Fêtes juives, fêtes chrétiennes

Jusqu’au IVe siècle de notre ère, les chrétiens et les juifs célébraient conjointement les fêtes liturgiques. La fixation des fêtes chrétiennes débuta au concile de Nicée en 325.

La Pâque juive célèbre la sortie d’Egypte des Hébreux sous la conduite de Moïse. Les Pâques chrétiennes, célébrées le dimanche suivant, rappellent la résurrection de Jésus. Jésus aurait été crucifié le vendredi et serait ressuscité trois jours plus tard, … le dimanche. Arithmétique chrétienne. Dans l’Évangile de Jean, la crucifixion a lieu le jeudi. Le compte est bon.

Dans la mythologie chrétienne, l’Ascension correspond au dernier jour que Jésus a passé parmi les apôtres, après sa résurrection. Il était resté sur terre quarante jours. 40 est un nombre passe-partout dans la Bible. Il est synonyme de beaucoup. Il a plu 40 jours lors du déluge, Moïse est resté 40 jours sur le mont Sinaï, les Hébreux ont erré 40 années dans le désert, David et son fils Salomon ont régné 40 ans, Jésus a passé 40 jours dans le désert, etc.

Cinquante jours après Pâque (Pessah), 7 semaines dans l’arithmétique juive, on célèbre la fête des moissons (Chavouot). Cinquante jours après Pâques, les chrétiens fêtent la Pentecôte. Dix jours après l’ascension de Jésus, les apôtres ont reçu la visite du Saint-Esprit (le troisième avatar de Dieu) qui leur a donné le don des langues pour qu’ils puissent partir en mission pour convertir tous les peuples.

Les calendriers

Calendrier hébraïque

Le calendrier hébraïque a évolué au fil du temps. Au départ, il comportait 12 mois lunaires de 29 ou 30 jours, soit 354 ou 355 jours par année. La découpe du mois en semaines, probablement héritée des Babyloniens, correspond au temps mis par Dieu pour créer le monde. La semaine débute la nuit du dimanche au lundi. Le septième jour, shabbat, est chômé : Dieu se reposa le septième jour.

Les Hébreux étant un peuple de cultivateurs, les travaux des champs et les fêtes religieuses qui les accompagnaient se décalaient de 11 jours tous les ans par rapport à l’année solaire, aussi appelée année tropique.

Le premier mois de l’année est le mois de Nissan. Il doit obligatoirement commencer après l’équinoxe de printemps, car c’est la période de germination de l’orge. Un mois commence toujours à la nouvelle lune. La Pâque est fêtée à la pleine lune du mois de Nissan (le 15), elle célèbre la sortie d’Egypte. Pour rapprocher l’année lunaire de l’année solaire (équinoxe) on ajoutait des jours intermédiaires… selon le bon vouloir du grand prêtre, puis du Sanhédrin.

Ce n’est que sous la domination grecque que le calendrier se réforma. On adopta le cycle métonique qui était déjà connu des Babyloniens. Ils avaient remarqué que la durée de 19 années solaires était très proche de celle de 235 mois lunaires. Or, 19 années de 12 mois font 228 mois. Il suffit donc d’ajouter un mois supplémentaire dans 7 années sur 19 (235 – 228 = 7) pour que les années restent proches des années solaires. On ajouta donc un mois, juste avant le mois de Nissan, aux années 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19.

Le départ du calendrier, qui correspond au dimanche 6 octobre -3761 du calendrier julien, fut fixée en 358 de notre ère. Ce jour correspond à la création du monde selon la Bible.

Aujourd’hui, les juifs utilisent le calendrier grégorien, le calendrier international. Le calendrier hébraïque ne sert qu’à déterminer les dates des fêtes.

Calendrier musulman

Les musulmans ne se sont pas posé tant de questions, ils utilisent toujours le calendrier lunaire de 12 mois de 29 ou 30 jours, soit une année de 354 ou 355 jours… sans synchronisation avec l’année solaire. Les mois glissant de façon rétrograde par rapport à l’année solaire. Le mois commence lorsque le premier croissant de lune est visible à l’œil nu. Ce qui veut dire que le mois ne commence pas à la même heure dans tous les pays. Parfois pas le même jour !

Le départ du calendrier a été fixé au 16 juillet 622 qui correspond au début de l’année lunaire qui vit Mahomet quitter La Mecque pour Médine (le 24 septembre). Le Coran interdit expressément d’ajouter un mois pour synchroniser le calendrier et l’année solaire. Ce qui indique clairement que les rédacteurs du Coran n’étaient pas des cultivateurs.

Calendrier chrétien

Le calendrier chrétien est l’héritier du calendrier romain mâtiné de la semaine juive.

Il semble qu’au départ, le calendrier romain, sous la royauté, ne comportait que 10 mois de 31 ou 30 jours :

  • Martius (en l’honneur du dieu Mars),
  • Aprilis (en l’honneur de la déesse étrusque de la fertilité : Apru),
  • Maius (à l’étymologie douteuse : la déesse Maïa ou les ancêtres : Maiores),
  • Iunius (pour Junon)
  • puis ça se simplifie : Quintilis (cinquième mois), Sextilis (sixième mois), September, October, November et le dixième mois, December.

Au fil du temps, deux mois furent ajoutés après December, Ianuarius en l’honneur du dieu Janus et Februarius dédié à Pluton, le dieu des Enfers (aussi appelé Februus).

Le calendrier comptait 3 jours de référence :

  • les calendes : premier jour du mois.
  • les nones : le cinquième ou le septième jour du mois, suivant celui-ci (en mars, mai, juillet et octobre, les nones tombent le septième jour).
  • les ides : le treizième ou quinzième jour du mois.

Pour désigner un jour, on disait le jour avant/après les calendes de mars par exemple ou le 4ème jour après les ides d’avril. Pas très simple.

A l’époque de Jules César, il existait un décalage de trois mois entre le calendrier civil et les saisons. Il décréta que l’année comporterait 365 jours et que tous les quatre ans, on ajouterait un jour au mois de février. C’est le calendrier julien. Pour aligner le calendrier, l’année 46 avant notre ère, compta 445 jours !

En l’honneur de Jules César, le mois de sa naissance, Quintilis devint Iulius (juillet).
On célébra aussi l’empereur Auguste en lui attribuant un mois, Sextilis, mois de sa mort qui devint Augustus (août). Mais ce mois n’avait que 30 jours. On le fit passer à 31 jours et on décala les autres mois.

Lorsque le christianisme s’imposa dans l’Empire romain, la semaine de 7 jours fut adoptée, et on donna aux jours le nom des planètes connues : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et Soleil (sunday). Ce n’est que plus tard que le jour du Soleil devint le jour du Seigneur (dominus) dans les langues latines, soit dimanche.

Au concile de Nicée en 325, il avait été établi que la résurrection de Jésus (Pâques) serait célébrée le dimanche qui suit la Pâque juive, soit le premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. En 325, l’équinoxe du printemps correspondait au 25 mars. En 1579, le pape Grégoire XIII, s’inquiéta que l’équinoxe tombât le 11 mars. Il demanda à des mathématiciens et des astronomes de calquer l’année civile sur l’année tropique : le calendrier subit sa dernière réforme. Seront considérées comme bissextiles les années divisibles par 4 mais pas par 100 (1700, 1800, 1900)… sauf si elles sont divisibles par 400 (1600, 2000, 2400). Le calendrier fut d’application en octobre 1582. Cette année-là, le jeudi 4 octobre fut suivi du vendredi 15 octobre.

Mutazilisme

Dans mon article précédent, j’ai mentionné la mosquée Fatima qui devrait s’ouvrir en France. Le projet est porté par l’imame Kahina Bahloul et par Faker Korchane qui est professeur de philosophie et président de l’association pour la renaissance de l’islam mutazilite.

Qu’est que le mutazilisme ? C’est un courant qui s’est développé très tôt dans l’islam, parallèlement aux courants sunnites et chiites traditionalistes.

En 833, le calife Al-Mamun, prend le parti des mutazilites qui professent que le Coran est, certes, inspiré par Dieu, mais néanmoins une création de l’homme. Ils assimilent la doctrine basée sur un Coran incréé à la doctrine chrétienne selon laquelle la Parole de Dieu, qui est le Christ pour les chrétiens, serait incréée et éternelle, comme Dieu. Cette doctrine professerait donc du polythéisme. Le Coran incréé et l’omniscience de Dieu entraîne un autre problème : comment se fait-il que certains versets aient été abrogés et remplacés par d’autres… meilleurs ? La notion du bien (halal) et du mal (haram) est-elle relative ?

Sous Al-Mamun, le mutazilisme devient la « religion » officielle. Cette doctrine est influencée par les textes des philosophes grecs qui sont en train d’être traduits en arabe et surtout par Aristote pour qui « une puissance impersonnelle, imperturbable et parfaitement indifférente au sort de l’humanité anime l’univers ».  Donc, pour les mutazilites, Dieu est distinct du monde humain, il n’est pas situé dans le temps ni dans l’espace, il n’a pas d’attributs anthropomorphiques, il n’a pas de mains, ni de corps. Il ne parle pas. L’homme est responsable de ses actes, il n’est pas prédestiné. Les sunnites et les chiites sont dans l’erreur, mais on doit l’accepter. Cette apparente liberté d’esprit n’a pas empêché des persécutions contre les opposants religieux au calife.

