Le Graal et le Da Vinci Code

Le Da Vinci Code est un roman, une fiction écrite par l’auteur américain Dan Brown et publié en 2003.
Le récit commence par le meurtre de Jacques Saunière dans le musée du Louvre. Commence alors une enquête à rebondissements basée sur la résolution d’énigmes. Le dénouement est sensationnel : Marie Madeleine a été l’épouse de Jésus. Elle est venue en France avec leur(s) enfant(s) qui ont fait souche. Aujourd’hui ils seraient en Angleterre dans la famille Sinclar. Une société secrète, le Prieuré de Sion est chargée de les protéger, mais un « moine » de l’Opus Dei assassine tous ses membres : Jacques Saunière était son grand maître.

D’où viennent ces idées ?
Les recherches sont encore plus passionnantes et étonnantes que le scénario du da Vinci Code… entre vérités et conspirations.

Un livre passionnant

Tout commence un beau jour de juillet 1969 dans le sud de la France.
Un réalisateur américain de la BBC Richard Leight y passe ses vacances. Il achète un livre à la librairie du coin, comme beaucoup de touristes : « Le trésor maudit de Rennes-le-Château » écrit par le journaliste et écrivain Gérard de Sède. Leight va dévorer ce livre et s’enthousiasmer pour le sujet à tel point qu’avec deux de ses confrères de la BBC : Michael Baigent et Henry Lincoln, il va réaliser deux documentaires et publier deux livres : « L’énigme sacrée » (1982) et « Le Message » (1986). Mais que racontait ce livre énigmatique ?

Rennes-le-Château et l’abbé Saunière

Le livre raconte l’histoire de l’abbé Bérenger Saunière qui en juin 1885, a 33 ans, prend ses fonctions de curé à Rennes-le-Château, petit village isolé de la haute vallée de l’Aude, dans les premiers contreforts des Pyrénées. Très vite il déchante. L’église est quasi en ruine et le presbytère est inhabitable. Il logera chez l’habitant. Pendant six ans, il va s’atteler à la tâche de redonner vie à l’église et au presbytère, aidé par un artisan local. Mais le 9 septembre 1891, il note dans son journal qu’il a trouvé une crypte sous l’autel de l’église.

Il se rend alors chez l’évêque de Carcassonne qui l’envoie à Paris où il va fréquenter les cercles ésotériques et rencontrer des personnalités en vue. De retour à Rennes-le-Château, il achète des terrains, engage une équipe d’ouvriers et entreprend de grands travaux. Tout d’abord la décoration de l’église Sainte Marie-Madeleine, ensuite une villa avec jardin qu’il nomme la « villa Bethany » (du nom du village de Judée où habitaient Lazare, Marie et Marthe), et une tour à flan de coteau appelée « tour Magdala » (du nom du village d’où serait originaire Marie-Madeleine, Marie de Magdala) qui lui servira de bibliothèque.

Il n’habita jamais la villa qu’il réserve à ses hôtes, car il accueille de nombreux visiteurs auxquels il offre des repas agrémentés de homards, de cerfs et de rhum qu’il fait revenir de la Martinique. Il reçoit l’occultiste Émile Hoffet, les écrivains Mallarmé et Maeterlinck, le compositeur Debussy et la cantatrice Emma Calvé égérie des nuits parisiennes.
Il recevra également Johann de Habsbourg-Lorraine, cousin de l’empereur d’Autriche François-Joseph, qui lui aurait donné une somme substantielle.

Les villageois commencent à jaser et portent plainte auprès de l’évêque de Carcassonne. Il faut dire que l’abbé a engagé une très jeune servante, Marie Dénarnaud, dont il fera sa légataire. Elle a de 18 ans alors que le droit canon impose un âge de 40 ans pour cette fonction. De plus, la nuit, avec Marie, il fouille dans le cimetière du village.
L’évêque ne réagit pas aux plaintes.

Mais à la mort de l’évêque en 1905, son successeur demande à Saunière de s’expliquer sur ses ressources. Celui-ci évoque de nombreux dons ce qui ne convainc pas l’évêque qui le suspend. Il refuse de quitter Rennes-le-Château et fait appel au pape. Il est réhabilité en 1913 puis de nouveau démis de ses fonctions en 1915.

Il meurt en 1917. Le curé appelé à son chevet pour recevoir sa confession refuse de lui donner l’absolution et s’enfuit. Quel était le secret de l’abbé Saunière ?

