Du temple à l’église

Cet article a été inspiré par le dossier spécial paru dans La Monde de la Bible » n° 233 d’août 2020.

Le(s) temple(s) de Jérusalem

Au début du premier siècle de notre ère, les Judéens, les juifs de la diaspora et les étrangers, Grecs ou Romains, s’émerveillaient devant l’édification du nouveau temple de Jérusalem. Ces travaux avaient été décidés, en 20 avant notre ère, par le roi Hérode. Hérode, surnommé le Grand, à cause des travaux gigantesques qu’il a entrepris (villes, forteresses, palais). Il était Iduméen, c’est à dire Arabe. Sa famille avait été convertie de force quelques décennies auparavant. Il respectait néanmoins les convictions de ses sujets.

En y regardant de plus près, le temple était de dimensions modestes. C’est son environnement, l’esplanade, les murs de soutènement et les escaliers monumentaux qui lui donnait sa grandeur.

Le temple proprement dite est la bâtisse cubique qui émerge

En fait, le temple n’était pas accessible aux fidèles, seuls les prêtres y pénétraient et le saint des saints, la dernière chambre, où résidait l’esprit de Dieu, n’était visitée qu’une fois l’an par le grand prêtre, lors de la fête du Yon Kippour, le Grand Pardon, lorsqu’il venait demander grâce à Dieu pour les fautes d’Israël. Elle était accessible par un escalier et dissimulée par un voile. C’est le temple égyptien qui lui a servi de modèle : les fidèles restaient à l’extérieur du temple, dont la dernière salle, obscure et basse, contenait la statue du dieu que personne ne pouvait voir, exceptés les prêtres. Lors de la procession du dieu sur le Nil, sa statue était recouverte d’une pièce d’étoffe, le dissimulant aux regards de la foule. Faut-il y voir l’origine de la non représentation de YHWH… à une période récente, car les archéologues découvrent, encore aujourd’hui, des statues du dieu et de « son » Ashéra, une déesse cananéenne ?

Le temple embelli par Hérode est le second temple, inauguré en 516 avant notre ère. Le premier temple qui aurait été construit par Salomon (-970 à -931), le fils du roi David, a été détruit en 586 avant notre ère par les Babyloniens de Nabuchodonosor. Ce temple est décrit dans les moindres détails dans le premier Livre des Rois de l’Ancien Testament. Le roi phénicien de Tyr a envoyé à Salomon, un spécialiste du bronze, Hiram, qui s’occupera de la décoration. La construction du temple aurait occupé des milliers d’ouvriers pendant sept ans.

Les deux colonnes à l’entrée du premier temple ont pour nom Jakin et Boaz

Les archéologues n’ont retrouvé aucun vestige de ce temple. Ce qui n’est pas étrange en soi, Jérusalem a été maintes fois détruite et reconstruite. Mais ce qui est troublant, c’est qu’on retrouve des traces de la ville des Jébuséens, qui occupaient le site avant les Hébreux. Un autre problème se pose : la densité de population au temps de Salomon. Pour les historiens, Jérusalem n’aurait compté que 1500 habitants à cette époque répartis sur 6 hectares et l’ensemble d’Israël, pas plus de 40.000 dont 5.000 dans la région de Jérusalem (territoire de Juda). Où trouver les 153.000 d’ouvriers dont parle la Bible ? Le Coran répond à cette question dans les versets 12 et 13 de la sourate 34, qui fait référence, entre autres, à un bassin de bronze de 4,40 m de diamètre (appelé la « mer d’airain ») qui trônait devant le temple :

« … Certains djinns (NB : des êtres de feu) travaillaient sous ses ordres avec la permission de son Seigneur. Et nous aurions voué au supplice du brasier (NB : ?) quiconque parmi eux se serait éloigné de notre ordre. Ils fabriquaient pour lui tout ce qu’il (NB : Salomon) désirait : des palais, des statues, des plateaux comme des marmites bien ancrées. Ô famille de David, œuvrez par gratitude… »

Le temple et la franc-maçonnerie

La franc-maçonnerie est très influencée par la symbolique du temple de Salomon. Outre les deux colonnes Jakin et Boaz qui décorent la plupart des temples maçonniques, la légende d’Hiram, fils d’une veuve, qui est devenu, pour les francs-maçons, le maître d’oeuvre du temple préside aux rites de passage au grade de maître.

Temple maçonnique. A l’avant-plan les deux colonnes Jakin et Boaz
Le temple et les premiers chrétiens

Jésus aurait connu le temple de Jérusalem en construction. Celui-ci a été inauguré en 63… sept ans avant sa destruction par les armées romaines (voir mon article sur la destruction du temple). Dans les évangiles, les parents de Jésus le présentent au temple, qui a toujours été accessible, pour racheter leur premier né. Le rachat est fixé à un pigeon et un agneau pour l’holocauste. Or Joseph et Marie ne sacrifient que deux pigeons, ce qui était toléré pour les familles pauvres ( Lévitique 12, 6-8).

Plus tard, si Jésus se rend au temple, ce n’est ni pour prier, ni pour sacrifier. Il enseigne ou sème la pagaille (voir mon article sur le procès de Jésus). L’Évangile de Jean (4, 20-24) fait même dire à Jésus lors de sa rencontre avec une samaritaine :

Croyez-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne (NB : le mont Garizim, sacré pour les samaritains) ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : tels sont en effet les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité.

Par contre, les Actes des Apôtres, autre livre du Nouveau Testament, nous montrent les apôtres Pierre et Jean se rendre fréquemment au temple pour prier, après la mort de Jésus. Jacques, frère de Jésus, aurait eu des cals aux genoux à force de prier. Il se rendait tous les jours au temple nous dit Flavius Josèphe.

Aux premiers temps du christianisme

Comment les premiers chrétiens honorent-ils Dieu ? Nous connaissons leurs pratiques grâce au Didachè (l’enseignement), un petit livre de la fin du Ier siècle sous-titré « Doctrine du Seigneur transmise aux nations par les douze apôtres ». Ce livre a été (re)découvert en 1873.

Les chrétiens se réunissaient dans des maisons privées ou des synagogues s’ils restaient juifs. La réunion commençait par des confessions spontanées. Suivait une prière, à réciter trois fois par jour : le « Notre Père« . On enchaînait par l’Eucharistie (qui signifie « action de grâce »), appelé aussi la « communion« . Les fidèles buvaient tout d’abord le vin en récitant une prière « Nous te rendons grâce, ô notre Père, pour la sainte vigne de David… » puis partageaient le pain : « Nous te rendons grâce, …, pour la vie et la science… ». L’Eucharistie était un repas en soi, le Didachè poursuit par : « Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi…« . Le repas se terminait par « Maran Atha, amen » : Seigneur vient, qu’il en soit ainsi. On écoutait ensuite les prophètes, s’il s’en trouvait un dans l’assemblée. Un prophète était une personne qui portait la parole de Dieu.
Le mot « église » vient de « ekklesia« , l’assemblée en grec.

Il n’y a donc pas de hiérarchie parmi les premiers chrétiens. L’assemblée est dirigée par un ancien, le presbytre (presbuteros). La bonne tenue est assurée par le surveillant, l’évêque (episcopos). Comme on le voit, la religion s’est développée, non pas dans le monde juif, mais grec.

Les premières églises (bâtiments)

On a l’habitude de dire que les chrétiens persécutés dans l’Empire romain, se terraient et qu’il fallut attendre l’empereur Constantin (272-337) pour voir des églises s’ériger un peu partout suite à son édit de tolérance. Rien n’est plus faux. Les chrétiens vivaient au grand jour et fréquentaient des édifices publics (voir mes articles sur les martyrs). Ces édifices étaient construits sur le modèle des basiliques romaines, des lieux de rassemblement couverts, comme des marchés. On trouvait même des chrétiens parmi les conseillers des empereurs… persécuteurs.

Relisons deux chroniqueurs chrétiens qui ont abondamment documenté les persécutions de IVe siècle… dont ils sont sortis indemnes.

(Lactance : De la mort des persécuteurs de l’Eglise) … l’église de Nicomédie (NB : la capitale de l’Empire d’Orient avant la construction de Constantinople) est bâtie sur une éminence que l’on peut voir du palais. Ils disputaient entre eux s’ils feraient mettre le feu à l’édifice sacré. Mais l’opinion de Dioclétien (NB : l’empereur) prévalut, il eut peur que l’embrassement ne se communiquât à plusieurs grandes maisons qui étaient voisines de l’église et qu’ainsi une grande partie de la ville ne fût brûlée.

(Eusèbe : Histoire ecclésiastique, livre VIII – sous Dioclétien) : Tout cela s’est en effet passé à notre époque, quand nous avons vu de nos yeux les maisons de prière rasées et détruites de fond en comble, les divines et saintes écritures livrées au feu… (NB : Eusèbe était présent partout où l’on persécutait ????).

(Eusèbe : Histoire ecclésiastique, livre X – sous Constantin) : … on voyait les maisons de prière se relever de nouveau de leurs ruines, et monter à une hauteur sans limite et recevoir une splendeur plus grande que celles qui avaient autrefois été ravagées.

Constantin fit construire le Saint Sépulcre à Jérusalem (à gauche), sur les emplacements supposés du tombeau de Jésus et de son lieu de crucifixion. A Bethléem, il fit élever la Basilique de la Nativité (plan à droite) sur le lieu présumé de la naissance de Jésus. Il a choisi le version de l’évangile de Matthieu qui le fait naître dans une grotte au détriment de la version de Luc, qui faisait résider la famille de Jésus à Bethléem avant d’aller s’installer à Nazareth (voir mon article sur l’invraisemblable naissance de Jésus)

Le temps de reliques

Après le Ve siècle, les églises vont se multiplier un peu partout. Elles vont devenir le lieu de culte des saints qui sont des intercesseurs en liaison avec Dieu. » Pas de lieu de culte sans relique« . Un miracle et la fortune de l’église est assurée : des centaines de pèlerins vont converger vers elle. Si les saints (martyrs) manquent, comme en Gaule, on les invente : un moine a été tué lors de l’invasion des peuples germaniques, il devient le saint patron de la paroisse. Clotilde, la femme de Clovis est faite sainte, Sigismond, un roi burgonde assassiné par sa famille, vient compléter la galerie des saints. Des centres de distribution des reliques voient le jour. On n’hésite pas à puiser dans les catacombes, ces carrières qui avaient servi de cimetières aux siècles précédents.

L’église devient un lieu saint

Au IXe siècle, les églises sont sacralisées. La première célébration de l’Eucharistie en fait un édifice sacré. C’est à cette époque que les églises vont adopter un clocher dont l’origine est controversée : certains historiens y voient un emprunt aux minarets des mosquées.

Un nouveau miracle

Vers 1140, l’Eucharistie devient un miracle permanent. Le vin et le pain (l’hostie) se transforment réellement en sang et en corps du Christ, ce n’est pas un symbole, c’est réel. L’Eucharistie assure la présence réelle de Dieu lors des messes. Etre chrétiens, appartenir à l’Eglise, oblige de se rendre à l’église. De nombreuses « hérésies » s’élèveront contre ce nouvel acte de foi, dont l’hérésie cathare. Notons que de nos jours, le vin de messe (que seul le prêtre boit) est du vin blanc ! Plusieurs raisons sont évoquées :

  • Il ne tache pas les linges d’autel, généralement très coûteux, ni le linge pour essuyer le calice et réduit donc les frais d’entretien.
  • Il est plus facile à boire tôt le matin à jeun.
  • Il ne colore pas la barbe blanche des vieux prêtres, qui avaient souvent l’air de vampires au sortir de la messe.

Il me revient que le Vatican utilise toujours du vin rouge… italien comme il se doit.

Le Maître de Justice

Les deux articles précédents (les esséniens et les manuscrits de la Mer morte) se sont clôturés sur des points d’interrogation. Aucun élément irréfutable ne permet de connaître les esséniens ni de découvrir les rédacteurs des manuscrits. Cet article sur le Maître de Justice va-t-il nous éclairer sur cette secte ou une chape de plomb recouvre-t-elle cette partie de l’Histoire juive ?

