temple qu’il fait bâtit sur l’esplanade probablement avec les matériaux du temple juif. Le temple est consacré à Jupiter, Junon et Minerve. On ne voit pas pourquoi les Romains auraient laissé un amas rocheux dans leur temple.
Emplacement du temple de Jupiter projeté sur l’esplanade actuelle.
Au IV° siècle de notre ère, des fanatiques chrétiens détruisent le temple. Lors de l’arrivée des Arabes à Jérusalem, l’esplanade est considérée comme un dépotoir, c’est ce que nous disent Théodore, un contemporain, ainsi que les chroniqueurs musulmans : Tabari (IX°s) (« Dieu a envoyé un prophète sur la décharge publique… ») et al-Bahri (XI°s) (« A cette époque, c’était une décharge publique »).
Que peut-on déduire de l’origine de ce « rocher » ? Il est très probable que ce soit les ruines du temple romain, lui-même construit avec les restes du temple juif.
Pourquoi l’édifice a-t-il été construit ?
On n’a pas de document d’époque décrivant l’usage de cet édifice. On sait que ce n’est par une mosquée : une grotte a été creusée sous le bâtiment pour servir de lieu de prière. Mais cette grotte n’est pas d’origine. Au X° siècle, un auteur musulman, al-Yaqubi prétend que le Dôme du Rocher devait remplacer la Kaaba à La Mecque comme lieu de pèlerinage, car à cette époque, La Mecque était aux mains de l’anti-calife al-Zubayr.
C’était très probablement un lieu de pèlerinage, mais pas comme celui de La Mecque, avec un cérémonial bien défini, mais un lieu de pèlerinage comme le Saint Sépulcre que les chrétiens visitent en se recueillant. Il faut se replacer dans le temps. L’islam n’est pas encore la religion formatée et rigide qu’elle deviendra à partir de la seconde moitié du IX° siècle : les hadiths (les paroles du Prophète) n’existent pas, pas plus que la charia et les cinq piliers de l’islam. C’est une religion en devenir, qui se cherche. C’est la religion d’Abraham, qui a donné naissance au judaïsme et au christianisme, mais quelle forme lui donner… elle n’a pas de clergé. A ce moment de l’histoire, cette nouvelle religion aurait pu prendre le même chemin que le mormonisme qui est devenu l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, née en 1830. C’est une religion, basée sur la Bible, révélée par le livre d’un prophète : Mormon (personnage mythique ayant vécu de 311 à 385… aux Etats-Unis).
Le pèlerinage à La Mecque qui attire des centaines de milliers de musulmans est un phénomène très récent qui date de la prise de pouvoir de la famille Séoud conseillée par les religieux wahhabites vers 1930. A cette époque on ne dénombrait que 50.000 pèlerins par an. C’est le voyage par avion qui a drainé les foules.
La Mecque est probablement un lieu de pèlerinage très ancien, fréquenté par les bédouins qui venaient implorer leurs dieux leur réclamant de l’eau. A La Mecque ? Cette cuvette aride ! A certaines périodes, des pluies torrentielles dans les montagnes environnantes inondent la cuvette. En 1630, la Kaaba fut emportée par les flots. Encore aujourd’hui, les pèlerins doivent dévaler en courant la colline d’Arafa vers la plaine de Mina pour simuler le flux des eaux. La dernière inondation date de 2014. En 2018, une tempête perturba le pèlerinage, le voile couvrant l’édifice s’envola. Vu les travaux d’infrastructure, les inondations sont de plus en plus fréquentes malgré les aménagements et le drainage.
Inondations de 1941
La Kaaba est donc un édifice pré-islamique qui servait probablement à entreposer les bétyles symboliques des bédouins. La Sira ne rapporte-t-elle pas que Mahomet y détruisit 360 idoles ?
En conséquence, le Dôme du Rocher n’est pas un édifice à la gloire de l’islam, mais est destiné aux chrétiens « orthodoxes » pour leur montrer leurs erreurs. Le dogme du christianisme actuel dit nicéen ou chalcédonien a été défini aux conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (451) : il n’y a qu’un seul dieu, mais il y a trois personnes en Dieu de même « substance » et qui n’ont pas été créés : le Père, le Fils et le Saint-esprit. Une de ces personnes, Jésus (le fils) a deux natures, l’une divine et l’autre humaine, chaque nature a sa propre volonté. Les Arabes de Syrie s’opposaient à ces arguties byzantines. Les inscriptions originelles du Dôme le prouvent. Voici la traduction de toutes ces inscriptions. Notez que rien n’est typiquement musulman dans ces textes, sauf la mention du prophète Mahomet, mis sur le même pied que Jésus.
