Bactéries et virus

Je vous livre le résultat de mes recherches suite à un questionnement personnel, … tel que je l’ai compris.

Bactéries

Une bactérie est un micro-organisme vivant dans le sens qu’elle peut se reproduire. Elle vit en communautés.
Le corps humain héberge autant de bonnes bactéries qu’il ne contient de cellules humaines.
A côté de ces bactéries inoffensives ou utiles, des bactéries pathogènes transmettent à l’homme des maladies : certaines pneumonies, les otites, la méningite, la peste, le choléra, la tuberculose, la syphilis, etc.

Pour tuer les bactéries se trouvant hors du corps humain, on peut utiliser un antibactérien comme les produits Dettol. Pour éliminer ceux qui ont infecté le corps humain, on fait appel aux antibiotiques. Un des tout premier antibiotique fut la pénicilline, découverte par Alexander Fleming en 1928 et produite industriellement à partir de 1942. Enfin, la syphilis qui sévissait depuis le XVe siècle pouvait être vaincue. Le syphilis a été appelée le mal vénitien ou le mal français. Personne n’a voulu prendre la responsabilité de la maladie, qui s’est développée au début du XVIe siècle, après la découverte des Amériques, semble avoir existé en Europe bien avant.

La peste dans l’Histoire

Au VIe siècle, en plusieurs vagues successives à partir de 541, avec un pic en 592, la peste envahit l’Empire byzantin et affecta l’Europe et, dans une moindre mesure, la Perse. L’empire byzantin était à son apogée, sur le point de conquérir tout le bassin méditerranéen. La mort de l’empereur Justinien, victime de la peste mit un point final à l’expansion byzantine. De puissant, l’empire devient une proie facile pour les Perses tout d’abord, à partir de 603, pour les Arabes ensuite, à partir de 634.
La peste aurait fait en quinze épidémies jusqu’en 767, de 25 à 50 millions de victimes.

En 1347,  la peste noire envahit toute l’Europe. Elle arrive dans des navires de commerce en provenance de la péninsule de Crimée. On pense qu’elle avait été apportée par les Tatars de la Horde d’Or. En cinq ans, cette pandémie fait 25 millions de victimes humaines sur une population totale d’environ 75 millions d’habitants.

Elle reviendra épisodiquement jusqu’à nos jours. En 2003, une épidémie s’est déclarée à Oran en Algérie.
Paris a été infecté de 1428 à 1438, en 1466, en 1499, en 1522, en 1531 et en 1544.

Virus

Le virus est un micro-organisme qui ne peut pas se reproduire par ses propres moyens. On le classe souvent dans la catégorie des « non vivants » bien qu’il se nourrisse, produise des déchets et évolue. Le virus est un parasite, c’est une cellule très simple, elle ne contient que de l’ADN, le génome du virus, sa base de données pour se répliquer. Le virus doit s’attacher à une cellule (humaine par exemple) pour utiliser ses mécanismes de reproduction.

Les virus propagent des maladies comme les grippes saisonnières et épidémiques, le sida, l’ébola, la varicelle, la rougeole, les cornavirus tel le covid-19 et le SRAS (apparu en 2003), etc.
Pour se protéger efficacement d’un virus, il faut vacciner. Mais chaque virus nécessite un vaccin particulier. Pour s’attacher à une cellule, le virus utilise des spicules (petites épines, ce sont des protéines) que l’on représente par des pointes. Chaque virus a des spicules différentes d’où la difficulté de créer un vaccin. Le vaccin crée dans le corps humain des anticorps capables de repérer le virus et de l’attaquer.

Le savon détruit la membrane externe du virus et le rend inoffensif. L’alcool contenu dans les gels hydroalcooliques dénature ses protéines. Actuellement (fin avril 2020) il n’y a aucun médicament spécifique pour guérir le Covid-19.

La grippe espagnole

En 1918, une pandémie de grippe a fait de 20 à 50 millions de morts. Certaines réévaluations récentes avancent le chiffre de 100 millions de victimes alors que la population mondiale en 1918 est estimée à moins de 2 milliards de personnes. La guerre qui se terminait avait fait 18 millions de morts, civils et militaires.

Le virus avait été apporté par les soldats américains qui venaient combattre en France. Le grand prophète du XXIe siècle, Trump, a admis que le virus était d’origine géographique étasunienne, mais les soldats américains avaient été infectés par des travailleurs chinois. Sacré Donald.

Elle prit le nom de grippe espagnole car l’Espagne, non impliquée dans la guerre, donc non soumise à la censure, fut le seul pays à publier des articles relatifs à l’épidémie.

Covid-19 et religions

Le roi du Maroc, Mohammed VI, a instauré un couvre-feu la nuit pour éviter que les musulmans se rassemblent pour fêter la rupture du jeûne en cette période de ramadan (23 avril 2020 au 23 mai).

L’Est est la région de France la plus touchée par le virus. Du 17 au 21 février 2020, un grand rassemblement évangélique s’est tenu à Mulhouse organisé par l’Eglise de la porte ouverte chrétienne. Ce rassemblement serait à l’origine de la propagation du virus en Alsace et dans les départements adjacents.

Les écrits de Khomeiny

Durant son long exil en Irak, Rouhollah Moussavi Khomeiny (1902-1989) a écrit trois livres : le Royaume du docte, les Clés du mystère et Explications des problèmes. Dans les deux premiers, il explique sa vision politique et philosophique du monde. Dans les Explications des problèmes, il parle des principes sociaux et religieux et apporte une réponse à tous les problèmes que le musulman chiite peut rencontrer dans la vie quotidienne.

La traduction d’extraits de ces trois ouvrages a été éditée en 1979 par l’écrivain et philosophe français de gauche Jean-Edern Hallier (1936-1997). Il fut un ami de François Mitterrand jusqu’à ce que ce dernier devienne président de la République française. A ce moment, il devint l’homme le plus surveillé de France, car il connaissait la double vie du président. Il fut mis sur écoute comme des centaines de Parisiens, à tel point qu’il refusait de payer sa facture de téléphone arguant que celui-ci était plus utile à Mitterrand qu’à lui-même.

Le gouvernement islamique (extrait)

« Le gouvernement islamique ne peut être ni totalitaire ni despotique, mais constitutionnel et démocratique. Dans cette démocratie, pourtant, les lois ne dépendent pas de la volonté du peuple, mais uniquement du Coran et de la Sunna du Prophète. La Constitution, le Code Civil et le Code Judiciaire ne peuvent s’inspirer que des lois islamiques contenues dans le Coran et transcrites par le Prophète, et elles seules doivent être appliquées scrupuleusement. Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin, et ses lois ne peuvent être ni changées, ni modifiées, ni contestées.« 

« C’est là que réside la différence radicale entre un gouvernement islamique et les différents gouvernements monarchiques ou républicains où ce sont les élus, les représentants du peuple ou de l’État qui proposent et votent les lois, alors qu’en Islam la seule autorité compétente est le Tout-Puissant et sa volonté divine. Le pouvoir législatif est exclusivement détenu par le Saint Prophète de l’Islam et personne hormis Lui ne peut promouvoir une loi; toute loi qui n’émane pas de Lui est à rejeter. Dans un gouvernement islamique qui se respecte, le pouvoir législatif (Parlement), qui est une des trois composantes de tout système constitutionnel avec l’exécutif et la jurisprudence, est remplacé par un « Conseil religieux de planification » qui transmet à chaque ministère les lois islamiques le concernant, lui indique son programme conformément à la religion et établit à la base de l’ensemble de ces programmes la politique générale de tout le pays.« 

« Le gouvernement islamique est  soumis à la loi de l’Islam qui n’émane ni du peuple ni de ses représentants, mais directement de Dieu et de sa volonté divine.  La loi coranique, qui n’est autre que la loi divine, constitue l’entité de tout gouvernement islamique et règne immanquablement sur tous les individus qui en font partie. Le Prophète, les califes et les gens du peuple, doivent obéissance absolue à ces lois éternelles du Tout-Puissant transmises aux mortels à travers le Coran et le Prophète, et qui resteront immuables jusqu’à la fin des temps.« 

Principes sociaux et religieux (extraits)

L’intégralité du texte peut être consultée sur le site http://www.fnb.to/FNB/Article/Khomeyni/Khomeyni.htm.

Ce livre est divisé en chapitres tels que : façon d’uriner et de déféquer, façon de manger et de boire, de la pureté et impureté, du jeûne, de l’égorgement des animaux, de la femme et ses règles, du mariage, de l’adultère et des rapports sexuels.

Voici quelques extraits.
AVERTISSEMENT : ce qui suit pourrait choquer toutes les personnes.

