1858, le pape Pie IX enlève un enfant !

Étrange histoire que celle d’Edgardo Mortara, un enfant juif de Bologne, enlevé de force à ses parents, un soir de juin 1858, par la police pontificale, sur ordre du pape Pie IX.

A l’époque, la péninsule italienne est partagée entre plusieurs États soit autonomes, soit convoités par ou alliés aux grandes puissances que sont l’Espagne, la France ou l’Autriche. Parmi ces États, on trouve les États pontificaux qui couvrent de larges territoires au nord de Rome et comprennent la ville de Bologne.

L’enlèvement

La nuit du 23 juin 1858, les policiers pontificaux font irruption dans le ghetto de Bologne où vivent 200 familles juives et enlève un jeune enfant de 6 ans, Edgardo Mortara, à ses parents et ses 7 frères et sœurs en pleurs. Pourquoi cet enlèvement ?

Ghetto est le nom d’un quartier de Venise où les scories d’une fonderie voisine étaient épandues. En 1516, à Venise, les Juifs ont été rassemblés dans ce quartier. C’est devenu le nom commun de l’endroit où les juifs devaient s’installer à l’écart de la population chrétienne. Ils y étaient enfermés la nuit. Cette pratique était courante dans toute l’Europe.

Dans son jeune âge, Edgardo était malade. Craignant qu’il meure, sa nourrice chrétienne, l’a baptisé. C’est ce qu’on appelle l’ondoiement : en cas de danger de mort, tout chrétien peut l’administrer. Il suffit de verser de l’eau sur le front de l’enfant et de réciter la formule : « je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-esprit ». Pourquoi est-il nécessaire de baptiser le nourrisson ? Les enfants non baptisés ne vont pas au paradis, mais dans les limbes, aux portes de l’enfer. C’est un dogme du Moyen-Age qui a été remis en cause en 2007 ! Certains endroits, églises ou grottes, permettaient au nourrisson non baptisés de revenir à la vie le temps d’être baptisé. Ce miracle était imputé à la « Vierge Marie ». Cette superstition, entretenue par la Sorbonne, a été combattue par Calvin (voir mon article).

La nourrice s’est confiée à son confesseur qui a fait remonter l’information au plus haut sommet de la hiérarchie ecclésiastique. Pour justifier l’enlèvement, l’Église se base sur un texte de 633 qui accordait le droit d’arracher à leur famille non chrétienne, des enfants « offerts à l’Église », par un chrétien qui les avaient baptisés.

Le pape Pie IX

Pie IX est un ultraconservateur. Il aura le pontificat le plus long : 31 ans de 1846 à 1878.
C’est lui qui a inventé l’Immaculée Conception (en 1854) : il a décrété que la conception de la « Vierge Marie » a été exempte de tache, de péché originel. Il a influencé Bernadette Soubirou, qui à Lourdes en 1897, n’a pas vu la « Vierge Marie », mais « l’Immaculée Conception ». Or l’Immaculée Conception n’est pas une personne, mais un dogme !
C’est lui également qui, en 1870, s’est déclaré « infaillible », qualité dont ses successeurs ont hérité. Ses paroles exactes sont : « il est nécessaire de s’en tenir avec une adhésion inébranlable à tout ce que les pontifes romains ont enseigné ou enseigneront« .
C’est aussi lui qui sera le dernier souverain des États pontificaux. En 1848, Rome tombe aux mains des révolutionnaires qui tentent d’unifier l’Italie. Le pape s’enfuit. Les troupes françaises de Napoléon III reprennent Rome et rétablissent le pape. Ce n’est que partie remise, en 1870, les États pontificaux, ou du moins ce qu’il en reste, sont annexés à l’Italie unifiée. Le pape, occupe alors le palais du Vatican, dont il se déclare « prisonnier ». Il faudra attendre 1929 pour que Mussolini signe les accords du Latran : le pape devient le souverain temporel de la Cité du Vatican, reconnue comme État indépendant.

Qu’est devenu Edgardo Mortara ?

Tout le long du trajet le menant à Rome où il sera enfermé, l’enfant crie, pleure et sanglote. Ce que la presse catholique interprètera comme : « chaque fois que la voiture s’est arrêtée dans une ville, il demandait d’entrer dans l’église, montrant la dévotion la plus émouvante ». L’enfant n’avait jamais vu d’église de sa jeune vie ! Il ignorait tout du catholicisme.

Sa famille, soutenue par des personnalités italiennes et étrangères, mit tout en œuvre pour libérer l’enfant. Rien n’y fit, le pape déclara : « non possumus » (« nous ne pouvons pas »). Dans la logique chrétienne, le renvoyer dans sa famille juive, revenait à l’excommunier. Donc, pour « sauver son âme », le pape a cru avoir le devoir moral de le garder. Même Napoléon III, qui protégeait alors le Vatican, est intervenu, sans succès.

Contre toute attente, Edgardo Mortara est devenu frère Pio, un fervent catholique ! Il est mort à l’âge de 89 ans.

Edgardo et sa mère vers 1880.

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