Le secret de l’abbé Saunière

C’est le secret de l’abbé Saunière qui va captiver Richard Leight, car Gérard de Sède n’est pas avare de « révélations ».
Il évoque trois hypothèses.

(1) L’abbé aurait trouvé le trésor des Wisigoths. Les fondations de l’église datent de cette époque, la fin de l’Empire romain. Les Wisigoths après avoir pillé Rome en 410 se sont établis dans la région de Toulouse et ont étendu leur territoire au fur et à mesure que l’Empire romain périclitait. Ils seront chassés vers l’Espagne par les Francs.
Leur trésor viendrait du pillage de Rome d’où ils auraient rapporté les richesses prises dans le temple de Jérusalem et ramenées à Rome en 70 par Titus.
On sait qu’il n’y avait pas de richesses dans le temple de Jérusalem, Pompée l’avait visité en -63 et l’avait trouvé bien vide. De plus, l’or rapporté de Jérusalem a servi à construire le Colisée de Rome, inauguré en 80.

(2) Il aurait trouvé le trésor des cathares dont le dernier bastion, Montségur, dans le département voisin, est tombé en 1244. Ce trésor aurait contenu le Saint Graal (voir l’article sur les cathares).
Mais les cathares prêchaient la pauvreté et méprisaient les reliques.

(3) Il aurait trouvé le trésor des templiers. Dans le cimetière de Rennes-le-Château, se trouve la tombe de Marie marquise de Blanquefort, dont dépendait Rennes-le-Château au Moyen-Age. Or Bertrand de Blanquefort a été grand-maître des templiers. Il est probable que la crypte découverte par Saunière ait été le caveau de cette famille.
Mais c’était le sixième grand-maître, or il y en eut 23 ! On ne voit pas pourquoi le trésor hypothétique des templiers aurait été caché à Rennes-le-Château.
NB : aucune fouille officielle n’a été faite dans l’église pour retrouver la crypte.

Alors d’où vient la fortune de Bérenger Saunière. Il a été accusé de simonie par la hiérarchie ecclésiastique : il vendait des messes dans le monde entier. Ces messes étaient sensées accélérer le passage de l’âme des défunts du purgatoire vers le paradis. Mais le mystère demeure. Marie Dénarnaud a vécu pauvrement après la disparition de Saunière. Elle a fini par céder la villa Bethany en viager. La villa deviendra un hôtel restaurant où Marie avait sa chambre. Elle mourut en 1953 à l’âge de 85 ans… sans avoir révélé le secret de l’abbé.

Une étrange église ?

L’église de Rennes-le-Château est très petite, une dizaine de rangées de bancs, mais elle ne manque par de charmes.
On y est accueilli par un diable, Asmodée, tenant un bénitier sur la tête. Les murs sont décorés de six statues de saints, qui ne sont pas les plus courants dans une église (voir schéma), mais si on relie mentalement les statues de Sainte Germaine à Saint Luc, les initiales des noms forment le mot GRAAL. Et la stature de Marie-Madeleine de trouve juste dans le creux du M ainsi formé. On peut imaginer que Marie-Madeleine est le Graal, le réceptacle du sang de Jésus, c’est à dire de sa descendance.

De plus, Saint Antoine de Padoue, est placé sur un piédestal alors que les autres sont dans des niches. C’est donc le saint le plus important alors que l’église est dédiée à Marie Madeleine. Or Saint-Antoine est invoqué pour retrouver des objets disparus. C’est aussi le patron des chercheurs de trésor. Dans le tableau à gauche de l’autel, on peut apercevoir un tout petit détail de moins de 2 cm dans le paysage, il représente un homme habillé de noir (un prêtre?) qui semble fouiller au pied d’une tombe.
De nos jours toute fouille est interdite sur le territoire de la commune : des chercheurs ont utilisé des explosifs qui ont fragilisé certaines constructions.

Au sujet du Graal, voir cet article.

Et le Prieuré de Sion ?

Les réalisateurs de la BBC vont contacter Gérard de Sède pour avoir plus d’informations sur ses sources, car le livre contient des facsimilés de documents rares. L’auteur ne fera pas mystère de ses sources, elles viennent de la Bibliothèque national de France (BNF) à Paris. C’est un érudit, Pierre Plantard de Saint-Clair qui le guide dans ses recherches.

Document se trouvant dans un livre de Gérard de Sède : arbre généalogique des Mérovingiens où Dagobert II est absent et où Pépin le Bref est présenté comme un Mérovingiens, ce qu’il n’était pas.

