Les enfants gâtés de la Péninsule arabique

Un peu de géopolitique

L’Arabie saoudite est un royaume gouverné depuis 2015 par Salmane ben Abdelaziz al Saoud (né à Riyad en 1935), le 25° fils du fondateur de l’Etat, ibn Séoud en 1932. La tribu d’ibn Séoud vivait dans le désert au centre de l’Arabie, dans la région de Riyad, ce qui explique que cette bourgade du désert soit devenue la capitale de l’Arabie saoudite. Les Séoud ont renversé le chérif de La Mecque, Hussein, pour prendre le contrôle de toute l’Arabie. Ils ont emmené avec eux des religieux rigoristes, les wahhabites.

Abu Dhabi est un émirat gouverné par Khalifa ben Zayed. Les citoyens de ce pays n’ont pas le droit de vote et la liberté d’expression y est fortement encadrée par des lois. Abu Dhabi, qui vit des rentes du pétrole, compte près de 3.000.000 d’habitants dont plus de 70% sont des travailleurs étrangers. Abu Dhabi, dont la capitale porte le même nom, est le plus important (80% du territoire) émirat des Emirats arabes unis, une fédération qui regroupe depuis 1971 sept émirats, dont Dubaï.

Le Qatar était pressenti pour faire partie des Emirats arabes unis, comme le Bahrein, mais ils ont choisi leur indépendance. L’émirat est gouverné par Tamim al-Thani. Le pays est surtout producteur de gaz. Le Qatar (capital Doha) compte près de 2.000.000 d’habitants, les plus pollueurs du monde en terme de rejet du CO2. Curieusement, il est membre de l’Organisation internationale de la francophonie.

Préambule

Dans la période 2013-2015, de nouveaux hommes forts arrivent au pouvoir dans la Péninsule arabique alors que le prix du baril amorce une chute due à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis qui gagne son indépendance énergétique. Ces nouveaux dirigeants ont été élevés dans le luxe et la démesure contrairement à leurs pères qui ont connu la vie du désert. L’exploitation du pétrole n’a débuté que dans les années 1950-1960 et n’a enrichi les producteurs qu’après la crise pétrolière de 1973.

Les amis

Le plus médiatisé de ces personnages est Mohammed ben Salmane, dit MBS, né en 1985, fils du roi d’Arabie saoudite, nommé ministre de la Défense en 2015.
Il lance un grand projet « Vision 2030 » pour diversifier l’économie et réformer la société. Il a déclaré :

« Nous retournerons à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions »
« Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant ».
« Les lois de la charia sont très claires. Comme les hommes, les femmes doivent s’habiller de manière décente… ce qui ne signifie pas porter une abaya ou un foulard noir »

Depuis 2018 les femmes ont accès au marché de l’emploi, elles peuvent créer et gérer leur entreprise sans passer par un tuteur, elles peuvent posséder le permis de conduire. Un tuteur est toujours indispensable pour voyager ou entreprendre des études. N’oublions pas que les Françaises sont restées sous la dépendance de leur mari jusqu’en 1965 ! Elles ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque ni travailler sans l’accord de celui-ci.

En Arabie, les cinémas ont ré-ouverts et un festival rock est même prévu : le Jeddah World Fest.

Vue des spectateurs lors d’un concert

Mais ce prince héritier est un impulsif, adepte depuis son enfance des jeux vidéo violents. Les observateurs disent de lui qu’il tire puis il réfléchit. Dès son entrée en scène, il fait arrêter des princes, des ministres et des hommes d’affaire.
En 2015, il lance une intervention militaire au Yémen dont j’ai déjà parlé.
En 2017, il retient prisonnier le président libanais Saad Hariri, en vacances en Arabie, et le force à démissionner. La raison ? Saad Hariri s’est allié aux chiites pro-iraniens pour former son gouvernement. Le président reviendra sur sa démission dès qu’il eut regagné son pays. Saad Hariri est membre de ces grandes familles corrompues qui s’enrichissent au Liban. Il a la nationalité française, saoudienne et libanaise !
Enfin, en octobre 2018, MBS ordonne l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’ambassade d’Arabie à Istanbul… ce qui va le décrédibiliser aux yeux du monde politique.

Dans l’émirat voisin d’Abu Dhabi, Mohammed ben Zayed, dit MBZ, né en 1961, frère de l’émir est nommé ministre de la Défense. C’est l’homme fort des Emirats arabes unis… au sens propre. MBZ est un paranoïaque. Le moteur de son ascension, c’est l’armée la plus puissante et la mieux entraînée de la région. Il organise chaque année le plus grand salon de l’armement du monde dans sa capitale. Il invite régulièrement des personnes influentes à assister à la démonstration de la puissance de son armée sur un immense terrain d’entrainement, un immense plateau hollywoodien. Le pays possède un char d’assaut pour 2500 habitants… proportionnellement 100 fois plus que la France ! On le considère comme le mentor de MBS qu’il a suivi dans sa guerre au Yémen. Lors du débarquement de son armée au Yémen, tous les observateurs pensaient que la guerre serait « courte et joyeuse ». En fait, c’est un bourbier, le Vietnam des agresseurs.

MBZ et MBS

MBZ a fait des Emirats arabes unis une destination touristique de premier ordre grâce à l’édification d’hôtels de luxe, la construction d’îles artificielles et surtout en affichant une grande tolérance en matière de mœurs. Ce qui n’a pas empêché certains membres de sa famille d’être accusés de tortures, notamment par la justice belge.

MBZ investit également dans la culture, il a fait construire une superbe succursale du Louvre pour laquelle son ami MBS a acheté le tableau de Léonard de Vinci, le « Salvator Mundi », le tableau le plus cher du monde : 400 millions de dollars ! Ces nouveaux dirigeants sont de grands enfants, ils ont besoin de s’affirmer… et ils en ont les moyens.
Récemment, MBZ a reçu le pape François.

L’ennemi

Le dernier des nouveaux venus est Tamim al-Thani, né en 1980. Il est l’émir du Qatar. Personnellement, il est peu connu, mais c’est un acteur important. N’a t-il pas obtenu l’organisation de la coupe du monde de football 2022, n’est-il pas propriétaire du Paris Saint-Germain… alors qu’il est supporter de Manchester United qui a éliminé miraculeusement le PSG de la coupe des champions (0-2 puis 1-3) ? Sa reconnaissance dans le monde, il la recherche par le sport. Il a également investi dans la télévision. La chaîne al Jazeera, c’est lui. Il possède les chaînes de sports payantes BeIN, bien connues en France. BeIN possède les droits de retransmission de tous les événements sportifs majeurs.

Tamim al-Thani (à gauche) lors d’une compétition sportive

Chacun veut s’affirmer sur la scène internationale. S’il n’y a pas de rivalité entre MBZ et MBS, ce n’est pas le cas avec Tamim al-Thani qui a eu l’outrecuidance de déclarer que l’organisation de la coupe du monde de football avait été attribuée à tous les Arabes : il s’érigeait alors en représentant du monde arabe. Les tensions se sont exacerbées en 2011 lors des printemps arabes : la chaîne al Jazeera a donné la parole à des extrémistes islamiques, les Frères musulmans, qui ont appelé à la révolte en Libye… et en Arabie saoudite où la famille Séoud est considérée comme ayant usurpé le pouvoir et le contrôle des lieux saints de l’islam. L’Arabie saoudite fera d’ailleurs capoter le printemps arabe en Egypte, où les Frères musulmans briguaient le pouvoir, en finançant le coup d’Etat du maréchal al-Sissi. Pour éviter la contagion révolutionnaire, 130 milliards de dollars ont alors été injecté dans le budget de l’Arabie saoudite pour acheter la paix sociale en augmentant les fonctionnaires, c’est-à-dire la majorité de la population.