Un personnage de papier

Que savons-nous du Maître de Justice ? Il n’apparaît que dans certains manuscrits de la Mer Morte comme « les Commentaires d’Habacuc« , « l’Écrit de Damas« , « la Règle de la Communauté« . Les « Psaumes d’action de grâce », aussi appelé le « Rouleau des Hymnes » est attribué au Maître de Justice. Nous n’avons aucune autre source sur ce personnage présenté comme le fondateur et le dirigeant du Yahad, les rédacteurs des manuscrits sectaires de Qumran. On doit deviner son histoire à travers les documents découverts, mais ceux-ci  sont incomplets et pas très explicites, ils utilisent des pseudonymes. Ainsi, le maître de Justice est confronté à « l’Homme du Mensonge » qui dirige les « Chercheurs de flatterie » et il est persécuté par le « Prête impie« . Prêtre Impie semble être un jeu de mot en hébreu. En effet, grand prêtre se dit « cohen ha-rosh » et prêtre impie se dit « cohen ha-rash ». Le prêtre impie serait donc un grand-prêtre qui aurait peut-être usurpé la place du Maître de Justice.

À partir de ces éléments, les historiens élaborent différentes hypothèses.
Le premier problème à résoudre est de déterminer la période où il aurait vécu. Malheureusement, il n’y a aucune date dans les manuscrits sectaires de Qumran. Par contre les documents les plus significatifs décrivent des événements datant du même siècle : le premier siècle avant notre ère. On y parle de la mort du « Lion de la colère » identifié par le roi Alexandre Jannée (mort en 76 avant notre ère) et de l’occupation de la Judée par le Romain Pompée en 63 avant notre ère.

Le Maître de Justice aurait reçu de Dieu la révélation du sens caché des Écritures, la Loi orale transmise par Moïse. Il entre en conflit avec le « Prêtre impie », probablement le grand prêtre du temple de Jérusalem. Certains historiens prétendent qu’il a été arrêté, lapidé puis crucifié, mais qu’il aurait survécu. Aucun texte ne raconte cette histoire. On sait par contre que la secte a fui la Judée pour se réfugier à Damas.

Qui était-il ?

Certains voient en lui Onias III, décrit comme un homme bon, recherchant la justice, c’est ce qu’on lit dans le Livre des Macchabées. Il a été déposé en -175 et remplacé par son frère Jason, un usurpateur, imposé par le roi de Syrie Antiochus IV. Il est assassiné vers -171. Ceci explique que les membres du Yahad ne reconnaissent plus les prêtres du temple de Jérusalem, ils seraient des « légitimistes » de Onias III et les continuateurs de sa dynastie. Mais pour contredire cette théorie, nous devons suivre son fils, Onias IV, qui fuit en Égypte et y fonde le temple de Léontopolis. Or les écrits sectaires ne mentionnent jamais l’Égypte comme le refuge d’une autre souche de leur mouvement. Et les dates ne correspondent pas.

Une autre théorie se base sur l’absence d’un grand-prêtre entre -159 et -152. Durant cette période, le Maître de Justice aurait occupé la fonction. Mais pourquoi l’avoir fait disparaître de la liste ?

Si on retient l’hypothèse qui le fait vivre au Ier siècle avant notre ère, il aurait été sadducéen au temps d’Alexandre Jannée (103-76).  Ce roi de Judée a fait crucifier 800 pharisiens sous les yeux de leur famille. Il a ensuite fait massacrer toutes leurs femmes et leurs enfants. C’est un fait historique. Est-ce le massacre des Innocents mentionné dans l’évangile de Luc ?
Son épouse, Salomé Alexandra, qui lui succéda, effectue un revirement spectaculaire en s’appuyant cette fois sur les pharisiens pour régner. Ceux-ci persécutent alors les sadducéens et le Maître de Justice aurait dû s’enfuir pour se réfugier en Égypte. Encore l’Egypte.

Jésus était-il le/un Maître de Justice ?

Jésus en Maître de Justice est une hypothèse nouvelle qui explique que la tradition ait conservé la condamnation et la crucifixion de Jésus par les Juifs et non par les Romains contre toute logique. Elle permet de suivre l’évolution des adeptes de Jésus, de la secte de Qumran aux premières communautés… qui naissent justement après la disparition des esséniens. Elle explique le passage en Égypte, les persécutions dont les disciples vont faire l’objet lors des conflits entre partisans d’Hyrcan et son frère Aristobule, les fils de Salomé Alexandra qui se disputent le pouvoir à sa mort. Cette hypothèse explique surtout pourquoi nous n’avons aucun document du Ier siècle sur Jésus.

Que nous apprennent les Talmuds, ces commentaires de la Bible juive édités au IVe siècle de notre ère à Babylone et en Judée ? Les informations qu’on y puise n’éclairent pas la situation. Le Jésus des Talmuds n’est pas historique, mais polémique. Les Talmuds apparaissent alors que le christianisme est devenu religion d’État, ils veulent prouver aux juifs que Jésus n’était pas le messie et qu’ils ont bien fait de ne pas le suivre. Voyons néanmoins comment ils le présentent.

Jésus serait le fils d’une coiffeuse, Myriam (Marie), tellement volage que son mari, Papos ben Yehouda, l’enfermait lorsqu’il quittait son domicile. Le mari finit par s’enfuir à Babylone sur les conseils de rabbi Aqiba, qui vécut la seconde révolte juive. Cette histoire nous projette vers 120 de notre ère !

Une seconde version fait de Jésus le fils d’une autre Myriam, fille de bonne famille, violée par un voisin, Yossef (Joseph) ben Pendara. Son fiancé fuit également à Babylone sur les conseils de son maître, Simon ben Shéta, le frère de la reine Alexandra-Salomé, qui vécut au premier siècle avant notre ère, ce qui nous amène un siècle avant l’histoire chrétienne… au temps du Maître de Justice. Nous ne devons pas nous étonner que le Talmud raconte plusieurs histoires de Jésus, cet ouvrage reprend toutes les opinions juives, même les plus contradictoires, de peur d’oublier celle qui sera avérée dans l’avenir.

Cette chronologie est confirmée par un autre texte juif datant du Moyen-Age (les Toldot Yeshou) : Jésus aurait été le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. Il serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère. Lors des persécutions des pharisiens, il aurait accompagné son maître en Égypte, jusqu’à ce que Simon ben Shéta, grande figure du pharisianisme, lui annonce la fin des persécutions. Ici, le maître de Jésus aurait été un pharisien et pas sadducéen.

Sur ces hypothèses, un tout petit nombre d’auteurs contemporains, en mal de copie, ont élaboré une nouvelle histoire de Jésus…qui explique pas mal de choses. Je ne les suis pas, mais leurs arguments sont intéressants.

Attention, il n’existe aucun lien entre le Maître de Justice et le Jésus du Talmud si ce n’est la période pendant laquelle ils auraient vécu. Certains auteurs ont attribué au Maître de Justice un nom : Yeoshua, qui est le même que celui de Jésus… mais le Maître de Justice n’a pas été identifié, on ignore donc son nom. Plus mystérieux, Flavius Josèphe ne parle pas du Maître de Justice alors qu’il proclame avoir suivi les enseignements des esséniens. Oubli de sa part ou censure des copistes ?

Plusieurs éléments sont troublants :

  • Les évangiles ne parlent jamais des esséniens, alors qu’ils citent les pharisiens et dans une moindre mesure, les sadducéens.
  • Les esséniens disparaissent quand les chrétiens font leur apparition dans l’Histoire, comme par un fondu-enchaîné cinématographique.
  • Comme les esséniens, les chrétiens dénigrent au temple de Jérusalem un rôle primordial dans l’accomplissement des rites.
  • Ils sont les ennemis des pharisiens.
  • Ils rejettent les sacrifices sanglants, les remplaçant par des repas communautaires.
  • Eusèbe de Césarée et Épiphane de Salamine considéraient les esséniens, en fait les thérapeutes, comme les premiers chrétiens.

Dans le manuscrit 4Q174 (surnommé “Les Derniers Jours), on lit :

« J’établirai ta progéniture à ta place et j’affirmerai le trône de sa royauté. Je serai pour lui un père et il sera mon fils. Ce passage de Samuel (2 Sam 7, 11-14) renvoie au rejeton de David qui apparaîtra avec l’interprète de la Loi et qui se manifestera à Sion durant les derniers jours ainsi qu’il est écrit : « Et je relèverai la tente de David qui est déchue ». Ce passage d’Amos (Amos 9 ,11) évoque la branche déchue de David qu’il relèvera pour délivrer Israël ».

Or la généalogie de Jésus telle qu’elle est reprise par Matthieu et Luc, se base sur une branche déchue de David, pas sur la lignée des rois de Juda. Remarquons le style du texte, c’est celui des manuscrits appelés « commentaires » : des passages de la Bible (ici Samuel et Amos) sont expliqués, interprétés.

Les membres du Yahad (nom que se donnent les rédacteurs des manuscrits sectaires de la Mer Morte), ne sont pas sans faire penser aux premiers chrétiens avec qui ils ont des pratiques communes, ce qui n’est pas extraordinaire en soi. Les uns et les autres sont des juifs, respectueux de la loi divine. Leur doctrine est dans l’air du temps. La description que Flavius Josèphe donne des esséniens dans le livre II de la Guerre des Juifs fait immédiatement penser à une collectivité de moines chrétiens. Mais il se peut que ce texte ait été interpolé par des copistes chrétiens.

Il est intéressant de noter que les livres dont on a retrouvé le plus d’exemplaires, dans les grottes de la Mer Morte, sont ceux les plus cités dans le Nouveau Testament. Ainsi, le livre des Psaumes présent à 39 exemplaires est le plus cité dans le Nouveau Testament, suivi du Deutéronome, 32 exemplaires et du livre d’Isaïe, 22 exemplaires.

Le Didachè (sorte de catéchisme des premiers chrétiens) nous présente l’eucharistie (le partage du vin et du pain) exactement de la même façon que les rouleaux de la Mer Morte (1QSa). Cette eucharistie est totalement différente de celle instaurée par Paul qui est un blasphème pour les juifs qui n’auraient pas supporté le « buvez ceci, c’est mon sang« . Le premier commandement que Noé a reçu de YHWH, c’est « tu ne consommeras pas de sang qui est la vie ». Ce commandement explique la façon barbare dont les juifs et les musulmans abattent les animaux et aussi le refus de la transfusion sanguine dans certaines sectes.

Le même Didachè explicite l’idée des « les deux voies », la vie et la mort, sujet du manuscrit 4Q473 de Qumran.

Dans les évangiles de Matthieu et de Luc, quand  Jean (emprisonné !) fait demander à Jésus s’il est le messie, celui-ci répond : « L’aveugle a recouvré la vue, l’estropié marche, le lépreux est purifié,  …, le pauvre reçoit la bonne nouvelle ». Cette phrase est extraite du manuscrit 4Q521, nommé « Rédemption et résurrection ». Notons que cette promesse figure également dans une prière juive.

Certaines paroles attribuées à Jésus dans les évangiles où l’on peut trouver tout et son contraire, s’accordent avec les vues conservatrices du Yahad :

  • Vous irez vers les brebis égarées d’Israël, pas vers les Samaritains ni vers les étrangers.
  • Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir.
  • Le sermon sur la montagne est une copie conforme d’un passage du manuscrit 4Q550 :
    « Heureux ceux qui reconnaissent leur pauvreté spirituelle, car le royaume des cieux leur appartient!  Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés!  Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre!  Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! Heureux ceux qui font preuve de bonté, car on aura de la bonté pour eux! … « 

Les Actes des Apôtres nous apprennent que pour entrer dans la secte chrétienne, il faut faire don de ses biens. On y apprend que Simon-Céphas  « le roc » (Pierre en français), que les évangiles gnostiques nous présentent comme borné, n’a toujours rien compris au message de son maître : il tue de ses mains Ananias et Saphira qu’il soupçonne d’avoir dissimulé certains de leurs biens. Or cette pratique de don de ses biens est une caractéristique des esséniens.

