C’est la question que l’on peut se poser en voyant les fidèles d’une mosquée. En fait, elles sont cachées, soit derrière un paravent (moucharabieh) soit à l’étage. De toutes façons, hors de la vue des hommes. Quelles sont les raisons de cet ostracisme ? Tout d’abord, les musulmanes ne sont pas obligées d’assister au prêche du vendredi, ensuite, elles ne peuvent pas distraire les hommes… elles pourraient provoquer leur « chute » en éveillant leur désir, comme l’a écrit Tertullien aux sujet des femmes chrétiennes. Cela me rappelle une scène du film d’animation autobiographique (Persépolis : 2007) de la dessinatrice iranienne, Marjane Satrapi. A l’université de Téhéran, son professeur lui reproche sa tenue non conforme (son foulard est mal noué). Elle lui demande alors d’obliger ses condisciples masculins à cacher leurs bras et leur cheveux, car leur vue l’excite sexuellement ! Mais cet aspect des choses, la sexualité féminine, a échappé aux mâles dominants.
Est-ce que cela peut changer ? Apparemment. En France, deux projets de mosquées mixtes pourraient voir le jour : les mosquées Fatima et Simorgh (oiseau mythologique perse). Elles seront ouvertes à tous, croyants et non-croyants. Le foulard ne sera pas obligatoire. Les femmes prieront dans la même salle que les hommes… mais les uns à droite et les autres à gauche, comme dans les églises chrétiennes d’il y a quelques années. Et dans la mosquée Fatima la prière sera dirigée, en français, par une femme imam : Kahina Bahloul.
Qu’en est-il du judaïsme ? Pour les juifs, le père a l’obligation d’enseigner la Torah à ses fils… mais pas aux filles car comme le dit le Talmud : « Il ne lui transmettrait que des futilités. » De nos jours, les femmes ont accès aux études des textes sacrés, même chez les juifs orthodoxes.
Si dans la plupart des synagogues, les femmes sont séparées des hommes, il n’est pas rare que des femmes rabbins dirigent l’office du samedi et que des femmes soient appelées à venir lire la Torah.
Et dans le christianisme ? Dans le protestantisme, les femmes peuvent officiellement être pasteures depuis 1965, en France. C’est même une femme qui y préside le Conseil national de l’Église protestante réunie : Emmanuelle Seyboldt.
On est loin de ces ouvertures dans le catholicisme. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Que les femmes se taisent dans les assemblées (Co. 4, 34-35). » Jean-Paul II a clos le débat en 1994 dans la déclaration « Ordinatio Sacerdotalis » : « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale des femmes et cette position est définitive. » Cette interdiction a été confirmée par Benoît XVI et François Ier qui a déclaré : « Le dernier mot, clair, a été dit par saint Jean-Paul et cela demeure ainsi. » Le prêtre est l’image du Christ ! De plus, les femmes en raison de leurs menstruations ne peuvent pas s’approcher de l’autel.
Jusqu’en 1054, les femmes pouvaient être diacres (diaconesses). Même Paul cite Phoebé, « notre sœur, ministre de l’Église ». Un diacre, célibataire ou marié, est l’assistant d’un prêtre ou d’un évêque. Il peut célébrer des baptêmes et des mariages dans des circonstances exceptionnelles. Par contre, il ne peut pas recevoir la confession, ni consacrer le pain et le vin. De nos jours, malgré l’appel à l’ouverture, les diaconesses ne sont pas reconnues car le diaconat prépare à la prêtrise qui est inaccessible aux femmes.
Sources : Le Monde des religions n° 95 – mai 2019. Articles de Bénédicte Lutaud, Virginie Larousse et Macha Fogel.
Depuis 2015, le gouvernement yéménite a déclaré la guerre aux rebelles houthis qui occupent l’ouest du pays et sa capitale Sanaa. Sur le terrain, ce sont les Saoudiens et leurs alliés qui mènent les opérations. Cette intervention est l’initiative personnelle du prince Mohammed ben Salmane, le ministre de la Défense, l’homme fort de l’Arabie. Les Saoudiens fournissent les armes, les Émirats arabes unis recrutent des mercenaires par l’intermédiaire de sociétés de sécurité. Ceux-ci viennent du Tchad, du Niger, de Libye et même de Colombie.
Qui sont les Houthis ? C’est une population minoritaire chiite, ce qui explique l’implication des Saoudiens qui dès qu’ils voient des chiites pensent à une menace de l’Iran. Bien que l’Iran soutiennent les rebelles politiquement, militairement et financièrement. Dès 2004, ils se sont rebellés contre le gouvernement sunnite, se sentant marginalisés et réclamant l’autonomie. Les Houthis sont tout autant radicalisés que les wahhabites saoudiens et leur étendard ne les rend pas sympathiques en Occident : « Allah est le plus grand, mort à l’Amérique, maudits soient les juifs, victoire à l’islam ».
La dénomination Houthis vient du nom du chef, Hussein Badreddine al-Houthi, tué en septembre 2004.
Le problème de cette guerre locale est l’escalade dans les crimes de guerre. l’ONU a envoyé un groupe d’experts pour enquêter, malgré l’opposition de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Ce n’est cependant pas une commission d’enquête, l’Arabie ayant menacé d’embargo économique tous les pays qui soutiendraient cette commission.
Les Houthis sont accusés d’utiliser des enfants soldats et de persécuter les minorités des territoires occupés. La coalition dirigée par l’Arabie bombarde les villes donc les civils et impose un blocus maritime, terrestre et aérien. Bien entendu, les lobbies des armes profitent massivement de cette guerre. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France vendent (et testent) leurs derniers modèles d’armes sur le terrain. Les Etats-Unis ont signé un contrat de 130 milliards de dollar ! Depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’embrassade saoudienne d’Istanbul, l’Allemagne a annoncé le gel des livraisons d’armes… mais a déjà été prise en flagrant délit de violation du moratoire. L’Arabie saoudite met la pression en exerçant du chantage au contrat. L’Espagne a failli en faire les frais : elle a annoncé interrompre la livraison de bombes, en retour l’Arabie a déclaré renoncer à l’achat des 5 corvettes prévues… La France par l’intermédiaire de sa ministre des armées s’est dédouanée naïvement en déclarant que les armes françaises ne sont pas en position offensive et qu’elle n’a pas de preuves que celles-ci ont fait des victimes civiles. Il faut savoir que la France livre des avions (défensifs ?) et des canons Caesar d’une portée de 40 km.
Conséquences
Le blocus imposé par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis a provoqué une épidémie de choléra qui touche près d’un million de personnes d’après le rapport de l’ONU qui précise également que sept millions de personnes, un quart de la population, est au bord de la famine et 22 millions ont besoin d’aide humanitaire. Fin 2017, plus de 2000 personnes étaient mortes du choléra et l’épidémie n’est pas prête de prendre fin, faute de médicaments. Le blocus est considéré par Médecins du monde non comme une nécessité, mais comme une punition collective à laquelle les pays occidentaux sont partie prenante. « Le Yémen subit la pire crise humanitaire du monde » alerte Alexandre Giraud, directeur général de l’association humanitaire Solidarités Internationales. « Un enfant meurt toutes les dix minutes d’une maladie qui aurait pu être évitée et près de 30 000 enfants meurent chaque année à cause de la malnutrition » ajouteGeert Cappelaere, représentant de L’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique.
