Et si Jésus n’avait pas existé

Lors d’une conversation avec un futur moine trappiste, il m’a confié que « même si Jésus n’avait pas existé, cela ne changerait rien à sa foi. L’affirmation est déconcertante, mais très logique. Ce n’est pas un Jésus historique qui a fait l’histoire, mais le souvenir qu’il a laissé.

Qui se cache derrière le personnage de Jésus dont le nom hébreu est Yeshoua, Dieu (YWHW) sauve ? Répondre à cette question est impossible tant les souvenirs qu’a laissé le personnage sont différents parmi les transmetteurs de la tradition. Sans oublier les transformations que ces souvenirs ont subi délibérément pour coller au dogme. Ce que l’on peut affirmer, c’est que le personnage appelé Jésus était juif, ses compagnons étaient juifs respectueux de la religion juive et que leurs vies se sont déroulées en Judée en un temps très troublé où l’attente d’un sauveur du peuple, un messie était de plus en plus perceptible, jusqu’à l’éclatement de la grande révolte de 66 à 70.

Articles connexes

Sur Marcion : Jésus est un être céleste, envoyé par le vrai Dieu
Sur les esséniens : les manuscrits de la Mer Morte
Sur le Maître de Justice : maître de la secte du Yahad
Sur les gnostiques : Jésus est un éon qui guide vers le retour dans le monde divin par la connaissance
Sur le messie dans le monde juif
Sur le « verbe », le « logos » dans la monde grec

Que dit le Nouveau Testament de Jésus

Le Nouveau Testament nous présente Jésus sous plusieurs facettes : un Jésus évanescent, un Jésus discret, un Jésus autoritaire.

Épîtres de Paul

Les épîtres de Paul sont les premiers textes chrétiens d’après la tradition. Paul aurait écrit ces lettres dans les années 50. Étrange personnage que ce Paul qui part évangéliser le monde romain de langue grecque sans avoir connu Jésus. Il l’a vu en songe. Il ne connaît rien de lui, sinon qu’il est né d’une femme, qu’il a été crucifié et qu’il a ressuscité. De plus, il crée un néologisme pour le nommé : Jésus-Christ. Il affirme :

Car, je vous le déclare, frères : cet évangile que je vous ai annoncé n’est pas de l’homme et d’ailleurs, ce n’est pas par un homme qu’il m’a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus-Christ. (Galates 1, 11-12)

Parfois on se demande s’il parle d’un personnage ou d’un concept. Cependant, on ne peut pas le juger d’après ses épîtres qui ne sont que des recadrages et des recommandations à des communautés qu’il a créées… on ne sait comment. Quels étaient les arguments qu’il a développés pour amener à croire en un personnage qu’il n’a pas connu ? On n’en sait rien.

Évangile selon Marc

L’Évangile selon Marc est le premier à avoir été écrit, apparemment durant la grande révolte des Juifs contre les Romains. Il est donc écrit par la génération suivante, probablement dans une communauté créée par Paul. La préface de l’évangile retient toute notre attention : la traduction peut être biaisée. Dans les versions françaises, on lit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». C’est exactement ce que dit le dogme.
Le professeur Bart Ehrman, qui écrit en anglais, traduit : « Commencement de l’Évangile de Jésus, le Messie, fils de Dieu« . Ça a l’air d’être la même chose, mais à cause de la ponctuation, c’est très différent. Ici, Jésus est le messie, c’est dit clairement, alors qu’en français, on peut penser qu’on utilise la désignation de Paul : Jésus-Christ. Ensuite, en français, Jésus est le Fils de Dieu. Pas en anglais, c’est la fonction de Messie qui donne le statut de fils de Dieu. Le roi David était considéré comme un messie, il avait reçu l’onction des mains du prophète Samuel, ce qui lui conférait le statut de fils de Dieu : « Je (c’est Dieu qui parle) serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils » (2Samuel 7, 14).

Notons l’ambiguïté de la notion d’évangile. « C’est l’Évangile de Jésus » : Jésus aurait-il écrit un évangile ? N’aurait-il pas fallu traduire par : « Commencement de la bonne nouvelle annoncée par Jésus, le Messie, fils de Dieu » ?

Dans cet évangile, la communauté de Marc se souvient de Jésus comme du messie que personne ne comprend. Il a de l’autorité, mais il est incompris aussi bien de sa famille que de ses disciples. Quand enfin Pierre croit reconnaître en lui le messie, Jésus recommande le secret : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler à personne » (Marc 8, 30).

Les traducteurs des évangiles aujourd’hui n’emploient pas le terme hébreu « messie« , mais utilisent son interprétation grecque « christ« . Peut-être pour ne pas choisir entre les différentes significations que les Juifs donnaient à ce terme : un nouveau roi ou un messie cosmique qui détruirait les oppresseurs d’Israël et établirait le royaume de Dieu sur terre. C’est un thème récurrent dans l’Évangile de Marc.

Évangile selon Jean

Ici, on n’est plus dans le monde juif, mais dans une communauté grecque. Jésus est un être divin descendu du ciel, un être égal à Dieu. C’est exposé très clairement dans le prologue, un long poème : « [1] Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu… [14] Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire… » (Jean 1, 1-18). Le Verbe est un attribut de Dieu, il ne peut pas en être séparé, donc Jésus (le Verbe) est Dieu.

Le souvenir de Jésus dans la communauté de Jean est tout différent de celui présent dans la communauté de Marc. Ici, Jésus fait des miracles, non plus pour faire le bien, mais pour montrer sa puissance, il s’affiche comme Fils de Dieu. S’il guérit un aveugle, il déclare qu’il est « la lumière du monde », s’il procure de la nourriture, il déclare qu’il est « le pain de la vie », s’il ressuscite un mort, il déclare être « la résurrection et la vie ».

Il va même plus loin dans ses déclarations : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30). A ces mots, les Juifs lui lancèrent des pierres. Il a fait plus fort : « En vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je Suis« . (Jean 8, 59). Cette nouvelle prétention lui a valu de nouveau d’être lapidé. Il faut savoir que « Je Suis« , est le nom par lequel Dieu s’est révélé à Moïse sur le mont Sinaï, c’est la traduction de YHWH ! Il y a donc un monde de différence entre le souvenir laissé par Jésus à Marc et à Jean. Chez Jean, il aurait pu être condamné pour blasphème, chez Marc, il fut condamné comme un perturbateur de l’ordre public, mort en brigand entre deux brigands.

Jésus serait le Maître de Justice des esséniens

J’ai déjà consacré un article au Maître de Justice. Ce personnage apparaît dans les manuscrits trouvés dans les grottes surplombant le site de Qumran dès 1947. Ces documents nous livrent peu de choses sur la vie du personnage. Il semble être le fondateur d’une secte appelée Yahad (l’Unité). Il aurait « reçu de Dieu la révélation du sens caché des Écritures« . Son autorité est fondée sur sa faculté à interpréter les textes bibliques, à expliquer la Loi.

Il aurait vécu au Ier siècle avant notre ère selon une des hypothèses le concernant. C’est cette période qui le relie à Jésus… à partir du Talmud qui fait de Jésus le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. D’après ce texte du Talmud, Jésus serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère.

Le Maître de Justice est persécuté par le grand prêtre du temple de Jérusalem (appelé le prêtre impie dans les textes de Qumran) et il doit s’enfuir, probablement à Qumran ou à Damas.

Le Commentaire des Psaumes, dont des fragments ont été retrouvés dans les grottes 1 et 4, dit que le Maître de Justice est le Juste mentionné dans le psaume 37 (de la Bible) et qu’il a été mis à mort et ressuscité par Dieu :

« L’impie guette le juste et cherche à le mettre à mort. Yahvé ne l’abandonnera pas dans sa main et ne le laissera pas condamner quand il sera jugé » [Psaume 37, 32-33]. L’explication de ceci concerne le prêtre impie, qui a guetté le juste et l’a mis à mort, mais Dieu a délivré son âme de la mort et il l’a réveillé par l’esprit qu’il a envoyé vers lui. Et Dieu ne l’a point laissé périr quand il a été jugé.

En résumé, le Maître de Justice vécut au Ier siècle avant notre ère, comme Jésus dans le Talmud. Il fut un brillant prédicateur, interprète de la Loi, fondateur d’une secte. Il est mort, condamné par les prêtres du Temple et il ressuscita. C’est très peu pour prêter foi à cette identification, mais assez pour ne pas rejeter le parallèle entre la secte de Qumran et les premiers chrétiens : la secte disparaît quand les chrétiens apparaissent.

Jésus aurait été un fils de Judas le Galiléen

Un peu avant sa mort, Luigi Cascioli m’avait fait parvenir son livre la « Fable de Christ » dans lequel il argumente sur l’usurpation d’identité de Jésus. Sur base de ce livre, dont le sous-titre est sans ambages, il a intenté un procès à l’Église catholique, en fait au curé de son village, non seulement pour « usurpation d’identité » mais aussi pour « abus de crédulité populaire ». Il fut débouté et condamné à payer 1600 EUR : la Justice italienne ne s’immisçant pas dans une controverse religieuse. Il se tourna alors vers la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Il n’a pas eu l’occasion d’en connaître le verdit, il est décédé en 2010.

Pour Luigi Cascioli, un ancien séminariste, Jésus serait Jean, fils de Judas le Galiléen (ou Judas de Gamala). Judas se révolta contre le recensement de Quirinus en 6 ou 7 de notre ère, lorsque les Romains annexèrent la Judée. Jésus/Jean aurait donc été un révolutionnaire comme son père, un zélote et aurait été crucifié comme tel, comme ses frères Jacques et Simon, ce que relate Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives. Remarquons que Simon et Jacques sont aussi des frères de Jésus, cités dans les évangiles, normal si « Jésus » est bien le fils de Judas le Galiléen.

A Fadus succéda Tiberius Alexander (46-48) … C’est aussi à ce moment que furent accablés les fils de Judas le Galiléen qui avait excité le peuple à se révolter contre les Romains lorsque Quirinus procédait au recensement de la Judée, comme nous l’avons raconté précédemment. C’étaient Jacques et Simon.

Luigi Cascioli n’apporte aucune preuve directe, mais de nombreux soupçons, à commencer par une affirmation du philosophe de langue grecque, Celse (IIe siècle), dans son ouvrage le « Discours véritable ».

Celui à qui vous avez donné le nom de Jésus était en réalité le chef d’une bande de voleurs dont les miracles qui lui sont attribués ne sont que des manifestations utilisant la magie et des tours ésotériques. La vérité est que tous ces soi-disant faits ne sont que des mythes que vous vous avez fabriqués sans pour autant être en mesure de donner à vos mensonges une teinte de crédibilité.

Des temps troublés, des temps messianiques

Luigi Cascioli insiste sur l’état insurrectionnel qui régnait au premier siècle de notre ère en Judée. Ces temps messianiques commencent avec la révolte de Judas et se terminent avec la grande révolte de 66-70(74) qui aboutit à la destruction des forces juives.
Cet état de révolte, d’insoumission est très bien décrit dans le « Rouleau de la Guerre » trouvé dans les grottes de Qumran. Les sectaires du Yahad, ou les esséniens si l’on veut, n’ont rien de pacifiques, ils se considèrent comme les « fils de la lumière » qui doivent détruire à tout prix les « forces des ténèbres », les « Kittim« , les envahisseurs romains. Le Livre de l’Apocalypse, dans le Nouveau Testament, défend les mêmes idées, celles du combat du Bien contre le Mal. Ils attendent la venue d’un messie pour les guider dans leur combat et s’asseoir sur le trône d’Israël.

Assur [Rome] tombera et personne ne l’aidera, la domination des Kittim disparaîtra en faisant succomber l’impiété sans laisser aucune trace et il ne restera même pas un refuge pour les fils des ténèbres. Le jour où les Kittim tomberont, il y aura un grand massacre en la présence du dieu d’Israël. (extrait du Rouleaux de la Guerre)

On vient de voir que deux des fils de Judas de Gamala avaient été crucifiés en 46-48 sous le procurateur romain Tiberius Alexander, qui soit-dit en passant était le neveu du philosophe juif Philon d’Alexandrie (mort en 45). Vers 52, sous le procurateur Félix, une forte armée se masse au sud de Jérusalem, elle est commandée par un autre fils de Judas, Jean… d’après Luigi Cascioli. Voici ce qu’en dit Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives :

Les actes des brigands remplissaient ainsi la ville d’impiétés de cette sorte… Beaucoup les écoutèrent et furent châtiés de leur folie, car Félix les livra au supplice quand on les amena devant lui. À ce moment-là vint à Jérusalem un Égyptien qui se disait prophète et qui conseilla à la populace de monter avec lui au mont appelé le Mont des Oliviers, qui se trouve en face de la ville, à cinq stades de distance. Il répétait, en effet, aux gens qu’il voulait leur montrer de là comment sur son ordre les remparts de Jérusalem s’écrouleraient et il promettait de leur frayer ainsi un passage. Félix, lorsqu’il apprit cela, ordonna à ses soldats de prendre les armes et, s’élançant hors de Jérusalem avec beaucoup de cavaliers et de fantassins, il attaqua l’Égyptien et ceux qui l’entouraient ; il en tua quatre cents et en fit prisonniers deux cents. L’Égyptien lui-même s’échappa de la mêlée et disparut. À nouveau les brigands excitaient le peuple à la guerre contre les Romains, en disant qu’il ne fallait pas leur obéir, et ils incendiaient et pillaient les villages de ceux qui leur résistaient.