En 2015, le Qatar refuse de participer à l’invasion du Yémen. C’est la goutte qui fait déborder le vase, le 5 juin, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis rompent leurs relations diplomatiques et économiques avec le Qatar, bientôt suivis par plusieurs pays musulmans. La frontière terrestre avec l’Arabie est fermée, les avions qatari ne peuvent plus survoler ses voisins et ses bateaux ne peuvent plus accoster dans leurs ports. La raison officielle de cet ostracisme est double : le Qatar est accusé de financer des groupes terroristes et d’être proche de l’Iran. Il y a un fond de vérité dans ces assertions. Le Qatar finance effectivement plusieurs factions rebelles en Syrie… mais la Turquie et les Etats-Unis font de même. Il soutient également les associations dominées par les Frères musulmans. Pour l’autre point, le Qatar et l’Iran se partagent l’exploitation d’un gisement gazier dans le Golfe persique… ce qui oblige le Qatar à rester en bon terme avec son colocataire.

Irrité de voir les Saoudiens branchés sur les télévisions qatari pour les événements sportifs, MBS a facilité le piratage des 10 chaînes de BeIN : les chaînes BeOutQ étaient nées. BeOutQ doit se comprendre comme « dégage Qatar ». BeOutQ, qui ne paie aucun droit de retransmission, émet à partir d’ArabSat le même contenu que BeIN avec quelques secondes de retard. Malgré les plaintes déposées par le Qatar, BeOutQ est toujours actif.

En mai 2017, Trump effectue sa première visite à l’étranger dans la Péninsule arabique avec son conseiller pour le Proche Orient, Jared Kushner, son beau-fils, totalement ignorant des problèmes de la région. Trump, comme à son habitude, affiche un avis sur tout et lâche cette phrase assassine : « Si vous pouvez résoudre le problème avec le Qatar, allez-y« … avant de se rétracter lorsqu’on lui souffle à l’oreille que la plus importante base américaine de la région se trouve au Qatar !

Ne prenons pas parti, ne plaignons pas le pauvre émir du Qatar. Il possède une fortune personnelle estimée à 2,5 milliards de dollars. Il a probablement puisé dans cette cassette pour acheter l’organisation de la coupe du monde de football 2022. Pour cette coupe, on estime que la construction des stades va provoquer, à terme, la mort de plus de 4000 « esclaves » hindous et népalais, victimes d’accidents sur les chantiers peu sécurisés.

En guise d’épilogue

Deux petites anecdotes en conclusion.

Les Emirats arabes unis ont organisé la coupe d’Asie des nations 2019, rassemblant 56 pays… dont le Qatar. L’Australie tenante du titre a été éliminée en quart de finale par le pays organisateur : les Emirats (0-1). Ceux-ci ont été éliminés en demi-finale… par le Qatar (0-4). Le Qatar qui a remporté la coupe en battant le Japon 3-1.

Au sommet du G20 2018 organisé en Argentine, Mohammed ben Salamne a été snobé par la plupart des invités suite à l’assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul deux mois auparavant. Cette isolation a été mise à profit par Poutine pour se rapprocher des Arabes, espérant des retombées économiques.

Inspiré par le documentaire : Golfe : la guerre des princes.

Jésus dans le Coran

Jésus tient une toute petite place dans le Coran : 59 versets, qu’il partage avec sa mère, sur un total de 6236.
Sa présence ne doit pas nous étonner vu que les premiers califes omeyyades étaient chrétiens. 59 versets, c’est peu, mais en comparaison, Mahomet n’est jamais cité. Lorsqu’ils lisent ou récitent le Coran, les musulmans comprennent que les références à « mon serviteur » ou à « tu » ou même à « il » hors contexte s’adressent à Mahomet. Parfois, le nom de Mahomet a été ajouté, ainsi dans le verset 2 de la sourate 68 : « Tu (Mahomet) n’es pas, par la grâce de ton seigneur, un possédé. » La tradition considère le début de cette sourate comme la première révélation faite à Mahomet.

Dans le Coran, Jésus est nommé Issa (Isa). Ce qui est curieux, puisqu’en arabe, Jésus se dit Yasou. Issa viendrait d’Ésaü, un personnage biblique, petit-fils d’Abraham, frère de Jacob qui est aussi appelé Israël. Jésus serait donc le frère d’Israël. Pure conjecture.

Le Jésus du Coran n’est pas le Jésus des évangiles et cela non plus ne doit pas nous étonner : les arabes chrétiens de Syrie ne reconnaissaient pas le dogme des Byzantins, ils étaient hérétiques. Dans le Coran, Jésus est un être exceptionnel certes, mais pas Dieu, ni le fils de Dieu, au mieux un prophète (Co. 5, 72).

Les 59 versets qui concernent aussi bien Jésus que Marie, seule femme citée dans le Coran, sont éparpillés dans 8 sourates, 8 chapitres différents. Mis bout à bout comme dans les Grands Thèmes du Coran de Jean-Luc Monneret, ils ne racontent pas une histoire, ce sont des tranches de vie.

Voyons cela en détail.

Jésus est né hors mariage, d’une jeune fille nommée Marie, qui est accusée d’avoir commis une action monstrueuse (Co. 19, 27). Dès sa naissance, Jésus parle (Co. 19, 28-34). Il se bénit lui-même : «Que la paix soit avec moi au jour de ma naissance, au jour de ma mort et au jour où je serai ressuscité vivant».

Jésus fait des miracles, cette fois, avec la bénédiction d’Allah. Il guérit les aveugles, les lépreux et ressuscite les morts… «Tout ceci n’est que pure magie» tempère le Coran (Co. 5, 110).

Le Coran reprend un événement raconté dans un apocryphe chrétien : L’Évangile de l’enfance selon Thomas. Jésus fabrique des oiseaux en argile puis, en soufflant, leur donne vie. Les mots utilisés sont les mêmes que ceux employés lorsqu’Allah donne vie à Adam. Jésus a donc le même pouvoir que Dieu ? Dans l’Évangile de l’enfance, Jésus fait s’envoler les oiseaux car les Juifs lui reprochent d’avoir créer ces jouets un jour de sabbat ; il fait donc disparaître l’objet du délit.

Jésus annonce la venue d’un messager de Dieu (Co. 61, 6), ce sera Ahmad (pas Mahomet).

Il prend des apôtres, ses auxiliaires face à l’incrédulité des Juifs (Co. 3, 52). Certains Juifs le suivent, d’autres nient (Co. 61, 14). Mais Jésus n’est qu’un prophète (Co. 5, plusieurs versets). Jésus affirme : «Ô enfants d’Israël adorez Dieu qui est mon seigneur et le vôtre.» (Co. 5, 72).

Il est qualifié de Messie (Co. 4, 157) ! Faut-il y voir une erreur d’interprétation ? Jésus-Christ, qui était devenu le nom commun de Jésus au cours des siècles, a t-il été traduit par « le Messie Issa » … ce qui est un non-sens pour les musulmans ?

Les Juifs ourdissent un complot contre Jésus (Co. 3, 54) mais il n’a pas été mis à mort, un autre a pris sa place (Co. 4, 157). Il a été rappelé à Dieu (Co. 5, 55). Le verset 3, 59 montre l’importance de Jésus : « Aux yeux d’Allah, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut.»

Pourquoi Jésus est-il monté vivant vers Dieu ? Car il doit revenir à la fin des temps : «En vérité, le retour de Jésus sera le signal de l’arrivée de l’Heure. » (Co 43, 61)

Pour les musulmans sunnites, c’est donc Jésus qui jugera les hommes au jour de la résurrection (Co. 4, 159) et pas Mahomet. Jésus est un être exceptionnel d’après le Coran, Mahomet n’est qu’un homme. Un des minarets de la Mosquée des Omeyyades à Damas porte le nom de Jésus. C’est là qu’il descendra sur terre. Il reviendra pour 40 ans, éliminera l’Antéchrist (al-Dajjâl) et puis mourra. Jérusalem sera le centre de ces événements. La Mecque est donc supplantée par Damas et Jérusalem.

La tradition s’est enrichie au fil des siècles pour donner une place plus importante à Mahomet. Ainsi, à l’appel de l’ange Isrâfîl , « il se mettra debout, chassant la poussière de sa barbe bénie et de ses cheveux et regardera à sa droite et à sa gauche… ».

