L’esclavage et le judaïsme

Cet article est le premier d’une série de trois consacrés à l’esclavage à travers les religions. Que dit la Bible à ce sujet et comment les Hébreux l’ont-ils mis en pratique ?

Définitions

L’esclavage est le statut de celui qui n’est ni homme libre, ni étranger bénéficiant de l’hospitalité (le métèque chez les Grecs, le pérégrin chez les Romains).
On distingue les sociétés esclavagistes et celles qui ont pratiqué l’esclavage. Une société esclavagiste base toute son économie sur les esclaves. Rome et les colonies européennes en Amérique (États-Unis, Brésil, Antilles, etc.) sont des sociétés esclavagistes. A Rome, les esclaves pouvaient occuper de hautes fonctions, ce qui n’était pas le cas dans les colonies où le racisme se mêlait à l’esclavagisme.
Dans les autres sociétés, depuis l’Antiquité, les prisonniers de guerre et les pauvres obligés de se vendre pour subsister étaient asservis et différentes tâches leur était confiées.

L’hébreu, comme l’arabe, ne possède pas de mot spécifique pour esclave. Serviteur et esclave sont des synonymes.

De Noé à Moïse

Dès la naissance de Noé, Dieu « vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre ». Il résolut de détruire l’humanité, sa création… mais il attendit 600 ans. Ceux qu’il choisit de sauver, Noé et sa famille (Sem, Japhet et Cham), étaient loin d’être les hommes sages. Voici ce que conte la Bible : le déluge ayant pris fin, Noé, s’est enivré. A son réveil…

Noé, réveillé de son ivresse, sut ce que son plus jeune fils lui avait fait. Il dit : maudit soit Canaan, il sera l’esclave de ses frères.

Étrange histoire ! Tout d’abord, Noé maudit Canaan, qui n’est pas un de ses fils. Son fils c’est Cham, père de Canaan. Ensuite, la tradition dit que Cham a vu la nudité de son père, c’est la raison du courroux de Noé. Mais comment Noé, endormi, peut-il savoir que Cham l’a vu nu ? En fait, Noé aurait été violé par son fils. C’est du moins le commentaire, très logique, qu’en donne le Talmud.

Le récit de cet événement n’est qu’un prétexte pour affirmer que les Hébreux ont le droit de s’attaquer aux habitants de Canaan… aux autres habitants de Canaan puisque les Hébreux aussi sont des Cananéens (voir l’article : d’où viennent les Hébreux).

Remarquons que de lors de la répartition des terres entre les fils de Noé, Cham a hérité de l’Afrique, terre d’esclavage ; Sem de l’Asie et Japhet de l’Europe.
Les Hébreux n’étaient pas racistes : le Talmud précise même que Dieu a collecté de l’argile de toutes les parties du monde pour créer un Homme universel.
Le rapprochement entre Cham et l’Afrique n’a été fait qu’au XVIe siècle par les Européens pour justifier le transfert d’esclaves africains vers leurs colonies américaines… les autochtones ayant été décimés.

Je passe sur l’esclavage des Hébreux en Égypte qui pour moi relève plus du mythe que de l’Histoire. Je m’en suis expliqué dans l’article : Moïse au-delà du mythe.

La condition d’esclave dans la Bible

La Bible fait une distinction entre les débiteurs juifs qui ne sachant plus payer leurs dettes se vendent comme esclave à leurs créanciers et les captifs venant d’autres nations.

Les premiers ne peuvent pas être traités comme des esclaves, mais comme des serviteurs (Lév. 25, 39-43). Ils doivent repartir libres, avec leurs enfants, après 6 années de services. Ce commandement est également repris en Exode 20, 2 :

Lorsque tu acquerras un esclave hébreu, son service durera 6 ans, la septième année, il s’en ira libre, sans rien payer.

Les autres sont propriété à vie, ils sont cédés en héritage (Lév. 25, 44-46).