Entre-temps, al-Qaïda continue à former des guerriers dans l’est du Yémen, sous le regard bienveillant de l’Arabie.
Un voile de mystère entoure cet édifice parmi les plus photographiés au monde. Qui l’a construit et quand ? Cette question peut paraître saugrenue dès lors que j’ai affirmé dans un article précédent qu’il était l’oeuvre du calife Abd al-Malik (685-705). Et pourtant un doute subsiste. Quel est ce rocher que protège la coupole ? Pourquoi a-t-il été construit ? Quel était son aspect originel ?
Le Dôme du Rocher avec à l’arrière plan la coupole de la mosquée al-Aqsa.
Comme chacun le sait le Dôme du Rocher est situé à Jérusalem, sur l’Esplanade des Mosquées pour les musulmans, sur le Mont du Temple pour les juifs. Bien qu’étant à Jérusalem, l’esplanade est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. Ainsi, sans précaution archéologique, en 1999, le WAQF a déplacé 400 camions de déblais pour rénover la mosquée Marwan qui se trouve sous la mosquée al-Aqsa et les a versé dans la vallée du Cédron. Cinq ans plus tard, des archéologues ont entrepris des fouilles de sauvetage en analysant ces déblais. Des milliers d’objets retraçant l’histoire mouvementée du site ont ainsi pu être récupérés. Depuis 1998, les visites du Dôme ont été « suspendues ».
Mosquée Marwan aussi appelée (à tort) les écuries du roi Salomon
Qui a construit le Dôme du Rocher ?
Les inscriptions sur les arcades ne laissent aucun doute, la date de l’inauguration est indiquée : 72. Cette année de l’ère musulmane correspond à 691/692 de notre ère, soit durant le règne d’Abd al-Malik. Alors pourquoi douter ? L’inscription porte également le nom du calife bâtisseur : al-Mamun (786-833). Que vient faire ce calife en 72 ? Si on considère comme date de départ du calendrier non pas la date de l’Hégire, mais la prise de pouvoir de la dynastie des Abbassides dont fait partie al-Mamun, on obtient 72 + 750 = 822… juste sous le règne de ce calife ! Mystère ? Non, usurpation, car sur l’inscription de la porte est (dont je parle plus bas), le même calife, al-Mamun, a fait graver la date de 216, soit 831/832 de notre ère.
Aucun pèlerin chrétien ayant visité Jérusalem ne mentionne le Dôme du Rocher donc ne permet de dater effectivement l’édifice. Néanmoins, on attribue sa construction à Abd al-Malik. Son fils Walid a fait construire la Mosquée al-Aqsa sur la même esplanade. Elle se situe sur le côté sud. Si le Dôme n’avait pas existé, il aurait centré la mosquée. De plus, depuis l’occupation de Jérusalem (Aélia à l’époque) par les Arabes en 638, l’édification d’un « temple » était projetée. Théodore, un contemporain de l’événement s’offusque que l’archidiacre Jean, marbrier de son état, se soit enrôlé pour la construction. En 670, un évêque franc, Arculfe, y voit lors d’un pèlerinage un édifice fait de planches et de poutres. A-t-il vu les échafaudages précédant la construction ?
Quelle est l’origine du Rocher ?
La signification de ce rocher a évolué au fil du temps. Au départ, il semble avoir été le rocher sur lequel Dieu s’est reposé avant de remonter au ciel. Ensuite, il fut la pierre sur laquelle Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils Ibrahim, pour les musulmans, … ou Isaac, pour les juifs.
Le rocher à l’intérieur du Dôme
Les juifs ont emboîté le pas aux musulmans en changeant leurs traditions :
Ainsi, le rocher est devenu le « rocher de la fondation » qui se trouvait sous le saint des saints dans le temple… alors que ni les textes anciens, ni la Bible n’en parlent.
Et le mont sur lequel l’esplanade a été construite a été rebaptisé « Mont Moriah » car dans la Bible, c’est sur ce mont qu’Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice… alors qu’à l’origine, ce mont s’appelait le Mont Sion, mentionné plusieurs fois dans la Bible. Ainsi dans le psaume 74 : « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence ! » . Le mont Sion a été « déplacé » vers une autre colline de Jérusalem !
Au IX° siècle, le rocher prend une tout autre signification : c’est l’endroit où Mahomet pris appui pour monter au ciel lors de sa visite nocturne à Jérusalem. La Sira nous conte cet événement : alors qu’il habitait La Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui l’emmena la nuit vers Jérusalem sur le dos d’un animal fabuleux, Buraq, cheval à tête de femme, sorti tout droit de la mythologie perse. Cette légende a pour origine le verset 1 de la sourate 17 : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer nos merveilles. » Ce verset ne parle ni de Mahomet, ni de Buraq, ni de l’ange Gabriel pas plus que de La Mecque ou de Jérusalem. On remarquera que la mosquée construite à Jérusalem s’appelle « Mosquée al-Aqsa » qui en arabe signifie « Mosquée éloignée »… le tour est joué !
Mais d’où vient cet amas rocheux ? Pour élucider le mystère, il nous faut remonter dans le temps.
Vers 515 avant notre ère, les Judéens, revenus d’exil de Babylone avec le consentement des Perses qui ont vaincu les Babyloniens (Chaldéens), construisent un temple à Jérusalem. En 63 avant notre ère, le général romain Pompée est à Jérusalem. Il est venu aider le protégé de Rome à conquérir le trône de Judée. Il pense que les juifs vénèrent une tête d’âne. Pour en avoir le cœur net, il profane le temple et dans le saint du saint, ne trouve rien. Il est vide. S’il avait vu un amas rocheux, il aurait pensé que les juifs vénéraient une pierre, comme les bédouins arabes qui se déplaçaient avec une pierre symbolisant la présence de leur dieu. Mais rien !
En l’an 19 avant notre ère, un autre protégé de Rome, le roi Hérode le Grand, entreprend de bâtir le plus grand temple de l’empire romain. Plus par vanité que par ferveur religieuse. Le temple reposera sur une plateforme de 480 mètres sur 280 construite sur le mont Sion (le mont du Temple). Les travaux dureront 82 ans. Soit dit en passant, si Jésus a été au temple à Jérusalem, il n’a pu le voir qu’en construction, celle-ci s’est achevée en 63 de notre ère… mais le service religieux n’avait jamais été interrompu. Dans le temple d’Hérode, toujours pas d’amas rocheux, mais une esplanade parfaitement plane.
Ce temple n’a pas fait la gloire de la Judée très longtemps. Suite à une révolte des Judéens, il est détruit par le futur empereur romain Titus en 70. En 133-135, l’Histoire se répète, nouvelle révolte, nouvelles destructions. Mais cette fois, l’empereur Hadrien rase la ville et construit une ville romaine qu’il appellera Aelia Capitolina. Aelius est son nom de famille et il place la ville sous la protection de Jupiter Capitolin en lui consacrant un temple qu’il fait bâtit sur l’esplanade probablement avec les matériaux du temple juif. Le temple est consacré à Jupiter, Junon et Minerve. On ne voit pas pourquoi les Romains auraient laissé un amas rocheux dans leur temple.
