Les dissensions entre chiites et sunnites

On pourrait croire que les conflits entre chiites et sunnites au Proche-Orient ne sont qu’un remake des guerres de religions, opposant catholiques et protestants. Guerres qui ont ensanglanté l’Europe au XVIe et XVIIe siècle. Il n’en est rien. Au début, la différence entre les deux mouvements n’était pas religieuse mais politique et le rejet des uns et des autres ne sera que très progressif.

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Le protestantisme

Au début du XVIe siècle, un moine allemand, docteur en théologie, Martin Luther, donna une interprétation personnelle d’une épître de Paul qui allait entraîner une réaction implacable du Vatican, qui ne voulait rien céder de son pouvoir temporel. Cet acharnement allait entraîner l’Europe dans des guerres dévastatrices entre chrétiens marquées par l’intolérance, le fanatisme et la violence aveugle.

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Avons-nous une âme

Cet article est inspiré du hors série 298 de novembre 2021 du périodique Science & Vie

De tout temps les humains se sont questionnés sur la mort d’un des leurs. Où est passée la vitalité qui animait ce corps maintenant inerte.

L’idée de l’existence de l’âme est associée aux croyances selon lesquelles la vie continue après la mort. Cette idée d’âme est liée à la conviction d’une vie future.

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1571 : La dernière croisade

Contexte géopolitique

Au XVIe siècle l’Empire ottoman ne cesse de progresser vers l’ouest.
En 1522, les Hospitaliers, chassés de Jérusalem avec les Templiers, perdent l’île de Rhodes. Ils s’installent à Malte.
En 1526, la Hongrie est conquise après le bataille de Mohacs. Plus que jamais Vienne est menacée.
En 1566, la république de Gênes perd l’île de Chios.
En 1570, la république de Venise perd l’île de Chypre. Lors du siège de Nicosie, plus de 20.000 habitants sont mis à mort.

Les navires turcs s’aventurent de plus en plus loin à l’ouest et effectuent des raids sur les côtes du sud de l’Italie, alors domaine des Habsbourg qui règnent sur l’Espagne, les Pays-Bas, le Saint Empire germanique, Milan, Naples, la Sicile et les Amériques.
Les Ottomans ont installé des régences à Alger, Tunis et Tripoli d’où partent les corsaires barbaresques qui perturbent le trafic maritime.
L’Empire ottoman est à son apogée. Le commerce en Méditerranée est menacé.

La Méditerranée en 1571. Cette carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes)

En 1571, le pape Pie V crée la Sainte-Ligue avec Venise dans le but de s’opposer aux Ottomans. Ce n’est plus une croisade offensive, mais défensive. Ils sont bientôt rejoints par l’Espagne de Philippe II, les Hospitaliers de Saint-Jean (Malte) et les Génois. La participation du Vatican n’est pas symbolique, depuis la fin du XVe siècle, le pape possède une armée efficace qui a étendu ses possessions au détriment de ses voisins.

Mais où est la France, « fille aînée de l’Église » ? Depuis François Ier, la France, adversaire des Habsbourg est l’alliée de l’Empire ottoman. Elle se réfugie dans une discrète neutralité.

La bataille

La Sainte-Ligue rassemble une flotte importante : 202 bâtiments dont 6 galéasses, des navires à trois mâts, propulsés par des rameurs et qui embarquent des canons. L’armée compte 30.000 soldats et 50.000 rameurs. La flotte quitte Messine le 16 septembre 1571 en direction de la Grèce et plus spécialement du Golfe de Corinthe où est réunie une flotte ottomane de 230 navires.

Le commandement des chrétiens est confié à don Juan d’Autriche, bâtard de Charles-Quint, demi-frère de Philippe II. Le pape Pie V lui fait remettre un petit reliquaire contenant un morceau de la « Vraie-Croix » pour solenniser la croisade. Il a embarqué sur une frégate légère aux voiles écarlates, la Réale, qui lui permettra de diriger la manœuvre.
La flotte ottomane est dirigée par Ali Pacha, gendre du sultan Sélim II, le fils de Soliman le Magnifique.

Le 7 octobre, la bataille s’engage au large de Lépante. Ce n’est pas à proprement parler une bataille navale, mais un combat de fantassins à distance. Ce qui n’empêche pas des navires d’être coulés par les boulets tirés les galéasses.
Dès la première salve, un mât de la Sultane, le navire amiral ottoman est touché.

Aperçu artistique de la bataille

Le combat cesse vers 17 heures par la victoire de la Sainte-Ligue. Ali Pacha a été tué par un tir d’arquebuse, ses deux fils ont été fait prisonniers. Soixante-huit galères turcs ont été coulées et 118 saisies : la flotte est anéantie. Plus de 30.000 Turcs ont été tués contre 7.500 chrétiens. Des milliers de prisonniers turcs vont connaître les chaînes dans les galères de la chrétienté. En revanche 15.000 esclaves chrétiens ont été libérés.

Conséquences

Le grand vizir, premier ministre du sultan Sélim II aurait dit à un émissaire vénitien : « En s’emparant de Chypre, nous vous avons coupé un bras, en détruisant notre flotte à Lépante, vous nous avez rasé la barbe. Et une barbe rasée repousse avec plus de force. » Effectivement, si la défaite a semé la panique à Constantinople, elle n’a pas affaibli l’Empire ottoman qui n’a perdu aucun territoire. C’est même la république de Venise qui fait la mauvaise opération. Elle ne récupère pas Chypre, et pour relancer son commerce avec l’Empire ottoman, elle doit céder des territoires en Dalmatie (actuellement en Croatie) et doit payer 300.000 ducats, plus de 10 tonnes d’or ! Un ducat vénitien, à l’époque, contient 3,5 grammes de 99,47% d’or fin.

Ducat vénitien

Néanmoins, si la flotte ottomane a été vite reconstituée, la perte de 20.000 marins expérimentés va affaiblir l’Empire qui se contentera de contrôler le trafic maritime dans l’est de la Méditerranée, en laissant le contrôle de l’ouest à l’Espagne. Les corsaires barbaresques ne cesseront cependant d’arraisonner les navires chrétiens pour capturer des esclaves. Ce qui provoquera l’intervention d’une jeune nation, les Etats-Unis qui après avoir bombardé Alger et Tunis (déjà !) signera un traité en 1797 assurant la liberté de commerce contre paiement d’un tribut et la fourniture de quatre navires. Le course ne prendra fin qu’avec l’invasion française en 1830.

Les Templiers : mystères et fantasmes

Cet article est la suite de l’article consacré aux Templiers

Que faisaient neuf chevaliers à Jérusalem ?

Plusieurs historiens contestent l’objectif des premiers « Templiers » de protéger les pèlerins sur la route de Jérusalem. Ils doutent qu’un si petit nombre de chevaliers (9 ?) aient pu mener à bien cette mission.
Que faisaient-ils donc à Jérusalem de 1019 à 1029 ? D’après ces chercheurs, le fait qu’on leur ait donné un lieu de résidence sur le Mont du temple prouve qu’ils étaient là pour mener des fouilles dans les ruines du temple de Salomon (le premier temple détruit par les Babyloniens : voir) à la recherche de l’Arche d’alliance.
Mettons les choses au point : de nos jours et depuis plus de 50 ans, des archéologues se succèdent pour fouiller le sous-sol de Jérusalem et personne n’a encore trouvé la moindre trace du temple de Salomon. La saga de Moïse est un récit mythique et l’Arche d’alliance qui est liée à ce récit est une légende. L’arche apparaît dans le Sinaï avec Moïse et disparaît du récit biblique après avoir été placée dans le temple de Salomon. Il est probable que les Hébreux aient été accompagnés dans les batailles d’un coffre contenant la représentation de leur dieu sous forme de bétyle, comme les autres peuples de l’époque, mais ce coffre n’avait rien de magique ou de fastueux.
Notons que la cité de David, la ville des Hébreux au Xe siècle avant notre ère, se trouvait au sud du Mont du temple (l’esplanade des mosquées). C’est dans cette cité que le temple aurait dû se trouver. Le Mont du temple était l’emplacement du second temple, celui qui a été embelli par Hérode le grand et détruit par les Romains en 70 et dont on voit encore un mur de soutènement, le mur des lamentations.

Les premiers chevaliers protégeaient donc bien les pèlerins se rendant à Jérusalem (prise en 1099). Le port d’Acre a été occupé en 1104 et celui de Tripoli en 1109. A ce moment, le comté de Tripoli assurait un liaison continue entre la principauté d’Antioche et le royaume de Jérusalem. Comme les pèlerins arrivaient par bateau, ils ne se déplaçaient qu’en pays conquis. Il était donc facile à quelques chevaliers de les protéger. Les protéger de quoi ? Des ribauds et ribaudes, des malandrins et des prostituées qui avaient suivi les armées des croisés. Ce sont ces voleurs, chrétiens, qui détroussaient les pèlerins, ce sont eux que les chevaliers « affrontaient ».

