Les ismaéliens

Potins mondains
Les jeunes mariés

La presse people a relaté le mariage, à Genève fin septembre, du prince Hussein Agha Khan (né en 1974), avec l’américaine Elizabeth Hoag devenue suite à sa conversion à l’islam, princesse Fareen ce qui signifie « chanceuse ».

Hussein est le second fils de Karim Agha Khan IV (né en 1934), le chef de la communauté des ismaéliens nizarites. Karim Agha Khan est l’une des plus grosses fortunes au monde. Les Agha Khan ne règnent par sur un pays, mais sur une communauté chiite dispersée au Pakistan, en Afghanistan, au Tadjikistan, en Inde, au Yémen et en Syrie.

L’Agha Khan possède plusieurs résidences de luxe dans le sud de la France, en Suisse, en Sardaigne et en Angleterre où il est proche de la famille royale. En plus de terres en Egypte, il possède une île en Italie où mouille son yacht ainsi qu’une autre aux Bahamas. Sa grande fierté reste néanmoins ses haras français et irlandais producteurs de pur-sang qui triomphent sur les champs de course internationaux.

Il gère un fonds estimé à 800 millions de dollar annuels, l’Agha Khan Development Network, destiné à des fins caritatives et culturelles. Les princes saoudiens et les émis qataris (Qatar Charity) brassent également des fonds qui servent, notamment, à promouvoir leur vision religieuse de par le monde.

Karim Agha Khan IV a épousé, entre autres, Gabriele Renate Thyssen (du groupe Thyssen-Krupp) née en 1963. Elle a choisi le nom de son beau père plus prestigieux que celui de son père : Homey, ce qui montre à quel point elle est ambitieuse. Elle partagea la vie de l’Agha Khan durant trois ans, mais refusa de divorcer pour garder son titre (la bégune) et les avantages qui y sont associés.

Bien que l’Agha Khan ait écumé les soirées de la jet set, il est resté moins en vue que son père le prince Ali Khan, né en 1911, mort dans un accident de voiture en 1957 et qui n’a jamais régné. Celui-ci épousa l’actrice hollywoodienne Rita Hayworth en 1949. Elle avait été mariée à Orson Welles. Elle divorça rapidement du prince, ne supportant pas la polygamie de son mari. Elle retourna à Hollywood poursuivre sa carrière et reprendre la religion chrétienne.

Ali Khan et Rita Hayworth

Le plus célèbre dans la famille reste néanmoins le grand-père : Muhammad Shah Agha Khan III, né en 1877 et mort en 1957. Il épousa, entre autres, miss France 1930, Yvette Labrousse. Mais c’est surtout comme homme politique qu’il se fit remarquer. Résidant en Inde, il œuvra à la création d’un Etat islamique, mais resta fidèle aux Britanniques, incitant les musulmans des Indes à les aider dans la première guerre mondiale. Son rêve se réalisa en 1947 avec la création du Pakistan.

Agha Khan III et miss France

Il avait une façon particulière de fêter le jubilé de son règne. En 1937, il fêta son jubilé d’or : ses fidèles lui « offrirent » son pesant d’or. En 1946, il remit ça avec son jubilé de diamant et en 1954, son jubilé de platine. Les bénéfices de ces « dons » sont entrés dans le capital de sa fondation caritative.

Et l’histoire dans tout ça ?

Qui sont les ismaéliens ? D’où vient la famille des Agha Khan ?

L’ismaélisme est une mouvance chiite. Les chiites, contrairement aux sunnites qui étaient dirigés par un calife, avaient un chef spirituel et non politique : un imam, un guide suprême, descendant d’Ali, le gendre et cousin de Mahomet.
Au VIIe siècle de notre ère, la plupart des chiites résident en l’Irak et en Arabie actuelle. Le sixième imam se nomme Ja`far al Sâdiq, il vit à Médine. Lorsqu’il meurt en 765, son fils aîné qui devait lui succéder, Ismaël, est déjà mort. La plupart des chiites reconnaissent le fils cadet du défunt comme nouvel imam. D’autres affirment que c’est au fils d’Ismaël que doit revenir l’imanat : ce sont les ismaéliens aussi appelés chiites septimains car ils ne reconnaissent que les 7 premiers imams.

Plus tard, l’imam chiite Ubay Allah al-Mahdi va fuir l’influence des sunnites et s’installer à Kairouan (actuellement en Tunisie). Il va rallier les tribus berbères et occuper le Maghreb, du Maroc à la Libye. Il se proclame calife en 909. En 969, les chiites conquièrent l’Egypte. L’Afrique du nord est sous le contrôle de la dynastie fatimide, du nom de Fatima, la fille de Mahomet, épouse d’Ali. Les Fatimides annexeront bientôt la Syrie et Jérusalem dont ils seront délogés par les croisés en 1099.
Ils connaîtront le même sort que les souverains francs de Palestine, ils seront défaits en 1171 par les Turcs, dirigés par un Kurde, Salah al-Din, mieux connu sous son nom francisé de Saladin.

Entre-temps, que sont devenus les ismaéliens ?
Ils s’étaient installés dans tous les pays musulmans et principalement en Egypte où ils vont revivre la même mésaventure. A la mort du calife Al-Mustansir en 1094, l’imanat passe à son fils Mostali, le cadet, lésant l’aîné, Nizar. Une partie des ismaéliens vont de nouveau reconnaître le perdant, Nizar, comme imam : ils deviennent les ismaéliens nizarites, aujourd’hui guidés par l’Agha Khan.

Un persan, Hassan ben Sabbah (1050-1124), qui étudiait au Caire dans la Maison de la sagesse, qui regroupait les érudits de tous horizons, prend la direction de la contestation. Ses fidèles vont émigrer en Syrie et en Iran où ils formeront une organisation politico-religieuse bientôt appelée « secte des Assassins ». Ils vont lancer des attaques contre des hauts fonctionnaires de l’entourage des califes de Bagdad et contre des chrétiens. Ils ont à leur tableau de chasse un vizir, le fils d’un sultan, le fils du comte de Tripoli et même le prétendant au trône de Jérusalem : Conrad de Montferrat. On a dit que leur nom d’assassins venait de « haschisch », substance qu’ils consommaient avant de perpétrer leurs attentats. Rien n’est moins sûr. Leur nom viendrait de « assas« , le gardien : ils se définissaient comme gardiens de la vraie foi.
On a souvent prétendu que les Assassins entretenaient d’étroites relations avec les Templiers.

Pourchassé, Hassan ben Sabbah s’établit avec une armée dans les montagnes du nord de l’Iran, près de la mer Caspienne, plus particulièrement dans la citadelle d’Alamut. Ils ne furent délogés que par les Mongols en 1256. Ces mêmes Mongols, commandés par Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, prendront Bagdad deux ans plus tard, mettant fin au califat abbasside.
Marco Polo dit avoir rencontré le Vieux de la Montagne, nom donné au maître d’Alamut, alors qu’il ne quitta Venise qu’en 1271, soit 15 ans après la mort de son dernier représentant.

Ce qu’il reste de la citadelle

Ainsi fini l’histoire des ismaéliens nazirites qui disparurent avec l’arrivée des Mongols… Jusqu’au début du XIXe siècle où les « descendants » des grands-maîtres d’Alamut sortirent de la clandestinité et intégrèrent la cour des Kadjars, qui gouvernaient l’Iran. C’est en 1817 que Hassan Ali Shah reçu le premier le titre d’Agha Khan des mains du souverain perse.
Shah est un mot perse signifiant « roi ». Khan est un mot mongol signifiant « dirigeant ».

En 1838, les Kadjars d’Iran tentèrent d’envahir l’Afghanistan. Ce fut un échec cuisant, ils perdirent leur indépendance. La Grande Bretagne à partir de l’Inde et la Russie à partir du nord occupèrent l’Iran. Hassan Agha Khan se réfugia en Inde, au Sind (la basse vallée de l’Indus aujourd’hui au Pakistan) où résidaient de nombreux ismaéliens, pas tous heureux de recevoir leur imam. Il fallut une décision judiciaire britannique pour imposer l’Agha Khan comme chef spirituel de la communauté, en 1866.

Et que devint l’Iran ?
Lors de la révolution russe de 1917, la Grande Bretagne étend son influence sur l’Iran et nomme Reza Khan de la Brigade cosaque iranienne chef des armées. Celui-ci, fait une ascension fulgurante, chassant en 1925 le dernier roi kadjars. Il devint de premier souverain de la dynastie pahlavi dont le dernier souverain Mohammad Reza (le shah d’Iran) sera démis du pouvoir par l’ayatollah Khomeini en 1979.

Pétra – La Mecque

Qu’ont en commun le site touristique de Pétra en Jordanie, à 200 km au sud de la capitale Amman (l’ancienne Philadelphie grecque) et la ville sainte de l’islam, La Mecque, à plus de 1000 km au sud ?

Environs de Pétra

Les deux villes se situent en plein désert, dans une cuvette dominée par des collines rocheuses aux parois abruptes. La pluie y est rare, environ 100 mm par an, vite absorbée par le sol ou s’évaporant sous la chaleur. La Mecque a une température moyenne annuelle de plus de 40°. Pétra bénéficie d’une température plus clémente et plus contrastée, plus froide la nuit et moins chaude le jour : 30°. Dans la cuvette, quelques sources permettraient à quelques familles de survivre dans cet environnement hostile.

Mais à certains moments de l’année, les pluies se déversant sur les hauts plateaux environnants inondent la cuvette. Ainsi, à Pétra, 24 personnes ont été emportées par les flots en avril 1964, et en novembre 2018, 4000 touristes ont dus être évacués. A La Mecque, en 1620, la puissance des flots était telle que la Kaaba a été détruite. Des travaux d’égouttage récents préviennent actuellement les inondations. Mais en 2009, on dut déplorer 13 morts suite à la montée des eaux.

La Kaaba sous eaux vers 1950

Mais l’intérêt de la comparaison réside dans la différence entre les deux villes.

Pétra, le miracle du désert

Dans l’Antiquité, Pétra était la capitale des Nabatéens qui contrôlaient les routes commerciales entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. Pétra était une ville florissante de 20.000 habitants. Pour réaliser ce miracle, les Nabatéens ont dû dompter les eaux. Ils ont construit 170 km de canalisation, recueillant les eaux de ruissellement dans des bassins de décantation puis dans des citernes, captant des centaines de milliers de m³ d’eau, par an, alimentant fontaines et bassins. Les boues récoltées par décantation servaient de fertilisant.

A droite une canalisation. A gauche des bassins de décantation.

Les Nabatéens nous ont laissé des monuments extraordinaires taillés dans la roche, des sanctuaires ou des tombeaux, en fait on n’en connaît pas l’usage. La taille se faisait de haut vers le bas. L’intérieur est très sommaire, deux trois pièces.

A droite, sanctuaire à l’entrée de la gorge (le Sik) conduisant à Pétra.