1991 : le bal des dupes

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent leur petit voisin du sud, le Koweït. Saddam Hussein, le président de l’Irak, invoque trois prétextes :

  • Le surproduction du Koweït et des Emirats arabes a fait chuté le cours du pétrole de 19 à 10 $ le baril, faisant perdre 7 milliards de dollars par an à l’Irak.
  • L’Irak accuse le Koweït de creuser de nouveaux puits en oblique sous sa frontière.
  • Enfin, l’Irak considère le Koweït comme une province détachée de l’Irak par la Grande Bretagne en 1922.

Mais la vraie raison est ailleurs. La guerre meurtrière qui a opposé l’Irak à l’Iran vient de se terminer sans vainqueur. Guerre durant laquelle les Etats-Unis ont livré des missiles et des armes chimiques à l’Irak. L’Irak est exsangue et les pays qui ont financé la guerre réclame le paiement des dettes. Le Koweït a prêté 15 milliards de dollars à l’Irak, l’Arabie saoudite 45 milliards.

L’invasion a chassé l’émir du Koweït, cheikh Jaber Al-Ahmad, vers les Etats-Unis qui l’accueillent à bras ouverts bien qu’ils aient soutenu Saddam Hussein durant sa guerre contre l’Iran. Pour sa part, l’Arabie saoudite s’inquiète. La CIA lui a fait parvenir des photos d’une incursion des troupes irakiennes sur son territoire, photos qui ne seront jamais publiées. Fake news. L’Arabie demande l’aide des Etats-Unis. Après d’âpres discussions plus de 100.000 militaires américains sont déployés dans le nord de l’Arabie. C’est l’opération Bouclier du désert.

Cette installation des Américains va avoir des conséquences aussi énormes qu’inattendues. Un certain Oussama Ben Laden, dont la famille est très proche du pouvoir saoudien et qui a fait ses preuves militaires en Afghanistan avec le soutien des Américains, propose au roi Fadh d’utiliser sa milice pour défendre le pays contre les Irakiens. A la suite du refus du roi, il l’accuse de corruption et d’autoriser des infidèles à souiller le sol sacré de l’Arabie saoudite. Son passeport saoudien lui est retiré… l’histoire d’Al-Qaïda est en marche.

Aux Etats-Unis la propagande anti Saddam Hussein s’organise. De héros, il devient un monstre, un autre Hitler qui projette d’envahir tous ses voisins. Une ING se constitue : « Citizens for free Koweit » . L’émir Jaber loue les services de l’agence de communication Hill and Knowlton pour un montant de 12 millions de dollars (de l’époque). Cette agence fournit des films de propagande aux médias, elle analyse les réactions de la population américaine par une série de questions faisant appel à sa sensibilité. Enfin, elle tient son sujet. Le 14 octobre 1990, une toute jeune fille Nayirah, présentée par les médias comme une infirmière, dévoile l’innommable devant une commission du sénat américain : des soldats irakiens ont fait irruption dans une maternité de Koweït City et ont embarqué les couveuses pour les transporter en Irak, jetant au sol les nouveaux-nés. Elle est en pleurs : 22 bébés ont été assassinés.

Nayirah devant la commission du sénat américain

Amnesty International surenchérira, ce n’est pas 22 bébés mais 74 ! Nayirah continue : « Les Irakiens ont tout détruit au Koweït. Ils ont vidé les supermarchés de nourriture, les pharmacies de médicaments, les usines de matériel médical, ils ont cambriolé les maisons et torturé des voisins et des amis. J’ai vu un de mes amis après qu’il ait été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on aurait dit un vieillard. Les Irakiens lui avaient plongé la tête dans un bassin, jusqu’à ce qu’il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps. Il a beaucoup de chance d’avoir survécu. »

Mme Thatcher enjoint George Bush d’intervenir. Le Conseil de sécurité de l’ONU est convoqué. Un pédiatre koweïtien vient témoigner : il a vu la tombe de 122 enfants tués dans les maternités. La résolution 678 du 29 novembre 1990 adresse un ultimatum à l’Irak, qui a jusqu’au 15 janvier 1991 pour évacuer le Koweït, sous peine d’intervention militaire

Le 12 janvier 1991, le Sénat américain vote l’intervention militaire par 52 oui contre 47 non. Le 17, le journaliste Alexander Cockburn dénonce la supercherie dans un article : il y aurait 122 couveuses à Koweït City alors que le plus grand hôpital de Los Angeles n’en compte que 13. Mais c’est trop tard, la guerre est déclarée : c’est l’opération Tempête du désert. Trente quatre nations vont s’attaquer à l’Irak. La guerre durera 5 semaines.

Epilogue

La plupart des infrastructures de l’Irak ont été détruites. Le montant des réparations est estimé à 500 milliards de dollar. On estime à 150.000 le nombre d’Irakiens qui ont perdu la vie.

Le dernier convoi irakien, militaire et civil, à quitter le Koweït a été pulvérisé par l’aviation américaine.

732 puits de pétrole koweïtiens ont été incendiés et 20 millions de tonnes de pétrole déversés sur le sol.

La guerre a coûté aux alliés plus de 100 milliards de dollars, surtout financés par l’Arabie saoudite..

Le journaliste John Martin de la chaîne ABC a retrouve le médecin qui a témoigné à l’ONU. Ce n’est pas un pédiatre, mais un dentiste et il ne souvient plus où les enfants ont été enterrés. Un autre journaliste, Andrew Whitley a enquêté dans les 3 hôpitaux de Koweït City : les couveuses étaient bien en place et aucun enfant n’avait été tué par les soldats irakiens. Mais tant les infirmières que les médecins étaient convaincus que si leur maternité avait été épargnée, ça s’était bien passée dans les autres.

John Mac Arthur du magazine Harper’s a identifié l’héroïne de l’histoire, Nayirah. Elle s’appelle Nayirah Al-Sabah, c’est la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, membre de la famille royale.

L’opinion publique est prête, les organismes de communication ont bien rôdé leur discours, les politiciens sont toujours aussi naïfs. Tout est prêt pour le deuxième acte : les armes de destruction massives.

Inspiré par le documentaire 1991, première guerre du Golfe de Bénédicte Delfaut

Fêtes juives, fêtes chrétiennes

Jusqu’au IVe siècle de notre ère, les chrétiens et les juifs célébraient conjointement les fêtes liturgiques. La fixation des fêtes chrétiennes débuta au concile de Nicée en 325.

La Pâque juive célèbre la sortie d’Egypte des Hébreux sous la conduite de Moïse. Les Pâques chrétiennes, célébrées le dimanche suivant, rappellent la résurrection de Jésus. Jésus aurait été crucifié le vendredi et serait ressuscité trois jours plus tard, … le dimanche. Arithmétique chrétienne. Dans l’Évangile de Jean, la crucifixion a lieu le jeudi. Le compte est bon.

Dans la mythologie chrétienne, l’Ascension correspond au dernier jour que Jésus a passé parmi les apôtres, après sa résurrection. Il était resté sur terre quarante jours. 40 est un nombre passe-partout dans la Bible. Il est synonyme de beaucoup. Il a plu 40 jours lors du déluge, Moïse est resté 40 jours sur le mont Sinaï, les Hébreux ont erré 40 années dans le désert, David et son fils Salomon ont régné 40 ans, Jésus a passé 40 jours dans le désert, etc.

Cinquante jours après Pâque (Pessah), 7 semaines dans l’arithmétique juive, on célèbre la fête des moissons (Chavouot). Cinquante jours après Pâques, les chrétiens fêtent la Pentecôte. Dix jours après l’ascension de Jésus, les apôtres ont reçu la visite du Saint-Esprit (le troisième avatar de Dieu) qui leur a donné le don des langues pour qu’ils puissent partir en mission pour convertir tous les peuples.