Cette carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes)

La malédiction des rois de France

Avant d’être brûlé sur l’île aux Juifs, le 18 mars 1314, le grand maître Jacques de Molay aurait lancé une imprécation contre le roi de France, Philippe le Bel, et contre le pape, Clément V, les citant à comparaître devant Dieu avant un an. Le chroniqueur Geoffroy de Paris qui assistait à l’exécution rapporte ses paroles : « Je vais bientôt mourir, Dieu sait que c’est à tort. Il arrivera bientôt malheur à ceux qui nous condamnent sans justice. »

Un mois plus tard, en avril, Clément V, déjà malade, mourrait. Dans la même année, en novembre, Philippe le Bel chutait de cheval lors d’une chasse au sanglier et mourait. Ses trois fils lui succédèrent Louis X (1314-1316), puis Philippe V (1316-1322) et enfin Charles IV (1322-1328). Aucun n’ayant de descendance mâle, la dynastie s’est éteinte. Elle fut remplacée par la dynastie des Valois : Philippe de Valois, cousin germain de Charles IV devint roi de France sous le nom de Philippe VI.
Cette succession fut contestée par le roi d’Angleterre qui avait épousé la fille de Philippe le Bel. S’ensuivit une guerre qui dura 116 ans et qui a vu le royaume de France perdre la majorité de ses terres.
Il est curieux de noter que la dynastie des Valois a eu la même fin que la dynastie capétienne : les trois fils de Henri II lui succédèrent sans laisser de descendance mâle. Henri IV fut appelé sur le trône et inaugura le règne de la dynastie des Bourbons.

Cette malédiction est une légende propagée par un écrivain italien du XVIe siècle qui s’inspira des récits faits par un templier italien vers 1330. L’histoire a été reprise au XXe siècle par Maurice Druon en 7 volumes de 1955 à 1960. Son oeuvre a fait l’objet de deux adaptations à la télévision, en 1972 et 2005.

Où est le trésor des Templiers ?

On n’a retrouvé aucun trésor des Templiers. Mais qu’est-ce qu’un trésor à cette époque ? Se sont surtout des archives, des titres de propriété, des pièces d’argent et des instruments de culte ou des reliquaires en or. On a bien retrouvé des trésors en numéraire en France datant de l’époque mérovingienne ou du XVIe siècle, mais rien de l’époque des Templiers.
Il est peu probable que les Templiers détenaient une grande quantité de pièces d’or ou d’argent. Ils ne thésaurisaient pas, ils dépensaient beaucoup pour leurs actions en Terre sainte. S’ils avaient thésaurisé, l’économie se serait effondrée, or, elle était florissante. Ils ne possédaient que les dépôts que des tiers avaient faits. Dépôts qui ont été restitués à leurs propriétaires, dont le roi de France.
On possède leurs titres de propriété, mais pas les comptes rendus des chapitres ni leurs archives. Certains ont prétendu que ces documents étaient enfermés dans la bibliothèque secrète du Vatican. C’est la belle excuse quand on se trouve devant un mystère. Mais Napoléon Bonaparte, lors de l’annexion du Vatican (1809), a ramené une bonne partie de la bibliothèque en France. Les historiens ont eu accès aux 1887 documents concernant les Templiers, dont les minutes de leur procès. La France a rendu les documents en 1817. Le docteur Augustin Cabanès (1862-1928) prétend dans son ouvrage « Les curiosités de l’Histoire » qu’on emballait le poisson aux Halles dans des documents séculaires venant du Vatican.

Lors de son audition par le pape Clément, le Templier Jean de Châlons déclara que la veille de l’arrestation des Templiers trois chariots recouverts de paille et contenant leur trésor avaient quitté l’enclos du Temple de Paris vers la mer où ils devaient embarquer sur dix-huit navires. Les Templiers étaient donc au courant de leur arrestation, ce qui est vraisemblable, l’ordre de l’arrestation ayant été donné un mois plus tôt. Pouvaient-ils sortir de Paris sans se faire remarquer ? Oui, l’enclos du Temple était hors des murs de Paris construits par Philippe-Auguste.
Cependant, deux détails choquent dans la déposition de Jean de Châlons. Il n’était pas à Paris, mais à Nemours, près de Troyes, il rapporte donc un fait mais sans en être le témoin visuel. De plus pourquoi dix-huit navires pour charger le contenu de trois chariots ?
Personne ne sait ce que sont devenus ces chariots. En 1946, le jardinier du château de Gisors en Normandie, domaine royal à l’époque de l’arrestation, Roger Lhomoy déclara avoir vu dans une crypte du château 30 coffres, 19 sarcophages et 13 statues. Après la publication du livre de Gérard de Sède, « Les Templiers sont parmi nous » en 1962, relatant cette affirmation, les chercheurs de trésor se sont succéder sur le site… sans succès. Les fouilles ont été si nombreuses qu’il a fallu sécuriser les assises du château en coulant du béton dans les excavations. La crypte des Templiers a été scellée… si elle a jamais existé.

Sont-ils à l’origine des cathédrales gothiques ?

La construction des premières cathédrales gothiques a commencé en 1135, à Sens et à Saint-Denis (Paris). Certains chercheurs affirment que Hugues de Payns, lorsqu’il revint en France en 1129, a rapporté de Jérusalem des documents contenant le secret des techniques de construction permettant l’envolée des édifices : l’utilisation de la croisée d’ogive et de l’arc boutant à la place des piliers. De quels documents s’agissait-il ? On n’en sait rien et qu’on ne me dise pas qu’il s’agit des plans du temple de Salomon !
Le style gothique n’est pas une révolution, mais une évolution. Il ne s’est pas manifesté spontanément après 1130. Le style évolue dans le temps : au gothique dit « primitif » au XIIe siècle déjà, succèdent en France le gothique « classique » (1190-1230 environ), puis le gothique « rayonnant » (v.1230 – v.1350) et enfin le gothique « flamboyant » à partir du XVe siècle, celui devant lequel on s’émerveille.
Aucunes des centaines de commanderies templières, avec leurs chapelles, ne sont de style gothique. Le premier élément architectural gothique de Terre sainte est le portail de la grande salle du Krak des Chevaliers en Syrie. Il est l’oeuvre des ouvriers qui accompagnaient Louis IX lors de sa croisade de 1248. Et ce château appartenait… aux Hospitaliers.

Portail gothique de la grande salle du Krak des Chevaliers.
Pourquoi parle-t-on de style gothique ?

Style gothique veut dire style barbare. Ce nom a été donnée par les artistes italiens (dont Vasari) à la Renaissance alors que le modèle architectural en vogue était celui des temples grecs et romains donc très épuré.

Les francs-maçons sont-ils les continuateurs de l’ordre du Temple ?

Au Moyen-Age, les gens de la construction se réunissaient pour se transmettre le savoir-faire. L’apprenti était coopté et devait présenter une oeuvre pour devenir compagnon puis maître. Ce modèle a été adopté en Ecosse puis en Angleterre (XVIIe siècle) par des nobles et des bourgeois qui se réunissaient en secret pour se transmettre des informations ésotériques ou politiques.
En 1688, le roi d’Angleterre Jacques II renversé par Guillaume de Nassau, prince d’Orange, se réfugie en France emmenant avec lui des régiments de fidèles écossais. Ces Écossais vont créer les premières loges maçonniques en France puis sur tout le continent.
Les loges maçonniques sont secrètes à plus d’un titre :

  • Les réunions se tiennent à huis clos.
  • Le recrutement se fait par cooptions.
  • Les maçons s’engagent par serment à ne pas révéler ce qui se passe durant les réunions, les tenues.
  • Les initiations font appel à une symbolique dont le « mystère » est révélé.

Comment les loges maçonniques détiennent-elles des secrets, des réponses aux mystères de la vie ou de l’Histoire. C’est là toute la question et c’est sur cette interrogation que vont naître une foule d’obédiences plus ou moins sérieuses. Ainsi, certaines font remonter le savoir transmis à des « supérieurs inconnus », des hommes discrets ou des êtres exceptionnels comme le raconte l’ésotériste René Guénon (1886-1951) qui les situe dans l’Agartha, une cité souterraine dans le désert de Gobi qu’aurait visitée Ossendowski, un géologue fuyant la révolution bolchevique. C’est dans cette veine qu’on doit classer la Stricte observance templière (créée en 1751) qui comprend un grade nommé « chevalier du Temple ».
En 1804, dans l’église Saint-Paul et Saint-Antoine de Paris, le docteur Bernard Raymond Fabré-Palaprat ressuscite, dans le faste, l’Ordre du Temple, rien que ça, dont il se proclame grand-maître, titre que lui aurait transmis Claude-Matthieu Radix de Chevillon, décédé en 1792. Bonaparte y a même envoyé des hussards de sa garde pour encadrer la cérémonie.
L’Ordre ne survivra pas très longtemps à son Grand-maître, mais d’autres obédiences maçonniques ont pris la relève et existent toujours.