Paul utilise le nom Bélial pour désigner le démon. Or ce nom n’est pas employé dans la Bible, mais abonde dans les manuscrits sectaires de la Mer Morte (Règle de la communauté, Rouleau de la guerre, etc.).

Que dire alors de l’attente des deux messies : celui d’Aaron (Jean le Baptiste) et celui d’Israël, le rejeton de David, Jésus, le roi des Juifs ? Sinon qu’elle est conforme aux croyances du Yahad : le messie d’Aaron annoncera la venue du messie d’Israël. En plus, cela se passera sur le Jourdain, comme le prescrivent les manuscrits.

Comme le Yahad, Jésus annonce la venue du royaume des Cieux, sur terre (que votre volonté soit faite sur la terre comme (elle est faite) aux cieux), l’approche des derniers jours (d’injustice et du mal) et le jugement dernier.

Mais il y a des différences entre Jésus et les esséniens : Jésus rejette toute hiérarchie : « Tout disciple est comme son maître », il côtoie des personnes que les esséniens auraient jugées impures et s’en seraient écartés, il est un bon vivant, loin d’être un ascète, il est peu respectueux de la loi juive.

Conclusions

Loin d’apporter un éclairage sur les esséniens, le Yahad et les manuscrits de la Mer morte, le personnage du Maître de Justice ne fait que brouiller les pistes. Il faudra encore attendre pour obtenir des certitudes.

Les manuscrits de la Mer Morte

Cet article fait suite à l’article concernant les esséniens.

Une découverte extraordinaire

Au mois d’avril 1948, un communiqué de presse annonce que des Bédouins ont découvert dans une grotte près de Kirbet Qumran sept rouleaux provenant de la bibliothèque des esséniens. Les bédouins cherchaient une chèvre égarée. Une longue saga commence.

Le site de la découverte


Trois rouleaux avaient été acquis par un chercheur de l’Université hébraïque, Eléazar Sukenik.
Le métropolite (évêque) du couvent syrien de Jérusalem,  Athananasius Samuel avait acheté les quatre autres, qu’il revendra 250.000 dollars à l’État d’Israël en 1955. Il fit un profit considérable car il avait acheté les manuscrits à un intermédiaire, Kando, receleur notoire de Bethléem pour 100 dollars. On raconte que les Bédouins ont reçu 66% de cette somme, ce qui a permis à l’un d’eux, Mohammed edh Dhib de s’acheter 20 chèvres, un fusil et une femme. (histoire racontée par Simone et Claudia Paganini dans leur livre Qumran, les ruines de la discorde : Bayard 2010)

En 1955, neuf autres grottes avaient livré d’autres manuscrits. Aujourd’hui, on a découvert des manuscrits dans 11 grottes et les faux commencent a envahir le marché. Il faut dire qu’un bout de rouleau de 1 cm² peut se négocier quelques centaines de milliers de dollars.

Les manuscrits

870 manuscrits ont pu être reconstitués, parfois très partiellement, au départ de 15.000 fragments. 660 ont été identifiés. Ce ne sont pas 660 textes différents, plusieurs copies d’un même texte ont été retrouvées. Ainsi, la « Règle de la communauté » existe en 13 exemplaires et l’Ecrit de Damas en 11 exemplaires regroupés dans les grottes 4, 5 et 6.

Seuls dix livres ont livré plus de la moitié de leur texte. C’est dire la difficulté du déchiffrement. Un seul rouleau est complet, c’est le livre d’Isaïe.

Les sept premiers rouleaux étaient en assez bon état.

Il s’agit de :

  • La Charte d’un groupement sectaire juif
  • Le Récit des patriarches
  • Les Psaumes d’action de grâce
  • Le Commentaire d’Habacuc
  • Le Règlement de la guerre
  • Deux copies du livre d’Isaïe, livre canonique de la Bible.

À part le Livre d’Isaïe, les autres documents étaient totalement inconnus jusqu’alors.

Kirbet Qumran, qui signifie en arabe, les ruines de Qumran, situé sur les bords de la Mer Morte était jordanienne jusqu’à la guerre des Six Jours (juin 1967). Elle devint alors israélienne. Actuellement, elle fait partie des territoires palestiniens. Cette situation n’a pas facilité le travail de transcription des documents.
Ce n’est que depuis 1991 que tous les chercheurs ont accès aux transcriptions : les documents sont reconstitués à partir de fragments, puis retranscrits et photographiés.

Les manuscrits sont écrits avec une encre à base de carbone sur des peaux d’animaux ou des papyrus (10% seulement).  Le plus long manuscrit, le Rouleau du Temple 11Q19, mesure plus de 8,5 m. 11Q désigne la onzième grotte à Qumran. La plupart des documents sont écrits en hébreu, certains en araméen et un tout petit nombre en grec. Ils ont été rédigés sans ponctuation ou signes facilitant la lecture. Parfois, il n’y a pas d’espaces entre les mots.
Leur rédaction s’est étendue sur le IIe siècle avant notre ère jusqu’au Ier siècle de notre ère. La production de manuscrits s’est arrêtée lors de la première révolte des Juifs contre les Romains de 66 à 70 de notre ère.

Tous les manuscrits sont des livres concernant la religion. Ce sont des livres de la Bible ou ils parlent de thèmes courants comme le salut des justes, l’eschatologie, le messianisme, la sainteté du peuple d’Israël, les purifications, la place du temple et l’interprétation de la loi. Mais on ne décèle pas une ligne de conduite unique. Certains textes sont l’antithèse d’autres.

La plupart des livres étaient déjà connus. Ainsi on a une copie de tous les livres de la Bible, à un ou plusieurs exemplaires, sauf le livre d’Esther. Mais d’autres, environ 130, surnommés les livres sectaires ou non-bibliques, étaient complètement inconnus des chercheurs.

Un seul manuscrit ne parle pas de religion, c’est le plus étonnant : il est écrit sur une plaque de cuivre et situe l’emplacement de 64 trésors cachés.
En voici un verset :
« À l’entrée de la fontaine de Beit Shem : ustensiles votifs d’or et d’argent, et pièces d’argent pour une somme totale de 600 talents ».
Bien entendu, on a recherché ces trésors… sans succès. D’autres étaient déjà probablement passés.
Certains chercheurs ont calculé que la somme des trésors représentait 65 tonnes d’argent et 36 tonnes d’or (?).

Les ruines de Qumran

Par qui ont été rédigés les manuscrits ?
Comme nous l’avons vu, la déclaration de Pline quant à leur situation a beaucoup influencé l’attribution des rouleaux aux esséniens : le site d’Engadi se trouve à proximité.
Roland De Vaux, qui dirigeait les fouilles à Qumran, y a vu un monastère regroupant des moines esséniens copistes. Les grottes leur servaient de bibliothèque dans laquelle ils rangeaient leurs manuscrits.
Le père Roland de Vaux est un archéologue dominicain, étroitement associé aux manuscrits de la Mer Morte bien qu’il n’ait pas participé à leur déchiffrement.
Il était le responsable des fouilles à Qumran entre 1951 et 1956 alors qu’il dirigeait l’Ecole Biblique de Jérusalem et présidait le comité scientifique du musée archéologique de Palestine. À cette époque, Qumran, Jérusalem et Bethléem étaient en Jordanie.
Il est le responsable de l’association des manuscrits au site de Qumran et aux esséniens.
Il n’a jamais publié le résultat complet de ses fouilles et a détruit, involontairement, une grande quantité de matériel archéologique par des fouilles frisant l’amateurisme.

Les ruines ne sont pas très étendues. Le bâtiment principal mesure 32 mètres sur 37. On estime que l’établissement pouvait héberger de 15 à 50 personnes. Le RP de Vaux imagina donc que les moines étaient logés dans des tentes ou dans les grottes elles-mêmes.
Bien qu’aujourd’hui cette hypothèse soit encore admise par une grande majorité, c’est le « modèle standard« , certains faits la contredisent.
L’analyse de l’écriture des manuscrits montre qu’à part une dizaine, tous ont été écrits par des personnes différentes… or on dénombre plus de 800 rouleaux. Ce qui va à l’encontre de moines copistes.
L’archéologie n’a retrouvé aucun signe d’habitat dans les grottes, ni aucune installation de tentes autour de Qumran. De plus, aucune voie ne relie Qumran aux grottes avoisinantes.
Et que viendrait faire l’inventaire d’un trésor dans une secte qui prône la pauvreté ? Rappelons que dans les manuscrits retrouvés, trône un rouleau de cuivre 228 x 30 cm qui donne la situation de 64 trésors.
Dans les grottes, les manuscrits n’étaient pas rangés sur des étagères, mais déposés dans des jarres sur le sol : ce n’était pas une bibliothèque, mais une cachette.

Quelle était alors la fonction du site ?

Dans un premier temps, sous le roi de Judée Alexandre Jannée (127-76 avant notre ère), Qumran était un poste militaire avancé, avec des murs épais et une tour, comme on en compte plusieurs de Jéricho jusqu’à Massada, le long de la Mer Morte.

Une partie des bâtiments ont dû être détruits lors du tremblement de terre de 31 avant notre ère (date mentionnée par Flavius Josèphe). Le poste aurait été reconstruit et agrandi et semble avoir abrité une exploitation agricole et une fabrique de poterie. On a retrouvé ce qu’on pense être un four à céramique et un pressoir pour la production de vin, un moulin et une teinturerie. Chose troublante, la plupart des pièces de monnaie retrouvées sont des shekels de Tyr, la monnaie officielle du temple. Le site de Qumran aurait donc été en contact avec le temple de Jérusalem. C’est ainsi que l’on explique que lors du siège de Jérusalem en 68 de notre ère, les manuscrits auraient été mis en sécurité dans les grottes avoisinantes. C’est une hypothèse parmi d’autres. Il faut noter que la région n’était pas aussi désertique qu’aujourd’hui, elle bordait une route commerciale très fréquentée.
Bien sûr les défenseurs de la thèse d’un « monastère » de moines copistes, les esséniens, restent sur leur position. Ce qui est une teinturerie pour les uns est une piscine pour les bains rituels pour les autres.

À 260 mètres des bâtiments de Qumran, se trouve un cimetière de 1200 tombes. Les archéologues qui fouillent ce cimetière donnent des informations contradictoires. L’un certifie qu’il n’y a que des tombes d’hommes, tous orientés dans le même sens, certainement les membres d’une secte religieuse, un autre à analyser les ossements de 33 personnes, 30 hommes et 3 femmes… ce qui irait à l’encontre de la théorie des « moines » esséniens.

Quand le site a-t-il été abandonné ?
Il semblerait qu’il fut assiégé et détruit par les Romains lors de la révolte des Juifs de 66 à 70. Porquoi assiéger des moines et détruire leur monastère ? On ne retrouve aucune trace des manuscrits sur le site même de Qumran. Par contre, plusieurs fragments ont été retrouvé dans les ruines de la forteresse de Massada, un peu au sud de Qumran. Durant la révolte, Massada fut le dernier bastion des insurgés à résister aux Romains, il ne tomba qu’en 73. La tradition rapporte que tous les occupants se sont suicidés. Que venaient faire des esséniens parmi ces rebelles ?

Le Yahad

Enfin, les textes eux-mêmes contredisent l’hypothèse essénienne. Les mots « esséniens » ou « Qumran » sont absents des manuscrits. La secte se nomme elle-même Yahad (unité ou congrégation ou communauté en hébreu).