« Il est préférable pour uriner ou déféquer de s’accroupir dans un endroit isolé; il est également préférable d’entrer dans ce lieu du pied gauche, et d’en sortir du pied droit; il est recommandé de se couvrir la tête durant l’évacuation, et de faire supporter le poids du corps par le pied gauche.« 

« Après avoir uriné il faut tout d’abord laver l’anus s’il a été souillé par l’urine; on doit ensuite presser par trois fois avec le majeur de la main gauche la partie comprise entre l’anus et le bout de la verge; puis il faut mettre le pouce sur la partie supérieure de la verge et l’index sur sa partie inférieure, et tirer par trois fois le capuchon jusqu’à l’anneau de circoncision; et ensuite presser par trois fois l’extrémité de la verge.« 

« Si on commet un acte de sodomie avec le bœuf, le mouton ou le chameau, leur urine et leurs excréments deviennent impurs, et leur lait même n’est plus consommable. Il faut alors tuer l’animal au plus vite et le brûler, et en faire payer le prix au propriétaire par celui qui l’a sodomisé.« 

« Onze choses sont impures : l’urine, l’excrément, le sperme, les ossements, le sang, le chien, le porc, l’homme et la femme non musulmans, le vin, la bière, la sueur du chameau mangeur d’ordures. »

« Le vin et toutes les autres boissons enivrantes sont impures, mais l’opium et le haschisch ne le sont pas.« 

« Lors du coït, si la verge pénètre dans le vagin de la femme ou l’anus de l’homme, complètement ou seulement jusqu’à l’anneau de circoncision, les deux personnes deviennent impures, même si elles sont impubères, et doivent alors faire leurs ablutions.« 

« Si l’homme s’aperçoit, en faisant sa prière, que son sexe n’est pas couvert, il doit le couvrir immédiatement, et si cela prend trop de temps, il doit terminer sa prière et la recommencer. Mais s’il s’aperçoit que son sexe n’est pas couvert seulement après l’accomplissement de sa prière, celle-ci reste valable.« 

Au sujet du ramadan qui démarre aujourd’hui.
« Le coït annule le jeûne, même si la verge ne pénètre dans le vagin que jusqu’à l’anneau de circoncision, et même s’il n’y a pas éjaculation.
Si la verge pénètre moins profondément dans le vagin et qu’il n’y a pas éjaculation, le jeûne reste valable.
Si l’homme ne peut pas déterminer avec certitude la longueur de sa verge qui a pénétré dans le vagin, et s’il a dépassé l’anneau de circoncision, son jeûne reste valable.
Si l’homme fait le coït en oubliant qu’il est en période de jeûne, ou si on le force à le faire, son jeûne reste valable. Mais s’il se souvient de son jeûne pendant le coït, ou s’il n’est plus forcé de continuer le coït, il doit l’interrompre immédiatement.
« 

Le procès de Jésus

Introduction

Le procès de Jésus qui a conduit à sa condamnation à mort ne nous est connu que par les seuls évangiles, à l’exception de tout autre texte. Or la grande majorité des historiens ne croient plus à l’historicité des évangiles. Ce sont des livres de propagande proclamant l’histoire de Jésus en tant qu’histoire du salut, pas une relation historique objective. C’est dire la difficulté de démêler les faits historiques et fictifs.

Les événements racontés par les évangiles, avec de notoires différences entre les quatre livres, se déroulent à Jérusalem, vers les années trente de notre ère, à l’occasion des fêtes de la Pâque juive. Lors des fêtes, le préfet romain et une troupe de légionnaires se déplaçaient de Césarée Maritime, le siège du gouvernement, à Jérusalem pour prévenir toute révolte. Le préfet séjournait dans l’ancien palais d’Hérode, à l’ouest de la ville, tandis que le gros de la troupe était caserné dans la forteresse Antonia, qui dominait le temple.

La fête de Pâque (Pessa’h en hébreu) se déroule sur 8 jours. Elle débute le 14 nisan, le premier mois du printemps, et se termine le 21. Elle célèbre les derniers jours de l’esclavage des Hébreux en Egypte et leur libération selon le mythe de Moïse (voir mon article sur Moïse). Le 14 nisan, Dieu envoie la dixième plaie sur l’Egypte : l’ombre de la mort va visiter toutes les maisons la nuit et emporter le dernier né. Les Hébreux avertis doivent sacrifier un agneau d’un an et badigeonner l’encadrement de la porte avec son sang : la mort passera sans entrer (Pessa’h signifie « passer au dessus« ). Dans cette nuit d’angoisse, ils vont manger l’agneau rôti et du pain sans levain.

Résumé des événements cités par les évangiles.

Jésus entre triomphant dans Jérusalem.
Jour J-1 : Jésus célèbre son dernier repas et annonce que Judas va le trahir.
Jour J : La nuit de J-1, Jésus est arrêté dans le jardin de Gethsémani sur le mont des Oliviers. Chez les Juifs, le jour commence quand la nuit tombe. Les musulmans disent quand il est impossible de distinguer un fil blanc d’un fil noir.
Il est présenté devant le Sanhédrin qui le condamne à mort pour blasphème.
Il est présenté devant le préfet Ponce Pilate pour confirmer la sentence. Celui-ci ne reconnaît pas de faute à Jésus.
Les juifs demandent la libération de Barabbas en échange de Jésus.
Jésus est condamné. Il est fouetté et conduit sur le lieu de son supplice.
Il meurt sur la croix.
Il est descendu de la croix et mis provisoirement dans un tombeau.
Jour J+2 : Jésus n’est plus dans le tombeau.

L’entrée dans Jérusalem

Pour la fête de Pâque, Jésus est entré dans Jérusalem monté sur un ânon, comme l’avaient prédit les prophètes (« Dites à la communauté de Sion, voici ton roi qui vient à toi ; humble, il vient monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. » (Livre de Zacharie 9,9). Il a été  suivi par une foule nombreuse et enthousiaste qui agitait des branches de palme en criant « Hosanna ! ». Quel beau tableau bucolique ! Mais est-il historique ?

La supplique « Hosanna », qui signifie, « de grâce, sauve-nous » fait partie de la liturgie des Hoshannot qui a lieu lors de la fête des Cabanes (Souccot),  qui en automne célèbre l’assistance divine reçue dans le désert lors de l’Exode. C’est aussi à cette période que l’on coupe les feuilles des palmiers… et pas au printemps.
De plus, la foule nombreuse des admirateurs de Jésus va s’évaporer et Jésus va se retrouver bien seul (voir plus loin).

Le dernier repas de Jésus

D’après les évangiles synoptiques, ceux qui adoptent une trame identique : Matthieu, Marc et Luc, le dernier repas de Jésus prend place « le premier jour des pains sans levain« , soit le (jeudi) 14 nisan. Ce repas est très spécifique, bien codifié pour les Juifs, or il ne semble pas que Jésus et ses apôtres ont organisé un tel repas. On dirait plutôt un repas communautaire à la manière des esséniens qui partageaient le pain et le vin.
Pour Jean, le quatrième évangile, c’est le (mercredi) 13 nisan qu’a lieu le dernier repas de Jésus, donc un repas normal.

L’arrestation

Peu avant son arrestation, Jésus s’est attaqué aux changeurs et aux marchands qui se trouvaient sur le parvis du temple, qui est le plus vaste lieu de culte de l’Empire romain. Pour la Pâque, des Juifs venaient de partout, ils étaient trois millions selon Flavius Josèphe qui n’est pas à une exagération près. Ils devaient donc changer la monnaie de leur pays par la seule monnaie que les prêtres acceptaient pour payer les animaux des sacrifices, le shekel de Tyr. Le shekel de Tyr avait été choisi pour sa stabilité.
En s’attaquant aux changeurs Jésus voulait peut-être s’attaquer aux sacrifices. Cette « rébellion » de Jésus  a dû passer inaperçue, sinon, un tel acte, juste sous les yeux des soldats romains, cantonnés dans la forteresse Antonia, aurait été immédiatement réprimé.

C’est donc la nuit, sur le Mont des Oliviers, que Jésus est arrêté par « une troupe armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens » (Mt. 26:42) ou par une cohorte romaine (500 à 600 soldats) selon Jean. Pourquoi amener une troupe armée alors qu’ils ne sont qu’une douzaine, armés peut-être, Jésus leur a conseillé d’acheter des armes (Lc 22,36) mais peu dangereux… ils vont d’ailleurs fuir. Et qui va assister à tous ces événements pour les consigner par après si tous les disciples se sont volatilisés ?

Mais pourquoi avoir attendu la nuit ?
Pour éviter les émeutes nous dit-on. Mais le peuple de Jérusalem ne prend pas le parti de Jésus lorsque Pilate lui demande de choisir entre lui et Barabbas. Et durant la période de Pâque, le mont des Oliviers rassemblait tous les pèlerins qui n’avaient pas trouvé de logement dans Jérusalem (ville de 50 mille âmes). C’était un vaste terrain de camping. Autant dire que l’arrestation de Jésus n’est pas passée inaperçue.

Parution devant le Sanhédrin

La grande question de ce chapitre est « Qu’est-ce que le Sanhédrin… au début du premier siècle de notre ère ?  » D’après la tradition chrétienne, c’est la plus haute autorité religieuse de Judée. Déclarer cela est aussi fantaisiste que dire qu’il existe une haute autorité religieuse chrétienne qui regroupe les catholiques, les protestants et les orthodoxes sous la présidence du pape. Car à l’époque qui nous occupe, LA religion juive n’existe pas ! Trois sectes, aussi divergentes et éloignées que les doctrines chrétiennes citées, se partagent les faveurs des juifs. Le judaïsme se développera en parallèle et en opposition avec le christianisme au deuxième siècle, après la destruction du temple par les Romains. Quelles sont ces trois sectes ?

  • Les sadducéens qui collaborent avec l’occupant, appliquent les 613 articles de loi de la Torah, ils ne croient pas à la vie après la mort et estiment que les récompenses d’une vie pieuse s’acquièrent durant l’existence.
  • Les pharisiens, proches du peuple, disent qu’il existe une loi orale, remontant à Moïse, conjointement à la loi écrite, la Torah. Bien entendu, ils sont dépositaires de cette loi qui sera finalement mise par écrit et éditée au IVe siècle, c’est le Talmud. Ils croient en la pérennité de l’âme et à la résurrection des corps.
    Les sadducéens se moquent de cette résurrection ce qui apparaît dans un passage des évangiles (Mt 22, 23-33): « Rabbi (ils s’adressent ici à Jésus, mais ça pourrait être un pharisien), Moïse a dit : Si un homme meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la veuve (loi du lévirat , Dt 25:5-10)… Eh bien, à la résurrection, duquel des frères sera-t-elle la femme ?« 
  • Enfin, les esséniens ne reconnaissent aucune autorité au temple et à ses prêtres. Ils condamnent les sacrifices d’animaux. Suprême blasphème, ils ne reconnaissent pas la mesure du temps fixée par Dieu dans la Bible : ils utilisent un calendrier solaire ! Ils célèbrent les mêmes fêtes que les autres juifs, mais pas aux mêmes dates… et aucun n’a été accusé par le Sanhédrin.