Emplacement du temple de Jupiter projeté sur l’esplanade actuelle.
Au IV° siècle de notre ère, des fanatiques chrétiens détruisent le temple. Lors de l’arrivée des Arabes à Jérusalem, l’esplanade est considérée comme un dépotoir, c’est ce que nous disent Théodore, un contemporain, ainsi que les chroniqueurs musulmans : Tabari (IX°s) (« Dieu a envoyé un prophète sur la décharge publique… ») et al-Bahri (XI°s) (« A cette époque, c’était une décharge publique »).
Que peut-on déduire de l’origine de ce « rocher » ? Il est très probable que ce soit les ruines du temple romain, lui-même construit avec les restes du temple juif.
Pourquoi l’édifice a-t-il été construit ?
On n’a pas de document d’époque décrivant l’usage de cet édifice. On sait que ce n’est par une mosquée : une grotte a été creusée sous le bâtiment pour servir de lieu de prière. Mais cette grotte n’est pas d’origine. Au X° siècle, un auteur musulman, al-Yaqubi prétend que le Dôme du Rocher devait remplacer la Kaaba à La Mecque comme lieu de pèlerinage, car à cette époque, La Mecque était aux mains de l’anti-calife al-Zubayr.
C’était très probablement un lieu de pèlerinage, mais pas comme celui de La Mecque, avec un cérémonial bien défini, mais un lieu de pèlerinage comme le Saint Sépulcre que les chrétiens visitent en se recueillant. Il faut se replacer dans le temps. L’islam n’est pas encore la religion formatée et rigide qu’elle deviendra à partir de la seconde moitié du IX° siècle : les hadiths (les paroles du Prophète) n’existent pas, pas plus que la charia et les cinq piliers de l’islam. C’est une religion en devenir, qui se cherche. C’est la religion d’Abraham, qui a donné naissance au judaïsme et au christianisme, mais quelle forme lui donner… elle n’a pas de clergé. A ce moment de l’histoire, cette nouvelle religion aurait pu prendre le même chemin que le mormonisme qui est devenu l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, née en 1830. C’est une religion, basée sur la Bible, révélée par le livre d’un prophète : Mormon (personnage mythique ayant vécu de 311 à 385… aux Etats-Unis).
Le pèlerinage à La Mecque qui attire des centaines de milliers de musulmans est un phénomène très récent qui date de la prise de pouvoir de la famille Séoud conseillée par les religieux wahhabites vers 1930. A cette époque on ne dénombrait que 50.000 pèlerins par an. C’est le voyage par avion qui a drainé les foules.
La Mecque est probablement un lieu de pèlerinage très ancien, fréquenté par les bédouins qui venaient implorer leurs dieux leur réclamant de l’eau. A La Mecque ? Cette cuvette aride ! A certaines périodes, des pluies torrentielles dans les montagnes environnantes inondent la cuvette. En 1630, la Kaaba fut emportée par les flots. Encore aujourd’hui, les pèlerins doivent dévaler en courant la colline d’Arafa vers la plaine de Mina pour simuler le flux des eaux. La dernière inondation date de 2014. En 2018, une tempête perturba le pèlerinage, le voile couvrant l’édifice s’envola. Vu les travaux d’infrastructure, les inondations sont de plus en plus fréquentes malgré les aménagements et le drainage.
Inondations de 1941
La Kaaba est donc un édifice pré-islamique qui servait probablement à entreposer les bétyles symboliques des bédouins. La Sira ne rapporte-t-elle pas que Mahomet y détruisit 360 idoles ?
En conséquence, le Dôme du Rocher n’est pas un édifice à la gloire de l’islam, mais est destiné aux chrétiens « orthodoxes » pour leur montrer leurs erreurs. Le dogme du christianisme actuel dit nicéen ou chalcédonien a été défini aux conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (451) : il n’y a qu’un seul dieu, mais il y a trois personnes en Dieu de même « substance » et qui n’ont pas été créés : le Père, le Fils et le Saint-esprit. Une de ces personnes, Jésus (le fils) a deux natures, l’une divine et l’autre humaine, chaque nature a sa propre volonté. Les Arabes de Syrie s’opposaient à ces arguties byzantines. Les inscriptions originelles du Dôme le prouvent. Voici la traduction de toutes ces inscriptions. Notez que rien n’est typiquement musulman dans ces textes, sauf la mention du prophète Mahomet, mis sur le même pied que Jésus.
Sur la face interne des arcades (face au rocher) sur 240 mètres : Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui appartient la souveraineté et à lui la louange. Il donne la vie et donne la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez des bénédictions sur lui et saluez-le dignement. Que dieu le bénisse et que la paix soit sur lui. O gens du livre, n’exagère pas ta religion, ne dit rien sur Dieu sauf la vérité. Le Messie Jésus (ou Jésus-Christ), fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu, c’était sa parole qu’il a transmise par Marie et son esprit. Alors, croyez en Dieu et en ses messagers, et ne dites pas TROIS. Cessez, c’est mieux pour vous. Loin de sa transcendance d’avoir un fils, il a tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu se suffit. Jésus se contente d’être un serviteur de Dieu, comme les anges. Oh mon Dieu, bénis ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie. La paix soit sur lui, le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour où il ressuscitera. Tel était Jésus, fils de Marie, la vérité dont ils doutent. Il ne convient pas de donner à Dieu un fils. Gloire à lui. Dieu est mon seigneur et ton seigneur, alors sers-le. Remarques : pour les musulmans, contrairement au texte, Jésus n’est pas mort, il est monté directement au ciel d’où il reviendra pour le jugement dernier. L’inscription parle du Messie Jésus, alors que pour les musulmans, il n’en est pas un. Est-ce une mauvaise traduction de Jésus-Christ ? Le texte comporte des signes diacritiques ce qui prouve que la langue arabe était finalisée à la fin du VII° siècle.
Sur la face externe des arcades : (1) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Il est Dieu, UN, l’éternel, il n’a pas été engendré, il n’a pas engendré. Il est incomparable. Mahomet est le message de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur lui. (2) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez sa bénédiction et saluez-le dignement. (3) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Louange à Dieu qui n’a pas de fils, ni de partenaire, ni de protecteur. Louez-le avec magnificence. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse ainsi que les anges et les prophètes. Que la paix soit sur lui, que Dieu ait pitié de nous. (4) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui la souveraineté et les louanges. Il donne la vie et la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Qu’il intercède lors du jugement dernier pour son peuple. (5) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé.Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Le dôme a été construit par le serviteur de Dieu (= Abdullah) al-Mamun, commandeur des croyants, en l’an 72. Que Dieu l’accepte de lui et en soit content. Amen, Seigneur des mondes, Dieu soit loué. Remarques : c’est volontairement que le même texte se répète plusieurs fois, car si les inscriptions intérieures se voient en un coup d’œil, celles des arcades extérieures ne sont visibles qu’au fur et à mesure que l’on se déplace dans le déambulatoire. Comme il y a plusieurs portes d’entrée, on ne sait pas où commence le texte. L’arabe s’écrit de droite à gauche, sauf les nombres. 72 n’est pas écrit 27.
