D’autres chrétiens : les ariens

Avant-propos

Jésus était juif et son message, quel qu’il soit, était destiné aux juifs. Ces affirmations sont subordonnées à deux conditions : (1) l’existence de Jésus qu’aucune preuve historique ne vient confirmer et (2) la véracité des récits des évangiles, écrits par des disciples des générations suivantes qui, probablement, n’ont pas vécu les événements. Comme l’a dit un des membres des Rolling Stones, dans un tout autre contexte, celui de leur biographie : « la vérité ne doit pas gâcher une belle histoire« .

Les évangiles restent très vagues sur la personnalité de Jésus. Jésus y demande même à ses disciples : « qui dites-vous que je suis ?  » (Matthieu 16, 13-16). A la lecture des évangiles, Jésus a plusieurs personnalités. Lorsqu’on s’adresse à lui, on l’appelle « rabbi », c’est-à-dire « maître« , une personne qui connaît et interprète les Écritures. Mais on peut le voir comme un prophète, comme le Fils de l’homme (personnage qui apparaît dans la livre de Daniel à la droite de Dieu), le messie attendu par les Juifs (voir l’article sur ce sujet) ou le Fils de Dieu. Plus philosophiquement, au IIe siècle, Marcion verra en lui un ange, un être surnaturel, envoyé par un dieu nouveau et les gnostiques le considéreront comme un « éon« , une puissance émanant de Dieu (j’en parlerai dans un prochain article).

Sur ces différentes natures, à partir de la fin du Ier siècle, plusieurs mouvements ont développé leur propres croyances, certaines au sein du judaïsme, d’autres en dehors.

Origine de l’arianisme

L’arianisme prend sa source directement dans les évangiles. C’est la croyance que Jésus est le fils de Dieu, qu’il a été engendré par Dieu à un moment donné, qu’il est une créature distincte du Père et qu’il lui est subordonné. Pour rappel, la doctrine actuelle des Eglises chrétiennes définit Jésus comme une des trois personnes en Dieu, de la même substance et la même origine, incréé (voir l’article intitulé : la nature de Jésus) : Jésus est Dieu.

Au début du IVe siècle, après une période troublée de guerres civiles engendrant des persécutions, Constantin devient empereur de l’Empire romain d’Occident. En 313, Constantin et son beau-frère Licinius, qui règne sur l’Orient, réunis à Milan, publient un édit proclamant la tolérance religieuse pour tous afin d’établir la paix dans l’Empire. Voici le texte tel qu’Eusèbe de Césarée nous l’a transmis :

Etant heureusement réuni à Milan, moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, ayant en vue tout ce qui intéresse l’unité et la sécurité publiques, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celle qui concerne le respect dû à la divinité et ainsi donner aux chrétiens, comme à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité.

Mais le calme ne régna pas dans l’Empire. Plusieurs mouvements chrétiens vont s’opposer, verbalement, mais aussi par voie de fait. Les fidèles d’un évêque d’Afrique, Donat, refusent que les évêques ayant sacrifié aux dieux romains et à l’empereur durant les persécutions puissent continuer à donner les sacrements : ils sont chassés violemment de leur diocèse. A Alexandrie, Arius (250-336) professe que Jésus est inférieur à Dieu, ce qui l’oppose à l’évêque de la ville. Devant le désordre engendré par la liberté accordée, Constantin convoque les évêques à Nicée (près de la ville de Byzance) en 325. [NB : Byzance est une ancienne ville grecque que Constantin va transformer pour créer sa ville : Constantinople.] La majorité des évêques présents rejettent les thèses d’Arius : Jésus est Dieu, il est de même nature que le Père, incréé et éternel. Arius est excommunié et exilé.

Mais quelle est la vision de Constantin sur le christianisme : en 323, soit deux ans avant le fameux concile, dans le discours à l’Assemblée des Saints (ou Assemblée du Vendredi saint), Constantin déclarait que le père et le fils ont la même essence, mais ne sont pas égaux… ce qui était le credo des ariens. Il finira par rappeler Arius de son exil et sur son lit de mort, en 337, il se fera baptisé par Eusèbe de Nicomédie, un évêque arien.

On peut se demander pourquoi Constantin, qui n’est pas (encore) chrétien, préside un concile et prononce un discours le Vendredi saint. Il faut se rappeler que l’empereur est le pontifex maximus (le grand pontife) qui entre autres est le plus haut responsable religieux de l’Empire. Il préside donc toutes les cérémonies religieuses, non seulement chrétiennes mais également celles honorant Sol Invictus (le soleil invaincu), le patron officiel de l’Empire.

Pièce de monnaie représentant Constantin et Sol invictus

La charge de pontifex maximus sera abandonnée en 383 par empereur Gratien. Aujourd’hui, le titre est porté par le pape, le souverain pontife.

Le triomphe de l’arianisme

Avec Constantin s’amorce le règne des empereurs chrétiens, mais ils cherchent leur voie. A Constantin succède ses deux fils, Constance II, arien et Constant, nicéen (catholique si on accepte l’anachronisme). Il faudra attendre Théodose Ier (347-395) pour que la doctrine nicéenne deviennent la religion d’Etat en 380.