On trouve des monuments identiques à Hégra dans le nord de la péninsule arabique. Cette ville, bâtie à proximité d’une oasis, était une colonie de Pétra. Elle permettait de sécuriser la frontière sud du royaume et de contrôler le commerce sur la mer Rouge. Hégra était desservie par le port de Leukè Kômè, « le Port Blanc » en grec. Les marchandises : les épices, les étoffes, l’ivoire, l’or venaient d’Inde via le Yémen, appelé Arabia Felix (Arabie heureuse) par les Romains, auxquelles d’ajoutait la production locale d’encens.

Pourquoi le transport par voie maritime se termine-t-il au port d’Hégra pour se poursuivre par caravane vers Pétra, puis Gaza et la Méditerranée ? La Mer Rouge est une mer très chaude (plus de 20° en moyenne) en plein désert, soumise à un régime de vents changeants, surtout dans le nord. En 25 avant notre ère, le général romain Aelius Gallus tenta d’atteindre le Yémen par la mer à partir du port de Cléopatris, au sud de l’actuel canal de Suez. Il dut y renoncer. Il avait fallu attendre le début de ce premier siècle avant notre ère pour que les navigateurs découvrent comment naviguer dans le sud de la Mer Rouge.

Un peu d’histoire

Les Nabatéens étaient voisins des Hébreux. Ils ont même eu les honneurs des évangiles. Et Matthieu s’est de nouveau trompé dans la chronologie. Il avait déjà fait accoucher Marie pendant 11 ans ! Pour lui, Jésus était né sous Hérode le Grand, mort en -4, mais durant le recensement de Quirinus de l’an 7, lorsque la Judée est devenue une province sénatoriale romaine.

Ici, il s’agit de la mort de Jean le Baptiste. Accrochez-vous, c’est une histoire de famille. Jean avait été emprisonné par Hérode Antipas, un des fils d’Hérode le Grand, tétrarque de Galilée, parce qu’il avait critiqué son mariage avec Hérodiade. Hérodiade avait été la femme de son frère Philippe.
Lors d’une fête, Salomé, la fille d’Hérodiade, demanda la tête de Jean en échange d’une danse, lascive probablement (Mt. 14, 1-12). Ces événements se passaient avant la mort de Jésus, qu’on situe vers l’an 33.
Or pour ce mariage, Hérode Antipas avait répudié son épouse Phasaélis, la fille d’Aretas IV, le roi des Nabatéens. Ce dernier déclara alors la guerre à Hérode Antipas. Cette guerre eut lieu en l’an 36 de notre ère et vit la victoire des Nabatéens.

Pétra fut occupée par les Romains en 106, probablement à la mort du dernier roi nabatéen. Le royaume fut annexé sans violence à l’Arabie Pétrée qui avait comme capitale Bosra, au sud de la Syrie. La ville continua à prospérer.

Constructions romaines (?) à Pétra

En 363, un tremblement de terre endommagea une partie de la ville. En 446, une cathédrale y fut inaugurée. Que devint Pétra par la suite ? On perd sa trace au VIe siècle. Elle a été construite sur la faille séparant la plaque arabique de la plaque africaine, elle a peut-être disparu dans un nouveau tremblement de terre. Ou alors, sa population a été décimée par la peste qui a ravagé l’empire byzantin en 543. Les archéologues ont retrouvé des restes de repas dans la cathédrale, ce qui privilégierait la thèse de la peste. En cas de tremblement de terre, les habitants se seraient réfugiés dans les sanctuaires sculptés dans la roche et n’auraient pas cherché la protection directe de Dieu.

Quand le site fut abandonné, le système hydraulique n’a plus été entretenu et a fini par perdre son efficacité.

La Mecque

La Mecque n’a pas bénéficié d’un système hydraulique permettant l’installation d’une ville importante. Contrairement aux récits de la tradition musulmane, La Mecque n’a pas pu devenir une étape caravanière… sans eau.

Par contre, elle était probablement un lieu de rassemblement et de pèlerinage pour les Bédouins en raison des inondations de la cuvette. La Kaaba, monument pré-islamique, servaient de lieu de stockage des bétyles (beth = maison, el = dieu), la demeure de Dieu, qui accompagnaient les nomades dans leurs déplacements. La Sira nous raconte que Mahomet aurait détruit 360 idoles rassemblées dans la Kaaba.

De nos jours, les pèlerins miment toujours les trombes d’eau en dévalant le mont Arafat vers la plaine de Mina. Et deux pierres noires sont enchâssées dans les murs de la Kaaba. On prête à Umar, le deuxième calife, la réflexion suivante :

« Si je n’avais pas vu le prophète le faire (embrasser la pierre), je ne l’aurais jamais fait ».

La Mecque n’est pas citée dans la charte de Yathrib, elle apparaît deux fois dans le Coran officiel, mais ces deux versets sont contestés par les chercheurs :

« C’est lui qui dans la vallée de La Mecque a écarté leurs mains de vous, de même qu’il a écarté vos mains d’eux, après vous avoir fait triompher sur eux. Allah voit parfaitement ce que vous œuvrez. » (Co. 48, 24)

« La première maison qui ait été édifiée pour les gens, c’est celle de Bakka (La Mecque) bénie et une bonne direction pour l’univers. » (Co. 3, 96)

Ce sont les traductions officielles. Dans le premier verset, La Mecque traduit le mot « moka », qui signifie simplement vallée. Le nom du café vient d’une ville du Yémen. En arabe, La Mecque, c’est Makka. Le mot « Bakka » du second verset désigne aujourd’hui l’esplanade qui entoure la Kaaba.

La Mecque est interdite aux non musulmans et des panneaux signalétiques routiers indiquent clairement la direction que ceux-ci doivent prendre pour éviter la ville. Elle est également interdite aux femmes non accompagnées de leur tuteur. Ces interdictions ont été décrétées par les Saoudiens alliés aux religieux wahhabites qui ont pris le pouvoir en Arabie en 1932.

La ferveur pour le pèlerinage est un phénomène récent. La Mecque peut accueillir aujourd’hui 2 millions de pèlerins. Ils n’étaient que 20.181 à avoir demandé un permis en 1932 et 100.000 en 1950.

Autour de la Kaaba en 1953 (hors pèlerinage) et en 2010

L’afflux des pèlerins provoque de nombreux accidents dus essentiellement aux bousculades. Le pèlerinage est aussi un facteur de propagation des maladies infectieuses comme le choléra au XIXe siècle, le SRAS en 2003 et la grippe H1N1 en 2009.

Bilan des bousculades :
1990: 1426 morts
1994 : 1099 morts
1998 : 107 morts
2001 : 35 morts
2003 : 14 morts
2004 : 251 morts
2006 : 362 morts
Le pouvoir mobilise alors 100.000 personnes pour assurer le sécurité des pèlerins.
Malgré cela, en 2015 on dénombre 2.300 morts.

Le Coran

Que de mystères entourent ce livre ! Pourtant, si on se réfère à la tradition, tout est bien clair. Le Coran renferme toute la révélation que Mahomet a reçue de Dieu par l’intermédiaire de l’ange Gabriel entre 610 de notre ère et 632, date de la mort du prophète. La révélation était orale et récitée par les fidèles. Au fil du temps, la récitation s’est faite moins respectueuse de l’original, ce qui a amené le troisième calife, Uthman (644-656), a la mettre par écrit, « dans un arabe clair« . C’est du moins ce que raconte Boukhari, un chroniqueur du IXe siècle.

Un livre saint

Les citations qui suivent sont extraites de l’introduction du « saint Coran » édition AlBouraq (Médine 2019).

« C’est le livre d’Allah qui englobe des questions très variées, notamment le dogme, la loi (Charia), la morale, la prédiction à l’islam, l’usage des bons conseils, la moralité, la critique constructive, l’avertissement, les argumentations et témoignages, les récits historiques, les références aux signes cosmiques d’Allah, etc.« 
« Le Coran est par essence miraculeux et inimitable, tant au point de vue du fond que de la forme. C’est la parole incréé d’Allah, révélée à son messager Muhammad…« 

Sa traduction est un exercice difficile : « Le traducteur doit être un expert chevronné en langues arabes et étrangères, il doit disposer d’un savoir encyclopédique incontestable et jouir en plus de qualités morales indéniables. Car chaque terme dans la langue du Coran a un certain poids, chaque voyelle a sa raison d’être et le simple fait d’omettre une voyelle peut être lourd de conséquence.« 

La version actuelle du Coran, en arabe, date de 1923/1924 et a été composée au Caire. Elle ne modifie pas le texte antérieur, mais lève des imprécisions : « Les gens ne formaient (à l’origine) qu’une seule communauté (Co. 10,19) ». Les ajouts sont toujours entre parenthèses ou entre crochets. C’est la version canonique. Jusqu’alors, on admettait sept ou dix lectures différentes du Coran, suivant les écoles juridiques.

Présentation du texte

C’est un texte déroutant, « sans contexte » : il met en scène des personnages biblique tels qu’Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus…, sans les présenter dans leur contexte, comme si les destinataires des récits coraniques les connaissaient déjà. Ce qui était probablement le cas. C’est une oeuvre relativement courte de 6236 versets regroupés en 114 chapitres, appelés sourates. A titre de comparaison, il comporte trois fois moins de mots que le Nouveau Testament. Chaque sourate porte un nom. Le Saint Coran de Médine, de petit format, comporte 700 pages, plus ou moins 250 à l’origine où les feuillets étaient plus grands. La plupart des versets sont écrits en prose rimée, il ne se lit donc qu’en arabe. A l’école coranique, les enfants musulmans apprennent à lire le Coran en arabe. Il leur faut trois ans pour pouvoir le réciter par cœur. L’enseignement ne vise pas à comprendre le texte, mais à le lire en arabe et à le réciter.

Jean Damascène ou Jean de Damas de son véritable nom Mansour ibn Sarjoun, ancien fonctionnaire du gouvernement omeyyade, devenu moine chrétien, né vers 676 et mort en 749, connaît le Coran. Il cite le nom de certaines sourates qu’il nomme « traités ». Ainsi, il parle du « traité de la femme », du « traité de la vache ». La sourate 2 s’appelle aujourd’hui « La vache », et la sourate 4 « Les femmes ». Ce fait est remarquable, car la découpe du Nouveau et de l’Ancien Testament en chapitres et versets ne s’est faite qu’au XVIe siècle ! La Bible de Gutenberg, imprimée en 1455, est un texte monolithique.

Bible de Gutenberg

Longtemps, il fut interdit de publier le Coran sous format imprimé. Gardons à l’esprit que le premier journal imprimé dans l’Empire ottoman date de 1864 ! Au XIXe et jusqu’au début du XXe siècle, la reproduction du Coran s’est faite par lithographie, inventée en 1796, qui respecte le tracé manuel des lettres, et le travail des copistes.

Les sourates sont classées par ordre de taille, en versets. Les plus longues au début. Les sourates 1, 143 et 144 sont des textes liturgiques, des prières. Le classement n’est pas strictement respecté. Je tenterai d’apporter une explication à ces exceptions.

Graphique de la taille des 25 premières sourates
Parole incréée d’Allah ?