Flavius Josèphe ne parle pas de Jean, mais d’un Égyptien ! « C’est une interpolation des scribes chrétiens pour effacer toute trace de Jean martèle Luigi Cascioli : que viendrait faire un étranger dans une révolte messianique en Judée ?« 

Malgré la sympathie que m’inspire cet homme qui va au bout de ses convictions, je dois avouer que tout n’est pas « irréfutable » dans sa démonstration. Jean, le fils de Judas le Galiléen, n’a pas plus d’existence historique que Jésus. Flavius Josèphe ne le cite pas parmi les fils de Judas.
Mais pourquoi Luigi Cascioli a-t-il choisi Jean, que personne ne cite alors que Judas avait un autre fils Jaïr dont on ne connaît peut-être pas la destinée, mais qui est le père de deux révolutionnaires cités par Flavius Josèphe : Ménahem qui défendit Jérusalem en tant que chef des sicaires lors du siège soutenu par Titus et Éléazar qui commandait les défenseurs la forteresse de Massada. NB : certains historiens font de Ménahem un fils de Judas, si c’est le cas, c’était un vieillard ! Son père s’est révolté 60 ans avant le siège de Jérusalem.

NB : Quelle est la différence entre un zélote et un sicaire ? Pas facile à dire, certains affirment que « sicaire » était le nom que les Romains leur donnaient car ils assassinaient avec un petit poignard (sica) et que « zélote » était celui qu’ils se donnaient, car ils étaient zélés dans la dévotion à Dieu.

Comment passe-t-on de Jean à Jésus ?

Voici la théorie de Luigi Cascioli : après la destruction du temple et des armées juives, le parti religieux du mouvement révolutionnaire change de stratégie. Dieu a puni les Juifs du parti politique armé pour avoir mal compris son message et tenter une action impie. Le messie ne sera pas un roi guerrier, mais un Sauveur spirituel qui apportera la paix et la vie éternelle, comme dans les cultes à mystères qui font fureur dans l’Empire. Le changement se reflète dans le dernier chapitre du Livre de l’Apocalypse (qui parle très peu de Jésus), après les catastrophes, les combats et la désolation vient la paix :

Au milieu de la place (de Jérusalem) … est un arbre de vie produisant douze récoltes… et son feuillage sert à la guérison des nations. Il n’y aura plus de malédiction. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte. (Ap. 22, 2-3)

Mais qui est ce Sauveur ? Est-il à venir ou est-il déjà venu ? Dans les autres cultes, il est déjà venu. Il faut donc en trouver un. Mais qui, puisque personne ne l’a reconnu ? Un homme ayant existé ou un être céleste ?On choisit donc un prédicateur. Or l’ Égyptien, Jean pour Cascioli, se disait prophète, il fera donc l’affaire : il est normal qu’on ne l’ait pas reconnu, c’était prévu dans les écritures :

Comme un surgeon il (le Messie) a grandi comme une racine en terre aride ; sans beauté, sans éclat pour attirer nos regards et sans apparence qui nous eût séduit ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance… (Isaïe 53, 2-3)

Le parti religieux construira la vie du Messie d’après des passages de la Bible : tout était écrit, mais on n’a pas compris. Cet homme dont il valait mieux taire le nom, on l’appellera Yeshoua, le Sauveur en hébreu, donc Jésus. Il a maintenant un nom, on peut l’ajouter aux appellations génériques précédentes de Christ, Seigneur ou Sauveur. Christ devient Jésus-Christ.

Des traces dans les évangiles ?

Trouve-t-on dans les évangiles une trace de Jean, le zélote, fils de Judas de Gamala ? Changeons la question pour pouvoir y répondre : trouve-t-on des traces d’un révolté ayant passé son enfance à Gamala ? La réponse est OUI.
Dans les évangiles, la famille de Jésus réside à Nazareth. Cette ville est au bord de la mer, Jésus monte dans une barque pour prêcher. Elle se trouve à flanc d’un escarpement rocheux d’où on veut le précipiter. Or Nazareth est dans une plaine vallonnée à 40 km de la mer de Galilée (le lac de Génésareth). La description de Nazareth correspond en tout point au village de pêcheurs de Gamala.

Certains passages des évangiles font plus penser à un révolutionnaire, un zélote, qu’à un doux agneau :

  • N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)
  • Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix ? Non, je vous le dis, mais la division (Lc. 12,51)
  • Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc. 14,26)
  • Seigneur, permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père… [Jésus répond] Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts (Lc. 10,16)
  • Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même celui qui a une besace, et celui qui n’en a pas vende son manteau pour acheter un glaive (Lc. 22,36)
  • Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé (Lc. 12,49)
  • Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence (Lc. 19,27)
  • Jésus dit : « J’ai jeté le feu sur l’univers et je veille sur lui jusqu’à ce qu’il l’embrase » (Thomas, logon 10)
  • Jésus dit : « Certainement les hommes pensent que je suis venu pour répandre la paix sur la terre. Mais ils ne savent pas que je suis venu y jeter la discorde, le feu, l’épée et la guerre… » (Thomas logon 17). On retrouve les mêmes propos dans Lc. 12,51 et dans Mt. 10,34.

Enfin, le choix de ses disciples n’est pas très judicieux pour un prédicateur, fils de Dieu, mais se comprend mieux pour un messie-roi qui veut reconquérir le pouvoir.
Nous trouvons deux zélotes, des frères de Jésus : Simon le zélote et Juda (Jude) le zélote.
Simon-Pierre est appelé Barjona, que les traducteurs ont rendu par fils de Jonas (bar Yona), alors que son père s’appelle Jean (Yehohanan en hébreu) dans les Actes de Pierre. « Barjona » en araméen signifie « hors-la-loi ». Si on l’appelle Pierre ou Képhas, c’est à cause de sa carrure.
J’ai consacré un artricle à Judas Iscariote, non pas l’homme de Kériote, mais plutôt le sicaire.
Ce n’est pas tout, les fils de Zébédée, Jean et Jacques sont dit « boanerges« , les fils du tonnerre.

Enfin, il faut se poser une question essentielle : pourquoi Jésus et ses disciples craignent-ils d’être persécutés ? Ce sont des juifs respectueux des Lois. Si les Juifs ne persécutaient pas les esséniens – qui vivaient en marge de la Loi, rejetaient le temple et ses sacrifices et suprême blasphème, avaient adopté un autre système de mesure du temps (solaire) que celui imposé par Dieu (lunaire) -, ils n’avaient aucune raison de persécuter les disciples de Jésus.

Conclusions

Même si Jésus, l’insaisissable, n’est pas Jean, le mystérieux, le raisonnement ci-dessus n’est pas inutile et amène une question essentielle : pourquoi au deuxième siècle, les théologiens chrétiens qui ont « connu » un Sauveur historique n’ont-ils pas réussi à convaincre ceux qui l’imaginaient céleste, comme Marcion ou les maîtres gnostiques Valentin, Basilide, Ptolémée ou Carpocrate. Pourquoi y a-t-il eu autant de sectes ayant des souvenirs tellement différents de Jésus ? Et qui peut dire que l’Église ait choisi le bon ?

Qui est Juif ?

A la recherche d’une définition

Répondons tout d’abord à la question « qui est juif ? ». Est considéré comme juive toute personne qui suit peu ou prou les préceptes du judaïsme. Dans ce cas, on écrit un juif avec une minuscule, comme on écrit un chrétien ou un musulman.

Répondre à la question « qui est Juif ? » (avec la majuscule) est beaucoup plus complexe. Jérôme Segal, dans son ouvrage « Athée et Juif » assure que toute personne qui se dit juive est juive. C’est un raccourci. Attention à la syntaxe ! Si on écrit Juif en tant que nom (avec une majuscule), on écrit juif en tant qu’adjectif, quelque soit la signification.

Quels sont les critères qui définissent l’identité juive, c’est-à-dire la judéité ?

La judéité ce n’est pas une race. Aujourd’hui sur terre, il n’y a qu’une seule race d’hommes : les Homo sapiens. Voici 40.000 ans, cette race cohabitait avec ses cousins, les Néandertaliens et les Hommes de Denisova, ou Dénisoviens.

La judéité, ce n’est pas une ethnie. Certains Juifs sont jaunes (des Chinois et des Japonais), certains viennent d’Éthiopie et sont noirs. Ils ont tous émigrés vers Israël où ils ont été assez mal accueillis : les hommes ont été re-circoncis, certaines femmes ont été stérilisées à l’occasion d’une hypothétique vaccination (voir l’article sur l’Éthiopie). D’autres juifs sont caucasiens (blancs) ou sémites, cousins des Arabes. Contrairement à la définition des dictionnaires, les Juifs ne sont pas (tous) des descendants du peuple hébreu.

Ce n’est pas une nationalité. Tous les Juifs ne vivent pas en Israël, loin s’en faut, comme on va le voir.

Enfin, la judéité n’est pas une religion. Il y a des Juifs athées et même des Juifs chrétiens, comme Bob Dylan (Robert Zimmerman) par exemple.

La meilleure définition fait appel à la descendance : est considérée comme Juive toute personne s’étant convertie au judaïsme ou née d’une mère juive. Cette disposition est inscrite dans le Talmud, édité au IVe ou Ve siècle de notre ère. La judéité est inaltérable, quand bien même le Juif serait idolâtre, incroyant, hérétique ou apostat.

On ne trouve pas trace de cette filiation dans la Bible hébraïque (L’Ancien Testament), sauf dans le Livre d’Esdras.
Vers -537, les premiers Judéens, ou du moins leurs descendants, sont de retour de captivité à Babylone. Ils sont minoritaires, les Juifs qui n’ont pas été déportés ont continué à vivre sur les ruines laissées par les Babyloniens. Soixante ou quatre-vingt ans plus tard, Esdras revient sur la terre de ses ancêtres et constate que les Juifs ont épousé des femmes « étrangères ». Il se désole, pleure, se prosterne et s’adresse à YHWH : « pourrions-nous encore violer tes commandements et nous allier à ces gens abominables ? » Alors le peuple jure : « Nous avons trahi notre Dieu en épousant des femmes étrangères… Nous allons prendre devant notre Dieu l’engagement solennel de renvoyer toutes nos femmes étrangères et les enfants qui en sont nés » (Es. 10, 2-3). Ces enfants n’étaient donc pas considérés comme des Juifs.

Les Juifs dans l’Allemagne nazie

En 1935, dans l’Allemagne nazie, sont édictées les « Lois de Nuremberg » retirant aux Juifs la nationalité allemande, les considérant dorénavant comme des « sujets de l’Allemagne« . Ils sont exclus de la fonction publique, il leur est interdit d’épouser des « aryen-ne-s » et de prendre à leur service des citoyens allemands. Certains métiers leur sont interdits, comme rédacteur dans les journaux, enseignants, etc.
Pour mettre en application ces lois, les juristes nazis ont dû définir la notion de Juif. Ce ne fut pas sans mal, tellement ils ont trouvé d’exception. Au départ, pour les nazis, est Juif celui qui a au moins trois grands-parents juifs. Voici la liste des critères adoptés par l’État français du Maréchal Pétain en 1941 :

Loi (simplifiée) adoptée en France en 1941

Juifs laïcs et religieux

A la Knesset, le parlement israélien, les laïcs et les religieux se déchirent sur la définition de l’État d’Israël. La Knesset est actuellement (juillet 2021) composée comme suit (huit partis sont représentés) :

  • 50 venant de partis nationalistes de droite dont l’ancien premier ministre Benyamin Netanyahou du parti Likoud
  • 38 laïcs (droite ou centre) dont le premier ministre actuel Mickey Levy du parti Yesh Atid (centre laïc)
  • 22 ultra orthodoxes
  • 10 Arabes

Les nationalistes veulent faire d’Israël une démocratie juive comme l’avait décrété l’ONU en 1947, lors de la résolution de création de deux États en Palestine, » l’un juif et l’autre arabe ». Cette vision des nationalistes suggère que seuls les Juifs en seront citoyens, à l’exclusion des Arabes qui n’avaient pas quitté la région lors de la création d’Israël et qui avaient reçu la nationalité israélienne.
Aujourd’hui, seul 75% de la population d’Israël est juive d’après le Ministère de l’intérieur.

Les laïcs, eux, veulent que l’État reste multiculturel.

Les ultra orthodoxes souhaitent qu’Israël devienne une théocratie, un État régit par les lois religieuses.

Les ultra orthodoxes

Il suffit de se rendre dans un quartier ultra orthodoxe à Jérusalem pour voir ce que signifie pour eux un État régit par les lois religieuses.

  • code vestimentaire strict, interdiction de suivre la mode. Les ultra orthodoxes s’habillent comme dans l’Allemagne et la Pologne du XIXe siècle.
  • respect complet du shabbat : les quartiers sont fermés lors du shabbat, personne n’y rentre, personne ne sort.
  • éloignement des étrangers : les Juifs vivent entre eux. Les femmes sont aussi tenues à l’écart.
    Le journal israélien Yediot Aharonot, repris par le quotidien français Libération, a révélé qu’un catalogue Ikea destiné à la communauté juive ultra-orthodoxe avait été publié. L’ouvrage présente des livres religieux alignés sur les étagères, un père et ses deux garçons portant kippas et papillotes, une armoire remplie de vêtements masculins traditionnels. Il ne comporte aucune image de femme ! Ce n’est pas un acte isolé. Il n’est pas rare que les femmes soient effacées des photos de presse dans les journaux, c’est ce qui arrive souvent à Angela Merkel. Dans les manuels scolaires en Angleterre, les images des femmes ont été floutées.

Les ultra orthodoxes (les haressim) vivent isolés dans des quartiers qui leur sont réservés, ou plutôt qu’ils se sont réservés. Ils représentent 11% de la population d’Israël, mais leur taux de fécondité est de sept enfants. En 2060, ils pourraient représenter 25% de la population.
La plupart des hommes ne travaillent pas, ils étudient la Torah. Ils vivent des dons d’associations et des allocations de l’État. Se sont leurs femmes qui font vivre le ménage en plus de s’occuper de l’éducation des enfants. On estime que 45% des haressim vivent dans la pauvreté.

Ils constituent une exception en Israël : ils sont exemptés du service militaire alors que toute la population, femmes et hommes, est appelée sous les drapeaux… mais ils bénéficient de tous les avantages sociaux.

