L’esclavage et l’islam

L’esclavage est légitimé par le Coran, c’est une décision de Dieu. Ce qui explique que les pays musulmans ont été les derniers à l’abolir. En Arabie Saoudite, les marchés aux esclaves ont fonctionné jusqu’en 1962. Pourtant, l’Islam n’était pas une société esclavagiste.

Préambule

Au début des années 1960, aux États-Unis, Elijah Mahomet dirigeant du mouvement Nation of islam, persuadait les Afro-américains d’abandonner leur nom de baptême, leur nom d’esclave comme il disait, pour prendre un nom arabe et embrasser l’islam. Ironie de l’histoire, les nouveaux convertis, cinq fois par jour, lors de la prière, se prosternaient vers les marchés aux esclaves de La Mecque. Parmi eux, le jeune champion olympique de boxe, Cassius Clay qui devint Mahomet Ali.

Au XXe siècle les côtes est de l’Afrique sont aux mains des colonisateurs européens, la Grande Bretagne et l’Italie. Ces nations empêchent la traite des esclaves. Pour contourner le blocus, des Africains sont acheminés vers La Mecque sous couvert du pèlerinage. Hergé a choisi ce sujet pour l’album de Tintin : Coke en stock.

Ce qu’en dit le Coran

En islam, tous les hommes sont esclaves d’Allah, ils lui sont soumis (Co. 30, 26). Tous les prénoms se référant à l’un des 99 noms de Dieu, sont précédés du mot abd (esclave ou serviteur) : AbdAllah, Abdalkarim, etc.

Vu le nombre de versets consacrés aux esclaves, on peut déduire que l’esclavage était répandu dans la société d’origine du Coran. Le Coran institue la condition de l’esclave, réglementant tous les aspects de sa vie :

… une esclave croyante vaut mieux qu’une associatrice [chrétienne], même si elle vous enchante (Co. 2, 221)

Il vous est défendu d’épouser des femmes libres mariées sauf vos captives de guerre (Co. 4, 24)

Ceux de vos esclaves qui cherchent un contrat d’affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux et donnez leur des biens qu’Allah vous a accordés. (Co. 24, 33) [NOTE : le maître doit permettre à son esclave de travailler pour son propre compte pour racheter sa liberté].

La bonté pieuse est de croire en Allah… de donner de son bien à ceux qui demande de l’aide et pour les délier du joug (Co. 2, 177)

… Et dans la recherche des profits passagers de la vie présente, ne contraignez pas vos femmes esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y contraint, Allah leur accorde après qu’elles aient été contraintes, son pardon et sa miséricorde. (Co. 24, 33)

Les aumônes ne sont destinées que pour les pauvres… et l’affranchissement des jougs… (Co. 9, 60)

Dieu a accordé plus de dons aux uns qu’aux autres. Or les plus favorisés ne donnent rien de leurs richesses à leurs esclaves… Nient-ils donc les bienfaits de Dieu (Co. 16, 71). [NOTE : un hadith déclare « Habillez-les comme vous vous habillez vous-mêmes ; donnez-leur à manger ce que vous mangez »].

A la lumière de ces versets on pourrait croire que l’esclave dans le monde islamique était mieux traité qu’ailleurs, car sa condition était bien définie dans le Coran. C’est l’idée qui est encore souvent répandue. Mais comme on va le voir, il y avait des exceptions.

Ce qu’en dit la jurisprudence (le fiqh)

On distingue la Charia du Fiqh. La Charia est l’ensemble des lois issues du Coran et des hadiths (la Sunna). Le Fiqh définit l’application de la Charia pour répondre à des problèmes particuliers. Il y a une Charia et autant d’interprétations (Fiqh) qu’il y a d’écoles juridiques, quatre pour les sunnites.

Le fiqh statue que tout être humain dont on ne connait pas l’état est considéré comme libre.
Dans les territoires islamisés, le Dar al-Islam, il est interdit d’asservir un homme libre. Les commerçants, dont Marco Polo, pouvaient donc se déplacer sans crainte.
Dans les territoires sous traité, comme la Nubie, au sud de l’Égypte, il était interdit de capturer des esclaves, mais on pouvait en acheter. En échange de ce traité, la Nubie devait fournir 300 esclaves par an. Ceux-ci étaient utilisés en majorité comme garde rapprochée du calife du Caire. C’était sa garde noire.