Les calendriers

Calendrier hébraïque

Le calendrier hébraïque a évolué au fil du temps. Au départ, il comportait 12 mois lunaires de 29 ou 30 jours, soit 354 ou 355 jours par année. La découpe du mois en semaines, probablement héritée des Babyloniens, correspond au temps mis par Dieu pour créer le monde. La semaine débute la nuit du dimanche au lundi. Le septième jour, shabbat, est chômé : Dieu se reposa le septième jour.

Les Hébreux étant un peuple de cultivateurs, les travaux des champs et les fêtes religieuses qui les accompagnaient se décalaient de 11 jours tous les ans par rapport à l’année solaire, aussi appelée année tropique.

Le premier mois de l’année est le mois de Nissan. Il doit obligatoirement commencer après l’équinoxe de printemps, car c’est la période de germination de l’orge. Un mois commence toujours à la nouvelle lune. La Pâque est fêtée à la pleine lune du mois de Nissan (le 15), elle célèbre la sortie d’Egypte. Pour rapprocher l’année lunaire de l’année solaire (équinoxe) on ajoutait des jours intermédiaires… selon le bon vouloir du grand prêtre, puis du Sanhédrin.

Ce n’est que sous la domination grecque que le calendrier se réforma. On adopta le cycle métonique qui était déjà connu des Babyloniens. Ils avaient remarqué que la durée de 19 années solaires était très proche de celle de 235 mois lunaires. Or, 19 années de 12 mois font 228 mois. Il suffit donc d’ajouter un mois supplémentaire dans 7 années sur 19 (235 – 228 = 7) pour que les années restent proches des années solaires. On ajouta donc un mois, juste avant le mois de Nissan, aux années 3, 6, 8, 11, 14, 17 et 19.

Le départ du calendrier, qui correspond au dimanche 6 octobre -3761 du calendrier julien, fut fixée en 358 de notre ère. Ce jour correspond à la création du monde selon la Bible.

Aujourd’hui, les juifs utilisent le calendrier grégorien, le calendrier international. Le calendrier hébraïque ne sert qu’à déterminer les dates des fêtes.

Calendrier musulman

Les musulmans ne se sont pas posé tant de questions, ils utilisent toujours le calendrier lunaire de 12 mois de 29 ou 30 jours, soit une année de 354 ou 355 jours… sans synchronisation avec l’année solaire. Les mois glissant de façon rétrograde par rapport à l’année solaire. Le mois commence lorsque le premier croissant de lune est visible à l’œil nu. Ce qui veut dire que le mois ne commence pas à la même heure dans tous les pays. Parfois pas le même jour !

Le départ du calendrier a été fixé au 16 juillet 622 qui correspond au début de l’année lunaire qui vit Mahomet quitter La Mecque pour Médine (le 24 septembre). Le Coran interdit expressément d’ajouter un mois pour synchroniser le calendrier et l’année solaire. Ce qui indique clairement que les rédacteurs du Coran n’étaient pas des cultivateurs.

Calendrier chrétien

Le calendrier chrétien est l’héritier du calendrier romain mâtiné de la semaine juive.

Il semble qu’au départ, le calendrier romain, sous la royauté, ne comportait que 10 mois de 31 ou 30 jours :

  • Martius (en l’honneur du dieu Mars),
  • Aprilis (en l’honneur de la déesse étrusque de la fertilité : Apru),
  • Maius (à l’étymologie douteuse : la déesse Maïa ou les ancêtres : Maiores),
  • Iunius (pour Junon)
  • puis ça se simplifie : Quintilis (cinquième mois), Sextilis (sixième mois), September, October, November et le dixième mois, December.

Au fil du temps, deux mois furent ajoutés après December, Ianuarius en l’honneur du dieu Janus et Februarius dédié à Pluton, le dieu des Enfers (aussi appelé Februus).

Le calendrier comptait 3 jours de référence :

  • les calendes : premier jour du mois.
  • les nones : le cinquième ou le septième jour du mois, suivant celui-ci (en mars, mai, juillet et octobre, les nones tombent le septième jour).
  • les ides : le treizième ou quinzième jour du mois.

Pour désigner un jour, on disait le jour avant/après les calendes de mars par exemple ou le 4ème jour après les ides d’avril. Pas très simple.

A l’époque de Jules César, il existait un décalage de trois mois entre le calendrier civil et les saisons. Il décréta que l’année comporterait 365 jours et que tous les quatre ans, on ajouterait un jour au mois de février. C’est le calendrier julien. Pour aligner le calendrier, l’année 46 avant notre ère, compta 445 jours !

En l’honneur de Jules César, le mois de sa naissance, Quintilis devint Iulius (juillet).
On célébra aussi l’empereur Auguste en lui attribuant un mois, Sextilis, mois de sa mort qui devint Augustus (août). Mais ce mois n’avait que 30 jours. On le fit passer à 31 jours et on décala les autres mois.

Lorsque le christianisme s’imposa dans l’Empire romain, la semaine de 7 jours fut adoptée, et on donna aux jours le nom des planètes connues : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et Soleil (sunday). Ce n’est que plus tard que le jour du Soleil devint le jour du Seigneur (dominus) dans les langues latines, soit dimanche.

Au concile de Nicée en 325, il avait été établi que la résurrection de Jésus (Pâques) serait célébrée le dimanche qui suit la Pâque juive, soit le premier dimanche qui suit la première pleine lune du printemps. En 325, l’équinoxe du printemps correspondait au 25 mars. En 1579, le pape Grégoire XIII, s’inquiéta que l’équinoxe tombât le 11 mars. Il demanda à des mathématiciens et des astronomes de calquer l’année civile sur l’année tropique : le calendrier subit sa dernière réforme. Seront considérées comme bissextiles les années divisibles par 4 mais pas par 100 (1700, 1800, 1900)… sauf si elles sont divisibles par 400 (1600, 2000, 2400). Le calendrier fut d’application en octobre 1582. Cette année-là, le jeudi 4 octobre fut suivi du vendredi 15 octobre.

Mutazilisme

Dans mon article précédent, j’ai mentionné la mosquée Fatima qui devrait s’ouvrir en France. Le projet est porté par l’imame Kahina Bahloul et par Faker Korchane qui est professeur de philosophie et président de l’association pour la renaissance de l’islam mutazilite.

Qu’est que le mutazilisme ? C’est un courant qui s’est développé très tôt dans l’islam, parallèlement aux courants sunnites et chiites traditionalistes.

En 833, le calife Al-Mamun, prend le parti des mutazilites qui professent que le Coran est, certes, inspiré par Dieu, mais néanmoins une création de l’homme. Ils assimilent la doctrine basée sur un Coran incréé à la doctrine chrétienne selon laquelle la Parole de Dieu, qui est le Christ pour les chrétiens, serait incréée et éternelle, comme Dieu. Cette doctrine professerait donc du polythéisme. Le Coran incréé et l’omniscience de Dieu entraîne un autre problème : comment se fait-il que certains versets aient été abrogés et remplacés par d’autres… meilleurs ? La notion du bien (halal) et du mal (haram) est-elle relative ?

Sous Al-Mamun, le mutazilisme devient la « religion » officielle. Cette doctrine est influencée par les textes des philosophes grecs qui sont en train d’être traduits en arabe et surtout par Aristote pour qui « une puissance impersonnelle, imperturbable et parfaitement indifférente au sort de l’humanité anime l’univers ».  Donc, pour les mutazilites, Dieu est distinct du monde humain, il n’est pas situé dans le temps ni dans l’espace, il n’a pas d’attributs anthropomorphiques, il n’a pas de mains, ni de corps. Il ne parle pas. L’homme est responsable de ses actes, il n’est pas prédestiné. Les sunnites et les chiites sont dans l’erreur, mais on doit l’accepter. Cette apparente liberté d’esprit n’a pas empêché des persécutions contre les opposants religieux au calife.

L’islam entre alors dans une période de grande tolérance religieuse qui sera poursuivie par les deux successeurs d’Al-Mamun, son frère, Al-Mutachim et son neveu Al-Wathiq.

