1967 : Israël conquiert Jérusalem

Curieux titre !
Jérusalem n’est-elle pas la ville phare d’Israël ? En 1948, à la fin de la guerre ayant débouché sur la création de l’Etat hébreu, l’ONU a partagé la ville en deux. La vielle ville, à l’est, avec tous les édifices religieux, musulmans et chrétiens, de même que le Mur des Lamentations, les fondations du temple d’Hérode détruit par les Romains en 70, a été rattachée à la Jordanie, l’enceinte ottomane servant de frontière.

Mai 1967, Gamal Abdel Nasser, le président égyptien prêche l’invasion d’Israël, l’éradication des Israéliens, leur rejet à la mer. Des manifestions monstres déferlent dans les rues des villes égyptiennes, des drapeaux israéliens sont brûlés et des effigies de Juifs pendues aux lampadaires… Heureusement le plupart des Juifs ont été expulsés d’Egypte lors de l’affaire du Canal de Suez.

Remontons dans le temps. Nasser est colonel dans l’armée égyptienne. En 1952, il participe au renversement du roi Farouk proche des Britanniques et devient le deuxième président en 1956. Socialiste et pan-arabe, il nationalise, la même année, la Compagnie du Canal de Suez, dont les actionnaires français, britanniques et américains avaient refusé de financer la construction du barrage d’Assouan. En octobre, l’ONU ayant avalisé la nationalisation, les Français et les Britanniques signent un accord secret avec Israël pour prendre le contrôle du canal et renverser Nasse. Israël doit attaquer l’Egypte, les troupes françaises et britanniques s’interposant en prenant le contrôle du canal. Très vite, l’armée égyptienne est submergée. Les Français et les Britanniques débarquent à Port Saïd. Début novembre, l’affaire est réglée… C’est sans compter sur l’ONU dont la résolution de renvoyer les belligérants chez eux est approuvée unanimement. Américains et les Russes ont marqué leur accord.
Résultat final : le canal est nationalisé, les Casques bleus déployés dans le Sinaï, les Juifs expulsés, les cadres et employés français et britanniques priés de rentrer chez eux. C’est ainsi qu’un jeune homme de 17 ans vint s’installer avec sa famille à Nice. Il s’appelait Claude François.

Revenons au printemps 1967.  La tension monte, l’armée égyptienne occupe le Sinaï d’où les troupes de l’ONU se sont retirées à la demande de Nasser. En 1966, l’Egypte avait signé un accord militaire avec la Syrie. Aujourd’hui, le 30 mai, un général égyptien prend le commandement de l’armée jordanienne… bien que le roi Hussein se déclare toujours adversaire de la guerre. Israël est encerclée.
Elle mobilise… mais rien ne se passe. Les militaires, dont Yitzhak Rabin et Moshe Dayan, préconisent une action préventive, le président israélien, Zalman Shazar hésite. L’économie israélien est à l’arrêt, toutes les forces vives sont mobilisées. Le pays ne tiendra pas longtemps d’autant plus que Nasser bloque le port d’Eilat dans le golfe d’Aqaba depuis le 23 mai.
Les militaires vont alors instiller un climat de terreur dans le pays : la rumeur parle d’un nouvel holocauste, les terrains de sport, les parcs et les vergers sont réquisitionnés pour creuser 50.000 tombes ! C’est la panique dans la population. Le président Shazar cède enfin après un mois d’hésitation.
Le commandement militaire israélien a eu ce qu’il voulait, mais il n’était pas dupe, il savait que l’Egypte, malgré les provocations, n’était pas prête à la guerre.

Les puissants s’en sont mêlés : les Etats-Unis de Johnson ont fait savoir à Israël que le déploiement des troupes égyptiennes dans le Sinaï n’est que défensif. En relation avec Johnson, Alexeï Kossyguine a prévenu Nasser qu’en cas d’attaque d’Israël, il n’aura aucun soutien.

Mais la machine est lancée, ce n’est pas l’Egypte qui attaquera ! Le 5 juin, au matin, les avions israéliens surgissent de la Méditerranée et détruisent l’aviation égyptienne au sol. La plupart des avions sont complètement détruits. Simultanément les chars israéliens et l’infanterie pénètrent dans le Sinaï, mettant en déroute l’armée égyptienne : 10.000 morts, plus de 4.000 prisonniers.

Mais le soir même, Nasser, mal informé par ses généraux, persiste, il fanfaronne et annonce la victoire. La population descend dans la rue et manifeste sa joie. Par contre, la radio israélienne reste muette sur l’issue de ce premier jour. Croyant la victoire acquise l’armée jordanienne bombarde Israël, les Israéliens ripostent et les para entrent dans la vieille ville de Jérusalem et conquièrent la rive occidentale du Jourdain (la Cisjordanie) alors administrée par la Jordanie. Le 7 juin, les opérations militaires sont terminées sur le front jordanien.

Le 9 juin, l’armée israélienne attaque la Syrie et conquiert le plateau du Golan. La confusion est grande en Syrie : la radio anticipe l’avancée des troupes israéliennes en annonçant des prises de villes qui n’ont pas encore eu lieu. Les Etats-Unis et l’URSS, qui a menacé d’intervenir, imposent un cessez-le-feu qui prend effet le 10 juin. La guerre des six jours est finie, Israël a triplé son territoire et annexé toute la ville de Jérusalem.