Dans les premiers temps de ce qui va devenir l’islam et que j’appellerai le « proto-islam », la notion de parole incréée n’a pas cours. La tradition rapporte que la femme de Mahomet, Aïcha, avait sa propre version du Coran dans laquelle les versets étaient rangés par ordre de révélation. De même, le Coran compilé par Abdullâh ibn Masûd, un compagnon du prophète, coexista avec le Coran « canonique » jusqu’au Xe siècle, puis ses propriétaires furent persécutés et les livres détruits.

Sous le calife Abd al-Malik (646-705), personne ne s’étonne que le général al-Hajjaj ben Youssef (661-714) ajoute 2000 harf au Coran. « Harf » peut signifier signe, lettre ou mot. On ne connaît donc pas l’importance des modifications faites. La plupart des historiens pensent qu’il ajouta des signes diacritiques différenciant les sons représentés par des signes (lettres) identiques.

La tradition conserve le souvenir d’une autre variation du texte connu sous le nom de hadith des sept ahruf (ahruf est le pluriel de harf). Le récit met en scène Umar, le deuxième calife et un compagnon du prophète. Ils ne sont pas d’accord sur la façon de réciter des versets. Ils demandent donc l’arbitrage de Mahomet. Umar récite les versets et Mahomet avalise la récitation en disant : « C’est bien ainsi qu’ils m’ont été révélés ». Umar jubile. Mahomet demande au compagnon de lui donner sa version. Mahomet confirme « C’est bien ainsi qu’ils m’ont été révélés ». Même si cette histoire n’est pas vraie, elle montre que dans la période du proto-islam, le fond était plus important que la forme. Tout à fait le contraire d’aujourd’hui.

Qui a conçu le Coran et qui l’a mis par écrit ?

Question embarrassante et souvent éludée par les historiens qui se retranchent derrière la tradition. Le Coran a été révélé à Mahomet entre 610 et 632, date de sa mort. Les révélations ont été compilées par le troisième calife, Uthman, vers 650, qui fait détruire tous les textes pré-existants. Cette chronologie nous vient de Boukhari qui écrit vers 850, soit deux cents ans après les faits. Cette histoire a été érigée en dogme.

En ce basant sur l’étymologie syriaque du mot « coran » (« lectionnaire« ), certains milieux catholiques veulent voir dans ce livre un livre liturgique (chrétien) contenant les passages des textes religieux lus à l’occasion des cérémonies religieuses. Je ne les suivrai pas dans cette voie, le Coran est un texte original. « Coran » en arabe signifie « récitation« . Bien qu’il reprend les thèmes bibliques, à aucun endroit il n’y a un verset copié de la Bible ou d’un évangile. Les récits s’éloignent même souvent des textes bibliques (voir mon article sur Jésus dans le Coran). Plus qu’une copie, c’est une réinterprétation des textes anciens. Une remise en forme pour qu’ils soient compris par des auditeurs provenant d’horizons divers.

Il est probable que le Coran ait été initié par Mahomet, ce qui lui donna une aura de chef et de prophète. Mais le texte original a été altéré plusieurs fois suivant les circonstances. Jean-Jacques WALTER un ingénieur, chercheur en technologie, a publié sa thèse de doctorat en islamologie (hé oui) sous le titre « Le Coran révélé par la théorie des codes ». Il y analyse le texte à l’aide d’outils informatiques pour trouver les strates de rédaction. Il a détecté plus d’une trentaine de rédacteurs différents. Chacun ayant pris à son compte un thème différent. Il n’y a donc pas de versets écrits à La Mecque et d’autres à Médine, mais des rédacteurs différents suivant les circonstances historiques, comme je vais tenter de le montrer dans le chapitre suivant.

La mise par écrit de la première version du Coran a pu être faite sous le calife Uthman vers 650. Cet assertion traditionnelle ne gène pas : c’est l’édition d’un texte qui existe déjà. Le Coran n’aurait été produit qu’à quatre exemplaires lors de cette première compilation (tous perdus). Le papier n’existant pas encore, la création d’un coran nécessitait d’énorme quantité de peaux de mouton, environ une peau complète pour deux feuillets de 40 cm, ce qui était la norme à l’époque.

Ce qui étonne, c’est l’écriture des plus anciens textes qui nous sont parvenus.

Pages de deux Corans anciens (VII ou VIIIe siècle)

Je rappelle ce que proclamait l’introduction du « saint Coran » : « … chaque voyelle a sa raison d’être et le simple fait d’omettre une voyelle peut être lourd de conséquence. » Or dans ces textes, il n’y a aucun signe diacritique : les voyelles brèves sont absentes et une même lettre peut représenter plusieurs sons différents. Dans l’alphabet arabe, il n’y a que 18 lettres pour 28 sons. C’est d’autant plus bizarre que nous avons des bons de réquisitions datant de la conquête de l’Égypte, datés de 643, comportant des signes diacritiques différenciant les sons.

On pourrait croire que cette mise par écrit ne servait que de support à la récitation et qu’il n’était donc pas nécessaire d’être précis. Mais il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, il faut trois ans pour apprendre à réciter le Coran en s’y attelant tous les jours. Les nouveaux convertis avaient d’autres choses à faire, c’étaient des guerriers.

Le Coran est écrit en arabe clair ou plutôt, « rendu clair ». Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui où on a perdu le contexte culturel de l’époque. Il a été rédigé dans un environnement cosmopolite, l’écriture est sommaire et beaucoup de termes font polémique ; empruntés au syriaque (araméen), à l’hébreu, au grec, etc., ils sont devenus ambigus, leur sens a changé avec le temps en intégrant le vocabulaire arabe.

Les écrits musulmans sur la conquête ne manquent pas d’incohérences et d’incongruités : Tabari, qui écrit au Xe siècle, nous relate que lors d’une entrevue entre le général arabe (Sa’d bn Abi-Waqquas) et son homologue persan, le musulman lui a proposé de se rendre : « si vous acceptez, nous ne vous attaquerons plus, nous nous en retourneront en vous laissant le livre de Dieu« . Nous sommes en 637 bien avant la mise par écrit du « livre de Dieu ».

Un développement historique

Je vais tenter de donner une chronologie au développement d’un premier coran embryonnaire élaboré du vivant de Mahomet ou peu de temps après sa mort. Ceci reste une hypothèse, les chercheurs ne sont arrivés à aucun consensus.

Après 622.
Le Coran naît dans un environnement multilingue et multiculturel. Chassés par les Byzantins qui reconquièrent les territoires que les Perses leur avaient pris depuis 612, les juifs fuient vers la péninsule arabique et se joignent aux disciples de Mahomet. Le Coran va s’affiner avec l’apport des rabbins juifs.

Avons-nous des preuves de cette mixité ? Elles sont au nombre de trois. Tout d’abord, la charte de Yathrib mentionne que les tribus arabes combattent sur le chemin de Dieu avec leurs clients juifs. Les juifs migrants ont été acceptés dans les tribus arabes comme clients, ce qui est conforme aux coutumes de l’époque.
Sébéos, un chrétien, dans son Histoire d’Héraclius (l’empereur byzantin) parle de l’exil des juifs d’Edesse : « Ils prirent le chemin du désert et arrivèrent en Arabie chez les enfants d’Ismaël (les Arabes) ». Plus loin, il parle de la conquête arabe et dénombre « 12000 enfants d’Israël pour les guider (les Ismaëliens) dans le territoire d’Israël ». 12000, car chaque tribu d’Israël compte 1000 représentants !
Enfin, la tradition musulmane donne à Umar, le deuxième calife (634-644), un conseiller juif, rabbi Ka’ab qui le guide dans le choix de l’emplacement du lieu de prière à construire à Jérusalem.

Durant cette période, le Coran encense les juifs, « ceux qui savent, ceux qui donnent l’exemple« , et reprend les histoires des personnages bibliques.

Le début des Omeyyades (660).
Lors de la conquête, des tribus arabes chrétiennes, les Ghassanides, se joignent aux disciples de Mahomet. Elles prennent même la direction des opérations et portent au califat la dynastie des Omeyyades. Il est probable que l’entente avec les juifs, trop intransigeants sur les questions religieuses et ennemis des chrétiens, dégénère. Ce qui se marque dans le Coran où les juifs deviennent des ennemis à éviter : ils ont contrefait la parole de Dieu.
Jésus et les grands principes chrétiens font leur entrée dans le Coran. Mais les Ghassanides sont des hérétiques, ils rejettent le dogme de la Trinité imposé par les Byzantins. Dans le Coran, ces chrétiens orthodoxes seront traités d’associateurs, associant d’autres personnes au Dieu unique. La position des chrétiens dans le Coran est dès lors ambiguë, ils sont amis des musulmans et en même temps ennemis. Il faut bien comprendre qu’on parle de deux types de chrétiens.

On constate que plusieurs versets concernant Jésus ont été placés (ajoutés) à la fin des sourates. C’est le cas des sourates 4 et 5 (9 versets).

Abd al-Malik (685).
Sous le calife Abd al-Malik l’arabe remplace le grec et le farsi dans l’administration. On peut donc considérer que la langue arabe est arrivée à maturité : la tenue des documents officiels en arabe ne permet plus la moindre interprétation. Le Coran va être réécrit pour y ajouter des signes diacritiques. Les quelques corans qui étaient en circulation sont détruits. C’est la phase de canonisation du Coran. Il devient le support d’une nouvelle religion.

Jésus est omniprésent dans les textes ornant les murs du Dôme du Rocher construit sous Abd al-Malik, mais il n’est pas le fils de Dieu.

Les Abbassides (750).
En 750, la dynastie omeyyade est renversée et décimée par un coup d’Etat organisé par une armée composite venant des confins orientaux de la Perse. D’après la tradition, elle est commandée par un petit cousin de Mahomet, descendant de son oncle Abbas. Cette nouvelle dynastie prendra le nom d’abbasside. Damas est abandonnée au profit d’une nouvelle ville construite sur le Tigre, près de l’ancienne capitale de l’Empire perse, Ctésiphon. Cette nouvelle capitale du califat, c’est Bagdad. Si les Arabes sont toujours présents au gouvernement, la culture sera influencé par les Perses et petit à petit, la force armée passera aux mains des Turcs. Notons que l’animal chimérique qui transporte Mahomet vers Jérusalem, Buraq, est issu de la mythologie perse.

C’est peut-être à cette époque que le Coran devient la parole incréée de Dieu. Pour se faire, il faut lever les ambiguïtés de 332 versets qui visiblement ne sont pas prononcés par Allah comme : « Seigneur, je cherche ta protection contre les incitations du Diable » (Co. 23, 97). On a donc ajouté « Dis : » devant ces versets. Le verset cité devient : « Dis: Seigneur, je cherche… ».

Al-Mamun et les mutazilites (810).
Au IXe siècle, le calife, al-Mamun (813-833), privilégie le mutazilisme, courant religieux qui considère le Coran comme une oeuvre humaine, inspirée par Dieu. Et la modification du Coran continue. Ainsi, les 3 versets finaux de la sourate 59 semblent avoir échappés à l’ajout du « Dis :« . On y lit (Co. 59, 23) : « C’est lui Allah, le créateur, celui qui donne le commencement à toute chose… ». On peut penser que ces versets ont été ajoutés après la purge précédente et qu’ils sont restés tels quels lors du retour à l’orthodoxie (en 848), car trop de corans étaient en circulation pour les détruire.