Mais dès 848, le nouveau calife, Jafar Al-Mutawakkil, pressé par les cadis et les traditionalistes rétablit la doctrine sunnite : le Coran est incréé et a été dicté par Dieu à Mahomet. Depuis, une chape d’obscurantisme s’est abattue sur l’Islam ! Mais le mutazilisme n’est pas mort, il fait reparler de lui de temps à autre, dans les milieux intellectuels… mais timidement.

Ainsi, le grand mufti d’Égypte élu en 1899, Cheikh Mohamed Abdouh souhaitait réformer l’islam en apportant des changements dans l’enseignement de l’université d’al-Azhar. Il reçut même le soutien du dernier « roi » (le khédive) d’Egypte Abbas II (1892-1914) qui avait étudié en Europe. Mais face à l’opposition des traditionalistes, il abandonna sa charge et mourut en 1905.

En février 2017, l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite a été créée en France. Pour cette association, le mutazilisme est un héritage qu’il convient d’adapter au XXIe siècle. Ce n’est pas un ensemble de dogmes prêts à l’emploi, mais une disposition de l’esprit : « celle qui consiste à appliquer le doute, la prudence et l’esprit critique sur l’histoire, les pratiques et les textes de l’islam et celle qui consiste à garantir la liberté de l’individu à décider par lui-même de ce qui lui paraît bon ou mauvais dans sa vie spirituelle » .

Haram signifie interdit, illégal, mais aussi sacré, inviolable.

Où sont les femmes ?

C’est la question que l’on peut se poser en voyant les fidèles d’une mosquée. En fait, elles sont cachées, soit derrière un paravent (moucharabieh) soit à l’étage. De toutes façons, hors de la vue des hommes. Quelles sont les raisons de cet ostracisme ? Tout d’abord, les musulmanes ne sont pas obligées d’assister au prêche du vendredi, ensuite, elles ne peuvent pas distraire les hommes… elles pourraient provoquer leur « chute » en éveillant leur désir, comme l’a écrit Tertullien aux sujet des femmes chrétiennes. Cela me rappelle une scène du film d’animation autobiographique (Persépolis : 2007) de la dessinatrice iranienne, Marjane Satrapi. A l’université de Téhéran, son professeur lui reproche sa tenue non conforme (son foulard est mal noué). Elle lui demande alors d’obliger ses condisciples masculins à cacher leurs bras et leur cheveux, car leur vue l’excite sexuellement ! Mais cet aspect des choses, la sexualité féminine, a échappé aux mâles dominants.

Est-ce que cela peut changer ? Apparemment. En France, deux projets de mosquées mixtes pourraient voir le jour : les mosquées Fatima et Simorgh (oiseau mythologique perse). Elles seront ouvertes à tous, croyants et non-croyants. Le foulard ne sera pas obligatoire. Les femmes prieront dans la même salle que les hommes… mais les uns à droite et les autres à gauche, comme dans les églises chrétiennes d’il y a quelques années. Et dans la mosquée Fatima la prière sera dirigée, en français, par une femme imam : Kahina Bahloul.

Qu’en est-il du judaïsme ? Pour les juifs, le père a l’obligation d’enseigner la Torah à ses fils… mais pas aux filles car comme le dit le Talmud : « Il ne lui transmettrait que des futilités. » De nos jours, les femmes ont accès aux études des textes sacrés, même chez les juifs orthodoxes.

Si dans la plupart des synagogues, les femmes sont séparées des hommes, il n’est pas rare que des femmes rabbins dirigent l’office du samedi et que des femmes soient appelées à venir lire la Torah.

Et dans le christianisme ? Dans le protestantisme, les femmes peuvent officiellement être pasteures depuis 1965, en France. C’est même une femme qui y préside le Conseil national de l’Église protestante réunie : Emmanuelle Seyboldt.

On est loin de ces ouvertures dans le catholicisme. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Que les femmes se taisent dans les assemblées (Co. 4, 34-35). » Jean-Paul II a clos le débat en 1994 dans la déclaration « Ordinatio Sacerdotalis » : « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale des femmes et cette position est définitive. » Cette interdiction a été confirmée par Benoît XVI et François Ier qui a déclaré : « Le dernier mot, clair, a été dit par saint Jean-Paul et cela demeure ainsi. » Le prêtre est l’image du Christ ! De plus, les femmes en raison de leurs menstruations ne peuvent pas s’approcher de l’autel.

Jusqu’en 1054, les femmes pouvaient être diacres (diaconesses). Même Paul cite Phoebé, « notre sœur, ministre de l’Église ». Un diacre, célibataire ou marié, est l’assistant d’un prêtre ou d’un évêque. Il peut célébrer des baptêmes et des mariages dans des circonstances exceptionnelles. Par contre, il ne peut pas recevoir la confession, ni consacrer le pain et le vin. De nos jours, malgré l’appel à l’ouverture, les diaconesses ne sont pas reconnues car le diaconat prépare à la prêtrise qui est inaccessible aux femmes.

Sources : Le Monde des religions n° 95 – mai 2019. Articles de Bénédicte Lutaud, Virginie Larousse et Macha Fogel.

Yémen : la salle guerre

Depuis 2015, le gouvernement yéménite a déclaré la guerre aux rebelles houthis qui occupent l’ouest du pays et sa capitale Sanaa. Sur le terrain, ce sont les Saoudiens et leurs alliés qui mènent les opérations. Cette intervention est l’initiative personnelle du prince Mohammed ben Salmane, le ministre de la Défense, l’homme fort de l’Arabie. Les Saoudiens fournissent les armes, les Émirats arabes unis recrutent des mercenaires par l’intermédiaire de sociétés de sécurité. Ceux-ci viennent du Tchad, du Niger, de Libye et même de Colombie.

Qui sont les Houthis ? C’est une population minoritaire chiite, ce qui explique l’implication des Saoudiens qui dès qu’ils voient des chiites pensent à une menace de l’Iran. Bien que l’Iran soutiennent les rebelles politiquement, militairement et financièrement. Dès 2004, ils se sont rebellés contre le gouvernement sunnite, se sentant marginalisés et réclamant l’autonomie. Les Houthis sont tout autant radicalisés que les wahhabites saoudiens et leur étendard ne les rend pas sympathiques en Occident : « Allah est le plus grand, mort à l’Amérique, maudits soient les juifs, victoire à l’islam ».

La dénomination Houthis vient du nom du chef, Hussein Badreddine al-Houthi, tué en septembre 2004.

Le problème de cette guerre locale est l’escalade dans les crimes de guerre. l’ONU a envoyé un groupe d’experts pour enquêter, malgré l’opposition de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Ce n’est cependant pas une commission d’enquête, l’Arabie ayant menacé d’embargo économique tous les pays qui soutiendraient cette commission.

Les Houthis sont accusés d’utiliser des enfants soldats et de persécuter les minorités des territoires occupés. La coalition dirigée par l’Arabie bombarde les villes donc les civils et impose un blocus maritime, terrestre et aérien. Bien entendu, les lobbies des armes profitent massivement de cette guerre. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France vendent (et testent) leurs derniers modèles d’armes sur le terrain. Les Etats-Unis ont signé un contrat de 130 milliards de dollar !
Depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi dans l’embrassade saoudienne d’Istanbul, l’Allemagne a annoncé le gel des livraisons d’armes… mais a déjà été prise en flagrant délit de violation du moratoire. L’Arabie saoudite met la pression en exerçant du chantage au contrat. L’Espagne a failli en faire les frais : elle a annoncé interrompre la livraison de bombes, en retour l’Arabie a déclaré renoncer à l’achat des 5 corvettes prévues…
La France par l’intermédiaire de sa ministre des armées s’est dédouanée naïvement en déclarant que les armes françaises ne sont pas en position offensive et qu’elle n’a pas de preuves que celles-ci ont fait des victimes civiles. Il faut savoir que la France livre des avions (défensifs ?) et des canons Caesar d’une portée de 40 km.