6jours

Épilogue

C’est l’euphorie dans la population. Des foules se précipitent dans la vieille ville de Jérusalem conquise pour prier au Mur des Lamentations, qui était interdit aux Juifs. Les ultra orthodoxes annoncent l’imminence des temps messianiques : tous les Juifs de la Diaspora peuvent rentrer dans le grand Israël qui a, ou plutôt aurait, retrouvé les frontières du royaume de David. Actuellement, encore près de 60% des Juifs, soit 8 millions de personnes, sont installés hors d’Israël. Des commandos essaient même de détruire le Dôme du Rocher dans la vielle ville. Ils sont repoussés par l’armée qui protègent les lieux de culte musulmans.

Le gouvernement ne partage par cet enthousiasme. Il est certes heureux de l’issue de la guerre, même s’il déplore 779 morts et plus de 2.500 blessés, mais il s’attend à ce qu’une résolution de l’ONU l’oblige à ramener les troupes vers leurs bases. Cette résolution ne viendra jamais, les Etats-Unis opposant leur veto.

Comme en 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël, des milliers de Palestiniens prennent le chemin de l’exil vers les camps de réfugiés.

Fin 1967, les pays arabes, réunis à Khartoum, prennent une résolution commune :

  • pas de paix avec Israël,
  • pas de reconnaissance d’Israël,
  • aucune négociation avec l’Etat hébreu.

Pour avoir outrepassé ces résolutions (accords de Camp David), le président Anouar el-Sadate a payé de sa vie, assassiné en octobre 1981 lors d’un défilé par des membres du Djihad islamique égyptien.

Mais quel est aujourd’hui le statut de Jérusalem-est ? Jamais Israël n’a mentionné l’annexion de Jérusalem-est, bien qu’en 1980, le Knesset, le parlement israélien, ait proclamé Jérusalem capitale de l’Etat, une et indivisible. Jérusalem n’est pas annexée, elle est réunifiée… nuance diplomatique.

Récemment, le 19 juillet 2018, la Knesset a promulgué une loi faisant de l’Etat hébreu, l’Etat-nation du peuple juif. Israël devient le porte-parole de tous les Juifs du monde alors que la grande majorité vit en dehors du pays. Le loi spécifie également que les implantations dans les territoires occupés sont d’intérêt national. L’arabe perd par la même occasion son statut de langue officielle alors que 20% de la population est d’origine arabe, soit musulmane, soit chrétienne.

1979 : que le djihad commence !

On peut parler d’un « effet papillon » : un événement local a eu des répercussions internationales. En 1979, une rébellion contre le pouvoir saoudien, jugé trop laxiste !, va amener à la création de groupes djihadistes comme Al Qaïda ou DAESH.

A la Mecque, en cette fin novembre 1979, le grand pèlerinage, le Hajj, touche à sa fin. 50.000 fidèles fréquentent encore la Grande Mosquée dont les récents travaux d’embellissement et d’agrandissement, ont été exécutés par la famille Ben Laden, proche de la famille royale. Le 20 novembre, plusieurs centaines de fondamentalistes islamistes armés font irruption dans la mosquée et prennent une centaine de fidèles en otage. Son chef, Juhaiman, est un opposant à la famille régnante à qui il reproche son laxisme, sa corruption, son luxe, son goût immodéré pour les images. Le portait des membres de la famille royale s’affiche sur les immeubles et leur photo est imprimée sur les billets de banque qui circulent dans la mosquée, suprême blasphème dans une religion où la représentation des personnes est proscrite.

billet

Juhaiman considère également la famille Séoud comme des usurpateurs, ayant chassé le chérif de La Mecque, gardien des lieux saints et « descendant de Mahomet », entre 1927-1932, avec l’aide des Britanniques qui avaient pourtant requis l’aide du chérif en 1916 (célèbre fait d’armes du lieutenant Lawrence). Mais la région de Riyad, fief de Séoud, prospectée dès 1930, se révélait riche en gisements pétroliers. Ils seront exploités à partir de 1937.

Le gouvernement saoudien reste indécis : comment déloger les rebelles alors qu’il est interdit de porter les armes dans les lieux saints : « Ne leur (les infidèles) livrer pas combat près de la mosquée sacrée » (Co. 2, 192). Les oulémas se réunissent en hâte et après de longues palabres ordonnent l’assaut. Le 22 novembre, la garde nationale attaque les rebelles, c’est un échec. 127 soldats sont tués et les rebelles se réfugient dans les caves de la mosquée, avec leurs otages.

Ce qui va suivre n’est pas très clair, différents versions circulent, suivant les sources gouvernementales, policières ou militaires. Ce qui est sûr, c’est que le roi Khaled ben Abdelaziz fait appel à ses alliés. Les Américains hésitent, la France s’engage. De source officielle française, trois membres du groupe d’intervention de la gendarmerie (GIGN) s’envolent vers Ta’if à 60 km au nord de La Mecque. Ils emmènent avec eux 300 kg d’un gaz incapacitant, le 2-chlorobenzylidène malonitrile (appelé aussi « CS », des initiales de Corson et Stoughton, chimistes qui ont synthétisé la molécule). Ils ont pour mission de former les gardes saoudiens pour l’assaut qui a lieu le 4 décembre et au cours duquel 244 rebelles sont tués. Une version non officielle affirme que l’assaut a été dirigé par le GIGN dont les membres avaient été convertis à l’islam lors d’une brève cérémonie. Mais cette version aurait été très mal perçue dans les pays musulmans.

Le 9 janvier 1980, Juhayman et 62 autres prisonniers sont, sans jugement, décapités en public dans différentes villes pour servir d’exemple.