L’islam entre alors dans une période de grande tolérance religieuse qui sera poursuivie par les deux successeurs d’Al-Mamun, son frère, Al-Mutachim et son neveu Al-Wathiq.

Mais dès 848, le nouveau calife, Jafar Al-Mutawakkil, pressé par les cadis et les traditionalistes rétablit la doctrine sunnite : le Coran est incréé et a été dicté par Dieu à Mahomet. Depuis, une chape d’obscurantisme s’est abattue sur l’Islam ! Mais le mutazilisme n’est pas mort, il fait reparler de lui de temps à autre, dans les milieux intellectuels… mais timidement.

Ainsi, le grand mufti d’Égypte élu en 1899, Cheikh Mohamed Abdouh souhaitait réformer l’islam en apportant des changements dans l’enseignement de l’université d’al-Azhar. Il reçut même le soutien du dernier « roi » (le khédive) d’Egypte Abbas II (1892-1914) qui avait étudié en Europe. Mais face à l’opposition des traditionalistes, il abandonna sa charge et mourut en 1905.

En février 2017, l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite a été créée en France. Pour cette association, le mutazilisme est un héritage qu’il convient d’adapter au XXIe siècle. Ce n’est pas un ensemble de dogmes prêts à l’emploi, mais une disposition de l’esprit : « celle qui consiste à appliquer le doute, la prudence et l’esprit critique sur l’histoire, les pratiques et les textes de l’islam et celle qui consiste à garantir la liberté de l’individu à décider par lui-même de ce qui lui paraît bon ou mauvais dans sa vie spirituelle » .

Haram signifie interdit, illégal, mais aussi sacré, inviolable.

Où sont les femmes ?

C’est la question que l’on peut se poser en voyant les fidèles d’une mosquée. En fait, elles sont cachées, soit derrière un paravent (moucharabieh) soit à l’étage. De toutes façons, hors de la vue des hommes. Quelles sont les raisons de cet ostracisme ? Tout d’abord, les musulmanes ne sont pas obligées d’assister au prêche du vendredi, ensuite, elles ne peuvent pas distraire les hommes… elles pourraient provoquer leur « chute » en éveillant leur désir, comme l’a écrit Tertullien aux sujet des femmes chrétiennes. Cela me rappelle une scène du film d’animation autobiographique (Persépolis : 2007) de la dessinatrice iranienne, Marjane Satrapi. A l’université de Téhéran, son professeur lui reproche sa tenue non conforme (son foulard est mal noué). Elle lui demande alors d’obliger ses condisciples masculins à cacher leurs bras et leur cheveux, car leur vue l’excite sexuellement ! Mais cet aspect des choses, la sexualité féminine, a échappé aux mâles dominants.

Est-ce que cela peut changer ? Apparemment. En France, deux projets de mosquées mixtes pourraient voir le jour : les mosquées Fatima et Simorgh (oiseau mythologique perse). Elles seront ouvertes à tous, croyants et non-croyants. Le foulard ne sera pas obligatoire. Les femmes prieront dans la même salle que les hommes… mais les uns à droite et les autres à gauche, comme dans les églises chrétiennes d’il y a quelques années. Et dans la mosquée Fatima la prière sera dirigée, en français, par une femme imam : Kahina Bahloul.

Qu’en est-il du judaïsme ? Pour les juifs, le père a l’obligation d’enseigner la Torah à ses fils… mais pas aux filles car comme le dit le Talmud : « Il ne lui transmettrait que des futilités. » De nos jours, les femmes ont accès aux études des textes sacrés, même chez les juifs orthodoxes.

Si dans la plupart des synagogues, les femmes sont séparées des hommes, il n’est pas rare que des femmes rabbins dirigent l’office du samedi et que des femmes soient appelées à venir lire la Torah.

Et dans le christianisme ? Dans le protestantisme, les femmes peuvent officiellement être pasteures depuis 1965, en France. C’est même une femme qui y préside le Conseil national de l’Église protestante réunie : Emmanuelle Seyboldt.

On est loin de ces ouvertures dans le catholicisme. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Que les femmes se taisent dans les assemblées (Co. 4, 34-35). » Jean-Paul II a clos le débat en 1994 dans la déclaration « Ordinatio Sacerdotalis » : « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale des femmes et cette position est définitive. » Cette interdiction a été confirmée par Benoît XVI et François Ier qui a déclaré : « Le dernier mot, clair, a été dit par saint Jean-Paul et cela demeure ainsi. » Le prêtre est l’image du Christ ! De plus, les femmes en raison de leurs menstruations ne peuvent pas s’approcher de l’autel.

Jusqu’en 1054, les femmes pouvaient être diacres (diaconesses). Même Paul cite Phoebé, « notre sœur, ministre de l’Église ». Un diacre, célibataire ou marié, est l’assistant d’un prêtre ou d’un évêque. Il peut célébrer des baptêmes et des mariages dans des circonstances exceptionnelles. Par contre, il ne peut pas recevoir la confession, ni consacrer le pain et le vin. De nos jours, malgré l’appel à l’ouverture, les diaconesses ne sont pas reconnues car le diaconat prépare à la prêtrise qui est inaccessible aux femmes.

Sources : Le Monde des religions n° 95 – mai 2019. Articles de Bénédicte Lutaud, Virginie Larousse et Macha Fogel.

Yémen : la salle guerre

Depuis 2015, le gouvernement yéménite a déclaré la guerre aux rebelles houthis qui occupent l’ouest du pays et sa capitale Sanaa. Sur le terrain, ce sont les Saoudiens et leurs alliés qui mènent les opérations. Cette intervention est l’initiative personnelle du prince Mohammed ben Salmane, le ministre de la Défense, l’homme fort de l’Arabie. Les Saoudiens fournissent les armes, les Émirats arabes unis recrutent des mercenaires par l’intermédiaire de sociétés de sécurité. Ceux-ci viennent du Tchad, du Niger, de Libye et même de Colombie.

Qui sont les Houthis ? C’est une population minoritaire chiite, ce qui explique l’implication des Saoudiens qui dès qu’ils voient des chiites pensent à une menace de l’Iran. Bien que l’Iran soutiennent les rebelles politiquement, militairement et financièrement. Dès 2004, ils se sont rebellés contre le gouvernement sunnite, se sentant marginalisés et réclamant l’autonomie. Les Houthis sont tout autant radicalisés que les wahhabites saoudiens et leur étendard ne les rend pas sympathiques en Occident : « Allah est le plus grand, mort à l’Amérique, maudits soient les juifs, victoire à l’islam ».

La dénomination Houthis vient du nom du chef, Hussein Badreddine al-Houthi, tué en septembre 2004.

Le problème de cette guerre locale est l’escalade dans les crimes de guerre. l’ONU a envoyé un groupe d’experts pour enquêter, malgré l’opposition de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Ce n’est cependant pas une commission d’enquête, l’Arabie ayant menacé d’embargo économique tous les pays qui soutiendraient cette commission.

Les Houthis sont accusés d’utiliser des enfants soldats et de persécuter les minorités des territoires occupés. La coalition dirigée par l’Arabie bombarde les villes donc les civils et impose un blocus maritime, terrestre et aérien. Bien entendu, les lobbies des armes profitent massivement de cette guerre. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France vendent (et testent) leurs derniers modèles d’armes sur le terrain. Les Etats-Unis ont signé un contrat de 130 milliards de dollar !
Depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’embrassade saoudienne d’Istanbul, l’Allemagne a annoncé le gel des livraisons d’armes… mais a déjà été prise en flagrant délit de violation du moratoire. L’Arabie saoudite met la pression en exerçant du chantage au contrat. L’Espagne a failli en faire les frais : elle a annoncé interrompre la livraison de bombes, en retour l’Arabie a déclaré renoncer à l’achat des 5 corvettes prévues…
La France par l’intermédiaire de sa ministre des armées s’est dédouanée naïvement en déclarant que les armes françaises ne sont pas en position offensive et qu’elle n’a pas de preuves que celles-ci ont fait des victimes civiles. Il faut savoir que la France livre des avions (défensifs ?) et des canons Caesar d’une portée de 40 km.

Conséquences

Le blocus imposé par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis a provoqué une épidémie de choléra qui touche près d’un million de personnes d’après le rapport de l’ONU qui précise également que sept millions de personnes, un quart de la population, est au bord de la famine et 22 millions ont besoin d’aide humanitaire. Fin 2017, plus de 2000 personnes étaient mortes du choléra et l’épidémie n’est pas prête de prendre fin, faute de médicaments. Le blocus est considéré par Médecins du monde non comme une nécessité, mais comme une punition collective à laquelle les pays occidentaux sont partie prenante. « Le Yémen subit la pire crise humanitaire du monde » alerte Alexandre Giraud, directeur général de l’association humanitaire Solidarités Internationales. « Un enfant meurt toutes les dix minutes d’une maladie qui aurait pu être évitée et près de 30 000 enfants meurent chaque année à cause de la malnutrition » ajoute Geert Cappelaere, représentant de L’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique.

Entre-temps, al-Qaïda continue à former des guerriers dans l’est du Yémen, sous le regard bienveillant de l’Arabie.