Image copiée du site Stricte observance templière.com

Les obédiences maçonniques se rattachant aux Templiers ont produit des documents prouvant leur filiation directe, par des Grands-maîtres demeurés cachés… documents qui, bien entendu, sont sujets à caution. La vraie filiation templière est à chercher dans les ordres créés dès la dissolution des Templiers au Portugal et en Espagne.
Notons que le temps a passé et qu’aucune révélation nouvelle n’a été faite.

La Maçonnerie aujourd’hui en France

Il existe deux grandes obédiences en France : la Grande loge nationale française, catholique et élitiste, elle est reconnue par la loge-mère d’Angleterre, elle est dite régulière, et le Grand Orient de France, progressiste et non reconnu. Les deux loges se différencient par plusieurs points dont les principaux sont : les membres de la Grande loge déclarent croire en Dieu, le grand architecte de l’Univers (« in God we trust » est l’article premier de la règle, texte qui figure sur les billets de banque américains), les réunions se passent devant une Bible ouverte et il est interdit d’émettre des critiques sur la religion ou la politique.

Notons le symbole maçonnique de l’œil dans un triangle. Les trois premiers présidents des Etats-Unis étaient francs-maçons : Washington, Adams et Jefferson

Qu’est-ce que la francs-maçonnerie ? Le Grand Orient de France donnait la définition suivante : « La mission de la franc-maçonnerie est avant tout de former des hommes, de modifier peu à peu leur comportement d’individus impulsifs et égoïstes en des personnalités conscientes et ouvertes au monde… Les symboles qui parlent aux sens constituent la forme essentielle du langage maçonniqueC’est une organisation fraternelle.« 

Quels sont les secrets qu’on y apprend ? Le Grand-maître Joseph-Antoine Pont successeur de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), célèbre maçon, disait dans une lettre à un ami : « Comme vous sans doute, très cher frère, je croyais qu’au grade suivant je trouverais la perle promise et, comme tant d’autres, je me trouvai au terme sans avoir découvert ce bijou. »

Et plus encore !

Les Templiers auraient orchestré la fin de la monarchie française en 1792. La preuve ? Le roi Louis XVI a été symboliquement enfermé dans la tour du Temple.

Les Templiers auraient fait du commerce avec les Aztèques. Ils auraient rapporté de l’argent du Mexique. La preuve ? Le port de la Rochelle qui donne sur l’Atlantique était entouré de commanderies. Ce port n’a pas de réelle destination sauf le large de l’Atlantique. Il est trop loin de l’Angleterre desservie par Calais et de la péninsule ibérique desservie par Bordeaux. L’apport conséquent d’argent aurait enrichi l’ordre du Temple et fait dévaluer la monnaie (ce qui est faux).

Les Templiers auraient ramené de Terre sainte le Saint-Graal. La preuve ? C’est à partir de cette époque qu’on commence à en parler.
Je ne peux que reprendre ce que j’ai écrit dans les reliques de la passion.
Plus de 200 coupes se disputent le titre de Saint-Graal officiel. Une coupe conservée dans la cathédrale de León en Espagne tient aujourd’hui la corde. Pour quelle raison ? C’est une coupe en onyx serti d’or, la parure date du XIe siècle. Or, c’est au XIe siècle qu’un ambassadeur arabe a remis cette coupe au roi Ferdinand le Grand de León. Au IXe siècle, Charlemagne avait fait dresser l’inventaire des objets se trouvant dans le Saint-sépulcre et ce document administratif fait mention d’une coupe qui était gardée par deux diacres. Depuis cette coupe avait disparu, il est probable qu’elle ait été emportée lors d’un pillage, le Saint-sépulcre ayant été détruit par les musulmans en 1009, après plusieurs incendies probablement accidentels au siècle précédent. Ce qui est très intéressant, c’est le compte rendu d’un pèlerin qui avait visité le Saint-sépulcre. Il décrit le calice, qui y est exposé, comme étant une coupe en onyx.

Le seul vrai mystère des Templiers

Pourquoi le pape Clément V a-t-il refusé à deux reprises, à Poitiers et à Troyes, de débattre en public des accusations contre les Templiers ? Pourquoi, alors qu’ils avouaient cracher sur la croix, ne les a-t-il pas déclarés hérétiques ?

Les Templiers

A cause de leur origine obscure et de leur disparition tragique, ces moines-soldats ont suscité de nombreux fantasmes et rumeurs. Dans ce premier article, je me contenterai d’exposer les faits historiques. Dans un prochain article j’aborderai les mystères entourant l’ordre.

Naissance d’un ordre religieux

Une dizaine d’années après la prise de Jérusalem (juillet 1099) par les croisés, un petit nombre de chevaliers français, la tradition en rapporte neuf, se mettent à la disposition des chanoines du Saint-Sépulcre pour escorter les pèlerins sur les chemins de Jérusalem. Parmi eux, se trouvent Hugues de Payns et André de Montbard.

En 1129, Hugues de Payns revient dans sa Champagne natale où se tient le concile de Troyes. Sa fraternité est reconnue et devient un ordre religieux d’un nouveau genre : ses membres seront des chevaliers. Il est probable que cette reconnaissance soit due à Bernard de Clairvaux (saint-Bernard), parent d’André de Montbard qui rédigea « De laude novæ militiæ » (Éloge d’une nouvelle chevalerie).

La règle de l’ordre est stricte. Les frères-chevaliers doivent faire vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. En entrant dans l’ordre, ils se dépouillent de tous leur biens, ils ne possèdent plus rien en propre.
En retour, l’ordre lui bénéficie d’importants avantages. Il ne sera pas soumis à la dîme, ni à aucune taxe, il ne répondra que devant le pape. Il échappe donc à la justice seigneuriale qu’elle soit royale ou épiscopale.

Rapidement, de tous les pays d’Europe, les dons affluent, des seigneurs leur confient des bois, des friches et même des villages. De nombreux candidats se pressent pour rejoindre le nouvel ordre. Lorsqu’il revient à Jérusalem en 1130, Hugues de Payns est escorté d’une troupe nombreuse.

Le roi de Jérusalem, Baudouin II, loge les nouveaux chevaliers dans son palais royal qui n’était autre que la mosquée al-Aqsa, sur le mont du temple. Ils porteront le nom de Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, en abrégé, les Templiers. Le roi déménage sa résidence dans la Tour de David, une construction du 2ème siècle avant notre ère, rénovée pour l’occasion.

Cette milice religieuse comprend trois catégories de membres :

  • les chevaliers qui doivent être nobles. Ils sont revêtus d’un long manteau blanc frappé d’une croix rouge. L’ordre leur alloue trois ou quatre chevaux. Ils vivent en commun, comme des moines, ils sont tenus d’assister aux offices religieux, ils doivent faire l’aumône et se contenter de ce que l’ordre leur donne.
    Les chevaliers ne seront jamais très nombreux, à leur apogée, il n’y aura pas plus de 2000 chevaliers du temple.
  • les frères chapelains, ordonnés prêtres, ils s’occupent de l’encadrement spirituel. Ils sont en petit nombre.
  • les frères sergents dont une partie combat aux côtés des chevaliers, ce sont les sergents d’armes et l’autre s’occupe des tâches quotidiennes et de la gestion, les sergents de métier. Ils portent un manteau brun ou noir. Ce sont les plus nombreux.

L’ordre est dirigé par un grand maître, élu à vie, assisté d’un chapitre de 12 conseillers. En 188 ans d’existence, l’ordre du Temple aura connu 23 grands maîtres.

Croix templières

Réalisations en Orient

Ils forment l’armée permanente des Etats latins. Après une croisade, la plupart des combattants retournaient chez eux. Seuls restaient ceux qui avaient pu s’approprier une terre. La défense des Etats reposait donc sur les ordres religieux. Ils étaient rompus aux techniques de combats et n’hésitaient pas à affronter des adversaires bien plus nombreux qu’eux. Les forces qu’ils alignaient peuvent paraître dérisoires : quelques centaines de chevaliers et de sergents d’armes accompagnés de fantassins payés pour appuyer les combattants. Leur force résidait dans leur discipline et leur courage.
A côté de l’ordre du temple, on trouvait d’autres ordres de moines-soldats :

  • Les chevaliers teutoniques (manteau noir et croix blanche) qui avaient comme mission initiale de prendre soin des malades et des blessés. Ils recentreront leurs activités sur la frontière est de la chrétienté, la Prusse où ils combattront les Lituaniens.
  • L’ordre de Saint Lazare qui soignaient les lépreux (croix verte).
  • Et surtout l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, plus connu sous le nom d’Hospitaliers (manteau rouge et croix blanche). Ce sont les concurrents et parfois les adversaires des Templiers. Cet ordre existe toujours sous le nom d’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, mais ce n’est plus un ordre religieux.
Croix de Malte

En Orient, les Templiers vivaient dans des monastères ou dans des forteresses qu’ils ont construites le long des frontières des Etats latins. Lors des croisades, ils accompagnaient les troupes venues d’Occident, conseillant et appuyant les souverains engagés dans la croisade, même s’ils n’approuvaient pas les décisions prises par ceux-ci, comme lors de la bataille de Mansourah (Égypte), où Louis IX (Saint-Louis) est fait prisonnier.