Le Talmud a réservé tout un traité au Sanhédrin, mais il ne s’applique pas à celui du début du premier siècle. Le Sanhédrin devait donc être soit le conseil municipal de Jérusalem, soit plus probablement, l’organe de gestion du temple. Comme c’est le cas de nos jours : depuis la prise de Jérusalem-est par les Israéliens en 1967 (voir : 1967 : Israël conquiert Jérusalem) l’esplanade des mosquées est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie (voir : le Dôme du Rocher). Cette comparution devant le Sanhédrin est donc pour le moins invraisemblable. D’autant plus que nous sommes le (vendredi) 15 nisan, et c’est un jour de shabbat, ce que seul l’évangile de Jean semble savoir : « ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans la résidence (de Ponce Pilate) pour ne pas se souiller. » Les juifs se sont purifiés, leurs actions sont très limitées, alors, juger un homme et le condamner à mort, il ne faut pas y penser. En toute logique, Jean ne mentionne pas la parution de Jésus devant le Sanhédrin.

Un dernier point pour appuyer là où ça fait mal. Dans les Actes des Apôtres, alors que les Romains (pas les Juifs) ont arrêté Paul à la demande du Sanhédrin, le « tribun » commandant la forteresse Antonia écrit au procurateur résidant à Césarée  : « J’ai constaté que l’accusation portait sur des discussions relatives à leur loi, mais sans aucune charge qui méritât la mort ou les chaînes » (Ac 23.28). Le rédacteur des Actes connaissait la loi romaine, ce qu’ignoraient les évangélistes. Or on attribue les Actes à l’évangéliste Luc. Comprenne qui pourra.

Parution devant Ponce Pilate

Tous les évangiles sont d’accord, Ponce Pilate (préfet de 26 à 36) connu pour son mépris des juifs et pour sa cruauté, ne reconnaît aucune charge contre Jésus.
Fin de l’histoire. Jésus est libre, il ne sera pas crucifié et le christianisme n’existera pas. Ce n’est pas une uchronie, mais la logique implacable des évangiles.

Il faut donc un miracle pour sauver l’histoire. Un miracle, plutôt un mensonge éhonté : « A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu’elle voulait » (Mt 27,15). Cette coutume n’a jamais existé. Mais continuons le récit sur base de ce mensonge. Pilate demande aux Juifs de choisir entre Jésus le nazaréen et Jésus Barabbas, un meurtrier, un rebelle. En fait il leur demande de choisir entre Jésus le Fils du Père et Jésus le fils du père (traduction de l’araméen Bar(fils) Abba (père)). Pilate, fâché par la tournure des événements déclare en se lavant les mains : « Je suis innocent de ce sang, C’est votre affaire » (Mt 27,24). Et « Tout le peuple répondit : Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants ! » (Mt 27,25).

A cause de cette entorse à l’Histoire, à cause de ce mensonge, des millions de Juifs ont été persécutés par les chrétiens. En 1997, Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France a bien exprimé la repentance des chrétiens pour ces persécutions. En 2000, à Jérusalem, le pape Jean-Paul II  a demandé pardon « pour les nombreux péchés commis autrefois par l’Eglise catholique, notamment son attitude envers les Juifs, les hérétiques, les femmes et les peuples indigènes ». Le communiqué du Vatican ne mentionne pas combien de millions d’avés et de paters le pape a dû réciter pour être absous. Mais personne n’a jamais dit que tous ces péchés avaient été commis à cause d’un mensonge ! Donc, oui, les chrétiens demandent pardon… mais c’était quant même la faute des Juifs, ce sont eux qui ont condamné Jésus.

Petite devinette. Il semble que Ponce Pilate et Jésus discutent entre eux. En quelle langue ? Jésus est sensé parler l’araméen, langue imposée par les Perses à tout le Proche Orient vers 500 avant notre ère, et Ponce Pilate parle le grec. Or, depuis -330, tout le Proche Orient et l’Egypte sont sous domination grecque (conquis par Alexandre le Grand). En 300 ans, la culture grecque s’est donc imposée en Judée. Des gymnases, des bains publics et même un théâtre ont été construit à Jérusalem. La toge doit être aussi populaire que la tunique courte et le manteau qui la recouvrait dans les rues de la cité. On peut donc penser que Jésus parlait grec. D’autant plus que Nazareth, qui aurait été son lieu de résidence, n’était qu’un faubourg de la ville grecque de Sépphoris (non mentionnée dans les évangiles).

La crucifixion

Je laisse au folklore la couronne d’épines et le manteau rouge dont Jésus a été affublé pour retenir la flagellation qui précédait l’exécution. Le condamné était avili, il était présenté à la foule nu et en sang. En route vers son supplice, Jésus a-t-il porté sa croix, n’a-t-il été lié qu’au seul patibulum (le bois horizontal) dans tel cas, il n’a pas pu être aidé, ou a-t-il été transporté vers le lieu où les croix étaient dressées en permanence, comme lors de la révolution française où la guillotine attendait sur l’actuelle Place de la Concorde ou comme au Moyen-âge où le gibet gardait trace des exécutions passées ? Je ne prendrai pas parti.

Jésus a-t-il été cloué sur la croix ? Pour rester logique avec les évangiles, la réponse est NON… sinon il aurait été impossible de descendre Jésus de la croix. Il aurait gardé des « souvenirs » de son supplice. Les Romains utilisaient des clous de section carrée d’une vingtaine de centimètres (voir mon article sur la crucifixion).

Le pied d’un crucifié garde le clou fiché dans son talon.

Dans l’apocryphe « Actes d’André », daté de la fin du IIe siècle, nous trouvons une description plus « réaliste » d’une crucifixion, celle d’André : « Ils vinrent et se contentèrent de le lier aux pieds et aux aisselles, sans rien lui clouer, ni les mains, ni les pieds, sans non plus lui briser aucune articulation, car ils voulaient le tourmenter en le laissant suspendu, et qu’il soit dévoré vivant, la nuit, par les chiens ».

La mort de Jésus

La crucifixion est un supplice oriental ou carthaginois, adopté par les Romains. Il mène à une mort très lente : le supplicié met parfois des dizaines d’heures ou plusieurs jours à mourir étouffé par le poids de son propre corps, quand les jambes ne peuvent plus le soutenir. Jésus meurt en trois heures… pour donner un semblant de vérité au récit : il doit être mis au tombeau avant la tombée de la nuit et ses os ne doivent être brisés. Les suppliciés avaient les tibias brisés pour que les jambes ne puissent plus soutenir le poids du corps. Cette mise à mort accélérée devaient intervenir lorsque le lieu du supplice n’était pas gardé en permanence.

Dans les évangiles, on n’a pas une description réelle d’une crucifixion, mais une série de confirmation de prophéties issues de la Bible pour prouver que Jésus est bien le messie attendu. La crucifixion est une mise en scène de passages de la Bible :

  • Psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné »  (verset 2), « …ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement » (verset 19)  et « Ils ont percé mes mains et mes pieds » (verset 17).
  • Isaïe 53, 5 : « Il a été transpercé à cause de nos péchés ».
  • Exode 12, 46 : « Vous n’en briserez aucun os ». en parlant de l’agneau sacrifié lors de la Pâque.

S’il faut en croire Matthieu (27, 45) y eut-il une éclipse solaire lors de la crucifixion, ce qui permettrait de dater l’événement : « À midi il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures » ou Marc (15, 33) ou Luc (23, 44) qui ajoute que le soleil avait disparu. Il ne faut pas prendre cette affirmation au pied de la lettre, c’est un rappel du livre de Joël  (2, 31) : «  Le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant l’arrivée du jour de l’Éternel, de ce jour grand et terrible ».

Pour avoir une éclipse solaire, il faut que la lune et le soleil soient du même côté de la terre, c’est-à-dire à la nouvelle lune. Or la Pâque (15 nisan) tombe toujours à la pleine lune, les mois commençant à la nouvelle lune. A la pleine lune, la terre se trouve entre le soleil et la lune. De plus, une éclipse solaire ne dure que quelques minutes, au maximum 7 minutes et 31 secondes à la latitude de Jérusalem pour être précis. La version officielle actuelle est qu’un orage a éclaté.

Conclusion

En toute logique après ce que je viens d’écrire, la conclusion ne peut tenir qu’en une seule question : que s’est-il passé, quand Jésus est-il mort, comment est-il mort. On peut me rétorquer que Paul parle déjà de la crucifixion. Dans la première Épître aux Corinthiens écrite par Paul en 54-56, soit quinze ans avant le premier évangile, celui de Marc, on lit « Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (1Co 2, 2). Paul sait comment Jésus est mort. C’est le seul endroit de ses épîtres. Ce qui intéresse Paul, qui n’a pas connu Jésus, c’est la résurrection :  » Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures. Il a été enseveli, il est ressuscite le troisième jour, selon les écritures. » (1Co 15, 3-4). Il ne connaît pas l’histoire de Jésus, il la déduit des écritures, la Bible hébraïque, vu qu’aucun texte n’a encore été écrit sur Jésus.

Ce qui m’a toujours déconcerté dans les traductions des épîtres de Paul, c’est qu’il appelle Jésus : « Jésus-Christ« , comme si Christ était son nom de famille et qu’il parle de « l’évangile que je vous ai apporté« . Il me semble plus correct de traduire Jésus-Christ par « Jésus le Messie » et l’évangile par son sens en grec : « la bonne nouvelle« .

On peut refaire l’Histoire en supprimant du récit toute intervention des Juifs.
Jésus est arrêté alors qu’il trouble l’ordre dans le temple. Il est condamné à mort par les Romains comme menace pour la sécurité de l’empire. Il est crucifié et son corps reste pendu à la croix. Il est ensuite jeté dans une fosse commune. Le corps n’est pas récupéré par ses disciples qui déclarent qu’il a disparu, qu’il est ressuscité. C’est moins glorieux, mais plus en phase avec l’Histoire.

Le folklore

Le folklore chrétien s’est emparé de la mort de Jésus pour en faire le « chemin de croix », le jeu de la Passion qui reconstitue en une dizaine de tableaux, les stations, le jugement et la mort de Jésus. Il a son origine dans la liturgie du Vendredi saint des chrétiens de Jérusalem. Les franciscains, présents en Terre sainte depuis 1220, suivent  le rite en usage dans l’Église orthodoxe locale et le transposent progressivement dans leurs églises en Italie. C’est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d’autres églises que celles des franciscains. Aujourd’hui, beaucoup d’églises contiennent un chemin de croix sous forme de tableaux sur leurs murs.