Inscriptions de l’entrée est
Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée est : Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant. Louange au vrai Dieu, le vivant, l’éternel, maître des cieux et de la terre, lumière des cieux et de la terre, pilier des cieux et de la terre, l’UN, l’éternel. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Personne ne peut se comparer à sa gloire. Dieu donne la vie à qui il veux, il la retire s’il veut. Gloire à Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Bénis Mahomet ton serviteur, ton prophète, accepte qu’il intercède en faveur de ton peuple, qu’il soit béni et que la paix soit sur lui. Que Dieu préserve la vie d’Abdullah al-Mamun, commandeur des croyants, frère du commandeur des croyants Abu Ishaq, fils du commandeur des croyants al-Rashid. Que Dieu lui donne longue vie. Ce travail a été effectué par Salih ben Yahua, affranchi du commandeur des croyants dans le mois de rabi al-Akhir de l’année 216. Remarques : la facture de l’inscription est plus grossière. La plaque a été posée à la demande d’al-Mamun mais Dieu n’a pas exaucé sa demande de longévité, il s’éteint en 218 de l’ère musulmane.
Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée nord : La plaque du portail nord porte des inscriptions identiques, mais elles ne sont pas signée.
Quel était son aspect originel ?
Il est fort probable que l’intérieur ait été conservé tel quel malgré quelques restaurations. Par contre, l’extérieur a été embelli à l’époque ottomane. Ainsi, des émaux et des inscriptions ont été ajoutées, elles sont l’oeuvre d’artisans émailleurs du quartier arménien de Jérusalem (sud-ouest) au XVI° siècle. Le toit, en feuille d’or, ne semble pas originel. Sur les peintures du XIX° et du XX° siècle, il est tantôt doré, tantôt gris. Quoiqu’il en soit, il a été restauré en 1994.
A la mort de Muawiya, après 20 ans de règne (en 680), un arrangement dynastique permit à son fils Yazid de devenir calife. Consternation parmi les factions rivales qui attendaient une élection par consensus comme le voulait la coutume dans les tribus. C’est le début de la deuxième guerre civile qui durera 12 ans et occupera 4 califes.
Dans le sud de la Mésopotamie (de l’Irak actuel), le fils d’Ali, Husayn, tenta de rassembler les partisans de son père parmi les tribus lakhmides rivales des Ghassanides de Syrie car soutien des Perses contre les Byzantins. Il n’en eut pas le temps, sa petite armée fut décimée à Karbala en 680, où il fut tué. Sa mort est toujours commémorée de nos jours par les chiites.
L’opposition du fils d’un compagnon de Mahomet a été plus sérieuse. Abd Allah ibn al-Zubayr, présenté comme petit-fils d’Abu Bakr, le neveu de Aïcha, se proclama « commandeur des croyants ». Parti d’Irak, il avait conquis la majorité du califat quand Abd al-Makik succéda à son père Marwan en 685. ibn al-Zubayr avait rassemblé tous les disciples de Mahomet. Il fit frapper des pièces de monnaie dans lesquelles l’influence perse est manifeste.
Dès son accession au pouvoir, Abd al-Malik chargea son fidèle général al-Hajjaj ben Youssef de mater le dissident. l’Egypte, puis l’Irak furent reprises. ibn al-Zubayr se réfugia dans la péninsule arabique. Le dernier acte se déroula à La Mecque où le rebelle aurait péri, d’après la tradition. Des récits contradictoires circulent sur les faits.
Les récits de la conquête ont été écrits au IX° siècle, sous la dynastie des Abbassides qui prit le pouvoir en 750, anéantissant les derniers représentants omeyyades. Ceux-ci ont alors été présentés comme des usurpateurs, des tyrans impies.
ibn al-Zubayr aurait détruit la Kaaba pour y décrocher la pierre noire et la mettre en lieu sûr. Si les sédentaires bâtissent des temples pour y vénérer leur(s) dieu(x), les nomades les emportent avec eux. ibn al-Zubayr a-t-il perpétué la tradition ?
Les troupes d’abd al-Malik auraient assiégé la Mecque durant 8 semaines et détruit la Kaaba en lançant des projectiles sur les assiégés. Cette version est peu crédible quand on connaît la situation de La Mecque, une cuvette entourée de collines rocheuses, sans eau (sauf une source à faible débit), où rien ne pousse. Les attaquants ont une position idéale, ils dominent la ville. Les nombreux chantiers de La Mecque pour construire des hôtels de luxe et aménager les lieux de pèlerinage n’ont jamais mis à jour la moindre trace d’un rempart de protection de la ville.
Vers un Etat arabe
Jusqu’à l’accession au pouvoir d’abd al-Malik, les administrations grecque et perse étaient restées en place. Le nouveau calife va rénover l’administration : les fonctionnaires seront arabes, et les documents seront rédigés en arabe. On peut donc en conclure qu’à cette époque, la langue arabe écrite était standardisée et ne prêtait plus à interprétation. Les anciens fonctionnaires et même l’entourage non arabe du calife furent congédiés. Ainsi, Jean de Damas (Jean Damascène ou Mansour ibn Sarjoun) dont le père, collecteur d’impôt pour l’empereur byzantin, était resté au service des califes, se retira dans le monastère de Saint-Sabas près de Jérusalem où il rédigea un livre sur les hérésies. Malgré son éviction de l’entourage du calife, il garda de lui une image d’un homme juste et tolérant.
Dans son ouvrage, daté de 743, il parle de l’islam et du Coran qu’il semble bien connaître ainsi que de la Kaaba comme lieu de pèlerinage.
… et musulman
Si mon opinion est confirmée, les Omeyyades sont originaires de Syrie où les tribus étaient chrétiennes. Alors pourquoi ont-ils opté pour l’islam ? La réponse est différente pour les dirigeants et pour citoyens.
Il faut se replonger dans l’époque. L’islam primitif n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu au fil des siècles. Les hadiths, ces paroles de Mahomet, réelles ou inventées, n’ont pas encore été collectées, elles ne le seront qu’au VIIIe siècle. L’islam n’est pas encore une religion formaliste, le dogme n’est pas encore entièrement défini, mais les grandes lignes sont tracées : Mahomet a reçu le Coran, Jésus est un prophète qui n’a pas été crucifié, il faut embrasser la pierre noire de la Kaaba, le vin est proscrit… nous raconte Jean de Damas.
En abandonnant la religion chrétienne, les Omeyyades deviennent entièrement indépendants. En tant que chrétiens, ils étaient soumis à l’empereur byzantin, lui même aux ordres du pape de Rome (le schisme entre catholiques et orthodoxes n’était pas encore consommé). Ils devaient répondre de leurs actes auprès des patriarches et des évêques qui pouvaient les excommunier, les exclure de la communauté. Même s’ils n’adhéraient pas au dogme édicté à Chalcédoine en 451 (Il y a trois personnes en Dieu et Jésus est homme et dieu, il a deux natures et deux volontés), ils n’en étaient pas moins soumis à leurs évêques. En devenant musulmans, ils devenaient califes, représentants de Dieu sur terre, successeurs du prophète Mahomet, et commandeurs des croyants. Ils étaient tout puissants. La fonction de calife ira en se dépréciant au fil du temps, les docteurs en religion prenant de plus en plus d’importance.