Épilogue

Un vent de radicalisation va souffler sur l’Arabie Saoudite. Les cinémas sont fermés, les affiches publicitaires occidentales enlevées, la stricte séparation des femmes et des hommes dans les lieux publics est décrétée. Il est conseillé aux hommes de se laisser la barbe. La police religieuse, renforcée, veillera à l’application des nouvelles dispositions.

Le train de vie de la famille régnante ne sera pas modifié, mais elle va encourager le djihad : les jeunes sont invités à aider leurs frères musulmans à bouter hors d’Afghanistan les infidèles. Les Américains formeront les candidats et fourniront les lance-missiles, les Israéliens livreront les Kalachnikovs, les Saoudiens financeront le djihad : « Ô vous qui croyez, combattez ceux de vos voisins qui sont infidèles. Qu’ils vous trouvent durs. Sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent. » (Co. 9, 123).

En octobre 1981, Amour El Sadate est assassiné par des anciens membres des Frères Musulmans dont le parti avait été interdit lors d’une purge nationale qui avait touché les communistes, les islamistes, les coptes, les féministes, etc. Les opposants radicaux vont se joindre au djihad.

Dans un premiers temps, les Saoudiens ont accusé l’Iran (chiite) d’avoir organisé la rébellion, ce qui s’est révélé inexact, il n’y avait aucun iranien parmi les assaillants. Qu’à cela ne tienne, il faut en finir avec l’Iran qui fait de l’ombre (religieuse) aux wahhabites saoudiens. On persuade Saddam Hussein d’attaquer son voisin, l’Arabie et le Koweït pourvoiront au financement. Le 22 septembre 1980, les troupes irakiennes passent la frontière. La guerre durera 8 ans.

A la fin de la guerre, le Koweït a l’outrecuidance de réclamer le remboursement des prêts consentis. Le première guerre du Golf commence… la région sera déstabilisée pour de nombreuses années. Le ailes du papillon ont brassé beaucoup trop d’air.

Marcion

J’estime que Marcion est l’un des personnages les plus importants dans l’évolution du christianisme… bien qu’il ait été jugé hérétique par ses pairs.

Marcion est né vers 85 à Sinope sur la Mer Noire. Son père était un riche armateur qui aurait été évêque. Vers 140, il est accueilli dans la communauté de Rome. Il y apporte, outre une grosse somme d’argent, un évangile et dix lettres de Paul.

Se basant sur cet évangile, ne se revendiquant d’aucun apôtre, et sur les épîtres de Paul, il professe une doctrine déviant du dogme qui peu à peu se développe dans le christianisme. Il argumente sa vision du Christ dans un recueil : Antithèses.

En fait, on ne connait rien de Marcion, sinon les commentaires de ses adversaires parmi lesquels Tertullien, un Romain de Carthage (vers 160-225), qui lui consacra pas moins de cinq livres, plus ou moins cent pages A4 actuelles. Tertullien est un juriste et sa démonstration est très élaborée, mais contre toute attente, alors qu’il connait les quatre évangiles et le livre de l’Apocalypse, il ne s’y réfère que rarement, il puise tous ses arguments dans l’Ancien Testament qu’il maîtrise parfaitement. Lorsqu’il critique les conclusions que Marcion tire des lettres de Paul, qu’il a apportées, Tertullien ne fait jamais mention d’une différence avec les épîtres qu’il aurait à sa disposition, mais l’accuse de les avoir mutilées. N’existaient-elle pas avant Marcion ?

Quelle était la thèse de Marcion ? En l’an 15 du règne de Tibère, soit en 29, Jésus est descendu du ciel, pur esprit de salut et de rédemption, comme le dit Tertullien. Jésus n’est donc pas né de Marie et n’a pas comme père Joseph : il est le fils de Dieu, sinon Dieu lui-même. Mais ce dieu n’est pas YHWH, mais un dieu d’amour et de paix qui ne s’était jamais manifesté, ce dieu ne juge pas, il pardonne. YHWH n’est que le créateur de cette terre où règne le mal.  Pour Marcion, si Dieu est capable de colère, de haine, de jalousie, et de vengeance, c’est qu’il est changeant et corruptible, dont mortel. Il rejette les écrits juifs et prône une séparation totale d’avec les juifs. Il réprouve également le mariage et encourage la chasteté car comme les chrétiens de l’époque, il attend la fin du règne du mal et l’avènement du royaume de Dieu.

Tertullien tente de contrer Marcion par un phrase étonnante : « l’intelligence débile de l’homme forge plus facilement des dieux nouveaux, qu’elle ne se tourne vers le Dieu véritable, déjà manifesté à ses regards par ses œuvres »… alors que le christianisme vient de naître !

A la lecture du Adversus Marcionem (Contre Marcion) de Tertullien, on a l’impression que tous les messages d’amour ne se trouvaient pas dans les évangiles qu’il lisait. Si ce sont des ajouts tardifs, il n’est pas étonnant qu’il soit impossible à partir des évangiles d’avoir une vision unique du message de Jésus, comme nous l’avons souligné dans notre livre. C’est ainsi que Tertullien lit dans l’évangile de Marcion :

  • Le Dieu nouveau nous enjoint de « tendre l’autre joue et d’abandonner après notre tunique, notre manteau lui-même. »
  • Donner à tous ceux qui vous demandent.
  • Et selon que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-leur aussi de même.
  • Ne jugez point et vous ne serez pas jugé. Donnez et il vous sera donné.
  • Des femmes riches, et parmi elles la femme de l’intendant d’Hérode, s’attachaient aux pas de Christ et l’assistaient de leurs biens.
  • etc.