En 1991, lors de son chemin de croix, Jean-Paul II a supprimé 5 stations sans référence bibliques (les 3 chutes de Jésus, sa rencontre avec Marie, sa mère et avec Véronique) pour les remplacer par d’autres.

En 2018, le pape François a demandé à 15 jeunes traditionalistes de 16 à 27 ans, de réécrire le jeu de la passion en 14 stations. Première constatation, « avec l’enthousiasme typique de leur âge« , nous dit le journal catholique La Croix, ils ont réintroduit les 5 stations supprimées par Jean-Paul II. Seconde constatation, la première station pointe de nouveau les Juifs comme responsables de la mort de Jésus. François n’a donc rien appris. Voici ce que dit le journal La Croix sur cette première station. Remarquons que le mot « Juif » n’est jamais cité :

De l’Évangile selon Luc (Lc 23, 22-25) : Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Je te vois, Jésus, devant le gouverneur, qui par trois fois tente de s’opposer à la volonté du peuple et à la fin, choisit de ne pas choisir, devant la foule qui, interrogée par trois fois, décide toujours contre toi. 

Le salafisme (2. Les Frères musulmans)

Dans l’article précédent, j’ai situé le salafisme dans son contexte : un mouvement utopiste qui projette dans un passé fantasmé des idéologies contemporaines. La première de ces idéologies était le wahhabisme, la seconde, ce sont les Frères musulmans.

Les Frères musulmans.

Au XXe siècle un mouvement politico-religieux se développa à partir de l’Égypte : les Frères musulmans. Il a été fondé, en 1928, par un instituteur, Hassan al Banna, par ailleurs grand-père maternel du très controversé Tariq Ramadan. Il combat l’influence de l’Occident sur les mœurs et le libéralisme. Son objectif avoué était de répandre l’instruction religieuse et d’améliorer le niveau de vie des populations défavorisées, mais quand on regarde son programme en 50 points, on s’aperçoit qu’il veut renforcer le carcan religieux : il veut abolir les partis, préparer la jeunesse au djihad, fermer les lieux de loisirs, éradiquer la prostitution, interdire les jeux de hasard, combattre l’alcool, contrôler le cinéma, la chanson, orienter la presse, combattre les mœurs étrangères dans les foyers.

À partir de 1936, date à laquelle les Anglais imposent au jeune roi  Farouk un nouveau traité qui leur permet de conserver le pouvoir réel sur l’Égypte, le mouvement de Hassan al Banna devient plus politique et déborde des limites de l’Égypte pour défendre la cause des Arabes de Palestine où affluent des Juifs chassés d’Europe. La propagation de ses idées est favorisée par la distribution de journaux dont l’édition est contrôlée par des amis comme Rachid Ridha. La prise de pouvoir en 1953 de Nasser se fit avec l’aide des Frères musulmans qui par la suite deviennent gênants car Nasser voulait faire de l’Égypte un pays laïc et socialiste.

Le théoricien du djihad contemporain est  Sayyid Qutb (prononcé kotob) qui a fait l’apologie du djihad radical dans son livre « Les jalons sur le chemin de l’islam » écrit en Égypte en 1964. Sayyid Qutb est un des Frères Musulmans exécuté sous le gouvernement de Nasser en 1966. Il prône la guerre sainte contre tous les mécréants, et par mécréant, il entend toute personne qui ne se conforme pas à la charia, musulmans inclus. Pour lui, le bon musulman non seulement se soumet à la charia, mais adopte le mode de vie des wahhabites : djellaba courte ou longue pour les hommes et abaya pour les femmes.
Étrange personnage que ce Qutb.
Il commence sa carrière comme critique littéraire. Fin des années 40, il part en mission aux États-Unis pour y étudier le système éducatif. Le choc culturel qu’il ressent l’entraîne vers le radicalisme. Il rejettera la modernité et prônera le retour aux racines de l’islam, le salafisme.

Les Frères Musulmans se sont distanciés des propos de Sayyid Qutb et ont même soutenu le successeur de Nasser, Anwar el Sadate en échange de l’islamisation de la société égyptienne que Nasser voulait laïque. Le ralliement des Frères Musulmans au régime de Sadate a créé une scission dans le mouvement. Plusieurs groupes armés, les Gamaat Islamiya, ont emboîté le pas aux théories de Qutb. Sadate s‘en est débarrassé en les envoyant en « pèlerinage » en Afghanistan, avec l’assentiment des Américains et le financement de l’Arabie Saoudite… Cela n’a pas empêché Sadate d’être assassiné, en 1981, par les islamistes pour avoir signé une paix séparée avec Israël.

De nos jours, si les Saoudiens financent l’implantation de mosquées wahhabites à travers le monde, les Frères musulmans sont soutenus par le Qatar qui n’hésite pas à ouvrir les cordons de sa bourse pour contrecarrer les wahhabites. Depuis les printemps arabes de 2011, les Frères musulmans sont entrés en conflit avec les Saoudiens dont ils critiquaient le faste. La chaîne de télévision qatari al Jazeera s’est fait l’écho de la propagande des Frères musulmans, ce qui a envenimé les relations entre les deux voisins (voir mon article sur ce conflit).

Le fonds souverain du Qatar, le Qatar Investment Authority, celui-là même qui achète des complexes hôteliers et investit dans le luxe, finance l’implantation de mosquées et de centres culturels dirigés par les Frères musulmans. Il fait face au  Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite qui lui investit dans l’industrie américaine en même temps qu’il finance l’implantation du wahhabisme dans le monde.

Note : un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu par un Etat. Le fonds souverain le plus important est celui de la Norvège capitalisé à hauteur de 661 milliards de dollar. Ce fonds est constitué des bénéfices dans l’exploitation des hydrocarbures de la mer de Nord. Il est suivi par le fonds des Emirats Arabes Unis (627 milliards). L’Arabie saoudite est quatrième (533) et le Qatar treizième (115).

Le salafisme (1. Le wahhabisme)

La naissance du salafisme

Dès le XVIIIe siècle, des courants de pensée se sont développés pour réformer l’islam, pour le faire revenir à sa forme originelle. Ce retour aux traditions des ancêtres est connu sous le nom de salafisme : l’arabe safal, signifie « les (pieux) devanciers ». Le salafisme est donc une idéologie que ses adaptes définissent comme « un retour aux sources de la foi, épurées des scories et des déformations qui résultent des siècles de décadence ».

Mais on ne connaît rien des débuts de l’expansion de l’islam sinon qu’elle s’est déroulée dans un état de guerre, guerres civile et guerres de conquête. Les premiers califes (les salaf), Abu Bakr, Umar et Uthman, et dans une moindre mesure Ali, n’ont laissé aucune trace directe dans l’Histoire : pas un écrit, par un sceau, pas un document signé. Leurs faits et gestes ont été rapportés, idéalisés par des auteurs du VIIIe ou IXe siècle, soit plus de 100 ans après les événements.

Dans ces conditions, comment savoir quelle était la pratique de l’islam « aux sources de la foi » ?
Comme un des premiers documents de l’islam semble être le Coran, voyons comment se vivait l’islam d’après le Coran. Jetons un coup d’œil sur ce que dit le Coran des 5 piliers de l’islam?

La profession de foi (shahâdâ).
Aujourd’hui, pour devenir musulman, il suffit de réciter, avec conviction : « Dieu, il n’y a de dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. » Curieusement, cette phrase ne se retrouve nulle part dans le Coran. Nulle part, on ne nous dit que pour devenir croyant il faut prononcer cette formule. Il semble qu’au début de l’islam, ce sont les actes qui déterminaient un musulman, pas les mots. Ainsi, le verset 5 de la sourate 9 nous donne les conditions pour que les infidèles rejoignent la Oumma : « Si ensuite ils se rependent, accomplissent la Salat (prière) et acquittent la Zakat (aumône), alors laissez-leur la voie libre, car Allah est pardonneur et miséricordieux« .

La prière.
Aujourd’hui, le musulman est astreint à cinq prières par jour, à des moments bien précis. A l’appel à la prière, toute activité cesse, le musulman se purifie et prie suivant un cérémonial codifié.
Le Coran n’est pas très clair sur la prière, si le cérémonial de la purification est expliqué (Co. 5, 6), le nombre de prières n’est pas indiqué : « Souviens-toi de ton seigneur en ton âme avec humilité et respect et à mi-voix, le matin et le soir. Ne soit pas négligent » (Co. 7, 205).

Plus surprenant :
« Ton Seigneur sait bien que toi et une grande partie de tes compagnons restez en prière moins des deux tiers de la nuit ou la moitié ou le quart. Il sait que vous ne pourrez jamais passer toute la nuit à prier et il vous pardonne. » (Co. 73, 20)

Ou : « Accomplis la prière du déclin du jour jusqu’à l’obscurité de la nuit et récite le Coran à l’aube car la lecture de l’aube a des témoins ». (Co. 17, 78)

L’aumône.
Ce pilier de l’islam est le mieux défini dans le Coran : « Les aumônes sont destinées aux pauvres, aux indigents et à ceux qui s’occupent d’eux, à ceux dont le cœur a été gagné par l’islam, au rachat des esclaves, à ceux qui sont endettés au combat dans le chemin de Dieu et aux voyageurs. Tel est l’ordre de Dieu. Il est savant et sage. » (Co. 9, 60)
L’aumône constitue un fonds de secours envers les plus faibles. La communauté n’abandonne pas les nécessiteux. C’était également le cas pour les communautés juives et chrétiennes.

Le jeûne.
Le jeûne est une coutume pré-islamique : « Ô croyants, le jeûne vous est prescrit comme il était prescrit aux générations qui vous ont précédés. Craignez le Seigneur » (Co. 2, 186).

Le pèlerinage
Comme le jeûne, le pèlerinage est une pratique pré-islamique. La Mecque n’a probablement jamais été une ville caravanière (voir mon article : Pétra, La Mecque), mais c’était un lieu de pèlerinage qui attirait les nomades et les bédouins. Le Coran rappelle cette tradition et la fait remonter à Abraham.