C’est sous abd al-Malik que la première référence à Mahomet apparaît sur les pièces de monnaie. On y lit la chahada complète : « il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son prophète ».
Pour le commun des mortels, devenir musulmans permettait d’échapper à l’impôt de capitation (djizia) dû par tous les hommes non musulmans en âge de porter les armes. Les musulmans devaient eux s’acquitter de l’aumône, qui est un principe religieux (zakât). Cette « conversion » faisaient d’eux des citoyens de première classe.
Le Dôme (ou Coupole) du Rocher de Jérusalem.
L’oeuvre majeure d’abd al-Malik, toujours visible de nos jours est le Dôme du Rocher à Jérusalem, construit en l’an 72 du calendrier musulman, qui correspond à 691/692. Je lui consacrerai l’article suivant car cet édifice est plein de mystères.
Le cas de Muawiya est très intéressant car il illustre la manière dont l’idéologie reconstruit l’Histoire.
Que nous dit la tradition sur ce calife ?
Muawiya est le cinquième calife. Il « succède » (prend le pouvoir) aux califes « bien guidés », les compagnons de Mahomet :
Abu Bakr (632-634) qui, selon la tradition, a rassemblé toutes les tribus de la péninsule arabique sous la bannière de l’islam.
Umar (634-644) toujours selon la tradition, lance la conquête des empires byzantin et perse. Il serait également le législateur, celui qui mit en place les grandes lignes de l’administration. Il meurt assassiné à Médine.
Uthman (644-656) aurait compilé le Coran. Il meurt assassiné à Médine.
Ali (656-660) meurt assassiné à Koufa en 661, sur les rives de l’Euphrate, en entrant dans la mosquée. Il était accusé d’avoir fait assassiner son prédécesseur.
De ces califes, nous n’avons aucune preuve historique de leur existence : ni pièce de monnaie à leur effigie, ni document signé de leur main, ni inscription. Il faut attendre le IX° siècle pour que la tradition musulmane nous renseigne sur les faits et gestes de ces personnages. A cette époque, les califes omeyyades sont présentés comme des tyrans impies ayant mis fin à l’âge d’or de l’islam. C’est seulement à cette époque également que la différence en sunnites et chiites fait son apparition. Les quatre premiers califes sont appelés « salaf« , les ancêtres, aussi honorés sous le nom de « al-salaf al-salih« , les pieux ancêtres. Le salafisme est donc un mouvement qui veut retourner aux sources de l’islam. Or on ne sait rien de cet islam des débuts de la conquête.
NB : la grande majorité des historiens (99% ?), même ceux qui se qualifient de chercheurs, acceptent la tradition musulmane comme étant la transcription exacte de l’Histoire.
Muawiya est le fils d’Abu Sufyan et le cousin d’Uthman. D’après la tradition, tous les califes appartiennent à la tribu des Qurayshites qui occupait La Mecque. A l’époque de Mahomet, Abu Sufyan, du clan des Abd Shams, était le riche chef de la tribu. Il était hostile à Mahomet, du clan des Hashim, et à sa prédication. Il le chassa de La Mecque et l’assiégea plusieurs fois à Médine, avant de se convertir quelques temps avant la mort du prophète. Le nom Omeyyade vient d’un ancêtre du clan appelé Umayya, grand-père d’Abu Sufyan.
Muawiya, cousin de Uthman, était gouverneur de Syrie, c’est lui qui accusa Ali du meurtre du calife. Il est donc à l’origine de la première guerre civile entre Arabes. Il profita de défaite d’Ali pour se faire proclamer calife (660-680) à Jérusalem et installer le califat à Damas, alors qu’auparavant, le centre de décision était à Médine… à mille kilomètres du théâtre des opérations militaires ! Il offrit une grosse d’argent au fils survivant d’Ali, Hasan, pour qu’il abandonne la vendetta et renonce à ses prétentions califales.
Durant cette première guerre civile qui opposa les Arabes de Syrie aux partisans de Mahomet, la tradition nous rapporte un événement surréaliste que les historiens considèrent comme un fait avéré. Voici ce qu’en dit le très sérieux « Dictionnaire historique de l’islam », sous la rubrique « Ali ibn Abi Talib » : « Lors de la bataille de Siffin (658), tandis que les troupes syriennes semblaient faiblir, leur chef fit hisser des feuillets du Coran sur les lances demandant par là que l’on recourût à un arbitrage fondé sur la consultation du Coran. » Dans le même ouvrage, on lit sous la rubrique « Coran » que le troisième calife, Uthman, qui est mort deux ans avant la bataille, fut chargé de compiler le Coran : « Le calife conserva un exemplaire à Médine où il résidait et envoya les (trois) autres exemplaires dans les grandes villes de l’empire Bassorah, Koufra et Damas. »
Il y avait donc quatre exemplaires du Coran, à cette époque, que les soldats impies transportaient avec eux et qu’ils déchiraient allègrement… Pas étonnant qu’on n’en retrouve aucune trace.
Que sait-on du personnage historique ?
C’est le premier calife dont le nom apparaît sur des monnaies et des documents. En tant que gouverneur de Syrie, il fait construire une flotte pour s’emparer de l’île de Chypre. C’est la première flotte musulmane. Il enverra même son fils Yazid, qui lui succéda, assiéger Constantinople… en vain. Il ne change rien à l’administration qui reste aux mains des Grecs (byzantins) et des Perses. Un contemporain dira de lui : « il permit à chacun de vivre à sa façon« . Il nomma cependant deux familiers comme « vice-rois » représentant le pouvoir dans l’ancien empire byzantin et dans l’ancien empire perse.
Il poursuivit la conquête vers l’ouest pour atteindre le Maghreb où il dut faire face à une vigoureuse opposition des Berbères. A l’est, les Arabes ont atteint le fleuve Oxus : tous les territoires de l’empire perse (sassanide) sont sous leur contrôle. L’Arménie et l’Anatolie restent aux mains des Byzantins et de leurs alliés.
Ce qui est remarquable, c’est le pèlerinage que Muawiya effectua à Jérusalem où il pria au Saint-Sépulcre, qui englobe le mont Golgotha et le tombeau de Jésus s’il faut en croire la tradition. Il se rendit également sur la tombe de Marie (l’église de l’Assomption), située dans la vallée du Cédron, près du Jardin des Oliviers. Cette vallée a été comblée, il faut donc descendre une quarantaine de marches pour voir un banc de pierre présenté comme la sépulture de Marie… qui d’après une autre tradition est morte à Éphèse où elle aurait suivi l’apôtre Jean.
Muawiya épousa une chrétienne, Maysun qui lui donna un fils : Yazid. Celui-ci épousa deux filles nobles de la tribu des Ghassanides, des chrétiennes. Tiens donc ! Il est probable que Muawiya et la dynastie omeyyade étaient originaires de Syrie, et non des Arabes de la péninsule. Durant son règne, il n’est jamais fait allusion ni à l’islam, ni à Mahomet. C’est le calife qui légifère, pas les religieux comme ce sera le cas au IX° siècle. Était-il chrétien ou voulait-il s’attirer la sympathie des chrétiens ?Mais dans ce cas, pourquoi ne pas se rendre sur les hauts lieux du zoroastrisme en Perse. N’oublions pas que les Arabes de Syrie et d’Irak étaient chrétiens, mais opposés à l’orthodoxie de Byzance (et de Rome).