Le Yahad se définit (dans 1QHab) comme « une congrégation ayant pour essence la vérité, l’humilité authentique, l’amour de la charité et l’esprit de justice, attentifs l’un à l’autre selon ces principes dans la société sainte, unis dans une fraternité éternelle ».
Elle rejette les sacrifices sanglants. On lit dans la Règle de la Communauté (1QS 9, 4-5) :
« Plus que la chair des holocaustes et que la graisse des sacrifices, … l’offrande des lèvres selon le droit sera comme une odeur agréable de justice, et la pureté de conduite sera comme le don volontaire d’une oblation [qui attire] la bienveillance [divine] ».

Ses membres attendent le règne de Dieu et le jugement dernier.
La secte est loin d’être pacifiste : elle attend le messie pour se lancer dans le combat final contre les forces des ténèbres qui aura lieu à Armageddon (en hébreu : la colline de Megiddo au nord d’Israël).

Le célibat n’y est pas célébré comme une vertu. Les documents énoncent les lois du mariage, lois plus contraignantes que celles édictées par la Torah. Par exemple, le mariage d’un oncle et d’une nièce est formellement interdit alors que la Torah l’encourage.

Contrairement à ce que dit Philon, l’esclavage n’est pas tabou ni interdit : les documents déterminent comment il faut traiter les esclaves juifs et dans quelles conditions on peut prendre les ennemis en esclavage… l’alternative étant la mort pour eux. Un juif qui ne pouvait pas payer ses dettes pouvait se vendre comme esclave, ou vendre un membre de sa famille à son débiteur.
En principe, lors des années sabbatiques, tous les esclaves juifs devaient être libérés.
Comme le septième jour de la semaine, jour de shabbat était chômé, une année sur sept était dite sabbatique : les champs étaient laissés en friche. C’est à cette occasion qu’on libérait les esclaves juifs. Ils ne pouvaient pas être cédés à des maîtres non juifs et ils ne pouvaient pas être vendus à d’autres juifs qu’avec leur consentement.

Ni Flavius Josèphe, ni Philon, ni Pline ne citent des caractéristiques essentielles  du Yahad :

  • Aucun de ces auteurs ne parle du Maître de Justice, personnage emblématique du Yahad dont je parlerai dans l’article suivant.
  • Contrairement aux autres Juifs, qui utilisaient un calendrier lunaire, ils se réfèrent à un calendrier solaire de 52 semaines, soit 364 jours. Ce qui est un blasphème pour les juifs traditionalistes pour qui la mesure du temps est l’affaire de Dieu. Les jours de fête sont d’ailleurs fixés dans la Torah. Ils célèbrent les mêmes fêtes que les autres juifs, mais à des dates différentes.
    L’année commence toujours un mercredi, quatrième jour de la semaine juive, jour où Dieu a séparé le jour de la nuit selon la Bible.
  • Aucun auteur n’insiste sur le fait que la secte est ultra-orthodoxe. C’est ainsi qu’on y lit que si le jour du shabbat, un homme tombe dans un puits, on ne peut tenter de l’en extraire qu’avec ses vêtements. Tout usage d’un bâton ou d’une échelle est proscrit par la loi. Si on échoue, il faut l’y laisser.
  • Leurs textes sont  souvent xénophobes.
  • Le Yahad est loin d’être pacifiste. Ses membres attendent la fin des temps pour en exterminer les forces des ténèbres.

Ce seraient donc des combattants de Dieu qui attendent deux messies pour le combat final : le messie d’Aaron (un prêtre de la famille de Moïse) qui annoncera le messie d’Israël, un roi, descendant de David qui mènera les juifs à la victoire grâce à l’intervention divine. Certains ont fait le rapprochement avec le couple Jean le Baptiste et Jésus.

On n’a donc aucune certitude sur les esséniens, le site de Qumran et l’origine des manuscrits.
On peut dire :

  • Qu’il n’y a aucun lien prouvé entre le site de Qumran et les manuscrits.
  • Qu’il n’y a aucun lien prouvé entre Qumran et les esséniens.
  • Qu’il n’y a aucun lien prouvé entre les esséniens et les manuscrits.

Et si les manuscrits venaient de sources différentes ? On a évoque le temple de Jérusalem : les manuscrits auraient été caché avant la prise de la cité en 70. Ce qui explique la présence du rouleau de cuivre localisant des trésors.

Dans le deuxième livre des Macchabées on peut lire (2, 13-15) :

« …Judas (Macchabée, mort en -160) pareillement a rassemblé tous les livres dispersés à cause de la guerre qu’on nous a faite, et ils sont entre nos mains. Si vous (les juifs d’Égypte) en avez besoin, envoyez-nous des gens qui vous en rapporteront ».

On ne connaît pas l’emplacement de cette bibliothèque, ni ce qu’elle est devenue.

Mais où placer ces « esséniens » sur l’échiquier politique de la Judée ?
Nulle part, ils se sont retirés de la vie politique lorsqu’ils se sont séparés des pharisiens sous le règne d’Alexandre Jannée (127-76 avant notre ère) . Retirés ?  Pas tout à fait, ils se sont mis en réserve. Ils ont peut-être considéré qu’il n’y avait rien à faire pour le moment. Ils attendent l’arrivée d’un ou de deux messies annonçant l’intervention directe de Dieu, qui à l’aide des légions célestes, purifiera la terre d’Israël et prouvera au monde qu’il est bien le seul dieu.

Les esséniens

Ceci est le premier de trois articles qui vont parler des esséniens, des manuscrits de la Mer morte, de la figure emblématique de certains manuscrits : le Maître de Justice.

Encore aujourd’hui, les esséniens constituent une énigme. Nous avons peu d’écrits anciens qui y font référence et les découvertes des manuscrits de la Mer Morte, à Qumran en 1947, ne font qu’ajouter à la confusion, car aucun ne mentionne le nom d’essénien. À travers la lecture de ces rouleaux, on découvre une secte apocalyptique à la pensée proche des pharisiens, mais prête à en découdre avec les forces des ténèbres pour hâter la fin des temps.

Apocalypse ne veut pas dire catastrophe, mais bien « révélation ». En anglais, le livre de l’Apocalypse s’appelle d’ailleurs le « livre des Révélations ». Les écrits apocalyptiques révèlent le dessein de Dieu pour les temps à venir. Ces récits sont souvent eschatologiques, l’eschatologie étant un discours sur la fin des temps. Donc, un récit apocalyptique décrit souvent ce que Dieu réserve aux bons et aux forces du mal à la  fin des temps. On y oppose Babylone, la cité du mal (les juifs y ont été déporté) qui symbolise ce qui doit être détruit et la Jérusalem céleste, Sion, qui est le but à atteindre. Babylone ne se réfère pas à la ville ancienne, c’est le symbole de toutes les villes « mauvaises », dont Rome au Ier siècle de notre ère.

Les sources

Nous connaissons les esséniens par trois sources, dans l’ordre chronologique : Philon d’Alexandrie, Pline l’Ancien dans son ouvrage « Histoire naturelle » qu’il dédia en 77 de notre ère à Titus Flavius, le futur empereur et Flavius Josèphe, dont j’ai abondamment parlé. Les talmuds n’en parlent pas, les évangiles non plus. Justin, un auteur chrétien, qui écrit sur les sectes juives les ignore de même qu’Irénée qui disserte sur le monachisme (les moines). Tous deux ont vécu au IIe siècle de notre ère !

On sait donc très peu de chose d’eux.

Pline (23 à 79), qui n’a jamais voyagé en Judée, les présente comme une communauté d’hommes exclusivement, dont le nombre de membres ne diminue jamais : « Ils vivent sans femme et sans rapport sexuel, sur les bords de la Mer Morte au-dessus d’Engadi ». Cette déclaration a beaucoup influencé l’attribution des manuscrits de la Mer Morte aux esséniens. Car Engadi se trouve près de Qumran où les rouleaux ont été découverts. J’en reparlerai.

Pline l’Ancien périra lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il se trouvait à Misène, port de la baie de Naples, en tant que préfet, commandant la flotte militaire romaine. Voulant porter secours aux victimes de l’éruption, il traversa la baie avec ses galères et mourut, probablement étouffé, à 56 ans. Nous devons à son neveu, Pline le jeune, également présent à Misène, le récit, parfaitement précis de cette éruption. notons que les Romains ignoraient tout des éruptions volcaniques. Pompéi, détruite par l’éruption du Vésuve, admirablement conservée sous les cendres, fouillée par une multitude d’archéologues, n’a encore livré aucune trace de chrétiens.

Notons que Pline l’Ancien, philosophe stoïcien, curieux de tout, sciences, arts et bien entendu philosophie, ne parle pas des chrétiens dans ses ouvrages et que son neveu, Pline le Jeune, écrivain et politicien romain, ne les découvrira qu’en 113 !

Philon d’Alexandrie (-25 à 45) parle des esséens (sans le N) vivant en Judée et des thérapeutes vivant en Égypte dans son ouvrage « Contre Flaccus ». D’après lui, ce sont des saints, serviteurs de Dieu, pauvres, tout à fait pacifistes, refusant l’esclavage. Ils rendent service à leurs semblables et ne pratiquent pas le célibat. Il y aurait environ 4000 esséens en Judée.

Philon d’Alexandrie, nous a laissé un nombre impressionnant d’écrits la plupart philosophiques, plus grecs que juifs. À tel point que les chrétiens l’ont longtemps considéré comme l’un des leurs. Philon va être envoyé à Rome auprès de l’empereur Caïus Caligula pour défendre les juifs durant l’hiver 39-40. Dans son réquisitoire « Legato ad Caium », il parle des provocations de Ponce Pilate à Jérusalem où il voulait décorer le temple de boucliers romains, mais il ne mentionne ni Jésus, ni les chrétiens.

Représentation de Philon d’Alexandrie… en évêque chrétien ?

Flavius Josèphe (vers 37 à 100) est plus prolixe sur les esséniens, alors qu’il nous en dit très peu de choses sur les pharisiens et les sadducéens. Il nous explique :

  • Quand ils entrent dans la secte, ils font don de leurs biens. On retrouve cette coutume chez les premiers chrétiens dans les Actes des Apôtres.
  • Ils insistent sur le rôle du destin, de la prédestination : la vie est toute tracée.
  • Ils effectuent un noviciat d’un an suivi d’une période probatoire de 2 ans.
  • Ils s’habillent de blanc.
  • Ils ne rendent pas de sacrifices au temple de Jérusalem, mais participent à des repas pris en commun. Le Cène chrétienne est un repas commun essénien.
  • Ils respectent le gouvernement, quel qu’il soit, car « c’est par la volonté de Dieu que le pouvoir échoit à un homme ». Les évangiles font dire à Jésus : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

On ne retrouve pas les caractéristiques énumérées par les trois écrivains dans les manuscrits de la Mer Morte, sauf la vie communautaire et le noviciat. Comme ils ne parlent pas du temple de Jérusalem, on peut supposer que Flavius Josèphe a raison de dire qu’ils ne rendent pas de sacrifice au temple.

La disparition des esséniens

Les esséniens resteront une énigme, même dans leur disparition : on ne parle plus d’eux après la destruction du temple de Jérusalem en 70, conséquence de la révolte des juifs en 66. Ils sortent de l’Histoire quand les chrétiens y font leur entrée. Ils ont des points communs avec les chrétiens. D’ailleurs bon nombre d’écrivains chrétiens l’ont constaté.

  • Au IVe siècle, l’évêque d’Italie Philastre de Brescia dit d’eux qu’ils sont des moines qui considéraient Jésus non comme le fils de Dieu, mais comme un prophète… alors qu’ils existaient avant la prédication de Jésus.
  • Jérôme (347-420) affirme que les thérapeutes sont des moines croyant au Christ et vivant dans des monastères.
  • Eusèbe de Césarée (265-340 env.) indique que les thérapeutes «étaient un groupe de premiers chrétiens »
  • Épiphane de Salamine (315-403) affirme que c’est le nom original des chrétiens.

Le port du voile

Toutes les citations du Coran sont extraites de l’édition 2008 du « saint Coran » de l’Université d’al-Azhar de Beyrouth.

Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image de la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. C’est pourquoi la femme doit, à cause des anges, avoir sur la tête un signe de sujétion.