A chaque fois, Tertullien argumente que ces préceptes se trouvent déjà dans l’Ancien Testament. Doit-on en conclure qu’il n’était pas nécessaire de les reprendre dans les évangiles… ce qui sera néanmoins fait par la suite.

Dans un article précédent j’ai dit que le récit de la naissance de Jésus dans les évangiles était un ajout tardif. Tertullien nous en apporte quelques indices, sinon quelques preuves. Alors que les évangiles disent que le recensement a été fait par Quirinus, Tertullien le fait exécuté par Sextius Saturninus. Il dit aussi que la famille de Jésus vint s’établir à Nazareth pour échapper à Archélaos, fils d’Hérode.

Par son apport en textes et par sa vision déviante du christianisme, Marcion a forcé les pères de l’Eglise qui vont lui succéder à préciser leur pensée et à définir le dogme qui ne sera définitif que lors du concile de Nicée, réuni par l’empereur Constantin, en 325.

 

L’invraisemblable naissance de Jésus

Le récit de la naissance de Jésus n’apparaît que dans deux des quatre évangiles : celui de Luc et celui de Matthieu. Il est probable que ces récits soient des ajouts tardifs. Par le philosophe romain Celse (II° siècle de notre ère) nous savons que c’était chose courante : « … [il est] de notoriété publique que plusieurs parmi vous (…) ont remanié à leur guise, trois ou quatre fois et plus encore, le texte primitif de l’évangile, afin de réfuter ce qu’on vous objecte « . Quelle était cet objection ? Vers 140, un riche fils d’armateur, Marcion, est accueilli dans la communauté de Rome, à qui il fait un don substantiel. Il apporte un évangile et dix lettres de Paul qu’il va utiliser pour bouleverser le dogme : Jésus n’est pas né d’une femme, il est apparu sous forme humaine à Capharnaüm envoyé non pas par YHWH, le dieu créateur, mais par un dieu d’amour qui n’avait jamais été révélé.

Marcion fut traité d’hérétique et il fallut renforcer le dogme d’un fils de Dieu né homme, ce que l’on trouve aujourd’hui dans les évangiles. Voyons ce que nous apprend l’Évangile de Luc dont le récit est le plus complet.

Jésus est né à Bethléem sous le roi Hérode. Les parents de Jésus habitaient Nazareth, en Galilée. Ils sont venus à Bethléem, ville de naissance de Joseph, lors du recensement de Quirinus.

A la mort d’Hérode, en l’an 4 avant notre ère, son royaume est partagé, selon sa volonté, entre trois de ses fils  :

  1. Archélaos hérite de l’ancien royaume de Juda avec Jérusalem, de la Samarie au nord et de l’Idumée au sud ;
  2. Antipas (appelé également Hérode) gouvernera la Galilée et le Golan ;
  3. Philippe se verra confier les territoires à l’est du Jourdain.

Ce partage se fait sous l’œil bienveillant des Romains qui gardent sous contrôle le Moyen-Orient.

En 6 ou 7 de notre ère, les Romains destituent Archélaos et font de son territoire une province impériale, dirigée par un préfet. Lors de cette prise de pouvoir directe, ils organisent un recensement, pour établir l’impôt. Le préfet (Copronius) n’ayant pas le pouvoir de lever des impôts, la tâche est confiée à Quirinus, gouverneur de Syrie.

Donc, d’après l’Evangile de Luc, Jésus est né avant -4, mais lors du recensement de 6 ou 7. De plus, la Galilée n’étant pas sous contrôle romain, Joseph et sa femme n’avaient aucune raison de participer au recensement qui, en outre, se faisait sur le lieu de résidence et ne concernait que les hommes. Que de contradiction dans ce récit dont le résumé tient sur trois lignes.

Mais pourquoi tous ces détails ?
Pourquoi Bethléem ?
Jésus étant considéré comme le messie attendu par les juifs, il se devait de naître à Bethléem, la patrie du roi David considéré comme l’archétype du messie. Matthieu fait résider les parent de Jésus à Bethléem, ainsi par besoin de déplacement.
Notons que les évangiles de Matthieu et de Luc nous donnent des généalogies de Jésus différentes mais qui font de Jésus un descendant de David par Joseph qui n’est pas son père !

Pourquoi Nazareth ?
Jésus a été appelé nazaréen qui est le nom d’une secte se référant probablement à un nazir, une personne qui s’est consacrée à Dieu par un vœu en vertu duquel il lui est interdit de boire des boissons fermentées, de se couper les cheveux et de s’approcher de ce qui était réputé impur par la loi, notamment, d’un cadavre. Cette description ne correspondant pas à ce que les évangiles disent de Jésus. Il était donc membre d’une secte dont il n’était pas l’instigateur. Dans le Nouveau Testament, Jean le Baptiste et Jacques, le frère de Jésus, pourraient être des nazirs. Donc, on a masqué ce fait en transformant l’appartenance à un groupe en origine : Jésus le nazaréen est devenu Jésus de Nazareth.
Pour Matthieu, les parents de Jésus s’installeront à Nazareth après sa naissance.

Pourquoi devait-il naître d’une femme ?
Jésus ne pouvait pas être de substance divine, mais de chair et d’os pour pouvoir ressusciter « dans la chair ». Après sa résurrection, on insiste bien sur le fait qu’il mange, qu’il boive, qu’il est bien humain.