Le Dôme du Rocher

Un voile de mystère entoure cet édifice parmi les plus photographiés au monde.
Qui l’a construit et quand ? Cette question peut paraître saugrenue dès lors que j’ai affirmé dans un article précédent qu’il était l’oeuvre du calife Abd al-Malik (685-705). Et pourtant un doute subsiste.
Quel est ce rocher que protège la coupole ?
Pourquoi a-t-il été construit ?
Quel était son aspect originel ?

Le Dôme du Rocher avec à l’arrière plan la coupole de la mosquée al-Aqsa.

Comme chacun le sait le Dôme du Rocher est situé à Jérusalem, sur l’Esplanade des Mosquées pour les musulmans, sur le Mont du Temple pour les juifs. Bien qu’étant à Jérusalem, l’esplanade est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. Ainsi, sans précaution archéologique, en 1999, le WAQF a déplacé 400 camions de déblais pour rénover la mosquée Marwan qui se trouve sous la mosquée al-Aqsa et les a versé dans la vallée du Cédron. Cinq ans plus tard, des archéologues ont entrepris des fouilles de sauvetage en analysant ces déblais. Des milliers d’objets retraçant l’histoire mouvementée du site ont ainsi pu être récupérés.
Depuis 1998, les visites du Dôme ont été « suspendues ».


Mosquée Marwan aussi appelée (à tort) les écuries du roi Salomon

Qui a construit le Dôme du Rocher ?

Les inscriptions sur les arcades ne laissent aucun doute, la date de l’inauguration est indiquée : 72. Cette année de l’ère musulmane correspond à 691/692 de notre ère, soit durant le règne d’Abd al-Malik. Alors pourquoi douter ? L’inscription porte également le nom du calife bâtisseur : al-Mamun (786-833). Que vient faire ce calife en 72 ? Si on considère comme date de départ du calendrier non pas la date de l’Hégire, mais la prise de pouvoir de la dynastie des Abbassides dont fait partie al-Mamun, on obtient 72 + 750 = 822… juste sous le règne de ce calife ! Mystère ? Non, usurpation, car sur l’inscription de la porte est (dont je parle plus bas), le même calife, al-Mamun, a fait graver la date de 216, soit 831/832 de notre ère.

Aucun pèlerin chrétien ayant visité Jérusalem ne mentionne le Dôme du Rocher donc ne permet de dater effectivement l’édifice. Néanmoins, on attribue sa construction à Abd al-Malik. Son fils Walid a fait construire la Mosquée al-Aqsa sur la même esplanade. Elle se situe sur le côté sud. Si le Dôme n’avait pas existé, il aurait centré la mosquée. De plus, depuis l’occupation de Jérusalem (Aélia à l’époque) par les Arabes en 638, l’édification d’un « temple » était projetée. Théodore, un contemporain de l’événement s’offusque que l’archidiacre Jean, marbrier de son état, se soit enrôlé pour la construction. En 670, un évêque franc, Arculfe, y voit lors d’un pèlerinage un édifice fait de planches et de poutres. A-t-il vu les échafaudages précédant la construction ?

Quelle est l’origine du Rocher ?

La signification de ce rocher a évolué au fil du temps. Au départ, il semble avoir été le rocher sur lequel Dieu s’est reposé avant de remonter au ciel. Ensuite, il fut la pierre sur laquelle Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils Ibrahim, pour les musulmans, … ou Isaac, pour les juifs.


Le rocher à l’intérieur du Dôme

Les juifs ont emboîté le pas aux musulmans en changeant leurs traditions :

  • Ainsi, le rocher est devenu le « rocher de la fondation » qui se trouvait sous le saint des saints dans le temple… alors que ni les textes anciens, ni la Bible n’en parlent.
  • Et le mont sur lequel l’esplanade a été construite a été rebaptisé « Mont Moriah » car dans la Bible, c’est sur ce mont qu’Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice… alors qu’à l’origine, ce mont s’appelait le Mont Sion, mentionné plusieurs fois dans la Bible. Ainsi dans le psaume 74 : « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence ! » . Le mont Sion a été « déplacé » vers une autre colline de Jérusalem !

Au IX° siècle, le rocher prend une tout autre signification : c’est l’endroit où Mahomet pris appui pour monter au ciel lors de sa visite nocturne à Jérusalem. La Sira nous conte cet événement : alors qu’il habitait La Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui l’emmena la nuit vers Jérusalem sur le dos d’un animal fabuleux, Buraq, cheval à tête de femme, sorti tout droit de la mythologie perse. Cette légende a pour origine le verset 1 de la sourate 17 : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer nos merveilles. » Ce verset ne parle ni de Mahomet, ni de Buraq, ni de l’ange Gabriel pas plus que de La Mecque ou de Jérusalem. On remarquera que la mosquée construite à Jérusalem s’appelle « Mosquée al-Aqsa » qui en arabe signifie « Mosquée éloignée »… le tour est joué !

Mais d’où vient cet amas rocheux ? Pour élucider le mystère, il nous faut remonter dans le temps.

Vers 515 avant notre ère, les Judéens, revenus d’exil de Babylone avec le consentement des Perses qui ont vaincu les Babyloniens (Chaldéens), construisent un temple à Jérusalem. En 63 avant notre ère, le général romain Pompée est à Jérusalem. Il est venu aider le protégé de Rome à conquérir le trône de Judée. Il pense que les juifs vénèrent une tête d’âne. Pour en avoir le cœur net, il profane le temple et dans le saint du saint, ne trouve rien. Il est vide. S’il avait vu un amas rocheux, il aurait pensé que les juifs vénéraient une pierre, comme les bédouins arabes qui se déplaçaient avec une pierre symbolisant la présence de leur dieu. Mais rien !

En l’an 19 avant notre ère, un autre protégé de Rome, le roi Hérode le Grand, entreprend de bâtir le plus grand temple de l’empire romain. Plus par vanité que par ferveur religieuse. Le temple reposera sur une plateforme de 480 mètres sur 280 construite sur le mont Sion (le mont du Temple). Les travaux dureront 82 ans. Soit dit en passant, si Jésus a été au temple à Jérusalem, il n’a pu le voir qu’en construction, celle-ci s’est achevée en 63 de notre ère… mais le service religieux n’avait jamais été interrompu. Dans le temple d’Hérode, toujours pas d’amas rocheux, mais une esplanade parfaitement plane.

Ce temple n’a pas fait la gloire de la Judée très longtemps. Suite à une révolte des Judéens, il est détruit par le futur empereur romain Titus en 70.
En 133-135, l’Histoire se répète, nouvelle révolte, nouvelles destructions. Mais cette fois, l’empereur Hadrien rase la ville et construit une ville romaine qu’il appellera Aelia Capitolina. Aelius est son nom de famille et il place la ville sous la protection de Jupiter Capitolin en lui consacrant un temple qu’il fait bâtit sur l’esplanade probablement avec les matériaux du temple juif. Le temple est consacré à Jupiter, Junon et Minerve. On ne voit pas pourquoi les Romains auraient laissé un amas rocheux dans leur temple.

Emplacement du temple de Jupiter projeté sur l’esplanade actuelle.

Au IV° siècle de notre ère, des fanatiques chrétiens détruisent le temple. Lors de l’arrivée des Arabes à Jérusalem, l’esplanade est considérée comme un dépotoir, c’est ce que nous disent Théodore, un contemporain, ainsi que les chroniqueurs musulmans : Tabari (IX°s) (« Dieu a envoyé un prophète sur la décharge publique… ») et al-Bahri (XI°s) (« A cette époque, c’était une décharge publique »).

Que peut-on déduire de l’origine de ce « rocher » ? Il est très probable que ce soit les ruines du temple romain, lui-même construit avec les restes du temple juif.

Pourquoi l’édifice a-t-il été construit ?

On n’a pas de document d’époque décrivant l’usage de cet édifice. On sait que ce n’est par une mosquée : une grotte a été creusée sous le bâtiment pour servir de lieu de prière. Mais cette grotte n’est pas d’origine. Au X° siècle, un auteur musulman, al-Yaqubi prétend que le Dôme du Rocher devait remplacer la Kaaba à La Mecque comme lieu de pèlerinage, car à cette époque, La Mecque était aux mains de l’anti-calife al-Zubayr.

C’était très probablement un lieu de pèlerinage, mais pas comme celui de La Mecque, avec un cérémonial bien défini, mais un lieu de pèlerinage comme le Saint Sépulcre que les chrétiens visitent en se recueillant. Il faut se replacer dans le temps. L’islam n’est pas encore la religion formatée et rigide qu’elle deviendra à partir de la seconde moitié du IX° siècle : les hadiths (les paroles du Prophète) n’existent pas, pas plus que la charia et les cinq piliers de l’islam. C’est une religion en devenir, qui se cherche. C’est la religion d’Abraham, qui a donné naissance au judaïsme et au christianisme, mais quelle forme lui donner… elle n’a pas de clergé. A ce moment de l’histoire, cette nouvelle religion aurait pu prendre le même chemin que le mormonisme qui est devenu l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, née en 1830. C’est une religion, basée sur la Bible, révélée par le livre d’un prophète : Mormon (personnage mythique ayant vécu de 311 à 385… aux Etats-Unis).