Quelle est la situation religieuse à cette époque ?
Il n’y a pas de distinction claire entre ce qui deviendra l’islam et les autres religions. L’islam est-il une autre forme de christianisme ou une déviance du judaïsme, on pouvait se poser la question. Essayons de nous projeter dans l’époque : les habitants s’habillent de la même façon, ils parlent la même langue, ont les mêmes usages et probablement, prient de la même manière. Allah signifie dieu en arabe quelque soit la religion. Et si les évêques ont une idée plus ou moins précise du dogme, ce n’est pas pareil pour le commun des croyants… comme c’est toujours le cas aujourd’hui.
La variété des monnaies est la preuve de ce syncrétisme. On voit indifféremment des croix chrétiennes héritées de l’empire byzantin frappées sur des pièces arabes ou, plus tard, le symbole perse d’Ahura-Mazda s’afficher avec l’inscription « Mahomet envoyé d’Allah ». A l’époque de Muawiya, les pièces de monnaie portent la formule « Au nom de Dieu mon seigneur ». Son fils les datera de « année 1 de Yazid ».
La société est donc multiforme : il n’y a pas d’ostracisme racial, linguistique ou religieux. Il faudra attendre Abd al-Malik (685-705) pour que les Arabes soient favorisés dans l’administration et Umar II (717-720) pour que les chrétiens et les juifs reçoivent un statut différent, inférieur aux musulmans, la dhimma, un contrat de protection pour les non-musulmans. Ce statut est à l’origine financier : les hommes non-musulmans en âge d’être soldat devaient payer un impôt spécifique, mais c’est aussi une copie des lois byzantines à l’égard des non chrétiens « orthodoxes ».
Quel est le pèlerinage qui attire le plus de fidèles ? La Mecque ? Non, la Kumbha Mela, un pèlerinage hindou organisé tous les trois ans et qui a lieu, à tour de rôle, dans les villes saintes d’Allahabad, Haridwar, Ujjain et Nashik. Alors que l’hindouisme ne compte qu’un milliard d’adeptes, le pèlerinage de 2013 a attiré 120 millions personnes. Il faut dire que les dieux ont perdu quelques gouttes de l’élixir d’immortalité dans le Gange et qu’on ne sait jamais…
Quel est le plus grand pèlerinage du monde musulman ? La Mecque ? Non, la marche d’Arbaïn, le pèlerinage chiite au tombeau de l’imam Hussein, le fils d’Ali, le petit fils de Mahomet, tué à Kerbala en Irak. Il rassemble plus de 17 millions de fidèles.
Le suivant est celui de La Mecque avec 2 à 3 millions de personnes. L’accès au pèlerinage est limité par un quota imposé à chaque pays.
Le pèlerinage au Mur des Lamentations à Jérusalem attire de nombreux juifs, mais comme il est permanent, on ne peut pas chiffrer le nombre de personnes qui s’y rendent, mais on estime que 1 à 2 millions de « touristes » visitent ce lieu symbolique du judaïsme. Pour rappel, ce mur de soutènement est le dernier vestige du temple détruit par les Romains en 70 de notre ère.
Ce papyrus ne parle pas de l’islam, c’est un bon de réquisition pour 65 moutons destinés à l’armée d’invasion de l’Egypte commandée par un certain Abdallah. Ce bon est destiné au fonctionnaire byzantin de la région de Héracléopolis dans le sud du delta du Nil. Mais il est très important car il est bilingue grec-arabe et il est daté.
Le texte grec est signé « Jean, notaire et diacre », le texte arabe est de la main de « ibn Hadid »
Que nous apprend ce texte sur les débuts de l’islam.
Les dates
Le document est daté en arabe du 1er jumada de l’année 22. En grec, il est daté du 30 Pharmouth de la 1ère indiction. A quoi cela correspond ?
La datation grecque est indéterminée : l’indiction est une période fiscale de 15 ans au terme de laquelle l’impôt, en nature, est réévalué. Cette pratique a été établie par l’empereur Constantin. La première année d’indiction court du 1er septembre 312 au 31 août 313. La seule certitude apportée par cette date est le jour et le mois : le 24 avril. Pour déterminer l’année, faisons confiance à la tradition et présumons que l’année 22 soit bien celle du calendrier musulman qui démarre le 24 septembre 622. Il y a deux mois de jumada dans le calendrier musulman. Heureusement, l’un couvre le mois d’avril, c’est jumada al-Thani. En prenant en compte cette date, nous obtenons le 27 avril 643. Cette année est bien une première année d’indiction (avril 313 + 330). Les deux dates correspondent, car le 24 avril 643 dans le calendrier julien est bien le 27 du même mois dans le calendrier grégorien.
Nous constatons que l’adoption du calendrier hégirien s’est faite très tôt. L’année 622 a donc été particulière pour les Arabes : la tradition y voit arrivée de Mahomet à Médine, fuyant La Mecque. Par comparaison, le début de l’ère chrétienne n’a été fixé qu’en 532 !
La religion
Le texte grec commence par une croix et la formule : « au nom de Dieu » (στο όνομα του Θεού), le texte arabe, en est simplement une traduction bismallah (au nom d’Allah, de dieu). Cette formule est suivie de qualificatifs : « le Compatissant, le Miséricordieux ! ». Cette formulation se trouve au début de la plupart des sourates du Coran.
L’écriture
En arabe, plusieurs sons ont la même graphie : il n’y a que 18 signes pour 28 sons. La différenciation se fait par l’adjonction de signes diacritiques (les accents en français sont des signes diacritiques). On pensait que ces signes avaient été introduits au début du VIII° siècle, or dans ce texte, certaines lettres sont déjà surmontées de points. Par contre, il n’y a pas de voyelles brèves. Donc, le Coran, qui aurait été écrit entre 644 et 656, sous le calife Uthman, aurait pu être écrit avec des lettres ponctuées.
La conquête
Comme ce texte le montre, la conquête n’a pas été brutale : l’administration byzantine reste en place et les troupes d’invasion consignent leurs réquisitions qui étaient soit payées, soit prélevées comme impôt.
Le document présenté ici fait partie d’une collection. Certains documents sont écrits uniquement en grec (PERF 556 et 557). Faut-il en conclure que certains Arabes étaient de culture grecque, d’autant plus que la manière d’écrire l’arabe ressemble au style d’écriture grec ?
Le document 557 nous apprend d’Abdallah ne dispose que de 342 soldats et 12 armuriers-forgerons. On est loin de l’invasion de dizaines de milliers d’hommes.
Remarque
Ces documents n’ont pas été datés par une méthode scientifique moderne. On n’a cependant pas de raisons de mettre en doute leur origine. Ce sont les premiers textes arabes en écriture cursive.
Les chroniqueurs musulmans tardifs nous disent que l’écriture n’a été introduite à La Mecque qu’au temps de Mahomet (ibn Khallikan : XIIIe siècle) et qu’à Médine, seule une dizaine de personnes maîtrisait l’écriture (Baladhuri : IXe siècle). Par contre, c’est en Syrie-Palestine que l’on retrouve les inscriptions les plus anciennes écrites avec les caractères arabes. Il se peut que le commandant musulman soit un Arabe syrien et non un Arabe de la Péninsule.