Sur la face interne des arcades (face au rocher) sur 240 mètres : Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui appartient la souveraineté et à lui la louange. Il donne la vie et donne la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez des bénédictions sur lui et saluez-le dignement. Que dieu le bénisse et que la paix soit sur lui. O gens du livre, n’exagère pas ta religion, ne dit rien sur Dieu sauf la vérité. Le Messie Jésus (ou Jésus-Christ), fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu, c’était sa parole qu’il a transmise par Marie et son esprit. Alors, croyez en Dieu et en ses messagers, et ne dites pas TROIS. Cessez, c’est mieux pour vous. Loin de sa transcendance d’avoir un fils, il a tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu se suffit. Jésus se contente d’être un serviteur de Dieu, comme les anges. Oh mon Dieu, bénis ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie. La paix soit sur lui, le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour où il ressuscitera. Tel était Jésus, fils de Marie, la vérité dont ils doutent. Il ne convient pas de donner à Dieu un fils. Gloire à lui. Dieu est mon seigneur et ton seigneur, alors sers-le. Remarques : pour les musulmans, contrairement au texte, Jésus n’est pas mort, il est monté directement au ciel d’où il reviendra pour le jugement dernier. L’inscription parle du Messie Jésus, alors que pour les musulmans, il n’en est pas un. Est-ce une mauvaise traduction de Jésus-Christ ? Le texte comporte des signes diacritiques ce qui prouve que la langue arabe était finalisée à la fin du VII° siècle.
Sur la face externe des arcades : (1) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Il est Dieu, UN, l’éternel, il n’a pas été engendré, il n’a pas engendré. Il est incomparable. Mahomet est le message de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur lui. (2) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez sa bénédiction et saluez-le dignement. (3) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Louange à Dieu qui n’a pas de fils, ni de partenaire, ni de protecteur. Louez-le avec magnificence. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse ainsi que les anges et les prophètes. Que la paix soit sur lui, que Dieu ait pitié de nous. (4) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui la souveraineté et les louanges. Il donne la vie et la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Qu’il intercède lors du jugement dernier pour son peuple. (5) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé.Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Le dôme a été construit par le serviteur de Dieu (= Abdullah) al-Mamun, commandeur des croyants, en l’an 72. Que Dieu l’accepte de lui et en soit content. Amen, Seigneur des mondes, Dieu soit loué. Remarques : c’est volontairement que le même texte se répète plusieurs fois, car si les inscriptions intérieures se voient en un coup d’œil, celles des arcades extérieures ne sont visibles qu’au fur et à mesure que l’on se déplace dans le déambulatoire. Comme il y a plusieurs portes d’entrée, on ne sait pas où commence le texte. L’arabe s’écrit de droite à gauche, sauf les nombres. 72 n’est pas écrit 27.
Inscriptions de l’entrée est
Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée est : Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant. Louange au vrai Dieu, le vivant, l’éternel, maître des cieux et de la terre, lumière des cieux et de la terre, pilier des cieux et de la terre, l’UN, l’éternel. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Personne ne peut se comparer à sa gloire. Dieu donne la vie à qui il veux, il la retire s’il veut. Gloire à Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Bénis Mahomet ton serviteur, ton prophète, accepte qu’il intercède en faveur de ton peuple, qu’il soit béni et que la paix soit sur lui. Que Dieu préserve la vie d’Abdullah al-Mamun, commandeur des croyants, frère du commandeur des croyants Abu Ishaq, fils du commandeur des croyants al-Rashid. Que Dieu lui donne longue vie. Ce travail a été effectué par Salih ben Yahua, affranchi du commandeur des croyants dans le mois de rabi al-Akhir de l’année 216. Remarques : la facture de l’inscription est plus grossière. La plaque a été posée à la demande d’al-Mamun mais Dieu n’a pas exaucé sa demande de longévité, il s’éteint en 218 de l’ère musulmane.
Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée nord : La plaque du portail nord porte des inscriptions identiques, mais elles ne sont pas signée.
Quel était son aspect originel ?