On peut se poser une dernière question : comment se fait-il que le fils de Dieu, Dieu lui-même soit rattaché à un arbre généalogique humain ? Les deux évangiles nous donne la généalogie de Jésus, chacun y va de sa liste personnelle, elles sont différentes :

« Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham… Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle est né Jésus que l’on appelle de Christ. » (Matthieu 1, 1-16)

« Jésus a ses débuts, avait environ 30 ans. Il était fils, croyait-on, de Joseph, fils de Héli, fils de Matthat… » (Luc 3, 23-38)

Quel pharaon face à Moïse ?

La Bible nous dit que Moïse enfant hébreu a été recueille par la fille de pharaon. Il grandit à la cour d’Egypte, mais adulte, il prend fait et cause pour son peuple d’origine qu’il délivre de l’esclavage et qu’il emmène vers la terre promise par Dieu : Canaan.

Bien que la Bible consacre quatre livres à ce récit, il n’est corroboré par aucune autre source. Quand aurait eu lieu cet exode ?

La tradition, suivie par le cinéma hollywoodien, met face à face Moïse et le Ramsès II, le plus puissant des pharaons, plaçant l’exode vers 1250 avant notre ère. La justification de cette datation est reprise de la Bible qui fait travailler les Hébreux à la construction des villes de Pi-Ramsès et Pithom. Si Pi-Ramsès a bien été bâtie sous le règne de Ramsès, Pithom n’a d’existence avérée que depuis le VII° siècle avant notre ère.
Historiquement, rien ne permet de placer l’exode sous Ramsès II, d’autant plus que Canaan était contrôlé par les Égyptiens depuis l’accord avec les Hittites (Anatolie) suite à la bataille de Quadesh (vers 1274 avant notre ère), bataille qui débute d’ailleurs le film de Ridley Scott, Exodus : Gods and Kings.

Et si la Bible disait vrai ! C’est le sujet d’un article de Science et vie concernant l’exode. Et si les 10 plaies d’Egypte avaient bien eu lieu. Pour rappel, Moïse a obtenu la libération des esclaves hébreux pour que cessent les catastrophes dont il accablait le pays : les eaux du Nil se changent en sang, les grenouilles envahissent les terres, les mouches attaquent les habitants, la vermine détruit tout, une épidémie infecte le bétail puis les hommes, la grêle détruit les récoltes, les sauterelles dévorent la végétation restante, les ténèbres s’installent pendant trois jours et enfin, les premiers-nés meurent durant la nuit. Qu’est-ce qui, scientifiquement, peut provoquer de tels dégâts ? D’après l’auteur de l’article, le coupable est le volcan Santorin qui a détruit l’île de Théra.

Les études les plus récentes sont moins tranchées. Le raz de marée qui a suivi l’éruption a bien dévasté la Crète… sur une centaine de mètres. La ville Knossos, à l’intérieur des terres à été épargnée… à plus forte raison l’Egypte dont les archives ne mentionne pas cet éruption. La Crète a fait office de bouclier et a détourné l’onde de choc.

Le cataclysme s’est produit vers 1550 avant notre ère. La date fait toujours débat, certains chercheurs avancent la date de 1620, se basant sur l’étude des bois retrouvés dans les décombres, mais on ignore si ces bois vivaient toujours au moment de l’éruption. La civilisation minoenne n’a même pas été détruite par l’éruption, elle commença à décliner vers 1450, soit cent ans plus tard. Le pharaon Aménophis II, régnant à cette époque, s’étonne de ne plus voir les Crétois avec qui il commerçait.

La Bible nous fournit-elle une indication sur la date de l’exode ?
Oui, plusieurs, mais ces dates sont contradictoires :

  • Dans le livre de l’Exode, la sortie d’Egypte a eu lieu 430 ans après l’entrée de Jacob (Israël) et ses enfants en Egypte sur l’invitation de leur frère Joseph devenu un personnage important dans l’entourage de pharaon. La chronologie de la Bible, sujette à discussion, donnerait 1266 avant notre ère, donc sous Ramsès II.
  • Le livre des Rois donne 480 ans avant la construction du temple par Salomon, soit environ 1440 avant notre ère, sous le règne de Thoutmosis III qui fut le premier pharaon a quitter l’Egypte pour aller guerroyer… en Canaan, face à une coalition de roitelets locaux. Il avait une armée de 10.000 hommes.
  • Le livre des Jubilés, un apocryphe, place la sortie d’Egypte au milieu d’un cycle de 100 jubilés (de 49 ans), soit 2.450 ans après la création du monde… en 4.004 (?). Ce qui nous donne 1554 avant notre ère. C’est une date intéressante car elle coïncide avec la fin du règne des Hyksos sur l’Egypte. Or les Hyksos auraient été un peuple sémite qui a dominé l’Egypte entre 1675 et 1548 avant notre ère. On connaît mal leur origine et leur histoire. Ils ont été chassé par les princes de Thèbes. Flavius Josèphe, un écrivain juif du premier siècle de notre ère, identifie l’exode au départ des Hyksos.

En conclusion, la plus grande confusion règne sur l’exode des Hébreux et l’histoire de Moïse. Et si tout cela n’était qu’un mythe… nous en reparlerons.

Invasion musulmane ou conquête arabe ?

