Avons-nous une âme

Cet article est inspiré du hors série 298 de novembre 2021 du périodique Science & Vie

De tout temps les humains se sont questionnés sur la mort d’un des leurs. Où est passée la vitalité qui animait ce corps maintenant inerte.

L’idée de l’existence de l’âme est associée aux croyances selon lesquelles la vie continue après la mort. Cette idée d’âme est liée à la conviction d’une vie future.

Ce qu’en disent les religions

Dans la Bible hébraïque, le mot nephesh qui est utilisé pour désigner l’âme est très ambigu. Il est employé pour les hommes et les animaux. Il est traduit de plus d’une dizaine de façons dans les différents livres bibliques : animaux vivants, être vivant, âme, vie, souffle de vie, homme, serviteur, personne…

Mais tout ce qui n’a point de nageoires et d’écailles dans les mers… tous les êtres vivants (nephesh) qui s’y trouvent, vous les tiendrez pour immondes. (Lév. 11, 10)

Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme (nephesh), c’est-à-dire le sang. (Gen 9,4)

A la mort, l’âme n’est pas une entité séparée du corps qui est envoyé au Shéol, le néant, le lieu de l’oubli, le séjour des morts. Dans la tombe, le corps redevient poussière.

Christianisme

L’âme, c’est le fonds de commerce du christianisme. Il a hérité de la pensée des philosophes grecs tel Platon pour qui l’âme quitte le corps à la mort pour rejoindre le monde des idées, tandis que le corps, fait de matière devient poussière.

Tous les philosophes grecs n’adoptaient pas cette idée de multiples principes dans l’être humain (corps, intellect, âme). Ainsi Épicure développe une pensée plus moderne : les êtres humains sont composés non pas d’un corps et d’une âme, mais d’atomes qui ne subsistent pas après la mort.

Le dogme de l’âme, principe de vie, distincte du corps a été établi en 418 au concile de Carthage. Mais l’âme est marquée par le péché originel, qui doit être racheté, collectivement par la passion et la résurrection de Jésus et individuellement par le baptême et les sacrements.

Cependant, il faudra attendre 1513 et le concile de Latran V pour que le dogme de l’immortalité de l’âme soit proclamé officiellement. L’âme ne périt pas lors de sa séparation d’avec le corps dans la mort, et elle s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale. En attendant, elle va au ciel (paradis) où elle jouit de la vision de Dieu, ou au purgatoire pour se purifier avant d’atteindre le ciel, ou en enfer, pour une damnation éternelle. A la fin des temps, les âmes séjournant au paradis réintégreront leur corps et ressusciteront.
NB : le purgatoire n’est pas reconnu par les églises protestantes (j’y reviendrai dans un prochain article).

Dans le Nouveau Testament, seul l’Évangile de Jean fait une distinction entre le corps et l’âme, un seul passage évoque la dualité âme-corps. Ce qui est bien compréhensible vu que cette idée vient non pas du judaïsme, mais de la philosophie platonicienne et que cet évangile est le plus proche de la pensée grecque.

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. (Jean 10, 28)

Remarquons que dans ce passage, l’âme n’est pas immortelle.

Islam

Le Coran n’insiste pas sur la séparation du corps et de l’âme. Seuls quelques passages parlent explicitement de l’âme, en des termes vagues.

Allah reçoit les âmes au moment de leur mort ainsi que celles qui ne meurent pas au cours de leur sommeil. Il retient celles à qui il a décrété la mort, tandis qu’il renvoie les autres jusqu’au terme fixé. Il y a certainement là des preuves pour des gens qui réfléchissent. (Co. 39, 42)

Et ils t’interrogeront au sujet de l’âme. Dis : « L’âme relève de l’ordre de mon seigneur ». Et on ne vous a donné que peu de connaissance. (Co. 17, 85)

Chaque âme viendra accompagnée d’un guide et d’un témoin (lors de la résurrection). (Co. 50, 21)

Les « bons musulmans » rejoindront le paradis lors de leur mort, une oasis de délices, les autres seront plongés dans la fournaise. Remarquons l’analogie avec la fraîcheur de l’oasis et la chaleur du désert.
A la fin des temps, les âmes du paradis, « accompagnées d’un guide et d’un témoin » seront jugées, les « bons » ressusciteront.