Il est fort probable que l’intérieur ait été conservé tel quel malgré quelques restaurations. Par contre, l’extérieur a été embelli à l’époque ottomane. Ainsi, des émaux et des inscriptions ont été ajoutées, elles sont l’oeuvre d’artisans émailleurs du quartier arménien de Jérusalem (sud-ouest) au XVI° siècle. Le toit, en feuille d’or, ne semble pas originel. Sur les peintures du XIX° et du XX° siècle, il est tantôt doré, tantôt gris. Quoiqu’il en soit, il a été restauré en 1994.
Le 6 janvier, les catholiques fêtent les Rois mages, tandis que les orthodoxes fêtent la naissance de Jésus.
D’où vient cette tradition de fêter les « Rois » ? Si l’on s’en tient aux évangiles, seul Matthieu peut nous donner des indices :
« Jésus étant à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient … » (2, 1-2) « Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie…ouvrant leurs coffres, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (2, 10-11)
Le texte est loin de concorder avec la tradition de Noël : il parle de mages et pas de rois, on ne connaît pas leur nombre ni leur nom et Jésus n’est pas dans une étable, mais dans la maison de Marie et de Joseph, qui dans cet évangile habitent Bethléem. La tradition va s’élaborer au cours des siècles à travers des récits apocryphes. Dans l’Évangile du pseudo-Matthieu, ils sont trois :
» Alors ils ouvrirent leurs trésors et donnèrent de riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même, ils offrirent chacun une pièce d’or. Et l’un offrit de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe « .
Dans un autre apocryphe, « La vie de Jésus en arabe », on apprend qu’ils sont fils de rois :
« Lorsque Jésus naquit à Bethléem de Juda au temps du roi Hérode, les mages vinrent de l’Orient à Jérusalem – ainsi que l’avait prophétisé Zarathoustra -, portant des offrandes d’or, de myrrhe et d’encens. Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs ».
Le récit s’est enrichi, de nombreuses versions ont l’air de circuler. Avec le temps, vers le V° siècle, ils seront rois eux-mêmes et on connaîtra leur nom : Melchior, Balthazar et Gaspard. Les rois-mages sont nés. On finira par retrouver leur squelette relié par une chaîne en or. Cette relique se trouve dans la cathédrale de Cologne où elle a été vénérée par Benoît XVI en 2005.
Et l’étoile qui guida les mages ?
La ex-pape Benoît XVI, encore lui, propose la conjonction des planètes Jupiter et Saturne qui, d’après Kepler (en 1603), aurait été observée par trois fois en l’an 7 avant notre ère. La théorie de Benoît XVI est peu vraisemblable : l’alignement des planètes ne provoquent pas une « brillance surnaturelle »» comme il le prétend. Les planètes ne sont pas des étoiles, elles ne font que refléter la lumière du soleil. Le 5 août 2016, vers une heure du matin, toutes les planètes visibles à l’œil nu (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) se sont « alignées » ! Et aucun éclat brillant n’a été observé. Par alignement des planètes, on entend que celles-ci sont rassemblées dans une zone du ciel équivalente à la taille de la pleine Lune. Comme les planètes ont des trajectoires fort différentes, contrairement aux étoiles qui semblent voyager ensemble, le phénomène est bref.
Conjonction de Jupiter et de Saturne en 2000.
La photo a été prise au téléobjectif ce qui donne plus d’éclat au phénomène, mais éloigne les planètes. Donc, les planètes sont plus proches, mais moins lumineuses. Le phénomène dure environ une demie heure avant que les planètes ne s’éloignent.
Si toutes les planètes s’alignaient réellement, comme dans l’Exorciste, que se passerait-il ? Rien. On ne verrait que la planète à l’avant plan, les autres étant éclipsées, dans le sens premier du terme.
Si ce n’est pas la conjonction de plusieurs planètes, ça pourrait être une comète. On connaît la périodicité des comètes et aucune n’a été signalée au temps d’Hérode. La comète de Haley qui a une périodicité de 76 ans est apparue en 1986. Elle aurait donc été visible en 56 avant notre ère et en 20 après.
La dernière piste qui nous reste est l’explosion d’une supernova, une étoile massive qui termine sa vie dans une gigantesque explosion visible de jour comme de nuit. C’est le phénomène astronomique le plus spectaculaire. Contrairement aux éclipses et aux passages de comètes, l’explosion d’une supernova ne peut pas être calculée. On s’en remettra donc aux historiens antiques. Hipparque (190-120) décrit une telle explosion survenue en 134 avant notre ère. Les Chinois rapportent qu’en 185 de notre ère, le phénomène fut visible 8 mois durant. Mais rien sous Hérode.