Par contre, dans les autres régions, le Dar al-Harb (domaine de la guerre) tout est permis. Récemment, en Allemagne, un imam radical répondant à une question d’un fidèle l’a assuré qu’il pouvait faire du butin et des captives puisque l’islam était en guerre contre ce pays. Voler et violer était permis.

La traite des esclaves

Ce sont les Arabo-musulmans qui ont inventé la traite des esclaves : la capture d’esclaves hors des combats et l’acheminement vers leur lieu de détention. La traite transsaharienne et par la Mer Rouge a duré treize siècles. Comme les Européens, les Arabo-musulmans achetaient leurs esclaves aux chefs africains.

Tidine n’Diaye, économiste sénégalais, dans son ouvrage « le génocide voilé« , estime que la traite Arabo-musulmane a concerné 17 millions de personnes. D’autres situent ce nombre à 12 millions, le même nombre que la traite atlantique. Étrangement la carte de l’ONU minimise la traite arabo-musulmane.

Les routes de la traite d’après l’ONU

Lors du voyage, à pied, la mortalité des esclaves était énorme. Le docteur David Livingstone (1813-1873), explorateur britannique de l’est de l’Afrique, a estimé que pour un esclave arrivé à Zanzibar, 20 mourraient au cours de leur transfert. Ce qui semble exagéré !
La traite atlantique enregistrait moins de victimes lors de l’expédition maritime, pour une simple raison financière : les places sur le bateau, limitées, coûtaient chers, il fallait donc les rentabiliser.

Conditions des esclaves

Arrivés à destination, la plupart des esclaves étaient employés comme domestiques. Les femmes étaient achetées pour enrichir les harems. Si un musulman ne peut avoir que quatre épouses, le nombre de ses concubines n’est limité que par capacité financière pour les entretenir.

Les esclaves les plus chers étaient les eunuques, ces jeunes hommes émasculés. Leur valeur était due à l’importante mortalité de l’opération. L’utilisation des eunuques n’était pas réservée à l’islam, ils étaient également appréciés dans l’empire byzantin.

Des esclaves étaient envoyés dans le delta du Tigre et de l’Euphrate pour y assécher les marais. Les conditions de travail étaient tellement épouvantables que les esclaves se révoltèrent en 869. Ils prirent le contrôle de l’Irak du sud et du Khouzestan (sud de l’Iran actuel). Ils menacèrent même Bagdad. Les troupes califales mirent 14 ans pour venir à bout des révoltés.

C’était la troisième révolte des « Zandj » (Africains de la côte est). Les deux premières, de moindre intensité, eurent lieu de 689 à 690 et en 694. Les esclaves capturés furent décapités ou pendus.

Sur l’ile de Zanzibar (actuellement en Tanzanie), à partir du XVIIIe siècle, des Arabes, venus du sultanat d’Oman ont exploité des plantations de girofliers (clous de girofle), de dattiers et de canne à sucre utilisant des milliers d’esclaves dans de pénibles conditions. Vers 1860, chaque année, un tiers des esclaves décédait. Plus de 40.000 nouveaux esclaves arrivaient sur l’ile.

Les esclaves soldats

Une des particularités des musulmans fut l’utilisation des esclaves comme soldats.

Dès le IXe siècle, des enfants capturés dans le Caucase, en Russie ou dans l’est de l’Europe sont sélectionnés pour leur capacité et leur manque d’attache. Ils sont convertis à l’islam et reçoivent une formation militaire. A l’âge adulte, ils sont affranchis et formeront les meilleurs guerriers des sultans. On les connaît sous le nom de « mamelouks« , littéralement, ceux « qui sont possédés« .

En Égypte, alors dirigée par les descendants de Saladin, ils profitent de la croisade de Louis IX et de l’arrivée des Mongols pour prendre le pouvoir (1260). Ils garderont ce pouvoir jusqu’à la conquête de l’Égypte par les Ottomans en 1517. Ce sont les mamelouks qui chasseront les croisés de Palestine.