Vers 630, un grand bouleversement va changer à jamais la géopolitique du Moyen Orient, détruisant l’empire perse et mettant à mal l’empire romain de Byzance. Que s’est-il passé ? Notre source la plus complète nous vient de l’islam. D’après la tradition, à la mort de Mahomet (632), son beau-père, Abu Bakr, lui succède et en deux ans de règne, va convertir toutes les tribus de la péninsule arabique et les fédérer dans un projet commun : répandre la nouvelle foi. C’est son successeur, Umar (634-644) qui va lancer la conquête et envahir la Palestine, la Syrie, l’Egypte et l’Irak. A sa mort, un autre beau-fils du prophète, Uthman (644-656) va continuer l’oeuvre d’expansion et compiler le Coran. Enfin, le dernier gendre et neveu de Mahomet, Ali (656-661), nommé calife à 56 ans, va entrer en conflit avec les compagnons du prophète et  provoquer la scission de l’islam : ces fidèles créant le courant chiite.

Mais, ce récit occulte certains évènements historiques et ignore des écrits chrétiens ou juifs qui pourraient nous amener à revoir cette légende. Énumérons d’abord ces faits.

  • La conquête s’est faite sans grand impact sur les populations existantes. Certains se sont même réjouis du changement de gouvernement. Les monastères et les églises ont été protégés.
  • Alors que le siège de Jérusalem va durer de 2 à 4 ans, les reliques dont la « Sainte-croix » ne sont pas mises en sécurité, elles restent dans la ville.
  • La conquête s’est doublée d’une guerre en clans. Trois des quatre successeurs de Mahomet ont été assassinés (Umar, Uthman et Ali).
  • Un document musulman connu sous le nom de « charte de Yathrib » indique que Mahomet a pris la tête d’une coalition de huit tribus arabes et de leurs alliés juifs.
  • La présence de juifs au sein des troupes arabes est corroborée par un écrit chrétien mentionnant que les juifs chassés d’Edesse par l’empereur byzantin se sont alliés aux Arabes.
  • Jean de Damas (676-749), ancien conseillé d’un calife, fait de l’islam une hérésie chrétienne.
  • Où sont passés les deux fédérations de tribus arabes contrôlant les déserts de Palestine, de Syrie et d’Irak : les Ghassanides au service de Byzance et les Lakhmides au service des Perses. Ces Arabes sont chrétiens, bien que non orthodoxes.
  • Pourquoi les premières pièces de monnaie frappées par les califes arborent-elles une croix ? D’autres faisant enfin référence à Mahomet (vers 685, après 50 ans de silence sur le prophète) sont ornées du symbole perse d’Ahura-Mazda.
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  • Jérusalem est sous la menace des Arabes dès 634, le patriarche ne peut pas se rendre à Bethléem pour la messe de Noël, mais la ville ne tombe, sans combat, qu’en 636 ou 638.
  • Tyr tombe en 636 et Sidon en 637. Ce sont deux villes du Liban actuel.
  • Comment les successeurs de Mahomet ont-ils pu enrôler des dizaines de milliers de combattants alors qu’en 1917, les Anglais, avec le concours du chérif de la Mecque à qui ils avaient promis la création d’un immense royaume arabe, n’ont réuni que 2000 hommes pour combattre les Turcs ?

Hypothèse

Les disciples de Mahomet, « marchant sur le chemin de Dieu« , comme le proclame la charte de Yathrib envisagent de prendre Jérusalem et d’y reconstruire le temple, ce qu’ils feront dès la chute de la ville mais il sera probablement détruit par un tremblement de terre car en 670, un pèlerin le décrit en piteux état. Ils envahissent le sud de la Palestine et menacent la ville.
La fédération des Ghassanides, qui ne sont plus payés par les Byzantins au bord de la faillite suite à la guerre qu’ils ont menée contre les Perses de 616 à 622, en profitent pour se payer sur le pays (qu’ils contrôlent) au cri de « cette terre est à nous« . Ils prennent Damas en 634 et font leur jonction avec les Arabes de Mahomet qu’ils aident à prendre Jérusalem : ce sont des guerriers habitués aux sièges qui s’allient à des bédouins rompus aux razzias.

Sur la carte remarquez la situation des « royaumes » Ghassanides et Lakhmides, fédérations d’Arabes chrétiens. Les premières grandes victoires arabes, signalées sur la carte, se trouvent à proximité des terres contrôlées par ces « royaumes ».

Cette carte est issue de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup

La conquête vire très vite à l’anarchie, chaque chef de tribu ayant son propre plan d’action. Les dissensions tournent à la guerre civile : des chefs sont assassinés (Umar et Uthman), d’autres font sécession comme Ali et Ibn Al-Zubayr. A cela se superpose les convictions religieuses : disciple de Mahomet, juifs et chrétiens. Il faudra attendre Abd al-Malik (calife en 685), probablement un Ghassanide, pour qu’une paix relative s’impose. Il prône l’association de Mahomet et de Jésus comme prophètes. Le Dôme du Rocher qu’il fait construire en 692 et qui est la première construction musulmane a être parvenue jusqu’à nous, en est la preuve : les textes qui ornent les panneaux du déambulatoire intérieur sont à la gloire des deux personnages.

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Pour rétablir la paix, il renvoie les chefs de tribus chez eux et instaure une armée de métier. Les fonctionnaires grecs et perses qui étaient restés en place sont progressivement remplacer par des Arabes et la langue officielle devient l’arabe.

