Quand Calvin ridiculisait les docteurs de la Sorbonne

En 1544, le protestant français Calvin publie un livre qui ironise sur la méconnaissance des Écritures par les théologiens de la Sorbonne et sur l’éloignement de la religion catholique de la « vraie foi », qui se réfère aux décisions arbitraires des conciles et aux bulles papales.

D’après l’article d’Olivier Christin, professeur à l’Université de Neuchâtel (Suisse) paru dans la revue « L’Histoire » n° 492 de février 2022.

Les protagonistes

La Sorbonne est un collège fondé en 1253 par le confesseur de Louis IX au sein de l’Université de Paris. C’est la Faculté théologique de Paris qui bientôt régentera toute l’éducation. Au XVIe siècle, les cours sont encore exclusivement donnés en latin.

La Faculté sera démantelée à la Révolution française.

Jean Calvin est né à Noyon, en Picardie en 1509. Il est mort à Genève en 1564. Calvin est un théologien réformateur qui va contribuer à répandre la religion protestante en France.
Calvin a été considéré comme un « dictateur », c’est un radical. Il encourage la communauté à épier les faits et gestes de ses membres et à les dénoncer lors des réunions en cas de soupçon de déviance. Il fait régner la terreur morale.

Rappel des bases de la réforme (protestantisme)

La Réforme initiée par Luther à partir de 1517, rejette tous les ajouts au christianisme, ne conservant que l’Ancien et le Nouveau testament. Le protestantisme ne reconnait pas l’autorité du pape et de la hiérarchie catholique. Il rejette les enseignements des conciles et les préconisations des bulles papales. Il condamne le culte des saints. Dieu et Jésus sont seuls dignes de prières.
La langue vernaculaire est privilégiée dans la liturgie.

Les faits

En 1541, Calvin publie « Institution de la religion chrétienne » en français, une ode à la Réforme, alors que tous les textes théologiques sont en latin. François Ier condamne le livre et fait renforcer les contrôles sur l’édition. En 1543, la Sorbonne fait paraître un document condamnant une série de livres dont ceux de Calvin et tous les livres en français. Parmi eux, un livre attribué à Calvin qu’il n’a pas écrit. Calvin rédige alors un pamphlet traitant les théologiens de la Sorbonne de « veaux endormis pas le vice ». Il proclame que Jésus n’a pas « réservé la connaissance aux universités et aux docteurs« .

La même année, La Sorbonne édite « Les 26 articles de la foi chrétienne » qui rejette les positions de la Réforme. C’est une nouvelle occasion pour Calvin de contre-attaquer en publiant « Les articles de la Sainte Faculté théologique de Paris avec le remède contre le poison ». Il va y rependre textuellement les 26 articles et ajouter « Le remède« . C’est très astucieux de sa part, car il veut prouver la méconnaissance des Écritures des « docteurs » et leur manque de sérieux.

Voici un exemple en trois parties : (1) l’article de foi catholique, (2) sa justification et (3) le remède de Calvin.

Extrait de l’article d’Olivier Christin

(1) Il ne faut pas douter que les saints fassent des miracles.
(2) Je le prouve : Car c’est une évidence que la bienheureuse Vierge Marie ressuscite les enfants morts-nés [le temps de les baptiser] pour les ensevelir au cimetière autrement ils seraient enterrés avec les chiens… Il y a aussi une autre preuve plus valide dans l’antiquité du temps de Saint Ambroise : un aveugle récupéra la vue sur la tombe de Saint Gervais et Saint Protais…

(3) REMÈDE : Nous savons par les Écritures à quoi servent les miracles. A savoir confirmer la doctrine de l’évangile comme il est dit en Saint Marc…

Face aux affirmations péremptoires de la Sorbonne, Calvin oppose des citations du Nouveau testament.

Ambroise (340-397) était l’évêque de Milan, résidence des empereurs d’Occident, avec qui il entra souvent en conflit, toujours réglés à son avantage. Dans une de ses visions, il découvrit le tombeau des jumeaux « martyrs » Gervais et Protais… personnages dont l’existence est mise en doute.

Jugement de Calvin sur les docteurs de la Sorbonne

« On [y] voit de gros ivrognes qui renversent comme pourceaux avec leur groin toute la Sainte Écriture. On voit comme des chiens mâtins qui aboient après les serviteurs de Dieu. On voit des bêtes aussi sottes que des veaux et aussi lourdes que des bœufs« .
Après ce jugement pour le moins définitif on ne s’étonne pas qu’il ait quitté la France pour Strasbourg (dans l’Empire germanique) et Genève. Genève où son radicalisme va soulever une partie des protestants contre lui.

Un commentaire sur “Quand Calvin ridiculisait les docteurs de la Sorbonne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s