Les nationalistes

Le mouvement sioniste moderne est né au XIXe siècle parmi les Juifs d’Europe centrale et de l’Est en réaction à l’antisémitisme et aux pogroms (« tout détruire » en russe) dont ils étaient victimes. Theodor Herzl va concrétiser les aspirations des Juifs en les invitant à s’unir et à avancer des idées lors du premier congrès sioniste en 1897 dont le thème est : « un État, une nation pour un peuple« . Au départ, le mouvement ne vise pas la création d’un État en Palestine alors sous domination ottomane, même si le baron Edmond de Rothschild y achète des terres et finance les premiers établissements juifs. L’Angleterre leur avait proposé l’Ouganda… rejeté à l’unanimité.
Le rêve commencera à prendre forme après la première guerre mondiale, lorsque la Palestine passe sous mandat britannique et que Lord Balfour, dans une lettre adressée au baron Lionel de Rothchild prétend que : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… » (voir l’article sur la naissance d’Israël).

Avant la création de l’État d’Israël, la population juive de Palestine était passée de 80.000 à 650.000. Cette croissance avait donné naissance à un nationalisme arabe.

De nos jours, les nationalistes s’opposent à la création d’un État arabe et poussent à la colonisation de tous les territoires occupés jadis par les Juifs, avant l’écrasement de la révolte de 135 contre les Romains. Ils veulent un État hébreu totalement juif.

Note : Parler de Palestine pour désigner cette région du Proche Orient n’a aucune signification politique, ce n’est pas une prise de position pour les Palestiniens. La région a été appelée Palestine par les Romains après la seconde révolte des Juifs de 132 à 135. Ce changement de nom s’est accompagné de l’expulsion des Juifs de la région de Jérusalem qui a été rasée et reconstruite sur le modèle des villes romaines. La ville a même perdu son nom pour s’appeler Aelia Capitolina. Aelius était le nom de famille de l’empereur Hadrien. Palestine vient de « philistin », un peuple qui occupait le littoral de la région dès 1200 avant notre ère. Ils avaient fondé cinq cités-États dont Gaza, qui n’a jamais été une ville juive.

Les laïcs et les athées

Les laïcs ne sont pas nécessairement athées, mais la religion n’est pas leur préoccupation principale. Par contre, il y a bien des Juifs athées : ils ne croient pas en Dieu et considèrent la Torah comme un récit mythologique. Pourquoi se disent-ils juifs ? On a vu que la judéité est inaltérable : les enfants nés d’une mère juive sont juifs et le resteront toute leur vie… aux yeux de leur communauté. Ils ne peuvent pas demander à être exclus de l’assemblée, comme les chrétiens peuvent le faire en demandant à l’évêché d’être débaptisés.

La plupart des Juifs athées restent attachés à leur communauté. Sous la « pression » de leur entourage, surtout la famille, certains font circoncire leurs fils ou se marient suivant le rite traditionnel.

Parmi les Juifs athées célèbres on peut citer l’anarchiste Emma Goldman, les communistes Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein) et Grigori Ziniviev, le père du sionisme Theodor Herzl, Sigmund Freud, Woody Allen, Daniel Cohn-Bendit et le philosophe Emanuel Lovi.
Mais que penser de la réponse de l’ancienne première ministre Golda Meir à la question d’un journaliste sur ses croyances : « Je crois au peuple juif et le peuple juif croit en Dieu« .

Les Juifs dans le monde

Un peu moins de 30% de la population mondiale est chrétienne, c’est-à-dire, a été baptisée selon le rite chrétien. Cette proportion diminue avec le temps. A peu près le même nombre est de religion musulmane, car née d’un père musulman et cette proportion, elle, grandit car l’apostasie est interdite dans l’islam et est punie de mort bien que la sanction soit rarement appliquée.

On parle ici de 2 milliards d’adeptes, de fidèles. A côté de ces religions, on ne compte que 14 millions de Juifs dans le monde… soit moins que la population des Pays-Bas !

La majorité des Juifs ne résident pas en Israël, mais ont la nationalité israélienne. Ils sont citoyens d’Israël et peuvent venir s’installer par le pays, ce que récuse le grand rabbinat tenu par des ultra orthodoxes qui se méfie des « étrangers ».

Répartition dans quelques pays :

  • Israël : 6.665.600 (en 2019)
  • État-Unis : 5.700.000
  • France : 450.000
  • Russie : 165.000
  • Allemagne : 118.000
  • Belgique et Pays-Bas : 29.000
  • Turquie : 14.000
  • Iran : 8.300
  • Pologne : 4.500.

Massada : un symbole

Le site archéologique de Massada, à cent kilomètres au sud de Jérusalem et à moins de deux kilomètres de la Mer Morte, attire énormément de touristes. Pourtant Massada n’est pas citée ni dans la Bible, ni dans le Nouveau Testament. C’est une forteresse aménagée par Hérode le Grand pour protéger le sud de son pays, la grande Judée. Hérode avait aussi fait transformer les forteresses existantes d’Hérodion et de Machéronte.

La prise de Massada par les Romains

Massada est restée totalement ignorée jusqu’en 1927, lorsqu’un émigré Ukrainien, Yitzhak Lamdan, publia un poème intitulé « Massada ». Massada est plus un événement qu’un lieu : c’est le dernier bastion qui a résisté aux Romains lors de la première révolte juive de 66 à 73.
Alors que Jérusalem est prise et le temple incendié en 70, des résistants se réfugient dans la forteresse de Massada. Ils sont environ 900, dont des femmes et des enfants. Leur histoire a été contée par Flavius Josephe dans le livre VII de son ouvrage « La guerre des Juifs« .


Ce document peut être consulté sur le site http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/guerre7.htm.

C’est en 73, après avoir nettoyé les dernières poches de résistance dans le territoire de Judée que les Romains, commandés par Flavus Silva mirent le siège devant la colline de Massada. La forteresse était commandée par Éléazar, un des descendants de Judas de Galilée qui s’était opposé au recensement de Quirinus lorsque la Judée était devenue une province romaine en l’an 8.

La forteresse était imprenable, elle était pourvue de bassins qui fournissaient l’eau et des vivres avaient été stockées en prévision du siège : « en effet, on tenait en réserve du blé, en quantité suffisante pour un long temps, plus beaucoup de vin et d’huile, de légumes secs d’espèces variées, des monceaux de dattes. » (Flavius Josephe).

Les Romains entourèrent le site d’une palissade pour empêcher la fuite des assiégés et entreprirent la construction d’une rampe d’accès… ce n’était pas les esclaves qui manquaient ! Mais quand ils parvinrent dans la citadelle, tous les défenseurs étaient morts. Ils avaient choisi le suicide collectif.

A gauche, la maquette de Massada, à droite le site actuel avec la rampe construite par les Romains.

Exploitation du symbole

1927

La Palestine est sous mandat britannique. L’immigration est contrôlée et en Europe de l’est, les Juifs sont persécutés, parfois l’objet de pogroms. Pour Yitzhak Lamdan, Massada est un symbole social. Pour les Juifs de son temps, il n’y a que deux destinations : là où ils ne peuvent pas aller (pour les modernes, la Palestine, pour les anciens, Jérusalem) et là où ils ne peuvent pas vivre (l’Europe de l’est et Massada).

1948

A la création de l’État d’Israël (voir l’article), le symbole a changé : comme les défenseurs de Massada, les Israéliens sont encerclés par des forces hostiles et supérieures en nombre. Massada devient le symbole de la volonté nationale, le symbole de la résistance.

1967

Les Arabes, harangués par le président égyptien Nasser, ont décidé de détruire Israël (voir l’article). En Israël, alors qu’on creuse des tombes dans les parcs et les terrains de sport, le paradigme change. On ne veut pas d’un nouveau Massada. Les militaires proclament que les Israéliens ne seront pas pris au piège dans leur petit pays, leur forteresse. Ils doivent précipiter les événements et attaquer les premiers. Ce qui sera fait et la menace réduite à néant en six jours.

L’exemple de Massada reste, mais, dans l’avenir, il devra être évité à tout prix.

Qu’en disait Flavius Josephe ?

Lorsqu’il écrit la Guerre des Juifs, vers 90, Flavius Josephe réside à Rome, il est l’hôte de l’empereur Domitien, le fils de Vespasien à qui le prisonnier de guerre Josephe servait d’interprète. Il n’est plus prisonnier, il a été affranchi et il tient à flatter ses bienfaiteurs.

Dans le livre 7, les défenseurs de Massada ne sont pas de braves résistants Juifs qui veulent défendre leur pays contre l’envahisseur romain, mais des brigands, des sicaires, des zélotes. Leur attitude « n’était qu’un prétexte pour voiler leur cruauté et leur avidité… »
Il est vrai que lors du siège de Jérusalem, plusieurs bandes rivales s’opposaient et n’hésitaient pas à massacrer d’autres Juifs, qui comme eux, défendaient la ville : « les uns avaient la passion de la tyrannie, les autres celle d’exercer des violences et de piller les biens d’autrui« . Josephe parle d’une maladie contagieuse qui s’était emparée des défenseurs de Jérusalem. Leur violence a causé leur perte.

Massada, d’un fait divers peu glorieux, qui s’est terminé par un « suicide » collectif, raconté par le seul Flavius Josephe, ignoré pendant des siècles, est devenu au XXe siècle un symbole de la résistance d’une nation.

La transmission de la tradition

Cet article est inspiré du livre de Bart Ehrman : Jésus avant les évangiles (Bayard 2017)

Avant d’être mis par écrit, les récits de la Bible, des évangiles et du Coran ont été colportés oralement. Le sens des récits s’est-il transmis correctement, intégralement ? Jusqu’il y a peu, on croyait que les peuples de l’oralité cultivaient une très bonne mémoire et que lors des récitations des récits traditionnels, les auditeurs corrigeaient le transmetteur s’il s’égarait. Les récentes études en sociologie, psychologie, neurosciences et anthropologie n’ont pas corroboré ces hypothèses.

La mémoire ne se constitue pas par image : on ne mémorise par une scène en entier, mais des flashes. Lors de la restitution des souvenirs, on comble les vides par des associations avec des souvenirs analogues issus d’expériences similaires. Les souvenirs sont une construction, ils varient dans le temps, en fonction des interlocuteurs et du milieu où ils sont évoqués. Les souvenirs se déforment.

Comment se transmet la tradition

Milman Parry et son élève Albert Lord ont mené des études sur l’oralité. Au départ, ils voulaient comprendre comment de longs poèmes comme l’Iliade ou l’Odyssée s’étaient transmis. Ils ont étudié la tradition de la poésie épique chantée, encore de nos jours, dans l’ancienne Yougoslavie. Ils ont donc enregistré plusieurs performances des chanteurs. Et consternation ! ils ont constaté que si l’essentiel demeure, les détails sont modifiés, parfois considérablement. L’interprète modifie le chant en fonction de ses intérêts, mais aussi du temps qui lui est alloué ou de ce que l’auditoire veut entendre.

Des expériences semblables ont été menées au Ghana par Jack Goody, sur plusieurs années. Il s’est aperçu que certains éléments essentiels du mythe raconté par les Lodagaa avaient disparus entre 1951 et 1970.
A quelques jours d’intervalle, le même récitant passait de 1646 versets à 2781… vu l’intérêt de l’interlocuteur. Il brode, ajoute des détails, vagabonde. Que va raconter l’interlocuteur de la première version et celui de la seconde ?

Ces études et bien d’autres montrent que plus on raconte, plus on modifie le récit et quand le souvenir d’une personne sert de base au souvenir d’une autre, il n’y a aucune chance que l’on retrouve l’information initiale.

Les conteurs ne cherchent pas à reproduire les traditions avec exactitude, ce n’est pas leur souci principal. L’auditoire aussi bien que le contexte affectent la manière dont l’histoire est racontée ou l’enseignement transmis. Le témoignage original est perdu et on ignore si le noyau essentiel de l’histoire survit.

La mise par écrit, à un moment donné, va figer le récit. Un « original » va alors servir de référence. On quitte l’oralité pour l’écrit.

Conséquences sur les textes sacrés

Le Coran

De nos jours, le Coran doit être récité tel qu’il a été consigné dans la version de Médine, composée au Caire en 1923 à partir de corans plus anciens. Dans les écoles coraniques, les élèves mettent trois ou quatre ans pour apprendre par cœur les quelques 6236 versets du Coran, souvent sans en comprendre le sens : le Coran se récite en arabe quelque soit la langue de l’élève.

En est-il toujours été ainsi ? Le Coran a-t-il été de tout temps considéré comme immuable : « chaque terme dans la langue du Coran a un certain poids, chaque voyelle a sa raison d’être et le simple fait d’omettre une voyelle peut être lourd de conséquence », comme on peut lire dans l’introduction du Coran de Médine.

Le Coran aurait été mis par écrit sous le calife Uthman vers 650, vingt ans après la dernière révélation (voir l’article sur le Coran). Avant cette mise par écrit (et aussi par après), la récitation était beaucoup plus libre comme le prouve le hadith des sept ahruf (ahruf peut être pris ici dans le sens de différences).
Le récit met en scène Umar, le deuxième calife et un compagnon du prophète. Ils ne sont pas d’accord sur la façon de réciter des versets. Ils demandent donc l’arbitrage de Mahomet. Umar récite les versets et Mahomet avalise la récitation en disant : « C’est bien ainsi qu’ils m’ont été révélés ». Umar jubile. Mahomet demande alors au compagnon de lui donner sa version. Mahomet confirme : « C’est bien ainsi qu’ils m’ont été révélés ». Même si cette histoire n’est pas vraie, elle montre que dans la période du proto-islam, le fond était plus important que la forme et que très vite, du vivant même de Mahomet, les versets récités divergeaient. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Coran a été mis par écrit.