Conséquences

Le blocus imposé par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis a provoqué une épidémie de choléra qui touche près d’un million de personnes d’après le rapport de l’ONU qui précise également que sept millions de personnes, un quart de la population, est au bord de la famine et 22 millions ont besoin d’aide humanitaire. Fin 2017, plus de 2000 personnes étaient mortes du choléra et l’épidémie n’est pas prête de prendre fin, faute de médicaments. Le blocus est considéré par Médecins du monde non comme une nécessité, mais comme une punition collective à laquelle les pays occidentaux sont partie prenante. « Le Yémen subit la pire crise humanitaire du monde » alerte Alexandre Giraud, directeur général de l’association humanitaire Solidarités Internationales. « Un enfant meurt toutes les dix minutes d’une maladie qui aurait pu être évitée et près de 30 000 enfants meurent chaque année à cause de la malnutrition » ajoute Geert Cappelaere, représentant de L’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique.

Entre-temps, al-Qaïda continue à former des guerriers dans l’est du Yémen, sous le regard bienveillant de l’Arabie.

Le Dôme du Rocher

Un voile de mystère entoure cet édifice parmi les plus photographiés au monde.
Qui l’a construit et quand ? Cette question peut paraître saugrenue dès lors que j’ai affirmé dans un article précédent qu’il était l’oeuvre du calife Abd al-Malik (685-705). Et pourtant un doute subsiste.
Quel est ce rocher que protège la coupole ?
Pourquoi a-t-il été construit ?
Quel était son aspect originel ?

Le Dôme du Rocher avec à l’arrière plan la coupole de la mosquée al-Aqsa.

Comme chacun le sait le Dôme du Rocher est situé à Jérusalem, sur l’Esplanade des Mosquées pour les musulmans, sur le Mont du Temple pour les juifs. Bien qu’étant à Jérusalem, l’esplanade est gérée par le WAQF, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. Ainsi, sans précaution archéologique, en 1999, le WAQF a déplacé 400 camions de déblais pour rénover la mosquée Marwan qui se trouve sous la mosquée al-Aqsa et les a versé dans la vallée du Cédron. Cinq ans plus tard, des archéologues ont entrepris des fouilles de sauvetage en analysant ces déblais. Des milliers d’objets retraçant l’histoire mouvementée du site ont ainsi pu être récupérés.
Depuis 1998, les visites du Dôme ont été « suspendues ».


Mosquée Marwan aussi appelée (à tort) les écuries du roi Salomon

Qui a construit le Dôme du Rocher ?

Les inscriptions sur les arcades ne laissent aucun doute, la date de l’inauguration est indiquée : 72. Cette année de l’ère musulmane correspond à 691/692 de notre ère, soit durant le règne d’Abd al-Malik. Alors pourquoi douter ? L’inscription porte également le nom du calife bâtisseur : al-Mamun (786-833). Que vient faire ce calife en 72 ? Si on considère comme date de départ du calendrier non pas la date de l’Hégire, mais la prise de pouvoir de la dynastie des Abbassides dont fait partie al-Mamun, on obtient 72 + 750 = 822… juste sous le règne de ce calife ! Mystère ? Non, usurpation, car sur l’inscription de la porte est (dont je parle plus bas), le même calife, al-Mamun, a fait graver la date de 216, soit 831/832 de notre ère.

Aucun pèlerin chrétien ayant visité Jérusalem ne mentionne le Dôme du Rocher donc ne permet de dater effectivement l’édifice. Néanmoins, on attribue sa construction à Abd al-Malik. Son fils Walid a fait construire la Mosquée al-Aqsa sur la même esplanade. Elle se situe sur le côté sud. Si le Dôme n’avait pas existé, il aurait centré la mosquée. De plus, depuis l’occupation de Jérusalem (Aélia à l’époque) par les Arabes en 638, l’édification d’un « temple » était projetée. Théodore, un contemporain de l’événement s’offusque que l’archidiacre Jean, marbrier de son état, se soit enrôlé pour la construction. En 670, un évêque franc, Arculfe, y voit lors d’un pèlerinage un édifice fait de planches et de poutres. A-t-il vu les échafaudages précédant la construction ?

Quelle est l’origine du Rocher ?

La signification de ce rocher a évolué au fil du temps. Au départ, il semble avoir été le rocher sur lequel Dieu s’est reposé avant de remonter au ciel. Ensuite, il fut la pierre sur laquelle Abraham s’apprêtait à sacrifier son fils Ibrahim, pour les musulmans, … ou Isaac, pour les juifs.


Le rocher à l’intérieur du Dôme

Les juifs ont emboîté le pas aux musulmans en changeant leurs traditions :

  • Ainsi, le rocher est devenu le « rocher de la fondation » qui se trouvait sous le saint des saints dans le temple… alors que ni les textes anciens, ni la Bible n’en parlent.
  • Et le mont sur lequel l’esplanade a été construite a été rebaptisé « Mont Moriah » car dans la Bible, c’est sur ce mont qu’Abraham a offert son fils Isaac en sacrifice… alors qu’à l’origine, ce mont s’appelait le Mont Sion, mentionné plusieurs fois dans la Bible. Ainsi dans le psaume 74 : « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence ! » . Le mont Sion a été « déplacé » vers une autre colline de Jérusalem !

Au IX° siècle, le rocher prend une tout autre signification : c’est l’endroit où Mahomet pris appui pour monter au ciel lors de sa visite nocturne à Jérusalem. La Sira nous conte cet événement : alors qu’il habitait La Mecque, Mahomet fut réveillé par l’ange Gabriel qui l’emmena la nuit vers Jérusalem sur le dos d’un animal fabuleux, Buraq, cheval à tête de femme, sorti tout droit de la mythologie perse. Cette légende a pour origine le verset 1 de la sourate 17 : « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur du lieu de prière sacré vers le lieu de prière éloigné dont nous avons béni l’enceinte pour lui montrer nos merveilles. » Ce verset ne parle ni de Mahomet, ni de Buraq, ni de l’ange Gabriel pas plus que de La Mecque ou de Jérusalem. On remarquera que la mosquée construite à Jérusalem s’appelle « Mosquée al-Aqsa » qui en arabe signifie « Mosquée éloignée »… le tour est joué !

Mais d’où vient cet amas rocheux ? Pour élucider le mystère, il nous faut remonter dans le temps.

Vers 515 avant notre ère, les Judéens, revenus d’exil de Babylone avec le consentement des Perses qui ont vaincu les Babyloniens (Chaldéens), construisent un temple à Jérusalem. En 63 avant notre ère, le général romain Pompée est à Jérusalem. Il est venu aider le protégé de Rome à conquérir le trône de Judée. Il pense que les juifs vénèrent une tête d’âne. Pour en avoir le cœur net, il profane le temple et dans le saint du saint, ne trouve rien. Il est vide. S’il avait vu un amas rocheux, il aurait pensé que les juifs vénéraient une pierre, comme les bédouins arabes qui se déplaçaient avec une pierre symbolisant la présence de leur dieu. Mais rien !

En l’an 19 avant notre ère, un autre protégé de Rome, le roi Hérode le Grand, entreprend de bâtir le plus grand temple de l’empire romain. Plus par vanité que par ferveur religieuse. Le temple reposera sur une plateforme de 480 mètres sur 280 construite sur le mont Sion (le mont du Temple). Les travaux dureront 82 ans. Soit dit en passant, si Jésus a été au temple à Jérusalem, il n’a pu le voir qu’en construction, celle-ci s’est achevée en 63 de notre ère… mais le service religieux n’avait jamais été interrompu. Dans le temple d’Hérode, toujours pas d’amas rocheux, mais une esplanade parfaitement plane.

Ce temple n’a pas fait la gloire de la Judée très longtemps. Suite à une révolte des Judéens, il est détruit par le futur empereur romain Titus en 70.
En 133-135, l’Histoire se répète, nouvelle révolte, nouvelles destructions. Mais cette fois, l’empereur Hadrien rase la ville et construit une ville romaine qu’il appellera Aelia Capitolina. Aelius est son nom de famille et il place la ville sous la protection de Jupiter Capitolin en lui consacrant un temple qu’il fait bâtit sur l’esplanade probablement avec les matériaux du temple juif. Le temple est consacré à Jupiter, Junon et Minerve. On ne voit pas pourquoi les Romains auraient laissé un amas rocheux dans leur temple.