Voici qui est clair et précis : la femme est inférieure à l’homme et doit se voiler la tête… à cause des anges (?). Seulement ce texte ne concerne pas l’islam. Ce passage est extrait du Nouveau Testament, de l’épître aux Corinthiens (11, 6-10) attribué à Paul qui ne l’oublions pas reste juif, même s’il était chrétien.

Qu’en est-il pour les musulmans ? C’est un sujet controversé qui refait régulièrement surface comme signe religieux distinctif, ce que le Coran confirme. Le verset 33, 59 ne dit-il pas :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées.

Mais d’où vient cette tradition du voile ? Dans les déserts, qu’ils soient syriens ou arabes, il est normal de sortir couverts. Hommes et femmes s’enroulent une pièce d’étoffe autour de la tête. De plus, dans l’Antiquité, de Sumer à la Grèce, les femmes ont toujours porté un châle sur la tête dans l’espace public. Alors pourquoi une révélation oblige la femme à porter un voile ?

Hijab : Coran 33, 53

Mais qu’est-ce que le « voile » pour l’islam ? Dans le Coran, trois mots sont traduits par « voile ». Hijab se rencontre plusieurs fois, il désigne chaque fois un accessoire de décoration, un rideau, une tenture séparant une pièce en deux parties.
Ainsi dans le verset 33, 53 :

Si vous leur demandez (sous-entendu : aux femmes du prophète) quelque objet, demandez-le derrière un rideau (hijab). C’est plus pur pour votre cœur et pour leur cœur.

Pourquoi hijab est-il devenu synonyme de foulard ? Asma Lamrabet, une intellectuelle marocaine, avance une idée très intéressante. Pour elle :

« On a imposé le hijab aux femmes musulmanes dans son sens de séparation afin de bien indiquer à ces dernières où est leur place dans la société, autrement dit afin de les cantonner, au nom de l’islam, dans la relégation et l’ombre, loin de la sphère sociopolitique » (Femmes et Hommes dans le Coran : quelle égalité ? (al-Bouraq, 2012))

Khimar : Coran 24, 31

Dans le verset 24, 31, on rencontre le mot khimar, d’origine syriaque, qui lui désigne le foulard qu’on porte sur la tête.

Dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile (khimar) sur leur poitrine. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, à leurs pères et beaux-pères, à leurs fils ou aux fils de leurs maris, à leurs frères, ou aux fils de leurs frères ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes ou à leurs esclaves, ou aux domestiques mâles impuissants ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure.

Remarquons que la femme musulmane est plus impudique ou a moins de contraintes que la femme juive que seuls son père et son mari peuvent voir nue (Lv. 18, 1-19). Mais ce verset parle-t-il de la nudité de la poitrine ? Les atours sont aujourd’hui interprétés comme les cheveux, les oreilles et la gorge alors que le texte désigne spécifiquement la poitrine. Mais alors pourquoi rabattre le foulard sur la poitrine ?

Ce verset du Coran est cité par les musulmans pour justifier le port du foulard pour cacher les cheveux qui comme la poitrine est à même de susciter l’excitation des hommes ! Mais tout part de l’interprétation de mot « atours ». Les femmes arabes avaient-elles l’habitude de sortir seins nus ? Ne faut-il pas y voir une mise en garde contre l’exhibition des richesses que constituent les bijoux ? Que vient faire la dernière phrase du verset : « Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure » ? En quoi frapper du pied laisse voir les atours ? Cette injonction ne se justifie que si les atours sont des bijoux que l’on peut deviner par le bruit qu’ils font lorsqu’on frappe du pied par terre.

Ce verset est à rapprocher du passage de la première épître à Timothée dans le Nouveau Testament :

Et que de même les femmes en tenue décente, se parent avec pudeur et bon sens, non de tresses, ni d’or, ni de perles, ni de vêtements coûteux mais de bonnes œuvres ; c’est ce qui convient aux femmes qui ont promis de révérer Dieu.

Jalabib : Coran 33, 59

Dans le verset 33, 59 que nous avons cité en tête de cet article, ce n’est pas le mot hijab qui est utilisé, mais jalabib, mot éthiopien qui signifie manteau, cape et qui a donné djellaba. Donc, le verset peut être traduit par « revêtir leur cape ». Ce qui nous éloigne d’un foulard sur la tête.

Relisons ce verset :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles (jalabib) sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviterons d’être offensées.

Il va à l’encontre de ce que la tradition nous dit de la vie à Médine où toutes les tribus s’étaient converties à l’islam sauf les juifs. On devait reconnaître les femmes musulmanes parmi les femmes juives. Mais, si l’on en croit Tertullien, un père de l’Eglise chrétienne du IIe siècle : « Le voile sur la tête est si coutumier aux femmes juives qu’on les reconnaît par là » (Apologétiques 18, 9). C’est à n’y rien comprendre. Pour se différencier, les musulmanes doivent copier les juives !

À l’origine, ce verset ne devait s’appliquer qu’aux épouses et aux filles du prophète. Le terme « aux femmes des croyants » a dû être ajouté par la suite. De cette manière le verset devient compréhensible et s’apparente au verset 33, 53 qui propose de cacher les femmes du prophète par un rideau. D’ailleurs, les derniers versets de la sourate 33 concernent tous les femmes du prophète.

Ajoutons, pour « clarifier » la compréhension,  que nous croyons qu’une langue arabe précise, unifiée, n’existait pas avant le Coran. Donc, la signification que la langue arabe donne aux mots jalabib, khimar et hijab est récente et toute relative.

La même idée se trouve dans Le Didascalia apostolorum (L’Enseignement des apôtres), un traité de l’Eglise syriaque, écrit par les douze apôtres au concile de Jérusalem de l’an 50… selon la tradition, mais plus vraisemblablement au début du IIIe siècle. Il a été traduit en arabe avant les débuts de l’islam. On y lit :

Si tu veux devenir ne femme croyante, sois belle pour ton mari seulement. Lorsque tu marches dans la rue, couvre ta tête avec ton habit, afin que grâce à ton voile, ta grande beauté puisse être couverte. Ne peins pas le contour de tes yeux, mais baisse ton regard. Et marche voilée.

Un récit d’Aïcha

Les premières femmes arabes disciples de Mahomet ne portaient pas le voile si l’on en croit un récit (hadith) attribué à Aïcha, une des femmes du prophète de l’islam, rapporté par Boukhari et repris dans la Sîra (vol. 2, 297-307). Boukhari est un érudit perse du IXe siècle. Il a collecté plusieurs hadiths, on parle de 600.000. On raconte que chaque fois qu’il écrivait un hadith, il faisait ses ablutions et récitait une prière. Il a vécu 60 ans. À vos calculettes…L’affaire survint après la révélation concernant le port du voile. Aïcha faisait partie d’une caravane. Lors d’une halte, devant satisfaire un besoin naturel elle s’éloigna. À son retour, la caravane était repartie. Cet incident est rapporté par un hadith, car on soupçonna Aïcha d’adultère, ce qui fit grand bruit, perturba Mahomet et sema la discorde entre ses disciples.

Comment se fait-il que personne ne se soit aperçu de l’absence d’Aïcha… la femme préférée de Mahomet ? Pourquoi insister sur le fait que l’incident intervient après la révélation sur le « port du voile » ? En quoi avoir un voile sur la tête dissimulait-il Aïcha à la vue des membres de la caravane au point de partir sans elle ? Ne faut-il pas en déduire que ce voile n’était pas un simple foulard, mais un voile, entourant le palanquin posé sur le chameau, cachant la femme du prophète aux yeux des hommes de la caravane ?

Si on suit la tradition, la suite du récit de Boukhari tombe dans  l’absurde : on chercha Aïcha et enfin on la retrouva. Son « sauveur » la reconnut car il l’avait déjà vue sans son voile. Elle était reconnaissable, car elle était rousse, ses cheveux étaient roux. C’est du moins ce que dit un hadith attribué à Mahomet : « Prenez la moitié de votre religion de cette petite rousse ». D’après cette information Aïcha aurait donc retiré et perdu son voile en s’isolant ? Ceci confirme bien que le voile, dont il est question ici, n’a rien à voir avec un foulard, mais est bien un rideau, une tenture pour dissimuler la femme aux regards des hommes. Hors de son palanquin, Aïcha n’avait pas de foulard, même après la révélation !

De quand date cette obligation ?

C’est de nouveau Boukhari qui nous éclaire, c’est Umar qui parle : « Envoyé de Dieu, les gens vertueux comme les libertins pénètrent chez tes femmes. Si tu ordonnais à tes femmes de se dérober à leur regard par un voile. Alors le verset du voile descendit ».

Conclusions

Les religions juives et chrétiennes ont abandonné l’usage du foulard, seul l’islam résiste et continue à imposer des prescriptions désuètes, sclérosé qu’il est par l’idée que le Coran serait incréé. Même l’hindouisme, pourtant toujours figé dans son système de castes, n’impose plus le voile aux femmes. Même à la lecture (éclairée) du Coran, on ne voit rien qui pourrait obliger les musulmanes à porter le foulard. On leur demande juste d’être discrète et pudique. En 2014, en Iran, plusieurs femmes ont publié sur Internet une photo d’elle non voilée. Cette rébellion a provoqué une manifestation monstre dans les rues de Téhéran dont le slogan était « Homme où est ta dignité, où est le voile de ta femme ?« . Certains calicots appelaient même à la lapidation ! Cette manifestation n’est-elle pas la réponse au problème ?

Petite fille swahili ou l’islam mal compris

Covid-19 et religions

Cet article est inspiré d’un article du Monde des religions n°101

Arabie saoudite : Allah sur pause

Dès le 19 mars, les lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine ont été fermés.
A ce jour (15 juin 2020), l’Arabie saoudite compte 1.011 morts (+39) sur un total de 132.048 personnes infectées d’apès le site https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries.

Etats-Unis : liberté chérie

Pour libérer le pays du fléau, les évangélistes s’en remettent à Dieu et invitent les fidèles à venir nombreux lors des réunions de prière. Le virus se joint à eux et prospère.
117.864 morts et 2.166.529 infectés.

Jérusalem : la fin du monde est proche

Les ultraorthodoxes refusent les mesures de confinement et appellent les fidèles à la prière en l’honneur du Messie qui arrivera pour la Pâque (le 8 avril). Caramba encore raté (Tintin – l’oreille cassée (Hergé) page 12, case 3).
302 morts et 19.121 infectés.

Pour eux, se sont les femmes impudiques qui sont la cause de la pandémie.
Si on se promène à Jérusalem, on rencontre des juives portant un foulard noué à l’arrière de la tête comme un bandana. Ce sont les femmes des ultraorthodoxes, ces juifs habillés comme en Pologne au XIXe et qui parlent un dialecte allemand, le yiddish. Pour eux, les cheveux sont un atour sexuel. Mais leurs femmes ne cachent pas leurs cheveux… car elles sont rasées. Seul leur mari peut voir leur crâne nu. Et ça les excite, les bougres, car une famille moyenne comporte une dizaine d’enfants. Cette surpopulation les oblige à quitter leur quartier de Méa Shéarim pour se répandre dans toute la ville et constituer de nouveaux ghettos. Leur qualité première n’est pas la tolérance et ils le montrent : de grands panneaux interdisent aux femmes ne se conformant pas à leur coutume vestimentaire de passer à proximité de « leurs rues ». Toute contrevenante, qui ose s’aventurer se fera insulter… par ces hommes qui n’oseront pas la regarder de peur de commettre un péché.

Chrétienté : le culte des images 2.0

Non contents de vendre des images pieuses aux fidèles et de peupler les églises de statues de saints, le clergé a trouvé une manière originale de célébrer la messe lors du confinement : le prêtre officie devant les photos envoyées par leur paroissiens. L’information que j’ai ne mentionne pas comment il administre les sacrements (Eucharistie).