Changement de point de vue, on va interroger ce fameux Pierre Plantard de Saint-Clair. Et les auteurs de l’Énigme sacrée vont aller de surprise en surprise. Pierre Plantard est membre (grand-maître ?) du Prieuré se Sion, ordre plus ou moins secret constitué à Jérusalem par Godefroid de Bouillon avec comme objectif, non pas de protéger les descendants de Jésus comme dans le da Vinci Code, mais d’établir sur l’Europe, la domination des Mérovingiens (dynastie franque : Mérovée, Childéric, Clovis…) qui ont été évincés par les Carolingiens (Charlemagne) puis par les Capétiens (premiers rois de France). De nos jours, d’après Plantard, ils se sont perpétués dans la maison de Lorraine d’où était issu Godefroid de Bouillon… et Johann de Habsbourg reçu par l’abbé Saunière.

Pierre Plantard de Saint-Clair, qui ne prétend pas au trône de France, est un descendant des Mérovingiens par les hommes, les Plantards, et par les femmes, les Saint-Clairs… d’après deux généalogies de la BNF.

De plus en plus intrigués, nos auteurs de la BBC enquêtent sans relâche. Mais Pierre Plantard est fuyant et les mènent parfois sur des pistes qui n’aboutissent à rien.

Mais qui est Pierre Plantard ?
Son passeport mentionne bien Pierre Plantard de Saint-Clair, ce que confirme l’extrait des Actes de Naissances de 1972 qu’il possède : Pierre est le fils du comte de Saint-Clair et comte de Rhédae, architecte. Rhédae était le nom Rennes-le-Château au VIIIe siècle.

Mais une visite à la mairie du VIIe arrondissement de Paris offre une autre version. On trouve dans l’acte d’état civil manuscrit : Pierre Plantard né le 18 mars 1920… dont le père est valet de chambre.

Et les révélations s’enchaînent.
Les documents utilisés par Gérard de Sède dans ses livres sur Rennes-le-Château, sur les Mérovingiens (La race fabuleuse), sur les cathares (Le secret des cathares) ou les templiers (Les templiers sont parmi nous) sont des faux, réalisés par un certain marquis de Chérisey et déposés à la BNF par Pierre Plantard. Philippe de Chérisey, mort en 1985, était un comédien (sous le nom d’Amédée), un écrivain et un dessinateur de talent qui exécutait des faux par ironie et amusement plus que pour l’appât du gain.

Et le Prieuré de Sion ? Contre toute attente, il existe bien ! Ses statuts ont été enregistrés à la préfecture de Saint-Julien-en-Genevois… le 25 juin 1956 et publié au Journal officiel le 20 juillet de la même année. Bien entendu, ces statuts ont été déposés par Pierre Plantard. Avant 1956, on n’a aucune trace du Prieuré, sinon dans les documents déposés à la BNF !

Conclusions

Pour ne pas rester sur de idées fausses, je vais classer les théories développées dans cet article de fake news à authentiques

Fake news :

  • Le Prieuré de Sion avant 1956 ;
  • la descendance de Jésus à travers les Mérovingiens ;
  • les documents produits par Pierre Plantard qui ne se nomme pas Plantard de Saint Clair (il est mort en 2000).

Peu probable :

  • la continuité cachée de la dynastie mérovingienne ;
  • l’existence d’un Graal (comme récipient ayant été utilisé par Jésus lors de son dernier repas puis ayant contenu son sang après la crucifixion) ;
  • les familles Plantard et Saint-Clair descendants des Mérovingiens.

Probable : le mariage de Jésus et de Marie Madeleine (voir les noces de Cana dans l’Évangile de Jean où Jésus semble être le maître de cérémonie et sa mère, celle qui reçoit)

Authentique : l’histoire de Bérenger Saunière. Notons que Jacques Saunière dans le livre de Dan Brown n’existe pas, son nom fait référence à l’abbé.

Un acte de vandalisme dans l’église de Rennes-le-Château

Le dimanche 23 avril 2017, une femme, armée d’une hache a décapité le diable à l’entrée de l’église. Elle a déposé la tête sur l’autel puis a troué le bas relief dédié à Marie-Madeleine.

Lorsqu’elle fut interceptée, elle garda son calme et revendiqua son acte : « Aujourd’hui, ici c’est jour d’élection pendant qu’en Syrie l’Occident bombarde et tue des enfants. Vous êtes des mécréants. Mon mari est la-bas« .

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