En conclusion, le salafisme n’est pas un retour aux sources de l’islam, mais une projection dans un passé fantasmé des pratiques et de l’idéologie actuelle. Jamais les premiers musulmans n’ont envisagé un état islamique, isolé du monde, régi par la charia, qui ne commence à s’élaborer que vers 750.

Le wahhabisme

La première radicalisation de l’islam est l’œuvre d’un prêcheur solitaire, un bédouin nommé Muhammad ibn Abd al-Wahhab, qui au beau milieu du désert d’Arabie, vers 1740, proclamait qu’il n’y a de dieu que Dieu. On ne peut pas dire que les débuts de son mouvement furent un succès : il se heurta à l’hostilité des populations à tendance chiite. Par dérision on a appelé son mouvement le wahhabisme, la religion du seul Abd al-Wahhab… c’est son frère qui l’aurait ainsi surnommé.

Le wahhabisme est l’exemple type du fondamentalisme musulman. Quoi de plus fondamental en effet que sa profession de foi : il n’y a de dieu que Dieu, point. L’homme ne doit pas compter sur les saints ni même sur le prophète pour intercéder auprès d’Allah. Abd al-Wahhab s’attaque donc au culte des saints (les marabouts) et des ancêtres. Il rejette les confréries soufies. Il interdit le tabac, la musique, toute espèce de loisir ainsi que les chapelets qu’on égraine.

On le traite d’ignare, d’égaré et même d’hérétique.

Mais la situation change du tout au tout lorsqu’il rencontre un émir du Nadj, la région centrale de l’Arabie autour de Riyad, dont il aurait épousé la fille. Son ambitieux beau-père, Muhammad ibn Saoud, va transformer le prêcheur en une figure de proue d’un mouvement militaro-religieux et va prendre petit à petit le contrôle du centre de l’Arabie puis, au début du XXe siècle, de la péninsule entière pour créer ce qui est toujours aujourd’hui l’État saoudien fondé en 1932.

Avant la conquête complète de la péninsule, ils vont prendre, en plusieurs occasions, le contrôle de la Mecque et de Médine et même de Karbala, en Irak, ce qui va provoquer la réaction du sultan ottoman qui s’était désintéressé d’un mouvement se développant dans une région qui échappait à son contrôle. Il envoie la troupe, une armée égyptienne commandée par Mehmet Ali.  Lors de leur occupation de Médine, les wahhabites ont détruit plusieurs tombeaux de saints qui entouraient celui de Mahomet dont ceux de Khadija, d’Hassan et d’Hussein… qu’ils avaient déjà détruits à Karbala. Pour eux, il ne s’agit pas d’un sacrilège, mais d’un retour à la normale. Un hadith ne proclame-t-il pas « le prophète m’a ordonné de démolir les idoles et d’aplanir toute tombe » ? Ils ont profité de ces incursions pour également emporter l’or et les pierres précieuses déposées en offrande par les pèlerins. Aujourd’hui, cette violence est oubliée et on présente le wahhabisme comme un mouvement religieux nationaliste.

Le wahhabisme est la religion d’État de l’Arabie saoudite. Si l’Arabie est une monarchie absolue, le pouvoir est partagé entre la famille Saoud, qui compte 50 fils et 500 petits-fils et les oulémas wahhabites. L’Arabie se pose en défenseur de l’islam qu’elle juge traditionnel alors que nous le jugeons radical. Hamadi Redissi illustre bien ce propos en sous-titrant son ouvrage « Une histoire du wahhabisme » par « Comment l’islam sectaire est devenu l’islam ». Un pas vers la modernisation avait été fait par le roi Abdallah qui avait entrepris quelques réformes. Mais des attentats, qui ont fait près de 300 morts à la fin du XXe siècle, avaient persuadé les oulémas de renforcer le carcan : les cinémas ont été fermés, la publicité des produits occidentaux exposant des femmes a été proscrite. Dans la société, la femme est considérée comme mineure, elle ne peut rien faire sans un tuteur. Les femmes ont pu participer aux élections municipales en 2016… mais leurs représentantes ne peuvent pas siéger avec les hommes ! Elles doivent être cachées par… un hijab, un voile, une cloison comme les femmes de Mahomet. Et ce n’est pas les déclarations d’intention du prince Mohammed ben Salmane (MBS) qui changent quoique ce soit. Un journaliste a prédit que lorsque la femme de MBS apparaîtra en public, accompagnant son mari dans les voyages officiels, l’Arabie serait prête à rejeter ses tabous et à évoluer.

C’est au XIXe siècle que le mouvement salafiste prend de l’ampleur dans tous les pays musulmans bordant la Méditerranée. À cette époque la plupart des pays musulmans se trouvaient sous dépendance directe ou indirecte des puissances européennes. Cette occupation modifiait la vie sociale des populations autochtones par l’introduction de l’enseignement traditionnel non religieux et des missions chrétiennes, toute innovation qui était perçue comme un abaissement de l’islam, comme une humiliation.

Ces réformes voulaient redonner à l’islam sa force première face au matérialisme colonialiste. Elles exhortaient les musulmans à quitter leur comportement fataliste issu de la notion de prédétermination et les encourageaient à l’effort ce qui signifie pour eux, le djihad.

Le djihad

Le djihad est un devoir religieux pour les musulmans. Mais djihad ne signifie pas « guerre sainte« , mais « effort« , « abnégation » ou même « lutte« . On peut traduire l’idée par « faire un effort sur le chemin de Dieu« . Ce concept peut être interprété de deux manières : (1) faire un effort sur soi-même, lutter contre son ego, respecter les principes de l’islam ou (2) faire un effort pour propager l’islam, lutter contre les infidèles. La première interprétation est appelée, de nos jours, le grand djihad, elle concerne la morale, la seconde le petit djihad, concerne la guerre.

Le grand djihad

Cette notion reste vague : faut-il faire un effort afin de s’améliorer et améliorer la société ou pour devenir un meilleur musulman. C’est cette alternative qui semble prévaloir. Quand un prédicateur salafiste, tel l’Allemand Pierre Vogel, s’adresse à un enfant, il ne lui demande pas s’il obéit à ses parents, s’il est respectueux ou attentif à l’école. Non, il lui demande s’il prie bien cinq fois par jour, car « la prière, c’est important pour ne pas aller en enfer » (documentaire de Helmar Büchel (2015) : « Face aux salafistes » ). Pour ce prédicateur, l’islam se résume à « conforme-toi ce que dit la communauté sinon tu iras en enfer ».
Note : les deux prochains articles seront consacrés au salafisme.

Le grand djihad comporte quatre étapes :

  • lutter contre son ego en étudiant la religion
  • s’efforcer d’agir en conformité avec les religieux
  • enseigner l’islam aux personnes qui ne le connaissent pas (est-ce du prosélytisme ?)
  • se montrer patient face aux épreuves terrestres
Le petit djihad

L’islam divise le monde en deux parties : le Dar al-Islam (le monde de l’islam) et le Dar al-Harb (le monde de la guerre). Le monde de l’islam doit être régi par la charia. La relation avec le Dar al-Harb, peuplé d’infidèles, varie selon les prédicateurs et le temps.

  • e djihad oblige le(la) musulman(e) à prendre les armes dans une guerre défensive quand la communauté est menacée. Il commande de défendre la religion, l’Etat, les choses sacrées, la terre et l’honneur.
  • l’autre vision, la plus ancienne, est plus radicale : le djihad est une guerre permanent contre le Dar al-Harb en vue de propager la foi. Cette vision se base sur un verset 5 de la sourate 9 du Coran : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouvez. Capturez-les et guettez-les dans toutes les embuscades. Si ensuite ils se rependent, accomplissent la Salat (prière) et acquittent la Zakat (aumône), alors laissez-leur la voie libre, car Allah est pardonneur et miséricordieux« .
    Note : les 5 piliers de l’islam sont : la profession de foi, les 5 prières jounalières, l’aumône, le jeûne du ramadan et le pèlerinage à La Mecque.

Seul le petit djihad (ou djihad mineur) est défini par le fiqh, le droit islamique, comme un effort et un devoir collectif.

Ce qu’en dit le Coran

Le Coran a été rédigé durant une période de guerre : guerres de conquête et guerres civiles. Il reflète donc les préoccupations de l’époque, il met l’accent sur la lutte sur le chemin de Dieu. C’est bien l’expression reprise dans un document fondateur appelé « la charte de Yathrib« , rédigé au nom de Mahomet et qui définit les objectifs du mouvement et la composition des troupes (disciples et leurs alliés juifs). J’en parlerai plus tard.

Dieu promet une récompense à ceux qui luttent dans le chemin de Dieu : « Certes Allah a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du paradis. Ils combattent dans le chemin de Dieu : ils tuent et se font tuer… Réjouissez-vous de l’échange que vous avez fait. » (Co. 9, 111)

Le Coran contient plusieurs versets exhortant au djihad, en voici quelques exemples.

... Ne prenez pas d’alliés parmi eux [les mécréants] jusqu’à ce qu’ils émigrent sur le chemin de Dieu. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. (Co. 4, 89)

Ce n’est pas vous qui les avez tué, mais c’est Allah qui les a tué. (Co. 8,17)

Combattez-les [les mécréants] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association [christianisme], et que la religion soit entièrement à Allah. (Co. 8, 39)

Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux et guérira les poitrines du peuple croyant. (Co. 9,14)

Ô vous qui croyez, combattez ceux des mécréants qui sont près de vous. Qu’ils trouvent la dureté en vous. Sachez qu’Allah est avec les pieux. (Co. 9, 123)

Mais ces injonctions coraniques n’ont pas été corroborées par les faits : durant la conquête, peu de massacres ont été constatés, au contraire, les populations chrétiennes et juives ont été épargnées et les monastères étaient toujours en activité après la conquête.

Faut-il croire que le verset 69 de la sourate 5 ait plus d’importance que les autres ? « Les musulmans, les juifs, les sabéens, les chrétiens, tous ceux qui croient en Dieu et au jour dernier et qui sont vertueux, pas de crainte pour eux, ils ne seront point affligés ».