Emplacement du temple de Jupiter projeté sur l’esplanade actuelle.

Au IV° siècle de notre ère, des fanatiques chrétiens détruisent le temple. Lors de l’arrivée des Arabes à Jérusalem, l’esplanade est considérée comme un dépotoir, c’est ce que nous disent Théodore, un contemporain, ainsi que les chroniqueurs musulmans : Tabari (IX°s) (« Dieu a envoyé un prophète sur la décharge publique… ») et al-Bahri (XI°s) (« A cette époque, c’était une décharge publique »).

Que peut-on déduire de l’origine de ce « rocher » ? Il est très probable que ce soit les ruines du temple romain, lui-même construit avec les restes du temple juif.

Pourquoi l’édifice a-t-il été construit ?

On n’a pas de document d’époque décrivant l’usage de cet édifice. On sait que ce n’est par une mosquée : une grotte a été creusée sous le bâtiment pour servir de lieu de prière. Mais cette grotte n’est pas d’origine. Au X° siècle, un auteur musulman, al-Yaqubi prétend que le Dôme du Rocher devait remplacer la Kaaba à La Mecque comme lieu de pèlerinage, car à cette époque, La Mecque était aux mains de l’anti-calife al-Zubayr.

C’était très probablement un lieu de pèlerinage, mais pas comme celui de La Mecque, avec un cérémonial bien défini, mais un lieu de pèlerinage comme le Saint Sépulcre que les chrétiens visitent en se recueillant. Il faut se replacer dans le temps. L’islam n’est pas encore la religion formatée et rigide qu’elle deviendra à partir de la seconde moitié du IX° siècle : les hadiths (les paroles du Prophète) n’existent pas, pas plus que la charia et les cinq piliers de l’islam. C’est une religion en devenir, qui se cherche. C’est la religion d’Abraham, qui a donné naissance au judaïsme et au christianisme, mais quelle forme lui donner… elle n’a pas de clergé. A ce moment de l’histoire, cette nouvelle religion aurait pu prendre le même chemin que le mormonisme qui est devenu l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, née en 1830. C’est une religion, basée sur la Bible, révélée par le livre d’un prophète : Mormon (personnage mythique ayant vécu de 311 à 385… aux Etats-Unis).

Le pèlerinage à La Mecque qui attire des centaines de milliers de musulmans est un phénomène très récent qui date de la prise de pouvoir de la famille Séoud conseillée par les religieux wahhabites vers 1930. A cette époque on ne dénombrait que 50.000 pèlerins par an. C’est le voyage par avion qui a drainé les foules.

La Mecque est probablement un lieu de pèlerinage très ancien, fréquenté par les bédouins qui venaient implorer leurs dieux leur réclamant de l’eau. A La Mecque ? Cette cuvette aride ! A certaines périodes, des pluies torrentielles dans les montagnes environnantes inondent la cuvette. En 1630, la Kaaba fut emportée par les flots. Encore aujourd’hui, les pèlerins doivent dévaler en courant la colline d’Arafa vers la plaine de Mina pour simuler le flux des eaux. La dernière inondation date de 2014. En 2018, une tempête perturba le pèlerinage, le voile couvrant l’édifice s’envola. Vu les travaux d’infrastructure, les inondations sont de plus en plus fréquentes malgré les aménagements et le drainage.

Inondations de 1941

La Kaaba est donc un édifice pré-islamique qui servait probablement à entreposer les bétyles symboliques des bédouins. La Sira ne rapporte-t-elle pas que Mahomet y détruisit 360 idoles ?

En conséquence, le Dôme du Rocher n’est pas un édifice à la gloire de l’islam, mais est destiné aux chrétiens « orthodoxes » pour leur montrer leurs erreurs. Le dogme du christianisme actuel dit nicéen ou chalcédonien a été défini aux conciles de Nicée (325) et de Chalcédoine (451) : il n’y a qu’un seul dieu, mais il y a trois personnes en Dieu de même « substance » et qui n’ont pas été créés : le Père, le Fils et le Saint-esprit. Une de ces personnes, Jésus (le fils) a deux natures, l’une divine et l’autre humaine, chaque nature a sa propre volonté. Les Arabes de Syrie s’opposaient à ces arguties byzantines. Les inscriptions originelles du Dôme le prouvent. Voici la traduction de toutes ces inscriptions. Notez que rien n’est typiquement musulman dans ces textes, sauf la mention du prophète Mahomet, mis sur le même pied que Jésus.

Sur la face interne des arcades (face au rocher) sur 240 mètres :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui appartient la souveraineté et à lui la louange. Il donne la vie et donne la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez des bénédictions sur lui et saluez-le dignement. Que dieu le bénisse et que la paix soit sur lui. O gens du livre, n’exagère pas ta religion, ne dit rien sur Dieu sauf la vérité. Le Messie Jésus (ou Jésus-Christ), fils de Marie, n’était qu’un messager de Dieu, c’était sa parole qu’il a transmise par Marie et son esprit. Alors, croyez en Dieu et en ses messagers, et ne dites pas TROIS. Cessez, c’est mieux pour vous. Loin de sa transcendance d’avoir un fils, il a tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu se suffit. Jésus se contente d’être un serviteur de Dieu, comme les anges. Oh mon Dieu, bénis ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie. La paix soit sur lui, le jour de sa naissance, le jour de sa mort et le jour où il ressuscitera. Tel était Jésus, fils de Marie, la vérité dont ils doutent. Il ne convient pas de donner à Dieu un fils. Gloire à lui. Dieu est mon seigneur et ton seigneur, alors sers-le.
Remarques : pour les musulmans, contrairement au texte, Jésus n’est pas mort, il est monté directement au ciel d’où il reviendra pour le jugement dernier. L’inscription parle du Messie Jésus, alors que pour les musulmans, il n’en est pas un. Est-ce une mauvaise traduction de Jésus-Christ ?
Le texte comporte des signes diacritiques ce qui prouve que la langue arabe était finalisée à la fin du VII° siècle.

Sur la face externe des arcades :
(1) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Il est Dieu, UN, l’éternel, il n’a pas été engendré, il n’a pas engendré. Il est incomparable. Mahomet est le message de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur lui. (2) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu. Dieu et ses anges déversent des bénédictions sur le prophète. O vous qui croyez, demandez sa bénédiction et saluez-le dignement. (3) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Louange à Dieu qui n’a pas de fils, ni de partenaire, ni de protecteur. Louez-le avec magnificence. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse ainsi que les anges et les prophètes. Que la paix soit sur lui, que Dieu ait pitié de nous. (4) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. A lui la souveraineté et les louanges. Il donne la vie et la mort. Il a le pouvoir sur toute chose. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Qu’il intercède lors du jugement dernier pour son peuple. (5) Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant, il n’y a d’autre dieu que Dieu. Il est UN. Il n’a pas d’associé. Mahomet est le messager de Dieu, que Dieu le bénisse. Le dôme a été construit par le serviteur de Dieu (= Abdullah) al-Mamun, commandeur des croyants, en l’an 72. Que Dieu l’accepte de lui et en soit content. Amen, Seigneur des mondes, Dieu soit loué.
Remarques : c’est volontairement que le même texte se répète plusieurs fois, car si les inscriptions intérieures se voient en un coup d’œil, celles des arcades extérieures ne sont visibles qu’au fur et à mesure que l’on se déplace dans le déambulatoire. Comme il y a plusieurs portes d’entrée, on ne sait pas où commence le texte.
L’arabe s’écrit de droite à gauche, sauf les nombres. 72 n’est pas écrit 27.