Incidemment, on remarque que la sourate 58 a 22 versets, la 59 : 24 (dont 3 ajoutés ?) et le 60 : 13. Les divergences dans l’ordre des sourates seraient-elles dues à des ajouts ?

On peut supposer que les partisans d’Ali, les chiites, ont développé leur propre version du Coran faisant la place belle à la famille du prophète. C’est ce que raconte la tradition. Mais au Xe siècle, alors qu’ils prennent le contrôle de l’Egypte, ils adoptent le Coran sunnite. Ils vont créer en Egypte un califat chiite qui va dominer la Palestine et les lieux saints. Ils seront les principaux adversaires des croisés.

L’honnêteté m’oblige à citer des versets qui ne corroborent pas mon hypothèse, les versets 36 à 59 de la sourate 3 qui narrent la naissance de Marie et de Jésus. Ces versets interpellent par leur emplacement. Dans le contexte de la sourate, ils présentent Marie comme la sœur de Moïse et d’Aaron. De plus, ils ne représentent pas des paroles de Allah et ne sont pas précédés de « Dis » contrairement aux versets qui précédent : 31 et 32.

« Son seigneur l’agréa du bon agrément… (37)
« Alors Zacharie pria son seigneur… (38)
« Et Allah lui enseigna l’écriture… (48)

En quoi est-ce un problème ? Ses versets sont déjà connus de Jean de Damas qui est mort en 749… avant l’arrivée des Abbassides. Dans mon hypothèse, ils auraient dû être corrigés.

Une curiosité.

Vingt-neuf sourates, dans les premières, commencent par des lettres isolées (par exemple : « A L D »). On a dit que c’était des hésitations de Mahomet et que par respect, ses secrétaires avaient tout retranscrit. Le « saint Coran » de Médine avoue son ignorance sur leur signification. François Déroche se demande si ce n’était pas des indications pour l’assemblage des sourates.

Conclusion

Le Coran n’a pas livré tous ses secrets, les chercheurs ont encore du pain sur la planche.

Mahomet

La vie de Mahomet nous est racontée dans la Sîra al-Nabawiyya (« la vie du prophète ») qui aurait été écrite par ibn Ishaq (mort en 767) à la demande du calife Al-Mansur (754-775) pour faire connaître Mahomet à son fils Al-Mahdi. Nous n’avons pas conservé cette version. La version qui nous est parvenue est due à ibn Hicham (mort en 828) qui dit s’inspirer de son prédécesseur.

Au XIXe siècle, Ernest Renan (1823-1892), professeur au Collège de France, se réjouissait de connaître tous les détails de la vie de Mahomet. Aujourd’hui force est de constater avec Bernard Lewis que « l’on sait peu de chose sur les ancêtres et la vie de Mahomet. Et ce peu diminue constamment à mesure que les progrès de l’exégèse moderne remettent en question l’un après l’autre les divers éléments de la tradition musulmane ».

La vie de Mahomet d’après la Sîra

Mahomet, en arabe Muhammad, naît à La Mecque dans une famille pauvre, celle d’Abd al-Muttalib, du clan des Hachémites, de la riche tribu des Quraysh ou Qurayshites (lire « kouraïche »).

Il est né le premier septembre 570, l’année de l’éléphant. Cette année-là, les troupes du roi d’Abyssinie, l’Éthiopie actuelle, Abraha, maître du Yémen, attaquent La Mecque montées sur des éléphants. Dieu envoie des oiseaux, qui bombardent les envahisseurs de cailloux et les mettent en fuite.

Le père de Mahomet, Abdallah (« le serviteur de Dieu ») meurt durant la grossesse de son épouse Amina (« la fidèle »). À sa naissance, Mahomet est confié à une nourrice et grandit parmi les Bédouins (les nomades). Alors qu’il a 6 ans, des anges lui ouvrent la poitrine et lui lavent le cœur. La nourrice prend peur, considère l’enfant comme fou et le ramène à sa mère. Celle-ci meurt peu après sans avoir eu d’autres enfants. Mahomet est orphelin et seul. Il est recueilli par son oncle Abu Talib. Il protégera Mahomet des attaques de ses concitoyens réticents à sa prédication tant qu’il vivra. Mais pour l’instant, Mahomet grandit parmi les siens et devient caravanier. La Mecque n’est-elle pas un grand centre caravanier où se croisent les convois entre le Yémen au sud et la Syrie-Palestine, le Sham au nord ?

Lors de ses nombreux voyages, il rencontre des juifs, des chrétiens, des sabéens et des zoroastriens qu’il écoute et avec qui il discute. Il voit des ruines de cités détruites, Pétra au nord et Ma’rib au sud, qu’il considérera comme un châtiment d’Allah.

Entre 20 et 25 ans, il devint l’homme de confiance d’une riche veuve Khadija, négociante, propriétaire de caravanes. En 596 (ou 600), il l’épouse malgré la différence d’âge, elle a 15 ans de plus que lui. Il ne prendra aucune autre femme jusqu’à sa mort en 619. Elle lui donnera quatre filles dont Fatima et deux fils morts en bas âge.

La révélation

Mahomet aime à se retirer dans la grotte Hîra sur le mont Nûr près de La Mecque pour y prier. Une nuit de 610, le 28 du mois de Ramadan, l’ange Gabriel lui apparaît et l’apostrophe : « Lis (ou récite) » lui dit l’ange.
« Mais je ne sais pas lire » lui répond Mahomet.
« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé l’homme d’un caillot de sang ! Lis car ton Seigneur est le Très Généreux : il enseigne par le calame (le stylet pour écrire), il a appris à l’homme ce qu’il ignorait ». (Co. 96, 1-5)

Ainsi commence la révélation qui durera 22 ans. Notons que ce premier contact avec Dieu ne se trouve pas dans la première sourate du Coran, mais la 96ème.

Bien sûr, Mahomet en est bouleversé, on le serait à moins, mais il peut compter sur Khadija pour le soutenir. Après trois années de silence, les révélations reprennent. Quand l’esprit se révèle à lui, Mahomet entre en transes, s’entoure de son manteau, tremble et transpire abondamment.

Il a comme mission de convertir sa tribu au dieu unique : Allah ou al-Rahman (le Miséricordieux) déjà connu des membres de sa tribu qui en ont fait leur dieu suprême assisté de déesses et de multiples idoles. Il prédit de grands malheurs, des destructions si sa tribu ne se rallie pas à Allah, comme dieu unique, qui rétribue les actions humaines et s’ils n’abandonnent pas leurs idoles. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Il est raillé : comment un simple caravanier ose-t-il prendre la parole dans les assemblées ? Heureusement, son oncle le protège.

Une nuit, l’ange Gabriel l’invite à monter sur le dos d’un animal mythique, Buraq, mi-femme, mi-cheval ailé. Il est transporté vers Jérusalem d’où il monte vers les cieux. Dans le premier ciel, il rencontre Jésus, Moïse loge au cinquième ciel et Allah le reçoit au septième ciel où il trône à côté du Coran incréé.

Lorsqu’il raconte ce voyage, ses concitoyens se pâment de rire. Il prévient alors qu’une caravane, qu’il a aperçue du ciel, arrivera deux jours plus tard. Malgré la réalisation de cette prédiction, peu de personnes croient en son message et en son aventure. Aïcha, qui deviendra la femme du prophète, dans un hadith qui lui est attribué, certifie que Mahomet lui aurait dit qu’il avait voyagé en rêve. Cela n’empêche pas la Sîra d’en faire l’épisode de la vie de Mahomet qui justifie que Jérusalem soit considérée comme la troisième ville sainte de l’islam.

Mahomet est donc rejeté des siens. Il n’a pas l’aura des anciens et il ne parvient pas à les convaincre. Il change de stratégie, il conseille à ses concitoyens d’interroger les « gens du Livre », les juifs et les chrétiens qui ont eu une révélation identique pour leur peuple. En vain.
Il n’a pas plus de chance auprès des Bédouins. On lui demande des miracles, comme en a fait Moïse qu’il a pris comme modèle, mais comme le dit le Coran, ce n’est qu’un homme, un messager.
Craignant pour leur vie, la majorité de ses fidèles, une centaine de personnes, va se réfugier en Abyssinie, où le Négus, le roi chrétien les prend sous sa protection.

En 619, son protecteur et sa femme Khadija meurent. Mahomet est seul et de plus en plus raillé : « C’est un djinn (esprit de feu créé par Allah) qui le possède ». Les membres de sa tribu lui posent des questions auxquelles il ne peut répondre. Il n’a rien inventé, il ne connaît que ce que l’ange Gabriel lui révèle petit à petit. Il passe pour un fou.

En 620, lors du pèlerinage annuel à la Kaaba, auquel participent les Bédouins et les tribus des alentours, il prend contact avec des gens venant de Yathrib, une oasis à 400 km au nord de La Mecque. Cette oasis est occupée par deux tribus arabes rivales, les Aws et les Khazradj, ainsi que par trois tribus juives : les Banu Nadir, les Banu Quraydha et les Banu Qaynuqa qui fabriquent des armes et des objets en or. Les tribus arabes sont en conflit permanent. On l’invite donc à venir à Yathrib en qualité d’arbitre et de conciliateur.

L’hégire

En 622, le 16 juillet, un vendredi, jour de la création d’Adam, Mahomet fuyant La Mecque entre dans Yathrib, où les deux tribus arabes se convertissent collectivement et se réconcilient. Yathrib devient al Madinat an Nabi, la Ville du Prophète, Médine en français. C’est l’hégire (l’immigration), le début de l’ère musulmane.
Mahomet passe du statut d’avertisseur, de messager au statut de juge, d’envoyé de Dieu et de prophète.
On donne une maison à Mahomet à la périphérie de la ville dans le jardin de laquelle il fait construire la première mosquée. À cette époque, la prière était orientée vers Jérusalem.

Les tribus réconciliées s’accordent sur un traité où tous, musulmans et juifs ne font qu’une seule et même communauté : la Umma.

Mais l’entente est de courte durée. Les interprétations de la Torah que fait Mahomet incitent les juifs à l’ironie : on est dans l’à-peu-près. C’est la rupture. Mahomet accuse les juifs et les chrétiens d’avoir perverti le message qu’ils ont reçu, ils ont modifié les écritures. Alors que les juifs étaient, à La Mecque, des gens qu’il fallait écouter, car ils savaient, ils deviennent des falsificateurs à Médine. L’orientation de la prière se déplace de Jérusalem vers La Mecque, le jeûne est fixé au mois de Ramadan et la polygamie est rétablie.