Réalisations en Occident

En Occident, les Templiers gèrent les terres qu’ils ont acquises comme dons. Ils ont construit des commanderies, des fermes-châteaux, un peu partout. Ces commanderies sont gérées par un chevalier ou un sergent. On peut dire qu’ils ont apporté la paix et la sécurité dans un Occident brutal et barbare. Ils ont sécurisé les routes et les marchés et garanti l’accès libre aux ponts favorisant ainsi les déplacements. Ils accueillent les voyageurs et protègent leurs biens : en tant que moines, ils jouissent du droit d’asile. Il ont créé les premiers chèques de voyage : le marchand déposait son argent dans une commanderie et le récupérait à son arrivée… grevé d’une légère taxe.
C’est exploitation des commanderies qui génère la richesse de l’ordre, richesse qui est investie dans la défense des Etats latins d’Orient.

La situation des Templiers en Espagne et au Portugal est différente : ils combattent aux côtés des rois chrétiens qui tentent de conquérir les territoires pris par les musulmans aux Wisigoths après 711.
Mais dans le Languedoc, où ils ont de nombreuses commanderies, jamais ils ne prendront part à la croisade des rois de France contre les Albigeois (voir l’article sur les Cathares).

Les grandes défaites en Orient

En Orient, les musulmans sont divisés, chaque ville de Syrie est tenue par une famille qui ne représente pas un danger pour les Etats latins. Aucun calife de Bagdad n’a jamais tenté de chasser les « infidèles ». Les califes fatimides d’Égypte, pourtant chassés de Terre sainte par les croisés, ont des problèmes internes à régler. Les Francs ont donc peu de combats importants à livrer. Mais vers 1170, la situation change, la menace se précise. Le calife d’Égypte nomme un nouveau vizir : Saladin, issu d’une famille qui gouverne le nord de la Syrie (Damas, Mossoul). Saladin finira par prendre le pouvoir en Égypte. Les Etats latins sont alors pris en étau entre la Syrie et l’Égypte… et ils sont faibles : le nouveau roi de Jérusalem est lépreux et peu apte à diriger.
Cependant, Saladin privilégie la diplomatie : il conclut une trêve de 5 ans avec les chrétiens en 1180 qu’il renouvelle en 1185. Il est trop occupé à conforter son pouvoir en Égypte et en Syrie.

A la mort de Baudouin IV, le roi lépreux, différents barons briguent le pouvoir qui devient instable. C’est le moment que choisit Renaud de Châtillon, seigneur d’Hébron, pour attaquer des caravanes. Saladin demande au roi de Jérusalem d’intervenir, mais il n’a aucun autorité sur le félon qui avait même envisagé de voler le corps de Mahomet à Médine et de détruire la Kaaba.

La guerre est inévitable, les chrétiens réunissent une armée puissante, comme on n’en avait jamais vue en Terre sainte. Saladin les attend en Galilée, aux Cornes de Hattin. Les Francs sont rassemblés à 25 km de là. Le grand maître des Templiers, malgré l’opposition du grand maître des Hospitalier, persuade le nouveau roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, de ne pas attendre et de passer à l’attaque en allant à la rencontre de Saladin. L’armée se met en marche de jour, en plein soleil, sans ravitaillement en eau : Saladin a fait saler ou empierrer les puits. L’affrontement ne fait pas de doute. C’est un massacre, le roi et la plupart de ses barons sont capturés, les Templiers et les Hospitaliers résistent comme leur règle les y obligent. Ils se font tuer sur place ou sont capturés blessés. Pour eux, il n’y a pas de différence. Si les barons capturés seront libérés contre rançon, eux qui ne possèdent rien et ne peuvent donc pas se racheter sont égorgés.
Nous sommes en 1187, le royaume de Jérusalem va disparaître. Profitant de sa victoire et de l’anéantissement des armées chrétiennes, Saladin met le siège devant Jérusalem sans défense. Suite à une négociation, les habitants peuvent quitter la ville contre une rançon. Ceux qui ne peuvent pas payer seront vendus comme esclaves. Alors que les prêtres quittent la ville emportant leur or, les Templiers restant paient la rançon des pauvres.

Un domaine chrétien va subsister en Terre sainte encore un siècle, accroché à quelques ports dont le dernier Saint-jean d’Acre tombera en 1291. Alors que les marchands vénitiens, génois et pisans se livrent une guerre interne, les Templiers et les Hospitaliers rassemblent leurs dernières forces et résistent sur les remparts qui finiront par céder. Bien peu pourront prendre les derniers bateaux et se réfugier à Chypre avec l’espoir de revenir. Le grand maître du Temple perdra la vie dans la bataille. En tout, six grands maîtres périront au combat.

Disparition

Tandis que les Hospitaliers s’installent à Chypre, le nouveau grand maître du Temple, Jacques de Molay, s’installe dans l’enclos du Temple à Paris. Il serait aujourd’hui dans le 5ème arrondissement de la capitale française, mais à l’époque, c’était un village fortifié hors des murs de Paris, dont il ne subsiste plus rien… que des marquages au sol. C’est dans la tour du temple (au fond à droite sur l’image) que le roi de France Louis XVI sera détenu avant son exécution.

Enclos du temple

Tout semble bien se passer entre Jacques de Molay et le roi de France, Philippe IV dit le Bel. Le roi a même confié la gestion de son trésor au Temple. Mais le vendredi 13 octobre 1207, les Templiers, les chevaliers au blanc manteau, sont arrêtés dans tout le royaume. Un mois plus tôt le roi avait fait parvenir une lettre cachetée, à n’ouvrir que le 13 octobre, à tous les baillis du royaume.

Ils sont accusés, selon les dénonciations de deux anciens Templiers exclus de l’ordre, de quatre crimes :

  • Initiation secrète accompagnée d’insultes à la croix, du reniement du Christ et de baisers infâmes.
  • Omission des paroles de consécration lors de la messe.
  • Adoration d’une idole comme image du vrai Dieu.
  • Autorisation de pratiquer le « crime contre nature », c’est-à-dire l’homosexualité.

Les interrogatoires sont menés par l’Inquisition qui n’hésite pas à recourir à la torture quand les réponses aux questions ne correspondent pas à leur attente. Les inquisiteurs dépendent des évêques qui en France sont nommés par le roi.

En Angleterre et au Portugal, les Templiers ne sont pas inquiétés. En Espagne, ils se retranchent dans leurs forteresses et dans l’Empire germanique, ils se présentent en armes lors d’un concile. C’est donc une affaire typiquement française.

Le pape Clément V, qui pourtant doit son élection à Philippe le Bel, s’insurge dès le 28 octobre et casse le pouvoir des inquisiteurs. Fin novembre, il ordonne que de tous les Templiers lui soient remis. Il prend donc les Templiers sous sa protection en feignant de suivre l’initiative du roi de France.

Le roi de France résiste et accuse le pape de simonie, d’avoir favorisé ses parents. Il garde ses prisonniers. D’autant plus que la plupart ont avoué puis se sont rétractés lors de l’intervention du pape.

En été 1308 va se dérouler un événement inexplicable. Le pape, qui réside à Poitiers, en France, demande à interroger personnellement 72 Templiers. Après l’interrogatoire de quelques-uns, ils les remet à la justice royale. On ignore ce que les templiers ont révélé pour être abandonnés par le pape. En juin 1311, l’instruction est terminée et le dossier remis au pape.

Le 3 avril 1312, après plus de 4 ans de procédures, un concile est convoqué à Vienne (en France). La lumière va être faite sur cette affaire. Mais coup de théâtre, dès la première séance, le pape donne lecture de la bulle « Vox clamantis in excelso » (la voix de celui qui pleure là-haut) dans laquelle il dissout l’ordre du Temple, « non pas par décision de justice, mais par ordonnance apostolique ». Toute personne qui posera une question sur cette affaire sera excommuniée.