Djihad et terrorisme

On ne peut pas résumer le djihad au terrorisme. La notion de terrorisme est subjective. Suivant le point de vue observé, on parle de terrorisme ou de résistance. Durant l’occupation de la France par les Nazis (1940-1944), les actions des « résistants » français étaient considérés comme du terrorisme par les Allemands.

Lorsque troupes de Ben Laden, armées par les Etats-Unis, entraînées par la CIA et financées par l’Arabie Saoudite attaquaient les installations soviétiques en Afghanistan, l’Occident parlait d’actes courageux de résistance. (voir notre article : Que le djihad commence). Lorsque les mêmes se sont attaqués aux Américains et aux Occidentaux, dans le même pays, Ben Laden est devenu l’homme à abattre, le pire des terroristes. Alors où est la frontière ? Peut-on considérer que lorsque les musulmans défendent leurs droits, répliquent à une attaque c’est de la résistance (Afghanistan, Iraq, Palestine) et lorsque la violence s’exerce à l’extérieur, on parle de terrorisme ? C’est un peu réducteur. Reprenons notre comparaison avec l’invasion allemande : travailler dans une usine allemande pour saboter les outils de guerre devient alors un acte de terrorisme.

Les notions subjectives restent toujours une question d’interprétation, une question de point de vue.

Vendredi 13

Vendredi 13 est-il un jour faste ou néfaste ? Même si tout cela n’est que superstition, on ne trouve pas de trace d’un événement historique qui aurait pu faire de ce jour un jour de chance. Ce sont les loteries nationales qui ont inventé ce concept pour booster leurs ventes.
Pourquoi certaines personnes croient que le vendredi 13 porte malheur ? Cette phobie s’appelle « paraskevidékatriaphobie« .

La mort de Jésus

Dans l’Évangile selon Jean, Jésus serait mort le 13 du mois de nisan, deux jours avant la Pâque juive qui est toujours célébrée le 15 de ce mois, premier mois du printemps dans le calendrier lunaire judéen. Or d’après cet évangile, le 14 était un jour de shabbat. On verra l’importance de ce fait.

Jusque là, on ne parle donc pas de vendredi. Et pour cause, les jours n’ont pas de noms dans les calendriers juifs et romains de l’époque (voir mon article sur les calendriers). Il faudra attendre près de 300 ans pour que les Romains adoptent la semaine de 7 jours et placent ceux-ci sous la protection des « planètes » qu’ils connaissent (la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil). Comme le jour du shabbat pour les Juifs devient le samedi, le 13 nisan, jour de la crucifixion de Jésus était donc un vendredi.

Mais on ignore si ce lien a été fait et à quelle époque. Il semble donc que la phobie ne soit pas liée à cet événement d’autant plus que les autres évangiles placent la crucifixion le 14 nisan, juste avant la fête de la Pâque juive.

L’arrestation des templiers

Le vendredi 13 octobre 1307, tous les baillis de France ouvrent une lettre envoyée par le roi Philippe IV le Bel ordonnant l’arrestation des Templiers sur base de dénonciations faisant d’eux des hérétiques, des sodomites, des magiciens. Les historiens discutent toujours de la véracité de ces accusations qui semblent pour le moins invraisemblables. Mais alors, pourquoi ces arrestations d’autant plus que la veille, le roi de France et le Grand maître des Templiers, Jacques de Molay, assistaient côte à côte aux obsèques de la belle-sœur du roi. Le Grand maître n’ignorait pas qu’une enquête était en cours contre son ordre.

Les Templiers (et les Hospitaliers) sont des moines guerriers qui ont combattu en Palestine jusqu’à la prise de leur dernière place forte, Saint-Jean d’Acre, par les Mamelouks d’Egypte, en 1291. Suite à cette défaite, ils se sont repliés vers leurs bases européens. En France, leur chef-lieu est l’enclos du Temple, à Paris. Cette citadelle a aujourd’hui entièrement disparu, seuls les noms des rues rappellent son emplacement : rue du Temple et rue de Blancs Manteaux, dans le quartier du Marais (3e et 4e arrondissements)

Enclos du Temple

Les Templiers sont très riches surtout en domaines qui échappent aux taxes royales car le Temple est un véritable Etat dans l’Etat : les Templiers n’ont de compte à rendre qu’au pape. Philippe le Bel a probablement voulu faire d’une pierre deux coups : se débarrasser de ces guerriers indépendants et faire main basse sur leurs biens pour renflouer ses finances toujours mal en point. Il avait déjà spolié et expulsé les Juifs et les Lombards qui lui avaient prêté de l’argent. Il avait aussi procédé à des dévaluations.

Mais qui aurait eu l’idée d’associer l’arrestation des Templiers à un jour maudit ? Il semble que cette idée ne remonte qu’au XXe siècle.

13 un nombre particulier

Le nombre 13 suit le nombre 12 symbolisant l’accomplissement : il y a 12 constellations, 12 mois, 12 heures dans la journée et dans la nuit, les Grecs honoraient 12 dieux principaux. Douze est divisible par 2, 3, 4 et 6, alors que 13 est un nombre premier. Ce nombre est source de déséquilibre, d’anéantissement. Les chrétiens l’associent au dernier repas de Jésus auquel assistaient 13 personnes, dont Judas qui l’aurait trahi. Et dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), ce repas a lieu le jour précédent la crucifixion, soit le 13 du mois de nisan.
Mais ici, pas de trace du vendredi. Il se pourrait que l’association ait été faite après le concile de Nicée (voir mon article sur la nature de Jésus) où le jour de Pâques, célébrant la résurrection de Jésus, fut fixé au dimanche suivant la Pâque juive, soit le premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. Dès lors, le jour de la crucifixion tombait un vendredi. Vendredi et 13 étaient ainsi reliés… par deux événements différents, mais proches.

Comme on le voit, il faut beaucoup gratter pour trouver l’origine de cette superstition essentiellement liée à la culture chrétienne.

Mariages de plaisir

D’après le reportage de Nawal al Maghafi (BBC Arabic) dans les villes chiites d’Irak (Kerbala et Kadhimiya, faubourg de Bagdad).

L’Irak est un pays dévasté par 40 ans de guerres, contre l’Iran, contre les Etats-Unis des Bush et du lobbying des armes et contre DAESH. L’Irak est régi par deux lois distinctes : la loi étatique et la loi islamique, la charia. Le mariage et le divorce peuvent être prononcés par un officier de l’état civil ou par un religieux. Les religieux tiennent des échoppes dans les rues des villes. Un mariage ou un divorce est prononcé en quelques minutes, l’accord des partenaires suffit. Pas besoin de faire la file dans les bureaux de l’administration.

La journaliste Nawal al Maghafi et un religieux « marieur ».
Mariages de plaisir

Les religieux pratiquent une autre forme de mariage, celui dit « de plaisir » (du point de vue masculin). Un homme peut épouser une femme pour un mois, une semaine, un jour, une heure. C’est bien de la prostitution, mais de la prostitution halal (licite) car ce mariage n’enfreint aucune règle de la charia : les relations sexuelles ont lieu dans le cadre stricte du mariage et l’homme ne commet pas d’adultère puisqu’il peut avoir quatre épouses.

Mais, les religieux conseillent de ne pas signer de contrat écrit (de ne pas mettre son empreinte digitale sur un document comme lors d’un mariage officiel) et de consommer le mariage à l’hôtel. L’homme doit rester inconnu de la femme pour ne pas risquer de poursuite par la famille et ne pas devoir assumer la paternité d’un enfant éventuel.

La femme est rémunérée, le religieux également.

Là où ça dérape

Le religieux peut proposer d’autres services : il peut fournir la femme et la chambre d’hôtel. Il devient alors proxénète. Où va-t-il chercher « ses » femmes ? Les guerres ont laissé de nombreuses veuves, sans ressources. Elles se tournent vers les religieux qui assurent l’entraide, la protection sociale de la communauté. Il leur est donc facile de profiter du désarroi de ces femmes.

Ils vont encore plus loin : ils favorisent des mariages de plaisir avec des enfants. Dans le reportage, un religieux vante la fraîcheur des filles de douze ans. Celui qui apparaît sur la photo ci-dessus, considère comme légal le mariage de plaisir avec une enfant de 9 ans. D’où vient cette limite d’âge ? Dans la Sira (la biographie de Mahomet), on apprend que le prophète a épousé Aïcha, la fille de son ami et futur calife Abu Bakr, alors âgée de 8 ans et qu’il aurait consommé le mariage lorsqu’elle en avait 9. Le très controversé Tariq Ramadan, dans son ouvrage « Muhammad, vie du Prophète » (Presse du Châtelet), rectifie et assure que le mariage a eu lieu alors qu’Aïcha avait 16 ans. Mais dans un récit attribué à Aïcha, elle déclare que le prophète serait tombé amoureux d’elle alors qu’elle jouait sur une balançoire. Si la charia accepte que les filles se marient à 9 ans, la loi irakienne fixe l’âge minimum du mariage à 15 ans.

Les religieux mettent en garde les futurs « maris » sur la préservation de la virginité des enfants : tout est permet si « l’épouse » est consentante, sauf la déflorer, car elle subirait de graves conséquences : rester célibataire, donc continuer à se prostituer, se faire réparer l’hymen (opération courante dans les pays islamiques) ou finir assassinée par un membre de sa famille pour venger l’honneur de celle-ci.

Ce qu’en pense les autorités religieuses

La journaliste a contacté les services de la plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah al-Sistani. La pratique du mariage de plaisir n’est pas explicitement condamnée dans sa réponse officielle. L’ayatollah insiste sur le fait que les pratiques sexuelles ne doivent pas déprécier la dignité des femmes et que le tuteur doit toujours donner son accord pour tout mariage. Pour le reste, il s’en remet à la justice du pays.

Un cas particulier ?