Le père Giesler devant ses paroissiens virtuels à Achern (Allemagne)

Les épouses du prophète

Tout ce que nous connaissons, ou croyons connaître, de la vie de Mahomet (570-632) nous vient des hadiths et de sa biographie, très romancée, écrite dans la première moitié du IXe siècle par à ibn Hicham… 200 ans après la mort du prophète. La littérature musulmane des tout premiers siècles a donné naissance à trois genres littéraires : les hadiths (les dits du prophète et de ses proches), les circonstances de la révélation et les expéditions militaires ou conquêtes. Tous les faits rapportés sont « certifiés » par une chaîne de transmission : « Je tiens ce récit de X, qui l’a entendu de Y, qui en avait connaissance par Z…( sous-entendu, donc, c’est la vérité) ». Quelque soit le genre, il n’est pas rare qu’un même fait, dans le même ouvrage, soit rapporté de façon tout à fait différente, par deux chaînes de transmetteurs.
La Sîra, la biographie de Mahomet appartient au genre « circonstances de la révélation ». Ce genre est très important, car même si le Coran est incréé, comme le dogme l’affirme, Allah en a modifié le texte : dans le Coran, on lit que la vigne offre une boisson enivrante agréable (16, 67) mais aussi que boire du vin est un péché grave (2, 219) (voir mon article intitulé : Du vin et du porc). Allah dit : « Nous n’abrogeons aucun verset sans le remplacer par un autre qui soit meilleur » (2, 106). Il est donc important de savoir quel verset abroge et remplace l’autre, d’où la nécessite de connaître les circonstances de la révélation. Dans le cas cité, la Sîra nous informe que Mahomet recevait des outres de vin de voyageurs venant de Syrie, mais un jour un fidèle s’est présenté saoul à la prière et le verset 2, 219 a été révélé. La Sîra se sert donc de la biographie romancée de Mahomet pour justifier les versets du Coran.

Khadija

Mahomet épousa Khadija à La Mecque où il était à son service comme caravanier. C’était une riche veuve, propriétaire de caravanes. On était en 595, il avait 25 ans, elle en avait 15 de plus que lui. Il fut un mari exemplaire. Ils eurent 6 enfants, on en reparlera.

En 610, Mahomet eut ses premières révélations. Dans la Sîra (I, 233-239), ibn Hicham raconte cette anecdote. Alors qu’il est en contact avec l’ange Gabriel (Gibrîl), Khadija demanda à Mahomet de se blottir dans son giron.

– Cousin » demanda-t-elle, le vois-tu encore ?
– Oui je le vois, répondit Muhammad.
Khadija se débarrassa de sa robe et mit la tête de Muhammad, toujours sur son giron, sous sa chemise de corps.
– Le vois-tu encore ? demanda-t-elle
– Non, je ne le vois plus.
– Cousin, sois heureux et tiens bon. Ton ami est un ange du ciel et non point un démon.

Elle fut la première convertie et une aide précieuse pour son mari en butte aux railleries des notables de La Mecque. Elle est appelée « Mère des croyants ».

Ils eurent deux fils : el Qassim et Abdallah, tous deux morts en bas âge, et quatre filles d’après la tradition.
Zaynab née entre 598 et 600. Elle est morte du vivant de son père en 629. Elle épousa un mécréant qui fut fait prisonnier par Mahomet. Il le libéra en échange de sa fille. Le mari retourna à La Mecque et Zaynab, pourtant amoureuse de son époux, dû rejoindre son père à Médine. Elle avait une fille qui épousa Ali, le quatrième calife.

Ruqayya née en 601 et morte en 624. Elle épousa un aristocrate mecquois, fils d’Abu Lahab. Ce personnage est un des rares contemporains de Mahomet cités dans le Coran, livre incréé rappelons-le. C’était son ennemi.

Que les deux mains d’Abû Lahab périssent et que lui-même périsse !
Ses richesses et tout ce qu’il a acquis ne lui serviront à rien.
Il sera exposé à un feu ardent
Ainsi que sa femme, porteuse de bois, dont le cou est attaché par une corde de fibres. (Co. 111, 1-5).

La sourate 111 ne comporte que ces 4 versets, elle lui est entièrement consacrée.
Ruqayya fut répudiée et épousa Uthman, le troisième calife.

Oum Kalthoum dont on connaît ni l’année de naissance ni le nom, Oum Kalthoum signifiant « la mère du joufflu » a le même parcourt que sa sœur Ruqayya : elle a épousé un fils de Abu Lahab qui l’a répudiée, elle épousa alors Uthman, le troisième calife… après la mort de sa sœur Ruqayya.

Fatima épousa Ali, le quatrième calife et est aussi vénérée que lui. On ignore quand elle est née en 604, 605, 609 et même 615 selon les sources. Notons qu’aucune archive n’étant tenue, les dates de naissance des personnages de l’entourage du prophète ont été estimées bien des années plus tard. Si on s’en tient à la chronologie établie, Fatima est née alors que sa mère avait entre 49 et 60 ans, ce qui à l’époque tient du miracle. Elle mourra quelques jours après son père.

Donc, à la mort de Mahomet, il n’a plus de descendance directe. Comme il n’a pas eu de frères, ni de sœurs, il n’a pas d’héritiers directs.

A Médine

Khadija meurt en 619, trois ans avant que Mahomet quitte La Mecque pour Médine, ce qui s’appelle l’Hégire et donne le point de départ du calendrier musulman. Il respecte le deuil d’un an, puis épouse Sawda. Il est âgé de 50 ans, elle en a 35 (Wikipédia lui en donne 65 !). Bien vite, Mahomet veut la répudier car il a épousé une très très jeune fille (une enfant) Aïcha. Sawda lui fait alors cette étrange proposition qu’il accepte : « Je ne te demande pas de coucher avec moi, je cède mon tour à Aïcha. Mais je veux être présente le jour de la résurrection parmi tes épouses. » Comme bon nombre de croyants, elle attend toujours !

L’épouse la plus célèbre de Mahomet, avec Khadija, est Aïcha (614-678). Elle est la fille de l’ami du prophète, Abu Bakr, qui sera son successeur direct. Elle a 6 ans lorsqu’il demande sa main à son père. A 8 ans elle devient sa femme. Un an plus tard, le mariage est consommé. Ce qui choque dans ce mariage, ce n’est pas l’âge de la fillette. Beaucoup de souverains européens se sont mariés à cette âge. Ce qui choque, c’est la différence d’âge, lui a plus de 50 ans et le fait que le mariage fut consommé. Suite à ces noces, la Charia fixa l’âge légal du mariage des filles à 9 ans (voir mon article sur les mariages de plaisir).

Malgré ses caprices, elle fut la préférée du prophète s’il faut en croire la tradition musulmane. Ce qui n’empêcha pas Mahomet de prendre encore de nombreuses épouses. Mais Allah lui a permis de dépasser la limite fixée à quatre femmes (Co. 4, 3).

Ô prophète. Nous avons rendu licite pour toi les épouses que tu as dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de ton oncle ou de tes tantes paternels ou maternels ainsi que toute croyante qui aura livré son cœur au prophète pourvu qu’il consente à l’épouser (NB : remarquons le changement de personne : tu puis il). C’est un privilège que nous t’accordons à l’exclusion des autres croyants. (Co. 33, 50)

J’ai souligné « ton oncle » au singulier. Ce personnage est Abu Talib, le père d’Ali, quatrième calife et cousin de Mahomet. C’est lui qui l’éleva après la mort de son père et le protégea des attaques des Mecquois réfractaires au message du prophète. Mais alors qui est al-Abbas, le fondateur de la dynastie des Abbassides venu du fin fond de l’Iran et qui se présenta comme l’oncle du prophète ?

Fermons cette parenthèse. La tradition raconte qu’au cours d’une étape aride, sans eau, Aïcha perdit son collier. Le moment de la prière approchant, les croyants voulaient atteindre au plus vite un point d’eau pour les ablutions rituelles. Aïcha ne voulut rien entendre et exigea qu’on cherchât son collier. Le soir même Allah donna connaissance d’un nouveau verset à Mahomet :

Lorsque vous vous disposez à la prière, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes, passez les mains mouillées sur vos têtes et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles… si vous ne trouviez pas d’eau alors, recourez à la terre pure (au sable), passez-en sur votre visage et vos mains… (Co. 5, 6)

Notons qu’avant ce verset, tout voyage dans le désert semble avoir été interdit aux croyants. Comment trouver cinq points d’eau pour respecter les prières journalières ?

Mahomet prit ensuite pour femme Hafsa, la fille de son ami Umar, qui deviendra deuxième calife. C’était sa quatrième épouse. Quelque temps plus tard, il convola avec Zaynab, une veuve de 30 ans. Mahomet avait 56 ans. Puis il épousa Oum Salama, la veuve de son frère de lait. Comme elle était inconsolable, Abu Bakr et Umar se proposèrent de l’épouser. Elle refusa, mais elle accepta la proposition de Mahomet. Aïcha la trouvait très belle malgré son âge (30 ans). Elle mourut en 680, soit 64 ans après l’Hégire. On lui doit toute une série de hadiths.

Ensuite, vient l’épisode d’une seconde Zaynab, l’épouse du fils adoptif du prophète, nommé Zayd. Les circonstances de ce mariage sont floues… pour ne pas salir la mémoire du prophète. Il aurait trouvé Zaynab à son goût et son fils adoptif aurait proposé de la répudier. Malgré son désir, Mahomet aurait refusé car il était interdit d’épouser la femme de son fils, même adoptif. C’était considéré comme un inceste. Alors Allah intervint :

Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, un fois qu’Allah et son messager ont décidé une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir… Quand tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits tout comme toi-même l’avait comblé (c’est Zayd) : « Garde pour toi ton épouse (Zaynab) et crains Allah ». … Tu (Mahomet) craignais les gens mais c’est Allah qui est digne de ta crainte. Quand Zayd (cité explicitement dans le texte, comme Abu Lahab dans la sourate 111) eut cessé toute relation avec elle, nous te la fîmes épouser afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs quand ceux-ci cessent toutes relations avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. (Co. 33, 36-37)

Vinrent ensuite Juwayrira, une jeune femme de 20 ans et Ramlah Abi Sufyan, également appelé Oum Habiba, convertie très tôt à l’islam bien qu’elle ait été la fille d’un dirigeant de La Mecque, ennemi de Mahomet : Abu Sufyan. Il compte maintenant 9 épouses.

Le seigneur de guerre

A Médine, résidaient trois tribus juives d’après la Sîra. Mahomet chassa deux d’entre elles sous des prétextes divers et anéantit la troisième accusée de trahison. Les hommes furent rassemblés devant de grandes fosses, égorgés et enterrés (Sîra II, 58-60). Parmi les captives, se trouvait Safiyya, une très jolie femme (juive) que Mahomet réclama comme butin. Il partagea sa couche le soir même… après l’avoir convertie à l’islam et l’avoir épousée. Il faut respecter les règles.

Son épouse suivante est Maymuna, elle avait 36 ans et lui 60.
Enfin, il prit pour concubine Maria la Copte, une esclave chrétienne venant d’Egypte qu’il reçut en cadeau. Elle lui donna un fils, Ibrahim qui ne vécut que quelques mois. Mahomet n’a décidément pas de chance avec ses fils.

Conclusions

Mahomet eut donc une douzaine d’épouses et quelques concubines. Des jalousies et des disputes éclatèrent entre elles. Un vent de révolte souffla même. Mais Allah veillait au bon ordre de la maison du prophète.

S’il vous répudie il se peut que son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, soumises à Dieu, croyantes, pieuses, adorantes, observant le jeûne, qu’elles aient été mariées ou qu’elles soient encore vierges.

Ce verset, d’après la tradition, suffit à les calmer.

