Le salafisme (2. Les Frères musulmans)

Dans l’article précédent, j’ai situé le salafisme dans son contexte : un mouvement utopiste qui projette dans un passé fantasmé des idéologies contemporaines. La première de ces idéologies était le wahhabisme, la seconde, ce sont les Frères musulmans.

Les Frères musulmans.

Au XXe siècle un mouvement politico-religieux se développa à partir de l’Égypte : les Frères musulmans. Il a été fondé, en 1928, par un instituteur, Hassan al Banna, par ailleurs grand-père maternel du très controversé Tariq Ramadan. Il combat l’influence de l’Occident sur les mœurs et le libéralisme. Son objectif avoué était de répandre l’instruction religieuse et d’améliorer le niveau de vie des populations défavorisées, mais quand on regarde son programme en 50 points, on s’aperçoit qu’il veut renforcer le carcan religieux : il veut abolir les partis, préparer la jeunesse au djihad, fermer les lieux de loisirs, éradiquer la prostitution, interdire les jeux de hasard, combattre l’alcool, contrôler le cinéma, la chanson, orienter la presse, combattre les mœurs étrangères dans les foyers.

À partir de 1936, date à laquelle les Anglais imposent au jeune roi  Farouk un nouveau traité qui leur permet de conserver le pouvoir réel sur l’Égypte, le mouvement de Hassan al Banna devient plus politique et déborde des limites de l’Égypte pour défendre la cause des Arabes de Palestine où affluent des Juifs chassés d’Europe. La propagation de ses idées est favorisée par la distribution de journaux dont l’édition est contrôlée par des amis comme Rachid Ridha. La prise de pouvoir en 1953 de Nasser se fit avec l’aide des Frères musulmans qui par la suite deviennent gênants car Nasser voulait faire de l’Égypte un pays laïc et socialiste.

Le théoricien du djihad contemporain est  Sayyid Qutb (prononcé kotob) qui a fait l’apologie du djihad radical dans son livre « Les jalons sur le chemin de l’islam » écrit en Égypte en 1964. Sayyid Qutb est un des Frères Musulmans exécuté sous le gouvernement de Nasser en 1966. Il prône la guerre sainte contre tous les mécréants, et par mécréant, il entend toute personne qui ne se conforme pas à la charia, musulmans inclus. Pour lui, le bon musulman non seulement se soumet à la charia, mais adopte le mode de vie des wahhabites : djellaba courte ou longue pour les hommes et abaya pour les femmes.
Étrange personnage que ce Qutb.
Il commence sa carrière comme critique littéraire. Fin des années 40, il part en mission aux États-Unis pour y étudier le système éducatif. Le choc culturel qu’il ressent l’entraîne vers le radicalisme. Il rejettera la modernité et prônera le retour aux racines de l’islam, le salafisme.

Les Frères Musulmans se sont distanciés des propos de Sayyid Qutb et ont même soutenu le successeur de Nasser, Anwar el Sadate en échange de l’islamisation de la société égyptienne que Nasser voulait laïque. Le ralliement des Frères Musulmans au régime de Sadate a créé une scission dans le mouvement. Plusieurs groupes armés, les Gamaat Islamiya, ont emboîté le pas aux théories de Qutb. Sadate s‘en est débarrassé en les envoyant en « pèlerinage » en Afghanistan, avec l’assentiment des Américains et le financement de l’Arabie Saoudite… Cela n’a pas empêché Sadate d’être assassiné, en 1981, par les islamistes pour avoir signé une paix séparée avec Israël.

De nos jours, si les Saoudiens financent l’implantation de mosquées wahhabites à travers le monde, les Frères musulmans sont soutenus par le Qatar qui n’hésite pas à ouvrir les cordons de sa bourse pour contrecarrer les wahhabites. Depuis les printemps arabes de 2011, les Frères musulmans sont entrés en conflit avec les Saoudiens dont ils critiquaient le faste. La chaîne de télévision qatari al Jazeera s’est fait l’écho de la propagande des Frères musulmans, ce qui a envenimé les relations entre les deux voisins (voir mon article sur ce conflit).

Le fonds souverain du Qatar, le Qatar Investment Authority, celui-là même qui achète des complexes hôteliers et investit dans le luxe, finance l’implantation de mosquées et de centres culturels dirigés par les Frères musulmans. Il fait face au  Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite qui lui investit dans l’industrie américaine en même temps qu’il finance l’implantation du wahhabisme dans le monde.

Note : un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu par un Etat. Le fonds souverain le plus important est celui de la Norvège capitalisé à hauteur de 661 milliards de dollar. Ce fonds est constitué des bénéfices dans l’exploitation des hydrocarbures de la mer de Nord. Il est suivi par le fonds des Emirats Arabes Unis (627 milliards). L’Arabie saoudite est quatrième (533) et le Qatar treizième (115).

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