Les évangiles

La modification des souvenirs est encore plus marquée dans les évangiles. Ils sont au nombre de quatre et ils différent grandement sur les détails, mais aussi sur l’essentiel. Dans les évangiles synoptiques, Jésus annonce l’arrivée imminente du royaume de Dieu sur terre. L’Évangile de Jean, écrit plus tard lorsque qu’il est patent que la promesse n’a pas été tenue, n’insiste plus sur le royaume de Dieu sur terre, mais sur une vie éternelle dans l’au-delà.

Bert Ehrman cite un cas intéressant : le voile du temple qui se déchire.
Dans l’Évangile de Marc, le plus ancien (15, 38), on lit :

… Jésus expira. Et le voile du sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas.

Dans l’Évangile de Matthieu (27,51-53), l’événement prend une tout autre ampleur :

Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent ; les tombeaux s’ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent : sortis des tombeaux, ils entrèrent dans la ville et apparurent à un très grand nombre de gens.

Pourquoi cette différence ? Il est malaisé de répondre à cette question. Bart Ehrman tente une explication : le sanctuaire du temple de Jérusalem, le saint du saint est l’endroit où Dieu était sensé demeurer. Le voile se déchirant, Dieu sort du temple et tout le peuple, plus seulement les prêtres, ont accès à Dieu. Dans les versions les plus anciennes de l’Évangile de Marc (IVe siècle), le récit de la résurrection est absent. C’est la mort de Jésus et non sa résurrection qui sauve les hommes.

Matthieu vient après Paul qui a basé tout son discours sur la résurrection, lui qui n’a pas connu Jésus, qui ne l’a vu qu’en songe. Matthieu parle donc de la résurrection, mais ne sait que faire avec le voile du temple. Il ajoute donc des détails… incongrus.

La Bible hébraïque

On n’a pas de récits parlant de différences de récitation, comme pour le Coran, ni de plusieurs versions comme pour les évangiles, on peut néanmoins penser que les récits ont été modifiés lors des transmissions successives. On peut en voir des exemples dans le récit de Moïse repris par quatre livres différents de la Torah, où dans la vie des rois qui sont contées dans les Livres des Rois et dans le Livre des Chroniques.

Lors de la conquête d’Israël par les Assyriens en 722, un grand nombre d’Israélites ont fui vers la Judée, emportant avec eux leurs traditions orales. Ces récits ont été fusionnés avec les récits des Judéens pour constituer une histoire unique, créant la filiation Abraham (Judée), Isaac (ajout) et Jacob (Israël).

Conclusions

Les textes « saints » reprennent souvent des souvenirs déformés de récits colportés par plusieurs générations de conteurs dont l’objectif principal n’étaient pas la vérité historique.

Le jour où la Chine va gagner

Cet article s’inspire du livre éponyme de Kishore Mahbubani. L’auteur est un diplomate de Singapour qui a vécu à New York en tant qu’ambassadeur aux Nations Unies.

La Chine, en guerre économique avec les États-Unis depuis l’ère Trump, est l’un des rares sujets sur lesquels le président démocrate Biden s’est inscrit dans la continuité de son prédécesseur républicain et qui fait largement consensus au Congrès.

« Si nous ne faisons rien, nos jours de superpuissance dominante pourraient s’achever », a mis en garde le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer en juin 2021.

Trump avait imposé à la Chine des tarifs douaniers revus à la hausse. Conséquence, non voulue, les sociétés américaines paient leurs achats de produits chinois plus chers, dont les composants électroniques. Le Sénat vient donc de voter une enveloppe de 52 milliards de dollars sur cinq ans pour encourager la fabrication de puces et de semi-conducteurs aux États-Unis.

Contexte historique de la guerre commerciale

La Chine

En 1949, Mao Zedong, à la tête du Parti Communiste Chinois (PCC), a mis fin à un siècle d’humiliation que les Chinois ne veulent plus connaître. Au début du XIXe siècle, la Chine vit en autarcie, son économie est fermée, elle refuse toute marchandise proposée par les pays occidentaux en tête desquels vient la Grande-Bretagne qui importe de grandes quantités de thé dont la Chine préserve jalousement les plantes. La Grande-Bretagne doit payer le thé en pièces d’argent alors qu’elle voudrait l’échanger contre d’autres marchandises que l’empereur qualifie de « babioles inutiles ».
La Grande-Bretagne importe illégalement en Chine de l’opium cultivé en Inde, une colonie britannique, grâce à la complicité des fonctionnaires corrompus du port de Canton. Lorsqu’il se rend compte de l’ampleur du trafic et des ravages de la drogue, l’empereur chinois démet les fonctionnaires corrompus, fait brûler les cargaisons d’opium (20.000 caisses !) et interpelle la jeune reine Victoria en lui demandant « où est votre honneur ?« . On est en 1839.
Pour toute réponse, l’Angleterre, soutenue par les autres nations occidentales, envoie ses canonnières. En deux ans, l’empire chinois est vaincu et doit ouvrir ses ports aux Occidentaux. Elle accepte que les ressortissants étrangers installés sur son territoire soient jugés par leur délégation. La Chine est sous tutelle. Au XXe siècle, les Japonais succéderont aux Occidentaux.
En 1949, après une guerre civile de quatre ans, Mao Zedong rendra sa fierté à la Chine… au prix de nombreux sacrifices.

Les États-Unis

Les États-Unis n’existent que depuis un peu plus de deux siècles. Très patriotes, ils sont très attachés à la constitution élaborée, au XVIIIe siècle, par les « Pères fondateurs », basée sur les principes de la philosophie de lumières.
Les Américains sont persuadés qu’ils ont la meilleure forme de gouvernance et qu’ils ont pour mission de répandre la démocratie dans le monde. Ils exigent que toutes les sociétés se conforment à leurs valeurs. Hillary Clinton a déclaré lorsqu’elle briguait la présidence :

Lorsque nous disons que l’Amérique est exceptionnelle, cela signifie que nous reconnaissons sa capacité unique et inégalée à incarner une force de paix et de progrès, un champion de la liberté et des opportunités. Notre puissance s’accompagne de la responsabilité de diriger, avec humilité et réflexion… Parce que lorsque l’Amérique ne parvient pas à diriger, nous laissons un vide qui provoque le chaos…

Les États-Unis sont donc le seul pays civilisé et bienveillant. Madame Clinton ne doit pas se tenir au courant de l’actualité. Ce sont bien les Américains qui ont installé le chaos en Somalie, en Libye, en Afghanistan, en Irak et en Syrie. La seule fois où ils se sont retirés dans le déshonneur, en 1975, ils ont laissé un pays en pleine croissance économique : le Vietnam.

Kishore Mahbubani fait remarquer que « chaque fois que les États-Unis se sont trouvés placés devant des défis stratégiques, ils ont toujours choisi l’option militaire… contrairement à la Chine« .

Chine vs États-Unis.

La Chine et les États-Unis sont totalement différents. Empreints de sagesse bouddhiste et confucianiste, les dirigeants chinois, que l’auteur qualifie de plus intelligents du monde, arrivés au pouvoir par leurs mérites, privilégient la patience, la réflexion, le pragmatisme et les stratégies à long terme.
Les dirigeants américains, qui souvent ne brillent pas par leur intelligence, arrivés au pouvoir par l’argent, ont une vision à court terme : les quatre ans de leur mandat. Ils agissent dans la précipitation.

Les États-Unis ont un gouvernement démocratiquement élu, la Chine est un État totalitaire : le PCC représente le pouvoir législatif et exécutif, il a également la main mise sur le pouvoir judiciaire. Et pourtant ! Dans le dernier baromètre de confiance Edelman, un sondage indépendant qui mesure le niveau de confiance de la population envers son gouvernement, la Chine se classe en tête avec 84% de satisfaits devant Singapour (70%). Les États-Unis sont quinzième avec 33% comme la France, derrière la Russie qui obtient le même score que la Corée du Sud, 44%.

Pourquoi ce plébiscite, alors que les Chinois doivent manquer de liberté ?
Il est faux de croire que les Chinois sont privés de liberté. La Chine n’est pas l’URSS, pas du tout, comme nous le verrons par la suite. Aujourd’hui, les Chinois peuvent voyager, faire des études à l’étranger, s’habiller comme ils veulent, ça paraît futile, mais sous Mao Zedong, l’uniforme était de rigueur. En fait, les Chinois aspire surtout au calme, à la stabilité et à l’amélioration des conditions de vie. « Les Chinois estiment que les besoins sociaux et l’harmonie collective sont plus importants que les besoins et les droits individuels et que la prévention du chaos et du désordre est le principal objectif de la gouvernance. » N’oublions pas que la Chine compte 1.400.000.000 d’habitants contre 330.000.000 d’Américains et qu’à superficie de pays égale, ils ont moins d’espace vital, vu le relief. Il est donc important de vivre en harmonie dans des villes surpeuplées.

Aujourd’hui, les conditions de vie en Chine s’améliorent continuellement alors qu’aux États-Unis, elles se détériorent. Mais les Américains restent confiants car ils ont la liberté, qui est leur idéal et peu importe si la possession d’armes provoque des massacres, peu importe si les soins de santé sont prohibitifs. Peu importe également si les citoyens n’ont plus vraiment le pouvoir de choisir leurs élus depuis que la Cour Suprême a accepté, en 1980, que les industries financent les candidats. C’est un gage de liberté ! Notons que si cette forme de corruption est acceptée et encouragée en interne, elle est punie par la loi américaine lorsqu’une société américaine fait un « cadeau » à un fonctionnaire étranger pour favoriser son commerce.

On pourrait continuer la comparaison en parlant de terrorisme et de répression. Après le 11 septembre 2001, les États-Unis ont « punis » les musulmans en larguant des bombes qui ont tué des centaines de milliers de personnes en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. De son côté, la Chine, victime de plusieurs attentats terroristes en 2014 a emprisonné des centaines de milliers d’Ouïgours du Xinjiang dans des « camps de rééducation ».

La Chine a fait des erreurs

Si la Chine n’est pas aimée, c’est parce qu’elle a fait des erreurs que les États-Unis ne lui pardonnent pas. C’est tout d’abord un pays communiste, le mot même irrite les Américains : le PCC compte 90 millions de membres. Mais ce sont les erreurs commerciales qui lui sont reprochées :

  • Elle s’est moquée de la crise des subprimes, la crise bancaire de 2008, parlant du capitalisme comme d’un géant déchu.
  • Les entreprises chinoises commettent des injustices envers les investisseurs étrangers et ne respectent pas toujours la parole donnée. Néanmoins Boeing se félicite de sa collaboration avec les entreprises chinoises.
  • Les entreprises chinoises manquent d’ouverture. Lorsque la Chine est entrée dans l’OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2001, elle s’est engagée à respecter les règles du commerce internationale. Mais reçue comme « pays en voie de développement », elle a bénéficié de certains privilèges comme le transfert de technologie qui s’est transformé en vol de la propriété intellectuelle.

La nouvelle route de la soie

Le plan stratégique de la Chine, qui doit les conduire à la première place des puissances économiques en 2049 s’appelle « la nouvelle route de la soie« . Pour y arriver, la Chine construit des infrastructures dans différents pays pour accueillir ses marchandises : routes, voies de chemin de fer et ensembles portuaires. Elle propose donc d’améliorer les infrastructures des pays dans une politique win-win. 137 pays sur les 192 que compte les Nations-Unies sont parties prenantes du projet chinois. En Europe, ce sont les pays de l’est dont la Russie et du pourtour méditerranéen, sauf la France et l’Espagne qui se sont associés au projet.

Les États-Unis, avec leur vision d’un autre temps, voient dans ce projet une tentative à peine masquée des Chinois d’importer leurs valeurs. Or, les États-Unis feraient bien de collaborer à ce projet car ils ont un grand besoin de moderniser leurs infrastructures et en particulier leur réseau de chemins de fer en introduisant des trains à grande vitesse, domaine où les Chinois excellent. L’Union européenne devrait également coopérer pour ralentir les flux migratoires d’Afrique où les Chinois créent de meilleures conditions de vie et des emplois, ce que les pays colonisateurs n’ont pas fait lors de leur départ.

Vers un conflit armé ?

La Chine n’a aucune intention de conquérir le monde ni d’imposer sa vision du monde à l’opposé de l’URSS en son temps. Contrairement aux Américains, les Chinois comprennent que les autres sociétés pensent et se comportent différemment. Leur objectif est de régénérer la civilisation chinoise, d’oublier les années d’humiliation. Donc, un conflit armé est peu envisageable. Néanmoins, les États-Unis continuent, seuls, leur course aux armements. Le budget de ce qu’ils nomment pudiquement le Département de la Défense (DoD) ne cesse de grimper, à lui seul, il couvre la moitié des dépenses militaires dans le monde. Mais la Chine ne leur emboîte pas le pas. Les États-Unis possède 6400 têtes nucléaires, la Chine 280 ! Lorsque les États-Unis dépensent 13 milliards de dollar pour construire un nouveau porte-avions, la Chine investit quelques centaines de milliers de dollar pour fabriquer un missile balistique DF-26 capable de couler le porte-avions.

L’URSS s’est tirée ne balle dans le pied à vouloir égaler la puissance militaire des États-Unis. Elle s’est ruinée. Le Chine privilégie la guerre asymétrique.

Les États-Unis ont dépensé 4.000 milliards de dollars dans la guerre contre l’Irak, un pays qui ne les menaçait pas. Avec cette somme ils auraient pu améliorer sensiblement les services sociaux de leur pays. La Chine doit se réjouir de ces dépenses : ce sont des sommes que les États-Unis n’investissent pas dans la technologie et les infrastructures.