Pour conclure, je laisse la parole à l’islamologue français Guillaume Dye, professeur à l’Université Libre de Bruxelles qui en 2016 déclara : « Il me semble à peu près impossible de retrouver la réalité historique derrière tous ces récits [sur la famille de Mahomet], et l’idée traditionnelle selon laquelle le Prophète aurait eu sept enfants (un chiffre qui n’est pas anodin dans la culture biblique) ne paraît pas être une information historique. » 

Le dialogue interreligieux

Le dialogue interreligieux est une initiative chrétienne. Il englobe toutes les religions dont le bouddhisme et l’hindouisme. Il a été initialisé en 1999 par le cardinal Ratzinger, qui deviendra pape sous le nom de Benoît XVI en 2005 et démissionnera, fait exceptionnel, en 2013. Si à l’origine l’objectif était ambitieux comme le laisse supposer la déclaration du chrétien, Samir Khalil Samir pour qui « le devoir apostolique oblige les chrétiens à aider les musulmans à décanter leur foi, pour découvrir ce qu’elle offre de pierres d’attente (sic ?) et finalement pour s’ouvrir à l’Évangile qu’ils croient connaître à travers le Coran, alors qu’ils l’ignorent. En suscitant le désir d’une spiritualité plus exigeante, on permet la rencontre avec le Christ des Évangiles et pas seulement celui du Coran ». Si on lit entre les lignes, le dialogue consiste donc à faire reconnaître aux musulmans que Jésus est le fils de Dieu, dieu lui-même ! La position de l’Église n’a pas changé depuis Pierre de Montboisier, dit le Vénérable, qui en 1156 publia « Contre la secte des Sarrasins » après avoir fait traduire la Coran en latin. Pourquoi, dit-il, « S’ils adhèrent à une partie des Écritures, n’ont-ils pas adhéré à tout ? De deux choses l’une, soit le texte est mauvais et il faut le rejeter, soit il est vrai et il convient de l’enseigner ».

Aujourd’hui l’objectif est plus prosaïque. Le cardinal Jean-Louis Tauran a écrit dans l’Observatore Romano fin 2017 : « Malgré les positions qui peuvent parfois sembler distantes, il faut promouvoir des espaces de dialogue sincère. Malgré tout, nous sommes vraiment convaincu qu’il est possible de vivre ensemble ». L’objectif est donc de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel avec les fidèles des autres traditions.

Le pape François à Abu Dabi

Un rapprochement doctrinal est-il possible avec l’islam ? Chrétiens, juifs et musulmans ont le même dieu et un ancêtre commun : Abraham. Voici deux points fondamentaux qui devraient permettre le rapprochement. Mais Allah peut-il être identifié à YHWH ? Est-ce le même dieu ?

Le même dieu ?

Tout le laisse penser. Ne lit-on pas dans le Coran : « Nous avons envoyé sur les traces de Noé et d’Abraham d’autres messagers comme Jésus fils de Marie à qui nous avons donné l’évangile… » (Co. 57, 27). C’est donc Allah qui guidait les prophètes juifs et Jésus. Pourtant le dieu du Coran est à l’opposé du dieu de la Bible, comme le montre ce qui suit.

Dans la suite de l’exposé, j’emploierai le mot Dieu pour le dieu des juifs et des chrétiens et Allah (al ilal : littéralement la divinité, le dieu) pour le dieu des musulmans. Ce chapitre est inspiré de l’ouvrage de Christian Makarian : « Le choc Jésus-Mahomet » (CNRS 2008)

Dieu a une histoire, il est acteur, il accompagne les hommes. Allah est transcendant, il est dans une autre sphère : « A Allah appartient l’Est et l’Ouest. Où que vous vous tourniez, la face d’Allah est donc là, car Allah a la grâce immense. Il est omniscient. » (Co. 2,115) Je profite de ce verset pour faire une petite remarque sur la prière. Pourquoi faut-il se tourner vers La Mecque alors qu’Allah est partout ?

Dieu est paternel, il a une relation de père à fils avec l’homme. Il s’irrite, il punit et se réconcilie. C’est l’idée maîtresse de la Bible hébraïque. Allah n’a aucun sentiment, le Coran ne tombe pas dans l’anthropomorphisme bien qu’Allah veuille être adoré et craint. Il décide tout, il a tout prévu : « Allah, point de divinité à part lui, le Vivant, celui qui subsiste par lui-même. … A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur terre. Qui peut intercéder auprès de lui sans sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur… » (Co. 2, 255)

La religion juive et chrétienne a évolué avec le temps et les circonstances : la destruction du temple de Jérusalem a donné naissance au judaïsme, la croyance en Jésus a donné naissance au christianisme. Le Coran, lui, clôt les révélations. Dieu a tout dit : « Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes qui ne soit enregistré dans un livre avant que nous l’ayant créé et cela est certes facile à Allah. » (Co. 57,22)

La foi chrétienne et juive est un processus individuel, un choix librement consenti. On s’engage personnellement dans la confiance. L’islam est une soumission collective, une prosternation aveugle : on naît musulman dans une communauté et on le reste. L’apostasie est punie de mort.

Les gens du livre

La Bible n’est pas l’équivalent du Coran pour les juifs et les chrétiens. D’ailleurs, l’expression « les gens du livre » souvent employée dans le Coran pour désigner les juifs et les chrétiens est impropre, il faudrait parler des « gens des livres » au pluriel. Chaque livre est le résultat d’une vision personnelle de son auteur. Les livres juifs et chrétiens sont des productions humaines, le Coran est l’oeuvre d’Allah pour les musulmans. De plus, le Coran est incréé, il existe de tout temps, l’exemplaire original se trouve à la droite de Dieu : « Nous avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez. Il est auprès de nous, dans l’écriture-mère (l’original au ciel), sublime et rempli de sagesse. » (Co. 43,3-4) Le Coran est irréfutable, c’est le verbe d’Allah. Il enseigne tout ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le salut des hommes. Il ne peut être lu qu’en arabe. Les Indonésiens, les Pakistanais et les Nigérians qui représentent la majorité des fidèles non arabes, apprennent le Coran, par cœur sans comprendre. Pas de problème, c’est le souffle de Dieu.

La Bible a été révélée à plusieurs prophètes, ce qui explique le nombre de livres et une certaine ambiguïté. Le Coran n’a été révélé qu’à une seule personne. Il est intact, mais sclérosé à « l’âge d’or » du califat de Bagdad. L’islam, c’est le culte de la prière.

Abraham et les personnages de la Bible

Le Coran a complètement altéré le message de l’Ancien Testament sous prétexte que les juifs avaient falsifié le message de Dieu. Par un trait de génie linguistique, tous les personnages de la Bible sont devenus musulmans, soumis à Dieu. Ainsi le verset 132 de la sourate 2, dans le saint Coran de Médine est rédigé ainsi : « Et c’est ce qu’Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob : Ô mes fils, certes Allah vous a choisi la religion, ne mourrez point, donc, autrement qu’en soumis ! » Et une note de base de page spécifie : soumis (muslim en arabe) = musulman (en français).

Les versets qui précédent ne laissent aucun doute, voici donc les versets 128 et 129 de la sourate 2.

Notre seigneur ! Fais de nous [Abraham et son fils Ismaël] tes soumis, et de notre descendance une communauté soumise à toi. Et montre-nous les rites et accepte de nous le repentir. Car c’est toi certes l’accueillant au repentir, le miséricordieux.

Notre seigneur ! Envoie l’un des leurs [les Arabes] comme messager parmi eux, pour leur réciter tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c’est toi certes le puissant, le sage.

Dans ce dernier verset, Abraham n’annonce rien de moins que la venue de Mahomet.

Conclusion

On ne négocie pas avec les principes fondamentaux. Le dialogue christianisme-islam basé sur la doctrine aurait donc été impossible.

Un analyse même superficielle permet de mettre en doute que Dieu et Allah soient le même concept. Déjà au deuxième siècle, Marcion, à qui j’ai déjà consacré un article, avait proclamé que le dieu de Jésus n’était pas le dieu d’Israël et qu’il fallait abandonner la Bible hébraïque.

La dhimma

En 1492, les rois d’Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, ont conquis le dernier bastion arabe, le royaume de Grenade. L’Espagne est totalement aux mains des souverains catholiques. Quelques semaines plus tard, le 2 août 1492, soit le 9 Ab du calendrier juif, jour de deuil commémorant la destruction du temple de Jérusalem en 70, ils expulsent les juifs. Ou du moins, ils leur donnent le choix : se convertir ou partir. Ceux qui partent ne peuvent emporter que des lettres de change et seront fouillés à la frontière. Environ un quart des quelques 300.000 juifs, d’après les estimations, que compte l’Espagne partiront. Les autres, nouveaux convertis au catholicisme, seront à la merci de l’Inquisition qui va espionner le moindre de leurs gestes déviants. L’Inquisition est aux ordres des souverains et toute condamnation entraîne la confiscation des biens qui reviennent à la couronne.

Vers quelle destination vont se diriger les expulsés ? Vers les pays voisins, le Portugal et la France ? Ceux qui auraient opté pour le Portugal subiront le même sort 5 ans plus tard. Non, la majorité partira vers des pays musulmans, le Maghreb ou l’Empire ottoman et les villes de Smyrne (actuellement Izmir) et d’Istanbul. Pourquoi ? Les musulmans sont-ils plus tolérants ? Mais que veut dire tolérant ? Aujourd’hui cette notion a une connotation positive, mais à l’époque, où chaque religion est convaincue de détenir la vérité, permettre le culte d’une autre religion, c’est accepter le droit à l’erreur. Donc non, les pays musulmans ne sont pas plus tolérants, mais ils supportent les religions juives et chrétiennes, comme s’ils pardonnaient à des coupables. Ces pays n’offrent pas la tolérance, mais un cadre juridique apportant la stabilité. C’est la dhimma. Les juifs et les chrétiens sont des dhimmis, ils sont protégés. En échange de discriminations fiscales et civiles ils peuvent exercer leur culte et organiser juridiquement leur communauté.

La dhimma

En quoi consiste la dhimma ?
Les nombreuses discriminations n’ont pas été appliquées avec la même vigueur, ni la même régularité partout en tout temps. Voici les principales.

  • Le dhimmi (le protégé) sera soumis à un impôt foncier (kharaj). Les conquérants arabes avaient pris possession de toutes les terres, les paysans dépossédés étaient devenus des métayers.
  • Il devra s’acquitté d’un impôt sur les personnes physiques (jizya) en vertu du verset 29 de la sourate 9 : « Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient le tribut après s’être humiliés. » Durant certaines périodes, le dhimmi devait payer individuellement au receveur en s’inclinant devant lui, en s’humiliant. En échange, il était dispensé du service militaire et de l’aumône, obligatoire pour les musulmans. L’impôt était fixé à un dinar d’or byzantin, soit 4,55 g, par an et par personne, quelque soit ses revenus autre part, à 2 dinars ou 4 dinars et même à 20% des revenus. L’impôt variait en fonction du percepteur. Cet impôt a été imposé bien avant l’instauration de la dhimma, lors de la prise d’une ville ou d’une région, comme prix de la paix.
  • Le dhimmi ne devra exercer aucune autorité sur un musulman. Donc, les dhimmis étaient exclus des fonctions publiques… théoriquement. On retrouvera des médecins juifs dans l’entourage du sultan comme des généraux chrétiens à la tête de ses armées.
  • Il ne pourra témoigner contre un musulman. Il ne peut pas frapper un musulman… même en état de légitime défense.
  • Il ne construira pas de nouvelles églises ou de nouvelles synagogues. Toute réparation aux anciens édifices sera soumise à l’approbation d’une autorité musulmane.
  • Il devra accueillir durant trois jours tout musulman de passage qui en fera la demande.
  • Il lui sera interdit de cacher des musulmans recherchés par les autorités.
  • Il n’enseignera pas le Coran à ses enfants.
  • Il ne fera pas de prosélytisme et n’empêchera pas un membre de sa famille de se convertir à l’islam.
  • Il se vêtira différemment des musulmans.
  • Il sera déférent envers les musulmans et leur cédera la place, que se soit en rue, où il s’effacera devant eux, ou dans une réunion, où il cédera son siège.
  • Il ne pourra chevaucher sur une selle. Il devra préférer une mule à un cheval.
  • Il ne portera pas d’arme.
  • Il ne vendra pas de porc.
  • Les dhimmi juifs couperont leurs mèches de cheveux.
  • Il ne montrera pas de croix ou de livre saint dans les rues empruntées par les musulmans. Les prières seront récitées à voix basse. Faire sonner les cloches des églises est interdit.
  • Il ne pourra pas construire d’édifice plus élevés que ceux des musulmans.
Qui a instauré la dhimma ?

