La donation de Constantin

Inspiré de « Quand l’Histoire fait dates : 315, la donation de Constantin » (Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/086127-008-A/quand-l-histoire-fait-dates/)

Le document

La Bibliothèque Nationale de Paris possède une copie d’un document daté du quatrième consulat de l’empereur Constantin, dans la onzième année de son règne, soit 315, appelé la « Donation de Constantin ». Constantin (272-337) est cet empereur qui a donné la liberté de culte à tous pour assurer la paix dans l’empire en 313 (voir l’article sur les martyrs) et qui a réuni et présidé le concile de Nicée en 325.

Que contient cette donation ? Par cet acte, Constantin fait un ensemble de concessions, de dons à l’évêque de Rome, le pape Sylvestre Ier (285-335) à savoir :

  • la primauté sur tous les évêques, donc, toutes les Eglises,
  • les églises de Rome : Saint-Jean de Latran, Saint-Pierre et Saint-Paul-hors les-Murs, (NB : d’après ce document, ces églises existaient en 315, alors que la liberté de culte n’avait été accordée que deux ans auparavant),
  • des biens dans diverses provinces,
  • les insignes impériaux,
  • Rome, l’Italie et toutes les provinces de l’Occident romain.

Dans le même document, Constantin, confesse sa conversion et sa croyance à la Sainte-Trinité, et dit se retirer à Constantinople pour diriger la partie orientale de l’Empire, laissant le pouvoir sur la partie occidentale au pape. Le pape a donc l’autorité sur les évêques et le pouvoir sur ces territoires. Il cumule le pouvoir spirituel et temporel.

Les papes semblent ignorer ce document jusqu’au XIe siècle. Il faut attendre le pape Grégoire VII (mort en 1085) qui réclame l’autorité de Rome sur les tous les pays chrétiens.
Le pape Grégoire IX (1145-1241) exhibera ce document, en 1236, devant Frédéric II Hohenstaufen (1194-1250), l’empereur du Saint empire romain germanique. Par ce geste, il voulait rappeler à l’ordre l’empereur. C’est lui, le pape, qui a le pouvoir sur tout l’Occident, l’empereur Frédéric lui doit obéissance. Cette intimidation n’a pas fonctionné : Frédéric a été excommunié par deux fois !

Critiques du document

Dès le XIIe siècle, des voix s’élèvent pour contester le document dans l’empire byzantin dont l’Eglise vient de se séparer de Rome, elle est devenue l’Eglise orthodoxe en 1054. L’argument est simple : le transfert du pouvoir de Rome à Constantinople, annule la donation de Constantin. D’autres argumentent que si Constantin, empereur a accordé un pouvoir au pape, c’est que l’empereur est supérieur au pape, or l’empereur se trouve actuellement à Constantinople.

En 1440, Laurent Valla, étudie la langue du texte et conclut qu’il ne s’agit pas d’un document du IVe siècle : le latin utilisé est du bas latin, pas le latin de l’Empire. Ainsi, entre autres, le mot « armée, troupe » est rendu par « militia » alors que le mot correct est « miles« . Le document daterait du VIIIe siècle, il aurait été rédigé sous les Carolingiens ! Mais Laurent Valla ne remet pas en cause la donation elle-même.

Un faux

La copie de la Bibliothèque Nationale date bien du VIIIe ou du IXe siècle. Aujourd’hui, la forgerie est bien avérée. Non seulement l’étude critique du texte, faite par Laurent Valla, prouve que le texte n’a pas pu être rédigé par Constantin, mais la connaissance de l’Histoire va dans le même sens.

Constantin n’a pas pu adhéré à la Sainte-Trinité dont le dogme n’a été institué officiellement qu’au concile de Nicée, dix ans plus tard. Constantin n’a été baptisé que sur son lit de mort… par un évêque chrétien certes, mais arien. Or les ariens ne reconnaissent pas la Sainte-Trinité. Pour eux, Jésus n’est pas Dieu, mais son fils. Il a été créé et est subordonné à Dieu.
Constantin n’a pas pu se retirer à Constantinople dont la construction n’a commencé qu’en 324 et jusqu’à cette date, c’est le co-empereur Licinius, beau-frère de Constantin, qui dirigeait la partie orientale de l’Empire. Constantin n’a pas pu céder la seule partie de l’Empire qu’il détenait.

Conclusion

Ce document est la base de la primauté des évêques de Rome, de l’autorité des papes sur les royaumes chrétiens au Moyen-Age et de leur pouvoir temporel sur les Etats pontificaux très étendus à la même époque. J’emprunterai la conclusion au narrateur du documentaire dont je me suis inspiré, l’historien Patrick Boucheron : « Les événements qui n’ont pas eu lieu ont parfois dans l’Histoire autant d’influence que les événements qui ont eu lieu. »

Dans tous mes articles, j’essaie de montrer que cette conclusion est souvent avérée.

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