Le 18 mars 1314, les hauts dignitaires de l’Ordre, sont amenés sur l’île aux Juifs, aujourd’hui disparue et devenue Square du vert Galant à la pointe ouest de l’île de la Cité à Paris. Ils vont recevoir, en public, leur sentence prononcée par l’évêque de Paris, le seul à Paris à pouvoir juger les crimes relevant de la religion. Ils sont condamnés à la réclusion à perpétuité. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, commandeur de Normandie, se rebellent et nient les faits. Relaps, ils sont condamnés au bûcher. Le soir même, ils sont brûlés face à la cathédrale Notre-Dame.

square du vert Galant où une stèle rappelle les faits.

Motivations de Philippe le Bel

Pourquoi Philippe le Bel s’est-il acharné sur les Templiers ? On n’a aucune certitude, les historiens pensent qu’il espérait récupérer les biens des Templiers lui dont le trésor avait fondu. Mais leurs biens fonciers ont été donnés aux Hospitaliers. Le roi a récupéré son trésor qui s’élevait à 300.000 livres plus 60.000 de frais de procès. Une livre tournois pèsait environ 80 grammes d’argent (20 sous de 4,2 g).

On a accusé Philippe le Bel d’avoir dilapidé sa fortune dans des guerres. Ce qui est faux, il a juste financé deux guerres, l’une contre son vassal le roi d’Angleterre, seigneur de Guyenne (Aquitaine) et l’autre contre le comte de Flandre lui aussi son vassal.
En fait, c’est son grand-père, Louis IX (saint-Louis) qui par ses dépenses somptuaires a ruiné le royaume. Il n’a cessé d’être en guerre. Il a mené la croisade contre les Cathares. Il a entrepris deux croisades désastreuses. Lors de la première il a été fait prisonnier et a dû payer une rançon de 500.000 livres tournois. La seconde lui a été fatale, il est mort à Tunis avant d’atteindre son objectif.
De plus, il a fait construire la Sainte-Chapelle (toujours visible) dans le palais de l’île de la Cité, pour la somme de 40.000 livres. Cette chapelle était son musée personnel où il a exposé les reliques de Passion de Jésus qu’il a achetées à l’empereur byzantin. La grand châsse en or, pour contenir la couronne d’épine, lui a coûté 100.000 livres. A l’époque, les matériaux étaient plus chers que la main-d’oeuvre.

On avance aussi une autre explication. Philippe le Bel voulait asseoir son autorité sur l’Église de France. Il ne pouvait tolérer l’indépendance d’une force religieuse comme les Templiers, qui étaient placés sous la tutelle et l’autorité exclusive du pape. Il les a donc compromis et jeté la suspicion sur leur ordre.

Coupables ou innocents

Légalement, le procès n’a pas débouché sur un verdict clair : les Templiers n’ont pas été déclarés coupables ni innocentés, l’ordre a été dissous. Comme la torture a été appliquée, il est difficile de se faire une idée à la lumière des minutes du procès.
Presque tous les accusés ont nié avoir eu des relations homosexuelles, ils ont aussi réfuté la modification des paroles de consécration, qui étaient prononcées non pas par les chevaliers mais par les chapelains dans les grands monastères. Dans les commanderies, la messe était publique.

Quelques-uns ont dit avoir aperçu une « idole » sous forme de tête, mais les descriptions données sont tellement discordantes qu’il nous faut rejeter cette accusation d’autant plus que personne n’a parlé de rites autour de cet idole. Était-ce simplement une relique, comme chaque église en possédait ?

Par contre, la plupart ont avoué avoir dû cracher sur la croix lors de leur initiation. Ils se sont démarqués du geste en affirmant qu’ils ont cru que c’était pour éprouver leur serment d’obéissance. Quelle est la signification de ce rituel ? Pourquoi à deux reprises, le pape a-t-il évité un débat public sur les « crimes » des Templiers (à Poitiers et à Vienne) ? Quel secret devait être caché à tout jamais ?
Les Templiers n’ont probablement pas renié le Christ. Ils suivaient régulièrement la messe, ils étaient très attachés au culte marital ; la dernière demande de Jacques de Molay est d’avoir les mains jointes et le regard tourné vers la cathédrale Notre-Dame. C’était donc contre la croix et le crucifié que leur aversion se portait. Avaient-ils la conviction que Jésus n’avait pas été crucifié ? On ne le saura jamais, le secret a été bien conservé. J’ai rédigé plusieurs articles sur une histoire différente de Jésus que celle présentée par les évangiles (voir la liste des articles).

Que sont devenus les Templiers ?

Leurs biens fonciers ont été attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean.
Les Templiers qui avaient avoué ont été remis en liberté, ils pouvaient rester dans leur commanderie ou rejoindre un autre ordre. Ceux qui étaient revenus sur leurs aveux ont probablement été conduits au bûcher comme relaps.

Dans les autres territoires que ceux du roi de France, les Templiers n’ont pas été condamnés.
Au Portugal, ils ont formé un nouvel ordre, l’ordre du Christ dont le roi est devenu le grand-maître. En Aragon, toutes les possessions des Templiers ont été données à un nouvel ordre, qui se substitua aux Templiers, l’ordre de Santa Maria de Montesa, qui s’ajoute aux ordres déjà établis comme les Hospitaliers de Saint-Jean, les ordres de Santiago, Calatrava et Alcantara. La péninsule ibérique est une terre de guerre contre l’Islam qui ne gardait à cette époque que l’émirat de Grenade. Les chevaliers du Temple restaient indispensables.

Le vaccin anticovid est-il halal ?

Cet article est inspiré d’un sujet de la télévision belge

C’est la question qu’a posée Joko Widodo, le président de l’Indonésie, le pays qui compte le plus de musulmans. Pour les musulmans, la question est vitale : pour se prémunir d’une maladie mortelle, faut-il risquer la « damnation éternelle » ?

Pourquoi le vaccin ne serait-il pas halal ? Certains vaccins utilisent de la gélatine fabriquée à partir de déchets animaux, dont des porcs. Ce sont les vaccins dit protéiques comme par exemple celui de la rougeole.
Après examen minutieux de la composition du vaccin chinois Sinovac, le Conseil théologique d’Indonésie l’a déclaré halal. Dans un article précédent, j’avais déjà fait référence à ce Conseil théologique qui devait statuer sur les prières à bord de la station orbitale ISS qui accueillait un Indonésien musulman (voir « la prière en question« ).

Aucun vaccin contre le/la Covid ne contient de gélatine, ce ne sont pas des vaccins protéiques.
Le roi du Maroc, Mahommed VI, a montré l’exemple en se faisant vacciner en public avec un autre vaccin chinois, le Sinopharm. Le président indonésien, rassuré, a fait de même.
Au 15 septembre 2021, l’Indonésie comptabilisait plus de 4 millions d’infections et près de 140.000 morts.

Les imams des pays arabes comme l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahreïn de même que le Pakistan ont également déclaré les vaccins halal.

Néanmoins, dans plusieurs pays, certains imams influents estiment qu’une fatwa, une loi islamique qui stipule que les vaccins sont halal est nécessaire pour décider les hésitants. C’est le cas de l’imam anversois Nordin Taouil, qui prévient que « Certains musulmans ne veulent pas être vaccinés parce qu’ils sont influencés par des théories conspirationnistes prétendant que le vaccin n’est pas autorisé par les autorités religieuses ».

Peut-on se faire vacciner durant le ramadan ?

Autre préoccupation : le ramadan. Les imams semblent d’accord à ce sujet : les vaccins, quels qu’ils soient, n’interfèrent nullement sur l’observation du jeûne, ils ne rompent pas le jeûne car ils n’ont aucun effet nutritionnel.

Et les médicaments sous forme de gélule ?

Les gélules sont faites avec de gélatine. Donc, elles peuvent potentiellement contenir des résidus de porc, et elles s’avalent comme un aliment. Les musulmans doivent-ils les proscrire ?

Les juristes de l’Organisation islamique des sciences médicales font remarquer que la nécessité l’emporte sur la prohibition. C’est pourquoi l’insuline pour le traitement du diabète, qui peut être fabriquée à base de pancréas de porc, est autorisée. Donc, les gélules comme médicaments sont halal.

Les mêmes juristes ont également jugé que les nombreux traitements chimiques pour produire la gélatine la rendent pure (istihala), et par conséquent autorisée. Les gélules comme complément alimentaire sont donc également halal.

11 septembre : 20 ans déjà

Cet article est inspiré du dossier « Les États-Unis et le Monde. 2001-2021, le grand tournant » paru dans le magasine l’Histoire de septembre 2021.