Tous les esclaves bénéficient de certains droits.
Ils doivent se reposer le jour du shabbat (Deut. 5, 12-13).
Et s’ils s’échappent, ils sont libres (Deut. 23, 16) :

Tu ne laisseras pas enfermer par son maître un esclave qui se sera enfui de chez son maître auprès de toi. Il demeurera avec toi, parmi les tiens, au lieu qu’il aura choisi dans l’une de tes villes où il se trouvera bien ; tu ne le molesteras pas.

Faut-il comprendre que tous les esclaves en fuite deviennent libres ou uniquement ceux qui s’échappent d’un maître non juif, le TU de la phrase s’adressant non pas à une personne en particulier, mais au peuple hébreu en général ?

Cette loi peut être mise en parallèle avec une prescription pour les auteurs d’un meurtre en Exode 21, 12-14 ;

Quiconque frappe quelqu’un et cause sa mort sera mis à mort. S’il ne l’a pas traqué mais que Dieu l’a mis à portée de sa main, je te fixerai un lieu où il pourra se réfugier.

Dans le livre de Josué, 6 villes refuges sont citées dont Sichem et Hébron. Il y a trois villes à l’ouest du Jourdain et trois à l’est. Deux sont au nord, deux au centre et deux au sud. Aucune des villes n’est distante de plus de 50 km. Cette loi permet d’échapper au cycle infernal de la vengeance. Mais en cas d’homicide volontaire, le coupable n’est pas protégé, mais extradé.

Controverse sur les esséniens

Flavius Josèphe dans le livre XVIII des Antiquités juives, affirme que les esséniens n’ont pas d’esclaves :

Ils ne se marient pas et ne cherchent pas à acquérir des esclaves parce qu’ils regardent l’un comme amenant l’injustice, l’autre comme suscitant la discorde ; ils vivent entre eux en s’aidant les uns les autres.

Philon d’Alexandrie nous dit la même chose. Or les manuscrits de la Mer Morte, qu’on attribue généralement aux esséniens, contiennent les règles sur le traitement des esclaves. J’ai déjà évoqué ce problème dans l’article sur les manuscrits de la Mer Morte. Dans ces textes, la secte de Qumran ne se nomme pas « les esséniens« , mais le « Yahad« , la « communauté » en hébreu.
D’après les témoignages, les esséniens apparaissent comme des êtres doux, empathiques, bienfaisants, alors que les membres du Yahad sont xénophobes et bellicistes. Dans l’Écrit de Damas c’est justement un texte sur le rejet des étrangers qui nous parle des esclaves : (12, 10-11)

Que nul ne vende d’animal ou d’oiseau purs aux Gentils…on ne leur vendra quoi que ce soit ; son esclave ou sa servante on ne leur vendra pas…

La même remarque se retrouve dans un autre document sectaire appelé ‘les ordonnances » (deux exemplaires ont été retrouvés : 4Q159 et 4Q513) :

Je les ai tirés du pays d’Égypte et je leur ai commandé de ne vendre aucun Israélite comme esclave à des étrangers.

Les Juifs et les esclaves

Les Juifs avaient des esclaves, non pas capturés lors des guerres… qu’ils ne faisaient plus, mais qu’ils achetaient. Ils avaient adopté les coutumes des empires qui avaient pris le contrôle de leur pays. Eux-mêmes se retrouvaient esclaves comme lors de la guerre de succession qui vit l’intervention de Pompée en 63 avant notre ère ou lors de la révolte de 70. Ces asservissements, suivis d’affranchissements, vont permettre aux Juifs de se répandre dans tout l’Empire romain.

Au Moyen Âge, en Europe, les Juifs ne pouvaient pas posséder d’esclaves chrétiens et dans les territoires de l’Islam, ils ne pouvaient pas posséder d’esclaves musulmans. Ces interdictions laissent entendre qu’à cette époque aussi, les Juifs avaient des esclaves.

Des Juifs ont participé à de la traite des Africains vers les colonies d’Amérique au départ de l’Afrique ou de l’Europe, par exemple de la ville de Nantes, ce qu’on a appelé le commerce triangulaire. D’Afrique partaient les esclaves, des Amériques revenaient des marchandises vers l’Europe, où étaient embarqués les produits d’échange pour l’achat des esclaves. A partir du XVIIe siècle, tout le monde vendait tout le monde.

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