Inscriptions de l’entrée est

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée est :
Au nom de Dieu, le miséricordieux, le compatissant. Louange au vrai Dieu, le vivant, l’éternel, maître des cieux et de la terre, lumière des cieux et de la terre, pilier des cieux et de la terre, l’UN, l’éternel. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. Personne ne peut se comparer à sa gloire. Dieu donne la vie à qui il veux, il la retire s’il veut. Gloire à Dieu, le miséricordieux, le compatissant… Bénis Mahomet ton serviteur, ton prophète, accepte qu’il intercède en faveur de ton peuple, qu’il soit béni et que la paix soit sur lui. Que Dieu préserve la vie d’Abdullah al-Mamun, commandeur des croyants, frère du commandeur des croyants Abu Ishaq, fils du commandeur des croyants al-Rashid. Que Dieu lui donne longue vie. Ce travail a été effectué par Salih ben Yahua, affranchi du commandeur des croyants dans le mois de rabi al-Akhir de l’année 216.
Remarques : la facture de l’inscription est plus grossière. La plaque a été posée à la demande d’al-Mamun mais Dieu n’a pas exaucé sa demande de longévité, il s’éteint en 218 de l’ère musulmane.

Inscriptions sur plaque de cuivre de l’entrée nord :
La plaque du portail nord porte des inscriptions identiques, mais elles ne sont pas signée.

Quel était son aspect originel ?

Il est fort probable que l’intérieur ait été conservé tel quel malgré quelques restaurations. Par contre, l’extérieur a été embelli à l’époque ottomane. Ainsi, des émaux et des inscriptions ont été ajoutées, elles sont l’oeuvre d’artisans émailleurs du quartier arménien de Jérusalem (sud-ouest) au XVI° siècle. Le toit, en feuille d’or, ne semble pas originel. Sur les peintures du XIX° et du XX° siècle, il est tantôt doré, tantôt gris. Quoiqu’il en soit, il a été restauré en 1994.

Abd al-Malik : l’apogée des Omeyyades

A la mort de Muawiya, après 20 ans de règne (en 680), un arrangement dynastique permit à son fils Yazid de devenir calife. Consternation parmi les factions rivales qui attendaient une élection par consensus comme le voulait la coutume dans les tribus. C’est le début de la deuxième guerre civile qui durera 12 ans et occupera 4 califes.

Dans le sud de la Mésopotamie (de l’Irak actuel), le fils d’Ali, Husayn, tenta de rassembler les partisans de son père parmi les tribus lakhmides rivales des Ghassanides de Syrie car soutien des Perses contre les Byzantins. Il n’en eut pas le temps, sa petite armée fut décimée à Karbala en 680, où il fut tué. Sa mort est toujours commémorée de nos jours par les chiites.

L’opposition du fils d’un compagnon de Mahomet a été plus sérieuse. Abd Allah ibn al-Zubayr, présenté comme petit-fils d’Abu Bakr, le neveu de Aïcha, se proclama « commandeur des croyants ». Parti d’Irak, il avait conquis la majorité du califat quand Abd al-Makik succéda à son père Marwan en 685. ibn al-Zubayr avait rassemblé tous les disciples de Mahomet. Il fit frapper des pièces de monnaie dans lesquelles l’influence perse est manifeste.

Dès son accession au pouvoir, Abd al-Malik chargea son fidèle général al-Hajjaj ben Youssef de mater le dissident. l’Egypte, puis l’Irak furent reprises. ibn al-Zubayr se réfugia dans la péninsule arabique. Le dernier acte se déroula à La Mecque où le rebelle aurait péri, d’après la tradition. Des récits contradictoires circulent sur les faits.

Les récits de la conquête ont été écrits au IX° siècle, sous la dynastie des Abbassides qui prit le pouvoir en 750, anéantissant les derniers représentants omeyyades. Ceux-ci ont alors été présentés comme des usurpateurs, des tyrans impies.

  • ibn al-Zubayr aurait détruit la Kaaba pour y décrocher la pierre noire et la mettre en lieu sûr. Si les sédentaires bâtissent des temples pour y vénérer leur(s) dieu(x), les nomades les emportent avec eux. ibn al-Zubayr a-t-il perpétué la tradition ?
  • Les troupes d’abd al-Malik auraient assiégé la Mecque durant 8 semaines et détruit la Kaaba en lançant des projectiles sur les assiégés. Cette version est peu crédible quand on connaît la situation de La Mecque, une cuvette entourée de collines rocheuses, sans eau (sauf une source à faible débit), où rien ne pousse. Les attaquants ont une position idéale, ils dominent la ville. Les nombreux chantiers de La Mecque pour construire des hôtels de luxe et aménager les lieux de pèlerinage n’ont jamais mis à jour la moindre trace d’un rempart de protection de la ville.

Vers un Etat arabe

Jusqu’à l’accession au pouvoir d’abd al-Malik, les administrations grecque et perse étaient restées en place. Le nouveau calife va rénover l’administration : les fonctionnaires seront arabes, et les documents seront rédigés en arabe. On peut donc en conclure qu’à cette époque, la langue arabe écrite était standardisée et ne prêtait plus à interprétation. Les anciens fonctionnaires et même l’entourage non arabe du calife furent congédiés. Ainsi, Jean de Damas (Jean Damascène ou Mansour ibn Sarjoun) dont le père, collecteur d’impôt pour l’empereur byzantin, était resté au service des califes, se retira dans le monastère de Saint-Sabas près de Jérusalem où il rédigea un livre sur les hérésies. Malgré son éviction de l’entourage du calife, il garda de lui une image d’un homme juste et tolérant.

Dans son ouvrage, daté de 743, il parle de l’islam et du Coran qu’il semble bien connaître ainsi que de la Kaaba comme lieu de pèlerinage.

… et musulman

Si mon opinion est confirmée, les Omeyyades sont originaires de Syrie où les tribus étaient chrétiennes. Alors pourquoi ont-ils opté pour l’islam ?
La réponse est différente pour les dirigeants et pour citoyens.

Il faut se replonger dans l’époque. L’islam primitif n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu au fil des siècles. Les hadiths, ces paroles de Mahomet, réelles ou inventées, n’ont pas encore été collectées, elles ne le seront qu’au VIIIe siècle. L’islam n’est pas encore une religion formaliste, le dogme n’est pas encore entièrement défini, mais les grandes lignes sont tracées : Mahomet a reçu le Coran, Jésus est un prophète qui n’a pas été crucifié, il faut embrasser la pierre noire de la Kaaba, le vin est proscrit… nous raconte Jean de Damas.

En abandonnant la religion chrétienne, les Omeyyades deviennent entièrement indépendants. En tant que chrétiens, ils étaient soumis à l’empereur byzantin, lui même aux ordres du pape de Rome (le schisme entre catholiques et orthodoxes n’était pas encore consommé). Ils devaient répondre de leurs actes auprès des patriarches et des évêques qui pouvaient les excommunier, les exclure de la communauté. Même s’ils n’adhéraient pas au dogme édicté à Chalcédoine en 451 (Il y a trois personnes en Dieu et Jésus est homme et dieu, il a deux natures et deux volontés), ils n’en étaient pas moins soumis à leurs évêques. En devenant musulmans, ils devenaient califes, représentants de Dieu sur terre, successeurs du prophète Mahomet, et commandeurs des croyants. Ils étaient tout puissants. La fonction de calife ira en se dépréciant au fil du temps, les docteurs en religion prenant de plus en plus d’importance.

C’est sous abd al-Malik que la première référence à Mahomet apparaît sur les pièces de monnaie. On y lit la chahada complète : « il n’y a qu’un seul Dieu et Mahomet est son prophète ».

Pour le commun des mortels, devenir musulmans permettait d’échapper à l’impôt de capitation (djizia) dû par tous les hommes non musulmans en âge de porter les armes. Les musulmans devaient eux s’acquitter de l’aumône, qui est un principe religieux (zakât). Cette « conversion » faisaient d’eux des citoyens de première classe.

Le Dôme (ou Coupole) du Rocher de Jérusalem.

L’oeuvre majeure d’abd al-Malik, toujours visible de nos jours est le Dôme du Rocher à Jérusalem, construit en l’an 72 du calendrier musulman, qui correspond à 691/692. Je lui consacrerai l’article suivant car cet édifice est plein de mystères.