La Grande Boucherie, organisée par des généraux incompétents et où les seuls vrais héros ont été fusillés pour insoumission, ne s’est pas terminée le 11 novembre 1918. L’après-guerre ne s’est pas réglée par le traité de Versailles le 28/06/1919. Ces événements n’ont concerné que le front ouest et l’Allemagne. Chaque vaincu a eu son traité : l’Autriche, celui de Saint-Germain-en-Laye le 10/09/1919, la Bulgarie, celui de Neuilly le 27/11/1919, l’Empire Ottoman, celui de Sèvres, le 10/08/1920 et quelques autres… 16 en tout.
Alors que la guerre ne fait plus de doute, l’Empire Ottoman a déjà perdu ses territoires d’Afrique et d’Europe. En Afrique, la France a occupé l’Algérie en 1830 et la Tunisie en 1881. L’Italie a envahi la Tripolitaine (Libye) en 1911. Quant à la Grande Bretagne, elle met l’Égypte sous tutelle en 1882 et en fait un protectorat en 1914. Si en Afrique, l’Empire a laissé faire, faute de moyens, en Europe, il vient d’être vaincu dans une guerre qui l’a opposé à la Grèce, à la Serbie et à la Bulgarie, guerre dans laquelle il a perdu les derniers lambeaux de territoires qu’il conservait en Europe (1912-1913).
En 1914, il entre en guerre, sans enthousiasme, aux côtés de l’Allemagne qui depuis quelques années l’aide. L’Allemagne a pris en main l’armée ottomane et construit les chemins de fer Berlin-Beyrouth et Damas-La Mecque.
En mars 1915, pour ravitailler les Russes, ses alliés français et britannique tentent de forcer le détroit des Dardanelles. C’est un échec, des mines barrent le passage et les canons ottomans, concentrés sur la péninsule de Gallipoli déciment la flotte, 10 navires sur le 18 engagés sont hors combat. Le 25 avril, des fantassins australiens, néo-zélandais et français débarquent sur la péninsule. Bloqués entre la mer et les falaises, ils resteront cloués sur place pendant près d’un an avant que les survivants soient ré-embarqués et redéployés en Grèce pour combattre la Bulgarie qui vient d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne. Les troupes ottomanes de Gallipoli sont commandées par le général allemand Otto Liman von Sanders, mais celui dont le monde va retenir le nom, est un jeune lieutenant-colonel de 34 ans, Ali Rıza oğlu Mustafa qui deviendra célèbre sous le nom de Mustapha Kemal (le parfait) auquel s’ajoutera plus tard le titre d’Atatürk (le père des Turcs).
NB : oğlu = fils de (comme ibn ou ben en arabe)
La victoire de Gallipoli n’empêche pas l’Empire de subir la défaite qui va le priver de tous ses territoires asiatiques excepté l’Anatolie et, chose exceptionnelle en 1918, va entraîner l’occupation de son territoire par les forces alliées.
Zones d’occupation et annexions prévues par le traité de Sèvres de 1920
Le traité de Sèvres prévoit la découpe des territoires d’Asie entre une Arménie et un Kurdistan indépendants, des mandats français sur deux nouveaux pays : le Liban et la Syrie et des mandats anglais sur l’Irak, la Transjordanie et la Palestine, territoires créés artificiellement.
Mustapha Kemal prétextant que le sultan est retenu prisonnier à Constantinople par les Britanniques et qu’il est donc impossible de réunir le parlement, déplace celui-ci vers Ankara. Ce parlement, la Grande Assemblée Nationale, rejette le traité de Sèvres, et reprend la guerre. Très vite les Français abandonnent la Cilicie, les Britanniques évacuent la région de Constantinople et les Italiens sont repoussés. Kemal reste face aux Grecs. Dans un premier temps, ceux-ci avancent en Anatolie, mais après leur première défaite, les alliés leur retirent leur soutien tandis que le nouvel État soviétique offre son aide aux Turcs. Mais il faudra attendre octobre 1922 pour que l’armistice soit signé. Le traité de Lausanne (24 juillet 1923), qui remplace le traité de Sèvres, donne à la Turquie la souveraineté sur toute l’Anatolie, oubliant les Kurdes et les Arméniens. Il prévoit également un nettoyage ethnique, près d’un million de Grecs sont contraints à l’exil et partent vers la Grèce, 360.000 Turcs prennent le chemin inverse. Le nom du pays, Turquie (et non Anatolie) montre bien que c’est un pays mono-ethnique, celui des Turcs.
Mustapha Kemal devient président de la république. Il abolit le califat en 1924. Le dernier sultan Mehmet V avait repris le titre et appelé au djihad tous les musulmans en novembre 1914… sans beaucoup de succès.
Le but de Kemal est de « libérer la Turquie des forces obscurantistes », selon ses propres termes. Il supprime les confréries religieuses et les tribunaux islamiques. En 1925, la Turquie adopte le Code Civil suisse… juste après que Kemal ait répudié son épouse Latifé selon la loi musulmane. Elle était très libre, très éduquée et parlait plusieurs langues. Elle avait fait ses études à Paris. Kemal ne se remariera pas.
Après son mariage, elle porta le voile lors des sorties officielles.
Les réformes vont continuer : la polygamie est supprimée, le fez est interdit ainsi que le port du voile pour les femmes. Cette mesure aura peu d’effet hors des villes. L’islam n’est plus religion d’État.
En 1928, l’alphabet arabe est remplacé par l’alphabet latin sous sa variante allemande. Le Coran est traduit en turc. Auparavant, il était lu en arabe par des personnes qui ne le comprenaient pas, comme la Bible en latin dans la religion chrétienne. Le pays connaît également un boum économique qui va permettre à la Turquie de ne pas subir la crise de 1929.
En 1930, Constantinople devient Istanbul du nom de la Vieille Ville : Stamboul.
Enfin, en 1934, tout citoyen dut adopter un nom de famille. Mustapha Kemal choisit Atatürk.
La presse ne nous épargne aucun attentat en Irak, mais oublie de nous parler des élections qui se sont déroulée le 12 mai 2018 afin d’élire les 329 membres du Conseil des représentants (le parlement). Il a fallu attendre le mois d’août pour connaître les résultats. S’en suivi de longues discussions pour former un gouvernement.
Actuellement, l’Irak est une république fédérale dans laquelle les territoires kurdes du nord jouissent d’une grande autonomie. Chaque entité fédérée obtient un nombre de représentants proportionnel à sa population. neuf sièges sont réservés aux minorités religieuses dont cinq pour les chrétiens. Les femmes ont droit à 25% des sièges. Comme au Liban, le pouvoir est partagé entre un président kurde, un premier ministre chiite (Haïder al-Abadi) qui détient le pouvoir réel et un président du parlement sunnite.
Pas moins de 35 partis se présentaient au suffrage des électeurs qui ne se sont pas déplacés en masse : moins de 50%.
La victoire (relative) est revenue à la coalition « En marche (vers les réformes) ». Plus que la victoire, c’est la composition de ce parti qui est importante. Il a été fondé par Moqtada Sadr qui s’est allié au parti communiste !