L’astronomie ne nous apporte aucune précision sur l’étoile qui a conduit les mages. Mais ne nous désolons pas et laissons ce récit dans le tiroir des fables.
Dans mon livre, j’avais parlé d’un Papyrus présenté par Karen Leigh King, professeure d’histoire ancienne à la faculté théologique d’Harvard. Dans ce document, incomplet, on pouvait lire « Jésus leur dit : ma femme » (ligne 4) et à la ligne 3, on citait Marie. J’avais conclu : « affaire à suivre ».
Et la suite est venue. Ce papyrus a été réalisé par Walter Fritz, un étudiant en égyptologie à l’université libre de Berlin. Fin de l’enquête.
Le temps nous a donné une idée totalement fausse du christianisme tel qu’il a été perçu dans l’empire romain au deuxième siècle, quand il a commencé à se faire connaître. Le christianisme d’hier n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Un petit retour en arrière peut nous faire comprendre pourquoi le christianisme a bien été accueilli par les Romains.
Il faut garder à l’esprit que le christianisme né en Judée a perdu tout lien avec son milieu d’origine lorsqu’il a été adopté par le monde grec. Les premiers théologiens chrétiens, les pères de l’Eglise, avaient baignés dans la philosophie grecque. Le stoïcisme, l’épicurisme, le (néo-)platonisme leur étaient familiers. Avant d’être chrétiens, ils étaient philosophes.
Les Romains aspirent à comprendre le monde, le cosmos, à entrer en relation avec Dieu, non pas Zeus, mais un dieu transcendant. En quoi consiste leur philosophie, leur vision de Dieu et du Cosmos.
Partons du début de l’Évangile de Jean, qui n’a certainement pas été écrit par un apôtre nourri à la culture juive : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu [et le Verbe était Dieu] ». La partie entre crochets est probablement un ajout ultérieur. Dis comme cela, ça n’a pas beaucoup de sens. Benoît XVI l’a traduit comme suit « au commencement de toutes choses est la force créative de la raison » (conférence donnée à la Sorbonne en 1999). Voilà ce qui est plus en accord avec notre propos. Le mot grec traduit dans l’évangile par « verbe » est le mot « logos ».
Pour les philosophes grecs, Dieu est immatériel, sans substance corruptible, sans souillure. Il est inaccessible. Pour entrer en relation avec lui, il y a le Logos, la raison divine, chargé des fonctions de création, de providence et de révélation. Il est en contact avec la matière, il est un intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour eux, la voix de Dieu qui parle à travers les prophètes, c’est le Logos. Le buisson ardent de Moïse, c’est le Logos. Jésus, c’est le Logos. L’Évangile de Jean a donc été compris par les philosophes de son temps.
Pour d’autres philosophes, les intermédiaires entre Dieu et les hommes, ce sont les « daemons« , que l’on ne peut pas traduire par « démons », mais peut-être par « génies« . Ils participent aux passions et aux peines des hommes, mais ils contiennent une partie de nature divine. Jésus peut également se confondre avec eux. Les « daemons » sont une autre vision du Logos.
Donc, le Logos est subordonné à Dieu, c’est son intermédiaire, c’est le premier des êtres créés. C’est comme cela que les Romains ont dû voir Jésus dans les premiers siècles. C’est comme cela que les premiers pères de l’Eglise le présente. Il n’est plus juif, il a été adopté par le monde gréco-romain.
J’estime que Marcion est l’un des personnages les plus importants dans l’évolution du christianisme… bien qu’il ait été jugé hérétique par ses pairs.
Marcion est né vers 85 à Sinope sur la Mer Noire. Son père était un riche armateur qui aurait été évêque. Vers 140, il est accueilli dans la communauté de Rome. Il y apporte, outre une grosse somme d’argent, un évangile et dix lettres de Paul.
Se basant sur cet évangile, ne se revendiquant d’aucun apôtre, et sur les épîtres de Paul, il professe une doctrine déviant du dogme qui peu à peu se développe dans le christianisme. Il argumente sa vision du Christ dans un recueil : Antithèses.