Le spiritisme

Le spiritisme est une opinion fondée sur la croyance que certains phénomènes paranormaux sont le moyen pour des entités de l’au-delà appelées esprits, le plus souvent des personnes décédées, de communiquer avec les vivants. Cette croyance a été popularisé en France par Léon Rivail (1804-1869), plus connu comme Allan Kardec, du nom d’un druide qu’il côtoyait. Cent cinquante ans après sa mort, sa tombe au Père Lachaise est toujours fleurie.
Lors des réunions des adeptes, un ou une medium entre en contact avec des personnes décédées et permet un dialogue.

Au XIXe siècle et au début du XXe, les séances de spiritisme attiraient même les plus grands scientifiques comme William Crookes, découvreur du thallium, inventeur du radiomètre, membre des Académies des sciences britannique et française. Il tomba amoureux d’une princesse égyptienne, Katie King sur laquelle il se livra à de multiples expériences, comme mesurer son pouls (72 pulsation à la minute). Étrange pour une morte.

Il n’est pas le seul à fréquenter ces séances, citons Arthur Conan Doyle (Sherlock Holmes), Georges Sand, Théophile Gauthier, Victor Hugo qui communiquait avec sa fille Léopoldine, et même Marie Curie, plutôt sceptique.

L’intérêt pour le spiritisme diminua lorsque l’éclairage électrique, trop cru pour ces séances, se développa. Aujourd’hui, le spiritisme est une religion à part entière au Brésil.

Ce qu’en dit la science

L’âme pèse 21 grammes

En 1907, le docteur Duncan McDougall a mesuré la masse perdue par le corps lors de la mort. Il a renouvelé l’expérience sur 6 personnes et des chiens. Il en a conclu que l’âme devait peser 21 grammes et que les chiens n’avaient pas d’âme.
En fait, il a tenté l’expérience plusieurs fois mais a rejeté les cas qui contredisaient sa théorie. Les conditions de ces expériences ont été critiquées et les résultats n’ont jamais pu être confirmés.

Ce qu’en dit la médecine

Selon la neuroscience, notre faculté de conscience et de pensée, qui nous permet de connaître le monde, d’effectuer des expériences, de penser et de ressentir, ne peut survivre à la mort. Cet esprit, tel que nous le connaissons actuellement est le produit d’un corps vivant doté d’un système nerveux fonctionnel. Nos pensées, nos facultés cognitives sont produites par nos neurones ; donc si ces dernières s’éteignent, ces capacités aussi.

La physique quantique en question

Pour David Kyle Johnson, professeur de philosophie des sciences et des religions, l’âme est une entité non physique qui n’a pas de masse, qui ne prend pas de place et pas d’emplacement.

L’âme devrait se trouver dans le cerveau, selon les théologiens, mais l’encéphalogramme ne permet pas de la détecter. Ce qui est en accord avec le principe d’incertitude de la physique quantique : (pour simplifier) il n’est pas possible de savoir où se trouve un électron et en même temps de connaître sa masse/sa vitesse lors d’une observation. C’est ce qui empêcherait de voir l’âme.

Un autre principe de la physique quantique affirme que deux particules intriquées, formant un système lié, se comportent de façon identique quelque soit la distance qui les sépare. Pour les théologiens, l’âme pourrait donc communiquer même après la mort.

Soyons clair : ces conclusions basées sur la physique quantique n’ont rien de scientifiques : l’être humain n’est pas quantique. Les principes de cette physique ne s’appliquent pas à lui, mais à l’infiniment petit et à des températures extrêmes.

Le physicien Sean M. Carroll a écrit que l’idée d’une âme est en opposition avec la physique quantique.
Il écrit que pour qu’une âme existe : « Non seulement une nouvelle physique est requise, mais une physique radicalement différente. Dans la théorie quantique, il ne peut y avoir une nouvelle collection de ‘particules spirituelles’ et de ‘forces spirituelles’ qui interagissent avec nos atomes habituels, car nous les aurions détectées dans des expériences existantes ». Or, ce n’est pas le cas puisque la conscience n’est autre qu’une composition d’atomes qui nous dote de notre esprit. Les lois fondamentales de l’univers ne permettent pas à ces particules de perdurer après un décès ou, d’après les termes du physicien : « Il n’y aucun moyen que ces lois permettent que les informations stockées dans le cerveau humain survivent à notre disparition ».


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