Moqtada Sadr ne nous est pas inconnu. Il est issu d’une lignée de dirigeants religieux, mais surtout, il était à la tête du l’armée du Mahdi qui a mené une guérilla sanglante contre les troupes américaines en 2004 et 2006. Bien que chiite, il a pris ses distances envers l’Iran, souhaitant une indépendance totale de l’Irak. Il a même pris récemment des contacts avec l’Arabie saoudite sunnite.
Malheureusement vu la grande fragmentation de l’électorat, c’est une coalition de cinq partis, tous chiites, qui va gouverner le pays pour les quatre ans à venir. A eux cinq, ils ont à peine la majorité, 166 sièges sur 329. Le premier ministre (Haïder al-Abadi) a été reconduit dans ses fonctions.
L’indépendance n’est pas encore acquise, l’Iran et les Etats-Unis ont fortement influencé la formation du gouvernement.
Périodiquement, l’actualité nous rapporte des confrontations entre ces deux branches de l’islam. L’Arabie saoudite, qui s’octroie le rôle de défenseur du sunnisme, s’oppose à la république islamique d’Iran, chef de file des chiites. Les sunnites représentent près de 85% des musulmans dans le monde. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak et au Bahreïn où le roi et son gouvernement sont pourtant sunnites. Les troupes d’Arabie saoudite ont mis fin au printemps arabe dans ce pays sous les yeux bienveillants de ses alliés occidentaux. Les chiites sont présents en Syrie où ils détiennent le pouvoir alors qu’ils sont à peine 20%, au Koweït, dans l’est de l’Arabie, au Yémen (40%) où l’Arabie leur mène une guerre sans merci avec l’aide de ses alliés turcs et occidentaux, dans les émirats et au Liban où le Hezbollah est sa branche armée. Le Liban a un système politique très particulier imposé par la France lors de son mandat (1920-1946) : le président est chrétien, le premier ministre est sunnite et le président de l’assemblée nationale est chiite. C’est donc un pays essentiellement religieux.
Origine de la scission.
L’origine du chiisme nous est connue par les chroniqueurs musulmans du IXème siècle relatant des événements qui se sont produits près de 200 ans auparavant. Nous considérerons donc cette histoire avec circonspection.
Un peu avant sa mort, survenue inopinément à Médine en 632, Mahomet avait réussi à convertir des habitants de La Mecque, qui l’avaient pourtant chassé dix ans auparavant. Son ennemi personnel, Abu Sufyan, le chef des négociants mecquois s’était rallié à sa cause.
Pour succéder au prophète, la communauté musulmane (la oumma) se choisit Abu Bakr, compagnon et beau-père de Mahomet, alors que son cousin Ali, s’attendait à recevoir ce commandement. Abu Bakr parviendra en deux ans, que dura son califat, à unir toutes les tribus de la péninsule.
A sa mort, en 634, ce n’est toujours pas dans le famille directe du prophète que le nouveau calife est choisi. C’est encore un de ses compagnons, Umar, par ailleurs beau-fils de Mahomet qui est élu. Ali attendra.
Umar va entamer la conquête des empires byzantins et perses.
Il meurt assassiné alors qu’il priait en 644.
De nouveau, le choix se porte sur un compagnon… et beau-fils de Mahomet : Uthman, qui était du clan d’Abu Sufyan (ce détail a son importance). Uthman mettra le Coran par écrit et enverra les quatre exemplaires à Médine, à La Mecque, à Basra et à Damas. Il est assassiné en 656.
Enfin, Ali est nommé calife (successeur ou lieutenant). Il est non seulement cousin du prophète, mais également son beau-fils, le mari de Fatima. Notons en passant qu’aucune des filles de Mahomet n’a survécu à leur père. Ali n’a pas que des amis. Le clan d’Abu Sufyan, dirigé par Muawiya, cousin d’Uthman, le soupçonne d’avoir fait assassiner le calife précédent. La guerre est déclarée et le schisme consommé : chiisme vient de l’arabe schi’â Ali qui signifie les « partisans d’Ali ».
Une des batailles va se dérouler d’une étrange façon, la bataille de Siffin, sur les rives de l’Euphrate en 658. Les troupes d’Ali vont l’emporter, quand les soldats adverses plantent des feuilles du Coran au bout de leur épée pour demander l’arbitrage de Dieu. Ah bon ! D’où viennent ces pages du Coran alors qu’il n’en existe que quatre exemplaires ?
Ali a accepté l’arrêt des combats. Certains de ses partisans ne lui pardonneront pas, il sera assassiné en 661. Ainsi finissent les quatre premiers califes, les « pieux devanciers », qui en arabe se dit salaf, à l’origine du terme « salafisme » qui désigne toute idéologie prônant le retours aux sources de l’islam. Notons que nous ne connaissons rien de ces sources.
Après l’assassinat d’Ali, le clan d’Abu Sufyan prend le pouvoir et s’installe à Damas. C’est le début de la dynastie des Omeyyades. Les partisans l’Ali se retirent dans le sud de l’Irak et de l’Iran actuels. Son successeur, Husayn est assassiné à Kerbala. De nos jours, les chiites commémorent cet assassinat par une procession durant laquelle ils se flagellent pour se punir de ne pas avoir protégé leur imam. Alors que les successeurs de Mahomet sont appelés califes, les successeurs d’Ali sont des imams.
… et selon notre hypothèse
J’ai émis une hypothèse sur la conquête arabe dans un article précédent. Suivant cette hypothèse où plusieurs armées arabes ont participé à la conquête du Moyen-Orient, les chiites, les compagnons d’Ali, ont refusé de se soumettre aux Ghassanides et se sont installés en marge des territoires contrôlés par Damas. En prônant le choix d’un membre de la famille de Mahomet comme calife, ils écartaient les familles ghassanides. L’histoire est plus simple et on verra que cet hypothèse explique une des différences de doctrine.
La doctrine
Il y a moins de différences entre le sunnisme et le chiisme qu’il n’y en a entre catholiques et protestants.
Les deux communautés lisent le même Coran, elles appliquent les cinq piliers de l’islam : la croyance en un seul dieu, la prière 5 fois par jour, le pèlerinage à La Mecque, le jeûne du ramadan et la pratique de l’aumône.
Les différences sont dans les détails.
Pour les sunnites, la tradition orale (les hadiths) a été interprété par les anciens. Quatre écoles d’interprétation ont figé la doctrine au IXème siècle de notre ère. C’est la base de la jurisprudence.
Pour les chiites, les docteurs en théologie, inspirés par les douze premiers imams (ou sept suivant la confession), peuvent toujours interpréter la tradition. En Iran, il n’est pas rare que les oulémas aient une vue différente sur un point de la jurisprudence;
Les deux communautés croient au jugement dernier et à la résurrection des morts. Mais si les sunnites croient que le jugement sera présidé par Jésus, le prophète qui n’est pas mort, mais a été rappelé par Allah, les chiites pensent que le douzième imam qui est caché, reviendra juger les morts. Ce dernier imam, Mahomet al-Mahdi a disparu vers 870 de notre ère. Donc pour les chiites, Jésus n’a aucun rôle, ce qui peut s’expliquer par la distance qu’ils ont prises envers les Ghassanides chrétiens.