Les dix dernières années de sa vie, Mahomet devient un chef de guerre.
Comme un pilleur, il attaque les caravanes des Quraysh de La Mecque, qui sont devenus ses ennemis, même lors des mois sacrés. Il tue lors des razzias, ce qui était interdit par les lois tribales. Ses alliés s’en inquiètent, mais Allah vient à son secours : « Combattre en ce mois est un péché grave, mais il est encore plus grave de détourner les hommes de la voie de Dieu, de ne point croire en lui… »

C’est la guerre contre les Quraysh. Ceux-ci tentent à plusieurs reprises d’en finir avec le prophète. Ils assiégèrent plusieurs fois Médine.  En 624, à la bataille de Badr, Mahomet est resté en arrière, il n’a pas combattu. On lui conteste son droit au butin, mais Allah révèle : « Le cinquième du butin revient à Dieu, au Prophète et à ses proches, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs. »

Après cette victoire, les juifs des Banu Qaynuqa sont chassés de Médine.
En 625, c’est au tour des Banu Nadir de subir le même sort.
Mahomet se débarrasse de ses détracteurs. Après les juifs, il s’en prend à la poétesse Asma bint Marwan qui ridiculisait les hommes de Médine « car ils suivaient un homme qui n’était pas de leur lignée et qui racontait des bobards ». Il la fait assassiner.

En 626, accusé de tiédeur dans les combats, les Banu Quraydha sont massacrés : ils sont égorgés et jetés dans une fosse commune. Leurs femmes et leurs enfants font partie du butin que l’on partage. Mahomet se choisit Rihana qui devient son épouse. La Sîra raconte (vol 2, 58-60) : « Le prophète recommanda à ses compagnons : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le.»… Il prit près de 400 prisonniers et donna l’ordre de leur trancher la gorge. Les Khazraj se livrèrent à cette tâche avec plaisir. La joie se lisait sur leurs visages, alors que les Aws gardaient le visage fermé. C’est que les juifs s’étaient jadis alliés aux Aws contre les Khazraj. Le prophète s’étant souvenu de ce pacte, livrera les derniers juifs aux Aws … il donna à tuer un juif pour deux hommes des Aws et leur dit : « Le premier frappera et le second l’achèvera ». »

En 628, Mahomet marche sur La Mecque, mais l’attaque n’a pas lieu, une trêve est conclue : l’année suivante, 2000 fidèles pourront venir en pèlerinage.

En 630, Mahomet revient à La Mecque sans rencontrer de résistance, la trêve prévoyait que les Quraysh quittent la ville lors du pèlerinage. Il y détruit les 360 idoles, qui garnissaient la Kaaba.

Le chef des Quraysh, Abu Sufyan, enfin convaincu, signe la capitulation, il se soumet, il devient « musulman ». Cette soumission est célébrée par le mariage de Mahomet et d’Habiba, la fille du chef des Mecquois.

Mahomet n’aura fait qu’un pèlerinage : il meurt le 8 juin 632, sans héritier et sans avoir réglé sa succession. Une violente crise éclate, elle va durer de longues années.

Notons que Tariq Ramadan a rédigé une biographie du prophète expurgée des scènes de violence, …plus acceptable par les non musulmans.

Commentaires

Que sait-on de l’existence de Mahomet ? J’ai consacré un article à ce sujet. D’après des sources indépendantes, contemporaines des événements, Mahomet aurait été un chef de guerre considéré comme un prophète par ses disciples… et par des juifs. C’est tout ce qu’on sait.

La Sîra contredit le Coran : Mahomet n’a pas fait de miracle d’après celui-ci alors que la Sîra en regorge.

Elle contredit les sources contemporaines en le présentant comme un illettré. En 660, un chroniqueur arménien décrit Mahomet comme « instruit et très versé dans l’histoire de Moïse« . Un document, contenu dans la Sîra, la charte de Yathrib, dont je vais reparler, commence par « ceci est un écrit du messager de Dieu« . Mais pour les musulmans, il doit être illettré, car le « Coran est l’oeuvre de Dieu, un homme n’aurait jamais pu écrire un livre aussi beau« .

La vie de Mahomet se passe entre La Mecque et Yathrib, nommée Médine. Or rien ne permet d’affirmer que La Mecque ait été une importante ville caravanière. Tout d’abord, à cette époque, les VIe et VIIe siècles, le commerce international se faisait par voie maritime, contournant la péninsule arabique. Ensuite, la ville est construite dans une cuvette aride, couverte de caillasse, où rien ne pousse, ce n’est pas une oasis. Elle ne pouvait pas subvenir aux besoins des caravanes.

Par contre, c’était probablement un lieu de pèlerinage pour les nomades qui venaient implorer leurs dieux pour obtenir la pluie, car à certaines périodes, des torrents d’eau déboulent des montagnes avoisinantes et inondent la cuvette. Le pèlerinage actuel mime ce dévalement des eaux par une course des pèlerins du mont Arafa vers la plaine de Mina. Ces inondations ont détruit plusieurs fois la Kaaba.

Il est probable que lors des pèlerinages, la Kaaba ait servi à déposer les pierres (bétyles) qui représentaient les dieux de Bédouins. Les sédentaires construisent des temples pour leurs dieux, les nomades les emportent avec eux sous forme de pierre. Ceci explique que Mahomet ait détruit 360 idoles lors de son pèlerinage et qu’une pierre noire orne toujours la Kaaba.

La Mecque occupe la même situation que Pétra (actuellement en Jordanie). Mais Pétra, grâce à un ingénieux système de canalisations et de rétention des eaux, est devenue une ville prospère qui est retournée au désert dès que les canalisations n’ont plus été entretenues. On ne retrouve nulle trace de canalisations à La Mecque. Il faut dire que les fouilles archéologiques y sont interdites… alors que les bulldozers retournent les terrains pour y construire des hôtels de luxe.

Autre fait troublant : il est peu probable que des « tribus » juives aient vécu si loin à l’intérieur de la péninsule arabique. Leur présence est attestée dès le IVe siècle, mais dans le nord de la péninsule. De plus, si Mahomet s’en est pris aux tribus juives, entre 624 et 626, pourquoi lit-on dans un récit (Doctrina Jacobi), daté de la période 634-640, mettant en scène des juifs à qui on annonce la défaite des Byzantins contre les armées de Mahomet à Gaza : « Et nous les juifs, nous étions dans une grande joie. On disait qu’un prophète était apparu, venant avec les Saracènes, et qu’il proclamait l’arrivée du Christ Oint qui allait venir.« 

Que du contraire, dans la charte de Yathrib qui, je le rappelle est reprise dans la Sîra, les disciples de Mahomet et les juifs sont unis dans une « umma », une confédération dont le but est de guerroyer « sur le chemin de Dieu ». Ce document, dont une autre source existe indépendamment de la Sîra, parle non pas de 2 tribus arabes et de 3 juives, mais de 8 clans arabes et leurs alliés ou clients juifs.

Conclusion

Cette histoire a été reconstituée 200 ans après la mort du prophète. Elle n’a pas de crédibilité historique, elle a été écrite pour justifier le Coran, elle fait partie d’une discipline appelée les « circonstances de la révélation ». Aucun des événements contés dans la Sîra n’est confirmé par une source indépendante.

Aïd el-Kébir (Fête du sacrifice)

Origine de cette fête

Du dimanche 11 août au jeudi 15, c’est l’Aïd el-Kébir pour les musulmans, littéralement « la grande fête » . Ce sacrifice trouve son origine dans le premier livre de la Bible, la Genèse, et plus précisément dans la saga d’Abraham. Abraham et sa femme Sarah vieillissent et n’ont pas d’enfant. Or Dieu a promis a Abraham qu’il serait père d’une multitude de nations (Ge. 17, 4). Il engrosse donc sa servante/esclave égyptienne Agar. Elle enfante d’un fils : Ismaël. Mais lorsque Abraham eut 100 ans, sa femme donna naissance à un second fils Isaac. Sarah chassa alors Agar et son Fils Ismaël vers le désert de Bersabée (Beersheva) au nord du désert du Néguev, à 80 km au sud-ouest d’Hébron, la résidence du patriarche.

Un jour, Dieu appela Abraham et lui dit : « Prends ton fils unique, Isaac, va au pays de Moriyya où tu me l’offrira en sacrifice » (Ge. 22, 2). Abraham obéit. Cependant, Dieu se contenta de sa soumission et lui permit de sacrifier un agneau à la place de son fils. C’est là l’origine de la fête de l’Aïd el-Kébir pour les musulmans.

Petite parenthèse sur Isaac. Ce personnage ne joue aucun rôle dans la Bible, sinon d’être le fils d’Abraham et le père de Jacob, soit le lien entre deux récits totalement indépendants… dans le temps et dans l’espace : les histoires d’Abraham et de Jacob.
La saga de Jacob est la plus ancienne et était contée dans le nord de la Palestine, dans l’Etat d’Israël (région de Penouël). Celle d’Abraham vient du sud, de l’Etat de Juda (région d’Hébron). Les deux histoires ont été réunies après 722 avant notre ère, lorsque les Assyriens se rendirent maître d’Israël et qu’une partie de ses habitants trouva refuge à Jérusalem dans la royaume de Juda.

Cette histoire de sacrifice a été reprise dans l’islam en changeant les personnages et l’emplacement. Abraham a offert son fils Ismaël en sacrifice à Dieu sur le site de la ville de La Mecque. D’où vient se changement, que nous dit le Coran ? Étrangement, le Coran reste muet sur l’emplacement et le nom du fils.

Que lit-on dans la sourate 37 du Coran :

101 Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime.
102 Puis quand celui-ci fût en âge de l’accompagner, il dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». Il dit: « Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants »…
112 Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux.
113 Et nous le bénîmes ainsi que Isaac

Ismaël n’est pas mentionné dans ces versets du Coran. Isaac apparaît dans la suite de la sourate. Dans le Coran officiel, celui de Médine de l’an 1400 de l’Hégire (2019), le traducteur a remplacé « Il dit » du verset 102 par « (Ismaël) dit ». Ismaël est entre parenthèses pour indiquer comment il faut interpréter le verset.

Les musulmans ont substitué Ismaël à Isaac, car dans la Bible, les Arabes sont appelés Ismaéliens. Ce qui est plutôt étrange car Ismaël est né qu’un père hébreux (Abraham) et d’une mère égyptienne (Agar) et qu’il aurait ensuite épousé une égyptienne (Ge. 21, 21)

Pourquoi égorger les agneaux sans les étourdir ?

Une nouvelle fois, le Coran ne dit rien sur la procédure de sacrifice qui a été récupérée du judaïsme. Un hadith précise : « Dieu a commandé le bien en toute chose. Si vous tuez, faites-le avec bonté, et si vous égorgez, faites-le également avec bonté. Aiguisez votre lame et accordez le repos à la victime. »

Alors pourquoi ? Pour un simple passage de la Bible (encore elle). On est après le Déluge, Noé reçoit les consignes de Dieu, les premiers commandements. Il lui dit : « Tout ce qui se meut et possède la vie, je vous le donne en nourriture… Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang. » (Ge. 9, 3-4). Le sang est donc l’âme !

Notons une autre incohérence, chez les chrétiens cette fois. Dans les Actes des Apôtres, Jacques, le chef de la communauté à la mort de Jésus, énumère les règles à respecter. Ce sont celles dictées par Dieu à Noé et Jacques souligne bien : « il est interdit de manger les viandes non-saignées« .