La 5G et Huawei

La Chine veut faire de Shenzhen, la ville où se trouve le siège social de Huawei, une smart city : une ville idéale où le trafic, la sécurité et les soins de santé sont réglés par un réseau de communication de cinquième génération : la 5G, beaucoup plus rapide. C’est un modèle qu’elle veut exporter dans le monde.
Mais la montée en puissance de cette nouvelle norme pilotée par le groupe chinois Huawei déplaît aux États-Unis qui invoque des problèmes de sécurité et des menaces de cyberattaques. C’est une excuse tendancieuse quand on sait que la NSA (National Security Agency américaine) intercepte toutes les communications et peut espionner la moindre personne où qu’elle se trouve dans le monde. Quant aux cyberattaques, elles n’ont pas besoin de la 5G. Le problème pour les États-Unis est qu’ils ne maîtrisent pas la technologie 5G : leurs fleurons AT&T et Verizon se sont laissés distancer.

Le président Trump a donc interdit toute vente de technologie à Huawei. Google et Facebook ne livreront plus leurs logiciels à Huawei. Il a également demandé à ses partenaires, en matière d’espionnage, les « Five Eyes » (Canada, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon) de cesser leur implantation de la 5G en faisant appel à Huawei. De nombreux pays, alliées des États-Unis leur emboîtent le pas, comme l’Inde, le Brésil, Israël, le Vietnam et Taïwan. D’autres refusent de se fâcher avec la Chine, comme la Thaïlande et la Corée du Sud.

L’Europe se tâte : si l’Espagne, le Portugal, la Slovaquie et la Hongrie continuent de travailler avec Huawei, les autres hésitent. L’alternative se trouve en Finlande avec Nokia et en Suède avec Ericsson.

En Afrique, Huawei a décrocher 47 contrats d’implantation de la 5G accompagné d’une promesse de développement économique et d’une ouverture de crédit.

Conclusions

Kishore Mahbubani conclut qu’on va vers un conflit géopolitique majeur suite à l’erreur des Chinois de s’être aliéné le monde des affaires américains et la nécessité pour les Américains de trouver un bouc émissaire afin de masquer leurs problèmes socio-économiques. Il prophétise que « si le conflit met en présence une ploutocratie rigide et intraitable (les États-Unis) et un système politique méritocratique sain et souple, la Chine gagnera« .
Une question demeure : l’humanité sortira-t-elle gagnante de cette guerre ?

Suite : 15/06/2021

Joe Biden vient de persuader les membres de l’OTAN que la Chine était une menace et qu’il fallait augmenter le budget de l’organisation. La peur est contagieuse, l’imbécillité également.

Les Safavides : et l’Iran devint chiite

Cet article fait suite à celui consacré aux Mongols.

A l’époque qui nous intéresse (du XIIIe au XVIIIe siècle), la Perse est plus étendue que l’Iran actuel. Elle comprend approximativement l’Irak actuel, l’Afghanistan et les anciennes républiques soviétiques de Turkménistan, Ouzbékistan et Tadjikistan.

Renaissance de la culture perse

Sous la dynastie mongole des Ilkhanides (1256-1388), la Perse est redevenue une entité politique indépendante, gouvernée de fait par des vizirs perses. Les Mongols ont été absorbés par la culture perse. Le farsi, le persan, a supplanté définitivement l’arabe imposé par les conquérants musulmans, ne conservant que l’alphabet de celui-ci.
Un art typiquement persan glorifie l’islam, la nouvelle religion du groupe dirigeant,… et les Mongols. Ainsi, dans le Shahnameh (le Livre des Rois), les empereurs (Cyrus, Darius) et les personnages mythiques (Rostan) de l’ancienne Perse ont pris les traits mongols. Le Shahnameh avait été écrit au XIe siècle par le poète Ferdowsi afin de préserver la langue et la culture ancienne. C’est aussi un recueil de conseils pour une bonne gouvernance : les bons princes sont toujours récompensés.

Une parenthèse douloureuse

Mais bientôt, à la fin du XIVe siècle, un nouveau conquérant s’agite à la frontière nord-est, en Transoxiane. Ce conquérant, parti de Samarcande, c’est Timour i-Lang, Timour le boiteux, plus connu sous le nom de Tamerlan (1336-1405). Il prétend descendre du grand Gengis Khan. Il va répandre la même terreur et la même désolation que son ancêtre.

En 1387, il s’attaque aux Ilkhanides. Il envahit l’Afghanistan et l’Iran actuels, il attaque l’Inde et prend Delhi. Il se répand tous azimuts : il est en Syrie face aux mamelouks, en Anatolie (Turquie) face aux Turcs ottomans et même en Russie, face aux Mongols de la Horde d’Or. Seule sa mort, suite à une fièvre, arrêtera ses conquêtes.

Car paradoxalement, ses successeurs, les Timourides se montreront pacifiques.
En Inde, ils créeront la dynastie des Moghols. Shah Jahan, roi de cette dynastie, fera construire le Taj Mahal à partir de 1631, à la mémoire de son épouse.
Dans la Perse, les Timourides succomberont aux charmes de la culture locale, comme leurs prédécesseurs, les Mongols.

Ils installeront leur capitale à Hérat (Afghanistan), et en tant que mécènes et esthètes, ils contribueront au développement des arts.

Le chiisme radical

Grands mécènes et esthètes, les Timourides furent de piètres souverains. Ils n’ont pas mesuré le danger qui cette fois ne venait plus de l’est, mais de l’ouest, au début du XVIe siècle.

Ismaïl Shah (1487-1524)

Ismaïl est un personnage étonnant : il entreprit la conquête de la Perse alors qu’il n’avait que 13 ans ! Il était le guide spirituel d’une confrérie soufie. Très jeune, il avait écrit un poème dans lequel il se déclarait mandaté par Ali pour gouverner le monde. Des milliers de partisans dévots appartenant à diverses tribus turkmènes d’Anatolie, du Caucase et de Syrie le suivaient. En 1510, il était le maître de tout l’ouest de la Perse où il créa la dynastie des Safavides (ou Séfévides) qui régna jusqu’en 1732.

Note : Le soufisme est un mouvement mystique à l’intérieur de l’islam. Les soufis renoncent aux biens matériels pour se rapprocher d’Allah. Ils tentent d’entrer en communication avec la divinité. Cette prétention d’union avec Dieu est incompatible avec le principe islamique de la transcendance de Dieu qui vit sur un autre plan que les humains.

Il tenta d’imposer un chiisme extrémiste par la violence, puis s’appuyant sur les oulémas perses présents avant sa conquête, un chiisme plus sage s’installa.
Son extrémisme l’opposa aux Turcs ottomans, sunnites, qui régnaient sur l’Anatolie. Il en résulta un conflit larvé qui dura deux siècles.

Les dix dernières années de sa vie ne furent pas un exemple pour l’islam : il consacra son temps à la chasse, aux beuveries et aux jeunes garçons. Se croyait-il déjà au paradis ?

Shah Abbas (1588-1629)

Abbas Ier est le petit fils d’Ismaïl. Comme son ancêtre, il s’adonnait à la boisson. Il déclarait tenir mieux l’alcool que quiconque. Sous son règne, l’empire safavide connaîtra son âge d’or, illustré par la construction de l’ensemble architectural d’Ispahan (ou Isfahan) avec sa mosquée recouverte de turquoise, couleur du paradis. On raconte que cette construction a servi de modèle aux palais de Versailles, de Topkapi, d’Agra et de Delhi.

Nadir Shah : la fin (1736-1747)

Au XVIIIe siècle, des tribus nomades d’Afghanistan se révoltent. Un chef de guerre, Nadir Shah, prend la tête des armées safavides et repousse les assaillants qui jaillissaient de tout côté : à l’est, les Afghans, à l’ouest, les Ottomans et au nord, les Russes. Il profite de ses succès pour envahir l’Inde, il prend Agra et Delhi où il dérobe le trône du Paon qui deviendra le trône impérial des shahs d’Iran du XXe siècle. Ce trône était orné d’un diamant, le koh-i-nor, qui connaîtra bien des péripéties avant d’être dérobé par les Britanniques et d’orner la couronne royale anglaise.

Nadir Shah finira par renverser le souverain safavide et prendra le pouvoir. Mais sa violence se retournera contre lui : il sera assassiné par ses troupes.
A sa disparition, la guerre civile éclate et les pays colonisateurs en profitent. C’est la fin de l’indépendance de la Perse qui deviendra un État tampon entre l’Empire ottoman, la Russie tsariste et la Grande Bretagne qui occupait l’Inde et l’Afghanistan.

Jacques, des apôtres de Jésus

Le nom des apôtres de Jésus ne semble pas avoir été un sujet très important pour les premiers chrétiens. Leurs noms ont vite été oubliés. Ainsi l’Évangile de Jean n’en cite que cinq. Et dans les évangiles synoptiques, la liste est constante à une exception près, Jude n’est cité que par Luc et est remplacé par Thaddée dans les autres évangiles :

  • Dans l’Évangile de Luc (6, 12-16) on trouve : Simon (appelé Pierre), André (son frère), Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques (d’Alphée), Simon (appelé le Zélote), Jude (de Jacques) et Judas.
  • Dans l’Évangile de Marc (3, 13-19) : Simon (appelé Pierre), Jacques (de Zébédée), Jean (son frère), André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques (d’Alphée), Thaddée, Simon (le Zélote) et Judas.
    Il semble que cette liste ait été « retravaillée », car dans le récit du recrutement de Matthieu, le percepteur des taxes, Marc le nomme « Lévi d’Alphée » (Marc 2, 14). Ce qui ne simplifie pas les choses comme on va le voir.
  • Dans l’Évangile de Matthieu (10, 1-4) : Simon (appelé Pierre), André (son frère), Jacques (de Zébédée), Jean (son frère), Philippe, Barthélemy, Thomas, Matthieu, Jacques (d’Alphée), Thaddée, Simon (le Zélote) et Judas.

Pour sa part, l’Évangile de Jean ne donne pas de liste, mais cite, dans le texte : Simon-Pierre, André (son frère), Philippe, Nathanaël (un vrai Israélite), Thomas (dit Didyme).

Les Actes des Apôtres reprend la liste de l’Évangile de Luc, ce qui semble logique puisqu’on attribue aux deux textes le même auteur.
Les Actes sont plutôt une compilation qu’un texte écrit à une seule main. La livre comporte deux parties distinctes : (1) Pierre et Jean à Jérusalem et (2) les voyages de Paul. Ce sont des scènes juxtaposées plutôt qu’un récit continu. Dans la partie consacrée à Paul, on passe de la troisième personne du singulier (il) à la première du pluriel (nous).

Dans les Actes des Apôtres, on apprend que Judas a été remplacé par Matthias.

Jacques fils de Zébédée

Jacques, fils de Zébédée est aussi appelé Jacques le Majeur. C’est le seul apôtre dont les textes canoniques (le Nouveau Testament) nous livrent une vie « complète ». En effet, Jacques meurt dans les Actes des Apôtres. Ce qui est exceptionnel. Alors que les évangiles et les Actes des Apôtres ont été rédigés après la mort de la plupart des protagonistes, on ne parle que de la mort de Jacques… en une ligne :

A cette époque-là, le roi Hérode entreprit de mettre à mal certains membres de l’Église. Il supprima par le glaive Jacques, frère de Jean.

C’est bref, comme la biographie de Jacques : il fut un disciple de Jésus et a été exécuté par le glaive sous Hérode. Il s’agit ici d’Hérode Agrippa Ier, éduqué à Rome, où il fréquente les l’empereurs Caïus, dit Caligula et Claude. Caïus reçut ce surnom, qu’il détestait, lorsqu’il était enfant. Il accompagnait son père Germanicus sur les champs de bataille. On l’habillait comme un légionnaire ce qui lui valu le surnom de « petite godasse« .
Hérode Agrippa est le neveu d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée jusqu’en 39, et le petit-fils d’Hérode le Grand. Son nom latin est Marcus Julius Agrippa. Son amitié avec les empereurs l’a conduit aux plus hautes fonctions au Proche Orient, où il est devenu le maître de tous les territoires auparavant gouvernés par son ancêtre Hérode le Grand, dont la Judée en 41. Il est mort en 44. La mort de Jacques se situerait donc entre 41 et 44.

Mais Jacques va connaître une résurrection triomphale.
En 844, dans la Galice, au nord-ouest de l’Espagne, le roi d’Asturie, Ramire Ier (842-850), vient de subir une cuissance defaite devant le calife abd al-Raman II (822-852). Il s’est réfugié sur la colline de Clavijo. Là, il voit en songe un ange qui lui enjoint de tenter une offensive. Au cours du combat qui s’ensuit, un chevalier monté sur un cheval blanc, lance au poing, pourfend les Maures et assure la victoire des chrétiens. Ce cavalier n’est autre que saint Jacques surnommé depuis « Matamore« , le tueur de Maures.

Comment s’est-il retrouvé là ?
C’est saint Jérôme de Stridon (347-420), le traducteur de la Bible du grec en latin, grand pourvoyeur de légendes chrétiennes qui est à l’origine de ce miracle. Il a imaginé qu’avant de mourir à Jérusalem, Jacques serait allé évangéliser l’Espagne. Chaque contrée avait besoin d’un saint patron et Jacques était disponible.

Il aurait donc quitté l’Espagne après un bref et peu fructueux séjour avant de mourir à Jérusalem. Or, au IXe siècle, un ermite aurait été guidé vers un champ (campo) où tombaient des étoiles (estrella). A l’endroit de l’impact, dans un cimetière romain, il découvrit la tombe de saint Jacques. Compostelle était né.
A sa mort, son corps aurait été placé dans une barque en pierre, sans voile ni gouvernail. La barque aurait traversé la Méditerranée en 7 jours, passé les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), bifurqué à droite pour remonter vers le nord et aborder en Espagne à Iria Flavia (aujourd’hui Padron, la destination finale du pèlerinage de Compostelle… pour les courageux), port construit par l’empereur Vespasien, qui ne revêtira la pourpre que plus de 30 ans (en 68) après la mort de Jacques.