A la fin de leur service, ils s’intégraient à la population avec parfois de grandes responsabilités.

Les Ottomans vont suivre l’exemple des mamelouk en créant dès le règne du sultan Murat Ier (1362-1389) un corps d’affranchis : les janissaires (« nouvelle troupe« ). Ce corps d’armée était formé d’enfants enlevés dans les populations chrétiennes, sous contrôle ottoman, en vertu du système du « dersirme« , un enlèvement institutionnalisé. Comme les mamelouks, ils étaient convertis à l’islam et formés militairement. Ils étaient très proches des confédérations soufies.
Ils prirent de plus en plus d’importance dans l’empire, influençant même les décisions du sultan. Rendus responsables des échecs du XIXe siècle, ils furent violemment critiqués. Une tentative du sultan Mahmut II de limiter leur pouvoir en 1826 entraîna leur révolte. Ils furent bombardés dans leurs casernes et massacrés.

La course en Méditerranée

Dès le XVIIIe siècle, profitant de la faiblesse de Constantinople, des provinces éloignées deviennent autonomes, ne gardant que de très lâches liens avec l’empire ottoman. Ainsi Alger, Tunis et Tripoli (en Libye) forment des gouvernements indépendants et vont s’illustrer par la piraterie. Ils arraisonnent des navires non seulement sur la Méditerranée mais également de l’Atlantique à la Mer du Nord dans le but de capturer les passagers pour alimenter le marché des esclaves blancs… ou pour revendre les captifs directement à des congrégations religieuses chrétiennes qui se sont spécialisées dans le rachat des esclaves chrétiens.

Vers 1785, la jeune nation américaine se lance dans le commerce international, mais les régences de Tripoli et de Tunis, et le bey d’Alger, rançonnent ses navires. Le futur président des États-Unis (le 3ème en 1801), Thomas Jefferson est chargé de négocier avec ces États, qui aujourd’hui seraient qualifiés d’États voyous. Dans une lettre, il s’insurge contre les propos de son interlocuteur :

Nous nous sommes permis de lui demander à quel titre ils s’attaquaient à une nation qui ne leur avait fait nulle offense… L’ambassadeur nous a répondu qu’ils obéissaient à la loi du prophète et que tout pays qui refusait de se plier à ses principes était une nation de pécheurs. À l’en croire, ils étaient dans leur droit et accomplissaient leur devoir en combattant les infidèles en tout lieu et en réduisant en esclavage tous ceux qu’ils réussissaient à capturer. Il a précisé enfin que tout musulman mort au combat était assuré d’aller au paradis.

Les États-Unis envoyèrent alors une flotte de guerre en Méditerranée. Il est paradoxal qu’une nation prospérant grâce à l’esclavage déclare la guerre aux pirates barbaresques. Jefferson était un grand propriétaire terrien dont les plantations prospéraient grâce à l’esclavage. Il avait même une esclave sexuel dont il eut plusieurs enfants qu’il n’a pas reconnus.

Malgré les bombardements de Tripoli et d’Alger par les navires américains, il faudra attendre l’invasion de l’Algérie par les troupes coloniales françaises, en 1830, pour que l’abordage des bateaux cesse, après plus de deux cents ans de razzia.

Et aujourd’hui

Le dernier pays à abolir l’esclavage a été la Mauritanie en 1991, mais il resterait aujourd’hui près de 200.000 esclaves non libérés dans ce pays.
La dernière entreprise commerciale à avoir utilisé des esclaves est l’ARAMCO, la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures.
On estime aujourd’hui que les ouvriers népalais et indiens, entre autres, travaillant à la construction des stades de football pour la coupe du monde de 2022 sont des esclaves modernes : leur employeur leur confisque leur passeport, ils sont payés irrégulièrement, ils travaillent 11 heures par jour, ils sont entassés dans des logements vétustes et insalubres sans protection sociale, ils sont soumis au bon vouloir de leur employeur. Une plainte a été déposée contre la société française « Vinci Construction Grands Projets« , chargée de la construction de certains stades.

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