Dans l’islam sunnite, Jésus est un personnage très important : c’est lui qui présidera au jugement dernier. Il n’est pas mort, mais il est monté au ciel. Par contre, dans l’islam chiite, il ne joue aucun rôle, c’est l’imam caché qui reviendra à la fin des temps : la mahdi. Notons que les chiites, les partisans l’Ali, ont peu côtoyer les tribus chrétiennes, ils se sont dirigés vers le sud de l’Irak actuel d’où ils se dont toujours opposés aux califes omeyyades, issus de la fédération ghassanide.

Du vin et du porc ?

Tout le monde sait que les musulmans ne mangent pas de porc et ne peuvent pas boire de vin. C’est écrit dans le Coran :

« Vous sont interdits les animaux morts, le sang, la chair de porc… » (5, 3)

« Ils t’interrogent sur le vin et le jeu de hasard. Dis-leur : « L’un et l’autre comportent une part de grave péché et une de bien pour l’homme. Mais le péché est plus grand que les avantages. » (2, 219) et aussi 4, 43, 5,90, 5,91?

Voilà qui est clair. Et pourtant, toujours dans le Coran :

« Aujourd’hui, tout ce qui est bon vous est permis : la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre (les juifs et les chrétiens) est licite pour vous comme la vôtre est également pour eux. » (5, 5)

« Des fruits du palmier, de ceux de la vigne, vous retirez une boisson enivrante et une agréable nourriture. Il y a là un signe pour ceux qui raisonnent. » (16, 67)

Alors on peut ou on ne peut pas. Le Coran est plein de ces contradictions. Comment ne pas devenir schizophrène ? La réponse est également dans le Coran :

« Nous n’abrogeons aucun verset, nous n’en faisons oublier aucun sans le remplacer par un autre qui soit meilleur ou équivalent. Ne sais-tu pas que Dieu est tout puissant ? » (2, 106)

Donc les versets 5,5 et 16,67 ont été remplacé par d’autres.
CQFD.

Pas si vite, restons logique.
Sans entrer dans une polémique avec les docteurs de l’islam, le Coran est soit incréé, soit il émane de la parole incréée d’Allah, ce qui revient au même pour notre propos. Le Coran est donc parole de Dieu. Il peut se tromper sur la nature humaine et corriger sa vision de sa communauté. Mais comment savoir quel verset remplace l’autre ? Comme l’ordre des sourates et des versets est aléatoire, et qu’on ignore l’ordre dans lequel les versets ont été « reçus » par Mahomet. Ce sont donc les docteurs de l’islam qui ont décidé ce qui est bien, licite (halal) de ce qui est mal, interdit (haram), s’octroyant ainsi une prérogative de Dieu.

Passe encore pour le vin et le porc, mais un verset important a lui aussi été abrogé : « Point de contrainte en religion » (2, 256) qui a été abrogé par des versets qui prescrivent le combat contre les autres religions, tel que :

« Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que le religion soit entièrement à Allah seul. S’ils cessent, donc plus d’hostilités, sauf contre les injustes ».(2, 193)

Il faut reconnaître que Dieu avait été plus clair avec les juifs. Smiley, Wink, Emoticon, Smilies, Eye, Cheeky, Smile

 

 

Mahomet est-il un personnage historique ?

Alors que nous n’avons pas de documents objectifs contemporains de Moïse (je pense aux archives égyptiennes) ou de Jésus (les écrivains romains), il existe deux textes chrétiens écrits vers 640, soit huit ans après la mort présumée de Mahomet.

Le premier, la « Doctrina Jacobi », met en scène deux juifs. Voici son contenu :

« Le patrice (gouverneur byzantin NDLR) a été tué. Et nous les juifs, nous étions en grande joie. On disait que le prophète était apparu, venant avec les Saracènes, et qu’il proclamait l’arrivée du Messie qui allait venir… Je m’arrêtai chez un ancien très versé dans l’Ecriture, et je lui dis : que me dis-tu du prophète qui est apparu avec les Saracènes ? Et il me répond en gémissant profondément : c’est un faux prophète, les prophètes viennent-ils armés de pied en cap ? « 

Que nous apprend ce texte ?
Qu’une personne, se présentant comme un prophète, a envahi le sud de la Palestine (où a été tué le patrice) à la tête d’une armée d’Arabes, les Saracènes, des bédouins pour les Grecs et les juifs de l’empire byzantin s’en réjouissent.

Le second, la « Chronica Minor » nous raconte le premier contact de troupes arabes avec les Byzantins.

« Le 4 février 634, à midi, eut lieu un combat entre les Romans et des Tayayè de Mahomet (Mhmt NDLR) en Palestine, à 12 miles à l’est de Gaza. Les Romains s’enfuirent, abandonnant le patrice Bar Yardan que les Tayayè tuèrent. Furent tués là environ 4000 paysans pauvres de Palestine, chrétiens, juifs et samaritains. Et les Tayayè dévastèrent toute la région.« 

Cette confirmation de l’existence que Mahomet ne doit cependant pas nous faire adhérer à l’histoire romancée de celui-ci que nous conte la Sira, sa biographie « officielle ».

L’apôtre Pierre est-il mort à Rome ?