Conclusion

Tout ça n’est que du folklore d’un temps révolu, ce que les croyants appellent pudiquement la tradition. Que tous ces agneaux égorgés sans raison reposent en paix.

Paradis et Enfer

Chez les juifs

Dans le proto-judaïsme, la religion des juifs avant la destruction du temple de Jérusalem en 70 par les légions romaines de Titus, YHWH (Yahvé) n’est pas un dieu personnel, c’est le dieu de la communauté, comme tous les dieux de l’Antiquité (Amon, Baal, Zeus, Jupiter). Il ne récompense donc pas les bienfaits : à la mort, le corps retourne à la terre et l’âme vers Dieu : « Alors la poussière retournera à la terre dont elle vient et l’âme reviendra à Dieu qui l’a donnée » (Eccl. 12,7). Il n’y a pas de Paradis, il n’y a pas d’Enfer. Les bonnes actions sont récompensées dans le monde d’ici-bas.

Vu les origines diverses des livres de la Bible, on peut y retrouver des influences différentes, comme l’existence de spectres (livre des Rois) ou la résurrection (livre de Daniel). Après 70, la vision du monde à venir (la venue du Messie), la fin des temps va fortement évoluer, et la résurrection est envisagée… mais sera-t-elle physique ou spirituelle ? Le débat n’est pas clos.

Chez les chrétiens

Tout change avec le christianisme dont le Paradis devient un « argument de vente ». Pour le christianisme, le Paradis et l’Enfer sont des réalités physiques, ils existent… quelque part. Pour le chrétien, il est facile d’accéder au Paradis. Il suffit de se faire baptiser pour effacer le péché originel qui marque les hommes depuis Adam et Ève, et d’avoir la foi, c’est-à-dire croire à tout ce que le clergé dit, sans poser de question. Mais alors à quoi sert le jugement dernier si dès la mort on séjourne dans le félicitée éternelle face à Dieu ou au contraire on est soumis aux caprices sadiques de Satan et ses anges déchus ?

Face à l’incohérence de cette théologie eschatologique (concernant la fin du monde), le philosophe allemand Friedrich Nietzsche se déchaîne contre le catholicisme dans son ouvrage « L’Antéchrist » :

« Avec l’avènement du christianisme, c’est tout le sens du monde antique qui est perdu. Le contact avec la réalité cède le pas à un monde de pure fiction qui fausse, nie et dévalue cette réalité :

  • monde des causes imaginaires : Dieu, l’âme, le Moi, la Vérité.
  • monde d’effets imaginaires : péché, rédemption, grâce, châtiment, rémission des péchés.
  • monde où des êtres imaginaires, Dieu, esprits, âmes, commercent entre eux, où l’on a qu’une science imaginaire de la nature, ignorant le concept de cause naturelle.
  • monde où l’on traite d’une psychologie imaginaire de repentir, de remords, de tentation du Diable, de la présence de Dieu et des saints.
  • monde théologie imaginaire : le royaume de Dieu, le jugement dernier, la vie éternelle. »

Dans les évangiles, c’est le jugement dernier imminent qui prédomine, on ne parle pas de Paradis ni d’Enfer après la mort. Le judaïsme est toujours présent dans les débuts du christianisme.

Au fil du temps, la notion de Paradis et d’Enfer, associée à la bonté de Dieu, va poser certains problèmes : que deviennent les enfants innocents non baptisés, tous les péchés sont-ils équivalents ?

Les enfants non baptisés, sur lesquels pèsent toujours le péché originel ne peuvent pas aller au Paradis, mais ne méritent pas l’Enfer. Ils sont donc dans un état intermédiaire où ils ne souffrent pas, mais où ils n’ont pas de contact avec Dieu. Ce sont les limbes. En 2007, une commission du Vatican a « précisé » : « L’idée des limbes, que l’Église a employée pendant des siècles pour désigner le sort des enfants qui meurent sans baptême, n’a pas de fondement clair dans la Révélation, même si elle a été longtemps utilisée dans l’enseignement théologique traditionnel. » Cependant, cela « demeure une opinion théologique possible  ». Comprenne qui pourra.

Il existe des dizaines d’endroits en Europe, appelés sanctuaires à répit, où l’enfant est ressuscité un court instant pour permettre de le baptiser.

Notons que dans les débuts du christianisme, il fallait être adulte pour être baptisé. L’aspirant devait être instruit de la foi avant d’accéder au baptême. Clovis a dû se soumettre à deux ans d’étude avant d’être baptisé.

Les défunts, morts en état de grâce (ayant reçus les sacrements ad hoc), mais n’ayant pas fait une pénitence suffisante de leur vivant vont au Purgatoire, un lieu de purification, dont le terme apparaît au XII° siècle.
Il est intéressant de se pencher sur le catéchisme de 1992 :

Question 210 : Qu’est-ce que le purgatoire ?
Le catéchumène répond : Le Purgatoire est l’état de ceux qui meurent dans l’amitié de Dieu, assuré de leur salut éternel, mais qui ont encore besoin de purification pour entrer dans le bonheur du Ciel.

Question 211 (plus intéressante) : Comment est-ce que nous pouvons aider les âmes à être purifiées au purgatoire ?
À cause de la Communion des saints, les fidèles qui sont encore des pèlerins sur terre sont capables d’aider les âmes dans le Purgatoire en offrant des prières en suffrage pour eux, spécialement dans le Sacrifice eucharistique. Ils peuvent aussi les aider par des aumônes, les indulgences, et les œuvres de pénitence. 

Et voici les fameuses « indulgences ». Au début du XV° siècle l’antipape Jean XXIII permet la distribution d’indulgences pour réduire le temps de purgatoire. (Jean XXII est considéré comme antipape, car à l’époque, il y avait deux papes). En 1476, le pape Sixte IV décrète que les indulgences peuvent s’acheter. Il est ainsi à l’origine du commerce des indulgences dans l’Église catholique. On estime que l’abbaye de Montserrat en aurait fait imprimer 200 000 en trois ans, vers l’an 1500. C’est grâce à la vente d’indulgences que la basilique saint-Pierre de Rome a été construite.

Luther et Calvin vont s’élever contre ce commerce qui sera un des déclencheurs de la réforme (protestantisme).

Chez les musulmans

L’islam reprend les mêmes notions ambiguës de Paradis, d’Enfer et de jugement dernier que le christianisme. Le jugement dernier se fera même sous l’égide de Jésus.

Le Paradis est une oasis rafraîchie par des cours d’eau et ombragée par des arbres fruitiers.

« Hommes et femmes, ceux qui pratiquent les bonnes œuvres et qui croient en Dieu entreront dans le Paradis. » (Co. 4, 124). Ici, pas de rémission des péchés, le péché originel introduit par les chrétiens n’existe pas. Il suffit de croire, de se soumettre à Dieu.

L’Enfer, c’est le désert brûlant. Un des mots utilisés à de multiples reprises dans le Coran est Géhenne, un mot hébreu/araméen signifiant la vallée de Hinnom, une vallée étroite et profonde qui s’étendait au sud et au sud-ouest de la Jérusalem antique. D’autres mots sont utilisés dans le Coran : le feu, la fournaise, le brasier, etc.

« Le feu de l’Enfer est réservé aux incrédules. Ils ne seront pas condamnés à mort et leur supplice ne sera pas allégé. C’est ainsi que nous rétribuerons les négateurs» (Co. 35, 36). L’Enfer est réservé à tous les non musulmans… et aux injustes épouvantés par leur actes passés (Co. 42, 22).

Les enfants gâtés de la Péninsule arabique

Un peu de géopolitique

L’Arabie saoudite est un royaume gouverné depuis 2015 par Salmane ben Abdelaziz al Saoud (né à Riyad en 1935), le 25° fils du fondateur de l’Etat, ibn Séoud en 1932. La tribu d’ibn Séoud vivait dans le désert au centre de l’Arabie, dans la région de Riyad, ce qui explique que cette bourgade du désert soit devenue la capitale de l’Arabie saoudite. Les Séoud ont renversé le chérif de La Mecque, Hussein, pour prendre le contrôle de toute l’Arabie. Ils ont emmené avec eux des religieux rigoristes, les wahhabites.

Abu Dhabi est un émirat gouverné par Khalifa ben Zayed. Les citoyens de ce pays n’ont pas le droit de vote et la liberté d’expression y est fortement encadrée par des lois. Abu Dhabi, qui vit des rentes du pétrole, compte près de 3.000.000 d’habitants dont plus de 70% sont des travailleurs étrangers. Abu Dhabi, dont la capitale porte le même nom, est le plus important (80% du territoire) émirat des Emirats arabes unis, une fédération qui regroupe depuis 1971 sept émirats, dont Dubaï.

Le Qatar était pressenti pour faire partie des Emirats arabes unis, comme le Bahrein, mais ils ont choisi leur indépendance. L’émirat est gouverné par Tamim al-Thani. Le pays est surtout producteur de gaz. Le Qatar (capital Doha) compte près de 2.000.000 d’habitants, les plus pollueurs du monde en terme de rejet du CO2. Curieusement, il est membre de l’Organisation internationale de la francophonie.

Préambule

Dans la période 2013-2015, de nouveaux hommes forts arrivent au pouvoir dans la Péninsule arabique alors que le prix du baril amorce une chute due à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis qui gagne son indépendance énergétique. Ces nouveaux dirigeants ont été élevés dans le luxe et la démesure contrairement à leurs pères qui ont connu la vie du désert. L’exploitation du pétrole n’a débuté que dans les années 1950-1960 et n’a enrichi les producteurs qu’après la crise pétrolière de 1973.

Les amis

Le plus médiatisé de ces personnages est Mohammed ben Salmane, dit MBS, né en 1985, fils du roi d’Arabie saoudite, nommé ministre de la Défense en 2015.
Il lance un grand projet « Vision 2030 » pour diversifier l’économie et réformer la société. Il a déclaré :

« Nous retournerons à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions »
« Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant ».
« Les lois de la charia sont très claires. Comme les hommes, les femmes doivent s’habiller de manière décente… ce qui ne signifie pas porter une abaya ou un foulard noir »

Depuis 2018 les femmes ont accès au marché de l’emploi, elles peuvent créer et gérer leur entreprise sans passer par un tuteur, elles peuvent posséder le permis de conduire. Un tuteur est toujours indispensable pour voyager ou entreprendre des études. N’oublions pas que les Françaises sont restées sous la dépendance de leur mari jusqu’en 1965 ! Elles ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque ni travailler sans l’accord de celui-ci.

En Arabie, les cinémas ont ré-ouverts et un festival rock est même prévu : le Jeddah World Fest.