Le pèlerinage à La Mecque qui attire des centaines de milliers de musulmans est un phénomène très récent qui date de la prise de pouvoir de la famille Séoud conseillée par les religieux wahhabites vers 1930. A cette époque on ne dénombrait que 50.000 pèlerins par an. C’est le voyage par avion qui a drainé les foules.

La Mecque est probablement un lieu de pèlerinage très ancien, fréquenté par les bédouins qui venaient implorer leurs dieux leur réclamant de l’eau. A La Mecque ? Cette cuvette aride ! A certaines périodes, des pluies torrentielles dans les montagnes environnantes inondent la cuvette. En 1630, la Kaaba fut emportée par les flots. Encore aujourd’hui, les pèlerins doivent dévaler en courant la colline d’Arafa vers la plaine de Mina pour simuler le flux des eaux. La dernière inondation date de 2014. En 2018, une tempête perturba le pèlerinage, le voile couvrant l’édifice s’envola. Vu les travaux d’infrastructure, les inondations sont de plus en plus fréquentes malgré les aménagements et le drainage.

Inondations de 1941

La Kaaba est donc un édifice pré-islamique qui servait probablement à entreposer les bétyles symboliques des bédouins. La Sira ne rapporte-t-elle pas que Mahomet y détruisit 360 idoles ?

En conséquence, le Dôme du Rocher n’est pas un édifice à la gloire de l’islam, mais est destiné aux chrétiens « orthodoxes » pour leur montrer leurs erreurs. Le dogme du christianisme actuel dit nicéen ou chalcédonien a été défini aux conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (451) : il n’y a qu’un seul dieu, mais il y a trois personnes en Dieu de même « substance » et qui n’ont pas été créés : le Père, le Fils et le Saint-esprit. Une de ces personnes, Jésus (le fils) a deux natures, l’une divine et l’autre humaine, chaque nature a sa propre volonté. Les Arabes de Syrie s’opposaient à ces arguties byzantines. Les inscriptions originelles du Dôme le prouvent. Voici la traduction de toutes ces inscriptions. Notez que rien n’est typiquement musulman dans ces textes, sauf la mention du prophète Mahomet, mis sur le même pied que Jésus.

Sur la face interne des arcades (face au rocher) sur 240 mètres :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui appartient la souveraineté et à lui la louange. Il donne la vie et donne la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez des bénédictions sur lui et saluez-le dignement. Que dieu le bénisse et que la paix soit sur lui. O gens du livre, n’exagère pas ta religion, ne dit rien sur Dieu sauf la vérité. Le Messie Jésus (ou Jésus-Christ), fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu, c’était sa parole qu’il a transmise par Marie et son esprit. Alors, croyez en Dieu et en ses messagers, et ne dites pas TROIS. Cessez, c’est mieux pour vous. Loin de sa transcendance d’avoir un fils, il a tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu se suffit. Jésus se contente d’être un serviteur de Dieu, comme les anges. Oh mon Dieu, bénis ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie. La paix soit sur lui, le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour où il ressuscitera. Tel était Jésus, fils de Marie, la vérité dont ils doutent. Il ne convient pas de donner à Dieu un fils. Gloire à lui. Dieu est mon seigneur et ton seigneur, alors sers-le.
Remarques : pour les musulmans, contrairement au texte, Jésus n’est pas mort, il est monté directement au ciel d’où il reviendra pour le jugement dernier. L’inscription parle du Messie Jésus, alors que pour les musulmans, il n’en est pas un. Est-ce une mauvaise traduction de Jésus-Christ ?
Le texte comporte des signes diacritiques ce qui prouve que la langue arabe était finalisée à la fin du VII° siècle.

Sur la face externe des arcades :
(1) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Il est Dieu, UN, l’éternel, il n’a pas été engendré, il n’a pas engendré. Il est incomparable. Mahomet est le message de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur lui. (2) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez sa bénédiction et saluez-le dignement. (3) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Louange à Dieu qui n’a pas de fils, ni de partenaire, ni de protecteur. Louez-le avec magnificence. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse ainsi que les anges et les prophètes. Que la paix soit sur lui, que Dieu ait pitié de nous. (4) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui la souveraineté et les louanges. Il donne la vie et la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Qu’il intercède lors du jugement dernier pour son peuple. (5) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Le dôme a été construit par le serviteur de Dieu (= Abdullah) al-Mamun, commandeur des croyants, en l’an 72. Que Dieu l’accepte de lui et en soit content. Amen, Seigneur des mondes, Dieu soit loué.
Remarques : c’est volontairement que le même texte se répète plusieurs fois, car si les inscriptions intérieures se voient en un coup d’œil, celles des arcades extérieures ne sont visibles qu’au fur et à mesure que l’on se déplace dans le déambulatoire. Comme il y a plusieurs portes d’entrée, on ne sait pas où commence le texte.
L’arabe s’écrit de droite à gauche, sauf les nombres. 72 n’est pas écrit 27.

Inscriptions de l’entrée est

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée est :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant. Louange au vrai Dieu, le vivant, l’éternel, maître des cieux et de la terre, lumière des cieux et de la terre, pilier des cieux et de la terre, l’UN, l’éternel. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Personne ne peut se comparer à sa gloire. Dieu donne la vie à qui il veux, il la retire s’il veut. Gloire à Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Bénis Mahomet ton serviteur, ton prophète, accepte qu’il intercède en faveur de ton peuple, qu’il soit béni et que la paix soit sur lui. Que Dieu préserve la vie d’Abdullah al-Mamun, commandeur des croyants, frère du commandeur des croyants Abu Ishaq, fils du commandeur des croyants al-Rashid. Que Dieu lui donne longue vie. Ce travail a été effectué par Salih ben Yahua, affranchi du commandeur des croyants dans le mois de rabi al-Akhir de l’année 216.
Remarques : la facture de l’inscription est plus grossière. La plaque a été posée à la demande d’al-Mamun mais Dieu n’a pas exaucé sa demande de longévité, il s’éteint en 218 de l’ère musulmane.

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée nord :
La plaque du portail nord porte des inscriptions identiques, mais elles ne sont pas signée.

Quel était son aspect originel ?

Il est fort probable que l’intérieur ait été conservé tel quel malgré quelques restaurations. Par contre, l’extérieur a été embelli à l’époque ottomane. Ainsi, des émaux et des inscriptions ont été ajoutées, elles sont l’oeuvre d’artisans émailleurs du quartier arménien de Jérusalem (sud-ouest) au XVI° siècle. Le toit, en feuille d’or, ne semble pas originel. Sur les peintures du XIX° et du XX° siècle, il est tantôt doré, tantôt gris. Quoiqu’il en soit, il a été restauré en 1994.

Abd al-Malik : l’apogée des Omeyyades

A la mort de Muawiya, après 20 ans de règne (en 680), un arrangement dynastique permit à son fils Yazid de devenir calife. Consternation parmi les factions rivales qui attendaient une élection par consensus comme le voulait la coutume dans les tribus. C’est le début de la deuxième guerre civile qui durera 12 ans et occupera 4 califes.

Dans le sud de la Mésopotamie (de l’Irak actuel), le fils d’Ali, Husayn, tenta de rassembler les partisans de son père parmi les tribus lakhmides rivales des Ghassanides de Syrie car soutien des Perses contre les Byzantins. Il n’en eut pas le temps, sa petite armée fut décimée à Karbala en 680, où il fut tué. Sa mort est toujours commémorée de nos jours par les chiites.

L’opposition du fils d’un compagnon de Mahomet a été plus sérieuse. Abd Allah ibn al-Zubayr, présenté comme petit-fils d’Abu Bakr, le neveu de Aïcha, se proclama « commandeur des croyants ». Parti d’Irak, il avait conquis la majorité du califat quand Abd al-Makik succéda à son père Marwan en 685. ibn al-Zubayr avait rassemblé tous les disciples de Mahomet. Il fit frapper des pièces de monnaie dans lesquelles l’influence perse est manifeste.

Dès son accession au pouvoir, Abd al-Malik chargea son fidèle général al-Hajjaj ben Youssef de mater le dissident. l’Egypte, puis l’Irak furent reprises. ibn al-Zubayr se réfugia dans la péninsule arabique. Le dernier acte se déroula à La Mecque où le rebelle aurait péri, d’après la tradition. Des récits contradictoires circulent sur les faits.

Les récits de la conquête ont été écrits au IX° siècle, sous la dynastie des Abbassides qui prit le pouvoir en 750, anéantissant les derniers représentants omeyyades. Ceux-ci ont alors été présentés comme des usurpateurs, des tyrans impies.

  • ibn al-Zubayr aurait détruit la Kaaba pour y décrocher la pierre noire et la mettre en lieu sûr. Si les sédentaires bâtissent des temples pour y vénérer leur(s) dieu(x), les nomades les emportent avec eux. ibn al-Zubayr a-t-il perpétué la tradition ?
  • Les troupes d’abd al-Malik auraient assiégé la Mecque durant 8 semaines et détruit la Kaaba en lançant des projectiles sur les assiégés. Cette version est peu crédible quand on connaît la situation de La Mecque, une cuvette entourée de collines rocheuses, sans eau (sauf une source à faible débit), où rien ne pousse. Les attaquants ont une position idéale, ils dominent la ville. Les nombreux chantiers de La Mecque pour construire des hôtels de luxe et aménager les lieux de pèlerinage n’ont jamais mis à jour la moindre trace d’un rempart de protection de la ville.