Article connexe :
La naissance du djihad moderne et la montée de Ben Laden : « 1979 : que le djihad commence« 

Conséquences du 11 septembre

Sous le coup de l’émotion des attentats qui ont fait près de 3000 morts et 16000 blessés, les États-Unis, par la voix de leur président, George Bush, ont déclaré la guerre au terrorisme (war on terror) et débuté la traque de Ben Laden, jugé responsable, protégé par les talibans qui régnaient sur l’Afghanistan. Cette guerre totale les conduira au Pakistan, en Irak (de 2003 à 2011 sous mandat de l’ONU), au Yémen, dans la Corne de l’Afrique et aux Philippines… sans grands résultats.
Dès le 18 septembre, quand le Congrès a voté le recours aux armes, la parlementaire californienne Barbara Lee a justifié son opposition en déclarant : « qu’elle refusait de cautionner une guerre sans stratégie de sortie ni cible précise. » La proposition a été votée à la majorité… moins une voix.

L’attaque de l’Afghanistan n’est pas une guerre des États-Unis, mais bien de l’OTAN : l’article 5 de la charte atlantique a été invoqué. Il déclare que s’attaquer à un membre est considéré comme une agression contre tous les membres.

La dérive

45 jours après l’attaque terroriste, le Patriot Act a été voté. Il fragilisait l’État de droit : il permettait au FBI d’accéder à la correspondance privée et aux comptes bancaires sans décision de Justice ; la NSA pouvait mettre n’importe qui sur écoute ou perquisitionner sur base d’un soupçon ; la CIA pouvait détenir et interroger des présumés terroristes sans limite de temps.

Plus la traque s’éternisait, plus les mesures se renforçaient. Ainsi, des interrogatoires « agressifs » vont être autorisés sans en référer au Congrès. La décision a été prise en petit comité : par le vice-président de Bush, Dick Cheney, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, le ministre de la Justice, John Ashcroft et le directeur de la CIA, George Tenet.

Ces décisions, prises hors du cadre légal, vont mener à des abus comme la torture dans la prison d’Abu Ghraïb (Irak : 2004), le massacre de civils à Haditha par des marines en novembre 2005 ou l’exécution de 17 civils sur la place Nisour à Bagdad en septembre 2007 par une compagnie privée de sécurité, la Blackwater.

Le Patriot Act avait été voté pour une durée de quatre ans. Il a été remplacé en 2015 par son frère jumeau, le USA Freedom Act. On se demande de quelle liberté on parle !

Sous la présidence d’Obama (2009-2017)

Barack Obama va tenter de changer de stratégie… d’occupation, car il n’a toujours pas de stratégie de sortie des guerres entreprises par son prédécesseur : George Bush (2001-2009).
Il réduit drastiquement le nombre de militaires au sol, qu’il remplace par des agents de sécurité privés. Avant son mandat, en 2007, il y avait déjà 180.000 agents privés pour 160.000 soldats pour en Irak.

Il accentue l’utilisation des drones, la technologie devient un acteur important de la guerre. Les drones n’empêchent pas les bavures. Ainsi un citoyen américain a été abattu par un drone. C’était probablement un terroriste, mais l’opinion publique américaine s’est mobilisée contre cette exécution sans jugement. Qui décide de la peine de mort ?

L’administration Obama a donné son feu vert au projet Maven dont l’objectif est de rendre les drones tueurs autonomes. Un programme de reconnaissance faciale décide de la cible à atteindre. Est-ce un de ces drones qui a envoyé un missile lors d’un mariage dans la province de Kandahar en Afghanistan tuant 37 personnes ? Des dégâts collatéraux ? Et ce n’est pas la seule bavure en Afghanistan, au Yémen, en Irak et même au Pakistan.
Google a quitté du projet en 2018 à la suite de ses errements.

Dans sa traque contre Ben Laden, Obama ne va pas hésiter à violer l’espace aérien de pays amis comme le Pakistan.

Vingt ans de guerre pour rien

La réaction aux attentats de 11 septembre a coûté 6000 milliards de dollar, 7000 morts du côté américain, 350.000 civils tués (ce chiffre est contesté) et 40 millions de réfugiés.

Notons que 6000 milliards sur 20 ans, soit 300 milliards par an représente 0,015% du PIB° des États-Unis et 42% de leurs dépenses militaires.

Et toutes ces dépenses en vies humaines et en matériel pour rien ! Al Qaïda est toujours actif, une nouvelle organisation terroriste a vu le jour : DAESH. Les talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan et y appliquent toujours une charia d’un autre âge.
L’Irak est totalement déstabilisé : un nouveau despote dirige le pays où règne la corruption. Il faut savoir que la première mesure prise par les Américains a été de limoger tous les fonctionnaires et les militaires appartenant au parti de Saddam Hussein, le parti Baas. En 1945, dans l’Allemagne vaincue, les fonctionnaires, nazis ou non, avaient été maintenus à leur poste pour faire redémarrer le pays.

L’Iran a tiré profit des guerres. Malgré l’assassinat en janvier 2020 du général iranien Qassem Soleimani, tué par un drone américain à sa sortie de l’aéroport de Bagdad, son plan de désenclavement de l’Iran a été mené à bien. Il voulait créer un front chiite au Proche Orient, du Hezbollah libanais pro-iranien à l’Iran en passant par la Syrie et l’Irak où le Hezbollah irakien s’est constitué suite à l’invasion américaine. L’Iran contrôle toute une bande de territoire.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Il est plus simple de voir ce qui a fonctionné : les invasions ont été très rapides, Kaboul a été libérée en novembre 2001 et Bagdad est tombée moins d’un mois après le début de la guerre.
Mais après… les États-Unis n’avaient aucune stratégie. Les Afghans et les Irakiens devaient leur tomber dans les bras pour les remercier de leur avoir apporté la démocratie. C’est tout le contraire qui s’est produit. En traînant pour mettre fin aux pillages et pour rétablir l’électricité, l’eau et le ramassage des immondices, les Américains se sont fait des ennemis des Irakiens les plus enthousiastes.

Quant à la démocratie, on en est loin. Les États-Unis entretenaient l’illusion que des élections libres allaient engendrer un gouvernement démocratique. Au lieu de cela, les électeurs ont pu choisir les corrompus qui allaient s’enrichir des millions de dollars que les États-Unis allaient déverser sur leur pays.

En Afghanistan, ils ont commis une autre erreur. Ils ont voulu ignorer que le Pakistan était l’allié des talibans. Les États-Unis et la France ont continué à livrer des armes aux Pakistanais qui les transféraient en Afghanistan. Ces deux pays étaient pourtant au courant puisqu’en 2001, lors du retrait des talibans de Kaboul, ils avaient découvert des armes livrées au Pakistan dans les caves des bâtiments occupés par les talibans.

La fin de la guerre

Le 31 août 2021, les troupes américaines ont quitté l’Afghanistan. La situation n’a pas évolué en 20 ans, les talibans sont de nouveau au pouvoir. Ils ont négocié le départ des troupes américaines à Doha, au Qatar… sans compensation. Avec le retrait des troupes, les civils Américains et leurs collaborateurs ont essayé de s’extirper de l’Afghanistan. On a vécu les mêmes scènes de chaos, de bousculades, de drames que lors de l’évacuation de Saïgon en 1973. A Kaboul, au moins, les États-Unis n’ont pas oublié de soldats. Au Vietnam, une dizaine de soldats avaient été oubliés dans l’ambassade. Tout s’est bien terminé pour eux, après quelques négociations, un hélicoptère a pu les évacuer par le toit.

En Irak, bien que les militaires se soient officiellement retirés en 2011, il reste toujours des conseillers chargés de former la police et l’armée… en plus des sociétés privées de sécurité.

Un autre ennemi

La guerre est terminée, les Américains continuent à commémorer les attaques du 11 septembre. Ils restent convaincus que leur pays est le garant de la liberté dans le monde et qu’il agit toujours dans le respect du droit international. Jamais ils ne s’interrogent sur les causes de la tragédie de 2001. Or aujourd’hui, les causes sont toujours présentes et plus vivaces que par le passé, car la population de plusieurs pays ont subi l’effroi des bombardements intensifs et l’occupation d’une armée étrangère. Le problème n’a pas disparu, il s’est aggravé. Le sentiment de vengeance reste vivace dans les deux camps.
De plus, si l’Occident considère l’évacuation de l’Afghanistan comme une défaire politique, les ennemis des États-Unis la considèrent comme une défaite militaire : une milice islamique a fait mordre la poussière au géant américain. Tout devient possible.

Les Américains veulent oublier le Moyen-Orient trop lointain, ils sont passés à autre chose, ils se sont déjà trouvé un nouvel ennemi : la Chine. Un sondage Gallup de mars 2021 révèle que 50% des citoyens américains voient la Chine comme une priorité absolue de la politique étrangère à mettre en place par Jo Biden. De plus, 80% d’entre eux considèrent la Chine comme un ennemi, au mieux un adversaire, qui effraie par son pouvoir militaire, technologique et économique.