Vue des spectateurs lors d’un concert

Mais ce prince héritier est un impulsif, adepte depuis son enfance des jeux vidéo violents. Les observateurs disent de lui qu’il tire puis il réfléchit. Dès son entrée en scène, il fait arrêter des princes, des ministres et des hommes d’affaire.
En 2015, il lance une intervention militaire au Yémen dont j’ai déjà parlé.
En 2017, il retient prisonnier le président libanais Saad Hariri, en vacances en Arabie, et le force à démissionner. La raison ? Saad Hariri s’est allié aux chiites pro-iraniens pour former son gouvernement. Le président reviendra sur sa démission dès qu’il eut regagné son pays. Saad Hariri est membre de ces grandes familles corrompues qui s’enrichissent au Liban. Il a la nationalité française, saoudienne et libanaise !
Enfin, en octobre 2018, MBS ordonne l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’ambassade d’Arabie à Istanbul… ce qui va le décrédibiliser aux yeux du monde politique.

Dans l’émirat voisin d’Abu Dhabi, Mohammed ben Zayed, dit MBZ, né en 1961, frère de l’émir est nommé ministre de la Défense. C’est l’homme fort des Emirats arabes unis… au sens propre. MBZ est un paranoïaque. Le moteur de son ascension, c’est l’armée la plus puissante et la mieux entraînée de la région. Il organise chaque année le plus grand salon de l’armement du monde dans sa capitale. Il invite régulièrement des personnes influentes à assister à la démonstration de la puissance de son armée sur un immense terrain d’entrainement, un immense plateau hollywoodien. Le pays possède un char d’assaut pour 2500 habitants… proportionnellement 100 fois plus que la France ! On le considère comme le mentor de MBS qu’il a suivi dans sa guerre au Yémen. Lors du débarquement de son armée au Yémen, tous les observateurs pensaient que la guerre serait « courte et joyeuse ». En fait, c’est un bourbier, le Vietnam des agresseurs.

MBZ et MBS

MBZ a fait des Emirats arabes unis une destination touristique de premier ordre grâce à l’édification d’hôtels de luxe, la construction d’îles artificielles et surtout en affichant une grande tolérance en matière de mœurs. Ce qui n’a pas empêché certains membres de sa famille d’être accusés de tortures, notamment par la justice belge.

MBZ investit également dans la culture, il a fait construire une superbe succursale du Louvre pour laquelle son ami MBS a acheté le tableau de Léonard de Vinci, le « Salvator Mundi », le tableau le plus cher du monde : 400 millions de dollars ! Ces nouveaux dirigeants sont de grands enfants, ils ont besoin de s’affirmer… et ils en ont les moyens.
Récemment, MBZ a reçu le pape François.

L’ennemi

Le dernier des nouveaux venus est Tamim al-Thani, né en 1980. Il est l’émir du Qatar. Personnellement, il est peu connu, mais c’est un acteur important. N’a t-il pas obtenu l’organisation de la coupe du monde de football 2022, n’est-il pas propriétaire du Paris Saint-Germain… alors qu’il est supporter de Manchester United qui a éliminé miraculeusement le PSG de la coupe des champions (0-2 puis 1-3) ? Sa reconnaissance dans le monde, il la recherche par le sport. Il a également investi dans la télévision. La chaîne al Jazeera, c’est lui. Il possède les chaînes de sports payantes BeIN, bien connues en France. BeIN possède les droits de retransmission de tous les événements sportifs majeurs.

Tamim al-Thani (à gauche) lors d’une compétition sportive

Chacun veut s’affirmer sur la scène internationale. S’il n’y a pas de rivalité entre MBZ et MBS, ce n’est pas le cas avec Tamim al-Thani qui a eu l’outrecuidance de déclarer que l’organisation de la coupe du monde de football avait été attribuée à tous les Arabes : il s’érigeait alors en représentant du monde arabe. Les tensions se sont exacerbées en 2011 lors des printemps arabes : la chaîne al Jazeera a donné la parole à des extrémistes islamiques, les Frères musulmans, qui ont appelé à la révolte en Libye… et en Arabie saoudite où la famille Séoud est considérée comme ayant usurpé le pouvoir et le contrôle des lieux saints de l’islam. L’Arabie saoudite fera d’ailleurs capoter le printemps arabe en Egypte, où les Frères musulmans briguaient le pouvoir, en finançant le coup d’Etat du maréchal al-Sissi. Pour éviter la contagion révolutionnaire, 130 milliards de dollars ont alors été injecté dans le budget de l’Arabie saoudite pour acheter la paix sociale en augmentant les fonctionnaires, c’est-à-dire la majorité de la population.

En 2015, le Qatar refuse de participer à l’invasion du Yémen. C’est la goutte qui fait déborder le vase, le 5 juin, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis rompent leurs relations diplomatiques et économiques avec le Qatar, bientôt suivis par plusieurs pays musulmans. La frontière terrestre avec l’Arabie est fermée, les avions qatari ne peuvent plus survoler ses voisins et ses bateaux ne peuvent plus accoster dans leurs ports. La raison officielle de cet ostracisme est double : le Qatar est accusé de financer des groupes terroristes et d’être proche de l’Iran. Il y a un fond de vérité dans ces assertions. Le Qatar finance effectivement plusieurs factions rebelles en Syrie… mais la Turquie et les Etats-Unis font de même. Il soutient également les associations dominées par les Frères musulmans. Pour l’autre point, le Qatar et l’Iran se partagent l’exploitation d’un gisement gazier dans le Golfe persique… ce qui oblige le Qatar à rester en bon terme avec son colocataire.

Irrité de voir les Saoudiens branchés sur les télévisions qatari pour les événements sportifs, MBS a facilité le piratage des 10 chaînes de BeIN : les chaînes BeOutQ étaient nées. BeOutQ doit se comprendre comme « dégage Qatar ». BeOutQ, qui ne paie aucun droit de retransmission, émet à partir d’ArabSat le même contenu que BeIN avec quelques secondes de retard. Malgré les plaintes déposées par le Qatar, BeOutQ est toujours actif.

En mai 2017, Trump effectue sa première visite à l’étranger dans la Péninsule arabique avec son conseiller pour le Proche Orient, Jared Kushner, son beau-fils, totalement ignorant des problèmes de la région. Trump, comme à son habitude, affiche un avis sur tout et lâche cette phrase assassine : « Si vous pouvez résoudre le problème avec le Qatar, allez-y« … avant de se rétracter lorsqu’on lui souffle à l’oreille que la plus importante base américaine de la région se trouve au Qatar !

Ne prenons pas parti, ne plaignons pas le pauvre émir du Qatar. Il possède une fortune personnelle estimée à 2,5 milliards de dollars. Il a probablement puisé dans cette cassette pour acheter l’organisation de la coupe du monde de football 2022. Pour cette coupe, on estime que la construction des stades va provoquer, à terme, la mort de plus de 4000 « esclaves » hindous et népalais, victimes d’accidents sur les chantiers peu sécurisés.

En guise d’épilogue

Deux petites anecdotes en conclusion.

Les Emirats arabes unis ont organisé la coupe d’Asie des nations 2019, rassemblant 56 pays… dont le Qatar. L’Australie tenante du titre a été éliminée en quart de finale par le pays organisateur : les Emirats (0-1). Ceux-ci ont été éliminés en demi-finale… par le Qatar (0-4). Le Qatar qui a remporté la coupe en battant le Japon 3-1.

Au sommet du G20 2018 organisé en Argentine, Mohammed ben Salamne a été snobé par la plupart des invités suite à l’assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul deux mois auparavant. Cette isolation a été mise à profit par Poutine pour se rapprocher des Arabes, espérant des retombées économiques.

Inspiré par le documentaire : Golfe : la guerre des princes.

Jésus dans le Coran

Jésus tient une toute petite place dans le Coran : 59 versets, qu’il partage avec sa mère, sur un total de 6236.
Sa présence ne doit pas nous étonner vu que les premiers califes omeyyades étaient chrétiens. 59 versets, c’est peu, mais en comparaison, Mahomet n’est jamais cité. Lorsqu’ils lisent ou récitent le Coran, les musulmans comprennent que les références à « mon serviteur » ou à « tu » ou même à « il » hors contexte s’adressent à Mahomet. Parfois, le nom de Mahomet a été ajouté, ainsi dans le verset 2 de la sourate 68 : « Tu (Mahomet) n’es pas, par la grâce de ton seigneur, un possédé. » La tradition considère le début de cette sourate comme la première révélation faite à Mahomet.

Dans le Coran, Jésus est nommé Issa (Isa). Ce qui est curieux, puisqu’en arabe, Jésus se dit Yasou. Issa viendrait d’Ésaü, un personnage biblique, petit-fils d’Abraham, frère de Jacob qui est aussi appelé Israël. Jésus serait donc le frère d’Israël. Pure conjecture.

Le Jésus du Coran n’est pas le Jésus des évangiles et cela non plus ne doit pas nous étonner : les arabes chrétiens de Syrie ne reconnaissaient pas le dogme des Byzantins, ils étaient hérétiques. Dans le Coran, Jésus est un être exceptionnel certes, mais pas Dieu, ni le fils de Dieu, au mieux un prophète (Co. 5, 72).

Les 59 versets qui concernent aussi bien Jésus que Marie, seule femme citée dans le Coran, sont éparpillés dans 8 sourates, 8 chapitres différents. Mis bout à bout comme dans les Grands Thèmes du Coran de Jean-Luc Monneret, ils ne racontent pas une histoire, ce sont des tranches de vie.

Voyons cela en détail.

Jésus est né hors mariage, d’une jeune fille nommée Marie, qui est accusée d’avoir commis une action monstrueuse (Co. 19, 27). Dès sa naissance, Jésus parle (Co. 19, 28-34). Il se bénit lui-même : «Que la paix soit avec moi au jour de ma naissance, au jour de ma mort et au jour où je serai ressuscité vivant».

Jésus fait des miracles, cette fois, avec la bénédiction d’Allah. Il guérit les aveugles, les lépreux et ressuscite les morts… «Tout ceci n’est que pure magie» tempère le Coran (Co. 5, 110).

Le Coran reprend un événement raconté dans un apocryphe chrétien : L’Évangile de l’enfance selon Thomas. Jésus fabrique des oiseaux en argile puis, en soufflant, leur donne vie. Les mots utilisés sont les mêmes que ceux employés lorsqu’Allah donne vie à Adam. Jésus a donc le même pouvoir que Dieu ? Dans l’Évangile de l’enfance, Jésus fait s’envoler les oiseaux car les Juifs lui reprochent d’avoir créer ces jouets un jour de sabbat ; il fait donc disparaître l’objet du délit.

Jésus annonce la venue d’un messager de Dieu (Co. 61, 6), ce sera Ahmad (pas Mahomet).

Il prend des apôtres, ses auxiliaires face à l’incrédulité des Juifs (Co. 3, 52). Certains Juifs le suivent, d’autres nient (Co. 61, 14). Mais Jésus n’est qu’un prophète (Co. 5, plusieurs versets). Jésus affirme : «Ô enfants d’Israël adorez Dieu qui est mon seigneur et le vôtre.» (Co. 5, 72).

Il est qualifié de Messie (Co. 4, 157) ! Faut-il y voir une erreur d’interprétation ? Jésus-Christ, qui était devenu le nom commun de Jésus au cours des siècles, a t-il été traduit par « le Messie Issa » … ce qui est un non-sens pour les musulmans ?