Vers un Etat arabe

Jusqu’à l’accession au pouvoir d’abd al-Malik, les administrations grecque et perse étaient restées en place. Le nouveau calife va rénover l’administration : les fonctionnaires seront arabes, et les documents seront rédigés en arabe. On peut donc en conclure qu’à cette époque, la langue arabe écrite était standardisée et ne prêtait plus à interprétation. Les anciens fonctionnaires et même l’entourage non arabe du calife furent congédiés. Ainsi, Jean de Damas (Jean Damascène ou Mansour ibn Sarjoun) dont le père, collecteur d’impôt pour l’empereur byzantin, était resté au service des califes, se retira dans le monastère de Saint-Sabas près de Jérusalem où il rédigea un livre sur les hérésies. Malgré son éviction de l’entourage du calife, il garda de lui une image d’un homme juste et tolérant.

Dans son ouvrage, daté de 743, il parle de l’islam et du Coran qu’il semble bien connaître ainsi que de la Kaaba comme lieu de pèlerinage.

… et musulman

Si mon opinion est confirmée, les Omeyyades sont originaires de Syrie où les tribus étaient chrétiennes. Alors pourquoi ont-ils opté pour l’islam ?
La réponse est différente pour les dirigeants et pour citoyens.

Il faut se replonger dans l’époque. L’islam primitif n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu au fil des siècles. Les hadiths, ces paroles de Mahomet, réelles ou inventées, n’ont pas encore été collectées, elles ne le seront qu’au VIIIe siècle. L’islam n’est pas encore une religion formaliste, le dogme n’est pas encore entièrement défini, mais les grandes lignes sont tracées : Mahomet a reçu le Coran, Jésus est un prophète qui n’a pas été crucifié, il faut embrasser la pierre noire de la Kaaba, le vin est proscrit… nous raconte Jean de Damas.

En abandonnant la religion chrétienne, les Omeyyades deviennent entièrement indépendants. En tant que chrétiens, ils étaient soumis à l’empereur byzantin, lui même aux ordres du pape de Rome (le schisme entre catholiques et orthodoxes n’était pas encore consommé). Ils devaient répondre de leurs actes auprès des patriarches et des évêques qui pouvaient les excommunier, les exclure de la communauté. Même s’ils n’adhéraient pas au dogme édicté à Chalcédoine en 451 (Il y a trois personnes en Dieu et Jésus est homme et dieu, il a deux natures et deux volontés), ils n’en étaient pas moins soumis à leurs évêques. En devenant musulmans, ils devenaient califes, représentants de Dieu sur terre, successeurs du prophète Mahomet, et commandeurs des croyants. Ils étaient tout puissants. La fonction de calife ira en se dépréciant au fil du temps, les docteurs en religion prenant de plus en plus d’importance.

C’est sous abd al-Malik que la première référence à Mahomet apparaît sur les pièces de monnaie. On y lit la chahada complète : « il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son prophète ».

Pour le commun des mortels, devenir musulmans permettait d’échapper à l’impôt de capitation (djizia) dû par tous les hommes non musulmans en âge de porter les armes. Les musulmans devaient eux s’acquitter de l’aumône, qui est un principe religieux (zakât). Cette « conversion » faisaient d’eux des citoyens de première classe.

Le Dôme (ou Coupole) du Rocher de Jérusalem.

L’oeuvre majeure d’abd al-Malik, toujours visible de nos jours est le Dôme du Rocher à Jérusalem, construit en l’an 72 du calendrier musulman, qui correspond à 691/692. Je lui consacrerai l’article suivant car cet édifice est plein de mystères.

Muawiya : le premier calife omeyyade

Le cas de Muawiya est très intéressant car il illustre la manière dont l’idéologie reconstruit l’Histoire.

Que nous dit la tradition sur ce calife ?

Muawiya est le cinquième calife. Il « succède » (prend le pouvoir) aux califes « bien guidés », les compagnons de Mahomet :

  • Abu Bakr (632-634) qui, selon la tradition, a rassemblé toutes les tribus de la péninsule arabique sous la bannière de l’islam.
  • Umar (634-644) toujours selon la tradition, lance la conquête des empires byzantin et perse. Il serait également le législateur, celui qui mit en place les grandes lignes de l’administration. Il meurt assassiné à Médine.
  • Uthman (644-656) aurait compilé le Coran. Il meurt assassiné à Médine.
  • Ali (656-660) meurt assassiné à Koufa en 661, sur les rives de l’Euphrate, en entrant dans la mosquée. Il était accusé d’avoir fait assassiner son prédécesseur.

De ces califes, nous n’avons aucune preuve historique de leur existence : ni pièce de monnaie à leur effigie, ni document signé de leur main, ni inscription. Il faut attendre le IX° siècle pour que la tradition musulmane nous renseigne sur les faits et gestes de ces personnages. A cette époque, les califes omeyyades sont présentés comme des tyrans impies ayant mis fin à l’âge d’or de l’islam. C’est seulement à cette époque également que la différence en sunnites et chiites fait son apparition.
Les quatre premiers califes sont appelés « salaf« , les ancêtres, aussi honorés sous le nom de « al-salaf al-salih« , les pieux ancêtres. Le salafisme est donc un mouvement qui veut retourner aux sources de l’islam. Or on ne sait rien de cet islam des débuts de la conquête.

NB : la grande majorité des historiens (99% ?), même ceux qui se qualifient de chercheurs, acceptent la tradition musulmane comme étant la transcription exacte de l’Histoire.

Muawiya est le fils d’Abu Sufyan et le cousin d’Uthman.
D’après la tradition, tous les califes appartiennent à la tribu des Qurayshites qui occupait La Mecque. A l’époque de Mahomet, Abu Sufyan, du clan des Abd Shams, était le riche chef de la tribu. Il était hostile à Mahomet, du clan des Hashim, et à sa prédication. Il le chassa de La Mecque et l’assiégea plusieurs fois à Médine, avant de se convertir quelques temps avant la mort du prophète.
Le nom Omeyyade vient d’un ancêtre du clan appelé Umayya, grand-père d’Abu Sufyan.

Muawiya, cousin de Uthman, était gouverneur de Syrie, c’est lui qui accusa Ali du meurtre du calife. Il est donc à l’origine de la première guerre civile entre Arabes. Il profita de défaite d’Ali pour se faire proclamer calife (660-680) à Jérusalem et installer le califat à Damas, alors qu’auparavant, le centre de décision était à Médine… à mille kilomètres du théâtre des opérations militaires ! Il offrit une grosse d’argent au fils survivant d’Ali, Hasan, pour qu’il abandonne la vendetta et renonce à ses prétentions califales.

Durant cette première guerre civile qui opposa les Arabes de Syrie aux partisans de Mahomet, la tradition nous rapporte un événement surréaliste que les historiens considèrent comme un fait avéré. Voici ce qu’en dit le très sérieux « Dictionnaire historique de l’islam », sous la rubrique « Ali ibn Abi Talib  » : « Lors de la bataille de Siffin (658), tandis que les troupes syriennes semblaient faiblir, leur chef fit hisser des feuillets du Coran sur les lances demandant par là que l’on recourût à un arbitrage fondé sur la consultation du Coran. » Dans le même ouvrage, on lit sous la rubrique « Coran » que le troisième calife, Uthman, qui est mort deux ans avant la bataille, fut chargé de compiler le Coran : « Le calife conserva un exemplaire à Médine où il résidait et envoya les (trois) autres exemplaires dans les grandes villes de l’empire Bassorah, Koufra et Damas. »

Il y avait donc quatre exemplaires du Coran, à cette époque, que les soldats impies transportaient avec eux et qu’ils déchiraient allègrement… Pas étonnant qu’on n’en retrouve aucune trace.

Que sait-on du personnage historique ?

C’est le premier calife dont le nom apparaît sur des monnaies et des documents. En tant que gouverneur de Syrie, il fait construire une flotte pour s’emparer de l’île de Chypre. C’est la première flotte musulmane. Il enverra même son fils Yazid, qui lui succéda, assiéger Constantinople… en vain.
Il ne change rien à l’administration qui reste aux mains des Grecs (byzantins) et des Perses. Un contemporain dira de lui : « il permit à chacun de vivre à sa façon« . Il nomma cependant deux familiers comme « vice-rois » représentant le pouvoir dans l’ancien empire byzantin et dans l’ancien empire perse.

Il poursuivit la conquête vers l’ouest pour atteindre le Maghreb où il dut faire face à une vigoureuse opposition des Berbères. A l’est, les Arabes ont atteint le fleuve Oxus : tous les territoires de l’empire perse (sassanide) sont sous leur contrôle. L’Arménie et l’Anatolie restent aux mains des Byzantins et de leurs alliés.

Ce qui est remarquable, c’est le pèlerinage que Muawiya effectua à Jérusalem où il pria au Saint-Sépulcre, qui englobe le mont Golgotha et le tombeau de Jésus s’il faut en croire la tradition. Il se rendit également sur la tombe de Marie (l’église de l’Assomption), située dans la vallée du Cédron, près du Jardin des Oliviers. Cette vallée a été comblée, il faut donc descendre une quarantaine de marches pour voir un banc de pierre présenté comme la sépulture de Marie… qui d’après une autre tradition est morte à Éphèse où elle aurait suivi l’apôtre Jean.