Que savons-nous de la mort de Pierre ? Dans le livre I de son Histoire ecclésiastique (IV° siècle), Eusèbe de Césarée nous dit que sous Néron, « Paul fut décapité et Pierre crucifié à Rome ». Il ajoute qu’ils ont « subi tous les deux le martyre au même temps ». C’est tout, il ne nous livre aucun détail et ne parle pas de l’incendie de Rome. Pourtant, un livre du début du III° siècle, les Actes de Pierre, fourmille de détails. Mais Eusèbe déclare dans son livre III qu’il ne les a pas reçu parmi les « œuvres incontestées ». Est-ce le merveilleux dans lequel baigne ce livre qui l’en détourne : on y rencontre un bébé, un chien et même un hareng fumé parlant, un homme qui vole dans le ciel et on assiste à des dizaines de résurrection ? Non, ces évènements font partie du quotidien d’Eusèbe. En fait, il considère le livre comme hérétique : Pierre remplace Paul à Rome car celui-ci est appelé en Espagne, ils n’ont donc pas subi le martyre ensemble, mais aussi, ce livre conteste l’aspect humain de Jésus : « il n’est pas né du ventre d’une femme, mais il est descendu d’un lieu céleste« . Voilà qui suffit à le condamner !

Ce livre est néanmoins très instructif d’un point de vue historique.
Que nous raconte-t-il ?
Suite au départ de Rome de Paul, Pierre est choisi par le Saint-esprit pour le remplacer et combattre Simon le Magicien, en fait, Simon de Samarie qui est un chrétien gnostique du I° siècle. Après le défait de Simon, Pierre évangélise Rome, sans aucune contrainte. Un sénateur ne lui dit-t-il pas : « Montre-nous Pierre quel est ton dieu… Ne sois pas méfiant à l’égard des Romains, ils aiment les dieux.« . Les Actes de Pierre ont été écrits vers 200 et il ne parle pas de persécutions des chrétiens ni d’interdiction de la religion.
Mais alors pourquoi Pierre est-il crucifié ? Suite à l’incendie de Rome ? Non, le livre n’en parle pas.
Pierre est arrêté, seul, car il prêche la chasteté et les quatre maîtresses du préfet Agrippa se refusent à lui. Il fait donc condamner Pierre pour athéisme (?). Pierre demande a être crucifié la tête en bas. Il s’explique par une longue tirade philosophique qui se termine par « Si vous ne mettez pas à gauche ce qui est à droite et à droite ce qui est à gauche, en bas ce qui est en haut et en haut ce qui est en bas et devant ce qui est derrière, non, jamais nous ne connaîtrez le royaume. ».

Il faudra attendre un livre plus tardif : La Passion de Pierre, qui reprend la fin des Actes de Pierre pour lire juste après la phrase que j’ai citée : « Car il ne convient pas que le dernier des serviteurs soit crucifié de la manière dont le maître de l’univers a accepté de souffrir… ».

Pierre a-t-il été enterré sous la Basilique Saint-Pierre au Vatican ?
Eusèbe dans son deuxième livre affirme que Gaïus (fin du I° siècle) aurait dit : « Je peux vous montrer les trophées des apôtres. Va au Vaticanum (pour Pierre NDLR) ou sur la voie d’Ostie (pour Paul NDLR) ; tu trouveras les trophées des fondateurs de cette église. ». Il faut savoir qu’à l’époque de Néron, l’emplacement actuel du Vatican était un cirque privé construit par Caïus Calligula, le circus vaticanus.

Chacun se fera sa propre idée sur la mort de Pierre. Personnellement, je pense qu’on ignore tout de sa vie et de sa mort.

Je profite de ce blog pour rendre justice à Eusèbe de Césarée que j’ai traité de faussaire dans mon livre. Il est vrai qu’il a donné à jamais une fausse image du christianisme des premiers siècles en colportant tous les récits antérieurs sans en vérifier la valeur. Il n’a pas hésité non plus à « interpréter » les textes qu’il cite. Mais il a voulu combler un vide, il a voulu relater l’histoire de sa religion et il l’a fait de bonne foi. Il mérite d’être lu… à défaut d’être cru.

La crucifixion

crucifié

Ce dessin illustre un article de Jacques Briend dans l’excellente revue « Le Monde de la Bible ». Cette position a été déduite de la découverte en 1968 d’un os de talon percé d’un clou appartenant à un jeune homme nommé Johanan.

Cependant, ce clou de 17 cm n’est pas assez long pour transpercer les deux talons.
De plus, la position recroquevillée du crucifié ne lui permet pas de soulager ses poumons en s’appuyant sur les pieds. Or c’est la base du supplice de la crucifixion : tant que le crucifié peut soulever son corps, il survit. Dès que ses forces l’abandonnent, il meurt étouffé par son propre poids. Les muscles pectoraux se tétanisent empêchant les muscles intercostaux de fonctionner : le supplicié peut alors expirer mais pas inspirer. Le gaz carbonique s’accumule dans les voies respiratoires et le sang, provoquant un œdème des poumons, le cœur passe alors en fibrillation, ses battements ne sont plus synchronisés. Le supplice pouvait durer des heures, même des jours.

Dans le cas de Johanan, ses tibias brisés indiquent qu’il a lutté longtemps. probablement trop pour ses gardiens qui ont brisé ses tibias et l’ont abandonné après lui avoir cloué un talon à l’arbre ou au poteau où il était suspendu.

On ne peut pas déduire qu’il avait été cloué au préalable. Il l’a peut-être été lorsque ses gardiens, lassés, ont quitté le lieu du supplice, pour éviter qu’il ne soit dépendu facilement. Le clou restant attaché à son talon prouve que la manœuvre n’a pas été aisée.

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On n’a aucun document décrivant la procédure de crucifixion.
Rien ne permet d’affirmer que les suppliciés étaient cloués… sauf les évangiles et les clous de la crucifixion de Jésus .