Jacques le Mineur, fils d’Alphée

La vie de Jacques le Mineur nous serait restée inconnue ou au mieux confuse (il est mort à plusieurs endroits !) si saint Jérôme de Stridon ne s’en était mêlé. Afin de respecter le dogme de la virginité perpétuelle de Marie, mis à mal par l’apparition des « frères de Jésus » dans les évangiles, il a fait des frères, des cousins. L’idée prend de l’ampleur au IXe siècle : on raconte que Marie aurait eu deux sœurs : la première appelée Marie et la seconde appelée Marie. Rien de très original.

La première, aussi appelée Salomé, a épousé Zébédée et a eu deux fils : Jean et Jacques (le Majeur, dont on vient de parler).
La seconde, aussi appelé Jacobé, est l’épouse d’Alphée dont elle a eu quatre fils : Jacques (le Mineur), Simon, Joset et Jude, soit les frères de Jésus dans les évangiles, qui deviennent alors ses cousins. Dans l’Évangile de Jean, elle est la femme de Clopas. On en conclut qu’Alphée s’appelait également Clopas.

Du coup, d’un personnage secondaire, Jacques émerge dans la lumière. Jacques le Mineur est Jacques le Juste, frère du Seigneur, qui dirigea la communauté de Jérusalem à la mort de Jésus. Il prit la tête du mouvement chrétien en essayant de lui garder une connotation juive. D’après Flavius Josèphe, dans le livre XX des Antiquités juives, il sera lapidé en 62.

Ayant appris la mort de Festus (60 à 62), l’empereur envoya Albinus (62 à 64) en Judée comme procurateur. Le roi enleva le pontificat à Joseph le grand-prêtre et donna la succession de cette charge au fils d’Anan, nommé lui aussi Anan…. [Il] était d’un caractère fier et d’un courage remarquable ; il suivait, en effet, la doctrine les sadducéens, qui sont inflexibles dans leur manière de voir si on les compare aux autres Juifs, ainsi que nous l’avons déjà montré. Comme Anan était tel et qu’il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route, il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d’avoir transgressé la loi, et il les fit lapider.

Le successeur de Jacques, si on en croit la tradition, ne sera personne d’autre que son frère Simon… un autre apôtre, nommé de Zélote. Donc, les derniers apôtres cités, Jacques, Simon et Jude seraient les frères de Jésus. J’ai consacré un article aux frères de Jésus.

Le professeur James Tabor (universités de Caroline du Nord et de Notre-Dame) dans son livre la « Véritable histoire de Jésus » va plus loin dans cette voie. Pour lui, Alphée ou Clopas serait le frère de Joseph et aurait épousé Marie, mère de Jésus, à la mort de Joseph. Les frères de Jésus seraient bien ses frères par la chair. Une dynastie constituée de ses frères aurait dirigé son mouvement à sa mort. Nous allons voir que cette théorie n’est pas sans fondement.
Si Simon était bien un zélote, il a dû prendre part à la guerre de 66-70 contre les Romains et la communauté de Jérusalem aura disparu.

Les Maries

Que disent les évangiles des différentes Maries (citations reprises de Wikipédia). Elles se trouvaient au pied de la croix lors du supplice de Jésus et elles ont accompagné son corps vers le tombeau.

  • Mt 27,56 : « Parmi les femmes qui étaient au pied de la croix, il y avait Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph , et la mère des fils de Zébédée (Salomé). »
  • Mt 28,1 : « Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. »
  • Mc 15,40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, parmi elles Marie de Magdala, et Marie, mère de Jacques le petit et de Joset , et Salomé… »
  • Mc 15,47 : « Or Marie de Magdala, et Marie, mère de Joset regardaient où on l’avait mis.»
  • Mc 16,1 : « Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques , et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. »
  • Jn 19,25 : « Près de la croix se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. »
  • Lc 24,10 : « Celles qui dirent ces choses aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles. »

On remarque que Salomé est nommé, par contre, on ne connaît pas le nom de la « mère de Jacques » et la mère de Jésus n’apparaît pas dans ces listes, sauf dans l’Évangile de Jean (en gras). Ce qui est très étrange. Sauf si Marie mère de Jacques et de Joset est aussi la mère de Jésus (passage souligné).

On m’opposera que Jésus sur la croix a confié sa mère à l' »apôtre qu’il aimait » et qu’il ne l’aurait pas fait si sa mère avait eu un mari ou un enfant pour prendre soin d’elle. Mais cet épisode n’est raconté que par le seul Évangile de Jean. Évangile dans lequel Jésus est crucifié le jeudi, lors que sa troisième visite à Jérusalem. Alors que les autres évangiles situent sa mort le vendredi, lors de son premier séjour à Jérusalem.
La vie de Jésus a été construite par la tradition à partir d’éléments disparates. Sa naissance a été empruntée à l’Évangile de Luc, son ministère à l’Évangile de Matthieu et ses dernières paroles à l’Évangile de Jean. La vie de Jésus est un récit théologique et hagiographique, pas une biographie écrite par un historien.

Que sont devenues les Maries ?

La légende raconte que Salomé, Jacobé et Marie de Magdala (Marie-Madeleine) ont pris place dans une barque en pierre, sans voile ni gouvernail (tiens, tiens) qui aurait accosté dans le sud de la France dans le village qui porte aujourd’hui le nom de Saintes-Marie de la Mer, en Camargue.
Leurs reliques ont été découvertes de 1448 par le roi René, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile. Le tombeau de Marie de Magdala est vénéré dans une grotte, où elle se serait retirée, à Plan-d’Aups-Sainte-Baume dans le département du Var.

Pour ajouter à la confusion

Vers le IVe siècle, des listes des apôtres et des disciples ont fleuri dans le monde chrétien. Ces recensions sont largement différentes et nous laissent dans l’indécision la plus complète. Mais nous ne sommes pas les seuls à nous y perdre. Que penser de saint Épiphane de Salamine (315-403), père de l’Église, lorsqu’il arrive au neuvième apôtre :

9. Jacques surnommé Thaddée, frère du Seigneur selon la chair, …

10. Thaddée dit aussi Lebbée,  frère du précédent, surnommé Jude de Jacques…

11. Jude, frère du Seigneur, à la suite de Jacques son frère…

Jacques est nommé Thaddée, Thaddée est nommé Jude… et Jude comme l’appelle-t-on ?
Pour Épiphane, Jacques et Jude, de même que Thaddée, sont bien les frères de Jésus… saint Jérôme n’était pas encore passé par là.

L’empire mongol

La période dont je vais parler est pour le moins déconcertante. À une guerre dévastatrice sans précédent, va succéder une ère de paix, de prospérité et de tolérance. À la disparition quasi complète de l’islam en Asie, va succéder sa résurrection et son renforcement.

Empire mongol à son apogée. (En jaune les peuples nomades asservis, les flèches indiquent les routes commerciales)

Gengis Khan

Temudjin est né dans une tribu mongole nomade de la vallée de l’Onon, dans le nord de la Mongolie actuelle, vers 1162. Il est le deuxième fils d’un chef de clan et n’est pas appelé à une grande destinée. Et pourtant ! Lorsque son père meurt, la direction de la tribu est assurée par un autre clan. Temudjin se réfugie dans la tribu de son épouse, Börte dont il aura quatre enfants : Jochi, Djaghataï, Ogödei et Tolui. Comme on le verra, le pouvoir de l’empire que Temudjin va créer sera partagé uniquement par les descendants de ses quatre fils.

Börte est capturée par les Merkit, d’autres Mongols probablement christianisés, qui se vengent d’un affront que le père de Temudjin leur avait fait. En reconquérant son épouse, Temudjin pose les bases de son prochain empire. Ses alliés lui fournissent des guerriers et il remporte sa première victoire qu’il fait connaitre aux quatre coins de la steppe pour convaincre les nomades à se rallier à lui, leur promettant protection et richesse. Et ça marche ! Il parvient à fédérer la plupart des tribus nomades par alliance ou par la force.

En 1201, il se fait élire Gür Khan, « souverain universel » et son influence va grandissant grâce à ses nouvelles conquêtes. En 1205, toutes les tribus se sont ralliées à lui, il est sacré Gengis Khan, l’empereur océanique ou universel.

Après les conquêtes, l’administration. Il a enrôlé dans son armée les guerriers des différentes tribus, il charge les élites de ces tribus d’établir le registre des possessions, de prélever les taxes et de répartir les bénéfices.

En 1211, fort de l’appui des pouvoirs frontaliers dont les Kirghiz et les Ouïgours, il s’attaque à l’empire chinois. En 1215, il prend Zhongdu (Pékin) mais il faudra encore 19 ans, pour contrôler tout l’Empire. C’est une tâche qu’il confie à ses généraux, ses compagnons d’armes de la première heure.

Un peuple nomade lui échappe toujours, les Turcs kiptchak qui fuient vers l’ouest. Gengis Khan envoie une armée à leur poursuite. Elle va dévier vers le nord et s’attaquer aux principautés russes de Kiev et de Moscou, puis aux Hongrois, aux Polonais et aux Chevaliers Teutoniques. La frontière ouest se dessine.

Le calme est revenu à l’est et dans les steppes. Le commerce peut reprendre : un accord est passé en 1218 avec le shah du Khwarezm, établi dans l’Iran actuel, qui protège l’empire abbasside. C’est un accord de paix et un accord commercial. (voir l’article sur l’Empire abbasside)

Malheureusement, la même année, une caravane venant de Mongolie est attaquée et pillée à la frontière du Khwarezm. Les deux caravanes suivantes subissent le même sort. Genghis Khan demande alors réparation, mais sa requête ne reçoit pas de réponse. Humilié, il décide de châtier le coupable… et de quelle façon. Une formidable armée se met en route vers l’empire abasside dévastant tout sur son passage, elle rase les villes et massacre les habitants dans le but de transformer les terres cultivées en pâturages. Ils sont, et resteront des nomades. Le shah de Khwarezm s’étant enfui, une partie de l’armée mongole le poursuit continuant sa dévastation. Les Mongols vont parcourir près de 20.000 km, partis de la mer d’Aral, ils vont arriver sur la Volga après avoir vaincu les Iraniens, les Géorgiens et enfin les Turcs kiptchak (1223) qui occupaient l’Ukraine.

Entre-temps, Genghis Khan était retourné en Mongolie et il meurt vers 1227 lors d’une campagne en Chine ou… empoisonné par une nouvelle épouse. Il avait 65 ans.

L’art de la guerre

L’Histoire a retenu des Mongols une extrême violence envers les peuples vaincus. Cette image s’applique surtout à l’invasion de l’empire abbasside provoqué par la trahison du shah du Khwarezm. Certains historiens parlent de 40 millions de morts, dont 10 millions en Chine, soit plus de 12% de la population. Ces chiffres sont invérifiables, mais semblent excessifs. Prenons un exemple : la ville de Merv, aux mains des Khwarezmiens (ou Khorezmiens), actuellement au Turkménistan, se situait sur la Route de la soie. La ville et ses environs auraient compté 500.000 habitants. Ce qui semble énorme. Paris à la même époque abritait moins de 200.000 personnes. Soit ! Un document de l’époque de prise de Merv parle d’un million de personnes massacrées lors de la prise de la ville. Un million de morts dans une ville de 500.000 habitants ! Mais l’absurde ne s’arrête pas là. Le même document raconte que chaque guerrier mongol a reçu 400 prisonniers qu’il a dû exécuter. Un rapide calcul nous permet de savoir que les Mongols n’étaient de… 2.500 ! Où est l’erreur ?

En fait, les Mongols appliquaient les mêmes lois de la guerre que tous les peuples de l’époque : si la ville ouvrait ses portes, elle payait un tribu et des otages étaient emmenés, si elle résistait, les hommes étaient exécutés, les femmes et les enfants vendus comme esclaves. Mais les Mongols épargnaient souvent leurs ennemis pour les incorporer dans leur armée.

Les Mongols terrifiaient leurs adversaires pour les forcer à la reddition : ils propageaient eux-mêmes les histoires de massacres. De plus, chaque cavalier possédaient quatre ou cinq chevaux et lors d’une charge, tous les chevaux étaient lancés au galop, montés ou non. Ce qui provoquait la panique. L’approche d’une ville commençait toujours par cette parade. Ils étaient très disciplinés contrairement à ce que leur chevauchée laisse à penser. C’était une de leur force. Une autre caractéristique étaient leur réseau d’éclaireurs ou d’espions si l’on veut.

Les Mongols étaient passés maître dans la prise des villes (art de la poliorcétique) grâce aux techniques apprises des Chinois : machines de siège et utilisation de la poudre à canon.

Le hordes mongoles

La première idée qui vient à l’esprit quand on évoque une horde est celle d’un groupe de personnes indisciplinées causant des dommages par sa violence… C’est aussi la première définition du dictionnaire Larousse. Les hordes mongoles n’ont rien à voir avec cette définition.

Écoutons ce qu’en dit Guillaume de Rubrouck, un moine franciscain, ambassadeur du roi de France Louis IX vers 1250 : « Je crus voir s’avancer vers moi une grande cité, avec des chariots portant les maisons… La quantité de bétail, bœufs et chevaux… La multitude de moutons… »

Les hordes étaient le centre administratif itinérant des Mongols. Leur empire n’était pas dirigé au départ d’une ville. Ce sont des nomades. La configuration de la horde dépendait des circonstances : une longue file en mouvement, en cercles concentriques à l’arrêt.

Le même concept existait chez les Bédouins : la smala. Le terme est passé dans le langage populaire dans le sens de la « famille », mais à l’origine, c’est le centre administratif des nomades. Ainsi, le 16 mai 1843, les troupes françaises ont attaqué la smala d’Abd el-Kader, grande figure de la résistance à la conquête de l’Algérie.