Muawiya épousa une chrétienne, Maysun qui lui donna un fils : Yazid. Celui-ci épousa deux filles nobles de la tribu des Ghassanides, des chrétiennes. Tiens donc ! Il est probable que Muawiya et la dynastie omeyyade étaient originaires de Syrie, et non des Arabes de la péninsule. Durant son règne, il n’est jamais fait allusion ni à l’islam, ni à Mahomet. C’est le calife qui légifère, pas les religieux comme ce sera le cas au IX° siècle. Était-il chrétien ou voulait-il s’attirer la sympathie des chrétiens ?Mais dans ce cas, pourquoi ne pas se rendre sur les hauts lieux du zoroastrisme en Perse. N’oublions pas que les Arabes de Syrie et d’Irak étaient chrétiens, mais opposés à l’orthodoxie de Byzance (et de Rome).

Quelle est la situation religieuse à cette époque ?

Il n’y a pas de distinction claire entre ce qui deviendra l’islam et les autres religions. L’islam est-il une autre forme de christianisme ou une déviance du judaïsme, on pouvait se poser la question.
Essayons de nous projeter dans l’époque : les habitants s’habillent de la même façon, ils parlent la même langue, ont les mêmes usages et probablement, prient de la même manière. Allah signifie dieu en arabe quelque soit la religion. Et si les évêques ont une idée plus ou moins précise du dogme, ce n’est pas pareil pour le commun des croyants… comme c’est toujours le cas aujourd’hui.

La variété des monnaies est la preuve de ce syncrétisme. On voit indifféremment des croix chrétiennes héritées de l’empire byzantin frappées sur des pièces arabes ou, plus tard, le symbole perse d’Ahura-Mazda s’afficher avec l’inscription « Mahomet envoyé d’Allah ».
A l’époque de Muawiya, les pièces de monnaie portent la formule « Au nom de Dieu mon seigneur ». Son fils les datera de « année 1 de Yazid ».

La société est donc multiforme : il n’y a pas d’ostracisme racial, linguistique ou religieux. Il faudra attendre Abd al-Malik (685-705) pour que les Arabes soient favorisés dans l’administration et Umar II (717-720) pour que les chrétiens et les juifs reçoivent un statut différent, inférieur aux musulmans, la dhimma, un contrat de protection pour les non-musulmans. Ce statut est à l’origine financier : les hommes non-musulmans en âge d’être soldat devaient payer un impôt spécifique, mais c’est aussi une copie des lois byzantines à l’égard des non chrétiens « orthodoxes ».

Les Martyrs (fin)

Pourquoi y a-t-il eu des persécutions en 303 ?

Plusieurs causes sont possibles.

Le refus du sacrifice ?

On entend souvent dire que les chrétiens ont été persécutés car ils refusaient de prêter allégeance à l’empereur ou à sacrifier aux dieux romains. En fait ce refus n’est pas la cause première de la persécution. Le sacrifice était une étape dans la procédure judiciaire, comme on prêtait serment sur la Bible dans nos sociétés, mais le refus d’obtempérer entraînait de facto la condamnation du prévenu.

Dans l’empire, les prévenus bénéficiaient de garanties, toute condamnation reposait sur des bases légales, les poursuites n’étaient pas le fait d’une volonté arbitraire d’un tyran. Les accusés pouvaient faire appel à un avocat. De plus, le système judiciaire reposait sur l’accusation, non sur une instruction : il n’y avait pas de police judiciaire ni de juges d’instruction. On était poursuivi sur accusation.

Législation sur les collèges

En Grèce comme à Rome, les associations ou « collèges », pouvaient se créer librement, à condition de respecter la législation de la cité et de ne pas troubler l’ordre public. Cette dernière condition induisait une certaine surveillance parfois méfiante des autorités envers les associations nouvelles ou semi-clandestines. Les collèges pouvaient tenir des réunions régulières, servir des repas communs, avoir des représentants, mettre des biens en commun, aider ses membres nécessiteux, posséder des concessions funéraires et assurer les funérailles de ses membres
C’est dans ce cadre légal que les premiers chrétiens ont été perçus, non comme membre d’une église universelle structurée.

Les persécutions ont pu se développer localement suite à une plainte contre les bonnes mœurs ou contre la sécurité de l’Etat. En cas de condamnation, les représentants (ici les évêques) étaient sanctionnés et les biens communs saisis. Ce qui peut expliquer qu’un évêque soit condamné à mort ou exilé et que les ornements dans le lieu de réunion soient confisqués.

L’attente de la parousie : la trahison

Les chrétiens vivaient dans l’attente du retour du Christ. Ce qui a donné toutes sortes de dérives : du refus de procréer jusqu’à la licence sexuelle effrénée. Les chrétiens se sentaient en exil dans l’empire romain qu’ils associaient à Babylone, lieu d’exil des Juifs au VI° siècle avant notre ère, ils aspiraient à la Jérusalem céleste. L’affaiblissement du pouvoir de Rome donna espoir à délivrance et à l’avènement du royaume de Dieu sur terre, d’autant plus que les Perses étaient aux portes de l’empire. Or ce sont les Perses qui avaient mis fin à l’exil des Juifs.

Lors du siège d’Antioche (252 et 260), des chrétiens de Syrie se sont ralliés aux Perses, ce qui a été vu comme une trahison par Rome. Des chrétiens furent exécutés comme traîtres et la religion manichéenne, venant de Perse, a été momentanément interdite.

Mais depuis, Dioclétien a conclu une paix avec les Perses en 297 qui dura 40 ans. Ce n’est donc pas la cause de la persécution de 303.

La haine de la mode de vie romain

La lecture de l’Apocalypse de Jean donne une idée précise de la haine des chrétiens pour Rome. Les chrétiens ont-ils vu dans la Tétrarchie les quatre cavaliers de l’Apocalypse (hypothèse) ?

De nombreux chrétiens étaient très bien intégrés dans l’empire. Les empereurs, dont Dioclétien, comptaient des chrétiens parmi leurs proches conseillers. Ils étaient aussi représentés à tous les niveaux hiérarchiques de l’armée.

Toutes les tendances étaient donc représentées, comme pour les musulmans dans nos pays : des intégrés aux intégristes.

Le choix du martyre

Qui mieux que Tertullien (155-222) illustre cette attente du martyre : « Notre combat à nous, c’est d’être traduits devant les tribunaux afin d’y lutter, au péril de notre vie, pour la vérité. Or, c’est remporter une victoire que d’atteindre le but pour lequel on lutte. Et cette victoire a un double résultat : la gloire de plaire à Dieu et le butin qui consiste à la vie éternelle… le sang des chrétiens est une semence.« .
Les chrétiens sont persuadés de détenir la vérité et ils luttent contre le mensonge, contre le Diable. Mourir en martyr ouvre les portes du Paradis.

Ce qu’en disent Lactance et Eusèbe de Césarée

Pour Eusèbe de Césarée, c’est très simple, c’est écrit dans la Bible : « Le Seigneur étendit les ténèbres de sa colère sur la fille de Sion… « . A cause de la grande liberté de culte dont ils jouissaient, les chrétiens se sont complus dans la mollesse et la nonchalance (sic). Dieu les a puni. Curieusement, on verra que ce thème est repris dans l’édit de tolérance de Galère en 311.

Lactance, pour sa part, cherche réellement une cause à la persécution. Pour lui, tout commence lorsque l’empereur consulta les haruspices entourés de sa garde rapprochée. Les chrétiens qui la composaient « marquèrent leurs fronts du signe adorable de la croix » et patatras, les dieux sont restés sourds à la demande de l’empereur. La prédiction n’a pas pu se faire : le foie de l’animal ne présentait pas de protubérances. Il fit fouetter les coupables et demanda qu’on fasse prêter allégeance à tous les militaires en excluant ceux qui refuseraient. Lactance conclut « sa colère n’alla pas plus loin« .

C’est Galère, son césar qui va déclencher les hostilités profitant du courroux de Dioclétien. Sa mère était très superstitieuse et elle s’irritait que son entourage chrétien évite sa table et préfère le jeûne et les prières à la bonne chère. Comme on peut le constater, il y a des chrétiens partout.

Dioclétien résista longtemps aux propositions de Galère, puis s’inclina, recommandant que les choses se passent sans effusion de sang. Toujours d’après Lactance.

Un édit fut affiché qui « déclarait infâmes tous ceux qui faisaient profession de la religion chrétienne« . Un chrétien mis le feu à l’édit. Il fut condamné au bûcher. Ensuite, quelqu’un bouta le feu au palais de l’empereur… et on accusa les chrétiens. Domitien fit brûler tous ses domestiques.

Voilà, d’après Lactance, l’origine de la persécution.
Deux remarques s’imposent :

  1. Comment les édits étaient-ils « affichés » dans toutes les villes de l’empire alors que les Romains ne connaissaient ni le papier, ni l’imprimerie, ni les moyens de reproduction ? Eusèbe prétend qu’ils étaient en airain. Alors comment les brûler ?
  2. Les édits dont on parle ne nous sont connus que par les écrits chrétiens. Si Lactance parle d’un édit, Eusèbe nous détaille quatre édits, dont je reparlerai.