Or si l’on compare les effectifs militaires des deux pays, la Chine est loin de posséder un armement comparable aux États-Unis. (La Chine est 4 fois plus peuplée que les États-Unis). Elle n’entre pas dans la course aux armements qui a causé la chute de l’URSS qui vivait au-dessus de ses moyens pour égaler les États-Unis en puissance militaire.

                              Chine                       États-Unis
Dépenses annuelles            205 milliards de $          705 milliards de $ 
Soldats actifs                2,2 M (0,15 % population)   1,4 M (0,42%)
Porte-avions                  2                           11
Navires de guerre             777                         490
Ogives nucléaires             280                         6450
Avions                        3260                        13233

Notes

Le PIB d’un pays est la richesse produite par ce pays en un an. Le PIB peut être calculé comme suit (du point de vue des entreprises) : la somme des salaires payés + les bénéfices + la plus-value boursière + les rapports des immeubles (bâtis ou non) + l’accroissement des stocks – les subventions.

L’Opus Dei. Ange ou démon ?

L’Opus Dei (Œuvre de Dieu), également appelé Prélature de la Sainte Croix est une institution de l’Église catholique fondée en 1928 en Espagne par Jose Maria Escriva de Balaguer. Elle compte près de 90.000 membres, des prêtres en minorité (moins de 2.000) et des laïcs.

Cette organisation a comme objectif de « promouvoir la sainteté au milieu du monde ».

Elle a fait l’objet de différentes controverses, notamment en ce qui concerne son aspect secret, son influence politique et l’étendue réelle de ses moyens financiers.

L’Opus Dei vu par lui-même

Vu les polémiques dont l’institution fait l’objet, laissons d’abord s’exprimer sa porte-parole : Béatrice de La Costa : « Le principal message de l’organisation est que chacun peut transformer son travail, ses loisirs et sa vie de famille en des moments de rencontre avec Dieu. Chacun peut mettre ses pas dans les pas du Christ et y trouver le vrai bonheur. Les membres sont appelés à transmettre le grand message d’amour du Christ à son entourage. »

« Les membres sont des gens heureux qui racontent autour d’eux la merveilleuse aventure de leur vie quotidienne ». Et voilà pour la publicité.

Qui est le fondateur : Jose Maria Escriva de Balaguer ?

Escriva de Balaguer est un prêtre espagnol qui a vécu la guerre civile d’Espagne (1936-1939) du côté des généraux auteurs du coup d’État et particulièrement de Franco. Pour lui, le communisme c’est le Diable. Il est viscéralement anticommuniste et antisémite. Il aurait dit : « Hitler contre les Juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre les communistes ».

A la fin des années 60, il achète un titre de noblesse. Le petit prêtre devient le marquis de Peralta.

Il était très proche du cardinal Wojtyla qui deviendra pape sous le nom de Jean-Paul II en 1978, trois ans après la mort de Escriva de Balaguer. Ce pape transforma le mouvement en « prélature« , c’est-à-dire en « diocèse extraterritorial » : l’Opus Dei dépend directement du pape et ses membres n’ont aucun compte à rendre aux évêques. C’est le même Jean-Paul II qui canonisera Escriva de Balaguer en 2002, quelques années après sa mort, le voilà saint.

Aujourd’hui l’Opus Dei est dirigé depuis 2019 par Fernando Ocariz, théologien né en 1944, en France, sa famille ayant fui la guerre civile espagnole.

Organisation et prosélytisme

Sans entrer dans le détail, l’opus Dei comprend quatre grandes catégories de membres :

  • les numéraires, clercs ou laïcs qui s’engagent à la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Ils vivent en communauté dans les locaux de l’organisation.
  • les agrégés font les mêmes vœux, mais ne vivent pas en communauté.
  • les surnuméraires sont des laïcs qui vivent dans le monde mais contribuent financièrement. Ils représentent 70% des membres.
  • les coopérateurs sont des sympathisants, qui ont les mêmes devoirs que les surnuméraires… mais ils ne doivent pas être baptisés dans la foi catholique (ils peuvent être protestants).

Les membres doivent suivre un « plan de vie » qui comprend surtout des prières quotidiennes, des lectures, la confession et des chants. En se levant, ils disent « serviam« , « je vais servir« . La plupart s’infligent des mortifications suivant en cela la pensée du fondateur qui dans son livre « el camino » (le chemin) a écrit : « Bénie soit la douleur, aimée soit la douleur, sanctifiée soit la douleur ».

L’Opus Dei est très présent sur les campus universitaires où il recrute des jeunes qui deviendront cadres ou dirigeants politiques.

L’Opus Dei rencontre de grands succès en Italie, en Espagne et en Amérique latine. Aux Etats-Unis, on compte 3000 membres et son siège à New York est un bâtiment de 17 étages sur Lexington Avenue, n° 243. Une soixantaine d’autres centres ont ouverts dans le pays, la plupart sur des campus universitaires.

L’Opus Dei est présent à Bruxelles et à Strasbourg, en contact direct avec la Communauté européenne. Son journal, Europe Today, est même financé par la CEE. Dans ce journal, il défend les positions les plus réactionnaires de la droite catholique. Dans le n° 124 d’août 1994, on peut lire : « Les méthodes naturelles de contrôle de naissance sont efficaces à 99% tandis que les méthodes artificielles ne le sont qu’à 50% ». Bien entendu, l’abstinence est sûre à 100%.

Le culte du secret

Un des grands reproches fait à l’Opus Dei est son manque de transparence. Dans ses constitutions secrètes rédigées en 1950, mais divulguées en 1982, on peut lire : « Que les membres sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei« .

L’Opus Dei a justifié cette loi du silence par « l’humilité collective » et « l’efficacité apostolique« .
Vu ce manque de transparence, il est mal aisé d’identifier les membres effectifs de l’organisation, mais il est plus aisé de reconnaître ses sympathisants.

En Belgique, l’Opus Dei a investi l’Institut Robert-Schumann, une école de journalisme qui forme des « journalistes catholiques sûrs » et l’Université Catholique de Louvain où il avait installé deux résidences pour les étudiants. Mais c’était sans compter sur le nouveau vice-recteur, le Père Gabriel Ringlet qui a refusé de renouveler le bail des résidences tant que l’Opus Dei trichera sur son identité. Il justifie la décision du conseil d’administration comme suit : « L’Opus Dei ne vise que l’élite de la société ce qui est inacceptable pour notre université. La quête de la perfection a quelque chose de très orgueilleux et de malsain. Je ne peux accepter une religion qui lave plus blanc que blanc… la couleur des sépulcres ! Car au bout du chemin, on trouve toujours l’exclusion et le racisme. En ces temps de montée de l’extrême droite, on ne se prémunit peut-être pas assez contre les dictatures spirituelles.« 

Une pieuvre invisible

L’Opus Dei de par le monde s’étend par l’intermédiaire de sociétés écrans. On la nomme la « mafia blanche ». Elle s’est partiellement dévoilée avec la scandaleuse affaire Matesa, un homme d’affaires espagnol qui a détourné des sommes colossales. Le scandale, suivi de « suicides » et de faillites a éclaboussé la Banque du Vatican. Matesa, avant d’être retrouvé mort, avait avoué financer les activités de l’Opus Dei.

Plusieurs ministres de gouvernements de droite en France et en Espagne sont ou étaient pour le moins sympathisants de l’Opus Dei. On pense à Raymond Barre, ancien premier ministre français, qui a témoigné lors du procès en béatification de Escriva de Balaguer, attestant qu’il avait « détecté en lui des signes de sainteté ».

Plusieurs familles royales d’Europe ont des sympathies pour l’Opus Dei. La famille royale de Belgique appartient au « renouveau charismatique« , un mouvement traditionaliste proche de l’Opus Dei. Citons également la famille royale d’Espagne dont les enfants ont été éduqués par des précepteurs de l’Opus Dei, la famille de Habsbourg et de l’archiduc d’Autriche.

Dans les années 90, les PDG des sociétés AXA et AGF, des groupes Schneider et Renaut ont donné des conférences dans les locaux de l’Opus Dei à Paris.