Les successeurs de Gengis Khan

La dynastie
  • Ogodeï (1186-1241), son fils et successeur en tant que Grand Khan (règne sur la Chine et la Mongolie).
  • Djaghataï, un autre fils reçoit la Transoxiane.
  • Son petit-fils Batou (fils de Jochi) dirige la Horde d’Or en Sibérie et en Russie.
  • 1251 : Möngke (fils de Tolui 1209-1259) devient Grand Khan.
  • Hülegü, frère de Möngke, poursuit les opérations militaire au Proche Orient. Il va créer l’État des Ilkhanides.
  • 1260 : Kubilaï (frère de Möngke 1215-1294) devient Grand Khan, puis empereur de Chine. Il y crée la dynastie des Yuan.
Les conquêtes

En 1236, le fils de Gengis Khan et son successeur, Ogodeï décide de revenir à l’ouest, non plus pour punir, mais pour conquérir. Cette fois il passe par l’Inde, l’Iran, asservit la Russie, la Pologne, la Hongrie et  les Balkans. Ses troupes dévastent la Thrace et mènent des raids jusqu’en Lituanie. La Russie ne se débarrassera des Mongols qu’en 1480, sous Ivan III et les vaincra définitivement au XVIe siècle sous Ivan IV dit le Terrible. Les Mongols, soutenus par les Ottomans se maintiendront en Crimée, ce sont les Tatars actuels.

Devant le danger, l’empereur byzantin privilégie la diplomatie. Il lui envoie des cadeaux et marie deux de ses filles à des généraux mongols.

En 1256, le mongol Hülegü, khan d’Iran, prend la forteresse d’Alamut, le repère de l’ordre des Assassins, se débarrassant ainsi des Ismaéliens que les Seldjoukides n’avaient jamais pu vaincre. (voir l’article sur les Ismaéliens) Continuant sa conquête vers l’ouest, il prend Bagdad en 1258, tue le calife, mettant fin au califat des Abbassides. Il est probable que la tête du calife alla grossir les pyramides de crânes qui s’entassaient devant les villes prises par les Mongols pour apeurer leurs adversaires.

Le voici maintenant en Syrie, où il prend Damas et Alep. Il y laissa une petite garnison commandée par un chrétien, Kitbuga, car son frère, le grand khan vient de mourir et il espère bien devenir le nouveau chef de tous les Mongols.

Jusque là, les croisés avaient entretenu de bonnes relations avec les Mongols. L’Arménie et le prince d’Antioche, Bohémond VI, avaient même conclu une alliance avec eux en 1260.

Les Mongols et les chrétiens

Les chefs mongols étaient des personnages cultivés. Ils s’intéressaient à tout, toutes les ambassades étaient les bienvenues, les ambassadeurs étaient conviés à exposer leurs connaissances. La tolérance régnait en maître à la cour mongole : toutes les religions s’y côtoyaient, le bouddhisme et le christianisme surtout nestorien, le taoïsme et le chamanisme. On se rappellera que les chrétiens nestoriens chassés de l’Empire romain s’étaient réfugiés à l’est. (voir l’article) Chacun pouvait exposer sa doctrine et des discussions théologiques s’ensuivaient. Le grand khan Mongke ne déclare-t-il pas : « Nous croyons qu’il n’y a qu’un seul dieu. Mais, comme Dieu a donné à la main plusieurs doigts, il a donné de même aux hommes plusieurs voies ». Sa mère était une chrétienne. Hülegü, son frère avait une épouse chrétienne.
L’islam ne bénéficie pas du même engouement. Les Mongols le jugeaient intolérant et la charia s’opposait à la loi édictée par Genghis Khan : le yasaq ou Grande Loi. Dans cette loi, la liberté religieuse était acquise, le voleur n’avait pas la main tranchée, mais devait rembourser le montant du vol multiplié par 10.

En 1254, Louis IX, Saint-Louis, envoie un ambassadeur, le père franciscain Guillaume de Rubrouck, en Mongolie. Celui-ci a rédigé un compte rendu d’un débat, auquel il a assisté, opposant le catholicisme qu’il défendait, le christianisme nestorien, le bouddhisme et l’islam.

Les ambassades furent nombreuses entre l’Occident et les Mongols. On possède encore aujourd’hui plusieurs courriers qui ont été échangés entre les khans, les papes, les rois de France Louis IX et Philippe le Bel, ainsi que les rois d’Angleterre. Les lettres nous renseignent sur l’évolution des relations entre les Mongols et l’Occident. Au départ c’était l’incompréhension : le grand khan revendiquait la souveraineté universelle tandis que le pape lui enjoignait de venir s’agenouiller devant lui.

Voici la lettre, écrite en persan, du Mongol Güyük, fils d’Ogodeï, au pape Innocent IV qui l’avait traité de barbare et d’assassin (1246) :

À présent, vous devez dire d’un cœur sincère : nous serons vos sujets, nous vous donnerons notre force. Toi, en personne, à la tête des rois, tous ensemble et sans exception, venez nous offrir service et hommage. À ce moment-là, nous connaîtrons votre soumission. Et si vous n’observez pas l’ordre de Dieu et contrevenez à nos ordres, nous vous saurons nos ennemis. 

En 1260, Kubilaï Khan envoie une missive au contenu identique au roi de France Louis IX. Elle nous est connue par la chronique de Jean de Joinville. Le début est trompeur…

C’est une bonne chose que la paix ; car en terre de paix ceux qui vont à quatre pieds mangent l’herbe paisiblement ; et ceux qui vont à deux, labourent la terre paisiblement. Et nous te demandons cette chose pour t’avertir : car tu ne peux avoir la paix si tu ne l’as pas avec nous. Le prêtre Jean se leva contre nous (?), et … [liste de rois] et tous nous les avons passés au fil de l’épée. Ainsi, nous te demandons que chaque année tu nous envoies assez de ton or et de ton argent pour que tu nous retiennes comme ami. Si tu ne le fais pas, nous te détruirons toi et tes gens, ainsi que nous avons fait de ceux que nous avons ci-devant nommés. 

L’envoyé de Louis IX auprès des Mongols, Guillaume de Rubrouck, l’avait averti de la duperie des Mongols.

Les Mongols sont déjà si gonflés d’orgueil qu’ils croient que le monde entier voudrait faire la paix avec eux. A la vérité, si cela m’était permis, dans le monde entier, de tout mon pouvoir, je prêcherais la guerre contre eux…
En effet, ils n’ont jamais conquis aucun pays par la force, mais uniquement par la ruse.
C’est parce que les gens font la paix avec eux que sous le couvert de cette paix ils les détruisent.

Ensuite, les relations se firent plus cordiales, plus humbles : les Mongols avaient besoin d’aide et attendaient des occidentaux l’envoi d’une nouvelle croisade.

La fin de l’expansion

Alors que les Mongols tolérants occupent l’Iran, l’Irak, la Syrie et avaient mis fin au califat, les croisés qui pouvaient être les grands bénéficiaires de ces conquêtes, commirent une grave erreur stratégique. En 1260, alors que tous les khans sont retournés en Chine pour choisir leur chef, Mongke étant mort, ils donnèrent leur accord à l’armée égyptienne de Baybars pour qu’elle traverse leurs territoires sans être inquiétée, alors que le sultan était leur ennemi. Ils assurèrent même son ravitaillement et permirent ainsi la victoire des mamelouks sur un contingent mongol de 15.000 hommes laissé en Syrie sous le commandement d’un chrétien. La bataille a eu lieu à Ayn Jalut, en Palestine. L’histoire n’a pas encore expliqué cette stratégie suicidaire.

À la mort du grand khan Mongke, Kubilaï Khan, son fils, prend le pouvoir. C’est ce souverain que Marco Polo aurait rencontré. L’empire mongol s’étend alors sur quatre régions (ulus) : (1) la Chine, (2) l’Asie centrale, (3) la Russie dominée par la Horde d’Or, et (4) le khanat des Ilkhans (vice-roi), qui va de l’Iran à l’Anatolie (voir la carte). Chaque région est dirigée par un descendant des fils de Gengis Khan. Ces provinces en principe sont vassales du grand khan qui réside à Pékin, mais bientôt, elles vont s’affranchir de sa tutelle et connaître des destinées diverses.  Ainsi, la Horde d’Or va se diviser et donner naissance, entre autres, au khanat de Crimée dont les Tatars sont aujourd’hui les descendants. Le plus vaste empire jamais constitué n’aura duré que cinq générations avant de se morceler.

Pour les chrétiens, la fin est proche. En 1291, la ville d’Acre, leur dernier bastion en Palestine tombe aux mains des musulmans d’Égypte qu’ils avaient aidé à vaincre les Mongols.

Après leurs victoires sur les Mongols et les chrétiens, les mamelouks deviennent maîtres de la Syrie en plus de l’Égypte. Plus à l’est, l’Iran reste aux mains des Mongols mais le véritable pouvoir est aux mains de ministres et gouverneurs musulmans.

La pax mongolica

Leur tolérance a permis un brassage de peuples sans précédent, leur armée étant composée de combattants venant de tous les territoires conquis. Les élites locales continuaient à administrer la région et rapportaient aux fonctionnaires mongols itinérants.

De par l’étendue considérable des territoires sous la domination mongole, les routes commerciales utilisées par les marchands étaient devenues sûres, ce qui permit un accroissement considérable des échanges depuis la Chine jusqu’à l’ouest de l’Europe. Tous les pays d’Eurasie en tirèrent profit et s’enrichirent.
Le nombre de postes de péage qui freinaient le commerce s’était fortement réduit. On peut parler d’un début de mondialisation des échanges.
Les lettres de change, les dépôts bancaires et les assurances en se multipliant ont facilité le commerce sur de longues distances. L’armée était garante de la sécurité des routes qui ont été balisées.

Les poids et mesures ont été standardisés dans l’empire. Il faudra attendre la révolution française pour qu’une proposition de normalisation des poids et mesure, introduisant le mètre, soit déposée. Mais ce n’est qu’en 1837 que le changement a été appliqué… 17 ans après les Pays-Bas (qui à l’époque incluaient la Belgique). L’Espagne et ses colonies adoptèrent la système métrique en 1849.

Un système postal très rapide longeait les voies commerciales. Les Mongols restaient d’habiles cavaliers.

Mais tout a une fin. Vers le milieu du XIVe siècle, les territoires dominés par les Mongols se morcelèrent en khanats rivaux suite aux successions, certains khans devinrent musulmans et renoncèrent à la tolérance. Et surtout, la peste bubonique (peste noire) ravagea l’empire se propageant d’autant plus rapidement que les régions étaient interconnectées.

Macro Polo à la cours de Kubilaï Khan

Marco Polo (1254-1324) alors âgé de 17 ans, part effectuer un voyage de 24 ans qui le mènera à la cour de Kubilaï Khan. A son retour en 1295, il prend part à la guerre qui oppose sa ville de Venise à la ville de Gênes. Il est fait prisonnier. C’est dans les geôles de Gênes qu’il dicte à son codétenu le compte rendu de son expédition : le Livre des merveilles. Il est le premier Européen à mentionner le Japon et à décrire le papier monnaie. Bien qu’il n’hésite pas à mentionner dans son récit que certains événements lui ont été racontés et qu’il ne les a pas vécu, comme l’histoire du Vieux de la Montagne, le grand maître de l’Ordre des Assassins, ordre détruit en 1256 par les Mongols, certains doutent de la véracité de toute son histoire pour la simple raison qu’il ne parle pas de la Grande muraille alors qu’il prétend avoir été enquêteur-messager de l’empereur dans toute la Chine et que son apprentissage s’est déroulé à Ghanzhu… au pied de la muraille.

Gengis Khan controversé

En 2021, devait s’ouvrir une exposition consacrée à l’Empire mongol au musée d’Histoire de Nantes. Mais il faudra attendre 2024 pour voir l’exposition « Fils du Ciel et des steppes : Gengis Khan et la naissance de l’Empire mongol ». Pourquoi se retard ? La faute en revient à la Chine qui devait collaborer à l’exposition en fournissant 225 pièces rares du XIIe et XIVe siècle. Les Chinois ont exigé que certains mots disparaissent des documents officiels comme « Gengis Khan » et « Empire mongol« . Ils ont ensuite exigé de contrôler l’ensemble des productions comme les textes, la cartographie, le catalogue et la communication. Leur objectif était de faire disparaître toute référence aux Mongols… de réécrire l’histoire de la Chine.

La Chine ne renie pas la dynastie Yuan qui a régné de 1234 avec Kubilaï Khan à 1368, elle refuse de considérer cette dynastie comme mongole, pour elle, c’est une dynastie chinoise ! En Chine, les Mongols, les Tibétains, les Ouïgours sont des peuples de seconde importance qu’il faut à tout prix convertir en vrais Hans parlant mandarin.

Le califat abbasside

Avant-propos : qui sont les Arabes ?

Les Arabes ne forment pas une ethnie, ils n’ont pas comme ancêtres les bédouins et les commerçants qui arpentaient les déserts du Proche Orient, de la Syrie au Yémen. Est arabe celui qui parle cette langue.
Prenons le cas de l’Égypte du XIIIe siècle pour illustrer cette définition.
A cette époque en Égypte, se côtoient :

  • Des coptes chrétiens descendants des occupants du pays sous la dynastie des Ptolémée. Ils sont égyptiens ou grecs.
  • Des Arabes des déserts du Proche Orient, des Saracènes (Sarrasins) comme les appelaient les Byzantins, venus conquérir et islamiser le pays vers 640.
  • Des Berbères d’Ifriqiya (la Tunisie) accompagnant la dynastie fatimide qui prit le pouvoir en Égypte en 969 et créa un califat chiite.
  • Des Turcs de l’armée de Saladin qui gouverna l’Égypte de 1169 à 1193, renversant le calife fatimide et imposant le sunnisme.
  • Des mamelouks, esclaves-soldats, caucasiens, slaves, turcs kiptchaks vendus par les Mongols, ou nubiens (garde noire du calife). Ils prendront le pouvoir en 1250, arrêterons les Mongols (1261) et chasseront les Francs du littoral libano-palestinien (1291).
  • Sans oublier les esclaves domestiques en provenance de l’Afrique subsaharienne.

Tous les descendants de ces populations sont les Arabes de l’Égypte d’aujourd’hui : ils parlent arabe.