Quelle a été l’ampleur de la persécution ?

Y a-il eut persécution ?
Sans aucun doute. Outre les témoignages de Lactance et d’Eusèbe qu’on peut accuser d’exagération, d’apologie et de subjectivité, l’émergence du donatisme (du nom de son initiateur, l’évêque Donat) en Afrique du nord en est la preuve. Donat qui avait été persécuté… mais toujours en vie, décréta que les évêques qui avaient « failli » en prêtant allégeance à Rome ne pouvaient plus exercer leurs fonctions, les sacrements qu’ils donnaient n’avaient plus de valeur.

Lactance ne détaille pas les souffrances endurées par les martyrs, au contraire d’Eusèbe. Il nous dit simplement : « Quand j’aurais cent langues et cent bouches et une voix de fer, je ne pourrais pas raconter les divers tourments dont les fidèles furent affligés« . Il nous dit que la persécution ne s’est pas étendue à la Gaule… qui était gouvernée par le père de Constantin,… ça aurait fait tache. On apprend qu’à la fin de la persécution, un de ses amis, qui avait été arrêté, sort de prison (en vie). Pour rappel, lui n’a jamais été inquiété.

Par contre, Lactance s’étend longuement sur une persécution qui touche tous les Romains : « Galère dégrade les magistrats, applique la question aux plus illustres des citoyens, traîne les femmes de qualité au gynécée« . Il torture, brûle, crucifie : « plus d’éloquence, plus d’avocats, tous les jurisconsultes relégués ou morts« . La raison de cet accès de folie est flou. Tout d’abord, Lactance impute à Galère le désir de voir tous les Romains réduits en servitude. Idée qui lui serait venue lors de sa victoire contre les Perses 5 ans auparavant. Il nous dit ensuite que la luxure en est la cause avant d’accuser sa cupidité : « on ne pouvait ni vivre ni mourir gratuitement« .

Eusèbe de Césarée est beaucoup plus prolixe sur les arrestations, tortures et mises à mort. Chaque cas révèle des tourments différents. Il détaille en outre quatre édits, qui se trouvent dans l’Histoire ecclésiastique, livre IX :

  1. Le premier est affiché le 24 février 303. Il prévoit la destruction des édifices de culte chrétiens et leur écrits. Tout chrétien est privé de ses charges et de ses droits. Notons qu’à la fin de la persécution, les édifices et les biens seront rendus aux chrétiens.
  2. Le deuxième date du printemps de la même année : tout le clergé chrétien est arrêté. Eusèbe n’est pas du lot !
  3. Le troisième suit en automne 303 : toute personne exerçant une fonction dans l’empire doit sacrifier à l’empereur.
  4. Et enfin, début 304, tous les chrétiens sont nommément appelés à sacrifier. On se croirait projeter en France en 1942 lorsque la police arrête les juifs fichés. On ne peut pas croire que les Romains gardaient des listes de chrétiens. Et une nouvelle fois, Eusèbe n’est pas inquiété… à moins qu’il ait sacrifié, le traître !

Dans son livre « sur les martyrs en Palestine », il détaille toutes les arrestations et exécutions. Le premier martyr, Procope est arrêté en juin 303… pour avoir critiqué l’empereur. Alors que suivant les édits, tout le clergé aurait déjà dû être sous les verrous. Si on poursuit la lecture, les martyrs suivants sont exécutés en décembre. La justice était déjà lente.

Je ne résiste pas à vous faire partager un supplice que les Romains ont réservé aux chrétiens de Tibériade, d’après Eusèbe qui était présent. Une « machine » a permis de ployer les arbres jusqu’à ce que leurs plus hautes branches touchent terre. On attacha les jambes des suppliciés à deux branches distinctes et on relâcha la pression. Les martyrs furent projeter vers le ciel et écartelés. Quelle imagination ces chrétiens… heu pardon, ces Romains.

Comment la persécution a-t-elle pris fin ?

La Tétrarchie n’a pas été un long fleuve tranquille. En 303, elle est au faîte de sa gloire : les quatre empereurs, tous victorieux sur les différentes frontières, se retrouvent à Rome pour célébrer les 20 ans de règne de Dioclétien.

En 305, les augustes, Dioclétien et Maximien, abdiquent volontairement. Galère et Constance Chlore deviennent logiquement augustes et se choisissent Maximin Daïa et Sévère comme césars. Jusque là, tout va bien.

En 306, l’anarchie reprend à la mort de Constance Chlore lors d’une campagne contre les Bretons. Son fils, Constantin est proclamé auguste par ses troupes. Maxence, le fils de l’ancien auguste Maximien, se proclame auguste à Rome. Sévère, l’héritier désigné est assassiné. S’en suit une période troublée qui voit le retour de Dioclétien pour arbitrer le conflit. En vain.

En 310, Galère qui s’est maintenu comme auguste en Orient, plus calme, s’associe à Constantin qu’il reconnaît comme auguste d’Occident.

Mais il faut attendre 312 et la victoire des légions de Constantin sur celles de Maxence à Rome, conjuguée à l’élection de Licinius en Orient pour qu’un semblant de paix soit rétablie.

Entre temps, en 311, Galère, à l’article de la mort, publie un édit rétablissant la liberté religieuse, restituant édifices et biens confisqués et prévoyant la réparation des dommages causés. Lactance nous donne une copie de cet édit en 20 lignes d’une page A4. Il spécifie que Galère a mis fin à la persécution pour que les chrétiens prient pour sa santé. Le texte de l’édit repris par Eusèbe est totalement différent, mais comme il le dit, il l’a traduit du latin.

Dans cet édit, Galère justifie les poursuites par le fait que les chrétiens avaient abandonné la secte de leurs ancêtres et qu’ils avaient promulgués des lois contraires aux lois romaines. Il leur permet donc de tenir à nouveau leurs assemblées, mais de ne plus rien faire contre les lois. Lactance et Eusèbe sont d’accord sur le fond. Pour Lactance, les prisonniers sortent des geôles, pour Eusèbe, ils reviennent des mines.

En 313, Constantin et son beau-frère Licinius, réunis à Milan, confirment la politique de tolérance… pour que l’ordre règne dans l’empire.

Leur amitié, faite de haut et de bas, prend fin en 324 lorsque Constantin fait assassiner Licinius après l’avoir vaincu sur le terrain. Il prend seul la direction de l’empire et nomme ses deux fils Constantin II et Constance II césars. La même année, il transforme la ville grecque de Byzance, la capitale de la Thrace, sur la rive européenne du Bosphore pour en faire sa capitale : Constantinople.

Sur son lit de mort en 337, il se fait baptiser. Il sera le premier empereur chrétien (à moins que ce ne soit Philippe l’Arabe). Curieusement, alors qu’en 325, il avait convoqué le concile de Nicée pour mettre fin aux disputes dogmatiques entre les chrétiens, concile qui avait rejeté l’arianisme, il se fait baptiser par un évêque arien : Eusèbe de Nicomédie.

Les historiens discutent encore pour savoir si Constantin était déjà un chrétien convaincu longtemps avant sa mort. Sur la pièce de monnaie d’un solidus, monnaie qu’il a créée et qui perdurera des siècles sous le nom de « sol » puis de « sou », on voit Constantin protégé par le dieu Sol Invictus… et sur le bord droit, entouré, ce qui semble être un chrisme.

Solidus datant de 313

Les auteurs chrétiens ont encensé Constantin malgré les meurtres commis sur des membres de sa famille et sa conversion à l’hérésie arienne. Il a été canonisé par l’Eglise orthodoxe. Mais les auteurs non chrétiens ont une toute autre vision, comme Zosime, un historien grec de la fin du V° siècle. Son « Histoire nouvelle » est miraculeusement arrivée jusqu’à nous, copiée par des moines byzantins. Pour lui, la décadence de l’empire est dû à deux causes :

  1. La négligence de Constantin, davantage préoccupé par son faste et ses plaisirs que par la sécurité des frontières. Le mal fut aggravé par son fils Constance II, et Julien (empereur païen) n’eut pas le temps de réparer les effets. Il fut tué lors de la guerre contre les Perses d’une flèche dans le dos tirée par un de ses légionnaires chrétiens, dit-on.
  2. La protection accordée à un culte nouveau, le christianisme, et l’abandon des dieux auxquels les Romains devaient depuis longtemps leur gloire et leur prospérité.

Épilogue.

Le christianisme romain, c’est à dire, le catholicisme est sorti victorieux de son bras de fer avec l’empire. En 380, il devient la religion d’Etat.

Et les persécutions peuvent commencer.
Les chrétiens vont s’en prendre à tous ceux qui ne sont pas de leur avis : les juifs, les hérétiques, les païens, les philosophes néoplatoniciens. La figure marquante de ces pogroms est la philosophe, mathématicienne et astronome grecque Hypatie qui fut rouée de coups, démembrée et brûlée à Alexandrie en 415 avec l’assentiment de l’évêque Cyrille. Comble de l’ironie, elle aurait servi de modèle à Sainte Catherine. Cette fête religieuse a disparu du calendrier romain en 1969, « en raison du caractère fabuleux de sa passion » et du doute qui pèse sur l’existence même de la sainte.