Le mariage de plaisir n’est pas une exclusivité chiite, ni irakienne. Il est de notoriété publique que les Saoudiens, par exemple, pratiquent le tourisme sexuel en Egypte où ils épousent temporairement de très jeunes filles, souvent avec le consentement des parents. La particularité de l’Irak semble être le rôle d’entremetteur joué par les religieux.

La nature de Jésus

Aussi curieux que cela puisse paraître, il a fallu plus de trois cents ans pour que la nature de Jésus soient définie, les évangiles étant restés très vague à ce sujet, leurs auteurs faisant même dire à Jésus : « Qui croyez-vous que je suis ? » Dans Matthieu (16, 13-21) c’est le fils de Dieu ; pour Marc (8, 27-31) c’est le messie (le Christ) et pour Luc (9, 16-21) c’est le messie de Dieu (le Christ de Dieu).

Aux premiers temps du christianisme

Les premiers chrétiens avaient des idées différentes sur la nature de Jésus, mais tous croyaient qu’il était le « sauveur ». Suivant les communautés, il était l’annonceur du Jugement dernier, un prophète, un maître, le messie attendu par les juifs pour libérer le pays des envahisseurs étrangers, un homme adopté par Dieu ou le fils de Dieu, celui qui représente Dieu, qui le fait connaître.

Vers 140, Marcion a fait scandale en présentant Jésus comme un être céleste matérialisé sur terre sous l’apparence d’un homme de trente ans. Deux évangiles ont alors mis en scène la naissance de Jésus car le messie devait être un homme, né à Bethléem descendant du roi David. Mais la suite allait être encore plus surprenante.

Le concile de Nicée contre Arius (325)

En 312, l’empereur Constantin met fin à une nième guerre civile et s’empare du pourvoir dans la partie occidentale de l’Empire romain. L’année suivante son beau-frère Licinius fait de même en Orient. En avril 313, les deux empereurs, réunis à Milan, promulguent un édit de tolérance dans le but de rétablir la paix sociale dans l’empire (voir les 3 articles sur les martyrs). Cet édit nous est connu par deux auteurs chrétiens : Lactance et Eusèbe de Césarée qui nous ont livré deux versions différentes dans la forme mais identiques sur le fond :

« Etant heureusement réuni à Milan, moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, ayant en vue tout ce qui intéresse l’unité et la sécurité publiques, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celle qui concerne le respect dû à la divinité et ainsi donner [aux chrétiens, comme] à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité »

Les chrétiens, qui représentaient 5 à 10% de la population de l’Empire, sont donc libres d’exercer leur culte mais aussi de débattre sur la place publique de leurs différences. Ce qui va à l’encontre du but recherché par Constantin : la paix sociale. Il décide donc, après avoir éliminé Licinius et s’être proclamé seul empereur, de régler les différents entre les diverses sectes chrétiennes. Il convoque les évêques à Nicée en 325 (en Bithynie, dans le nord-ouest de la Turquie actuelle). C’est le premier concile œcuménique, c’est-à-dire ouvert à tous les évêques. Constantin, qui n’est pas baptisé, donc pas chrétien, préside le concile qui rassemble de 280 à 325 évêques suivant les sources. Ce grand nombre est une preuve supplémentaire que le christianisme se développait au grand jour dans l’Empire romain. Constantin reste grand pontife, c’est-à-dire qu’il préside toutes les cérémonies religieuses (païennes) de Rome. Pendant deux mois, les évêques conviés vont essayer, en vain, de concilier leurs points de vue. Pour les uns, il y a trois personnes en Dieu, dont Jésus, pour les autres, Dieu est unique, il a créé Jésus, qui lui est donc subordonné, c’est la thèse d’un certain Arius. Après bien des discussions, quatorze évêques restent fidèles à la conception d’Arius. Ils sont exclus, excommuniés, privés de leur évêché et exilés. Le concile accouche d’un credo pour tous les chrétiens (respirez profondément, lecture aride) :

« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c’est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non créé, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné et s’est fait homme ; a souffert et est mort crucifié sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Et nous croyons au Saint-Esprit. »

« Pour ceux qui disent : « Il fut un temps où Jésus-Christ n’était pas » et « Avant de naître, il n’était pas », et « Il a été créé à partir du néant », ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d’une autre substance ou d’une autre essence, ou qu’il est créé ou soumis au changement ou à l’altération, l’Église catholique et apostolique les anathématise. »

Voilà qui est très clair (?). Enfin pas tout à fait ! Qu’est-ce qu’engendré et non créé ? Essayons de comprendre par une métaphore. Si Dieu le père était une goutte d’eau, Jésus-Christ (le fils) se serait formé à partir de celle-ci.

Ce tableau de représente pas du tout le dogme de la Trinité. Dieu est UN.

On peut penser que même Constantin n’avait rien compris à ce texte puisqu’il a rappelé Arius et, sur son lit de mort, en 337, il s’est fait baptiser par Eusèbe de Nicomédie, un évêque arien. Pendant 50 ans la querelle perdurera, les empereurs qui se succèdent seront en majorité ariens.

Le concile de Constantinople (381)

Il faudra attendre l’empereur Théodose et le concile de Constantinople en 381 pour que le credo de Nicée soit confirmé et l’arianisme de nouveau condamné. Il faut dire que pour participer à ce concile, il fallait réciter le credo… tous les opposants ont ainsi été écartés. C’est lors de ce concile que le concept de trinité a été érigé en dogme : le Saint-Esprit devenant la troisième personne en Dieu, de même substance, sur le même pied que Dieu le père et Dieu le fils. Cette idée avait déjà été formulée par Tertullien au début du IIIe siècle.

Entre temps, un évêque arien, Wulfila, est allé convertir les Barbares vivant au nord du Danube. Et lorsqu’au début du Ve siècle, les tribus de Germains passent le Rhin et s’installent en Gaule, puis en Espagne et en Italie, l’arianisme devient la religion principale dans la partie occidentale de l’Empire. Les Wisigoths, les Ostrogoths et les Vandales créent des évêchés ariens qui remplacent ou cohabitent avec les évêchés catholiques romains. Mais c’est une autre histoire.

Le concile d’Ephèse (431)

L’Eglise doit régler un autre problème. Nestorius, le patriarche de Constantinople, le second personnage de la chrétieneté, s’oppose à l’appellation de « mère de Dieu » donnée à Marie (theotokos : qui a engendré Dieu). En toute logique, Dieu ne peut pas avoir une mère… née avant lui, il préfère donc l’appeler « mère du Christ« . Scandale. Il dissocie Dieu et le Christ, Jésus-Christ serait deux personnes distinctes. Sous l’impulsion de Cyrille, le patriarche d’Alexandrie, un concile est convoqué par l’empereur Théodose II à Éphèse en 431. Ce patriarche est ce qu’on peut appeler un être malfaisant. Grand persécuteur des hérétiques, des juifs et des philosophes, il n’a pas hésité à faire mettre à mort, par ses hommes de mains, la mathématicienne et astronome Hypatie en 415. On lui attribue également l’incendie de la prestigieuse bibliothèque d’Alexandrie. On ne prête qu’aux riches ! Mais rien ne corrobore cette version. La disparition de cette bibliothèque reste une énigme. Mais je parierais bien 5 euro sur Cyrille.

Ce concile tourne au vaudeville. En fonction de l’arrivée des évêques, échelonnée dans le temps en raison des distances à parcourir, Nestorius est condamné ou blanchi. Un temps enfermés ensemble par l’empereur afin d’arriver à un consensus, Nestorius et Cyrille, n’arrivent pas à s’entendre. Le concile reprend sans les partisans de Nestorius qui est démis de ses fonctions et exilé. Il mourra en Egypte. Le concile accouche d’une déclaration :

« Jésus-Christ, né du Père selon la divinité, le même est né de la Vierge Marie selon l’humanité. Homme et Dieu, Jésus est un depuis sa conception (principe d’unité) et ne peut être divisé. »

Les partisans de Nestorius quittent l’Empire romain et se dirigent vers l’est, où ils convertiront non seulement des Perses mais également des Mongols. Des prêtes nestoriens faisaient partie de la cour de Gengis Khan.

Le concile de Chalcédoine (451)

On n’en a pas fini avec la nature de Jésus.
Jésus est donc « Dieu le fils », la deuxième personne en Dieu. Attention, on ne peut pas dire Jésus = Dieu sous peine d’excommunication. Mais il est également « homme ». Et durant son ministère sur terre, il n’a pas l’air d’être conscient de sa nature divine si on s’en réfère aux évangiles. Il ignore quand se produira la fin du monde, Dieu seul le sait, aurait-il dit. Lors de la crucifixion, il se plaint d’avoir été abandonné par Dieu. Puis, il monte aux cieux, à la droite du Père. Drôle d’endroit s’ils ne font qu’UN. De plus quand Jésus (re)devient-il dieu ? A sa naissance, lors de son baptême par Jean ou à sa mort. Et voici la chrétieneté de nouveau divisée.

Un nouveau concile est convoqué par l’empereur Marcien et sa femme Pulchérie, dans la ville de Chalcédoine, aujourd’hui englobée dans la partie asiatique d’Istanbul. Plus de 300 évêques répondent à l’invitation mais seuls quatre d’entre eux viennent de la partie occidentale de l’Empire (Italie, Gaule, Espagne, et Afrique du nord). Ils ont accompagné le pape Léon Ier. La question débattue est de savoir si la nature divine a absorbé la nature humaine de Jésus et quand.

C’est le point de vue de Léon qui sera adopté… en échange de la reconnaissance de l’égalité des droits des sièges épiscopaux de Rome et de Constantinople, résidence de l’empereur. Les dispositions prises aux conciles de Nicée et de Constantinople sont confirmées. La précision sur la nature de Jésus stipule :

« Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union (dieu-homme NDLR), la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne« … « tout le reste n’est que fable » (???). Donc, Jésus est UN, dieu et homme, avec deux natures distinctes (sans confusion), deux volontés.