Avec les émigrations de la seconde moitié du XXe siècle, la notion de « qui est Arabe » s’est modifiée. Il est aujourd’hui admis que les personnes issues d’un pays arabophone est Arabe, même s’il a perdu l’usage de la langue de ses parents. Ainsi, le Libanais chrétien, Amin Maalouf, membre de l’Académie française, se considère comme Arabe.

Synthèse

L’histoire du califat abbasside est très complexe, émaillée de faits divers nombreux. On doit distinguer trois périodes radicalement différentes dans la vie de ce califat.
De 749 à 936, le calife gouverne effectivement l’Islam (avec une majuscule : l’empire islamique) et permet le développement d’une brillante civilisation. Néanmoins il perd petit-à-petit le contrôle d’al-Andalous (Espagne) et du Maghreb (voir mon article).

La seconde période, de 936 à 1258, est moins glorieuse : le calife vit sous la tutelle d’un vizir iranien tout d’abord puis d’un sultan turc. Il perd le contrôle de la Syrie et de l’Egypte, passées aux mains d’un autre calife, chiite celui-là et se désintéresse de la présence des Francs (croisés) sur les côtes de Palestine.

1258, c’est la fin. Les Mongols envahissent tout l’est de l’empire. Un descendant du calife se réfugie dans l’Égypte des mamelouks, devenue sunnite, qui l’accueille avec bienveillance pour avaliser leur pouvoir usurpé. Les Ottomans mettront fin au califat en 1517.

749-936 (186 ans)

Tout commence dans le sud de la Syrie avec un descendant l’al-Abbas, un oncle de Mahomet (qui donnera son nom au califat) auquel le chef de file des chiites, descendant d’Ali, cède ses droits au pouvoir. Muhammad ibn Ali, c’est de lui qu’il s’agit, se déplaça alors vers l’est (Irak) moins contrôlé par le pouvoir omeyyade et organisa un mouvement de révolte qui eut peu de succès dans un premier temps. Mais son idée fait du chemin. Un obscur personnage Abu Muslim, rassemble des troupes hétéroclites, à majorité des convertis non arabes (des mawali), au Khorassan, une province de l’est de l’Iran. En 749, il atteint Koufa où il fait allégeance aux princes abbassides descendant de Muhammad ibn Ali.

Les Abbassides ont eu l’excellente idée de se présenter comme descendants « directs » de Mahomet et reconnus par les partisans d’Ali (les chiites ou Alides). Ce qui n’empêchera pas les Alides d’abandonner très vite les nouveaux califes et de leur contester le pouvoir.
Les Omeyyades furent massacrés en 750. Les nouveaux souverains délaissèrent Damas en Syrie pour s’établir dans une toute nouvelle ville, Bagdad, entre le Tigre et l’Euphrate, près de l’ancienne capitale de l’empire perse : Ctésiphon.

Le califat atteint le sommet de sa gloire sous Haroun al Rachid, intronisé en 786. Il entretiendra des relations diplomatiques avec Charlemagne à qui il offrira un éléphant. Cette relation ne doit pas nous surprendre, car une « guerre froide » s’était installée entre l’empire carolingien et l’empire byzantin pour le contrôle de la Méditerranée occidentale et du monde chrétien. Chacun s’appuyant sur les musulmans : les Carolingiens sur le califat abbasside et les Byzantins sur l’émirat de Cordoue, qui était aux mains des Omeyyades.

Le calife Al-Mamun, qui a fait graver son nom dans le Dôme du Rocher, fonda vers 830 la maison de la science dans sa capitale Bagdad. Elle attira des savants de toutes origines, des Perses, des Grecs, des Indiens, des chrétiens, des juifs et des musulmans. Les textes anciens y sont traduits et la connaissance se diffuse à grande échelle grâce à l’utilisation du papier nouvellement importé de Chine. Son utilisation permettait de multiplier et de conserver plus facilement les manuscrits qu’avec le papyrus ou le parchemin. Cette connaissance retrouvée atteindra l’Occident par l’Espagne (al-Andalous) et la Sicile.

[Citons la présence à Bagdad d’un grand mathématicien, al-Kwarizmi, dont le nom prononcé en Occident « Alchorismi », a donné le mot « algorithme ». C’est également à ce mathématicien que nous devons le mot « algèbre » qui est le titre d’un de ses livres.]

936-1258 (321 ans)

Le califat vit au dessus de ses moyens. Le calife rémunère son armée, composée de mercenaires, en leur octroyant des terres qu’ils gouvernent et où ils peuvent prélever l’impôt. L’empire se morcelle. Les premiers a en profiter sont des Iraniens, les Bouyides, chiites, qui deviennent en quelque sorte les tuteurs, les protecteurs du calife. Trois familles rivales se partagent les territoires de l’ancienne Perse.

Venant des steppes d’Asie centrale, à travers la Transoxiane, des bandes de Turcs nomades vont envahir petit à petit l’Iran. En quelques années, toutes les principautés iraniennes passent sous le contrôle d’une famille turque : les Seldjoukides. Chamanistes au départ comme le prouve le nom de leur chef : Prince Faucon et Prince Épervier, ils vont se convertir à l’islam sunnite et s’entourer d’Iraniens dont ils vont adopter les mœurs et la langue. En 1055, le calife les accueille à Bagdad d’où ils chassent les Bouyides.

Le calife donne à leur chef les titres de sultan, roi d’Orient et d’Occident, c’est-à-dire chef politique de tout le monde musulman. Poursuivant leur conquête, ils se retrouveront en pays byzantin. L’Arménie passe sous leur contrôle en 1064, après la prise de sa capitale (voir l’article). Ils s’attaquent alors à l’empire byzantin et capturent même l’empereur Romain IV Diogène lors de la bataille de Van en 1071. La rançon à payer sera très élevée, l’empereur devra même concéder la ville de Nicée, aux portes de Constantinople.

Mais chez les Turcs, la succession se fait dans la douleur : le pouvoir est un bien familial et lors de la mort d’un chef, des luttes internes opposent les différents clans pour hériter de ce pouvoir ce dont vont profiter les croisés lorsqu’ils entreront en contact avec les Seldjoukides. Ces successions et ces guerres internes vont avoir une autre conséquence, le morcellement à outrance des possessions turques : chaque ville sera gouvernée par un clan.

[Avant de devenir sultan, Saladin, qui n’est pas turc seldjoukide mais kurde, était simple officier dans l’armée du gouverneur seldjoukide de Mossoul.]

Ainsi, lorsque les Francs assiègent la ville d’Antioche aux mains des Turcs seldjoukides aucune armée ne viendra au secours des assiégés. [Antioche est actuellement la ville d’Antakya en Turquie, à la frontière avec la Syrie.] Ce n’est que lorsque la ville fut prise, après un siège de sept mois, qu’une armée venant de la ville voisine d’Alep, tenue par un clan rival, viendra assiéger les croisés qui s’étaient curieusement enfermés dans la ville.

[Les Francs, ou plutôt les Normands, c’est l’armée de Bohémond de Tarente qui prend Antioche, vont briser l’encerclement, galvanisés par la découverte miraculeuse, dans le sous-sol d’une église d’Antioche, de la Sainte-Lance, celle qui a percé le flanc de Jésus sur la croix. C’est un « vrai miracle », car lors du rassemblement des troupes devant Constantinople, les chefs croisés avaient été invités à vénérer cette même lance, propriété de l’empereur byzantin !]

A l’est, le shah du Khwarezm, occupe presque tout l’Iran actuel dès 1157, chassant les Grands Seldjoukides. Le calife lui accorde également le titre de sultan. Le Khwarezm est un territoire situé entre les mers Caspienne et Aral. Cette contrée a été islamisé au IXe siècle (voir l’article). C’est un pays riche grâce au contrôle du commerce est-ouest. Si j’en parle, c’est que cette dynastie sera la cause directe de l’arrivée des Mongols… comme on le verra dans un prochain article.

1258-1517 (258 ans)

En 1215, Gengis Khan fédère toutes les tribus mongoles qui nomadisaient dans les steppes de Mongolie. Il va partir à la conquête du plus grand empire jamais créé, s’étendant de la Chine à la Hongrie.

En 1256, le mongol Hülegü, khan d’Iran, prend la forteresse d’Alamut, le repère de l’ordre des Assassins, se débarrassant ainsi des Ismaéliens que les Seldjoukides n’avaient jamais pu vaincre. Continuant sa conquête vers l’ouest, il prend Bagdad en 1258, tue le calife, al-Musta’sim, mettant fin au califat des Abbassides. Il est probable que sa tête alla grossir les pyramides de crânes qui s’entassaient devant les villes prises par les Mongols. Cette sauvagerie avait pour but d’apeurer leurs adversaires et de les pousser à se rendre plutôt que de combattre.

Fuyant les Mongols, un parent du dernier calife, al-Hakim, va rejoindre l’Égypte où il assurera à la dynastie une survie artificielle : le calife fera de la figuration, se contentant d’apparaître lors de l’accession au trône du nouveau sultan. Il devient par la même occasion le protecteur des lieux saints de l’islam : les villes de La Mecque et de Médine étant contrôlées par l’Égypte. Il apporte aux mamelouks, les nouveaux maître de l’Égypte, une aura face aux États musulmans rivaux en tant que soutien du calife.

Seize califes vont se succéder au Caire jusqu’en 1517 lorsque les Turcs ottomans vont détrôner les mamelouks. Ils vont abolir le califat… qu’ils revendiqueront en 1876 pour tenter de rétablir leur aura.

La théorie d’ibn Khaldun

ibn Khaldun est un historien et un géographe ayant vécu au Maghreb et en Égypte au XIVe siècle (1332-1406). Il a connu la peste, les changements de dynastie et a même rencontré Tamerlan.

Dans ses écrits, ibn Khaldoun divise la société des hommes en nomades, qu’il appelle bédouins et en sédentaires, les empires. Les nomades possèdent l’espace, mais leur activité se limitent à subvenir à leurs besoins. Mais ils rêvent de se procurer d’autres richesses et finissent par se sédentariser.
Les sédentaires eux développent l’urbanisation et des techniques de plus en plus complexes. Le sédentaire, contrairement au nomade, exerce un métier.

ibn Khaldoun pense que la vie bédouine est à l’origine des diverses civilisations dans la mesure où les Bédouins se contentent de satisfaire leurs besoins tandis que les sédentaires sont attirés par le confort et le luxe. Les Bédouins sont jugés par Ibn Khaldoun comme les peuples les plus courageux. Leur puissance est issue de leur esprit de clan. Le clan unit le groupe autour d’une ascendance commune, il permet une assistance mutuelle et crée la solidarité du groupe. Or, celle-ci est fondamentale pour se défendre dans une période de luttes tribales.

Pourtant, une lignée prestigieuse mue par un fort esprit de clan peut s’éteindre au bout de quelques générations. Plusieurs clans peuvent se regrouper pour constituer un ensemble dirigé par le clan le plus puissant, celui qui sera le plus enraciné dans la vie bédouine, le plus sauvage. Mais, au bout de quelques générations, un autre clan peut toujours faire valoir un esprit de clan plus puissant et, donc, diriger le groupe. On assiste ainsi à des luttes incessantes pour accaparer le pouvoir. Les empires musulmans, les Turcs seldjoukides et les Mongols lui servent d’exemple.

L’esprit de clan offre une puissance et une supériorité qui entre en contradiction avec l’objectif des nomades, qui aspirent de plus en plus au confort et au luxe. Il leur faut pour cela se sédentariser, ce qui sera à l’origine de la perte de l’esprit de clan : « Quand un peuple se sédentarise dans les plaines fertiles et amasse les richesses, il s’habitue à l’abondance et au luxe, et son courage décroît de même que sa « sauvagerie » et ses usages bédouins« .

Il explique ainsi les changements incessants de l’autorité dans les califats. Lorsqu’un « empire » sédentarisé est attaqué par un voisin nomade, il n’a plus les ressources militaires nécessaires pour faire face. Il fait donc appel à la « sauvagerie » d’autres nomades qui vivent aux marges de l’empire et ceux-ci finissent par s’implanter dans l’empire… La boucle est fermée, et le cycle reprend.

Une mosquée chrétienne ?

A l’est de Jérusalem, se trouve une étrange mosquée flanquée d’un minaret. On y voit souvent des chrétiens prier et on peut même apercevoir, à certaine occasion, un cortège de prêtres, chantant des psaumes, entrer dans le bâtiment.

C’est la Mosquée de l’Ascension. Quarante jour après Pâques, le jour de l’Ascension, elle est réservée au culte catholique. Une messe y est célébrée.

A l’intérieur, accessible tous les jours pour les chrétiens et les musulmans, se trouve une pierre où, avec beaucoup d’imagination, on décèle une trace de pas. Ce serait de là que Jésus se serait élevé aux cieux. Cet événement est reconnu par l’islam et le christianisme.

Dieu dit : « Ô Jésus, en vérité, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi… » (Co. 3, 55)

Puis, il (Jésus) les (les apôtres) emmena jusque vers Béthanie et levant les mains, il les bénit. Or comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. (Luc 24, 50-51)

Seul l’Évangile de Luc raconte cette montée au ciel. Elle ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de l’Évangile de Marc, qui s’arrête à la visite au tombeau vide, mais bien dans sa version longue.

Trace de l’ascension de Jésus dans la mosquée de l’Ascension

Une première basilique aurait été construite sous le règne de l’empereur romain Constantin, ou un peu plus tard. Ce premier édifice a été détruit lorsque les Perses sassanides prirent Jérusalem en 614. Elle a été reconstruite dans la forme actuelle, en style roman, lors de l’occupation de Jérusalem par les croisés, au XIIe siècle. Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, l’édifice a été coiffé d’un dôme. L’église est devenue une mosquée.

Remarquons que Mahomet est également monté au ciel, pas à sa mort, mais lors d’une visite. La marque de son pied est visible dans le Dôme du Rocher, auquel j’ai consacré un article.