En fait, on ne connait rien de Marcion, sinon les commentaires de ses adversaires parmi lesquels Tertullien, un Romain de Carthage (vers 160-225), qui lui consacra pas moins de cinq livres, plus ou moins cent pages A4 actuelles. Tertullien est un juriste et sa démonstration est très élaborée, mais contre toute attente, alors qu’il connait les quatre évangiles et le livre de l’Apocalypse, il ne s’y réfère que rarement, il puise tous ses arguments dans l’Ancien Testament qu’il maîtrise parfaitement. Lorsqu’il critique les conclusions que Marcion tire des lettres de Paul, qu’il a apportées, Tertullien ne fait jamais mention d’une différence avec les épîtres qu’il aurait à sa disposition, mais l’accuse de les avoir mutilées. N’existaient-elle pas avant Marcion ?
Quelle était la thèse de Marcion ? En l’an 15 du règne de Tibère, soit en 29, Jésus est descendu du ciel, pur esprit de salut et de rédemption, comme le dit Tertullien. Jésus n’est donc pas né de Marie et n’a pas comme père Joseph : il est le fils de Dieu, sinon Dieu lui-même. Mais ce dieu n’est pas YHWH, mais un dieu d’amour et de paix qui ne s’était jamais manifesté, ce dieu ne juge pas, il pardonne. YHWH n’est que le créateur de cette terre où règne le mal. Pour Marcion, si Dieu est capable de colère, de haine, de jalousie, et de vengeance, c’est qu’il est changeant et corruptible, dont mortel. Il rejette les écrits juifs et prône une séparation totale d’avec les juifs. Il réprouve également le mariage et encourage la chasteté car comme les chrétiens de l’époque, il attend la fin du règne du mal et l’avènement du royaume de Dieu.
Tertullien tente de contrer Marcion par un phrase étonnante : « l’intelligence débile de l’homme forge plus facilement des dieux nouveaux, qu’elle ne se tourne vers le Dieu véritable, déjà manifesté à ses regards par ses œuvres »… alors que le christianisme vient de naître !
A la lecture du Adversus Marcionem (Contre Marcion) de Tertullien, on a l’impression que tous les messages d’amour ne se trouvaient pas dans les évangiles qu’il lisait. Si ce sont des ajouts tardifs, il n’est pas étonnant qu’il soit impossible à partir des évangiles d’avoir une vision unique du message de Jésus, comme nous l’avons souligné dans notre livre. C’est ainsi que Tertullien lit dans l’évangile de Marcion :
Le Dieu nouveau nous enjoint de « tendre l’autre joue et d’abandonner après notre tunique, notre manteau lui-même. »
Donner à tous ceux qui vous demandent.
Et selon que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-leur aussi de même.
Ne jugez point et vous ne serez pas jugé. Donnez et il vous sera donné.
Des femmes riches, et parmi elles la femme de l’intendant d’Hérode, s’attachaient aux pas de Christ et l’assistaient de leurs biens.
etc.
A chaque fois, Tertullien argumente que ces préceptes se trouvent déjà dans l’Ancien Testament. Doit-on en conclure qu’il n’était pas nécessaire de les reprendre dans les évangiles… ce qui sera néanmoins fait par la suite.
Dans un article précédent j’ai dit que le récit de la naissance de Jésus dans les évangiles était un ajout tardif. Tertullien nous en apporte quelques indices, sinon quelques preuves. Alors que les évangiles disent que le recensement a été fait par Quirinus, Tertullien le fait exécuté par Sextius Saturninus. Il dit aussi que la famille de Jésus vint s’établir à Nazareth pour échapper à Archélaos, fils d’Hérode.
Par son apport en textes et par sa vision déviante du christianisme, Marcion a forcé les pères de l’Eglise qui vont lui succéder à préciser leur pensée et à définir le dogme qui ne sera définitif que lors du concile de Nicée, réuni par l’empereur Constantin, en 325.
Le récit de la naissance de Jésus n’apparaît que dans deux des quatre évangiles : celui de Luc et celui de Matthieu. Il est probable que ces récits soient des ajouts tardifs. Par le philosophe romain Celse (II° siècle de notre ère) nous savons que c’était chose courante : « … [il est] de notoriété publique que plusieurs parmi vous (…) ont remanié à leur guise, trois ou quatre fois et plus encore, le texte primitif de l’évangile, afin de réfuter ce qu’on vous objecte « . Quelle était cet objection ? Vers 140, un riche fils d’armateur, Marcion, est accueilli dans la communauté de Rome, à qui il fait un don substantiel. Il apporte un évangile et dix lettres de Paul qu’il va utiliser pour bouleverser le dogme : Jésus n’est pas né d’une femme, il est apparu sous forme humaine à Capharnaüm envoyé non pas par YHWH, le dieu créateur, mais par un dieu d’amour qui n’avait jamais été révélé.