Les Juifs ourdissent un complot contre Jésus (Co. 3, 54) mais il n’a pas été mis à mort, un autre a pris sa place (Co. 4, 157). Il a été rappelé à Dieu (Co. 5, 55). Le verset 3, 59 montre l’importance de Jésus : « Aux yeux d’Allah, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut.»

Pourquoi Jésus est-il monté vivant vers Dieu ? Car il doit revenir à la fin des temps : «En vérité, le retour de Jésus sera le signal de l’arrivée de l’Heure. » (Co 43, 61)

Pour les musulmans sunnites, c’est donc Jésus qui jugera les hommes au jour de la résurrection (Co. 4, 159) et pas Mahomet. Jésus est un être exceptionnel d’après le Coran, Mahomet n’est qu’un homme. Un des minarets de la Mosquée des Omeyyades à Damas porte le nom de Jésus. C’est là qu’il descendra sur terre. Il reviendra pour 40 ans, éliminera l’Antéchrist (al-Dajjâl) et puis mourra. Jérusalem sera le centre de ces événements. La Mecque est donc supplantée par Damas et Jérusalem.

La tradition s’est enrichie au fil des siècles pour donner une place plus importante à Mahomet. Ainsi, à l’appel de l’ange Isrâfîl , « il se mettra debout, chassant la poussière de sa barbe bénie et de ses cheveux et regardera à sa droite et à sa gauche… ».

1991 : le bal des dupes

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent leur petit voisin du sud, le Koweït. Saddam Hussein, le président de l’Irak, invoque trois prétextes :

  • Le surproduction du Koweït et des Emirats arabes a fait chuté le cours du pétrole de 19 à 10 $ le baril, faisant perdre 7 milliards de dollars par an à l’Irak.
  • L’Irak accuse le Koweït de creuser de nouveaux puits en oblique sous sa frontière.
  • Enfin, l’Irak considère le Koweït comme une province détachée de l’Irak par la Grande Bretagne en 1922.

Mais la vraie raison est ailleurs. La guerre meurtrière qui a opposé l’Irak à l’Iran vient de se terminer sans vainqueur. Guerre durant laquelle les Etats-Unis ont livré des missiles et des armes chimiques à l’Irak. L’Irak est exsangue et les pays qui ont financé la guerre réclame le paiement des dettes. Le Koweït a prêté 15 milliards de dollars à l’Irak, l’Arabie saoudite 45 milliards.

L’invasion a chassé l’émir du Koweït, cheikh Jaber Al-Ahmad, vers les Etats-Unis qui l’accueillent à bras ouverts bien qu’ils aient soutenu Saddam Hussein durant sa guerre contre l’Iran. Pour sa part, l’Arabie saoudite s’inquiète. La CIA lui a fait parvenir des photos d’une incursion des troupes irakiennes sur son territoire, photos qui ne seront jamais publiées. Fake news. L’Arabie demande l’aide des Etats-Unis. Après d’âpres discussions plus de 100.000 militaires américains sont déployés dans le nord de l’Arabie. C’est l’opération Bouclier du désert.

Cette installation des Américains va avoir des conséquences aussi énormes qu’inattendues. Un certain Oussama Ben Laden, dont la famille est très proche du pouvoir saoudien et qui a fait ses preuves militaires en Afghanistan avec le soutien des Américains, propose au roi Fadh d’utiliser sa milice pour défendre le pays contre les Irakiens. A la suite du refus du roi, il l’accuse de corruption et d’autoriser des infidèles à souiller le sol sacré de l’Arabie saoudite. Son passeport saoudien lui est retiré… l’histoire d’Al-Qaïda est en marche.

Aux Etats-Unis la propagande anti Saddam Hussein s’organise. De héros, il devient un monstre, un autre Hitler qui projette d’envahir tous ses voisins. Une ING se constitue : « Citizens for free Koweit » . L’émir Jaber loue les services de l’agence de communication Hill and Knowlton pour un montant de 12 millions de dollars (de l’époque). Cette agence fournit des films de propagande aux médias, elle analyse les réactions de la population américaine par une série de questions faisant appel à sa sensibilité. Enfin, elle tient son sujet. Le 14 octobre 1990, une toute jeune fille Nayirah, présentée par les médias comme une infirmière, dévoile l’innommable devant une commission du sénat américain : des soldats irakiens ont fait irruption dans une maternité de Koweït City et ont embarqué les couveuses pour les transporter en Irak, jetant au sol les nouveaux-nés. Elle est en pleurs : 22 bébés ont été assassinés.

Nayirah devant la commission du sénat américain

Amnesty International surenchérira, ce n’est pas 22 bébés mais 74 ! Nayirah continue : « Les Irakiens ont tout détruit au Koweït. Ils ont vidé les supermarchés de nourriture, les pharmacies de médicaments, les usines de matériel médical, ils ont cambriolé les maisons et torturé des voisins et des amis. J’ai vu un de mes amis après qu’il ait été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on aurait dit un vieillard. Les Irakiens lui avaient plongé la tête dans un bassin, jusqu’à ce qu’il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps. Il a beaucoup de chance d’avoir survécu. »

Mme Thatcher enjoint George Bush d’intervenir. Le Conseil de sécurité de l’ONU est convoqué. Un pédiatre koweïtien vient témoigner : il a vu la tombe de 122 enfants tués dans les maternités. La résolution 678 du 29 novembre 1990 adresse un ultimatum à l’Irak, qui a jusqu’au 15 janvier 1991 pour évacuer le Koweït, sous peine d’intervention militaire

Le 12 janvier 1991, le Sénat américain vote l’intervention militaire par 52 oui contre 47 non. Le 17, le journaliste Alexander Cockburn dénonce la supercherie dans un article : il y aurait 122 couveuses à Koweït City alors que le plus grand hôpital de Los Angeles n’en compte que 13. Mais c’est trop tard, la guerre est déclarée : c’est l’opération Tempête du désert. Trente quatre nations vont s’attaquer à l’Irak. La guerre durera 5 semaines.

Epilogue

La plupart des infrastructures de l’Irak ont été détruites. Le montant des réparations est estimé à 500 milliards de dollar. On estime à 150.000 le nombre d’Irakiens qui ont perdu la vie.

Le dernier convoi irakien, militaire et civil, à quitter le Koweït a été pulvérisé par l’aviation américaine.

732 puits de pétrole koweïtiens ont été incendiés et 20 millions de tonnes de pétrole déversés sur le sol.

La guerre a coûté aux alliés plus de 100 milliards de dollars, surtout financés par l’Arabie saoudite..

Le journaliste John Martin de la chaîne ABC a retrouve le médecin qui a témoigné à l’ONU. Ce n’est pas un pédiatre, mais un dentiste et il ne souvient plus où les enfants ont été enterrés. Un autre journaliste, Andrew Whitley a enquêté dans les 3 hôpitaux de Koweït City : les couveuses étaient bien en place et aucun enfant n’avait été tué par les soldats irakiens. Mais tant les infirmières que les médecins étaient convaincus que si leur maternité avait été épargnée, ça s’était bien passée dans les autres.

John Mac Arthur du magazine Harper’s a identifié l’héroïne de l’histoire, Nayirah. Elle s’appelle Nayirah Al-Sabah, c’est la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, membre de la famille royale.

L’opinion publique est prête, les organismes de communication ont bien rôdé leur discours, les politiciens sont toujours aussi naïfs. Tout est prêt pour le deuxième acte : les armes de destruction massives.

Inspiré par le documentaire 1991, première guerre du Golfe de Bénédicte Delfaut

Mutazilisme

Dans mon article précédent, j’ai mentionné la mosquée Fatima qui devrait s’ouvrir en France. Le projet est porté par l’imame Kahina Bahloul et par Faker Korchane qui est professeur de philosophie et président de l’association pour la renaissance de l’islam mutazilite.

Qu’est que le mutazilisme ? C’est un courant qui s’est développé très tôt dans l’islam, parallèlement aux courants sunnites et chiites traditionalistes.

En 833, le calife Al-Mamun, prend le parti des mutazilites qui professent que le Coran est, certes, inspiré par Dieu, mais néanmoins une création de l’homme. Ils assimilent la doctrine basée sur un Coran incréé à la doctrine chrétienne selon laquelle la Parole de Dieu, qui est le Christ pour les chrétiens, serait incréée et éternelle, comme Dieu. Cette doctrine professerait donc du polythéisme. Le Coran incréé et l’omniscience de Dieu entraîne un autre problème : comment se fait-il que certains versets aient été abrogés et remplacés par d’autres… meilleurs ? La notion du bien (halal) et du mal (haram) est-elle relative ?

Sous Al-Mamun, le mutazilisme devient la « religion » officielle. Cette doctrine est influencée par les textes des philosophes grecs qui sont en train d’être traduits en arabe et surtout par Aristote pour qui « une puissance impersonnelle, imperturbable et parfaitement indifférente au sort de l’humanité anime l’univers ».  Donc, pour les mutazilites, Dieu est distinct du monde humain, il n’est pas situé dans le temps ni dans l’espace, il n’a pas d’attributs anthropomorphiques, il n’a pas de mains, ni de corps. Il ne parle pas. L’homme est responsable de ses actes, il n’est pas prédestiné. Les sunnites et les chiites sont dans l’erreur, mais on doit l’accepter. Cette apparente liberté d’esprit n’a pas empêché des persécutions contre les opposants religieux au calife.

L’islam entre alors dans une période de grande tolérance religieuse qui sera poursuivie par les deux successeurs d’Al-Mamun, son frère, Al-Mutachim et son neveu Al-Wathiq.

Mais dès 848, le nouveau calife, Jafar Al-Mutawakkil, pressé par les cadis et les traditionalistes rétablit la doctrine sunnite : le Coran est incréé et a été dicté par Dieu à Mahomet. Depuis, une chape d’obscurantisme s’est abattue sur l’Islam ! Mais le mutazilisme n’est pas mort, il fait reparler de lui de temps à autre, dans les milieux intellectuels… mais timidement.

Ainsi, le grand mufti d’Égypte élu en 1899, Cheikh Mohamed Abdouh souhaitait réformer l’islam en apportant des changements dans l’enseignement de l’université d’al-Azhar. Il reçut même le soutien du dernier « roi » (le khédive) d’Egypte Abbas II (1892-1914) qui avait étudié en Europe. Mais face à l’opposition des traditionalistes, il abandonna sa charge et mourut en 1905.

En février 2017, l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite a été créée en France. Pour cette association, le mutazilisme est un héritage qu’il convient d’adapter au XXIe siècle. Ce n’est pas un ensemble de dogmes prêts à l’emploi, mais une disposition de l’esprit : « celle qui consiste à appliquer le doute, la prudence et l’esprit critique sur l’histoire, les pratiques et les textes de l’islam et celle qui consiste à garantir la liberté de l’individu à décider par lui-même de ce qui lui paraît bon ou mauvais dans sa vie spirituelle » .

Haram signifie interdit, illégal, mais aussi sacré, inviolable.