Pendant ce temps, au nord du Danube, un évêque arien Wulfila (311-383) propage l’arianisme chez les peuples germaniques dont il est issu. Il convertit les Wisigoths et les Vandales. Au Ve siècle, lorsque les peuples germaniques, poussés par l’arrivée des Huns, migrent vers les territoires de la Gaule, ils apportent avec eux l’arianisme. L’enseignement catholique va faire d’eux des barbares, dans le sens péjoratif du mot, car ils suivent un autre dogme.
[NB : Les Germains sont des peuples issus du sud de la Scandinavie, du Danemark et du nord de l’Allemagne actuelle. Ils se sont mis en marche vers le sud à partir du VIe ou du Ve siècle avant notre ère. Ils ont occupé tous les territoires à l’est du Rhin et au nord des Alpes et du Danube. Le nom que leur ont donné les Romains viendrait de ce qu’ils les considéraient comme frères, « germani » en latin, des Gaulois.]
Ce ne sont pas des envahisseurs, mais des migrants. La plupart ont servi dans l’armée romaine. Ils ne viennent pas pour détruire l’Empire romain, mais pour bénéficier de ses bienfaits. Ils vont d’ailleurs préserver l’administration romaine. Peut-on en conclure que leur avancée vers le sud fut pacifique ? Certes non, parmi eux se trouvaient évidemment des pillards.

Leurs évêques (ariens) vont occuper les diocèses désertés par le clergé nicéen, fuyant leur approche.
Seuls les peuples déjà implantés dans le nord de l’Empire, c’est-à-dire les Francs, les Frisons, les Angles et les Saxons sont restés fidèles à la religion germanique. Donc, au Ve siècle, l’Eglise catholique (nicéenne) domine la partie orientale de l’Empire (Constantinople), et à l’ouest, la religion arienne s’est implantée. Mais si les migrants sont ariens, la population gallo-romaine est essentiellement catholique.
Il faut remarquer que le pape (catholique) est resté à Rome, dans un territoire administré par les Ostrogoths ariens.

Installation des peuples germaniques
Déclin de l’arianisme

C’est un roi franc, Clovis (466-511), dont le père Childéric a combattu dans l’armée romaine contre Attila en 451, qui va être à l’origine du déclin de l’arianisme par sa conversion au catholicisme vers l’an 500. En fait on ne connaît pas la date exacte. La légende raconte qu’il aurait promis de se convertir à la religion de sa femme (catholique), si son Dieu lui donnait la victoire lors d’une bataille. Cette légende a été forgée au VIe siècle par l’évêque Grégoire de Tour qui le présente comme le nouveau Constantin. La réalité est plus prosaïque, plus politique.

En 489, Théodoric, un Ostrogoth arien très cultivé, s’installe à Rome et chasse Odoacre, qui avait dépossédé le dernier empereur et provoqué ce que l’Histoire appelle la fin de l’Empire romain (d’Occident).
L’empereur romain d’Orient Zénon (474-491) lui confie le « Sénat et le Peuple Romain » (SPQR : Senatus populusque romanus) et lui envoie les insignes du pouvoir qu’Odoacre avait dédaignés quelques années plus tôt. Théodoric devient donc le numéro 2 de l’empire, après l’empereur d’Orient, et par une habile politique de mariages, devient le protecteur de tous les peuples germains. Clovis lui a donné sa sœur en mariage.

Mais un nouvel empereur byzantin, Anastase (491-518) se méfie des visées expansionnistes de Théodoric. Est-ce lui qui pousse Clovis à la conversion pour créer un contre-pouvoir ? Par sa conversion, Clovis se rallia la population gallo-romaine des Gaules. Anastase le nomma consul et patrice. C’est dans l’église de Tours qu’il revêtit la tunique pourpre et le diadème… loin de l’image traditionnelle du Barbare : il était vice-empereur, princeps, premier du sénat, titre qui le plaçait au-dessus de Théodoric.

Clovis peut commencer la conquête de la Gaule. Il s’attaque aux Alamans, s’allie aux Burgondes et menace les Wisigoths. Anastase empêche Théodoric d’intervenir en attaquant le sud de l’Italie. L’histoire est en marche.

Au VIe siècle, l’empereur byzantin, Justinien Ier, parti à la reconquête de l’Empire romain, reprend l’Italie aux Ostrogoths. Il chasse les Vandales installés en Afrique du nord. A la fin de ce siècle, le roi wisigoth d’Hispanie (Espagne) se converti au catholicisme. L’arianisme est en voie de disparition, la persécution des juifs commence en Hispanie.

[NB :  Le nom commun « vandale » a été utilisé pour la première fois lors de la révolution française par l’abbé Grégoire pour décrire les destructions du patrimoine causées par les disciples de Robespierre. Mais les Vandales n’étaient pas des vandales.]

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