Et si Jésus était vraiment le messie

Voir l’article : « Le Messie« 

Dans cet article, je ne vais pas adopter le point de vue des Églises chrétiennes qui ont fait de Jésus un messie, le fils de Dieu, et Dieu lui-même en 325, au Concile de Nicée (voir l’article « La nature de Jésus« ). C’est de cette époque, le IVe siècle, que datent les exemplaires des évangiles qui nous sont parvenus. Comme on le sait par le philosophe grec Celse, les textes inclus dans le Nouveau Testament ont été constamment modifiés pour les adapter à la doctrine en cours d’élaboration, on peut donc penser qu’ils ont été rectifiés une dernière fois après le concile (voir l’article « Les évangiles« ). Toute trace du Jésus historique a donc été effacée pour laisser place à un Jésus spirituel, le Jésus de la foi.
Les évangiles ont totalement occulté le contexte historique de la mission de Jésus. Le premier siècle de notre ère en Palestine est une période troublée, depuis la mort d’Hérode en -4, les Juifs attendent impatiemment la venue d’un messie, un prêtre-roi qui les délivrerait de l’occupation étrangère. Les évangiles ont sciemment ignoré le sens du mot « messie » et ont fait de Jésus un sauveur des âmes non violent alors qu’il était peut-être un libérateur prêt à employer la force pour faire valoir ses droits. (Sur la violence dans les évangiles, voir l’article : « Et si Jésus n’avait pas existé« , comme « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)« ).

Si les évangiles ont été modifiés, il reste des traces d’une vérité qu’on a voulu cacher. Pour répondre à la question en titre : « Et si Jésus était vraiment le messie« , il me faut répondre à trois questions en fouillant les textes du Nouveau Testament :

  • Jésus était-il un descendant du roi David dont le messie devait être issu ?
  • Jésus a-t-il été considéré comme le nouveau roi des Juifs ?
  • A la disparition de Jésus, une dynastie a-t-elle perpétué son message politique ?

Descendant du roi David

Les évangélistes Matthieu (1, 1) et Luc (3, 22) nous ont livré une généalogie de Jésus pour prouver qu’il était bien un descendant de David, donc un prétendant au trône d’Israël. Les deux généalogies ne concordent pas, sauf sur la présence de David. Matthieu insiste : « généalogie de Jésus, fils de David, fils d’Abraham » (Matt. 1, 1). Luc est moins affirmatif, « il était fils, croyait-on … de David… fils d’Adam, fils de Dieu ». Pour Luc, il est donc fils de David et fils de Dieu.

Quand Jésus entre à Jérusalem, monté sur une ânesse, la foule crie « Hasanna au fils de David ». Étrange monture, pourquoi une ânesse et pas un superbe étalon ? Pour respecter la prophétie du livre de Zacharie 9, 9 : « Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble, monté sur une ânesse et un ânon, le petit d’une bête de somme » (Matt. 21, 5)

Le roi des Juifs

Dès l’entrée à Jérusalem, Jésus est donc perçu comme le roi des Juifs. Il va tout faire pour déclencher une révolte. Il s’attaque tout d’abord aux marchands du temple. Et que se passe-t-il lors de son arrestation sur le Mont des Oliviers ? « il [Judas] prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres… » (Jean 18, 3). Pourquoi déplacer une cohorte, de 500 légionnaires à 1000 auxiliaires pour arrêter un seul homme pacifique ? Y a-t-il eu un début d’insurrection qui amena à l’arrestation de Jésus ?

Ponce Pilate le condamne à mort, la mort réservée aux agitateurs, aux déserteurs et aux esclaves en fuite. Sur le titulus, la pancarte que l’on accrochait au cou des condamnés, il a fait écrire « Jésus le nazaréen, roi des Juifs« . Tous les évangiles sont d’accord sur le sens du titulus, mais citent tous un libellé différent. Pour l’Église, c’est de l’ironie ! Drôle de façon d’ironiser. C’est plutôt un avertissement : « Voici ce que Rome fait du roi des Juifs ». N’oublions pas que la période est troublée, des rois autoproclamés apparaissent à intervalles réguliers : Judas bar Ézéchiel à la mort d’Hérode, Judas de Gamala lors du recensement de Quirinus, « l’Égyptien » (vers 60), Theudas (vers 45), un autre Jésus (vers 65), Simon bar Gioras (en 70) et Bar Kochba (132-135).

A la naissance de Jésus, Luc nous raconte la venue de mages, devenus par la suite les trois rois-mages. Ils se présentent à Hérode et demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? ». Ce qui déclenchera, toujours selon Luc, le massacre de tous les enfants de Bethléem. Notons que dans l’évangile de Luc, Jésus naît dans la maison de ses parents à Bethléem, pas dans une étable ou une grotte. Mais pourquoi Bethléem ? « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël mon peuple » (Luc 2, 6 citant le prophète Michée 5, 1).

Deux autres événements, rapportés par les quatre évangiles, sont troublants.
(1) Pourquoi Jésus se fait-il baptiser par Jean « en vue du pardon des péchés » (Marc 1, 4). Quels péchés le Fils de Dieu a-t-il commis ?
Jean est le cousin de Jésus par leur mère, il appartient à la tribu des lévites, descendant de Aaron, le frère de Moïse. Cette tribu fournit les prêtres du temple. Ne faut-il pas voir dans ce « baptême » la consécration de Jésus en tant que messie-roi, comme c’était la coutume : Samuel a consacré Saül, puis David. C’est après ce « baptême » que le ministère de Jésus commence.
La tradition de la consécration des rois par un prêtre s’est poursuivie en France où le prétendant au trône ne devenait roi qu’après avoir été oint dans la cathédrale de Reims.

(2) Lorsque Jésus demande curieusement à ses disciples qui il est d’après eux, Simon-Pierre avance timidement « Tu es le messie, le Fils de Dieu vivant ». Alors Jésus « leur commanda sévèrement de ne le dire à personne ». Pourquoi se cacher ? Sinon que l’heure de la révolte n’est pas encore arrivée.

Sa dynastie

A la mort de Jésus, c’est Jacques son frère qui prend la tête du mouvement nazaréen installé à Jérusalem, d’après les Actes de Apôtres. Les membres de ce mouvement, qui comprend les apôtres, se comportent en Juifs respectueux de la Loi. Pierre et Jean se rendent régulièrement au temple pour prier. Néanmoins ils sont arrêtés (ils s’échappent grâce à des miracles). Pourquoi ces arrestations sinon parce qu’ils font partie d’un mouvement séditieux dont se méfient les Romains. Si on accepte l’idée d’un Jésus prétendant au trône d’Israël, on comprend mieux les persécutions dont sont victimes les premiers « chrétiens » en Judée.

Jacques est lapidé… mais étrangement, les Actes des Apôtres n’en parle pas. Il a été assassiné lors de la vacance du procurateur romain. Ce n’est donc pas une initiative romaine, mais une décision d’Agrippa II, un descendant d’Hérode qui doit voir d’un mauvais œil un prétendant au trône.
C’est Jude, un autre frère de Jésus qui prend la succession de Jacques. Puis on perd la trace du mouvement. Paul occupe alors le devant de la scène et avec lui, l’idée d’un messie-roi est totalement occultée. Il s’était opposé violemment à Jacques au sujet du message délivré par Jésus.

La rancœur de Romains ne s’arrête pas après la victoire de 70 sur les révoltés juifs. L’empereur Domitien (81-96), le frère du vainqueur, Titus(empereur de 79 à 81), s’en prend également à la famille de Jésus.

Il y avait de la race du Sauveur les petits-fils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair. On les dénonça comme descendants de David. On les amena à Domitien, celui-ci craignait la venue du Messie, comme Hérode. (Eusèbe : Histoire ecclésiastique livre III, 20)

Domitien les interrogea puis les relâcha, d’après Eusèbe qui écrit 250 ans après les faits.

Conclusion

Tout ceci n’est qu’une hypothèse, mais elle a des bases solides. Paul ne dit-il pas dans 2 Corinthiens, 11,4 : « En effet, si le premier venu vous prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché…« . Paul savait-il que les apôtres regroupés à Jérusalem autour de Jacques, le frère de Jésus, enseignaient une autre vision de Jésus. Paul n’avait pas connu Jésus, il l’avait vu en songe. Il a occulté les prétentions politiques du groupe pour se concentrer sur le message spirituel. Ce glissement était nécessaire pour s’imposer dans l’Empire romain. Yeshua le messie-roi, le renégat crucifié par les Romains devenait Jésus-Christ, le Sauveur, l’agneau sacrifié par les Juifs.

Note : préfet ou procurateur

Une province sénatoriale était dirigée par un préfet, issu de l’ordre équestre, qui avait tous les droits, sauf celui de lever des impôts. A sa création en 6 ou 7 de notre ère, la Judée est une province sénatoriale. C’est pourquoi le recensement, pour établir l’impôt, a été fait par Quirinus, envoyé par le gouverneur de Syrie. La légion ne séjourne pas dans ces provinces. Les troupes sont constituées d’auxiliaires.

Une province impériale était dirigée par un procurateur qui avait le droit de lever des impôts. La Judée est devenue province impériale sous l’empereur Claude (41-54).

Ponce Pilate était donc préfet comme le confirme une inscription trouvée à Césarée. Tous les auteurs chrétiens lui donnent la fonction de « procurateur« , ce qui est une erreur.

Ponce Pilate préfet de Judée