Si le Vatican commence à se poser des questions sur la réalité de ses saints, le calendrier sera bientôt vierge.

Les martyrs (2me partie)

Pour justifier leur statut de martyr, les chrétiens, au cours des siècles, ont colporter de fausses idées sur le statut de leur religion dans l’empire romain. Ne perdons pas de vue que la plupart des documents en notre possession ont été copiés et recopiés par des moines instruits ou non et que les interpolations ne sont pas à négliger.

Une question de vocabulaire
Le vocabulaire a évolué avec le temps. Martyr en grec (μάρτυρας) signifiait « témoin » et non pas « torturé et mort dans d’atroces souffrances ». Il n’est pas rare de lire dans les textes anciens : « il se disait martyr  » (donc en vie). Dans les Actes des Apôtres (1, 8), Jésus dit « vous serez mes témoins à Jérusalem » qui est la traduction de « μοι  μάρτυρες ἔν τε Ἱερουσαλήμ ».

Persécution (persecutio en latin) veut simplement dire « poursuite » que ce soit judiciaire ou non. En anglais, « prosecutor » signifie « procureur », celui qui poursuit les délits. Lors des combats de gladiateurs, très réglementés, le secutor est celui qui poursuit son adversaire, le rétiaire, un combattant léger, au filet et au trident.
Donc, « persécuter les martyrs » signifiait « poursuivre en justice ceux qui témoignent de leur foi (chrétienne) ».

La religion chrétienne s’est rapidement propagée dans l’empire.
Vrai et faux.
On estime qu’au début du IV° siècle, les chrétiens représentaient moins de 5% de la population de l’empire romain, avec de fortes disparités. La Gaule et l’Espagne sont peu christianisés. Les chrétiens sont moins présents dans les campagnes que dans les villes. Rome devait compter 10% de chrétiens. C’est en Egypte que l’on trouvait le plus de chrétiens, environ 20% de la population d’Alexandrie.

Notons que l’on ne trouve pas de traces de présence chrétienne à Pompéi, détruite en 79 de notre ère.

Jusqu’au premier quart du II° siècle, les Romains ne font pas de différence entre les juifs et les chrétiens considérés comme une secte juive. Pline le Jeune, sénateur de 80 à sa mort en 115 (ou 113) ne connaît pas les chrétiens. A la fin de sa vie, comme gouverneur de Bithynie, il s’interroge sur « ces gens qui à l’aube chantent des hymnes à Christos, comme si c’était un dieu« .

Donc, les persécutions de chrétiens sous Néron (54-68) ou Domitien (81-96), sont très peu probables. Néron a certainement condamné au bûcher les incendiaires de Rome et Domitien fut un tyran, assassinant plusieurs membres de sa famille… mais ils n’ont pas visé spécifiquement les chrétiens.

La religion chrétienne était interdite.
Faux.
Les Romains acceptaient tous les dieux, ils avaient même créé un temple en leur honneur, le Panthéon. Dans les Actes de Pierre, que j’ai déjà cité, un sénateur dit à Pierre qui hésitait à parler : « rassure-toi, les Romains sont les amis des dieux« . C’est un auteur chrétien de la fin du II° siècle qui l’écrit.

Nous avons connaissance de deux religions qui ont été momentanément interdites pour trouble à l’ordre public : la procession en l’honneur d’Attis, car les adeptes s’émasculaient en rue et le culte de Bacchus (en -186) suite à un scandale politico-érotique.

Les chrétiens pratiquaient leur religion au grand jour. On recense de nombreux déplacements d’évêques pour assister à des synodes (locaux) ou des conciles (généraux) pour juger les hérésies… qui foisonnaient à l’époque. Eusèbe cite un concile à Rome qui a rassemblé « 600 évêques et un bien plus grand nombre de prêtres et de diacres« . Origène (III° siècle) rassemblait « des milliers d’hérétiques, qu’il convertissait, et un grand nombre de philosophes parmi les plus distingués« . Ce même Origène, qui sera bien sûr persécuté (emprisonné), est appelé, après sa libération, en Arabie (en fait à Bosra, en Irak) à la demande du gouverneur pour « donner connaissance de sa doctrine« . Origène nous conte lui-même les supplices qu’il a dû endurer durant son incarcération… mais doit-on le croire, lui qui était ce qu’on qualifierait maintenant de sado-masochiste. Ne s’est-il pas émasculé à l’âge de 17 ans ?

Notons que les auteurs ne sont pas à une exagération près et que la mention de « prêtres » est peut-être un anachronisme : les prêtres dans la religion chrétienne n’apparaissent qu’au début du IV° siècle.

Eusèbe de Césarée dans le septième livre de son Histoire ecclésiastique, où il reprend des textes de Denys d’Alexandrie (III° siècle), nous dit que dans cette ville, Denys a fait appel à l’empereur Aurélien pour chasser de l’évêché un évêque hérétique. Et ce ne sont que quelques exemples.

Les premiers chrétiens se réunissaient dans les catacombes à Rome.
Faux.
Nous devons cette invention à Chateaubriand dans son ouvrage Les Martyrs. Les catacombes de Rome étaient des carrières qui ont été exploitées jusqu’au début du III° siècle. Comme les emplacements vacants devenaient rares à Rome, elles ont servi, par la suite, de cimetières aux chrétiens, mais aussi aux juifs et aux Romains qui désiraient garder trace de leurs défunts.

Dans un premier temps les chrétiens se réunissaient dans les synagogues ou au domicile d’un adepte avant de faire construire des églises de plus en plus richement ornées. Une grande église dominait même le palais de Dioclétien à Nicomédie et contrairement à ce qu’affirment certains, elle ne fut pas brûlée lors de la persécution car, d’après Lactance, l’empereur « craignait que l’embrasement se répandit aux grandes maisons voisines« … Elle fut néanmoins rasée.

Les habitants de l’empire devaient sacrifier aux dieux romains.
Vrai et faux.
Assister à un sacrifice était un grand honneur, car le sacrifice se faisait en petit comité, et en silence. Le déroulement devait être parfaitement respecté sous peine de nullité du sacrifice. Seuls les hommes libres ayant la citoyenneté romaine pouvaient y participer.

En 212, Caracalla étendit le droit de cité à tous les hommes libres de l’empire romain. Ce qui implique que tous les habitants de l’empire pouvaient s’engager comme légionnaire, qu’ils soient Romains ou Barbares : il crée ainsi une armée de Macédoniens et de Spartiates. Mais la citoyenneté romaine n’oblige pas les « étrangers » à abandonner leurs droits et coutumes locales.

Aurélien (270-275) institutionnalisa le culte solaire de Sol Invictus, divinité originaire d’Orient (Syrie) et très populaire dans les armées du Danube, fêtée le 25 décembre. L’empereur s’identifia à cette divinité. Sur ses monnaies, on trouve l’inscription « deus et dominus natus », né dieu et seigneur.

L’empereur est ainsi le seul à assurer la prospérité et la sécurité de l’empire. En cas de besoin, il sera demandé aux citoyens de prêter allégeance à l’empereur, à Rome. Cérémonie qui consiste soit à brûler de l’encens, à faire une offrande en fruits ou céréales ou à se courber devant sa stature, là où il y en a une. Tout refus sera considéré comme une trahison et passible de poursuite. C’est la cause première de la persécution des chrétiens qui n’avaient probablement pas lu les évangiles où Jésus dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.« . On verra que, néanmoins, beaucoup de chrétiens sacrifieront à l’empereur ou obtiendront une dispense. Ce qui plus tard posera problème, on en reparlera.

Notons que jamais les habitants d’une ville n’ont dû de sacrifier à l’empereur collégialement.

Les chrétiens étaient martyrisés lors des jeux du cirque.
Vrai et faux.
Dans l’empire, les jeux étaient très codifiés et leur contenu dépendait de l’organisateur, l’empereur ou un édile, et de la taille du cirque. Le clou du spectacle était les gladiateurs, les stars de l’époque, qui paradaient dans les rues la veille des jeux. Les gladiateurs étaient des hommes libres qui s’engageaient pour une certaine période, souvent 5 ans, auprès d’un laniste. C’étaient donc des professionnels rémunérés pour leurs combats. Au cours de son engagement, un gladiateur ne combattait pas plus de deux ou trois fois par an avec une arme réelle. On estime que 10 à 15% mourraient des suites du combat, souvent d’une blessure mal soignée. La plupart se retiraient fortune faite.

Les jeux organisés par les empereurs commençaient par une chasse aux bêtes exotiques ou par une reconstitution d’un combat naval (dans le Colisée, par exemple). A midi, on exécutait les condamnés à mort. C’est à cette occasion que certains chrétiens ont pu mourir dans le cirque. Mais Lactance n’en parle pas lorsqu’il évoque l’inauguration du cirque que Dioclétien a fait bâtir à Nicomédie. Eusèbe ne parle pas de jeux du cirque. L’après-midi était consacré aux combats de gladiateurs, qui se déroulaient sous le contrôle d’arbitres.

Nous n’avons que deux mosaïques montrant un condamné dévoré par un fauve. Et bien entendu, la tradition y voit un chrétien.

La troisième partie de cet article est consacrée à la façon dont Eusèbe de Césarée et Lactance ont vu et vécu la grande persécution de 303.