« Nous enseignons unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme composé d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l’humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’humanité.« 

Représentation de la Trinité. Une branche devrait sortir du fils pour aller vers l’Homme.
Conclusion

Qu’on y croit ou pas, les traditions juive et musulmane rapportent que les prophètes (Noé, Moïse, Mahomet) ont reçu un enseignement de Dieu et ont fondé une religion sur ces bases. Il en va tout autrement pour le christianisme. Jésus (selon les évangiles) n’a pas voulu créer une nouvelle religion, il était juif et s’adressait à ses coreligionnaires. Il ne venait pas abroger la loi, mais l’accomplir (Mt. 5, 17-18).

Dans le christianisme, le dogme a été conçu et imposé par des hommes ordinaires au cours de conciles comme on vient de le voir. Ces hommes (les évêques), à force de discussions, de compromis, de compromissions, d’exclusions, d’arrangements ont élaboré le dogme qui est toujours celui des religions catholique, orthodoxe, évangéliste et protestante. Certains diront que lors des conciles, les évêques reçoivent l’inspiration divine, comme lors de l’élection d’un pape. Personnellement, il me semble que les ambitions personnelles prennent souvent le pas sur l’inspiration divine, mais admettons. Dans ce cas, le dogme serait venu après la religion, au contraire du judaïsme et de l’islam ou la religion a été précédée des révélations (mythiques ou réelles).

Les conclusions des conciles sont des exercices de style, des développements philosophiques qui échappent au commun des mortels fussent-ils chrétiens. A la fin du Ve siècle, l’empereur d’Orient, Zénon cherche un compromis avec les Ostrogoths ariens qui occupent Rome : « Honorons Dieu et passons sous silence la nature de Jésus, ainsi l’unité pourra être rétablie entre les chrétiens« . Voilà qui est sage, mais l’évêque de Rome refuse : un dernier bastion catholique résiste toujours dans la partie occidentale de l’empire.

Les conciles n’ont pas tout réglé, la nature de Jésus fait toujours débat et permet des questionnements jugés scabreux dont voici quelques exemples… à méditer.
Jésus, doté de deux natures, de deux volontés souffrait-il de troubles bipolaires ?
Jésus est-t-il resté humain après son séjour sur terre ? La réponse est OUI, il était humain avant, pendant et après son ministère car le concile de Nicée spécifie bien que Jésus n’est pas soumis au changement ni à l’altération. Donc, il était humain avant sa naissance en tant qu’homme !
Si Jésus est doté d’une âme (concile de Chacédoine), donc Dieu est doté d’une âme. A quoi lui sert-elle ?
Si Jésus a deux volontés, les autres personnes en Dieu (le Père et le Saint Esprit) sont également pourvus d’une volonté. Donc Dieu a quatre volontés. Comment s’accordent-elles ? Est-ce la raison de la complexité du comportement de Dieu dans la Bible hébraïque : tantôt aimant et prévenant pour son peuple, tantôt jaloux, tantôt cruel, tantôt absent.
Une dernière question, si Dieu le Père a engendré le Fils, qui a créé/engendré le Père ? C’est une question récurrente.

Les religions sont « inventées » par des hommes qui interprètent des textes obscurs. Les voies du seigneur sont impénétrables et les hommes ne sont pas suffisamment intelligents pour appréhender le concept de Dieu. Il suffit de contempler l’immensité du cosmos pour se sentir bien ignorant. Notre univers a-t-il été créé ou engendré ? Un concile devrait se pencher sur cette question (très sérieuse).

Ceci n’est pas l’œil de Dieu, mais la nébuleuse de l’Hélice, un amas de gaz et de poussières d’étoile.

Le Coran des chiites

Source : « Le Coran des historiens » sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi (Paris-Londres) et Guillaume Dye (Bruxelles). Première partie du chapitre « Le shi’isme et le Coran » par Mohammad Ali Amir-Moezzi.

Mohammad Ali Amir-Moezzi qualifie le Coran de décousu, déstructuré et fragmentaire. Effectivement, le Coran reste déconcertant : on sait rarement qui parle à qui on parle et de qui ou de quoi on parle : des pronoms ont été préférés aux noms. Ce qui donne des phrases comme : « je sais qu’il…, mais vous ne savez pas… » Bien entendu, les croyants savent que c’est Dieu qui parle à Mahomet.

Les chiites ont une explication à ces incohérences : le texte reçu par Mahomet a été falsifié à sa mort pour s’emparer du pouvoir qui aurait dû revenir à son cousin et gendre Ali. (voir notre article sur le chiisme). Voici le scénario défendu par les partisans d’Ali, les chiites.

Dieu avait prévu la mort de Mahomet et avait désigné sa famille (son gendre Ali et sa fille Fatima ainsi que leurs fils Hassan et Hussein (Husayn)) pour poursuivre son oeuvre. Mais à la mort de Mahomet, différentes factions vont se déchirer pour obtenir le pouvoir temporel et spirituel. A ce jeu, se sont les beaux-pères du prophète qui vont tirer les marrons du feu : Abu Bakr, père de Aïcha et Umar, père de Hafsa. Ils vont s’empresser de supprimer du texte des « révélations » tout ce qui concerne la famille directe de Mahomet. Ces « feuillets » sont remis à Hafsa. Elle les transmettra au troisième calife Uthman qui publiera le Coran et détruira tous les documents antérieurs, pour effacer toute trace de la falsification.
Mais Ali a gardé une copie du Coran original, trois fois plus volumineux, qu’il a transmise à ses descendants, les imams (du chiisme) jusqu’au douzième et dernier, qui n’est pas mort, mais a été « occulté » en même temps que le Coran original qu’il détenait. Ils réapparaîtront à la fin des temps.

Ce récit a une faiblesse. Pourquoi Ali, qui a succédé à Uthman, comme quatrième calife, n’a-t-il pas détruit le Coran de Uthman pour le remplacer par le sien ? Et pourquoi les imams qui lui ont succédé à la tête du mouvement chiite n’ont-ils pas fait de même alors qu’au Xe siècle, ils dominaient le monde musulman : les Fatimides en Afrique et les Bouyides au sein-même du califat de Bagdad au Proche et Moyen Orient ?

Notons que dès le Xe siècle, après la « disparition » du dernier imam, Mahomet al-Mahdi (vers 870), les chiites ont adopté le même Coran que les sunnites !

Qu’y avait-il dans ce Coran ?

D’après les sources chiites du début de l’islam, le Coran citait nommément les partisans et les ennemis de Mahomet, comme c’est le cas dans la Bible et le Nouveau Testament qui regorgent de personnages. Il est effectivement bizarre que seuls deux personnages secondaires contemporains du prophète soient nommés dans le Coran : son fils adoptif Zayd dont le prophète convoitait l’épouse et son oncle Abu Lahab… et leur existence réelle fait débat. Dans le Coran original, la question de la succession de Mahomet était clairement indiquée. Comment Dieu aurait-il pu ignorer cette question ? De plus, Ali était présenté comme le Messie, Mahomet n’étant que l’annonciateur. Dans un article suivant, je discuterai de l’aspect eschatologique du Coran (qui concerne la fin du monde).

Face à cette situation, les compagnons de Mahomet, qui avaient « usurpé » le pouvoir avaient tout intérêt à censurer le texte original… d’autant plus que la fin du monde n’a pas eu lieu (on est dans la même situation que le christianisme… qui attend toujours).

Voici quelques exemples cités par Mohammad Ali Amir-Moezzi. En italique le verset du « saint Coran » de Médine.

Co. 2:59 : Mais, à ces paroles, les pervers en substituèrent d’autres, et pour les punir de leur fourberie, nous leur envoyâmes du ciel un châtiment avilissant.
Alors ceux qui étaient injustes à l’égard des droits des descendants de Mahomet substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite. Ainsi, nous avons fait tomber une colère sur ceux qui étaient injustes à l’égard des droits des descendants de Mahomet en réponse à leur perversité.

Co. 2:87 : … Est-ce que chaque fois qu’un messager vous apportait des vérités contraires à vos souhaits vous vous enfliez d’orgueil ? vous traitiez les uns d’imposteurs et les vous tuiez les autres. (autres = Jésus)
Chaque fois que Mahomet est venu à vous en vous apportant ce que vous ne vouliez pas concernant le saint pouvoir d’Ali, vous vous êtes enorgueillis et, au sein de la famille de Mahomet, vous avez traité certains de menteurs et vous en avez tué d’autres. (autres = Hussein, le fils d’Ali tué à Kerbala)

Co. 2:90 : Comme est vil ce contre quoi ils ont troqué leurs âmes. Ils ne croient pas en ce qu’Allah a fait descendre…
Combien est mauvais ce contre quoi ils ont vendu leurs âmes en ne croyant pas à ce que Dieu a révélé au sujet d’Ali en se révoltant.

Mohammad Ali Amir-Moezzi cite une vingtaine de versets, mais il y en aurait près de 300 dans un ouvrage du IXe siècle intitulé « La révélation et la falsification« .

Réflexions personnelles

Que peut-on conclure de ces exemples ? Tout d’abord que le Coran prévoit l’avenir. Il décrit les réactions des disciples après la mort de Mahomet, qui ignorent et rejettent Ali, ce qui n’a pu être constaté qu’a posteriori. Ensuite que le texte est devenu bien plus clair. Les versets ont maintenant un sens… mais peut-être pas celui que l’auteur original a voulu leur donner. Il « suffit » (?) de lire les trois mille pages de commentaire des versets du Coran dans les volumes 2 et 3 du « Coran des historiens » pour se rendre compte que le ou les auteurs du Coran étaient de bons versificateurs (le Coran est écrit en vers), mais de piètres narrateurs, peu capables d’exprimer clairement leurs idées. Il faut dire que la langue arabe de l’époque n’était pas un bon vecteur de diffusion d’idées abstraites. Elle avait trop peu de signes (lettres) pour représenter par écrit les sons (alphabet) et les mots manquaient pour exprimer des notions philosophiques, ce qui obligeait à recourir aux termes hébreux, syriaques (araméens), farsis (perses) ou même éthiopiens. Ces termes sont entrés dans la langue arabe, mais on n’en connaît plus la signification première. Le Coran restera à jamais un ensemble de textes décousu et peu compréhensible. Ah s’il avait été écrit en grec, la langue des philosophes !