Marcion fut traité d’hérétique et il fallut renforcer le dogme d’un fils de Dieu né homme, ce que l’on trouve aujourd’hui dans les évangiles. Voyons ce que nous apprend l’Évangile de Luc dont le récit est le plus complet.
Jésus est né à Bethléem sous le roi Hérode. Les parents de Jésus habitaient Nazareth, en Galilée. Ils sont venus à Bethléem, ville de naissance de Joseph, lors du recensement de Quirinus.
A la mort d’Hérode, en l’an 4 avant notre ère, son royaume est partagé, selon sa volonté, entre trois de ses fils :
Archélaos hérite de l’ancien royaume de Juda avec Jérusalem, de la Samarie au nord et de l’Idumée au sud ;
Antipas (appelé également Hérode) gouvernera la Galilée et le Golan ;
Philippe se verra confier les territoires à l’est du Jourdain.
Ce partage se fait sous l’œil bienveillant des Romains qui gardent sous contrôle le Moyen-Orient.
En 6 ou 7 de notre ère, les Romains destituent Archélaos et font de son territoire une province impériale, dirigée par un préfet. Lors de cette prise de pouvoir directe, ils organisent un recensement, pour établir l’impôt. Le préfet (Copronius) n’ayant pas le pouvoir de lever des impôts, la tâche est confiée à Quirinus, gouverneur de Syrie.
Donc, d’après l’Evangile de Luc, Jésus est né avant -4, mais lors du recensement de 6 ou 7. De plus, la Galilée n’étant pas sous contrôle romain, Joseph et sa femme n’avaient aucune raison de participer au recensement qui, en outre, se faisait sur le lieu de résidence et ne concernait que les hommes. Que de contradiction dans ce récit dont le résumé tient sur trois lignes.
Mais pourquoi tous ces détails ? Pourquoi Bethléem ? Jésus étant considéré comme le messie attendu par les juifs, il se devait de naître à Bethléem, la patrie du roi David considéré comme l’archétype du messie. Matthieu fait résider les parent de Jésus à Bethléem, ainsi par besoin de déplacement. Notons que les évangiles de Matthieu et de Luc nous donnent des généalogies de Jésus différentes mais qui font de Jésus un descendant de David par Joseph qui n’est pas son père !
Pourquoi Nazareth ? Jésus a été appelé nazaréen qui est le nom d’une secte se référant probablement à un nazir, une personne qui s’est consacrée à Dieu par un vœu en vertu duquel il lui est interdit de boire des boissons fermentées, de se couper les cheveux et de s’approcher de ce qui était réputé impur par la loi, notamment, d’un cadavre. Cette description ne correspondant pas à ce que les évangiles disent de Jésus. Il était donc membre d’une secte dont il n’était pas l’instigateur. Dans le Nouveau Testament, Jean le Baptiste et Jacques, le frère de Jésus, pourraient être des nazirs. Donc, on a masqué ce fait en transformant l’appartenance à un groupe en origine : Jésus le nazaréen est devenu Jésus de Nazareth. Pour Matthieu, les parents de Jésus s’installeront à Nazareth après sa naissance.
Pourquoi devait-il naître d’une femme ? Jésus ne pouvait pas être de substance divine, mais de chair et d’os pour pouvoir ressusciter « dans la chair ». Après sa résurrection, on insiste bien sur le fait qu’il mange, qu’il boive, qu’il est bien humain.
On peut se poser une dernière question : comment se fait-il que le fils de Dieu, Dieu lui-même soit rattaché à un arbre généalogique humain ? Les deux évangiles nous donne la généalogie de Jésus, chacun y va de sa liste personnelle, elles sont différentes :
« Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham… Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle est né Jésus que l’on appelle de Christ. » (Matthieu 1, 1-16)
« Jésus a ses débuts, avait environ 30 ans. Il était fils, croyait-on, de Joseph, fils de Héli, fils de Matthat… » (Luc 3, 23-38)