La tradition veut que la dhimma ait été instituée par le deuxième calife, Umar. Cette tradition assigne un rôle particulier aux califes « bien guidés » qui ont succédé directement à Mahomet. Abu Bakr a converti toutes les tribus arabes à l’islam (il n’a régné que deux ans !). Umar est le législateur et Uthman le collecteur du Coran.

Il est peu vraisemblable que le deuxième calife ait imposé la dhimma. A son époque et pour plus de 50 ans encore, l’administration est restée aux mains des chrétiens dans l’ex-empire byzantin et aux mains des Perses à l’est de l’Euphrate. Les auteurs chrétiens, dont Jean Damascène (676-749), n’en parlent pas. Jean Bar Penkayê, un moine chrétien de la fin du VIIe siècle témoigne : « Un homme parmi eux, nommé Muawiya (le premier calife omeyyade), prit les rênes du gouvernement des deux empires : persan et romain. La justice prospéra sous son règne, et une grande paix s’établit dans les pays qui étaient sous son gouvernement, et permit à chacun de vivre comme il le souhaitait ».

Un texte chrétien se plaint qu’après le recensement organisé en 691 par le calife Abd al-Malik, l’impôt de capitation (sur les personnes) a été exigé alors que les Byzantins ne prélevaient que l’impôt foncier (sur la terre).

Ibn Qayyim al-Jawagiyya, un juriste de Damas (1291-1350) signale que la dhimma a été instaurée par Umar II qui a rédigé le « Pacte d’Umar » en 717, document qui ne nous est pas parvenu dans sa version originale. Mais à Damas, la basilique, qui est aujourd’hui la grande mosquée, servait de lieu de culte conjoint aux chrétiens et aux musulmans et l’omeyyade Abd Al-Rahman n’avait pas l’air de connaître la dhimma lorsqu’il créa l’émirat de Cordoue vers 750. En 822, c’est toujours un chrétien qui dirige l’armée de l’émirat. Ensuite, des juifs servirent non seulement comme chefs des armées, mais aussi comme médecin personnel du premier calife de Cordoue ou comme Premier Ministre (voir l’article sur la fin des califats).

A moins que l’instauration de la dhimma soit plus récente et date du calife Jafar al-Mutawakkil (821-861) dont j’ai déjà parlé dans mon article sur le mutazilisme, l’islam éclairé. C’est lui qui a mis fin à cette période d’ouverture u’est le mutazilisme pour restaurer l’orthodoxie sunnite. Après avoir persécuté les chiites, il s’en prend aux juifs et aux chrétiens les obligeant à porter des vêtements distinctifs, à raser les édifices trop élevés. Il les chasse des fonctions officielles. Il met donc en pratique ce qui ressemble très fort à la dhimma.

Certains auteurs y voient une influence des lois chrétiennes, ajoutées au droit romain qui prévoyaient la protection des juifs en contrepartie de certaines vexations. Si les juifs en tant que personnes physiques étaient protégés, si leurs synagogues étaient des endroits sacrés, si on ne pouvait pas faire déplacer un juif pour raison administrative ou judiciaire le jour du shabbat, par contre, ils ne pouvaient pas épouser une chrétienne, ils ne pouvaient pas avoir de domestiques chrétiens et ils ne pouvaient pas exercer de fonction impliquant la domination sur des chrétiens.

Ces lois n’ont pas été appliquées partout avec la même vigueur. Ainsi, en Espagne, l’Al-Andalus musulmane, les chrétiens et les juifs ont vécu relativement libres jusqu’à l’arrivée des Almoravides (1056-1147) et des Almohades (1130-1269) venant du Maghreb. Ces fous de Dieu ont alors persécuté les non musulmans qui se sont convertis ou se sont réfugiés dans les territoires reconquis par les rois chrétiens. Ainsi, le symbole de l’Espagne pluriculturelle, le philosophe et théologien juif Maïmonide (1138-1204) qui a sa statue à Cordoue, a dû fuir Al-Andalus. Sa famille obligée de se convertir s’est réfugiée à Fez avant de gagner l’Egypte. En sécurité, il est revenu au judaïsme, devint rabbin et médecin. Il est l’auteur d’une oeuvre philosophique et scientifique, en arabe, mondialement reconnue.

La Dhimma de nos jours

 Le dernier décret ottoman ordonnant des habits différents pour les dhimmis a été promulgué en 1837 par Mahmoud II, mais quelques années plus tard, la dhimma a été abolie (1856).

Lors de la première guerre entre Israël et les pays arabes, en 1948, les juifs furent victimes de pogroms en Egypte, en Libye, en Syrie, en Irak et au Yémen, ce qui amena des dizaines de milliers de juifs à se réfugier en Israël… renforçant par là même les forces armées israéliennes.
En Algérie, les juifs considérés comme Français depuis le décret Crémieux de 1870, ont quitté le pays avec les Français en 1961 et 1962.

"Jésus est supérieur à Mahomet"

C’est une bien étrange histoire.
Elle se passe en 1527, dans l’empire ottoman, sous le sultan Soliman (Suleiman). Un religieux musulman, Molla Kabiz, professe publiquement que Jésus est supérieur spirituellement à Mahomet, qu’il est plus vertueux. Il ne fait aucune propagande pour le christianisme qu’il réfute. Mais les oulémas sont outrés et portent plainte au palais. Molla Kabiz est convoqué pour s’expliquer par le grand vizir ibn Ibrahim Pacha. Il est entendu par le Divan, l’assemblée des vizirs (ministres), le 2 novembre 1527.

Il argumente pendant des heures, le Coran en main et citant des hadiths. Les hadiths sont les propos que Mahomet aurait tenus. L’ensemble des hadiths forme la sunna (d’ou dérive le mot « sunnite »), la tradition. On compte des centaines, des milliers de hadiths, certifiés ou non. Si on tient compte de tous les hadiths que ses compagnons auraient mémorisés, Mahomet aurait exprimé 10 à 20 maximes par jour durant les 10 années de sa prédication.

Mais revenons à la comparution de Molla Kabiz. Après sa défense, stupéfaction ! Les vizirs ne peuvent contrer ses allégations. Il est donc libre de quitter le palais de Topkapi. Mais le sultan qui a assisté, dissimulé derrière un moucharabieh (un grillage) ne l’entend pas de cette oreille. Il fait arrêter Molla Kabiz qui sera exécuté. Innocent mais coupable de déplaire au sultan !

Salle du Divan avec en haut le grillage d’où le sultan assistait aux réunions.

NB : Le Divan est une assemblée et une salle. C’est devenu un nom commun désignant les sièges sur lesquels les vizirs se tenaient.

Quels sont les arguments de Molla Kabiz ?

On ne les connaît pas, aucune archive n’a été conservée.
On peut néanmoins se faire une idée à l’aide des versets du Coran et des hadiths.

Mahomet

Mahomet n’est pas nommé dans le Coran. Dans les versions actuelles, son nom a été ajouté pour une meilleure compréhension. Le Coran parle du « prophète », sans lui donner de nom. Le verset 6 de la sourate 61 déclare que Jésus a annoncé la venue d’un messager après lui dont le nom est Ahmad.
La vie de Mahomet est racontée par la Sîra. Dans ce document, Mahomet est présenté tour à tour comme un prédicateur incompris et un bon mari à La Mecque ensuite comme un chef de bande puis comme un chef de guerre collectionneur de femmes à Médine. La Sîra a été écrite des dizaines d’années après la mort du prophète, mais il semble que Molla Kabiz n’ait pas utilisé ce document. Il avait donc peu d’arguments pour mettre en valeur le prophète qui, d’après le Coran, était traité de possédé, de poète ou de divin.

Dis-leur : « Je ne prétends pas disposer des trésors de Dieu ni connaître les mystères, je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’ a été révélé (Co. 6, 50).

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Mahomet ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.hadithdujour.com/hadiths-prophete.asp)

D’après Ibn Omar, j’ai trouvé une femme qui avait été tuée durant l’une des batailles du Prophète , alors le Prophète a interdit de tuer les femmes et les enfants.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°3015 et Mouslim dans son Sahih n°1744)

D’après Jabir Ibn Abdillah , le Prophète ne dormait pas avant d’avoir lu – Tanzil Sajda (souate 32) et – Tabarak (sourate 67).
(Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°3404)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a maudit les hommes efféminés et les femmes masculines et il a dit : Faites les sortir de vos maisons.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°5886)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a interdit de tuer 4 animaux: la fourmi, l’abeille, la huppe et la pie-grièche.
(Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°5267 )

Tous les hadiths mettent en scène un prophète qui organise la vie quotidienne de ses disciples.

Jésus

Dans tout le Coran, Jésus est appelé Isa (Iça) alors que le prénom Yasou existe en arabe. Josué est traduit pas Youcha.

Contrairement à Mahomet, le caractère de Jésus est bien défini par le Coran, bien qu’il ne soit cité que dans une cinquantaine de versets (sur 6236).
Si Mahomet meurt comme tout homme, Jésus n’a pas été crucifié : « Ils disent : nous avons mis à mort le messie Jésus fils de Marie, le prophète de Dieu. Mais ils ne l’ont point tué ni crucifié… Ils ne l’ont point tué c’est certain » (Co. 4, 157)

mais il a été rappelé par Dieu : « Dieu dit : Ô Jésus, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi. » (Co. 3, 55)

Jésus a été créé par Dieu : « Aux yeux de Dieu, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut. » (Co. 3,59)

Et Jésus peut créer à partir de terre, comme Dieu : « Avec ma permission, tu as façonné de boue une forme d’oiseau ; avec ma permission, tu lui a donné vie de ton souffle » (Co. 5, 110). Jean-Luc Monneret dans son ouvrage les « Grands thèmes du Coran » note que les mots employés sont réservés à Dieu dans le Coran : Jésus crée (halaqa est réservé à la création divine), il crée par le souffle (nafaha) comme Dieu crée Adam et Jésus.

Jésus parle dès le berceau : « Dès le berceau tu parlais aux hommes comme à l’âge mur » (Co. 5, 100). Il fait des miracles alors que les Arabes demandent à Mahomet de faire de même et qu’il répond qu’il n’est qu’un homme : « Tu as guéri l’aveugle de naissance et le lépreux avec ma permission ; avec ma permission, tu as ressuscité les morts » (Co. 5, 110)

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Jésus ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.al-islam.org/fr/40-ahadith-les-exhortations-du-prophete-issa-jesus/ahadith)

Jésus a dit : « L’amour de ce monde et celui de l’autre monde ne peuvent pas cohabiter dans le cœur d’un croyant, de la même façon que le feu ne peut pas cohabiter avec l’eau dans un même récipient. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 327)

[Imam] as-Sadiq raconte : « Jésus a dit à ses disciples : « Ne regardez pas les défauts des autres comme si on vous avait chargé de les espionner, mais occupez-vous de l’émancipation de vos propres êtres, car vous êtes des esclaves, affranchissez-vous. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 324)

Jésus a recommandé : « Vous n’atteindrez jamais ce que vous aimez sans que vous ne surmontiez avec patience ce que vous détestez. »
(Moustadrak al Wassail, volume 2, page 425)

Dans ces hadiths, Jésus tient des propos philosophiques, certes ils concernent la vie quotidienne, mais ils évoluent dans une sphère supérieure à celle des propos attribués à Mahomet. Remarquons que les personnes qui citent Jésus ne l’on jamais rencontré.